DEUXIÈME PARTIE : CORRESPONDANCE
reconnaître parmi ceux qui coiumunienl avec Home, que les dogmes spéculatifs, qui empêchent la réunion. Uni no sait gne là question sur la justification lui crue autrefois des plus importantes? Et cependant, de la manière qu'on s'explique aujourd'hui, il ne semble pas difficile de convenir là-dessus. L'on sait quelles limites on donne en France à l'autorité des Papes et des autres pasteurs; combien les roisqui connaissent Rome sont jaloux de leurs droits : et de la manière que l'honneur rendu aux créatures s'explique dans la théorie, conformément au concile de Trente, il parait très-excusable. Mais la pratique est assez souvent tort éloignée de la théorie. Il se passe bien des choses autorisées publiquement dans l'Eglise romaine, qui alarment la conscience desgens de bien parmi les protestants, et leur paraissent abominables, ou sont au moins très-dangereuses; je laisse à M. Jurieu le soin de les exagérer; car pour moi je souhaiterais plutôt les adoucir. Ce sont ces pratiques qui empêchent la réunion, plus que les dogmes. Dieu est un Dieu jaloux de son honneur, et il semble que c'est le trahir que de dissimuler en certaines rencontres. Ainsi, tout ce qu'on peut dire à l'avantage des décisions de l'Eglise catholique, n'empêche pas qu'un homme de bien ne puisse être alarmé des abus qui se répandent dans l'Eglise, sans que l'Eglise catholique les approuve; et il parait en certaines rencontres qu'on est obligé de témoigner son déplaisir. Que si des nations ou des provinces entièress'élèvent contre ces désordres, et qu'on prétende là-dessus les retrancher de la communion, il semble qu'une excommunication si injuste ne leur saurait nuire; et qu'eux-mêmes ne sont pas obligés de recevoir les excommuniants à leur communion, ou, ce qui est la même chose, de retourner à la leur, jusqu'à ce qu'on lève le sujet de leurs plaintes : d'autant qu'ils se plaignent de choses que le concile de Trente n'a pas osé approuver depuis, ou qu'il a plutôt désapprouvées, quoique sans effet dans la pratique. On ne s'élève donc pas contre l'Eglise catholique, mais contre quelques nations ou Eglises particulières ou mal réglées; quoiqu'il arrive peut-être que le siège patriarcal de l'Occident, et même la métropolitaine de l'univers y soit comprise, qu'on ne doit considérer que comme particulière à l'égard des abus qu'elle colère. On peut dire en effet que le faible et les intérêts des nations s'y mêlent. Les Italiens et les Espagnols donnent fort dans l'extérieur, et MM. les Italiens se font quelquefois un point de politique de soutenir Rome; aussi profilent-ils le plus de ses avantages. Ils seraient peut-être bien
D. Tom. IV.
aises que tous les autres fussent leurs dupes, et surtout ceux du Nord; cela est naturel. Mais la nation française devrait se joindre avecla nation germanique pour remettre l'Eglise dans son lustre, à l'exemple de l'ancien concile de Francfort; et il faudrait profiler de la conjoncture de quelque Pape bien intentionné, qui se souviendrait plutôt d'être Père commun que d'être Romain, ou Toscan. Je suis assuré que parmi les Italiens, dans Rome même, et entre les prérats, on trouverait bien des gens de doctrine et de probité, qui contribueraient de bon cœur à la réforme de l'Eglise, s'ils voyaient quelque apparence de succès. Il faut même rendre celte justice à la ville de Rome, que tout y va mieux qu'autrefois; qu'on n'y est pas trop favorable aux bagatelles de dévotion, et qu'elle pourra peut-être un jour recouvrer l'honneur qu'elle avait dans les anciens temps, de donner bon exemple et de servir de règle.
Mettant donc le concile de Trente à part poulies raisons susdites, on peut dire que l'Eglise catholique n'a pas excommunié les protestants. Si quelque Eglise italienne le fait, on lui peut dire qu'elle passe son pouvoir, et ne fait que s'attirer une excommunication réciproque à peu près comme disaient un jour « des évèqucs français à l'égard d'un Pape : Si excommunicaturus venit, t'xcummiuiiratus abibit : «S'il vient pour excommunier, il s'en ira excommunié. » Et lorsqu'une Eglise particulièreexcommunie quelque autre Eglise particulière ou quelque nation, et même quand une Eglise métropolitaine excommunie une Eglise qui est sous elle, ou bien quand un évèque excommunie quelque prince ou particulier de son diocèse, les sentences ne sont pas des oracles : elles peuvent avoir des défauts, non-seulement de nullité, mais encore d'injustice; car, quoique les arrèls des juges séculiers soient exécutés par les hommes, il ne faut pas s'imaginer que Dieu exécute contre les âmes les sentences injustes des ecclésiastiques : c'est ici que la condition Clave non errante a lieu. Tout ce qu'opère l'autorité du supérieur ecclésiastique est qu'on lui doit obéir autant qu'on peut, sauf sa conscience; ce qui est déjà beaucoup : et c'est à peu près comme les canons disent à l'égard des serments, qu'on doillcsgardcr autant qu'on peut, sans préjudicier à son âme. Ce n'est donc pas anéantir l'autorité des ecclésiastiques ou des serments que de les limiter ainsi. On sait assez quelle déférence on a en
1 C'étaient les évêques du parti de Louis le Débonnaire qui parlaient ainsi, à l'occasion des menaces qu'on prétendait que Grégoire IV, attaché à Lothaire, avait faites de les excommunier.
f£dit. de Dijoris )
France et ailleurs pour les excommunications maintenant de Neustadt en Autriche, était ici par
fulminées dans la bulle In cœnaDomini, et pour ordre de l'empereur pour des vues toutes sem-
les décrets de l'inquisition de Rome. Je ne dis blables, j'envoyai moi-même sa lettre à M. l'é-
donc rien en cela que les Catholiques romains, vêque de Meaux, où il lui donnait part de sa né-
ct des canonistes, particulièrement ceux de gociation. Cet illustre prélat, en ayant parlé au
France, ne reconnaissent. Je suis bien éloigné Roi, répondit que Sa Majesté, bien loin d'y être
de vouloir éluder l'autorité de l'Eglise et des ec- contraire, goûtait ces pensées et les favoriserait,
clésiastiques, par une interprétation que M. Pé- Quelques années après, la négociation de M.
lisson me prête ; comme si la restriction que je de Neustadt avec nos théologiens ayant eu des
donne à la force des excommunications et autres suites considérables, et M. de Meaux l'ayant su
arrêts des supérieurs ecclésiastiques, se réduisait par une lettre de notre incomparable duchesse»
à ce beau privilège : Vous jugerez bien, quand que Madame lui avait montrée, il en félicita M.
vous jugerez bien. Car je distingue entre le corps de Neustadt, et répéta les premières expressions,
de l'Eglise, qu'on n'accorde pas avoir jamais En effet, on peut dire que, depuis le colloque de
prononcé contre les protestants, et entre les Ratisbonne du siècle passé, rien n'avait été fait
supérieurs ecclésiastiques hors du corps, qui ne de plus praticable, ni de plus ajusté aux princi-
sauraient être infaillibles, et dont les excommu- pes des deux partis. Le feu Pape en témoigna
nications sont semblables à celles dont le pro- quelque satisfaction, aussi bien que des géné-
cureur général d'un grand roi a appelé depuis raux de quelques grands ordres, et autres per-
peu au concile général futur. sonnes de grande autorité. Mais ces régales et ces
Après les choses que je viens de dire, il n'est franchises vinrent encore ici à la traverse. Il pas nécessaire d'examiner les questions difficiles semble que les offres de M. de Meaux ne furent qu'on peut former touchant le salut de ceux qui pas assez suivies, et que quelques-uns se firent font tout ce qu'ils peuvent pour croire à l'Eglise un point de politique de contrecarrer tout ce catholique, sans en venir à bout, ni toinmentils qu'ils croyaient pouvoir être goûté du feu Pape, sont dans l'Eglise in voto : carie cas des proies- ou recommandé par l'empereur; comme si les tants est tout autre, comme je viens de l'expli- jalousies d'état devaient lever toute communicaquer, et ils ne rejettent que ce qu'ils croient tion et concurrence dans les matières les plus contraire à la doctrine de l'Eglise de Dieu. Je saintes et les plus innocentes. Cependant on peut passe aussi plusieurs beaux endroits de l'écrit de dire que la glace a été rompue : peut-être que M. Pellisson, de peur d'aller trop loin; mais je les temps propres à poursuivre ces desseins vienne saurais passer des choses très-considérables dront un jour, et que la postérité nous en saura qu'il dit dans le dernier article, sans faire là- quelque gré. Il est vrai qu'on y devrait songer de dessus quelque réflexion. Il accorde que l'Eglise part et d'autre un peu plus qu'on ne fait, au lieu a besoin de réformation à l'égard des abus de d'entretenir cette funeste séparation qui ne saupratique ; que le peuplefait quelquefois un grand rait être assez pleuréede toutes nos larmes, pour abus des images ; que le temps est venu où la me servir de l'expression touchante de M. Pellecture des livres sacrés ne sera plus défendue ; lisson.
qu'il n'est pas hors d'apparence qu'on pourrait Au reste, je vous assure, Madame, et vous rétablir l'ancienne liberté de communier sous pouvez assurer M. Pellisson, qu'il n'y a rien moins les deux espèces, au moins quatre ou cinq fois que les considérations de quelque agrandisse- Tannée, d'autant que les protestants ne commu- ment temporel de la part de nos princes, qui nient guère davantage, pourvu qu'on le demande empêche la paix de l'Eglise. Ils ont fait des pas avec la soumission nécessaire; il ne doute point désintéressés qui marquent leurs intentions géque les princes protestants ne l'obtiennent pour néreuses et sincères, et qui leur donnent droit eux et pour leurs Etats, en rentrant dans la com. d'attendre des dispositions réciproques delà part munion de l'Eglise romaine. Nous avons vu, dit- de ceux de l'autre communion, suivant les apil, il n'y a pas dix ans, quand on ne convertissait parences qu'on leur avait fait voir, auxquelles les gens en France que par la persuasion et par Mgr le Duc, dont les lumières et les sentiments les grâces, ce projet non-seulement écouté à la héroïques sont assez reconnus, avait cru devoir cour, et approuvé de nos plus saints prélats, répondre par une facilité toute chrétienne. Cette mais en état d'être reçu à Rome, si nos réga- princesse, à qui M. Pellisson donne avec raison les et nos franchises ne fussent venues à la tra- le titre de grandeet d'incomparable, a eu quelque verse. part à ces bons desseins, et en a été remerciée.
A propos de cette considération de M. Pellis- Plût à Dieu que la force des expressions de M.
son, je dirai que lorsque M. l'évêque de Tina, Pellisson, les raisons de ces grands prélats, qui