CHAPITRE VIII
Dernière résolution de la question de M. de Leibnitz par les principes posés.
Ex hic porspicere potcst vir clarissimus Leib - M. de Leibnilz peut voir maintenant la réso-
nitz qti.-iiii facilis sit solutio qunestionis, in qua Union de ce qu'il appelle l'essentiel de>la ques-
sumniam ipsam difficultatis roponit : « Utrum tion : « savoir, si ceux qui sont prêts à se sou-
nrnipe qui ita sunt affeeti, ut Ecclesi» judicio mettre a la décision de l'Eglise, mais qui ont
m1 Milunillant, eo sint haMvlici,quod ccrli cujus- des raisons de ne pas reconnaître un certain
dam concilii reeusandi idoneas rationes habere concile pour légitime, sont véritablement héré-
B€ patent : etcum lalis qmestio i'acti sit, an non tiques ; et si, une telle question n'étant que de
eo looo sintapud Deuffi, et in foro polij ut ahint, fait, les choses ne sont pas à leur égard devant
iC si illa EecIesiK definitio non essai edfta, quia Dieu, ou, comme disent les canonislcs, in foro
non sunt pertinaces ". » His enim ipso verbis poli, et lorsqu'il s'agit de la doctrine de l'Eglise
qua'slionein proponit, data ad clarissimuin Pc- et du salut, comme si la décision n'avait pas été
Mssonium cpistola, 8 Jul. 1602, suhdilque : « Pâlies Basileenses, haud aiio randamento Impulsos
vidoii. ut ad condescensum supra memoralum
faite, puisqu'ils ne sont point opiniâtres. La condescendance du concile de Bàle semble appuyée sur ce fondement. » Voilà la question comme il
deveairent » Qua» quidam quiestio duaa habet l'a souvent proposée, et comme il la propose parles : altéra est utrum qui ita affeelns est sit tout nouvellement dans sa lettre du 3 juilpertmax et liœrclicus, ad quam affirmative; ici 1692. Cette question a deux parties : la preallera, utrum exemple concilii Basilccnsis sub- mière, si un homme disposé de cette sorte est letari posait, àd quam négative respondemus. opiniâtre et hérétique. Puisqu'il faut trancher le
mot, et qu'on le demande, j e réponds que oui ; la seconde, s'il se peut servir de la condescendance du concile de Bàle : je réponds que non.
Quant à la première partie, en voici la démonstration.
J'appelle opiniâtre, en matière de foi, celui qui <\sl invinciblement attaché à son sentiment, et le préfère à celui de toute l'Eglise : j'appelle hérétique, celui qui est opiniâtre en celle sorte.
Ce fondement supposé, je dis que ceux dont il s'agit, premièrement sont opiniâtres, parce qu'encore qu'ils disent qu'ils sont prêts à se soumettre à la décision de l'Eglise, ils s'y opposent en effet.
Ac primam quidem pàrlcmutdemonslremus, statuimus prhnum pertinacem haberi eum in negotio Rdei.qui suo judicio urôncibililer adhs-
ret, postposito Ecclesis unrverss judicio : heerelicum vero, qui co modo sensuque esl pei Tuiax. Quo posito, aioeos de quibus agitur, ante oinuia esse pertinaces; quia, quanquam id prseferunt,
se ita esse comparatos ut ccclesiaslico judicio subsint, rêvera tamen vcfragaiitur.
Nempe eam excusalionem oblendunt, non Ecclesia; quidem universim , sed tantum cerlis decausis, cerli cujusdam concilii a sedetraetari auctoritatem atque sententiam , qui sit cri or facti.Atquieaexcusalio niera estcavillatio.Quain enim eausam adducunthujussynodi refellendœ, ea causa omnem synodum, quameunque voluerint, aequo jure abjicere possent. Nam profecto id obtenderunt, hodieque oblendunt, ut vidimus, certain illam synodum simul et judicis et adversarii sustinuisse partes, quod esset iniquissimum : atqui possibile non est alio jure agi, neque haereticos ab aliis judicari quam a Catholicis; hoc est, ab iis quos adversarios haheant : quod quidem siabsonum judicatur, nec id fieri
1 Lettre dt M. LeibniU à M. Ptliss., du 3 juillet 1692.
Leur excuse est que ce n'est point en général à 1'autûriM et à l'infaillibilité de l'Eglise qu'ils en veulent, mais seulement qu'ils ont des raisons pour ne pas reconnaître un certain concile; ce qui n'est, à ce qu'ils disent, qu'une erreur de fait.
Or, cette excuse est frivole et nulle, parce que la raison qu'ils ont de ne pas reconnaître ce certain concile, estuneraison qui les met en droit de n'en reconnaître aucun, ou de ne les reconnaître qu'autant qu'ils voudront. Car celte raison est que ce concile est tout ensemble juge et partie. C'est ce qu'ils ont dit autrefois; c'est ce qu'ils prétendent encore , comme on a vu; or , celte raison conviendra à tout concile, n'étant pas
potest ut ullum ecclesiasticum judicium valeat? possible de faire autrement, comme on a vu, nisi adversa parte ultro consentiente; quo uno , que les hérétiques soient jugés par d'autres que
uti prœdiximus, omnis Ecclesiœ concidit auctoritas, neque ullus contumax, ullus haereticus haberi aut decerni possit.
par les Catholiques. Ainsi, l'excuse de ceux
dont il s'agit leur est commune avec tout ce
qu'il y a eu et ce qu'il y aura jamais d'hérétiques,
n'étant pas possible qu'il y en ait jamais qui ne
prennent les Catholiques à partie. Il résultera
donc de là qu'on ne pourra jamais prononcer
des jugements ecclésiastiques sur la foi que du
consentement des contendants : ce qui leur donne
un moyen certain d'éluder tous les jugements
de l'Eglise, sans que personne leur puisse ôter
cette excuse. Elle n'est donc qu'un prétexte pour
autoriser les hommes à demeurer invinciblement
attachés à leur propre sens, et à le préférer à
celui de toute l'Eglise.
Et en effet, pour appliquer cette démonstration à notre cas particulier, les prostestants ne prétendent pas seulement rejeter ou tenir en suspens certain concile ; c'est-à-dire celui de Trente, qu'ils accusent d'avoir été juge et partie; mais par la même raison, ils demandent en termes formels qu'on tienne en suspens tous les conciles où l'on a condamné ceux dont les protestants ont suivi les sentiments en tout ou en partie. Car c'est là une des propositions que M. l'abbé Molanus nous a faites dans son écrit; ce qui n'est pas seulement ne pas connaître un certain concile, comme dit M. de Leibnitz, mais en général ne pas reconnaître tous les conciles où l'on aura été condamné, sans autre raison, sinon qu'on l'aura été par ses parties.
Quarenec id verum est quoderuditusLeibnitz profitetur, a seabjici tantum unam certain synodum. Pari enim jure necesse est abjici omnes synodos, in quibus condemnati sunt illi quorum prolestantes sive Lulherani tuentur senlenliam, neque eorum causa aliter stare possit. Rejecta enim licet aut suspensa ad eorum placitum Tridentina synodo, facile tamen intelligunt ab anteactis synodis constitutam non modo realem illam quam ipsi admitlunt prœsenliam; sed etiam quam negant transsubstanliationem, sacrificium, idque pro mortuis, Missasque priva tas et communionem sub una specie, primalum Papaa jure divino, purgatorium, cultumque sanctorum atque imaginum, bonorumque operum mérita, aliaque omnia in quibus nostrœ versantur controversice. Quare id aperte petunt, non modo ut Tridentina synodus, sed etiam omnes illae quae a mille annis habitae sunt, suspendatur, quantavis Christiani orbis consensione gaudeant : neque a lia de causa quam quod ab adversariis pro-
Et il est clair que les protestants sont forcés par l'état même de leur cause à tenir cette conduite. Car, quand on aurait tenu en suspens le concile de Trente , ils n'en seraient pas moins accablés par l'autorité de tous les conciles précédents, où l'on trouve , non-seulement la réalité, mais encore la transsubstantiation, le sacrifice, et le sacrifice pour les morts , les Messes privées, la communion sous une espèce, la primauté du Pape de droit divin , le purgatoire, le culte des saints et des reliques, le mérite des bonnes œuvres, et, en un mot, tous les points sur lequels roulent nos controverses, expressément décidés contre eux; et, pour mettre la cause dans son entier à leur égard, il faut remonter jusqu'à mille ans au moins, ce qui est plus que suffisant quant à présent ; et tenir en suspens tout ce qui a été fait depuis, c'est-à-dire le tenir pour nul , et n'y avoir aucun égard ; et c'est aussi expressément ce qu'on nous demande.