‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 248 sur 313 · LETTRE XVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XVIII

BOSSUET A LEIBNITZ

A Versailles, ce 27 juillet 16S2.

Monsieur,

Après vous avoir marqué la réception de votre lettre du 13, je commencerai par vous dire qu'on n'a pas seulement songé à imprimer, ni l'écrit de M. l'abbé Molanus, ni mes Réflexions. Tout cela n'a passé ni ne passera en d'autres mains, qu'en celles que vous avez choisies vousmême pour nous servir de canal, qui sont celles de madame de Rrinon. Tout a été communiqué, selon le projet, à M. Pellisson seul : et madame de Brinon m'écrit qu'on vous a bien mandé que je traduisais les écrits latins pour les deux princesses; mais non pas qu'on y eût parlé d'impression. Nous regardons ces écrits de même œil que vous ; non pas comme des pièces qui doivent paraître, mais comme une recherche particulière de ce qu'on peut faire de part et d'autre, et jusqu'où il est permis de se relâcher sans blesser ni affaiblir en aucune sorte les droits de l'Eglise, et les fondements sur lesquels se repose la foi des peuples. Je traiterai cette matière avec toute la simplicité possible; et j'examinerai en particulier ce que vous avez proposé des conciles de Constance et de Bâle, avec toute l'attention que vous souhaitez, sans me fonder sur aucune autre chose que sur les actes. On achève de décrire mes Réflexions; si vous prenez la peine de considérer tout ce qui a retardé cet ouvrage, j'espère que vous me pardonnerez le délai.

Ce que j'ai remarqué, Monsieur, sur l'écrit du P. Denis, est bien éloigné de la pointillé de savoir à qui est dû l'honneur des éclaircissements qu'on a apportés à la matière de la justification; mais voici uniquement où cela va : si la doctrine qui a donné le sujet premièrement aux reproches, et ensuite à la rupture de Luther, a toujours été enseignée d'une manière orthodoxe dans l'Eglise romaine; et si l'on ne peut montrer qu'elle y ait jamais dérogé par aucun acte :

donc tout ce qu'on a dit et fait, pour la rendre odieuse au peuple, venait d'une mauvaise volonté, et tendait au schisme. Les confréries que vous alléguez, premièrement, n'ont rien qui soit contraire à la véritable doctrine de la justification ; et d'ailleurs il est inutile de lesalléguer comme une matière de rupture, puisqu'après tout personne n'est obligé d'en être. Au reste, avec le principe que vous posez, que dans les siècles passés on a fait beaucoup de décisions inutiles, on irait loin : et vous voyez qu'en venant à la question : Quand est-ce qu'on a commencé à faire de ces décisions ? il n'y a rien qu'on ne fasse repasser par l'étamine : de sorte qu'avec cette ouverture, on ne trouvera point de décision dont on ne puisse éluder l'autorité, et qu'il ne restera plus de l'infaillibilité de l'Eglise que le nom. Ainsi ceux qui, comme vous, Monsieur, font profession de la croire et de se soumettre à ses conciles, doivent croire trèscertainement que le même esprit qui l'empêche de diminuer la foi, l'empêche aussi d'y rien ajouter; ce qui fait qu'il n'y a non plus de décisions inutiles que de fausses.

Je ne réponds rien sur ce que vous voulez bien penser de mon diocèse. C'est autre chose de corriger les abus autant qu'on le peut, autre chose d'apporter du changement à la doctrine constamment et unanimement reçue. Les gens de bien qui aiment la paix auraient pu se joindre à vos réformateurs, s'ils s'en étaient tenus au premier; mais le second était trop incompatible avec la foi des promesses faites à l'Eglise : et s'y joindre c'était rendre tout indécis, comme l'expérience ne l'a que trop fait connaître. Il faut donc chercher une réunion qui laisse en son entier ce grand principe de l'infaillibilité de l'Eglise, dont vous convenez; et l'écrit de M. l'abbé Molanus donne un grand jour à ce dessein. Vous y contribuez beaucoup par vos lumières, et j'espère que dans la suite vous ferez encore plus.

Il n'est encore rien venu à moi de votre philosophie. Je vous rends mille grâces de toutes vos bontés, et je finis en vous assurant de l'estime avec laquelle je suis, Monsieur, votre trèshumble servi Lw.

J. Bénigne, évêque de Me aux.

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