‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 267 sur 313 · MADAME DE BRINON A BOSSUET · texte numérisé non relu

MADAME DE BRINON A BOSSUET

Ce 18 juillet 1694.

Voilà enfin la réponse de M. l'abbé de Lokkum que je vous envoie, Monseigneur; Dieu veuille qu'elle soit telle que nous devons la désirer : j'espère que vous nous ferez voir la vôtre en français. Madame de Maubuisson, qui n'a plus de sœur que Madame la duchesse de Hanovre, çlésire beaucoup que vous fassiez tout de votre

mieux pour contribuer à cette réunion, que je crois qui ne sera pas «bien aisée; à moins que la pureté de vos bonnes intentions n'attire sur ce parti plus de vues droites qu'il n'y en a présente ment parmi les luthériens qui ne sont gouvernés que parleur politique , et non par l'esprit de Dieu. Madame la duchesse de Brunswick, qui les voit de près présentement, me mande qu'elle n'a jamais tant senti la vérité de notre religion que depuis qu'elle est parmi ces personnes, qui sont, à ce qu'il lui parait, chacune les arbitres de leur foi, ne croyant que ce qu'il leur plaît de croire. Cependant le livre de l'Eucharistie de notre illustre mort1 y fait des merveilles en quelque façon. M. Leibnitz l'a lu en deux jours, il le loue et l'admire. Le prince Christian, neveu de Madame de Maubuisson, ne se peut lasser de l'entendre lire chez Madame la duchesse de Hanovre, sa mère, qui le taisait lire ; et lui, il disputait, quoique luthérien, en notre faveur, avouant que tout ce qu'on y disait du luthéranisme était vrai.

Quand de tout ce que vous avez fait, Monseigneur et notre cher ami M. Pellisson, il ne résulterait que la conversion d'une âme, Dieu vous en tiendrait aussi bon compte que si vous aviez changé toute l'Allemagne ; puisque vous avez assez travaillé pour que tous les hérétiques se rendent catholiques. Mais Dieu seul, qui peut ruiner leur orgueil qui les empêche de se soumettre à l'Eglise, et à laquelle ils demandent des conditionsonéreuses pour s'y rejoindre,peut donner l'accroissement à tout ce que vous avez semé. Ne vous rebutez donc pas, Monseigneur; au contraire, raidissez-vous contre le découragement, s'il vous en prenait quelque envie. Madame la duchesse de Hanovre mande à madame sa sœur que l'abbé de Lokkum et M. Leibnitz veulent de bonne foi la réunion ; et madame la duchesse de Brunswick me le confirme. Quoique M. Leibnitz ait un caractère fort différent de l'autre, cependant il me paraît qu'il ne veut pas quitter la partie ; il a trop d'esprit, pour ne pas apercevoir qu'on le met plus dehors que dedans cette affaire : mais il tâche de s'y raccrocher. Une m'a point écrit cette fois, etj'ai reçu uniquement le paquetque je vousenvoie par la poste, n'ayantpointd'autrevoie. Si vous me faites l'honneur de me communiquer quelque chose de tout cela , et que le paquet soit gros, je vous supplie, Monseigneur, de l'adresser à M. Desmarais rue Cassette, faubourg Saint-Germain, notre correspondant.

Comme cette affaire me tient au cœur, j'ai de mandé le sentiment d'un docteur de Sorbonne ,

1 Pellisson»

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