PREMIÈRE PARTIE: DISSERTATIONS
aumônes, comme dit Daniel ■ ; faisant enfin ce que nous pouvons pour contenter Dieu , et lui offrant, a l'exemple de l'ancienne Eglise dès les premiers temps, nos telles quelles satisfactions, qui tirent tout leur prix des mérites de Jésus- Christ, et ne sont reçues qu'en son nom, ainsi que nous l'avons dit 2 avec le concile de Trente3.
ArticulusX. — De quatuor reliquis sarramentis.
En igitur jam tria Bacramenta eaque proprie
dicta, baplismus, Cœna, absolutio, quœ est pcm itentiœ sacramentum. Àddatur et quartura : ■ Sî onlo de minislerio verhi intelligalur, haud gravatim Tocaverimus ordinem sacramentum ; oam ministerium verbi habel mandalum Dei, et habet ntagnificas promissiones '. »
De ritu ordinandi nulla crit difficultés, cum vir clarissimus iu quinte postulait», unionequidem praeliininari farta, nullam velit esse qua lionem quin ordinationes more Romano ûeri debeant. Non ergo improbatus ordinandi ritus, quem, l'acla unione, retinendum censet.
Confirmabonem sane et extremam unctionem falenlur esse « ritus acceptes a Patribus, non laint'ii nece&sarios ad salutem; quia non habeul mandalum, autclaram promissiouem gratis '-• » Nemotamen negaverit sic acceptos a Patribus, ut et a Scriptura deducerent : confirmationera quidemabilla apostoticamanusimposilione,quaSpirilumsanctumtraderent;sacram verounctionem infirmorum , quam extremam vocant, ab ipsis Jacobi veibis 3, qui hujus sacramenti presbyteros assignet ministres, ritum in unctionem cum oratione conjunctam, promissionem autem remi&ionem peccutorum , quœ promissio non nisi a Christi instituto proficisci queat, Jacobobujus institutionis ac promissionis lanlum interprète. Sic etiam a[)osloli imposilione manns nihilaliud tradebant credenlibus nisi ipsum a Christo promissum Spiritum , quo ad profitendum Evangelium, virtute ab alto induti, finnarentur.
* Apol, ibii., p. 201. — * Tbid. — 3 Jac, r, 14*
Des quatre autres sacrements.
Nous trouvons donc déjà dans l'Apologie trois sacrements proprements dits: le baptême, la Cène, l'absolution, qui est, dit-elle, le sacrement de pénitence. En voici un quatrième: « Si l'on entend par le mot ordre, le ministère de la parole, nous n'aurons point de peine , dit l'Apologie ', à l'appeler un sacrement, puisqu'il est fondé sur le commandement de Dieu, et qu'il a de magnifiques promesses. »
La même Apologie reconnaît « la confirmation et l'exli èine-onclion comme des symboles sacrés, ou de saintes cérémonies qu'on a reçues des saints Pères, encore qu'elles ne soient point nécessaires au salut3.» Mais, premièrement, il faut convenir que les Pères , dont on reconnaît que nous les avons reçues, nous les ont données comme tirées de L'Ecriture* savoir la confirmation , de celle célèbre imposition des mains, par laquelle les apôtres donnaient le Saint-Esprit; et l'onclion des malades, qu'on appelle ordinairement extrême-onction, des propres paroles de saint Jacques, qui assigne à ce sacrement les prêtres pour ministres; pour l'action extérieure, l'onction avec la prière; et pour la promesse, celle de la rémission des péchés , qui ne peut venir d'autre que de Jésus-Christ, et dont L'apôtre saint Jacques n'a pu être que l'interprète, lien est de même des apôtres, lorsqu'ils donnaient le Saint-Esprit. On voit bien qu'ils ne peuvent avoir été les instituteurs ni les ailleurs d'un tel don, et qu'ils n'ont fait qu'accomplir la promesse de Jésus-Cbrist, qui leur avait si souvent promis cet Esprit de force qu'ils reçurent à la Pentecôte, et qu'ils répandirent ensuite parl'imposition de leurs mains. Tout cela manifestement ne peut être qu'une institution divine, et c'est gratuitement, et contre toute la tradition, qu'on a osé dire qu'elles n'étaient que temporelles ; ce qui aussi ne s'accorde pas avec ce qu'on vient de voir dans l'Apologie, qu'elles sont reçues des Pères.
Quant à ce qui est porté dans la même Apologie, que ces cérémonies, bien qu'elles soient an-
• £an., iv, 2i. — 'Ci-dessja, c. 1. — * Sess. 14, c. 8. - * Pag. 101. - ' Ibid.
ciennes, à quoi il fallait ajouter, et prises de l'Ecriture, ne sont pas nécessaires au salut, ce n'est pas assez pour les exclure du nombre des sacrements, puisqu'on est d'accord que l'Eucharistie n'est pas de même nécessité que le baptême ; et même que les luthériens disent, aussi bien que notre auteur, qu'il n'y a point de commandement absolu et précis de la recevoir. Ainsi ce ne sera pas une raison pour exclure un rite ou une action et cérémonie extérieure du nombre des sacrements ; et il suffit qu'on y trouve une institution divine avec la promesse de la grâce.
De cette sorte, le mariage ne peut être exclu de ce nombre, puisque déjà on ne doute pas que cène soit une institution divine, et qu'il ne soit établi comme un sacrement et un mystère de l'union de Jésus-Christ avec son Eglise. Car - encore qu'il soit véritable, comme le dit notre auteur, que c'est une institution qui a précédé l'Evangile, et ainsi qui ne peut être attribuée spécialement à Jésus-Christ, il ne laisse pas d'être bien certain que Jésus-Christ l'a rétablie selon sa forme primitive, ce qui suffit pour en faire un sacrement de la loi de grâce.
De mairimonio Apologia sic decernit : hàbet Vowlespi'omessesJApologiedemcxxreA'accord mandatum Dei : habet promissiones » . Quod qu'il y en a dans lemariage » ; et si elle dit qu'elautem attribuit eas promissiones quœ magis les sont plutôt temporelles que spirituelles, ce serait pertineant ad vitam corporalem, absit ut neget une étrange erreur de rejeter ces grandes proalias poliores adprogignendoseducandosqueDei messes, qui regardent la production et l'éducafilios et hœredes futuros, ac sanclificandam eam tion des enfants de Dieu et des héritiers de son corporuin animorumque conjunctionem, quœ royaume, et qui sont données pour sanctifier jn Christo et Ecclesia magnum sacramentum cette admirable union de corps et d'esprit, qui sit, a Deo quidem institulum, seda Christo Dei est spécialement établie pour figurer l'union in- Filio restitutum ad priorem formam : unde eliam time de Jésus-Christ avec l'Eglise. C'est pourquoi inter Christiana sacramenla cum baptismo re- les anciens docteurs n'ont point hésité à mettre censilum antiquitas credidit, ut iradit Augusli- le mariage parmi les sacrements de l'Eglise; nus 2, sicut prœdiximus 3. jusque-là, que saint Augustin 2, comme sait très-
bien M. Molanus, le compare au baptême, afin qu'on ne doute pas qu'il ne l'ait tenu pour un sacrement véritable.
Ergo, enumeratione facta, septem tantum Ce n'est donc pas sans raison que ce docte compulamus sacros a Deo Christoque constituas auteur a regardé la controverse des sacrements ritus, et signa divinis firmata promissionibus ; comme consistant plutôt dans les mots que dans neque propterea necesse est hœc omnia sacra- les choses, et pouvant être non-seulement dimimentaejusdemnecessitatis esse, cum nec Eucha- nuée, mais encore conciliée tout à fait par l'inrislia paris cum baptismo necessitalis habeatur. telligence des termes; de sorte qu'il ne paraît Omninoenimsufficit divina institutio atque pro- pas qu'on puisse s'y arrêter, surtout après que missio. Neque immerito vir doctus hanc contro- l'on a vu les difficultés principales manifestement versiam inter eas recenset, quœ, verbis inlellec- terminées par les Confessions de foi des luthétis , non modo emolliri, sed etiam conciliai! riens et par leurs écrits authentiques, possint. Atque hœc de sacramentis, in quibus pertractandis maximas controversiasex ipsis Lutheranorum libris symbolicis compositas videmus.
i Apol., p. 202. — 5 De w/pt. et concup., 1.1, n. 11, tom. s. — » Pag. 202. — 3 Aug., De nv.pl, cl concup., I. \, c. 10.
' Si?'., col. se*.
PRFM1 PARTIE: DISSERTATIONS.
CM». III. — De admet ritibus.
Articulus primdb. — De cultu et invocalione ianclorum.
De hoc arlicuk) nullam aliam conciliationem qusesiverim quam eam que a riro clarissimo proposita est litulo De invocatione sanctorum , annolalis iis cjua: euni in locum observavimus *. Csterum ea de re nulla potest esse controversia, postquam vir doctissirous et Lulherani sequiores atque eruditiores in quarti et quintj sœculi doctrinam consenserunt ; de quorum B83culorum doctrina etpraxi circa iuvocationem sanctorum et reliquiarum cultum, attestantibus ipsis reformais <|ii(is rocant, Dalleo imprimis, libro eam in rem edito, aliis consentientibus, pridem conslitit ; totque hujus reiin illa antiquitate exempta suppetunt, ni nulla dubitatio supere | sit.
GauprraE III. — Du culte et des coutume* ecclésiastiques ; et premièrement du culte et de /'/'/<vocation des suints.
Sur cela il ne faut point d'autre conciliation que celle qui est proposée par notre savant auteur, qui est que les Catholiques déclarent qu'ils ne prétendent demander aux saints, qui sont a\ec Dieu, de prier pour eux, qu'au même sens et dans le même esprit qu'ils demandent la même chose aux sainte qui sont sur la terre; et qu'en quelques tenues que soit conçue celle prière, elle s'entend toujours par manière d*ÎHtercession, comme lorsqu*Elie disait à Elisée » : Demandez-moi ce que cous coudre:-, afin que je le fasse avant que d'être séparé de vous; et Elisée répondit: Que votre esprit soit en mot. On entend bien que ce n'était pas à Elie à disposer de l'esprit qui était en lui, qui était l'esprit prophétique et l'espritdes miracles, ou de quelque sorte qu'on voudra entendre ce double esprit d'Elie.
Il en est de même des autres grâces que nous demandons aux saints, soit à ceux qui sont avec Dieu, ou à ceux qui sont encore sur la terre. On entend naturellement qu'on ne leur demande rien, qu'à cause qu'on sait que Dieu accorde beaucoup à leurs prières ; ce qui nous l'ait sentir la bonté de Dieu, et ne blesse point sa souveraine grandeur, ni le culte qui lui est dû. Au reste, il n'est pas besoin «pie nous lassions sur cela une nouvelle déclaration, puisqu'elle est déjà toute faite dans le concile de Trente ?-, et que d'ailleurs il ne reste plus aucune difficulté sur cette matière, puisqu'on est d'accord, par l'aveu constant des calvinistes mêmes, qui ont fait des livres exprès sur ce sujet, qu'en ce point et sur celui des reliques, notre pratique était établie, pour ne pas ici remonter plus haut, aux iv° et v" siècles, dont les luthériens un peu modérés font profession de révérer la doctrine.
Articulus II. — De cultu Imnginum,
Mullis ralionibus Lulherus Lutheranique contra Calvinistes evicerunt prœceptum illud Dccafogi : Non faciès tibi sculptile, etc., adversuseos
conditum qui ex idolis deos faciunt; unde mulli eoruni ipsiusque Lutheri libri adversus imagiîuini confraclores, deque imaginibus eliam in templorctinendis memoriœ causa, quœjampars honoris. Et quidem omnis cul tus ratio inde proficiscitur, quod imagines, viro doclo interprète, tanquam visibile et in oculos recurrens instrumentum adhibentur quo Christi aut cœlestium
' Vide hanc quœstionem plenius et hiculcntius digestam in disscrtatione postea edenda, cm titr.lus est De ; bus, etc., r>.irt. Il,
c. 3, urt. 1.
Du culte des images.
Luther et les luthériens ont démontré, aussi bien que les Catholiques, par des raisonnements invincibles, que ce commandement du Décalogue3 : Tu ne te feras point d'images taillées, etc., ne regardait que les idoles dont les hommes faisaient des dieux. Par là il est démontré que l'usage que nous faisons des images n'est point marqué ni réprouvé par ce précepte. Par les mêmes raisons, le même Lutheret les luthériens ont condamné les brise images, et ont conservé les images dans les Eglises, comme des monuments pieux et propres à rafraîchir la mémoire
1 IV R . ., xi, 0. — ; Scsi. 26, De inv c. — 3 Exod., xx, i.
revum memoriam, démde per memoriam pios des choses saintes; et cela même n'est autre affectus excitent, qui semel in animo orti, per chose qu'un commencement du culte que nous interiores actus innoxie se prodant. Placet ad leur rendons, et le principe certain d'où on le déprohibendos excessus viri docti doctrina, decre- duit; puisque les images, comme notre auteur tis Tridentinisconsona1, quod imaginibus nulla en convient, « servent à renouveler le souvenir credatur inesse divinitas vel virtus propter quam de Jésus-Christ et des choses célestes, et avec le sintcolendœ. Addalur et illud ex septima synodo : souvenir les pieuses affections et sentiments qui Imoginis honor ad primiiivum transit*, et illud en naissent. » Mais, après que ces sentiments sont ex beato Leontio in eadem synodo 3 : « In qua- excités, quel inconvénient peut-on trouver à les cunque salulatione vel adoratione inlenlio ex- exprimer au dehors par des actions convenables, quirenda; cum ergo videris Christianos adorare puisque ces actes du dehors ne sont, après tout, crncem, scito quod crucifixoChristoadorationem qu'un signe et un témoignage des sentiments inofferunt, et non ligno. Deleta enim figura sepa- térieurs, et une espèce de langage pour les exratisque lignis ,projiciunt et incendunt. Itaque primer? L'auteur, pour retrancher les abus, emad imaginem quidem corpore inclinamur, in pêche qu'on ne croie dans les images aucune archetypo autem mente et inlenlione defixi, fi- divinité et aucune vertu pour lesquelles on les guras honora mus, salutamus, atque honorifice adore; et cela est de mot à mot la même chose adoramus, utpole per picturam suam ad ipsum que le concile de Trente a enseignée *. Ce qu'aprincipale, ejusque recordationem attraherenos joute judicieusement le même auteur sur le servalentes. » Quas et elucidationis gralia protuli- pent d'airain est convaincant pour faire voir que mus, acné septima synodus in Oriente juxta at- les démonstrations extérieures d'attachement et que Occidenle suscepta, ex pravo inlellcclu am- de confiance, qu'on fait devant les images, ne s'y plius infamelur. terminent pourtant pas, et que les choses sensi-
bles nefont qu'avertir l'esprit de s'élever plus haut. C'est aussi ce qui est porté dans le concile septième, qui est le second de Nicée : que l'honneur de l'image se rapporte à l'original. Le même concile 2 transcrit un beau passage de Léonce, où il dit «que les Chrétiensfont bien voir que leur adoration ne se termine pas à une croix, lorsqu'ayant séparé les deux bois dont elle est composée, non-seulement ils ne l'adorent plus, mais encore ils les jettent à terre ouïes brûlent; ce qui montre que, dans l'honneur qu'ils rendaient auparavant à la croix, ils ne regardaient que la figure, qui les attirait au-dessus de toutes les choses visibles, » en sorte que leur esprit était élevé à Jésus-Christ, pendant que leurs yeux semblaient être attachés à cette matière sensible. M. Molanus a très-bien entendu que cette disposition de l'esprit n'a rien de blâmable ; et Luther ayant démontré d'ailleurs, comme on vient de voir, que la défense du Décalogue regarde toute autre chose que cet usage des images, visiblement il ne reste plus aucune difficulté sur cette matière.
L'objection que l'on lire du terme d'adoration est une vieille chicane, fondée sur une équivoque; et les abus qu'on relève tant, encore que je confesse qu'il les faudrait empêcher, ne peuvent être un sujet de séparation, puisqu'après tout il est bien constant que personne n'est tenu de les suivre.
1 StfS. 25, De invocat., etc. — 'Act. 7; Lalb. , tom. vu , col. 555. - ' Act. 4; ii.d., c. 2C0 et i>a<\. ' Scss. 25. — * Act. 4 et 7, ubi sup.