‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 254 sur 313 · GC · texte numérisé non relu

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ainsi que les ambassadeurs de Bavière et de Venise ayant protesté dans le même concile l'un contre l'antre, à cause du rang contesté entre eux, refusèrent d'en donner copie, comme le cardinal Pallavicin le rapporte. Mais quand la protestation sciait nulle à cause des défauts de formalité, j'ai déjà dit que le sentiment des ambassadeurs et de la cour ne laisse pas de marquer la vérité des choses; et les lettres que les ambassadeurs écrivirent de Venise au roi font Connaître qu'ils ne trouvaient pas à propos de retourner à Trente, et d'assister à la conclusion du concile, pour ne pas paraître l'approuver, et pour ne pas donner la main à la prétendue continuation, ni aller contre la protestation de Henri II, outre les autres raisons qu'ils allèguent dans leur lettre au roi Charles IX.

VIII. La ratification du concile entier et de toutes ses séances, depuis le commencement jusqu'au dernier acte, faite en présence des prélats français et de leur consentement, sans excepter même les sessions tenues bous Iules III , Ram les Français, contre la protestation de Henri 11. ne suffit pas, à mon avis, pour lever les oppositions de la nation française. Ces prélats n'étaient point autorisés à venir à l'cncontre de la déclaration de la nation, faite par le roi. Leur silence et même leur consentement peut témoigner leur opinion ; mais non pas l'approbation de l'Eglise et de la nation gallicane. La conduite du cardinal de Lorraine n'a pas été approuvée ; et les autres furent entraînés par son autorité : outre que ces sortes de ratifications in sacco, en général et sans discussion, ou pour parler avec nos anciens jurisconsultes, par aversionem, sont sujettes à des surprises et à des suhreptions. Il fallait reprendre toutes les matières qui avaient été traitées en l'absence de la nation française, aussi bien que les matières traitées en l'absence de la nation allemande, et, après une délibération préalable, faire des conclusions convenables, pour suppléer au défaut de l'absence de ces deux grandes nations.

IX. Tout ce que je viens de dire, depuis le troisième paragraphe, tend à justifier ce que j'ai dit de la déclaration solennelle ae la nation, qui, bien loin de se trouver pour l'autorité du concile, se trouve plutôt contraire à son autorité, quand môme j'accorderais que les particuliers ont été et sont persuadés que ce concile est véritablement œcuménique. Cependant je ne vois rien encore qui m'oblige d'accorder cela; assurément ce n'était pas le sentiment de MM. Pibrac et du Ferrier. Il semble qu'on reconnaît aussi que ce n'était pas celui du prési-

dent de Thou, ni de MM. du Puy. J'ai vu des objections d'un auteur catholique romain contre la réception du concile de Trente, faites pendant la séance desÉtats, l'an iG15, avec des réponses assez emportées; le tout inséré dans un volume manuscrit sur l'assemblée du clergé de l'an 1614 et 1615.

Ces, objections marquent assez que l'auteur ne tient pas ce concile pour œcuménique; à quoi l'auteur des Réponses n'oppose que des pétitions de principes. J'ai lu ce que les députés du tiers-état ont opiné entre eux sur l'article du concile. Quelques-uns demeurent en termes généraux, refusant d'entrer en matière, soit parce qu'on était sur le point de finir leurs cahiers qu'ils devaient présenter au roi, soit, disent-ils, parce (pie les Français ne sont pas;\ présent plus sages qu'ils étaient il y a soixante ans, et que leurs prédécesseurs apparemment, avaient eu de bonnes raisons de ne [tas consentir à la réception du concile, qu'on n'avait pas maintenant le loisir d'examiner. Quelques-uns disent qu'on reçoit la foi du concile de Trente; niais non pas les règlements de discipline. J'ai remarqué qu'il y en a eu un, et il me semble que c'est Miron lui-même, président de l'assemblée, qui dit, en opinant, que le concile est œcuménique, mais que cela nonobstant, il n'est pas à propos maintenant de parler de sa réception. Cependant je ne vois pas que d'autres en aient dit autant. Charles du Moulin, auteur catholique romain et fameux jurisconsulte, a écrit positivement, si je ne me trompe, contre l'autorité du concile de Trente : ce qui a fait que les Italiens l'ont pris pour protestant, que ses livres sont tellement inter prohibitos primœ classis, que j'ai vu que, lorsqu'on donne licence à Rome de lire des livres défendus, Machiavel et du Moulin sont ordinairement exceptés. L'on en trouvera sans doute encore bien d'autres déclarés contre le concile. M. Vigor en paraît être, et peut-être M. de Launois lui-même, à considérer son livre De potestate régis circa validitatem matrimonii: et les modernes, qui se rapportent aux raisons et considérations de leurs ancêtres, témoignent assez de laisser au moins ce point en suspens. La faiblesse du gouverne ment, sous Catherine de Médicis et ses enfants, a fait que le clergé, de son autorité privée, et introduit en France la profession de foi de Pie IV, et obligé tous les bénéficiers, et ceux qui ont droit d'enseigner, de faire cette profession ; par une entreprise semblable à celle qui porta messieurs du clergé, dans leur assemblée de 1615, à déclarer, quant à eux, le concile de Trente pour reçu. Je crois que messieurs des

conseils et parlements, et les gens du roi dans duclion, dont cependant on n'a point de con-

les corps de justice, n'approuvent guère ni l'un naissance.

ni l'autre. XII. Au reste, les protestants ont publié plus

X. Or, pour revenir enfin à ma première dis- d'une fois les raisons qu'ils avaient de ne pas dé-

linclion, ces Catholiques romains, qui doutent férer à ce concile. Je n'y veux point entrer, et je

de l'autorité du concile de Trente, peuvent pour- dirai seulement ici, qu'outre l'opposition faite

tant demeurer d'accord de tout ce qu'il a défini par l'empereur Charles V contre ce qui s'était

comme de loi. Ils peuvent approuver la foi du passé à Boulogne, il fallait que Pie IV tachât de

concile de Trente, sans recevoir le concile de faire remettre les choses, à l'égard des Allemands^

Trente pour règle de foi ; et ils peuvent même aux termes où Charles V les avait mises, lorsque

approuver les décrets du concile, sans approu- les ambassadeurs et les théologiens des protes-

ver qu'on y attache les anathèmes, ni qu'on tants allaient à Trente : ce qui ayant été sans

exige des autres l'approbation des mêmes dé- suite, à cause de la guerre survenue, devait être

crels, sous peine d'hérésie. Car on n'est pas hé- par après réintégré. Mais la cour de Rome était

rétique quand on se trompe sur un point de bien aise de s'en être dépêtrée, et ce fut avec une

lait, tel qu'est l'autorité d'un certain concile étrange précipitation que les grandes controver-

prétendu œcuménique. C'est ainsi que les ultra- ses furent dépêchées à Trente par une troupe de

montains et citramontains ont été et sont en dis- gens dévoués à Rome et peu zélés pour le véri-

pute touchant les conciles de Constance et de table bien de l'Eglise, qui appréhendait davan-

Bâle, ou au moins louchant leurs parties, et tage de choquer Scot ou Cajetan, que d'offenser

touchant celui de Pise et le dernier de Latran- irréconciliablement des nations entières. Car ils

Et apparemment la reine Catherine de Médicis se moquaient des peuples éloignés, qui ne les

avec son conseil, était dans le sentiment que je touchaient guère, pendant qu'ils ménageaient

viens de dire sur le concile de Trente, lorsque, des moines, parce qu'il y en avait beaucoup

pour donner raison du refus qu'elle fit de la ré- dans leurs assemblées, et qu'ils les voyaient

ception de ce concile, elle allégua qu'il empê- considérés dans les pays d'où étaient les prélats

cherait la réunion des protestants, comme M. qui remplissaient le concile. Ainsi ces messieurs

l'abbé Pirot l'avoue, et reconnaît que le prétexte ne faisaient pas la moindre difficulté de trancher

était beau; marque qu'elle désirait un concile net sur des questions de la dernière importance,

plus libre, plus autorisé et plus capable de don- qui étaient en controverse avec les protestants,

ner satisfaction aux protestants, et qu'alors la et que les anciens Pères n'avaient osé détermi-

difficulté n'était pas seulement sur la disci- ner, et parlaient ambigument et avec beaucoup

pline. de réserve de ce qui était en dispute entre les

XI. Cela peut suffire maintenant sur ce que scolastiques. M. l'abbé Pirot dit, dans son discours, de l'au- XIII. Il semble même qu'ils voulaient profiter torité du concile de Trente en France. Je vois de ces moments favorables, que les temps et les qu'il suppose qu'en Allemagne tout le concile conjectures leur fournissaient, lorsque les propasse pour œcuménique, nonobstant les opposi- restants et presque toutes les nations du Nord lions que l'empereur Charles V avait faites con- étaient absentes, aussi bien que les Grecs et les tre la translation du concile. Cependant, ayant Orientaux; qu'il y avait un roi d'Espagne enéte autrefois moi-même au service d'un élec- tête des moines, dont les sentiments étaient leur de Mayence, qui est le premier prélat de bien éloignés de ceux de l'empereur de son l'Allemagne, et dont la juridiction ecclésiastique père; et que la Fiance était gouvernée par une est la plus étendue, j'ai appris que le concile de femme italienne et par les princes de la maison Trente n'a pas encore été reçu dans l'archidio- de Lorraine, qui avaient leur but. Ainsi ces précèse de Mayence, ni dans les évêchés qui recon- lats, Italiens pour la plupart, toujours entêtés de naissent cet archevêque. Je crois l'avoir entendu certaines opinions chimériques : que les autres de la bouche du feu électeur Jean-Philippe, sont des barbares, et qu'il appartient à eux de dont le savoir et la prudence sont connus. La gouverner le monde ; bien aises d'avoir les coumême chose m'a été confirmée par ses minis- dées franches, et de voir en quelque façon dans très. Je ne suis pas bien informé de ce qui s'est l'opinion de bien des gens, le pouvoir de l'Eglise fait dans les autres Eglises métropolitaines d'Al- universelle déposé entre leurs mains; au lieu lemagne; mais je suis porté à en croire autant qu'à Constance et à Baie les autres nalions bade quelques-unes, parce qu'autrement il aurait lançaient fort et obscurcissaient même l'autorité fallu des sjnodes provinciaux pour cette intro- des Italiens ; ces prélats, dis-je, soutenus et ani-

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