DEUXIEME PARTIE: CORRESPONDANCE
XXXVII. Mais quand on accorderait que saint n'accorde à l'Eglise le pouvoir d'en établir il< Augustin avait voulu parler des Eglises de Rome nouveaux articles.
et d'Afrique, j'ai déjà bit voir que ces Eglises XL1I. Mais vous objectez, § 15, que par la ne nous étaient pas contraires; el de plus, saint même raison on pourrait encore combattre Tau- Augustin ne parlait pas alors «les livres vérita- torité de VEpître aux Hébreux, et de Y Apocalypse Uement canoniques, dont l'autorité ne dépend de saint Jean; et qu'ainsi il faudra que je reconpas de si faibles preuves. naisse aussi, ou que leur autorité n'est point de
XXXVIII. Pour ce qui est dit de l'autorité dé foi, ou qu'il y a des articles de foi qui ne l'ont saint Augustin, $ 7, j'y ai déjà répondu, comme pas élé toujours. Il y a plusieurs choses à réponau>si au texte du concile de Carthage, § : mais dre. Car premièrement les protestants ne dejc le ferai encore plus distinctement Wl son lieu, mandent pas que les vérités de foi aient toujours c'est-à-dire dans la lettre suivante. 11 est vrai prévalu, ou qu'elles aient toujours élé reçues aussi. § 9, que sainl Augustin avant cité contre généralement: et puis il y a biendela différence les pélagiens ce passade de la Sagesse : II a été aussi entre la doctrine constante de l'Eglise anenlcvc de lu vie, <li> crainte que la malice ne cor- cienne, contraire à la pleine autorité des livres compit son esprit; et que des prêtres de .Mai- de l'Ancien Testament, qui sont hors du canon seille ayant trouvé étrange qu'il eut employé un (\v> Hébreux, et entre les doutes particuliers que livre non canonique dans une matière de con- quelques uns ont formés contre VEpttre aux Hétroverse, il défendit sa citation; mais je ferai breux ou contre l'Apocalypse; outre qu'on peut voir plus bas que son sentiment n'était pas éloi- nier qu'elles sont de saint Paul ou de saint Jean, gué du nôtre dans le fond. sans nier qu'elles sont divines.
\\\I\. Et quant aux citations de ces livres XL11I. Mais quand on accorderait chez nous
qui se trouvent chez Clément Alexandrin, Ori- qu'on n'est pas obligé, sous peine d'anathéme,
gène, saint Cyprien et autres, §§10 et 14, elles ne de reconnaître ces deux livres pour divins et
prouvent point ce qui e?t en question : les pro- infaillibles, il n'y aurait pas ce grand mal. Le
testants en usenl de même bien souvent. Saint moins d'aaatbèmes qu'on peut, c'est le meil-
Cj prien, saint Ambroise, cl le canon de la Messe, leur.
ont cité le quatrième livre d'Esdras, qui n'est XLIV. Vous essayez dans le même endroit, pas même dans votre canon; el le livre du Pat*- s 13. de donner une solution conforme à vos teur a élé cité par Origène el par le grand con. principes; mais il semble qu'elle les renverse en cile de Nicée, sans parler d'autres : et s'il y a partie. Après avoir dit, par forme d'objection des allusions secrètes que l'Evangile fait aux contre vous-même, < que du moins celte tradiscntcnccsdes livres contestés entre nous, §14 lion n'était pas universelle, puisque de trèspeut-être en pourra-t-on trouver qui se rapport grands docteurs et des Eglises entières ne l'ont lent encore au quatrième livre d'Esdras. sans pas connue; » vous répondez « qu'une nouvelle parler de la prophétie d'Enoch, citée dans l'Epi- reconnaissance de quelques livres canoniques, tre de saint Jude. dont quelques-uns auront douté, ne déroge point
XL. Il est sûr qu'Origène a mis expressément à la perpétuité de la tradition, qui doit être la les livres contestés hors du canon: et s'il a élé marque de la vérité catholique, laquelle ditesplus favorable aux fragments de Daniel dans vous, pour être constante et perpétuelle, ne une lettre écrite à Julius Atrieanus, que vous laisse pas d'avoir ses progrès. Elle est connue m'apprenez, § 12, avoir été publiée depuis peu en un lieu plus qu'en un autre, plus clairement, en grec, c'est quelque chose de particulier. plus distinctement, plus universellement. Il suf-
XLI. Vous reconnaissez, Monseigneur, ^13, lo, fit pour établir la succession et la perpétuité de
que plusieurs Eglises et plusieurs savants, comme la foi d'un livre saint, comme de toute autre vé-
saint Jérôme, par exemple, ne voulaient point rite, qu'elle soit toujours reconnue, qu'elle le
recevoir ces livres pour établir ces dogmes; mais soit dans le plus grand nombre sans comparai-
vous dites que leur avis particulier na point été son, qu'elle le soit dans les Eglises les plus émi-
suivi. Je montrerai bientôt que leur doctrine nentes et les plus autorisées, les plus révérées;
là-dessus était reçue dans l'Eglise : mais quand qu'elle s'y soutienne, qu'elle gagne et qu'elle se
cela n'aurait point été, il suffirait que des Egli- répande d'elle-même jusqu'au temps que le
ses entières et des Pères très-eslimés ont été d'un Saint-Esprit, la force de la tradition, le goût,
sentiment, pour en conclure que le contraire ne non celui des particuliers, mais l'universel de
pouvait être cru de foi, de leur temps, et ne le l'Eglise, la fasse enfin prévaloir, comme elle a
saurait être encore présentement, à moins qu'on fait au concile de Trente. »
XLV. J'ai été bien aise, Monseigneur, de répéter tout au long vos propres paroles. Il n'était pas possible de donner un meilleur tour à la chose. Cependant où demeurent maintenant ces grandes et magnifiques promesses qu'on a coutume de faire du toujours et partout, semper et ubique, des vérités qu'on appelle catholiques, et ce que vous aviez dit vous-même ci-dessus, que la règle infaillible des vérités de la foi est le consentement unanime elperpétuel de toute l'Eglise? Le toujours ou la perpétuité se peut sauver en quelque façon et à moitié, comme je vais dire; mais le partout ou l'unanime ne saurait subsister, suivant voire propre aveu.
XLYI. Je ne parle pas d'une unanimité parfaite; car j'avoue que l'exception des sentiments extraordinaires de quelques particuliers ne déroge point à celle dont il s'agit : mais je parle d'une unanimité d'autorité, à laquelle déroge le combat d'autorité contre autorité, quand on peut opposer Eglises à Eglises, et des docteurs accrédités les uns aux autres; surtout lorsque ces Eglises et ces docteurs ne se blâmaient point pour être de différente opinion, el ne con testaient et ne disputaient pas même : ce qui paraît une marque certaine, ou qu'on tenait la question pour problématique et nullement de foi, ou qu'on était dans le fond du même sentiment : comme en effet saint Augustin, à mon avis, n'était point d'un autre sentiment que saint Jérôme.
XLVII. Or, ce que nous venons de dire étant vrai, la perpétuité même reçoit une atteinte. Car elle subsiste, à la vérité, à l'égard du dogme considéré comme une doctrine humaine ; mais non pas à l'égard de sa qualité, pour être cru un article de la foi divine. Et il n'est pas possible de concevoir comment la tradition continuelle sur un dogme de foi puisse être plus claire, onze ou douze siècles après, qu'elle ne l'était dans le IIIe ou IVe siècle de l'Eglise ; puisqu'un siècle ne la peut recevoir que de tous les siècles précédents.
XLVIII. Il se peut, je l'avoue, que quelquefois elle se conserve tacitement, sans qu'on s'avise d'y prendre garde, ou d'en parler : mais quand une question est traitée expressément, en simple problème, entre les Eglises et entre les principaux docteurs, il n'est plus soutenable qu'elle ait été enseignée alors comme un article de foi, connu par une tradition apostolique. Une doctrine j.eut avoir pour elle plus d'Eglises et plus de docteurs, ou des Eglises plus réservées et des docteurs plus estimés; cela la rendra plus considérable : mais l'opinion contraire ne laissera pas que d'être considérable aussi, et elle sera hors d'atteinte, au moins pour lors, et selon la
mesure de la révélation qu'il y a alors dans l'Eglise; et même absolument, si l'on exclut les nouvelles révélations ou inspirations en matière de foi. Car toutes ces Eglises, quoique partagées sur la question, convenaient alors qu'il n'y a aucune révélation divine là-dessus; puisque même les Eglises qui étaient les plus révérées, et que vous faites contraires à d'autres, non-seulement n'exerçaient point de censures contre les autres, et ne les blâmaient point ; mais ne travaillaient pas même à les désabuser, quoiqu'elles sussent bien leur sentiment, qui était public et notoire.
XLIX. De sorte que si une doctrine combattue par des autorités si considérables, et reconnue dans un temps pour n'être pas de foi, se soutient pourtant, se répand et gagne enfin le dessus, de telle sorte que le Saint-Esprit et le goût présent universel de l'Eglise la font prévaloir, jusqu'à être déclarée enfin article de foi par une décision légitime : il faut dire que c'est par une révélation nouvelle du Saint-Esprit, dont l'assistance infaillible fait naître et gouverne ce goût universel, et les décisions des conciles œcuméniques ; ce qui est contre votre système.
L. J'ai parlé ici suivant votre supposition, que les livres en question ont eu pour eux la plus grande partie des Chrétiens, et les plus considérables Eglises et docteurs: mais en effet je crois que c'était tout le contraire, ce qui ne s'accommode pas avec le principe du grand nombre, sur lequel certains auteurs ont voulu fonder depuis peu la perpétuité de leur croyance, contre le sentiment des antérieurs, tel qu'Alphonsus Tostatus, qui a dit * : Manet Ecclesia universalis in partibus Mis quœ non erant, sive illœ sint plures numéro quam errantes, sive non ; où il suppose que le plus grand nombre peut tomber dans l'erreur.
LI. Mais il y a plus ici, et nous verrons par après, dans la lettre suivante, que non-seulement la plupart et les plus considérables, mais tous en effet, étaient du sentiment des protestants, qui pouvait passer alors pour œcuménique.
LU. Il est vrai, suivant votre § 16, que ces livres ont toujours été lus dans les Eglises, tout comme les livres véritablement divins : mais cela ne prouve pas qu'ils étaient du même rang. On lit des prières et on chante des hymnes dans l'Eglise, sans égaler ces prières et ces hymnes aux Evangiles et auxEpîlres. Cependant j'avoue que ces livres que vous recevez ont eu ce grand avantage sur quelques autres livres, comme sur celui du Pasteur, et sur les Epîtres de Clément aux Corinthiens et autres, qu'ils ont été lus dans toutes les Eglises; au lieu que ceux-ci n'ont été
« Prol. in Mail. U, quast. *.