‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 272 sur 313 · livre, la Sagesse, l'Ecclésiastique et les Mâcha- des Eglises · texte numérisé non relu

livre, la Sagesse, l'Ecclésiastique et les Mâcha- des Eglises

bées se trouveront cités en plusieurs endroits, Quatorzième fait: je n'ai pas besoin de m'étenavee la même autorité que les livres les plus <li- dre ici SOT le canon des Hébreux , ni sur les divins, et après avoir promis tU'ux et trois fois très- verses significations du mot d'apocryphe, qui, expressément, dans les préfaces, de ne citer dans comme on sait, n'est pas toujours également désce livre que des Ecritures prophétiques et apos- avantageux. Je ne dirai pas non plus quello toliques. autorité parmi les Juifs, après leur canon pas

Onzième fait : l'Afrique et l'Occident n'étaient Esdras, pouvaient avoir, sous un autre titre que

pas les seuls à reconnaître pour canoniques les celui de canonique, ces livres qu'on ne trouve

livres que les Hébreux n'avaient pas mis dans point dans l'hébreu. Je laisserai encore à part

leur canon. On trouve partout dans saint Clé- l'autorité que leur peuvent concilier les allusions

ment d'Alexandrie et dans Origène , pour ne secrètes qu'on remarque aux sentences de ces

point parler des antres l'eus plus nouveaux, les livres, non-seulement dans les auteurs profanes,

livres de la Sagesse et de Y Ecclésiastique cités «nais encore dans l'Evangile. 11 me semble que

avec la même autorité que ceux de Salomon, et le savant évêque d'Avranches J, dont le nom est

même ordinairement sous le nom de Salomon si honorable dans la littérature, n'a rien laisséà

même; afin que le nom d'un écrivain canonique dire sur cette matière ; et pour moi, Monsieur,

ne leur manquât pas, et à cause aussi, dit saint je me contente d'avoir démontré, si je ne me

Augustin, qu'ils en avaient pris l'esprit. trompe, que la définition du concile de Trente

Douzième fait : quand .lulius Africanus rejeta sur la canonicilédes Ecritures, loin de nous obll-

dans le prophète Daniel l'histoire de Susanne, ger à reconnaître de nouvelles révélations, fait

et voulut défendre les Hébreux contre les Cbré- voirau contraire que l'Eglise catholique demeure

tiens, on sait comme ii fut repris par Origène. toujours inviolablement attachée à la tradition

Lorsqu'il s'agira de l'autorité et du savoir, je ne ancienne, venue jusqu'à nous de main en main,

crois pas qu'on balance entre Origène et Julius Quinzième tait : que si enfin vous m'objectez

Africanus. Personne n'a mieux connu l'autorité <Pie du moins cette tradition n'était pas univer-

de l'hébreu qu'Origène, qui l'a l'ait connaître aux selle, puisque de très-grands docteurs et des

Eglises chrédennes; et sans plus de discussion Eglises entières ne l'ont pas connue : c'est, Mon-

sa lettre à Africanus , dont on nous a depuis peu sieur , une objection que vous avez à résoudre

donné le grec, établit le tait constant que ces avec moi. La démonstration en est évidente :

livres, que les Hébreux ne lisaient point dans nous convenons tous ensemble , protestants ou

leurs synagogues , étaient lus dans les églises Catholiques , également des mêmes livres du

chrétiennes, sans aucune distinction d'avec les Nouveau Testament; car je ne crois pas que

autres livres divins. personne voulût suivre encore les emportements

Treizième fait : il faut pourtant avouer que de Luther contre VEpître de saint Jacques. Pasplusieurs Eglises ne les mettaient point dans sons donc une même canouicité à tous ces livres leur canon, parce que , dans les livres du vieux contestés autrefois ou non contestés : après cela, Testament , elles ne voulaient que copier le ca- Monsieur , permettez-moi de vous demander si non des Hébreux, et compter simplement les vous voulez affaiblir l'autorité ou de Y E pitre aux livresque personne ne contestait, ni Juif ni Hébreux , si haute , si théologique, si divine ; ou Chrétien. Il faut aussi avouer que plusieurs savants , comme saint Jérôme et quelques autres ' Huet.

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celle de l'Apocalypse, où reluit l'esprit prophéti- gnage par le concile de Nicée. On n'aura point

que avec autant de magnificence que dans Isaïe ou de peine à croire que cet infatigable lecteur de

dans Daniel. Ou bien dira-t-on peut-être que c'est tous les livres et de tous les actes ecclésiastiques

unenouvelle révélation quilesafait reconnaître? ait pu voir par ses curieuses et laborieuses rc-

Vous êtes trop ferme dans les bons principes pour cherches, auxquelles rien n'échappait, quelque

les abandonner aujourd'hui. Nous dirons donc, mémoire de ce concile, qui se soit perdu depuis.

s'il vous plaît, tous deux ensemble, qu'une nou. Ainsi, ce savant critique, qui ne voulait pas ad-

velle reconnaissance de quelque livre canonique, mettre le livre dont nous parlons, ne laisse pas

dont quelques-uns auront douté, ne déroge point de lui donner le plus grand témoignage qu'il

à la perpétuité de la tradition , que vous voulez pût jamais recevoir, et de nous montrer en

bien avouer pour marque de la vérité catholi- même temps que, sans le mettre dans le canon,

que. Pour être constante et perpétuelle, la vérité les Pères et les conciles les plus vénérables s'en

catholique ne laisse pas d'avoir ses progrès : elle servaient dans l'occasion, comme nous venons

est connue en un lieu plus qu'en un autre, en un de le dire, et le consacraient par la pratique, temps plus qu'en un autre, plus clairement, plus Dix-huitième fait : quoique je commence à

distinctement , plus universellement. Il suffit , sentir la longueur de cette lettre, qui devient un

pour établir la succession et la perpétuité de la petit livre, contre mon attente, le plaisir de

foi d'un livre saint, comme de toute autre vérité, m'entretenir, par votre entremise avec un prince

qu'elle soit toujours reconnue ; qu'elle le soit qui aime si fort la religion, qu'il daigne même

dans le plus grand nombre sans comparaison; m'ordonner de lui en parler de si loin, me fera

qu'elle le soit dans les Eglises les plus éininenles, encore ajouter un fait qu'il approuvera. C'est,

les plus autorisées et les plus révérées ; qu'elle Monsieur, que la diversité des canons de l'Ecri-

s'y soutienne, qu'elle gagne ou qu'elle se répande ture, dont on usait dans les Eglises, ne les em-

d'elle-même, jusqu'à tant que le Saint-Esprit, la péchait pas de concourir dans la même théologie,

force de la tradition , et le goût , non celui des dans les mêmes dogmes, dans la même condam-

parliculiers, mais l'universel de l'Eglise, la fasse nation de toutes les erreurs, et non-seulement

enfin prévaloir , comme elle a fait au concile de de celles qui attaquaient les grands mystères de

Trente. la Trinité, de l'Incarnation, de la grâce ; mais

Seizième fait : ajoutons, si vous l'avez agréa- encore de celles qui blessaient les autres vérités

ble, que la foi qu'on a en ces livres nouvellement révélées de Dieu, comme faisaient les montanis-

reconnus, a toujours eu dans les Eglises un té- tes, les novatiens, les donatistes, et ainsi du

moignage authentique, dans la lecture qu'on en reste. Par exemple, la province de Phrygie, qui,

a faite dès le commencement du christianisme, assemblée dans le concile de Laodicée, ne rece-

sans aucune marque de distinction d'avec les li- vait point en autorité, et semblait même ne

vrès reconnus divins : ajoutons l'autorité qu'on vouloir pas lire dans l'Eglise quelques-uns

leur donne partout naturellement dans la prati- des livres dont il s'agit, contre la cou-

que, comme nous l'avons remarqué : ajoutons tume presque universelle des autres Eglises,

enfin que le terme de canonique n'ayant entre autres de celle d'Occident, n'en condam-

pas loujours une signification uniforme , nait pas moins, avec elles, toutes les erreurs

nier qu'un livre soit canonique en un sens, ce qu'on vient de marquer ; de sorte qu'en vérité

n'est pas nier qu'il ne le soit en un autre ; nier il ne leur manquait aucun dogme, encore qu'il

qu'il soit, ce qui est très-vrai, dans le canon des manquât dans leur canon quelques-uns des

Hébreux, ou reçu sans contradiction parmi les livres qui servaient à les convaincre. Chrétiens, n'empêche pas qu'il ne soit au fond Dix-neuvième fait: c'est pour cela qu'on se

dans le canon de l'Eglise, par l'autorité que lui laissait les uns aux autres une grande liberté,

donne la lecture presque générale, et par l'usage sans se presser d'obliger toutes les Eglises au

qu'on en faisait par tout l'univers. C'est ainsi même canon ; parce qu'on ne voyait naître de

qu'il faut concilier, plutôt que commettre en- là aucune diversité, ni dans la foi, ni dans les

semble les Eglises et les auteurs ecclésiastiques, mœurs : et la raison en était que les fidèles, qui

par des principes communs à tous les divers ne cherchaient pas les dogmes de foi dans

sentiments, et par le retranchement de toute ces livres non canonisés en quelques endroits,

ambiguïté. les trouvaient suftisamment dans ceux qui n'a-

Dix-septième fait : il ne faut pas oublier le vaient jamais été révoqués en doute ; et que, fait que saint Jérôme raconte à tout l'univers, même ce qu'on ne trouvait pas dans les Ecrisans que personne l'en ait démenti, qui est que tures en général, on le recouvrait dans les traie livre de Judith avait reçu un grand témoi- dilions perpétuelles et universelles.

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