‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 270 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE : CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE : CORRESPONDANCE

que d'avoir à satisfaire, selon mon pouvoir, aux et que c'est la foi expresse du concile de Trente,

demandes d'un aussi grand prince que monsei- une toute vérité révélée de Dieu est venue de

gneur le duc Antoine l'hïc, et encore m'étant main en main jusqu'à nous; ce qui aussi a don-

proposées par un homme aussi habile et quej'es- né lieu à cette expression qui règne dans tout ce

time autant que vous. Elles se rapportent à deux concile, que le dogme qu'il établit a toujours été

points: le premier consiste à juger d'un livre entendu comme il l'expose : Sicut Eccleva Ca-

\\\\\U\\é:Secretio, etc., ce qui demande du temps, tholicasemper intellexit. Selon cette rè<de, on

non pour le volume, mais pour la qualité des doit tenir pour assuré que les conciles œcuméni-

matières sur lesquelles il faut parler sûrement ques, lorsqu'ils décident quelque vérité, ne pro-

et juste. Je supplie donc Son Altesse de me per- posent point de nouveaux dogmes, mais ne font

mettre un court délai, parce que, n'ayant rceu ce (pie déclarer ceux qui ont toujours été crus, et

livre que depuis deux jours, à peine ai je eu le les expliquer seulement en termes plus clairs et

loisir de le considérer. plus précis.

l.a seconde demandes deux parties, dont la Quanta la demande que vous me faites, « S'il première regarde les conditions et les principes faut, avec Grégoire de Valence, réduire la certipar lesquels on peut reconnaître ce qui est de tude de la décision à ce que prononce le Pape, loi. en le distinguant de ce qui n'en est pas; cl ou avec ou sans le concile, » elle me paraîtassez la seconde observe qu'il y a des degrés entre les inutile. On sait ce qu'a écrit sur ce sujet le cararticles de foi, les uns étant plus importants que dinal du Perron, dont l'autorité est de beaucoup •es autres. supérieure à celle de ce célèbre Jésuite ; et pour

Quant au premier point, vous supposez, avan ne point rapporter des autorités particulières, on toutes choses, comme indubitable, que toularti- voit en celle matière ce qu'enseigne et ce que cle de loi doit être une vérité ré\éléc de Dieu, de pratique, même de nos jours, et encore tout réquoi je conviens sans difficulté ; mais vous venez comment, l'Eglise de France, à deux questions, dont l'une est : « si Dieu en a Nous donnerons donc pour règle infaillible, seulement révélé autrefois, ou s'il en révèle en- et certainement reconnue par les Calholiques, core; » et la seconde : « si les révélations d'au- des vérités de foi, le consentement unanime et trefois sont toutes dans l'Ecriture sainte ou sont perpétuel de toute l'Eglise, soit assemblée en venues du moins d'une tradition apostolique, ce concile, soit dispersée par toute la terre, et touque ne nient point plusieurs des plus acconnno jours enseignée par le même Saint-Esprit. Si danls entre les protestants. » c'est là. pour me servir de vos expressions, ce

Je réponds sans hésiter, Monsieur, que Dieu qui est le plus agréable aux protestants, bien

ne révèle point de nouvelles vérités qui appar- éloig nés de les détourner de cette doctrine, nous

tiennent à la foi catholique, et qu'il faut suivre ne craignons point de la garantir, comme incon-

Ja règle de la perpétuité, qui avait, comme vous testablement saine et orthodoxe.

dites très-bien, passé pour la règle de la catho- « Mais alors, » continuez-vous, « il sera diffi-

licité, de laquelle aussi l'Eglise ne s'est jamais cilede justifier l'antiquité de bien des sentiments

départie. qu'on veut faire passer pour être de foi dans

II ne s'agit pas ici de disputer de l'autorité des l'Eglise romaine d'aujourd'hui. »

traditions apostoliques, puisque vous dites vous- Non, Monsieur, j'ose vous répondre avec con-

nième, Monsieur, que les plus accommodants, fiance (pie cela n'est pas si difficile que vous pen-

c'est-à-dire, comme je l'entends, non-seulement scz, pourvu qu'on éloigne de cet examen l'esprit

les plus doctes, mais encore les plus sages des de contention, en se réduisant aux faits cer-

proleslants, ne les nient pas; comme je crois, en tains.

effet, l'avoir remarqué dans votre savant Calixte Vous en pouvez faire l'essai dans l'exemple que

et dans ses disciples. Mais je dois vous faire ob- vous alléguez, et qui est aussi le plus fort qu'on

server que le concile de Trente reconnaît la rè- puisse alléguer, « de la canonicité des livres que

gle de la perpétuité, lorsqu'il déclare qu'il n'en les protestants tiennent pour apocryphes, la-

a point d'autre que « ce qui est contenu dans quelle passe aujourd'hui pour être de foi dans

l'Ecriture sainte, ou dans les traditions non écri- votre communion, contre ce qui était cru pas

tes, qui, reçues par les apôtres de la bouche de des personnes d'autorité dans l'ancienne Egli-

Jésus-Christ, ou dictées aux mômes apôtres par se. » Mais, Monsieur, vous allez voir clairement,

le Saint-Esprit, sont venues à nous comme de si je ne me trompe, cette question résolue par

main en main. » des faits entièrement incontestables.

11 faut donc, Monsieur, tenir pour certain que Le premier est que ces livres, dont on dispute,

nous n'admettons aucune nouvelle révélation, ou dont autrefois on a disputé, ne sont pas des

livres nouveaux ou nouvellement trouvés, auxquels on ait donné de l'autorité. La seconde lettre de saint Pierre, celle aux Hébreux, Y Apocalypse, et les autres livres qui ont été contestés, ont toujours été connus dans l'Eglise, et intitulés du nom des apôtres, à qui encore aujourd'hui on les attribue. Si quelques-uns leur ont disputé ce litre, on n'a pas nié pour cela l'existence de ces livres, et qu'ils ne portassent cette inlitulation, ou partout, ou dans la plupart des lieux ou du moins dans les plus célèbres.

Second fait : j'en dis autant des livres de l'Ancien Testament. La Sagesse, Y Ecclésiastique, les Hlachabées et les autres, ne sont pas des livres nouveaux : ce ne sont pas les Chrétiens qui les ont composés; ils ont précédé la naissance de Jésus-Christ, et nos Pères les ayant trouvés parmi les Juifs, les ont pris de leurs mains pour l'usage et pour l'édification de l'Eglise.

Troisième fait : ce n'est point non plus par de nouvelles révélations ou par de nouveaux miracles qu'on les a reçus dans le canon. Tous ces moyens sont suspects ou particuliers, et par conséquent insuffisants à fonder une tradition et un témoignage de la foi. Le concile de Trente, qui rangés dans le canon , les y a trouvés il y a près les a de douze cents ans, et dès le quatrième siècle, le plus savant sans contestation de toute l'Eglise.

Quatrième fait : personne n'ignore le canon XL Vil du concile III de Cartilage, quiconstamment est de ce siècle-là , et où les mêmes livres , sans en excepter aucun, reçus dans le concile de Trente, sont reconnus comme livres « qu'on lit dans l'Eglise sous le nom de divines Ecritures et d'Ecritures canoniques : » Sub nomme Scripturarum, etc., canonicœ Scvipturœ, etc. l

Cinquième fait : c'est un fait qui n'est pas moins, constant que les mêmes livres sont mis au rang des saintes Ecritures, avec le Pentateur/ue , avec l'Evangile , avec tous les autres les plus canoniques, dans la réponse du Pape Inno- - cent Ier à la consultation du saint évèque Exupère de Toulouse (cap. 7) , en l'an 405 de Notre-Seigneur. Le décret du concile romain, tenu parle Pape saint Gélase, fait le même dénombrement au Ve siècle, et c'est là le dernier canon de l'Eglise omaine sur ce sujet , sans que ces décrets aient jamais varié. Tout l'Occident a suivi l'Eglise romaine en ce point , et le concile de Trente n'a lait que marcher sur ses pas.

Sixième fait : il y a des Eglises que , dès le temps de saint Augustin, on a regardées comme plus savantes et plus exactes que toutes les

autres , doctiores ac diligentiores Ecclesiœ. On ne peut dénier ces titres à l'Eglise d'Afrique , ni à l'Eglise romaine, qui avait outre cela la principauté ou la primauté de la chaire apostolique , comme parle saint Augustin : In qua semper apostolicœ cathedrœ viguit principatus , et dans laquelle on convenait, dès le temps de saint Irénée , que la tradition des apôtres s'était toujours conservée avec plus de soin.

Septième fait : saint Augustin a pris séance dans ce concile, du moins il était de ce temps-là, et il en a suivi la tradition dans le livre De la doctrine chrétienne , où nous lisons ces paroles : « Tout le canon des Ecritures contient ces livres, cinq de Moïse, » etc.. où sont nommés en même rang : « Tobie, Judith, deux des Machabées , la Sagesse , Y Ecclésiastique , quatorze Epîtres de saint Paul , et notamment celle aux Hébreux, » ainsi qu'elles sont comptées, tant dans le canon de Carthage que dans saint Augustin; « deux lettres de saint Pierre , trois de saint Jean , et Y Apocalypse 1 . »

Huitième fait : ces anciens canons n'ont pas été une nouveauté introduite par ces conciles et par ces Papes ; mais une déclaration de la tradition ancienne, comme il est expressément porté dans le canon déjà cité du concile III de Carthage : « Ce sont les livres, » dit-il, « que nos Pères nous ont appris à lire dans l'Eglise , sous le titre d'Écritures divines et canoniques , » comme marque le commencement du canon.

Neuvième fait : la preuve en est bien constante par les remarques suivantes. Saint Augustin avait cité, contre les pélagiens, ce passage du Livre de la Sagesse 2 : « Il a été enlevé de la vie, « de crainte que la malice ne corrompit son « esprit. » Les semi-pélagiens avaient contesté l'autorité de ce livre, comme n'étant point canonique; et saint Augustin 3 répond « qu'il ne fallait point rejeter le livre de la Sagesse , qui a été jugé digne depuis une si longue antiquité, tant longa annositaie, d'être lu dans la place des lecteurs, et d'être ouï par tous les Chrétiens, depuis es évêques jusqu'aux derniers des laïques, fidèles, catéchumènes et pénitents , avec la vénération qui est due à l'autorité divine. » A quoi il ajoute « que ce livre doit être préféré à tous les docteurs particuliers , parce que les docteurs particuliers les plus excellents et les plus proches du temps des apôtres se le sont eux-mêmes préféré, et que, produisant ce livre à témoin, ils ont cru ne rien alléguer de moins qu'un témoignage divin : JSihil se adhibere nisi divinum testimonium crediderunt; » répétant encore à la fin

1 C'oiic. Carth., c.elyii.

' De doct. Chris/., 1. 11, C. 8, n. 13. — 2 L. IV, 11. — ' f) < Pradest. SS., c. 14, n. 27.

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