‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 253 sur 313 · DEUXIEME PARTIE : CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE : CORRESPONDANCE

fini

divine se fait connaître: et celte considération a même quelque lieu dans les affaires humaines. Par exemple, quand un roi de la Grande- Bretagne voulut amasser les voix des provinces pour trouver la-dedans un préjugé a l'égard du parlement, celle manière de savoir la volonté delà nation ne fut point approuvée; d'autant plus que plusieurs n'osent point se déclarer quand on les interroge ainsi , et que les cabales ont trop beau jeu, outre que les lumières s'cnlrccommuniquent dans les délibérations commune.

III. Pour éclaircir davantage ces trois doutes, qui me paraissent très raisonnables, je commencerai par le dernier, savoir : par le défaut d'une déclaration solennelle de la nation. M. l'abbé Pirot donne assez à connaître qu'il a du penchant à ne pas croire qu'il y ait jamais eu un édil de Henri III, touchant la réception du concile de Trente, en ce qui est de foi. Un acte public de cette force ne serait pas demeuré dans le silence; les registres et les auteurs en parleraient : cependant il n'y a que M. de Marca seul qui dise l'avoir vu , à qui la mémoire peut avoir rendu ici un mauvais office. Mais quand il y aurait eu une telle déclaration du roi, il la faudrait voir pour juger si elle ordonne proprement que le concile de Trente doit être tenu pour œcuménique; car autre chose est recevoir la foi du concile, et recevoir l'autorité du concile.

IV. Quant à la profession de foi d'Henri IV, je parlerai ci-dessous de celle qu'il fit à Saint-Denis, et cependant j'accorde que la seconde, que MM. du Perron et d'Ossat firent en son nom à Rome, a été conforme incontestablement au formulaire de Pic IV. Je ne veux pas aussi avoir recours à la chicane, comme si le roi eût révoqué ou modifié, par quelque acte inconnu ou réservation cachée, ce qui avait été fait par lesdits de Perron et d'Ossat; bien qu'il y ait eu bien des choses dans cette absolution de Rome, qui sont de dure digestion; et particulièrement cette prétendue mullité de l'absolution de l'archevêque de Bourges , dont je ne sais si l'Eglise de France demeurera jamais d'accord : comme si les Papes étaient juges et seuls juges des rois, et d'une manière toute particulière à l'égard de leur oxthodoxie. Dirons-nous que, par cette ratification, Henri IV a soumis les rois de France à ce joug? Je crois que non, et je m'imagine qu'on aura recours ici à la distinction entre ce qu'un roi fait pour sa personne, et entre ce qu'il fait pour sa couronne ; entre ce qu'il fait dans son cabinet, et entre ce qu'il fait ex throno, pour avoir un terme qui réponde ici à ce que le Pape Mtex cathedra. Un Pape pourra

laire une profession de sa foi, sans qu'il déclare ex cathedra la volonté qu'il a de la proposer aux autres. Nous savons assez le sentiment du pape Clément VIII sur la matière deaaxiliis; il s'est assez déclaré conlre Molina : mais les Jésuites, qui tiennent le Pape infaillible lorsqu'il prononce ex cathedra , ne jugent pas que celui-ci ait rien prononcé contre eux, et on en demeure «l'accord. Ainsi la profession d'Henri IV ne saurait avoir la force d'une déclaration du royaume de Fiance a l'égard de l'œcuménicilé du concile de Trente : elle prouve seulement que Henri IV en son particulier, ou plutôt ses procureurs, ont déclaré tenir le concile de Trente pour œcuménique ; et ce n'est qu'un aveu de son opinion làdessus. Ainsi je n'ai pas besoin d'appuyer ici sur la clause qui le dispense de l'obligation de porter ses sujets à la même foi ; sachant bien que ce ne fut qu'à l'occasion des rcligionnaires que le Pape l'en dispensa, bien qu'en effet la dispense soit générale, et qu'il ne faille pas juger des actes solennels par leur occasion , mais par leur teneur précise, surtout in iis qaœ suntstrictl juris, nec amplianda,nec restringenda, tel qu'est ce qui emporte l'introduction d'une nouvelle décision dans l'Eglise à l'égard des articles de foi. Mais encore, quand le roi se serait obligé de porter ses sujets à la récognition de l'autorité œcuménique du concile de Trente, sans en excepter d'autres que les religionnaires, ce ne serait pas une déclaration du' royaume, mais une obligation dans le roi de faire ce qu'il pourrait raissonnablement pour y porter son peuple; ce qui n'exclurait nullement une assemblée des états, ou au moins des notables des trois états. V. Quand il n'y aurait point eu autrefois de déclaration solennelle de la France contre le concile de Trente , il semble néanmoins qu'il faudrait toujours une déclaration solennelle pour ce concile, afin que son autorité y soit établie, à cause des doutes où le monde a toujours été là-dessus. Ainsi quand j'ai dit que la déclaration solennelle doit être Jevée par une autre déclaration solennelle, c'est seulement pour aggraver cette nécessité. Et quand ces déclarations solennelles contraires auraient quelque défaut de formalité , cela ne nuirait pas à mon raisonnement. Car il ne s'agit pas ici de l'établissement de quelquedroit, ou qualité de droit: mais seulement de ce qui fait paraître la volonté des hommes : à peu près comme un testament défectueux ne laisse pas de marquer la volonté du testateur. Ainsi l'esprit de la nation , ou de ceux qui la réprésentent, paraît avoir été contraire au concile de Trente , on a d'autant plus besoin d'une déclaration bien expresse, pour

marquer le retour et la repentance de la même tiinents de l'ambassade et l'état véritable des

nation. choses, que les hommes ne découvrent souvent

VI. Mais considérons un peu les actes publics que dans la chaleur des contestations. Elle dit:

laits de la part de la France contre ce concile , Cum tamen nihil a vobis ; sed omnia magis Bo-

lirés des Mémoires que MM. du Puy ont pu- mœ qnam Tridenti agantur, et hœc quœ publi-

bliés. Le premier acte est la protestation du roi cantur magis Pu IVlplacita, quam concilii Tri-

Henri II, lue dans le concile même par M. dentini décréta existimentur, denuntiamus ac

Amjot. Le roi y déclare tenir cette assemblée testamur, quœcunque in hoc concilio , hoc est PU

sous Jules III, pour une convention parlicu- IV motu, décréta sunt et publicala, decernentur

lière, et nullement pour un concile général. M. et publicabuntur, ea neque regem Christianissi-

Amyot avait une lettre de créance du roi pour muni probaturum, neque Ecclesiam Gallicanam

être ouï dans le concile, et cela autorise sa pro- pro decretis œcumenicœ synodi habituram. Il est

testation, bien que ladite lettre ne parlât point vrai que la même harangue devait déclarer le

de la protestation : ce qu'on fit exprès, sans rappel des prélats français, qui ne fut point

doute, pour empêcher les Pères de rejeter d'à- exécuté; mais quoiqu'on en soit venu à des tem-

bord la lettre, et de renvoyer le porteur sans péraments, pour ne pas rompre la convocation

l'entendre : et apparemment il ne voulut point ia vérité du fait demeure toujours que la France

attendre la réponse du concile, parce qu'il ne lie croyait pas cette convocation assez libre pour

s'attendait à rien de bon : aussi n'avait-il rien avoir la qualité de concile œcuménique,

proposé qui demandât une réponse. Ensuite La protestation que MM. Pibrac et du Ferrier,

de cette protestation, les Français ne se trouvé- ambassadeurs de France, ont fait ensuite, avant

rent point à cette convocation, et ne reconnu- qlie de se retirer, déclare formellement qu'ils

rent pas les six séances tenues sous Jules III; s'opposent aux décrets du concile. Il est vrai

tout comme les Allemands ne reconnurent qu'ils allèguent pour raison le peu d'égard qu'on

point ce qui s'était fait auparavant sous Paul apour la France, et pour les rois en général :

III, après la translation du concile, faite malgré mais quoique la raison soit particulière, l'op-

l'empereur. Nous verrons après si cette protes- position ne laisse pas d'être générale. De dire

tation a été levée ensuite. Or, dans les séances que cet acte n'ait pas été fait au nom du roi,

contestées par les Français, on avait entrepris c'est à quoi je ne vois point d'apparence: car

de régler des points fort importants, comme les ambassadeurs n'agissent pas en leur nom

sont l'Eucharistie et la pénitence ; et M. l'abbé dans ces rencontres : ils n'ont pas besoin d'un

Pirot le reconnaît lui-même. nouveau pouvoir ou aveu pour tous les actes

VIL La seconde protestation des Français fut particuliers. Le roi leur ordonnant de demeufaite dans la troisième convocation sous Pie IV, rer à Venise, a approuvé publiquement leur à cause de la partialité que le Pape et le con- conduite; et les sollicitations du cardinal de cile témoignaient pour l'Espagne à l'égard du Lorraine pour les faire retourner au concile lurang; et les ambassadeurs de France se retire- rent sans effet: outre qu'on reconnaît qu'ils rent à Venise, tant à cause de cela, que parce avaient ordre du roi de protester et de se retique on n'avait pas assez d'égard à Trente pour rer. On a laissé les prélats français pour éviter l'autorité du roi, aux libertés de l'Eglise galli- le blâme, et pour donner moyen au Pape et au cane, et à l'opposition que les Français faisaient concile de corriger les choses insensiblement et à la prétendue continuation du concile; soute- sans éclat, en rétablissant dans le concile la liûant toujours que ce qui avait été fait sous Jules berté des suffrages, et tout ce qui était conve- III ne devait pas être reconnu, et que la convo- nable pour lui donner une véritable autorité, cation sous Pie IV était une nouvelle indiction. Le défaut d'enregistrement de la protestation Il est vrai que les prélats français restèrent au faite par M. du Ferrier, et le refus qu'il fit d'en concile, et donnèrent leur consentement à ce donner copie, ne rend pasla protestation nulle; qui y fut arrêté, et même à ce qui avait été ar- et on ne peut pas même dire qu'un tel acte derêté dans les convocations précédentes, sans meure comme en suspens, jusqu'à ce qu'on excepter ce qui s'était fait sous Jules III. Mais trouve bon de l'enregistrer, et d'en communi on voit cependant que les ambassadeurs du roi quer des copies ; puisqu'il porte lui-même n'approuvaient ni ce que faisait le concile, ni avec soi toutes les solennités nécessaires pour la qualité qu'il prenait ; et, bien que la haran- subsister. Le refus des copies vint apparemgue sanglante que M. du Ferrier , un des am- ment de ce qu'on voulait adoucir les choses, bassadeurs, avait préparée, n'ait pas été pro- et dorer la pilule, et encore pour ne pas donnoncée, elle ne laisse pas de témoigner les sen- ner sujet à des contestations nouvelles. C'est

Page 1