‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 258 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE: CORRESPONDANCE, p · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE: CORRESPONDANCE, p

principaux qui auraient été ordonnés dans cette cessairement l'un de l'autre, dans Tordre avec

succession, s'ils renonçaient à la loi de leurs con- lequel ils ont é'té proposés, qu'ils ne font qu'un

Bécrateurs, c'est-à-dire à celle qui est en rigueur même corps de doctrine, et sont en effet renfer-

dans tout le corps de l'épiscopat et de l'Eglise, mes dans celui-ci du Symbole : Je crois V Eglise

renonceraient en même temps à la promesse , catholique: qui veut dire, non-seulement: Je

parce qu'ils renonceraient à la succession , à la crois qu'elle est; mais encore : Je crois ce qu'elle

continuité, à la perpétuité de la doctrine : de croit: autrcmcntc'est ne pas la croire elle-même,

BOrte qu'il ne faudrait plus les répulcr pour légi- c'est ne pas croire qu'elle est ; puisque le fond,

limes pasteurs, ai avoir aucun égard à leurs et, pour ainsi dire, la substance de son être,

sentiments; parce qu'encore qu'ils conservas- c'est la foi qu'elle déclare à tout l'univers: de

sent la vérité de leur caractère, que leur infidé- sorte que si la foi que l'Eglise prêche est vraie,

Kté ne peut anéantir , ils n'en peuvent conserver elle constitue mie vraie Eglise: et si elle est

l'autorité, qui consiste dans la succesion,dans la busse, elle en constitue une fausse. On peut doue

eonlinuité, dans la perpétuité qu'on vient d'é- tenir pour certain, qu'il n'y aura jamais d'accord

tablir. véritable (pic dans la confession de ces six prin-

Cinquièmement , que les évoques ou les pas- cipes, desquels nous ne pouvons non plus nous teurs principaux établis en vertu de la promesse, départir que de l'Evangile, puisqu'ils eu omet demeurant dans la foi et dans la communion tiennent la solide et inébranlable promesse, d'où du corps où ils ont été consacrés, peuvent témoi- dépendent toutes les autres, et toutes les parties gner leur foi, ou par leur prédication unanime de la profession chrétienne, dans la dispersion de l'Eglise catholique, ou par Cela posé, il est aisé de résoudre tous lesdouun jugement exprès dans une assemblée légi- les qu'on peut avoir sur le concile de Trente, en time. Dans l'une et l'autre considération , leur ce qui regarde la loi, étant constant qu'il est telautorité est également infaillible, leur doctrine dément reçu et approuvé, à cet égard, dans tout également certaine : dans la première . parce le corps des Eglises qui sont unies de commuque c'est à ce corps ainsi dispersé à l'extérieur, nion à celle de Rome, et que nous tenons les mais uni par le Saint-Esprit, que l'infaillibilité seules catholiques, qu'on n'en rejette non pins de l'Eglise est attachée : dans la seconde , parce l'autorité que celle du concile de Nicée. Et la que ce corps étant infaillible , l'assemblée qui le preuve de cette acceptation est dans tous les lireprésente véritablement, c'est-à-dire le concile, VTCS des docteurs catholiques, parmi lesquels il jouit du même privilège, et peut dire, à l'exeni- ne s'en trouvera jamais un seul où, lorsqu'on pie des apôtres : II a semblé bon au Saint-Esprit objecte une décision du concile de Trente en et a nous. 1. matière de foi, quelqu'un ait répondu qu'il n'est

Sixièmement, la dernière marque que l'on pas reçu; ce qu'on ne fait nulle difficulté de dire

peut avoir que ce concile ou celte assemblée re- de certains articles de discipline, qui ne sont

présente véritablement l'Eglise catholique, c'est pas reçus partout. Et la raison de cette différence,

lorsque tout le corps de l'épiscopat, et toute la c'est qu'il n'est pas essentiel à l'Eglise que la

société qui fait profession d'en recevoir les ins- discipline y soit uniforme, non plus qu'immua-

tructions, l'approuve et le reçoit : c'est là, dis-je, Me ; mais au contraire la foi catholique est tou-

le dernier sceau de l'autorité de ce concile et de jours la même.

l'infaillibilité de ses décrets ; parce qu'autrement, Qu'ainsi ne soit, je demande qu'on me montre

si l'on supposait qu'il se pût faire qu'un concile un seul auteur catholique, un seul évêque, un

ainsi reçu errât dans la foi, il s'ensuivrait que le seul prêtre, un seul homme, quel qu'il soit, qui

corps de l'épiscopat, et par conséquent l'Eglise croie pouvoir dire dans l'Eglise catholique : Je

ou la société qui fait profession de recevoir les ne reçois pas la foi de Trente ; on peut douter

enseignements de ce corps, se pourrait tromper; de la foi de Trente. Cela ne se trouvera jamais,

ce qui est directement opposé aux cinq articles On est donc d'accord sur ce point, autant en

précédents, et notamment au cinquième. Allemagne et en France, qu'en Italie et à Rome

Ceux qui ne voudront pas convenir de ces même, et partout ailleurs; ce qui enferme la reprincipes ne doivent jamais espérer aucune ception incontestable de ce concile en ce qui union avec nous; parce qu'ils ne conviendront regarde la foi.

jamais qu'en paroles de l'infaillibilité de l'Eglise 'foute autre réception qu'on pourrait demanqui est le seul principe solide de la réunion des der n'est pas nécessaire : car s'il fallait une as- Chrétiens, semblée pour accepter le concile, il n'y a pas

" Ces six articles suivent si clairement et si né- moins de raison de n'en demander pas encore

M une autre pour accepter celle-là : et ainsi, de

i Act., xt, 28. r r

formalité en formalité, et d'acceptation en acceptation, on irait jusqu'à l'infini. Et le terme où il faut s'arrêter, c'est de tenir pour infaillible ce que l'Eglise, qui est infaillible, reçoit unanimement, sans qu'il y ait sur cela aucune contestation dans tout le corps.

Par là on voit qu'il importe peu qu'on ait protesté contre ce concile une fois, deux fois, tant de fois que l'on voudra ; car, outre que ces protestations n'ont jamais regardé la foi, il suffit qu'elles demeurent sans effet par le consentement subséquent ; ce qui ne dépend d'aucune formalité, mais de la seule promesse de Jésus- Christ, et de la seule notoriété du consentement universel.

On dit que tel pourra convenir de la doctrine du concile, qui ne conviendra pas de ses anatlièmes ; mais c'est là une illusion ; car c'est une partie de la doctrine, de décider si elle est digne ou non digne d'anathème. Ainsi, dès que Ton convient de la doctrine d'un concile, ses anathèmes, très-constamment, passent avec elle en décisions.

On trouve de l'inconvénient à faire passer et recevoir tout d'un coup tant d'anathèmes. On n'y en trouverait point si l'on songeait que ces anathèmes, que l'on a prononcés à Trente en si grand nombre, dépendent après tout de cinq ou six points, d'où tous les autres sont si clairement et si naturellement dérivés, qu'on voit bien qu'ils ne peuvent être révoqués en doute, sans y révoquer aussi le principe d'où ils sont tirés. Ainsi, pour affermir la foi de ses principes, il n'a pas été- moins nécessaire d'affermir celle de ses conséquences, et d'en faciliter la croyance par des décisions expresses et particulières.

Et, pour s'arrêter à un des exemples que l'auteur de la réponse à M. Pirot semble trouver l'un des plus forts, il juge que la distinction du baptême de Jésus-Christ d'avec celui de saint Jean- Baptiste, n'est pas un article d'une importance à être établi sous peine d'anathème. Mais, si l'on rejetait cet anathème, on rejetterait en même temps celui qui regarde l'institution divine et l'efficace des sacrements, outre que la distinction de ces deux baptêmes est formelle dans les paroles de Jésus-Christ et des apôtres.

J'allègue cela pour exemple ; mais il serait aisé de faire voir que tous les anathèmes du concile dépendent de cinq ou six articles principaux, et c'est à l'Eglise à juger de la liaison de ces anathématismes particuliers avec ces principes généraux, puisque cela fait une partie delà doctrine, et qu'avec la même autorité que l'Eglise emploie à juger de ces articles principaux, elle juge aussi de tous ceux qui sont nécessaires

pour leur servir de rempart, et qui doivent faire corps avec eux : autrement il n'y aurait point d'infaillibilité. Exemple : par la même autorité avec laquelle l'Eglise a jugé que Jésus-Christ est Dieu et homme, elle a jugé qu'il avait une âme humaine aussi bien qu'un corps ; et par la même autorité avec laquelle elle a jugé qu'il avait une âme humaine, elle a jugé qu'il avait dans cette âme un entendement et une volonté humaine, tout cela étant renfermé dans cette décision: Dieu s'est fait homme. Il en est de même de tous les autres articles décidés : et s'il y en a eu un plus grand nombre décidés à Trente» c'est que ceux qu'il y a fallu condamner avaient remué plus de matières, et que, pour ne donner pas lieu à renouveler les hérésies, il a fallu en éteindre jusqu'à la moindre étincelle. Et sans entrer dans tout cela, il est clair que si la moindre parcelle des décisions de l'Eglise est affaiblie, la promesse est démentie, et avec elle tout le corps de la révélation.

Il ne sert de rien de dire que les protestants, un si grand corps, n'ont point consenti au concile de Trente ; au contraire, qu'ils le rejettent, et que leurs pasteurs n'y ont point été reçus, pas même ceux qui avaient été ordonnés dans l'Eglise catholique, comme ceux de Suède et d'Angleterre. Car, par l'article quatrième, les évêques, quoique légitimement ordonnés, s'ils renoncent à la foi de leurs consécrateurs et du corps de l'épiscopat, auquel ils avaient été agrégés, comme ont fait très-constamment les Anglais, les Danois, et les Suédois, dès là ils ne sont plus comptés comme étant du corps, et l'on n'a aucun égard à leurs sentiments. A plus forte raison n'en a-t-on point à ceux des pasteurs qui ont été ordonnés dans le cas de l'article troisième et hors de la succession.

Ainsi l'on n'a pas besoin d'entrer dans la discussion de tous les faits, très-curieusement et très-doctement, mais très-inutilement recherchés dans la réponse à M. Pirot. Tout cela est bon pour l'histoire particulière de ce qui pourrait regarder le concile de Trente; mais tout cela ne fait rien à l'essentiel de son autorité, et tout dépend de savoir s'ilest effectivement reçu ou non, c'est-à-dire s'il est écrit dans le cœur de tous les Catholiques, et dans la croyance publique de toute l'Eglise, que l'on ne peut ni l'on ne doit s'opposer à ses décisions, ni les révoquer en doute. Or cela est très-constant, puisque tout le monde l'avoue, et que personne ne réclame. Il est donc incontestable que le concile de Trente a reçu ce dernier sceau, qui est expliqué dans l'article sixième, qui renferme en soi la vertu, et qui est ie clair résultat des cinq autres, comme

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