DEUXIÈME PARTIE : CORRESPONDANCE
et qui met dans leur tort tous ceux qui peufsnt Dure cesser les obstacles contraires aux conditions raisonnables qu'on y a attachées, et
qui ne le voudront pas faire. Je crois, Madame, vous avoir déjà entretenue de cette affaire. Que pouvons nous faire davantage? Les Eglises d'Allemagne, non plus ipic celles de France, ne sont pas obligées de suivre tous les mouvements de celles d'Italie. Comme la France aurait tort de trahir la vérité, pour reconnaître l'infaillibilité de Rome, car elle imposerait à la postérité on joug insupportable; de même on aurait tort en Allemagne d'autoriser un concile, lequel, tout bien fait qu'il est, semble n'avoir pas tout ce qu'il faut pour être oecuménique.
Quand tout ce qu'il y a dans le concile de Trente serait le meilleur du monde, comme effectivement il y a des choses excellentes, il y aurait toujours du mal de lui donner plus d'autorité qu'il ne faut, à cause de la conséquence. Car ce serait approuver et confirmer un moyen de faire triompher l'intrigue, si une assemblée, dans laquelle une seule nation est absolue, pouvait s'attribuer les droits de l'Eglise universelle: ce qui pourrait tourner un jour à la confusion de l'Eglise, et faire douter les simples de la vérité des promesses divines. J'ai déjà écrit à M. Pélisson, qu'autant que je puis apprendre, la nation française n'a pas encore reconnu le concile de Trente pour œcuménique: et en Allemagne, l'archidiocèse de Mayence duquel sont les évoques de notre voisinage, ne l'a pas encore reçu non plus. On est redevable à la France d'avoir conservé la liberté de PEglise contre l'infaillibilité des Papes, et sans cela je crois que la plus grande partie de l'Occident aurait déjà subi le joug : mais elle achèvera d'obliger l'Eglise catholique, en continuant dans celte fermeté nécessaire contre les surprises ultramontaines, qu'elle a mnntrte autrefois en s'opposant à la réception du concile de Trente; ce qu'elle n'a pas encore rétracté, et rien n'est survenu qui doive la faire changer de sentiment. C'est ainsi qu'on peut moyenner la paix de l'Eglise sans faire tort à ses droits, au lieu qu'il sera difficile de procurer la réunion par une autre voie. Car il semble que, le de- tin mis à part, le meilleur remède pour guérir la plaie de l'Eglise serait un concile bien autorisé: et nos théologiens ont cru que même on pourrait rétablir préalablement la communion ecclésiastique, en convenant de certains points, et en remettant d'autres à la décision de ce concile, ce que des docteurs considérables de Rome même ont ju^é
faisable, par des raisons que je crois avoir expliquées dans une de mes précédentes.
Je joins ici le pouvoir que l'empereur vient de donnera M. l'évoque de Neustadt ', dont j'ai déjà parlé : et par ce pouvoir il est autorisé à traiter avec les protestants des terres héréditaires, conformément aux projets dont il était convenu avec les théologiens de Brunswick; car ce que cet évèque m'a envoyé depuis peu y convient entièrement. Je souhaite, pour la gloire du roi, et pour le succès de l'affaire, que la France y prenne part: elle est la plus propre à être en ceci la médiatrice des nalions,et de réconcilier l'Italie avec l'Allemagne : lorsque le roi se mélo de quelque chose, il semble qu'elle est presque laite. C'est à M. l'évêquede Meaux, à M. Pélisson et à d'autres grands hommes de celte espèce, de faire ménager des occasions qui ne se présentent peut-être qu'une fois dans un siècle. Voire éminente vertu, Madame, qu'on voit éclater par un zèle si pur et si judicieux, sera d'un grand poids pour ranimer le leur. Je suis avec respect, Madame, votre, etc.
Leibnitz.