‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 232 sur 313 · DEUXIEME PARTIE: CORRESPONDANCE. C · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE: CORRESPONDANCE. C

résolutions affirmatives de cette même question, rite en pourrait profiter, quand le siècle qui va

données par des théologiens graves de différents bientôt finir ne serait pas assez heureux pour

ordres, ayant parlé plutôt en se rapportant aux en voir le fruit. Il n'en faut pourtant pas encore

sentiments d'autrui que de son chef. Et voici ce désespérer touta fait. La maindeDieu n'estpas

que j'ai compris de la raison de l'affirmative : raccourcie. L'empereuryadeladisposition, et

c'est qu'on peut souvent se tromper, même en le pape InnocentXI et plusieurs cardinaux, gé-

matière de loi, sans être hérétique ni schisraati- nérauxd'ordres,le maître du sacré palaisetdes

que, tandis qu'on ne sait pas el qu'on ignore in. théologiens graves, après l'avoir bien comprise,

vinciblement que l'Eglise catholique a défini le sf sonl expliqués d'une manière très-favorable,

contraire, pourvu qu'on reconnaisse les princi- J'ai vu moi même la lettre originale de feu ré-

pes de la catholicité, qui portent : que l'assis- vérend P. Noyelles, général des Jésuites, qui ne

tance que Dieu a promise à son Eglise, ne per- saurait être plus précise ; et on peut dire que si

mettra jamais qu'un concile œcuménique s'éloi- le roi, et les prélats et théologiens qu'il entend

gne de la vérité en ce qui regarde le salut. Or, sur ccs matières, s'y joignaient, l'affaire serait

ceux qui doutent de l'œcuménicité d'un concile phis faisable ; car elle serait presque faite, sur-

ne savent point que l'Eglise a défini ce qui est tout si Dieu donnait un bon moyen de rendre

défini dans ce concile : et s'ils ont des raisons le calme à l'Europe. Et comme le roi a déjà écouté

(Yen douter, fort apparentes pour eux, qu'ils autrefois les sentiments de M. l'évêque de Meaux

n'ont pu surmonter après avoir fait de bonne foi sur cette sainte matière, ce digne prélat, après

touteslesdiligcncesetrechcrchesconvenables,on avoir examiné la chose avec cette pénétration et

peut dire qu'ils ignorent invinciblement que le celle modération qui lui est ordinaire, aura une

concile dont il s'agit est œcuménique : et pourvu occasion bien importante et peu commune de

qu'ils reconnaissent l'autorité de tels conciles en contribuer au bien de l'Eglise et à la gloire de

général, ils ne se trompent en celaque dans le fait. Sa Majesté : car l'inclination seule de cemonar-

ct ne sauraient être tenus pour hérétiques. que serait déjà capable de nous faire espérer

Et c'est dajis cette assiette d'esprit que se trou- un si grand bien, dont on ne saurait se flatter

vent les Eglises prolestantes, qui peuvent pren- sans son approbation.

dre part à celle négociation, lesquelles se sou- En attendant, on doit faire son devoir par des

niellant à un véritable concile œcuménique fu- déclarations sincères de ce qui se peut ou doit

tur. à l'exemple de la Confesion d'Augsbourg faire. Et si le parti catholique romain autorisait

même, en déclarant de bonne foi qu'il n'est pas des déclarations dont leurs théologiens ne sau-

à présent en leur pouvoir de tenir celui de Trente raient disconvenir dans le fond, il est sûr que

pour tel, font connaître qu'elles sont susceptibles l'Eglise en tirerait un fruit immense, et que bien

de la communion ecclésiastique avec l'Eglise ro- des personnes de probité et de jugement, et

maine, lors môme qu'elles ne sont pas en état peut-être des nations et provinces entières, avec

de recevoir tous les dogmes du concile de Tien- ceux qui les gouvernent, voyant la barrière

te. Après cela, jugez, Madame, si l'on n'a point levée, feraient conscience de part et d'autre de

fait du coté de notre cour et de nos théologiens demeurer dans la séparation, etc. toutes les démarches qu'il leur était possible de LETTRE V.

faire en conscience, pour rétablir l'union de ,r r> .

î„ , .. . . ',' . -, „ l4 leibmtz a Madame de Brinon. 1 Eglise, et si nous n avons pas droit d en attendre autant de l'autre côté. En tous cas, si on 29 sePtembre 169L n'est pas en humeur ou en état d'y répondre, les Si je ne vous avais point .l'autre obligation, noires ont du moins gagné ce point, que leur Madame, que celle de m'avoif procuré l'honneur conscience est déchargée, qu'ils sont allés au de la connaissance d'un homme aussi illustre que dernier degré de condescendance, nsqueadaras* M. Pellisson, je ne pourrais pas me dispenser de et que toute imputation de schisme est visible- m'adresser à vous-même, pour vous en faire ment injuste à leur égard. mes remerciements en forme; mais vos bontés Enfin la question é'ant formée comme j'ai fait, vont bien au-delà. On pouvait connaître M. Pelon demande, non pas si la chose est praticable lisson, sans connaître tout son mérite ; et vous à présent, ou à espérer ; mais si elle est loisible avez fait, Madame, qu'il s'est abaissé jusqu'à en elle-même, et peut être même commandée m'instruire; ce qu'il a fait sans doute par la déen conscience, lorsqu'on rencontre toutes les férence qu'on a partout pour vos éininentcs verdispositions nécessaires pour l'exécuter. Si ce tus. Je suis bien aise de le contenter en quelque point de droit ou de théorie était établi, cela ne chose, et de lui donner au moins des preuves de laisserait pas d'être de conséquence ; et la posté- ma sincérité. Si l'on parlait toujours aussi ronde ,

ment que nous faisons, ce serait le moyen de fi- disputer la qualité d'œcuménique. On n'ignore nir les controverses : car on reconnaîtrait bien- pas les protestations solennelles de la nation tôt la vérité, ou du moins l'indéterminabilité de française contre ce concile, qui n'ont pas encore de la question, lorsque les moyens de connaître été rétractées, quoique le clergé ait fait son posla vérité nous manquent ; ce qui suffirait pour sible pour le faire reconnaître. Ce n'est pas une notre repos : car Dieu ne nous a pas promis de chose nouvelle qu'on dispute sur l'universalité nous instruire sur tout ce que nous serions bien des conciles : ceux de Constance et de Bâle ne aise de savoir, et le privilège de l'Eglise ne va sont pas reconnus en Italie, ni le dernier conqu'à ce qui importe au salut. cile de Latran en France : et quoique les Papes, M. Pellisson prend droit sur ce que je lui ai par le moyen de la profession de foi, aient tenté accordé, et je ne me rétracte point. Suivant ses de faire reconnaître indirectement le concile de paroles, je conviens d'une Eglise, et d'une Eglise Trente, je ne sais pourtant si cela sulfit; au visible à laquelle il faut tâcher de se joindre, et moins la noblesse et le tiers-état, avec les cours y faire tout ce qu'on peut ; qu'elle doit avoir le souveraines, ne le croyaient pas encore dans pouvoir d'excommunier les rebelles; qu'on doit l'assemblée des Etals du royaume qui fut tenue obéissance aux supérieurs que Dieu y a établis; après la mort de Henri IV. Je sais que des docqu'il faut conserver un esprit de docilité pour teurs catholiques ont avoué qu'un protestant, eux, et un esprit de charité pour ceux dont on qui serait porté à se soumettre aux décisions de est séparé. Il reste seulement de voir si ces con- l'Eglise catholique, mais qui, se trompant dans sidérations portent avec elles une nécessité indis- le fait, ne croirait pas que le concile de Trente pensable de retourner à la communion des su- eût été œcuménique, ne serait qu'un hérétique périeurs ecclésiastiques, qu'on reconnaissait au- matériel. Il est vrai qu'il paraît beaucoup de satrefois, en sorte qu'on ne saurait être sauvé au- gesse et de bon ordre dans les actes de ce contrement. cile, quoiqu'il y ait quelque mondanité entre. Mais il me semble que la question est toute mêlée : et où est-ce qu'on n'en trouve point? décidée par l'aveu de ceux qui reconnaissent des C'est pourquoi je ne suis pas du nombre de ceux hérétiques matériels, ou des hérétiques de nom qui s'emportent contre le concile de Trente : et d'apparence, comme M. Pellisson l'explique cependant il me semble qu'on aura bien de peine fort bien; c'est-à-dire des gens qui paraissent à prouver qu'il est œcuménique. Et peut-être être hors de l'Eglise, et y sont pourtant en effet ; que c'est par un secret de la Providence, qui a ou bien, qui sont hors de la communion visible voulu laisser cette porte ouverte, pour moyende l'Eglise, mais étant dans une erreur invinci- ner un jour la réconciliation par un autre conble, sont jugés excusables : et s'ils ont d'ailleurs cile plus autorisé et moins italien, la charité et la contrition, et ils sont dans l'Eglise Mais quand le concile de Trente aurait toutes virtuellement, et in voto, et se sauvent aussi bien les formalités requises, il > a encore une autre que ceux qui y sont visiblement. Mgr le land- importante considération ; c'est que peut-être grave Ernest, qui a travaillé sur les controver- ses décisions ne sont pas si contraires aux proses, et a fait paraître autant de zèle que qui que testants, que l'on s'imagine. Ses canons sont ce soit pour la réunion des protestants, ne laisse souvent couchés de manière à recevoir plusieurs pas de demeurer d'accord de tout ceci ; et il a en- sens ; et les protestants se pourraient croire en tendu dire ces choses en termes formels au car- droit de recevoir celui qu'ils jugent le plus concardinal Sforza Pallavicini, et au P. Honoré Fa- venable, jusqu'à la décision de l'Eglise dans un bri, pénitencier de Saint-Pierre, qu'il avait pra- concile général futur, où les Eglises protestantes tiqué à Rome. Et moi je puis dire avoir en- prétendront, avec raison, être admises parmi les tendu soutenir la même chose à des docteurs autres Eglises particulières. Cassandre et Grotius catholiques romains très-habiles. Aussi M. Pellis- ont trouvé que le concile de Trente n'est pas touson ne s'y oppose point : mais il explique cette joursfortéloignédelaCo?i/î?sszond'^4tt^s&OMr^.Le doctrine, afin qu'on n'en abuse pas; et il n'ad- P- Dez, qui prêchait à Strasbourg sur cette Confesmet parmi les hérétiques matériels, que ceux qui sion, semblait favoriser ce sentiment, et en tine savent point que les dogmes qu'ils rejettent en raitdes conséquences à sa mode ; et bien des promatière de foi, soient la doctrine de l'Eglise ca- testants ont cru que Y Exposition de Mgr l'évèque tholique. de Meaux leur revenait assez. Ainsi il n'est pas Appliquons cette restriction aux protestants, aisé de prouver aux protestants qu'ils nient ce et nous trouverons qu'ils sont de ce nombre. On qu'ils savent être décidé par l'Eglise catholique, sait les plaintes qu'ils ont faites contre le concile Aussi semble-t-il que c'est plutôt la pratique de Trente, avec beaucoup d'apparence, pour lui des abus dominants, que les protestants croient

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