‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 251 sur 313 · LETTRE XXI · texte numérisé non relu

LETTRE XXI

leibn1tz abossuet1.

Monseigneur, Je suis d'autant plus sensible, pour mon par-

1 Cette lettre en suppose une précédente de Bossuet, dans laquelle le prélat répondait aux objections que Leitmitz prétendait tirer de la condamnation des monothelites dans le vi« concile, et du culte des images établi dans le second concile de Nicée. Mais nous n'avons

B. Tom. IV.

ticulier, à la perte que nous avons faite dans la mort de M. Pellisson, que j'ai joui bien peu de

point trouvé dans les papiers de M. de Mcaux la lettre a laquollo it est visible que Leibnitz répond ici. fEdit. de Paris.J

Plus heureux que les premiers éditeurs, nous pouvons «ncoro tournir cette pièce.

« Meaux, 27 sept. 1092.

Monsieur , Parmi tant de belles choses dont M. Pslfisson m'a régale en m'envovant trois de vos lettres, j'ai trouvé quelques plaintes contre moi, qui, toutes modestes qu'elles sont, n'ont pas laisséde me f.iire beaucoup de peine. Mais je ne puis me résoudra à me défendre contre vous. Renvoyez à M. l'ellisson mon apologie, qu'il a déjà commencée avec tant de bonté, et je vous dirai seulement que je suis prêt à effacer tout ce qui vous a

déplu.

Au lieu, monsieur, de répondre à ces plaintes, je vous dois de grands remerr îm^nts pour deux lettres que vous avez pris la peine de m écrire. Vous me donnez une joie extrême en me disant qne vous et M. l'abbé de Lonkkum étiez contents de la première vue de mes Inflexions. J'espère que la seconde et l.i tioisieme vous feront encore entrer plus avant dans ma pensée. Vous m'apprenez une chose qui me ravit : t'est que mon écrit sera vu non-seulement de vos incomparables princesses, mais encore d'un prince aussi éclaire etadaai sage que le votre. Je ne connais personne plus capable ojoe ce grand prince d'entrer dans un dessein comme celui-ci, ni de l'appuyer davantage; et il ne reste qu'à prier celui qui tient les cœurs en sa main d'ouvrir le sien à |,i vérité.

Vous me demandez, monsieur, dans une des lettres dont vous m'honorez, s'il ne pourrait pas y avoir des instances contraires à ce que je crois avoir été invariable dans l'Eglise, qui est qu'on a toujours maintenu ce qu'on a trouvé établi en matière de foi, c.ir c'est ;tinsi qu'il le faut entendre. Je vous réponds hardiment, monsieur, que jamais vous ne trouvère/. d'exemple contraire. Vous alléguez celui des monothelites et vous demandez si, de bonne foi, on set toujours avisé que lésas Christ eût deux volontés. Cela dépend de savoir si on s'est toujours avisé qu'il y eût deux natures, la divine et l'humaine ; et en toutes deux une volonté invisiblement renfermer là-dedans : on pensera aussitôt qu'il n'y a pas d ame, que de penser que cette âme ni n'entend ni ne veut rien. On entend dire tant de Jésus-Christ : je veux, ou : je ne veux pas, dans les choses qui le regardent en qualité d'homme, qu'on ne peut douter de lui non plus que des autres hommes qu'ils ne soient voulants; ce qui est penser en termes formels qu'ils ont une volonté; et si on ne s'avise pas toujours de dire que Jésus- Christ a une volonté humaine, non plus que de dire qu'il a une aine humaine, c'est que cela se présente naturellement à l'esprit et qu'on n'a pas besoin de s'expliquer une chose si manifeste.

Il faut que les hérétiques qui ont pu douter d'une vérité si sensible aient fait à leur esprit de ces violences que se font ceux que leur orgueil ou leur curiosité embrouille et confond. Pour ce qui regarde les images, qui est le second exemple que vous produisez, il est bien certain que nos Pères, qui tinrent le concile de Francfort, et qui s'opposèrent si longtemps au concile «le Nicée, ne le rejetèrent que sur un malentendu ; car c'est un fait bien constant qu'ils honoraient les reliques et qu'ils adoraient la croix de ce genre d'adoration que le concile second de Nicée a établi pour les images. Il n'y a personne qui ne sache ce que le fameux Anastase, bibliothécaire de l'Eglise romaine, leur reprochait : « Vous voulez bien, disait-il, vous prosterner devant l'image de la croix, et vous ne voulez pas en faire autant devant l'image de Jésus-Christ même 1 Est-ce donc que sa croix vous parait d'une plus grande dignité que sa personne, ou que l'image de l'une soit plus digne de vénération que celle de l'autre ? » Il est donc clair que dans I© fond ils recevaient ce culte relatif, qui faisait la question de ces temps-là S'ils rejetaient le concile de Nicée, c'est qu'ils croyaient, comme ils le déclarent dans le concile de Francfort, qu'on y adorait les images comme on v adorait la Trinité ;

temps d'une si belle et si importante connaissance. Il pouvait rendre de grands services au public, et ne manquait pas de lumières ni d'ardeur; et il y avait sans doute bien peu de gens de sa force. Mais enfin, il faut s'en remettre à Dieu, qui sait choisir le temps et les instruments de ses desseins, comme bon lui semble. Madame de Brinon m'a fait l'honneur de me communiquer une lettre que vous lui avez écrite, pour désabuser les gens de certains faux: bruits qui ont couru. Pour moi, j'ai cru que M. Pellisson se trompait en certains points de religion, je ne l'ai jamais cru hypocrite. J'ai aussi reçu une feuille imprimée, que M. le landgrave Ernest m'a envoyée. Je crois qu'elle est venue de France. Elle tend à justifier la mémoire de cet excellent

c'était donc visiblement un malentendu, dont aussi on est revenu naturellement quand on a bien compris le vrai état de la question. La diversité qui était dans le surplus n'était que pure discipline, et on voit par ce qui vient d'être dit, ce qui est incontestable entre personnes de bonne foi, qu'ils étaient d'accord du fond. Du reste le concile de Nicée second n'était pas encore reconnu. Nos Pères n'y avaient pas assisté, et de tous lesévêques d'Occident, le Pape fut le seul qu'on y appela. C'est donc un de ces conciles qui n'a été réputé pour général que par le consentement subséquent, encore qu'il ne le fut dans son origine non plus que beaucoup d'autres qui ont été depuis très-reçus. Ainsi, jevous dirai encore une fois, Monsieur, que la maxime est constante, qu'en matière de dogme de foi, ce qui a été cru un jour, l'a été et le sera toujours; autrement la cbainede la succession serait rompue, l'autorité anéantie et la promesse détruite. Je vois, Monsieur, dans votre lettre à M. Pellisson, que vous croyez que je n'ai pas voulu expliquer tout ce que je sais sur ce que vous m'avez objecté du concile de Eâle. Jevous assure que j'ai dit très-sincèrement tout ce que j'avais dans le cœur. Encore l'ai-je prouvé par les Actes. J'ai dit que le nouvel examen et la nouvelle discussion que le concile de Bâle voulait faire du décret de Constance étaient une discussion et un examen, non de doute, mais de plus grand éclaircissement; j'ai rapporté les paroles où le concile s'explique ainsi et en mêmes termes. Qu'y a-t-il donc à dire à cela ? Rien du tout, Monsieur, et vous le direz comme moi quand il vous plaira de vous élever au-dessus de la prétention ; mais il faut que Dieu s'en mêle, et j'espère qu'il le fera : il a mis dans les esprits de nos Cours de trop favorables dispositions. M. l'abbé de Lonkkum a fait des pas très-essentiels ; vous-même, vous pensez trop bien de l'autorité des conciles pour demeurer en si beau chemin. Tout ce qui peut rester de difficulté est infiniment au dessous de relies qui sont résolues par les expositions de M. l'abbé et par la propre Confession (TAxr/sbourg et nos autres livres symboliques. Je trancherai hardiment le mot : il faut, ou fermer les yeux aux conséquences les plus naturelles, ou sortir du luthéranisme ; il faut, dis-je, ou faire des pas vers nous, ou reculer en arrière, ce que Dieu ne permettra pas. Ne craignez point, Monsieur, qu'on demeure court de notre côté. Vous dites à M. Pellisson que s'il ne s'agissait que d'exposition, j'aurais tout gagné, et j'ose vous dire, Mo eur, que ce n'est que de cela qu'il s'agit. Les difficultés .-o .t résolues dans le fond par les principes posés de votre cété; il n'y a plus qu'à en faire l'application, et vous serez catholique. Ne vous lassez donc point, Monsieur, de travailler à cet ouvrage, et je vous promets que nous ne nous lasserons point de vous seconder. C'en est trop, mais je n'ai pu refuser ces réflexions à vos lettres...

Je suis, de toute mon âme, Monsieur, votre très-humble serviteur.

J. Bénigne, évêque de Meaux.

homme contre les imputations de la Gazette de Rotterdam : mais il me semble que l'auteur de la feuille n'était pas parfaitement informé; et il l'avoue lui-même. Madame de Brinon me mande que, par ordre du roi, les papiers de feu M. Pellisson sur la religion ont été mis entre vos mains. Sans doute le roi ne les pouvait mieux placer. Elle ajoute que ce qu'il avait écrit sur l'histoire de sa Majesté a été donné à M. Racine, qui est chargé de ce travail. J'avais moi-même quelques vues pour l'histoire du temps ; et M. Pellisson, par la bonté qu'il avait pour moi, allait jusqu'à me faire espérer du secours et des informations sur le fond des choses : mais je crains que sa mort ne me prive de cet avantage, comme elle m'a privé d'autres lumières que j'attendais de sa correspondance; si ce n'est que vous, Monseigneur, ne trouviez quelque occasion d'y pourvoir.

Madame de Brinon ne me pouvait rien mander de plus propre à me consoler, que ce qu'elle me fit connaître de la bonté que vous voulez avoir, Monseigneur, de vous mettre en quelque façon à la place de M. Pellisson, quand il s'agira de me favoriser. Cependant vos bontés ont déjà assez paru à mon égard en plusieurs occasions ; et je ménagerai vos grâces comme il faut, sachant que vos importantes fonctions vous laissent peu à vous-même.

C'est cette considération qui m'avait fait différer de répondre à votre lettre extrêmement obligeante, et pleine d'ailleurs de considérations importantes et instructives, pour ne pas revenir trop souvent. Maintenant, jevous dirai, Monseigneur, q ?e la république de M. l'abbé Molanus sera bientôt achevée. Comme il a la direction des Eglises du pays, il a été bien distrait; et afin de finir, il se retire exprès à son abbaye, pour quelques semaines pendant le Carême, qui chez nous, pendant le vieux style, est venu cette fois bien plus tard que chez vous. Je ne renouvelle pas les petites plaintes que j'avais cru avoir sujet de taire. Il est vrai que si la censure fût allée au général, sans me frapper nommément en particulier, je n'aurais pas eu besoin d'apologie.

Quand j'accorderais cette observation, qu'on a toujours maintenu ce qu'on a trouvé établi en matière de foi, cela ne suffirait pas pour en faire une règle pour toujours. Car enfin, les erreurs peuvent commencer une fois à régner tellement, qu'alors on sera obligé de changer de conduite. Je ne vois pas que les promesses divines infèrent le contraire. Cependant l'observation même, qui est de fait, me paraît encore douteuse. Par exemple, je tiens que toute l'ancienne

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