PREMIÈRE PARTIE: P1SSEKTATI0NS
latum sit judicium. Quo admisso, primum ipse Berengarius re\iviscet; neque Zwiogliani, ut a
Luthero Lutheranisque factum est, reijudicatao auctoritate premi possint, coque minus valitura estapud illos iKrreticosEcclesiœsententia, quod in ea delinitam, una cum reali prœsentia transsubslantiationem Lutherani rejiciunt, rescisso ex ea parte ecclesiastico judicio, totius orbis licet consensione firmato. Neque eo loco res stabunt : semel enim emota Ecclesiœ auctoritate, novi Pelagiani, novi Ariani, novi Nestoriani, ad n ci sus Ephesinum et Chalcedonense, atque aliud qualecumque judicium pari jure consurgent, omnesque uavretici ab omni condemnatione solvcntur si id tantum edixerint se ab adversariis condemnatos fuisse.
Et remarquez que dans ces mille ans se trouve la décision contre Bérenger, que les zuingliens demanderont qu'on tienne pour nulle , avec autant de raison qu'on a de demander la nullité des autres décisions. Ces hérétiques seront donc rétablis comme les autres : il faudra revenir au fond avec eux , et l'on perdra l'avantage qu'on a contre eux par la force des choses jugées, que Luther et les luthériens ont tant fait valoir, en les pressant, comme on sait, par le sentiment de l'Eglise déclarée contre eux; et il en faudra d'autant plus mépriser le jugement sur cet article , qu'on fait voir aux luthériens que la transsubstantiation y est établie avec la réalité; en sorte qu'il faut revenir de tout, si l'on ne veut pas tout accepter.
Mais quand cela serait fait, les nouveaux pélagiens, les nouveaux ariens, les nouveaux nestoriens reviendraient , par la même raison f contre les conciles de Nicée et d'Ephêse, où ils ont été condamnés; et il n'y aura qu'à dire qu'on a été jugé par ses parties, pour ôire absous de toute condamnation.
Itaque nec illud valet quod ait clarissimus Leibnitz, hanequidem uniusfacti esse quaestionem ; cum enim ex eo facto, quod vocant, omnis ecclesiasticorum judiciorum ratio pendeat, nihil est quod ad conslabiliendam fidem pertineat magis. At si hœc pro facti quoestione habeatur, erit item facti qua?stio ulrum in terris vera aliqua Ecclesia sit, autquamam illa sit ; neque enim hoc minus facti erit, quam illud quod obtendunt. Tum si ad evitandam pertinacice notam, idsufficere putant, ut universimfateantur se Ecclesiaî esse subjeclos, licet aut quai illa sit, aul ubi sit nesciant, nempe id superest, ut nullus jam pertinax, nullus hocreticus habeatur, certusque aditus pateat ad cam quam vocant religionum indiflerentiam ; quod item eflicitur si dixcris : Volo quidem concilio me esse subditum, sed cui non liquet. Construatur enim quam optima videbitur ratione concilium ; tamen nihil vetabit quominus dicas eorum esse numéro quœ certis quidem de causis recusare possis, atque eam meri facti esse quœstionem : qua causa et anteacta et secutura concilia œque convelluntur, neque ullo loco licebit consistere, cum, quoeunque hœresis, semper inventas ab adversariis, judicatos adversarios, neque rem aliter lie ri aut excogitari posse.
Quand donc M. Leibnitz nous dit que révoquer en doute ce certain concile est une question défait, il ne veut pas voir que, sous prétexte de ce fait, il anéantit tous les jugements ecclésiastiques; de sorte qu'il n'y a point d'erreur plus capitale contre la foi.
Si c'est ici une simple question de fait, l'on dira aussi que c'en est une, savoir, s'il y a une vi aie Eglise sur la terre, et quelle clic est. Car cela assurément est un fait; et si, peur n'être pas opiniâtre, c'en est assez en général de dire: Je suis soumis à l'église, mais je ne sais quelle elle est, ni où elle est ; l'opiniâtre que nous cherchons ne se trouvera jamais, et l'indifférence des religions sera inévitable.
Il en est de même , si l'on dit : Je suis soumis au concile , mais je sais quel est ce concile auquel je me veux soumettre. Car, qu'on le bâtisse comme on voudra, ce sera toujours , si je veux, ce certain concile, que pour certaines raisons je ne voudrais pas reconnaître ; et par la même raison que je pousserai ce doute jusqu'à mille ans, je le pousserai, en remontant, jusqu'à l'origine du christianisme, et en descendant, jusqu'à la fin des siècles, sans qu'il y ait aucune raison de m'arrêter nulle part, puisqu'il n'y en aura jamais de m'arrêter à un endroit plutôt qu'à l'autre , et qu'en quelque endroit qu'on s'arrête on y trouvera toujours un parti qui condamnera l'autre, sans qu'on puisse faire autrement.
Et in anteactis guidem sœculis, si totis mille annis ignoratum est ubi esset Ecclesia qiiodve esset legitimum concilium, et an nnlliim ejusmodi aut fuerit, aut esse potuerit, nihil erit causœ cur non ad altiora tempora procédât fluctuatio, caducaque sint omnia. De secuturis vero conciliis idem erit judicium, cum nulla unquam ratio allegari possit, cur illud, cui te vis esse subditum, poliori prae cœteris jure habeatur, aut majori omnino consensione factum. Calvinistœ, anabaptislœ, sociniani, uno verbo, quotquot in concilio non aderunt ut judices, se ab adversaria parte damnatos vociferabuntur, tamque incertum relinquent posteris hujus concilii statum, quam anteriorem fuisse protestantes contendunt. Summa : vel hoc concilium erit infallibile ; cur ergo non eodem jure caetera ? vel non erit; quœ ergo huic major prœ cœteris fidcs ?
Que si , en remontant durant mille ans , on n'a pas su où était l'Eglise, ni quel était le concile légitime , ni si Ton en a tenu ou pu tenir quelqu'un, il n'y aura point de raison de ne pas porter de doute plus haut , et tout y sera également caduc.
En descendant , on se trouvera dans le même embarras. Car on ne pourra jamais dire de raison pourquoi ce concile , auquel on dit qu'on veut se soumettre , sera plus ferme et plus infaillible que les autres. Le consentement des Chrétiens n'y sera pas autre que dans les conciles précédents. Les calvinistes , les anabaptistes , les sociniens , et en un mot tous ceux qui n'y seront pas, diront toujours qu'ils ont été jugés par leurs parties , et l'on reviendra de ce concile, comme on prétend revenir de tous les autres.
Ainsi, c'est visiblement une illusion qu'on se fait à soi-même , quand on dit qu'on se soumettra à un concile. Car ou il sera infaillible , et pourquoi non tous les autres? ou il ne le sera pas, et qu'aura-t-il moins que les autres?
Quamobrem quisquis profitebitur se Ecclesiœ esse subditum , seipsum decipiet quoad eo devenerit, ut cerla fide credat unam esse Ecclesiam firmis Christi promissis ad omni errore tutam ; in eaque proinde semper esse pastores, et judices fidei quœstionum, quod haud magis licet habere pro adversariis quam Christum ipsum.
Il n'y aura donc jamais de véritable docilité et soumission à l'Eglise, jusqu'à ce que l'on convienne de bonne foi qu'il y a toujours une Eglise, qui a des promesses pour n'errer jamais, laquelle par conséquent a des pasteurs et des juges légitimes des questions de la foi , qu'on ne peut prendre à partie , sans y prendre Jésus- Christ même.
Jam quœrimus an clarissimus Leibnitz eique similes in ea sint sententia, neene? Atqui in ea qiudem esse videntur ; profiteri visi universalem synodum , alque adeo illam quœ reprœsentet Ecciesiam, esse infallibilem, cujusetiam judicio qualecunque futurum sit, stare se recipiant. Rursusautem ab ea sententia abhorrere videntur; quippe qui eam seclenlur Ecciesiam quœ dogma contrarium statuât, eteoncedi sibi velint anteactis sœculis mulla inutilia vel falsa de fide édita esse décréta , unaquelilura mille annorum gesta deleri postulent, nulla omnino causa, cur pluris sit illud quod pro fidei régula habere velle se fingunt.
M. de Leibnitz et ses semblables (car c'est à eux qu'on nous presse de parler) sont-ils dans ce sentiment, ou n'y sont-ils pas? Ils semblent y être, car ils disent ou semblent dire , en général , que le concile universel , et par conséquent l'Eglise qu'il représente , est infaillible , et qu'ils sont prêts à se soumettre à son jugement quel qu'il soit; d'où vient aussi que M. Leibnitz, dans la réflexion latine dont il a déjà été parlé, appelle les décisions de ce concile irrésistibles, statuta irrefragabilia. Il semble donc, lui et ceux de son avis, être le sentiment de l'infaillibilité. D'autre côté, ils n'en sont pas, car ils ne font aucun scrupule de demeurer dans une communion où l'on [enseigne publiquement le contraire. Ils veulent qu'on leur accorde que, dans les siècles passés, l'on a fait plusieurs décisions ou fausses ou inutiles: car c'est en termes formels ce que demande M. de Leibnitz dans une lettre du 13 juillet 1692, à madame deBrinon1. Sur le fondement qu'il
> Voyez lu seconde partie de ce recueil.