DEUXIÈME PARTIE : COKHESPONDANCE
mes amis, sur ce qu'ils demandent de tenir indécise l'autorité du concile de Trente, jusqu'à ce que l'Eglise en ait décidé par un uoaveM concile. L'on m'a répondu que, pourvu qu'ils crussent la réalité de la présence de Jésus Christ au Saint-Sacrement, de la manière que nous la croyons; qu'ils revinssent à l'Eglise avec un espiïtdesoumissionpour tout cequ'elle déclarerait dans le concile futur qu'ils demandent; qu'on ne doute pas que pour un si grand bien que la réunion, l'on ne leur accorde ce qu'ils désirent, pourvu que celle réunion fut sincère et du fond dneo3ur,et qu'elle ne fût pas un nouveau sujet de nous désapprouver dans les prauquesde notre religion. L'on dil même que ions les gens de bien, qui ont quelque autorité dans l'Eglise, s'emploieraient à leur obtenir ce qu'ils désirent, s'ils revenaient, comme je leur ai mandé autrefois, connue l'enfant prodigne, se jeter tête bail cnlre les bras de leur mère, en confessant qu'ils ont péché. Riais c'est en cet endroit un coup de Dieu qu'il faut lui demander, l'humilité ne se trouvant guère dans un partie d'hérétiques, puisqu'elle est le caractère des vrais entants de Dieu et de l'Eglise. J'espère Monseigneur, que vous ferez de votre part tout ce qu'on doit attendre de voire zèle, de Notre douceur et de votre charité.
LETTRE XWIII.
MADAME DE BIUNOX A DOSSUET.
Ce 23 juin 1 •
Voilà une lettre, Monseigneur, de M. Lcihnilz, qui se réveille de temps en temps sur un sujet qui devait l'empêcher de dormir. L'objection qu'il l'ail sur le concile de Trente ne me parait pas malaisée à résoudre: car les évoques qui ont fait faire l'abjuration à Henri IV, pourraient avoir manqué en n'y voulant pas comprendre le concile de Trente pour ne le pas effaroucher: cela ne prouverait pas qu'il ne fût pas reçu en France sur les dogmes de la foi, comme il ne l'est pas sur quelques points de discipline. Ce n'est point à moi, Monseigneur, h entamer ces questions, ni à répondre a ce que m'en a écrit M.- Lcihnilz; cela regarde Votre Grandeur. Je voudrais pourtant bien voir ce qu'il vous en écrit . et ce que vous lui répondrez, pour le lire à madame de Maubuisson, qui est pleine de bonnes lumières, et qui voit d'un coup d'œil le bien et le mal des choses.
Je crois, Monseigneur, que vousne sauriez trop relever les bons desseins de M. de Lokkum , pour l'encourager à poursuivre la réunion, et à venir des bonnes paroles aux bons effets. Car écrire et discourir toute la vie sur une chose qui ne
peut plus se faire après la mort, et de laquelle dépend le salut, c'est ce que je ne puis comprendre ; et je doute toujours qu'il y ait un commencement de foi dans lame des personnes qui veulent persuader qu'elles cherchent la vérité, quand lout cela se fait à loisir, et même avec quelque indifférence. Mais Votre Grandeur m'a déjà mandé qu'il fallait faire ce qui pouvait dépendre de vous, et attendre de Dieu ce qui dépend de lui , comme est cette réunion , qu'un intérêt temporel fait rechercher selon toutes les apparences : mais Dieu en saura bien tirer sa gloire et l'avantage de l'Eglise, pour laquelle Votre Grandeur a tant travaillé.
J'avais mandé a mademoiselle de Scudéry, que l'avais vu un petit manuscrit (pie M. Pirot avait l'ail sur le concile de Trente, (pie M. IVllisson aurait bien voulu faire imprimer à la fin (le son livre lait, ou peu s'en faut, sur l'Eucharistie : mais il faudrait auparavant qu'il fût rectifié, et qu'on n'y laissât aucun sujet de doute. Je l'ai lu lorsque le cher défont me l'envoya pour le faire tenir en Allemagne : autant que je puis m'y connaître, je le trouvais bien fort Je prie Dieu, Monseigneur, qu'il vous augmente de plus en plus ses di\ines lumières, et qu'il vous donne la persévérance qui vous est nécessaire pour faire lout seul ce qui avait paru devoir être fait avec le pauvre M. l'ellisson, dont le mérite se reconnaît de plus en plus. Vous m'avez promis, Monseigneur votre bienveillance et vos prières ; je vous supplie de vous en soin cuir, et de croire que j'ai pour votre Grandeur tout le respect et l'estime que doit avoir votre très-humble et très obéissante servante. Sr M. de Brlnon.