DEUXIÈME PARTIE : CORRESPONDANCE
les cinq autres s'onlre-suivent mutuellement les dit-il, « quand le consentement est notoire. »
mis des autres, ainsi qu'il a été dit. Il n'y avait que peu d'évêquesd'Occident dans le
Et si l'on répond que les décisions de ce cou- concile de Nicéc : il n'v en avait aucun dans le
cile sont reçues, non pas en vertu du concile concile de Constantinople : il n'y avait dans celui
mémo, mais a cause qu'on croyait auparavant d'Ephèsc et dans celui de Chalcédoine que les
ta points de doctrine qu'elles établissent, tant seuls légats du Pape, et ainsi des autres. Mais
pis pour celui qui rejetterait ces points de doc- parce que tout le monde consentait ou a consenti
trine, puisqu'il avouerait que c'était donc la foi après, ces décrets sont les décrets de tout l'uni-
ancienne; que le concile l'a trouvée déjà établie, vers. Si l'on veut remonter plus haut, Paul de
et n'a lait que la déclarer plus expressément Samosate n'est condamné que par un concile
contre ceux qui la rejetaient : ce qui en effet est particulier tenu à Antioche; mais parce que le
très-véritable, non-seulement de ce concile, décret enest adressé à tous les évoques du monde,
mais encore de tous les autres. et qu'il en a élé reçu (car c'est là qu'est toute
Enfin, il ne B'agil plus de délibérer si l'on la force, el sans cela l'adresse ne servirait de recevra ce concile mi non. Il est constant qu'il rien), ce décret est inébranlable. Quelle asseoient reçu en ce <|ui regarde la foi. Une Confession blée a-t-on faite pour le recevoir ? Nulle assemde loi a été extraite des paroles ue ce concile : le blée: le consentement universel est notoire. Pape l'a proposée; tous les évoques l'ont souscri- Alexandre d'Alexandrie dit, avec l'applaudisseteet la souscrivent journellement : ils la font ment de toute l'Eglise, (pie Paul de Samosale souscrire a tout l'ordre sacerdotal. Il n'y a là ni était condamné par tous les évoques du monde. surprise ni violence ; tout le inonde tien ta gloire quoiqu'il n'y en eut aucun acte, et une telle coude souscrire: dans cette souscription est comprise damnation est sans appel cl sans retour. celle du concile de Trente. Le concile de Trente Je ne dis pas qu'on ne puisse et qu'on ne doiest donc souscrit de tout le corps de l'épiscopat vc quelquefois s'assembler en corps, ou pour elde toute l'Eglise catholique. Nous faire déli- former des décisions, ou pour accepter celles bérer après cela si nous recevrons le concile, qui auront déjà été formées. On le peut, dis-je, c'est nous (aire délibérer si nous croirons le et on le doit faire quelquefois, ou pour faciliter la concile, c'est nous faire délibérer si nous croirons réception des articles résolus, ou pour mieux L'Eglise infaillible, si nous serons Catholiques, si fermer la bouche aux contredisante. Mais cela nous serons Chrétiens. n'est point nécessaire, quand la réception est
Non-seulement le concile de Trente, mais constante d'ailleurs, comme l'est celle du coutout acte qui sciait souscrit de celte sorte par cile de Trente, quand ce ne serait que par la toute l'Eglise, sérail également ferme et certain, souscription qu'on en fait journellement, et sans Lorsque les pélagiens lurent condamnés par le aucune contestation.
pape saint Zozime, et que tous les évoques du Qu'importe après cela d'examiner si dans la
monde eurent souscrit à son décret, ces héréti- profession de foi qu'on fit souscrire à Henri-Ie-
ques se plaignirent qu'on avait extorqué une Grand, à Saint-Denis, on y avait exprimé le con-
souscription des évoques particuliers : De sinon- cile de Trente; ou si, par condescendance et
îaribtu episcopis subscriptio extorta est: on ne pour empêcher de nouvelles noises et de nou-
les écoula pas. Saint Augustin leur soutint qu'ils velles chicanes, on avait trouvé à propos d'en
étaient légitimement et irrémédiablement con- taire le nom ? En vérité, je n'en sais rien, etje
damnés '. Si les actes qui les condamnaient fu- ne sais aucun moyen de m'en assurer, puisque
rent ensuite approuvés par le concile œcuméni- les historiens n'en disent mot, et que lesactesori-
que d'Ephèse, ce fut par occasion, ce concile ginaux ne se trouvent plus : mais tout cela est
étant assemblé pour une autre chose. Le concile inutile. En quelque forme que ce grand roi eût
d'Orange, dont il est fait mention dans la répon- souscrit, il demeurait pour constant qu'il avait
se, n'était rien moins qu'universel. II contenait souscrit à la foi qu'on avait à Rome, aidant qu'à
des chapitres que le Pape avait envoyés : à peine celle qu'on avait en France, puisque personne ne
y avait-il douze ou treize évèques dans ce concile, doutait que ce ne fût la môme en tout point. La
Mais parce qu'il est reçu sans contestation, on foi ne dépend point de ces minuties. Ou l'Eglise
n'en rejette non plus les décisions que celles du consent, ou non: c'est ce qu'on ne peut ignorer;
concile de Nicée, parce que tout dépend du c'est d'ou tout dépend.
consentement. L'auteur même de la réponse re- On parle de Bàle et de Constance, où l'on opi
connaît cette vérité, que tout dépend de la cerli- na Par nations : une seule nation ne dominait
tudedu consentement. « Le nombre ne lait rien, » Pas> l'llne contrebalançait l'autre. Tout cela est
■ Aug., 1. iv Cent, duas epist. Pelag., c. 12. DOn : maiS Cetle f°rmê n'eSt PSS nécessaire. Il y
B. Tom. IV. &
avait à Ephèse deux cents évoques d'Orient contre deux ou trois d'Occident, et à Chalcédoine, six cents encore contre deux ou trois. Disait-on que les Grecs dominassent ? Ainsi que les Italiens aient été à Trente en plus grand nombre, ils ne nous dominaient pas pour cela: nous avions tous la même foi. Les italiens ne disaient pas une autre messe que nous : ils n'avaient point un autre culte, ni d'autres sacrements, ni d'autres rituels, ni des temples ou des autels destinés à un autre sacrifice. Les auteurs qui, de siècle en siècle, avaient soutenu contre tous les novateurs les sentiments dans lesquels on se maintenait, n'étaient pas plus italiens que français ou allemands. Une partie des articles résolus à Trente, et la partie la plus essentielle, avait déjà été déterminée à Constance, où l'on avoue que les nations étaient également fortes. Quant aux points qui restent encore contestés, il est bien aisé de les connaître. Ce qui est reçu unanimement a le vrai caractère de la foi : car si la promesse est véritable, ce qui est reçu aujourd'hui l'était hier, et ce qui l'était hier l'a toujours été.
Le concile de Trente, dit l'auteur de la Réponse, est devenu, par la multiplicité de ses décisions, un obstacle invincible à la réunion. Au contraire, la révocation ou la suspension de ce concile terait seule cet obstacle. Qu'on me trouve un moyen de faire un acte ferme, si le concile de Trente reçu etsouscritde toute l'Eglise catholique, est mis en doute. Mais vous supposez, direz-vous, que vous êtes seuls l'Eglise catholique. Il est vrai, nous le supposons, nous l'avons prouvé ailleurs; mais il suffit ici de le supposer, parce que nous avons affaire à des personnes qui en veulent venir avec nous à une réunion, sans nous obliger à nous départir de nos principes.
Mais, dira-t-on, à la fin, avec ce principe, il n'y aura donc jamais de réunion. C'est en quoi est l'absurdité, qu'on pense pouvoir établir une réunion solide sans établir un principe qui le soit. Or le seul principe solide, c'est que l'Eglise ne peut errer; par conséquent, qu'elle n'errait pas quand on a voulu la réformer dans sa foi ; autrement ce n'eût pas été la réformer, mais la dresser de nouveau : de sorte qu'il y avait une manifeste contradiction dans les propres termes de cette réformation; puisqu'il fallait supposer que l'Eglise était et qu'elle n'était pas. Elle était, puisqu'on ne voulait pas dire qu'elle fut éteinte, et qu'on ne le pouvait dire sans anéantir la promesse : elle n'était pas, puisqu'elle était remplie d'erreurs. La contradiction est beaucoup plus grande à présent, que l'on convient de l'infaillibilité de l'Eglise, puisqu'il faut dire en même
temps qu'elle est infaillible et qu'elle se trompe; et unir l'infaillibilité avec l'erreur.
Il est vrai qu'on répond qu'en convenant de l'infaillibilité de" l'Eglise, on dispute seulement d'un fait qui est de savoir si un tel concile est œcuménique. Mais ce fait entraîne une erreur de toute l'Eglise, si toute l'Eglise reçoit comme décision d'un concile œcuménique ce qui est si faux ou si douteux, qu'il en faut encore délibérer dans un nouveau concile.
Pour nous recueillir, il n'y a rien à espérer pour la réunion, quand on voudra supposer que les décisions de foi du concile de Trente peuvent demeurer en suspens. Il faut donc, ou se réduire à des déclarations qu'on pourra donner sur les doutes des protestants, conformément aux décrets de ce concile et des autres conciles gêné raux, ou attendre un autre temps et d'autres dispositions de la part des protestants.
Et de la part des Catholiques, nous avons proposé deux moyens pour établir la réception du concile de Trente dans les matières de foi : le premier que tous les Catholiques en conviennenteommed'une règle. Dans toute contestation, si un catholique oppose une décision de Trente, l'autre catholique ne répond jamais qu'elle n'est pas reçue : par exemple, dans la dispute de Jansénius, on lui objecte que le concile de Trente, session G, chapitre 11 et canon 18, est contraire à sa doctrine : il reçoit l'autorité, et convient de la règle. Voilà le premier moyen. Le second : il y a une réception et souscription expresse du concile. Tous les évoques et tous ceux qui sont constitués en dignité reçoivent et souscrivent la confession de foi dressée par Pie IV; confession qui est un extrait des décisions du concile, et dans laquelle la foi du concile est souscrite expressément en deux endroits : nul ne réclame, tout le monde signe : donc ce concile est reçu unanimement en matière de foi ; et Tonne peut le tenir en suspens; quoiqu'il n'y ait point peut-être en France, ou ailleurs, d'acte exprès pour le recevoir; et la manière dont constamment il est reçu est plus forte que tout acte, exprès.
On en revient souvent, ce me semble, et plus souvent qu'il ne conviendrait à des gens d'esprit, àcertaines dévotions populaires, qui semblent tenir de la superstition. Cela ne fait rien à la réunion , puisque tout le monde demeure d'accord qu'elle ne peut être empêchée que par des choses auxquelles on soit obligé dans une communion. Mais en tout cas, pour étouffer tousces cultes ou ambigus ou superstitieux, loin qu'il faille tenir en suspens le concile de Trente, il n'y a