DEUXIÈME PARTIE : CORRESPONDANCE
quelque chose de sa matière et de set décisions, tants plus difficile ? Quel besoin de canoniser J*;ii été Mon aise d'apprendre, par la dissertation l'histoire de Judith et autres semblables, malgré de M. l'abbé Pirot, en quoi l'on croit proprement les grandes difficultés qu'il y a à rencontre? et que le concile de Trente a fait de nouvelles dé- quelle apparence que nous en puissions plis Cisions en matière de loi. Je sais que les senti- Bavoir que l'Eglise au temps de saint Jérôme, vu mentssont assez partagés là-dessus; mais le ju- que tout ce qui est de foi divine, tandis que nous gainent d'un lorboniste aussi célèbre et aussi manquons de révélations nouvelles, ne nous éclairé que lui, me paraîtra toujours très-consi- saurait être appris que par l'Ecriture sainte, ou dérable. 11 rapporte donc, qu'après la définition par la tradition de l'ancienne Eglise? Et si nous du concile de Trente, et auprès de ceux qui le nous tenons à la règle de Vincent dcLérins, lounennent pour œcuménique, on ne saurait dou- chant ce qu'on doit appeler catholique, ou même ter. sans lier, sic, d'aucun des livres, ni d'aucune à ce que dit la profession de Pie IV, qu'il ne tant partie des livres compris dans l'Ecriture sainte, jamais interpréter l'Ecriture (pie juxiaunanisaus en excepter même Judith, Tobie, la Sages- mem COntentum Potrum, et enfin à ce que Henri se, l'Ecclésiastique, les Machabées, et sans en ex- Holden, anglais, docteur sorbonistc, si je m'en capter te reste d'Esther, le cantique des enfants, souviens bi n, a écrit de l'analyse de la foi conl'hisloirede Suzanne, celle de Bel et do dragon, tre les sentiments du 1*. Gretser, jésuite, toutes aussi bien que la prophétie de Baruch : qu'on ces décisions seront en danger de perdre leur aune saurait plus douter que la justification se fait torité. Surtout il fallait bien se donner de garde par une qualité inhérente, ni que la foi justi- d'y attacher indifféremment des analhèines. liante est distinguée de la confiance en la misé- (.eorge Calixle, un des plus savants et des plus rioorde divine, ni du nombre septénaire des sa- modérés théologiens de la Confession d'Augscrements, de l'intention du ministre y requise; bourg, a bien représenté, dans ses Bemarques de la nécessité absolue du baptême ; de la cou- sur le concile de trente, et dans ses autres ouvia- COmitance du corps et du sang de Jésus-Christ ges, le tort (pie ce concile a lait à l'Eglise par ses dans l'Eucharistie avec sa divinité; de la matière, analhématismes.
l'orme et ministre des sacrements, de l'indis- XXI. Cependant je crois que bien souvent on
solubilité du lien du mariage nonobstant l'adul- pourrait venir au secours du concile par une in-
tère. Ici prelalion favorable. J'ai vu un essai de celles
XIX. Je crois qu'on y pourrait ajouter encore d'un protestant, et j'en vois de> exemples parmi d'autres points: par exemple, la distinction entre ceux de la communion de Rome. En voici deux le baptême de saint Jean-Baptiste et celui de assez considérables. Les prolestants ont coutume Notre-Seigncur, établie avec anallième; la cou- de se récrier étrangement contre ce concile, sur lirmation de quelques canons de saint Augustin ce qu'il lait dépendre la validité du sacrement de cl du concile d'Orange sur la grâce ; et, selon les l'intention du ministre. Ainsi, disent-ils, on aura Jésuites et leurs partisans, et même selon quel- toujours sujet de douter si on est baptisé ou abques Catboliques romains, qui doutent de l'au- sous. Cependant je me souviens d'avoir vu des torité de quelques conciles antérieurs, on y auteurs catboliques romains, qui le prenaient pourrait encore joindre beaucoup d'autres arli- tout autrement; et lorsqu'un prince de leur comcles. Mais en général on peut dire que plusieurs niunion, dans une lettre que j'eus l'honneur de propositions reçues dans l'Occident avant ce cou- recevoir de lui, cotait parmi les autres différends cile, n'ont commencé que par lui à être établies celui de l'intention du ministre, je lui en marsous peine d'hérésie et d'anathème. quai mon opinion. H eut de la peine à y ajouter
XX. Mais tout cela, bien loin de servir à la toi ; mais ayant consulté un célèbre théologien louange du concile de Trente, doit rendre, tant aux Pays-Bas, il en eut cette réponse : que j'avais les Catholiques romains que les protestants, plus raison; que plusieurs Catholiques romains étaient difficiles à le reconnaître. Nous n'avons peut-être de cette opinion; qu'elle avait été soutenue en que trop de prétendues délinitions en matière de Sorbonne, et même qu'elle y était la mieux refoi. On devait se tenir à la tradition et à l'anti- çue ; qu'effectivement un baptême comique n'équité, sans prétendre de savoir et d'enjoindre tait pas valide ; mais aussi que lorsqu'on lait aux autres, sous peine de damnation, des articles tout ce que l'Eglise ordonne, la seule substracdont l'Eglise s'était passée depuis tant de siècles, tion interne du consentement ne nuisait point a et dont les saints et grands hommes de l'anti- l'intention, et n'était qu'une protestation conquité chrétienne n'étaient nullement instruits ni traire au fait. L'autre exemple pourra être la persuadés. Pourquoi rendre le joug des fidèles suffisance de l'attrition avec le sacrement. J aplus pesant, et la réconciliation avec les protes- voue que le concile de Trente parait la marquer
assez clairement, chapitre 4 de la session 14, et de Constance, en procédant par nations, et d'acles Jésuites prennent droit là-dessus. Cependant corder aux protestants ce qu'on accordait aux ceux qu'on appelle jansénistes s'y sont opposés Grecs dans le concile de Florence. avec tant de force et de succès, que la chose pa- XXIII. J'ajouterai un mot de la puissance 1 ait maintenant douteuse, surtout depuis que les indirecte de l'Eglise sur le temporel des souve- Papes mêmes ont ordonné que les parties ne se rains, puisque M. l'abbé Pirot a voulu faire des déchireraient plus, et ne s'accuseraient plus d'hé- réflexions sur ce que j'avais dit à cet égard. J'ai résie sur cet article. Cela fait voir que bien des vu la consultation de M. d'Ossat, qui porte pour choses passent pour être décidées dans le con- titre : Utrum Henricus Borbonius sit absolvendus cile de Trente, qui ne le sont peut-être pas au- et adregnum dispensandus ; où il semble qu'il a tant qu'on le pense. Ainsi, quelque autorité qu'on voulu s'accommoder aux principes de la cour de donne au concile de Trente, il sera nécessaire Rome, où il était, selon le proverbe : Ulula cum un jour de venir à un autre concile plus propre lupis. Le cardinal du Perron, dans sa harangue à remédier aux plaies de l'Eglise. prononcée devant les députés du tiers-état, pou- XXII. Toutes ces choses étant bien considé- vait se borner à démontrer qu'il ne fallait pas rées, et surtout l'obstacle que le concile de faire une loi en France, par laquelle les docteurs Trente apporte à la réunion étant mûrement pe- ultramontains et le Pape même seraient déclarés se, on jugera peut-être que c'est par la direction hérétiques : mais il alla plus avant, et fit assez secrète de la Providence que l'autorité du con- connaître son penchant à croire que les princes cile de Trente n'est pas encore assez reconnue en chrétiens perdent leur état par l'hérésie. Ce n'est Fiance; afin que la nation française, qui a tenu pas à moi de prononcer sur des questions si dé- Ie milieu entre les protestants et les romanistes licates. Cependant, exceptant ce qui peut avoir outrés, soit plus en état de travailler un jour à été réglé par les lois fondamentales- de quelques la délivance de l'Eglise, aussi bien qu'à la rein- états ou royaumes, j'aime mieux croire que rélégration de l'unité. Aux états de l'an 1614 et gulièrement les sujets se doivent contenter de ce 1G15, le clergé avait manqué, en ce qu'il avait qu'on les affranchit de l'obéissance active, sans différé de parler de ce point de la réception du qu'ils se puissent dispenser de la passive ; c'estconcile jusqu'à la fin des états : autrement, au- à-dire qu'il leur doit être assez de ne pas obéir tant que je puis juger par ce qui se passa dans aux commandements des souverains, contraires le tiers-état, on serait entré en matière ; et je à ceux de Dieu, sans qu'ils aient le droit de pascrois que le clergé, qui avait déjà gagné la no- ser à la rébellion, pour chasser un prince qui les blesse, l'aurait emporté. Mais j'ai déjà dit, et je incommode ou qui les persécute. Il sera difficile le dis encore, qu'il semble que Dieu ne l'a point de sauver ce qu'on dit dans le troisième concile voulu, afin que le royaume de France conservât de Latran, sous Alexandre III, ni ce qu'on a fait la liberté, et demeurât en état de mieux con tri- dans le premier concile de Lyon, sous Innocent buer un jour au rétablissement de l'unité ecclé- IV. Cependant, le soin que M. l'abbé Pirot prend siastique, par un concile plus convenable et plus en faveur de ces deux conciles est fort louable, autorisé. Aussi, mettant à part la force des ar- Mais, sans parler de la déposition des princes et mes, il n'est pas vraisemblable que, sans uv. con- de l'absolution des sujets de leur serment de ficile nouveau, la réconciliation se fasse, ni que délité, on peut former des questions où la puis- • tant de grandes nations, qui remplissent quasi sance indirecte de l'Eglise sur les matières temtout le Nord, sans parler des Orientaux, se sou- porelles paraît plus raisonnable : par exemple, mettent jamais aveuglément au bon plaisir de si quelque prince exerçait une infinité d'actions quelques Italiens, uniques auteurs du concile de cruelles contre les Eglises, contre les innocents, Trente. Je ne le dis par aucune h< e contre les contre ceux qui refuseraient de donner leur ap- Italiens. J'y ai des amis : je sais par expérience probation expresse à toutes ses méchancetés, qu'ils sont mieux réglés aujourd'hui et plus mo- on demande si l'Eglise pourrait déclarer, pour dérés qu'ils ne paraissaient autrefois, et même le salut des âmes, que ceux qui assistent ce prince j'estime leur habileté à se mettre en état de gou- dans ses violences pèchent grièvement, et sont verner les autres par adresse, au défaut de la en danger de leur salut, et si elle pourrait proforce des anciens Romains. Mais enfin, il est per- céder à l'excommunication, tant contre ce prince mis à ceux du Nord d'être sur leurs gardes, pour que contre ceux de ses sujets qui lui donneraient ne pas être la dupe des nations que leur climat assistance; non pas pour se maintenir dans son rend plus spirituelles. Pour assurer la liberté royaume et dans ses autres droits, mais pour publique de l'Eglise dans un concile nouveau, le continuer les maux que nous venons de dire. Car plus bùi sera de retourner à la forme du concile ce cas ne paraît pas contraire à l'obéissance pas-