‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 265 sur 313 · LEIBNITZ A MADAME LA DUCHESSE DE BKUNSVVICK · texte numérisé non relu

LEIBNITZ A MADAME LA DUCHESSE DE BKUNSVVICK

A Hanovre, 2 juillet 1694.

Madame,

Votre Altesse Sérénissime ayant paru surprise de ce que j'avais dit sur le concile de Trente , comme s'il n'était pas reçu en France pour règle de foi, j'ai jugé qu'il était de mon devoir de lui en rendre raison, et j'ai cru que Votre Altesse Sérénissime le prendrait en bonne part, son zèle, pour l'essentiel de la toi, étant accompagné de lumières qui la lui tout distinguer des abus et des additions. Je sais bien qu'on a insinué celle opinion dans les esprits, que ce concile est reçu en France pour règle de foi, et non pas pour règle de discipline ; mais je ferai voir que la nation n'a déclaré ni l'une ni l'autre, quoiqu'on ait usé d'adresse pour gagner insensiblement ce grand point, que les prétendus zèles ont toujours cherché défaire passer: et c'est pour cela même qu'il est bon qu'on s'y oppose de temps en temps, afin d'interrompre la prescription, de peur qu'ils n'obtiennent leur but par la négligence des autres. Car c'est par cette négligence du bon parti que ces zélotesont gagne bien d'autres points; par exemple, le second concile de Nicee, tenu pour le culte des images, a été désapprouvé hautement par le grand concile d'Occident, tenu à Francfort, sous Charlemagne. Cependant le parti des dévolions malentendues, qui a ordinairement le vulgaire de son côté, étant toujours attentif à faire valoir ce qu'il s'est mis en tète, et à profiter des occasions où les autres se relâchent, a fait en sorte qu'il n'y a presque plus personne dans la communion de Rome, qui ose nier que le concile de N'icée soit œcuménique.

Rien ne doit être plus vénérable en terre que la décision d'un véritable concile général; mais c'est pour cela même qu'on doit être extrêmement sur ses gardes, afin que l'erreur ne prenne pas les livrées de la vérité divine. El comme on ne reconnaîtra pas un homme pour plénipotentiaire d'un grand prince, s'il n'est autorisé par des preuves bien claires, et qu'on sera toujours plus disposé, en cas de doute, à le récuser qu'à le recevoir, on doit, à plus forte raison, user de cette précaution envers une assemblée de gens qui prétendent que le Saint-Esprit parle par leur bouche: de sorte qu'il est plus sûr et plus raisonnable, en cas de doute, de récuser que

de recevoir un concile prétendu général. Car supposition, où l'on se rapporte à ce qui en est, alors, si l'on s'y trompe, les choses demeurent qu'une déclaration indirecte, seulement aux termes où elles étaient avant ce Après avoir prévenu ces difficultés et ceséquiconcile, sauf à un concile futur, plus autorisé, voques, je viens à mes preuves, et je mets en d'y remédier. Mais si l'on recevait un faux con- fait qu'il ne se trouvera jamais aucune déclaracile et de fausses décisions, on ferait une brèche tion du roi, ni de la nation française, par lapresque irréparable à l'Eglise, parce qu'on quelle le concile de Trente soit reçu, n'ose plus révoquer en doute ce qui se passe Au contraire, les ambassadeurs de France dépolir établi par l'Eglise universelle, qu'un tel clarèrent, dans le concile même, qu'ils ne le concile représente. tenaient point pour libre, ni ses décisions pour

Avant que de prouver ce que j'ai promis, il légitimes, et que la France ne les recevrait pas ; faut bien former l'état de la question, pour évi- et là-dessus ils se retirèrent. Une déclaration si ter l'équivoque. Je demeure d'accord que les authentique devrait être levée par une autre doctrines du concile de Trente sont reçues en déclaration authentique. France ; mais elles ne sont pas reçues comme Par après, les nonces des Papes sollicitant des doctrines divines, ni comme de foi, et ce toujours la réception du concile en France, la concile n'est pas reçu en France pour règle de reine Catherine de Médicis, qui était une prinfoi, ni par conséquent comme œcuménique, cesse éclairée, répondit que cela n'était nulle- L'équivoque qui est là-dedans trompe bien des ment à propos; parce que cette réception rengens. Quand ils entendent dire que l'Eglise de drait le schisme des protestants irrémédiable: France approuve ordinairement les dogmes de ce qui fait voir que ce n'est pas sur la disci- Trente, ils s'imaginent qu'elle se soumet aux pline seulement, mais encore sur la foi, qu'on décisions de ce concile comme œcuménique, et a refusé de reconnaître ce concile, qu'elle approuve aussi les anathèmes que ce Pendant les troubles, la Ligue résolut la réconcile a prononcés contre les protestants ; ce ception du concile de Trente ; mais le parti fiqui n'est point. Moi-même, je suis du senti- dèle au roi s'y opposa hautement, ment de ce concile en bien des choses ; mais je J'ai remarqué un fait fort notable, que les aune reconnais pas pour cela son autorité ni ses teurs ont passe sous silence. Henri IV, se réconana thèmes. ciliant avec l'Eglise de France, et faisant son

Voici encore une adresse dont on s'est servi abjuration à Saint-Denis, demanda que l'ar-

pour surprendre les gens. On a fait accroire aux chevèque de Bourges et autres prélats assem-

ecclésiastiques qu'il est de leur intérêt de pour- blés pour son instruction, lui dressassent un for-

suivre la réception du concile de Trente; et mulaire de la foi. Cette assemblée lui prescrivit

c'est pour cela que le clergé de France, gou- la profession susdite du pape Pie IV; mais

verné par le cardinal du Perron, dans les états après y avoir rayé exprès les deux endroits où

du royaume tenus immédiatement après Tassas- il est parlé du concile de Trente : ce qui fait voir

sinat de Henri IV, sous une reine italienne etno- incontestablement que cette assemblée ecclé-

vice au gouvernement, fit des efforts pour pro- siastique ne tenait pas ce concile pour reçu en

curer cette réception; mais le tiers-état s'y op- France, et comme règle de la foi, puisqu'elle le

posant fortement, et le clergé ne pouvant obte- raya, lorsqu'il s'agissait d'en prescrire une au

nir son dessein dans l'assemblée des états, il osa roi de France.

déclarer, de son autorité privée, qu'il voulait Après la mort de Henri-le-Grand, le tiers-

tenir ce concile pour reçu : ce qui était une état s'opposa à la réception, comme j'ai déjà

entreprise blâmée des personnes modérées, dit, nonobstant que le clergé eut assuré qu'on

C'est à la nation, et non au clergé seul, de faire ne recevrait pas une discipline contraire aux li-

une telle déclaration; et c'est suivant cette bertés de l'Eglise gallicane. Et comme les au-

maxime que le clergé s'est laissé induire, par très règlements de Trente étaient déjà reçus en

les partisans de Rome, d'obliger tous ceux qui France par des ordonnances particulières, on

ont charge d'âmes, à faire la profession de foi voit qu'il ne s'agissait plus de discipline, qui

publiée par Pie IV, dans laquelle le concile de était ou déjà reçue ou non recevable ; mais

Trente est autorisé en passant. Mais cette intro- qu'il s'agissait de faire reconnaître le concile de

duction particulière, faite par cabale et par Trente pour œcuménique, c'est-à-dire pour rè-

surprise contre les déclarations publiques, ne gledelafoi.

saurait passer pour une réception légitime ; ou- Les auteurs italiens soutiennent hautement

tre que ce qui se dit en passant est plutôt une que l'ordonnance, publiée en France, sur la

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