‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 255 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE : OOflRfSPtMfDANCE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE : OOflRfSPtMfDANCE

mes par la direction de Rome, taillèrent en pli 'm en opinant, que les conciles n'ont pas besoin tic drap, et tirent des décisions à outrance à L'égard réception, et s'étonnent qu'on la demande; mais de la foi, sans vouloir ouïr des oppositions : et c'est pour éviter cette réception qu'ils le disentan lieu d'une réforme véritable des abus doini- Je réponds qu'il semble en effet que les seuls liants dans l'Eglise, ils consumèrent le temps ea évèques ou pasteurs des peuples doivent avoir des matières qui ne touchaient que l'écoice, pour \oi\ deliherali\c et déeisive dans les conciles : se tirer bientôt d'affaire et apaiser le monde, mais cela ne se doit point prendre avec cette qui avait été dans l'attente de quelque chose de précision métaphysique, que les affaires humaigrand de la part de ce concile. Aussi peut-on nés n'admettent point. Il faut des préparatifs dire que des choses empirèrent quand il fut ter- avant que de venir à ces délibérations décisives • miné; que Home triomph lit de joie d'être sortie et les puissances séculières, en personne ou par sans dépens de celte grande affaire, et d'avoir leurs ambassadeurs, \ doiventavoir une certaine

maintenu toute son autorité; que l'espérance de concurrence à l'égard de la direction, il est coula réconciliation fut perdue; que Les abus jeté- venableqœ les prélats soient autorisés des na-

rent des racines plus furies ; que les religieux > lions, el même que les prélats se partagent et

par})? moyen des confréries et de mille inven- délibèrent par nation, afin que, chaque nation

lions, portèrent la superstition plus loin qu'elle faisant convenir cvu\ de son corps eteommuni-

n'avait jamais été, au grand déplaisir des per- quant avec les autres, on prépare le chemina

sonnes bien intentionnées; que personne a'ost l'accord général de toute l'assemblée. C'est ainsi plus ouvrir la bouche, parce qu'on le traitait qu'OBCO usa à Constance, et je me suis étonné d'abord d'hérétique; au lieu qu'auparavant, des plusieurs fois de ce que l'empereur et la Franco Erasme et des Vives, tout estimés qu'ils étaient ne tachèrent pas d'obliger les Papes à suivre cet dans l'Eglise romaine, n'avaient pas laissé de exemple à Trente. Les choses auraient tourné s'ouvrir sur les erreurs et lesabusdes moines et loulautreinent, et peut-être les nalionsallemamle. des scolasliqucs, qu'on vit alors canonisés, tan- el anglaise, avec le reste du Nord, n'en seraient dis que plusieurs honnêtes gens et bons auteurs pas venues à celle séparation entière qu'on ne lurent marqués au coin de l'hérésie par cesnou- saurait assez déplorer , et de laquelle la cour de veaux juges. La France presque seule alors pou- Hume ne se souciait plus guère, aimant mieux vait et devait maintenir la libellé de l'Eglise , les perdre, et garder un plus grand pouvoir surcontre celle conspiration d'une troiqicde prélats ceux qu'elle retenait, que de les retenir tout et de doctcursullramonlains, qui étaient comme aux dépens de son autorité. Mais je crois qu'en aux gages des légats du Pape : mais la faiblesse effet les Papes, craignant déjà assez la tenue d'un du gouvernement, et l'ascendant du cardinal de concile général, ils n'y seraient venus qu'à l'cxlré- Lorraine, lièrent les mains aux bien intention- mité, si on les avait obligés à cette forme; et leur nés. Cependant Dieu voulut que la victoire ne bonheur lut le malheur commun, en ce que les fût pas entière : que le génie libre de la nation deux puissances principales de la chrétienté française ne fùl pas tout à (ait supprimé, et que, étaient toujours brouillées ensemble, nonobstant les efforts des Papes et du cardinal XV. Quant à l'assistance de la puissance sécude Lorraine, la réception du concile ne passât lière, on ne saurait disconvenir, à l'égard des jamais. anciens conciles , que l'indiction dépendait de XIV. Quelqu'un dira qu'on n'a pas besoin du l'empereur, et que les empereurs ou leurs légats consentement des nations ; que les seuls prélats avaient proprement la direction du concile, pour ou évèques convoqués par le Pape sont de l'es- y maintenir l'ordre. Presque toute l'Eglise était sence d'un concile œcuménique ; et que ce qu'ils comprise dans l'empire romain ; lesPerses étaient décident doit être reçu, sous peine de damualion encore idolâtres ; les rois des Golhs et des Vanéternelle, comme la voix du Saint-Esprit , sans dales étaient ariens: les Axumites ou Abyssins , s'arrêter aux intérêts des couronnes ou nations, et quelques autres peuples semblables, convertis Il semble que c'était le sentiment de l'évêquc de depuis peu par des évèques de l'empire romain, Bcauvais, dans la harangue qu'il lit aux députés n'y faisaient pasgrande ligure, et venaient plutôt du licrs-élat, l'an 1615. C'est aussi l'opiniou de pour apprendre que pour enseigner. Enfin, les l'auteur des Réponses pour la réception du con- légats des empereurs avaient encore grande incite, contre les objections dont j'ai parlé ci-des- fluence sur la conclusion finale du concile, qu'ils sus; et même les ambassadeurs de France, reli- pouvaient avancer ou suspendre. Le Pape s'est rés à Venise, écrivirent au roi leur maître , que attribué une partie de ce pouvoir depuis la décales ambassadeurs n'assistaient pas aux anciens dence de l'empire romain : le reste doit être parconciles ; et quelques députes du tiers-état disent, iagé entre les puissances souveraines ou grands

Etats qui composent l'Eglise chrétienne, en sorte comprend les couronnes de Pologneetde Bohème

néanmoins que l'empereur y ait quelque préci- et autres peuples, et qui se pourrait associer les

put, comme premier chef séculier de l'Eglise • Hongrois, pour ne rien dire des Grecs et des

et les ambassadeurs, qui représentent leurs mai- Orientaux. Et il ne sert de rien de répliquer

très dans les conciles, forment un corps cnsem- qu'une bonne partie de ces peuples est séparée

ble, dans lequel se trouve le droit des anciens de l'Eglise : car c'est prendre pour accordé ce

empereurs romains ou de leurs légats; et le moyen qui est en question; et de dire qu'on les a cités,

le plus commode de maintenir le droit de leur cela n'est rien. Il fallait prendre des mesures

influence, est celui des nations, puisque chaque pour qu'ils pussent venir honn êtement et sûre

nation et couronne a un rapport particulier à ment, et sans vouloir les traiter en condamnés.

ses souverains, et à ceux qui les représentent. On en sut bien prendre avec les Grecs dans le

Cela n'est pas assujettir l'Eglise universelle aux concile de Fcrrare ou de Florence, et le prétendu

souverains; mais c'est trouver un juste tempe- schisme où l'on veut que les Grecs se trouvent

raniment entre la puissance ecclésiastique et se- enveloppés n'empêcha pas leurs prélats d'entrer

culière, et employer toutes les voies de la pru- dans le concile, et de traiter avec les Latins d'égal

denec pour disposer les choses à une bonne fin. à égal. On les ménagea même dans les matières

XVI. On me dira peut-être que tout ceci est qu'on a précipitées à Trente sans ménagement: fort bon, mais nullement nécessaire. Je ne veux et M. l'abbé Pirot a bien remarqué qu'on ne point disputer présentement , quoiqu'il y ait voulut rien décider à Florence , en présence des peut-être quelque chose à dire à l'égard de l'in- Grecs, à l'égard de la dissolution du mariage par diction d'un concile, où le concours des souve- adultère. Quelle apparence donc de le décider rains pourrait paraître essentiel : mais je dirai par après dans un autre concile en leur absence, seulement, à l'égard du concile de Trente, qu'afm sans aucune communication avec eux ? C'est cequ'un concile soit œcuménique, il ne faut pas pendant ce que le concile de Trente n'a pas fait qu'une nation ou deux y dominent; il faut que scrupule de faire, passant ainsi par-dessus toutes le nombre des prélats des autres nations y soit les formes. C'était apparemment pour contrecarassez considérable pour s'entrebalancer , afin rer davantage les protestants: car on prenait qu'on puisse reconnaître la voix de toute l'Eglise; plaisir de les condamner en toutes les rencontres ; à laquelle Dieu a promis particulièrement son comme si on était bien aise de se défaire des assistance ; outre que dans les conciles il s'agit gens et des peuples dont la cour de Rome craisouvent de la tradition, de laquelle une ou deux gnait quelque préjudice à son autorité. On a nations ne sauraient rendre un bon témoignage, coutume de dire qu'il y avait peu d'Occidentaux Or, il faut reconnaître que les Italiens dominaient au grand concile de Nicée ; mais le nombre ne proprement à Trente, et qu'après eux les Espa- fait rien, quand le consentement est notoire, au gnols se faisaient considérer; que les Français lieu qu'il faut entendre les gens, lorsque leur n'y faisaient pas grande figure, et que les Aile- dissension est connue. Mais j'ai déjà dit que le mands, qui devaient surtout être écoutés, n'en concile de Trente était plutôt un synode de la nafaisaient point du tout. Mais l'Eglise grecque tion italienne, où l'on ne faisait entrer les autres particulièrement ne devait pas être négligée , à que pour la forme et pour mieux couvrir le jeu, cause des traditions anciennes dont elle peut et le Pape y était absolu. C'est ce que les Franrendre témoignage contre les opinions nouvelles, çai s déclarèrent assez dans les occasions, lorsreçues et devenues communes parmi les Latins, qu'on avait mis leur patience à bout par quelque par l'ascendant qu'y avaient pris les ordres men- entreprise contraire à cette couronne. Qu'ils diants et les scolastiques sortis de ces ordres, l'aient fait en forme due ou non, par des hasouvent bien éloignés de l'ancien esprit de rangues prononcées ou seulement projetées, par l'Eglise. des protestations enregistrées ou non enregis-

XVII. Ainsi on peut dire que les prélats trées, avouées ou non avouées; qu'on ait rapn'étaient pas en nombre suffisant, à proportion pelé les prélats français, ou qu'on les y ait laisdes nations, pour représenter l'Eglise œcuméni- ses, cela ne fait rien à la vérité des choses, et ne que : et afin de balancer les Italiens et les Espa- lève pas les défauts essentiels qui se trouvaient gnols, il fallait bon nombre, non-seulement de dans le concile.

Français, qui, avec lesdils Italiens et Espagnols, XVIII. Je ne m'étais proposé que de parler de

composent proprement la langue latine, mais l'autorité du concile de Trente en France ; mais

encore de la langue allemande, sous laquelle on j'ai été insensiblement porté à parler de l'auto-

peut comprendre encore les Anglais, Danois , rite de ce concile en elle-même, à l'égard de la

Suédois, Flamands, et de la langue slavonne, qui forme. Ainsi, pour achever, je veux encore dire

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