DEUXIÈME PARTÎT: : CORRESPONDANCE
G'ÔO
FJisenc croyait pas le culte des Images permis: et d quelqu'un des anciens martyrs revenait ici, il se troayenil bien surpris. Cependant l'Orient ayant changé peu à peu là-dessus, ce dogme combattu longtemps, par l'inclination qui porte les hommes à l'extérieur, a été enfin renversé par le second concile de Nicée, qui se sert de contes pour appuyer sa prétention : et malgré la meilleure partie de l'Occident, qui s'y opposait dans le concile de Francfort, Home donna là-dedans. Votre marque, Monseigneur, sur le concile de Nicée, est considérable. L'argument ■ri hom&nem d'Anastase le Bibliothécaire, pris de l'adoration de la croix déjà reçue, prouve seulement que les abus s'autorisent les uns les autres. On avait été plus facile sur la croi\, d'autant que ce n'est pas la ressemblance d'une chose vivante : par après on a joint l'image ou effigie de Jésus-Christ à la croix pour l'adorer, et enfin on s'est laissé aller jusqu'aux images des. simples créatures, en adorant celle des saints; ce qui était le comble. J'ai de la peine à croire que les Pères de Francfort eussent permis le culte des images, sous cordilion d'une adoration inférieure. Ils ont don£ tort de n'avoir pas marqué qu'ils entraient dans un tempérament, qui se présentait naturellement à ceux qui y avaient de l'inclination. Mais ils jugeaient tout autrement : Os croyaient, principiit este obstandum. Si on l'avait fait de bonne heure, le christianisme ne serait point devenu méprisable dans l'Orient, et Mahomet n'aurait point prévalu.
L'autre question était, si l'on n'a pas reçu quelquefois des sentiments, comme de foi, qui n'étaient pas établis auparavant. J'avais apporté l'exemple de la condamnation des monolhéliles. Vous répondez, Monseigneur, qu'accordant que Jésus-Christ a véritablement la nature humaine aussi bien que la divine, il fallait accorder qu'il a deux volontés. Mais voilà une autre question, sur la conséquence de laquelle les plus habiles gens de ce temps-là ne demeuraient point d'accord. Il s'agit du dogme même, s'il était établi: de plus, la conséquence souffre bien des difficultés, et dépend d'une discussion profonde de métaphysique; et je suis comme persuadé que si la chose n'avait été décidée, les scolastiques se seraient trouvés partagés sur cette question. Il ne s'agit pas de la volonté in octu primo, qui est une faculté inséparable de la nature humaine; mais de l'action de vouloir, quœ potest indigere complemento a sustentante Verbo; ita ut ab utraque resultet unica actio, cum dici soleat, actiones esse suppositorum.
Quant au concile de Bâle, il lui était permis de parler comme vous dites, Monseigneur ; et si
l'on taisait un traité semblable avec les protestestants, il serait permis h chaque parti de dire que la discussion future des points qui resteraien t à déciderserait une discussion d'éclaircissement, et non pas de doute; chacun ayant la croyance que l'opinion qu'il tient véritable prévaudra. Ce serait donc assez que vos messieurs fissent ce qu'on fit à Bâle. J'ai cru que la seule exposition ne suffirait pas : entre autres, parce qu'il y a des questions qui ne sont pas de théorie seulement, mais encore de pratique : j'avoue aussi, Monseigneur, que je ne vois pas comment, de certains principes accordés, il s'ensuive qu'on doive tout accorder de votre côté : au contraire, j'ose dire que je crois voir clairement l'obligation où l'on est d'offrir ce que fit le pape Eugène avec le concile de KàTc. à l'égard des calixtins. En vérité, je ne crois pas qu'autrement il y ait moyen de venir à une réunion qui soit sans contrainte. Cependant il faut pousser la voie de l'exposition aussi loin qu'il est possible, et je ne crois pas que personne vous y surpasse. Aussi M. Molanus lâchera de vous y seconder ; et pour moi, je contribuerai au moins par mes applaudissements, ne le pouvant par mes lumières trop courtes *. Je suis avec un attachement parfait, Monseigneur, votre très-humble et très-obéissant
serviteur,
Leidnitz.
LETTHK XXII.
LEIBNITZ A BOSSUET
6 juin 1693.
Monseigneur,
Je me rapporte à une lettre assez ample, que je me suis donné l'honneur de vous écrire il y a quelque temps. Je croyais cependant vous envoyer la réponse de M. l'abbé de Lokkum ; et en effet, j'en ai lu la plus grande partie. Mais comme il est souvent très-occupé, ayant la direction de notre consistoire et de tant d'Eglises, il n'a pas encore pu finir. Ce sera pourtant dans peu ; car il se presse effectivement pour cela le plus qu'il peut. La réponse sera bien ample , et contiendra bien de bonnes choses.
En attendant cet ouvrage , qui sera gravis ar maturœ miles, je vous envoie, Monseigneur, velilcm quemdam. C'est ma réponse au discours de M. l'abbé Pirot, louchant l'autorité du concile de Trente, que je soumets aussi à votre jugement, et vous supplie de la lui faire tenir. Je suis avec beaucoup de zèle , Monseigneur, votre trèshumble et très-obéissant serviteur,
Leibnitz.
1 La fin de cette lettre contenait des observations sur des idéeg pi Uosophiques, étrangères au projet de réunion : on les a supprimées comme inutiles. fEdit. de Paris.J
LETTRE XXIII. ne m'a point paru prolixe , et quand j'étais à la
madame de brinon a bossuet. dernière feuille , j'en cherchais encore d'autres.
ce 5 août 1693. Il y a plusieurs faits importants éclaircis en aussi
Madame la duchesse de Brunswick m'a en- peu de mots qu'il est possible , et les discussions
voyé, Monseigneur, cette grande lettre de M. Leib- des faits demandent plus d'étendue que les rai-
nitz; elle souhaiterait fort que Votre Grandeur sonnements. Je lui suis infiniment obligé de la
voulût y répondre. Je crains que M. Leibnilz peine qu'il a prise, principalement pour mon
n'embarrasse sa foi par ses subtilités, et qu'il ne instruction, lui qui est si capable d'instruire le
veuille aussi essayer de vous faire parler à un public. Je souhaiterais qu'il me fût possible ,
autre qu'à lui sur le concile de Trente : car as- dans l'état de distraction où je me trouve main-
sûrement ce que vous lui en avez dit, et M. Pirot tenant, d'entrer assez avant dans cette discus-
aussi, lui devrait suffire. J'ai mandé toujours sion des faits, pour profiter davantage de ses
d'avance à cette duchesse, qui est fort goûtée lumières; mais ne pouvant pas aller si loin, je
des protestants, que la matière du concile de m'attacherai principalement aux conséquences
Trente était épuisée et décidée entre Votre Gran- qu'on en tire.
deur et M. Leibnitz ; que s'il était de bonne foi , II. Le concile de Trente a eu deux buts : l'un,
il n'avait qu'à lui montrer ce que vous aviez de décider ou de déclarer ce qui est de foi et de
pris la peine de lui en écrire ; que vous n'auriez droit divin ; l'autre, de faire des règlements ou
rien davantage à lui dire là-dessus. Mais comme lois positives ecclésiastiques. On demeure d'ac-
\e doute fort qu'il montre à son Altesse Se- cord, de part et d'autre, que les lois positives
irénissime ce que Votre Grandeur lui a écrit, et tridentines ne sont pas reçues en France sur
M. Pirot aussi, avant que notre illustre ami l'autorité du concile, mais par des consti-
M. Pellisson fût mort; je vous supplie très-hum- tutions particulières, ou règlements du royau-
blement, Monseigneur, de me faire l'honneur me : et sur ce que le concile de Trente décide
de m'écrire quelque chose là-dessus, que je comme de foi ou de droit divin, M. l'abbé Pirot
puisse envoyer en Allemagne à madame la du- m'assure qu'il n'y a point de Catholique romain
chessç de Brunswick; afin qu'elle voie que je en France qui ne l'approuve; et je veux le croire-
n'ai pas manqué de vous envoyer la lettre de On demandera donc en quoi je ne suis pas en-
M. Leibnitz, comme elle me l'a ordonné; et core tout à fait convaincu; le voici : c'est pre-
qu'elle puisse elle-même savoir à quoi s'en tenir mièrement qu'on peut tenir une opinion pour
sur le concile de Trente. Elle m'a écrit qu'elle est véritable sans être assuré qu'elle est de foi. C'est
îort surprise d'apprendre qu'il n'est pas reçu en ainsi que le clergé de France tient les quatre
France, aussi bien sur les dogmes que sur la po- propositions, sans accuser d'hérésie les docteurs
litique. Je serais très-fàchée, dans l'estime et l'a- italiens ou espagnols, qui sont d'un autre sen-
mitié que j'ai pour cette duchesse, et dans Tinté- timent ; secondement, qu'on peut approuver
grité où je connais sa foi, qu'on la pût séduire comme de foi tout ce que le concile a défini en ce dangereux pays sur la moindre chose. . comme tel, non pas en vertu de la décision de
C'est ce qui fait , Monseigneur, que j'ai recours ce concile, ou comme si on le reconnaissait pour
à vous, afin que vous lui donniez quelque an- œcuménique; mais parce qu'on en est persuadé
lidote contre ce poison. Je m'aperçois que d'ailleurs. Troisièmement quand il n'y aurait
M. Leibnitz a des correspondances avec quelques point de particulier en France qui osât dire qu'il
docteurs qui l'instruisent de tout , bien ou mal : doute de l'œcjiménicité du concile de Trente,
c'est ma pensée ; peut-être que je me trompe f cela ne prouve point que la nation l'a reçu pour
mais il me semble que ce jugement n'est point œcuménique. Les lois doivent être faites dans
téméraire. Je vous demande toujours la conti- ^s formes dues. Ces mêmes personnes , qui
nuation de votre. bienveillance. maintenant qu'elles sont dispersées, paraissent
être dans quelque opinion, pourraient se tour-
LETTRE XXIV. ner tou(; autrement dans l'assemblée. On a des
leibnitz a bossuet. exemples dansles élections et dans les jugements
Sur le mémoire de l'abbé Pirot, touchant rendus par quelques tribunaux ouparlements,
l'autorité du concile de Trente *. dont les membres sont entrés dans le conseil
I. La dissertation de M. l'abbé Pirot sur avec des sentiments bien différents de ceux que
l'autorité du concile de Trente en France, certains incidents ont fait naître dans la délibération même. C'est aussi en cela que le Saint-
1 II ne faut pas confondre cette réponse de Leibnitz sur le Mé- Esprit a privilégié particulièrement les aSSem-
»v'« avec l'analyse succincte qu'il en fit dans le but de répondre ' «' , . ..
ou docteur Pirot. blecs tenues en son nom , et que la direction