DEUXIÈME PARTIE: CORRESPONDANCE
que leur Eglise enseigné ou commande. Ils ont bien jugé qu'il était plutôt permis aux protestants de faire les difficiles là-dessus; et que, pour eux, c'était une nécessité indispensable de leur offrir cela, pour entrer en négociation, et pour donner l'espérance de quelque succès. Si vous ne rejetez point cette thèse, Monseigneur, (pie nous considérons comme la hase de la négociation pacifique, il y aura moyen d'aller bien avant, mais sans cela, nous nous consolerons d'avoir l'ait ce qui dépendait de nous; et le blâme du schisme restera à ceux qui auront refusé des conditions raisonnables. Peut-être qu'on s'étonnera on jour de leur seriipulosite, et qu'on voudrait acheter pour beaucoup, <pie les choses fussent remises aux termes, qu'on dédaigne d'accepter à présent, sur une persuasion peu sûre de tout emporter sans condition, dont on s'est souvent repenti. La Providence ne laissera pas de trouver son temps, quand elle voudra se servir d'instruments plus heureux : Fata viam inventent. Cependant vous aurez la bonté, Monseigneur, de foire ménager ce qu'on a pris la liberté de vous envoyer sur ce sujet; et M. l'abbé Molanus ne laissera pas d'achever ce qu'il prépare sur votre réponse, où ses bonnes intentions ne paraîtront pas moins que dans son premier écrit. Je tâche de le fortifier dans la résolution qu'il a piise d'y mettre la dernière main, malgré la difficulté qu'il y a trouvée, depuis qu'on avait mis en doute, contre son attente, une chose qu'il prenait pour accordée, et qu'il a raison de considérer comme fondamentale dans cette matière. Peut-être que, suivant votre dernier expédient, il se trouvera qu'il n'y a eu que du malentendu; ce que je souhaite de tout mon cœur. Enfin, Monseigneur, si vous allez aussi loin que vos lumières et votre charité le peuvent permettre, vous rendrez à l'Eglise un service des plus grands, et d'autant plus digne de votre application, qu'on ne le saurait attendre aisément d'aucun autre.
Je vous remercie, Monseigneur, de la bonté que vous avez eue de m'assuier les bontés d'une personne aussi excellente que l'est M. l'abbé Bignon, à qui je viens d'écrire sur ce fondement. 11 n'a point été marqué de qui est l'écrit sur la notion du corps; mais il doit venir d'une personne quia médité profondément sur la matière, et dont la pénétration parait assez. J'ai inséré, dans ma réponse, une de mes démonstrations sur la véritable estime de la lorce contre l'opinion vulgaire, mais sans l'appareil qui serait nécessaire pour la rendre propre à convaincre toutes sortes d'esprits. Je suis avec beaucoup de
vénération, Monseigneur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Leibnitz.