SECONDE PARTIE
Chapitre V. — Ce qu'il faut faire sur les fondements qu'on vient d'établir.
Il est certain, par les choses qu'on vient de voir, premièrement, que les sentiments du sarant auteur ne sont pas des sentiments tout à fait particuliers, comme il a voulu les appeler, mais des sentiments fondés pour la plupart, et pour les points les plus essentiels, sur les actes les plus authentiques du parti, et exprimé le plus souvent par leurs propres termes, ou par des termes équivalents.
Secondement, que ces articles étant résolus, il ne peut plus rester de difficultés qui empêchent les luthériens de se réunir à nous.
Il n'y a qu'à parcourir en peu de mots les quatre chapitres qu'on vient de traiter, et remarquer sur chacun de quoi l'on est d'accord.
Sur le chapitre De la justification », on est d'accord qu'elle est gratuite; que les bonnes œuvres qui se l'ont après sont méritoires, et que la vie éternelle leur est due, en vertu de la promesse miséricordieuse de Dieu ; qu'on peut accomplir la loi jusqu'au point de ne faire plus que des péchés véniels, qui n'empêchent point la charité de régner et de prévaloir ; que la justice chrétienne est véritable, quoiqu'elle ne soit point absolument parfaite; que cette justice et tous nos mérites sont des dons de Dieu et des effets de sa grâce; que la foi justifiante est bien expliquée par les Catholiques, et qu'ils donnent à Dieu par Jésus-Christ toute la gloire de leur sanctification ; que celte doctrine n'a jamais souffert aucun affaiblissement pami eux; qu'on ne doit point nier que les bonnes œuvres ne soient nécessaires au salut, ni que ce ne soient elles que Dieu récompense, et que les autres difficultés de la justification sont aisées à terminer par les principes posés de par et d'autre.
Sur le chapitre Des sacrements 2, on a levé les difficultés qu'on avait sur leur efficace , ex opère operato, et sur l'intention du ministre. Sur le point particulier de l'Eucharistie, on a
• Sup., p.560. — * Cap. 2, ci-de:â.
narum quoque patriarchalium sediuin ratio habeatur, sccunda Nicœna synodus recipietur, omnes fere controversias ipsa liturgia decidet, Romana liturgia cum orientalibus liturgiis genuina restituetur, omnia probabuntur quœ Latinis Grœcisque communia.
VIII. — De Papa fidem nostram, ex conciliorum Ephesini et Chalcedonensis decretis utrique parti communibus, eorumque perspicuis verbis, facile conteximus. Idem inferimus ex Milevitani et Arausicani concilii probatissimis gestis.
IX. — Si quartum et quintum quoque sœculum veneremur ac pro norma habeamus, fatentibus protestantibus ,' de cultu reliquiarum et sanctorum invocatione constabit : Eucharistiœ sacrificium , idque pro^mortuis oblatum agnoscemus.
X. — Justificationis doctrinam Tridentinœ conformem dabimus, ex communibus decretis» ex illis scilicet quœ adversus Pelagianos in conciliis Carthaginensi , Milevitano atque item Arausicano II , adversus Pelagianos definita sunt- Fidem nostram ex eorum ac sancti Auguslini verbis atque sententiis contextam agnoscent.
His addantur viri clarissimi de transsubstantiatione , de sacrificio, de sanctorum cultu, de imaginibus aliisque pacificœ ac luculentœ interpretationes ; jam si non onnia, certe summa confecta sunt.
Ex his ergo edatur formula : subsciïbatur ; jam fide constituta, sequenlibus postulatis cum Sede apostolica pertractandis locus erit, posito discrimine inter civitates ac regiones in quibus nullus sedet Catholicus episcopus, ac sola viget Augustana confessio et alias.
I. — Ut in illis quidem superintendentes subscripla lormula suisque ad Eclesiœ communionem adductis, a Catholicis episcopis, si idonei reperiantur, ritu Catholico in episcopos ordinentur, in aliis pro presbyteris consecrentur et Catholico episcopo subsint.
II. — In eodem priore casu, ubi scilicet sola viget confessio Augustana nullique catholici episcopi sedem obtinent, si ipsis ita videantur ac Romano Pontiûci, consultis etiam germanis ordinibus, novi episcopatus fiant et ab antiquis sedibus distrahantur : ministri item in presbyteratum catholico ritu ordinentur et sub episcopo curati fiant : iidem novi episcopatus ca-' tholico archiepiscopo tribuantur.
III. — Novis episcopis ac presbyteris quam optime fieri poterit reditus assignentur : sedulo agatur cum Romano Ponlifice ut de bonis ecclesiasticis lis nulli moveatur.
IV. — Episcopi confessionis Augustanœ, si qui sunt de quorum successione et ordinatione
rejeté l'ubiquité , et établi sur chaque espèce la présence réelle de Jésus-Christ tout entier. M. Molanus a reconnu , conformément à Y Apologie et aux Articles de Smalcalde, le changement réel du pain au corps, et le fond de la transsubstantiation; en sorte qu'il ne reste plus à y ajouter que le terme : il a encore reconnu la présence hors de l'usage, l'adoration, le sacrifice et même les messes privées ; et nous avons fait voir que reconnaître toutes ces choses, c'est poser des fondements assurés pour autoriser la communion sous une espèce.
On a vu que l'absolution est un véritable sacrement, accompagné des trois actes que lès Catholiques y demandent ; que la confession des péchés particuliers doit être conservée, et que le fond de la satisfaction est admis par les luthériens ; que l'ordre est aussi un véritable sacrement ; qu'on fait de grandes avances sur les trois autres, et que dans le fond, en s'entendantbien, on serait d'accord.
Sur le chapitre Du culte1, on convient que l'invocation des saints, ainsi qu'elle est enseignée dans l'Eglise catholique, n'a pas d'inconvénient, non plus que le culte des images; et l'on a démontré, par Luther et les luthériens, qu'il n'y a rien en ce point qui répugne aux commandements du Décalogue. On a vu que les luthériens se sont expliqués favorablement sur la prière et même sur l'oblation pour les morts , par où ils sont forcés à recevoir le purgatoire : enfin, qu'ils ont reconnu comme saints ceux qui ont fait et fait faire les vœux monastiques, même celui de continence perpétuelle, quoique avec cela ils disent encore la Messe, et qu'ils eussent en tout et partout la même foi et le même culte que nous.
Enfin , sur le quatrième chapitre , qui regarde les moyens d'établir la foi2, on a vu qu'en s'enlendant bien, il ne resterait aucune difficulté sur l'autorité du texte original de l'Ecriture, sur la Vulgate, sur la tradition , sur l'infaillibilité de l'Eglise et des conciles œcuméniques, ni même sur la primauté du Pape.
Cela étant, il n'y aurait qu'à dresser une Confession ou déclaration de foi conforme aux principes et aux sentiments de notre auteur, en faire convenir les luthériens, et la présenter au Pape.
Pour parvenir à cette déclaration, il faudrait que les luthériens s'assemblassent entre eux , ou , comme l'auteur le propose , qu'il se fît par l'ordre de l'empereur, une conférence amiable des Catholiques et des protestants,
• Cep. 3. — 3 Cap. 4.