‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 281 sur 313 · DEUXIEME PARTIR: CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIR: CORRESPONDANCE

lus <)ne dans quelques-unes : et c'est ce qui pa- Monseigneur, § 18, que les Eglises de ces siècles

mit avoir été entendu et considéré par ces an- reculés étaient partagées sur l'autorité des livres

rions, qui ont enfin canonisé ers livres, qu'ils delà Bible, sans que cela les emp'chàt de con-

trouvaient autorisés universellement; et c'est courir dans la mêmethirjogie; et vous jugez bien

à quoi saint Augusiin parait avoir butté, en que cette remarque plaira à Monseigneur le due

voulant qu'on estime davantage les livres rc- connue en effet rien ne lui saurait plaire davan-

çus apud Ecclesku docUores et diliaentiores. tage que ce qui marque de la modération. Ils

LUI. Peut-être pourrait-on encore dire qu'il en avaient raison aussi; puisqu'ils reconnaissaient

est, en quelque façon, comme de la version Vul- comme vous le remarquez, § 19, que celte diver-

gate, que votre Eglise tient pour authentique, et site du canon, mais qui, à mon avis, n'était

pour ainsi dire, pour canonique, c'est-à-dire qu'apparente, ne faisait naître aucune diversité

autorisée par vos canons : mais je ne crois pas dans la foi ni dans les mœurs. Or, je crois qu'on

qu'on puisse lui donner une autorité divine in- peut dire qu'encore a présent la diversité du

failihle, à l'égard de l'original, comme si elle canon de vos Eglises et de la nôtre ne fait aucune

avait été inspirée. En la faisant authentique, on diversité des dogmes. Et comme nous nous ser-

déclare que c'est un livre sûr et utile; mais non virions de vos versions et vous des nôtres en un

pas qu'elle est d'une autorité infaillible, pour la besoin, nous pourrions bien en user de même

preuve des dogmes, non plus que les livres qu'on sans rien hasarder, à l'égard des livres apocry-

avait mêlés parmi ceux de la sainte Ecriture di- phes que vous avez canonisés. Donc il semble

vinement inspirée. que l'assemblée de Trente aurait bien lait d'uni.

LIV. Il ne parait pas qu'on puisse concilier les 1er celte sagesse et cette modération desanciens,

anciens, qui semblent se contrarier sur notre que vous recommandez.

question, en disant, avec le § 1G, que ceux qui LV1II. J'avoue aussi, suivant ce qui est dit mettent les livres de Judith, de Tobie,dcs Ma- § 20, que non-seulement la connaissance du cachabées, etc., hors du canon, l'entendent s 'ule- non, mais même de toute l'Ecriture sainte, n'est ment du canon des Hébreux, et non pas du point nécessaire absolument, qu'il y a des peucanon des Chrétiens. Car ces auteurs marquent, pies sans Ecriture, et que l'enseignement oral en termes formels, que l'Eglise chrétienne ne rc- ou la tradition peut suppléer à son défaut. Mais çoitriendu Vieux Testament dansson canon, que il faut avouer aussi que, sans une assistance toute l'Eglise du Vieux Testament n'ait déjà reçu dans particulière de Dieu, les traditions de bouche ne le sien. J'en apporterai les passages dans la lettre sauraient aller dans des siècles éloignés sans se suivante. perdre, ou sans se corrompre étrangement

LV. Il faut donc recourir à la conciliation ex- comme les exemples de toutes les traditions qui

pliquée ci-dessus, savoir, que ceux qui ont reçu regardent l'histoire profane et les lois et coutu-

ces livres dans le canon, l'ont entendu d'un de- mes des peuples, et même les arts et sciences le

gré inférieur de canonicité : et cette conciliation, montrent incontestablement

outre qu'elle peut seule avoir lieu, et est fondée LIX. Ainsi la Providence, se servant ordinai-

en raison, est encore rendue incontestable ; rement des moyens naturels et n'augmentant

parce que quelques-uns de ces mêmes auteurs pas les miracles sans raison, n'a pas manqué de

s'expliquent ainsi, comme je le ferai encore se servir de l'Ecriture sainte, comme du moyen

voir. plus propre à garantir la pureté de la religion

LVI. Je croirai volontiers, sur la foi de saint contre la corruption des temps : et les analhè-

Jérôme, que le grand concile de Nicéea parlé mes prononcés dans l'Ecriture mèmeconlre ceux

avantageusement du livre de Judith : mais dans qui y ajoutent ou qui en retranchent, en font

le même concile on a encore cité le Livre du encore voir l'importance, et le soin qu'on doit

Pasteur d'Hermas », qui n'était guère moins es- prendre à ne rien admettre dans le canon prin-

timé par plusieurs que celui de Judith. Le car- cipal, qui n'y ait été d'abord. C'est pourquoi, s'il

dinal Baronius, trompé par le passage de saint y avait des analhèmes à prononcer sur cette

Jérôme, crut que le concile de Nicée avait dressé matière, il semble que ce serait à nous de le

un canon pour le dénombrement des saintes faire, avec bien plus de raison que les Grecs n'en

Ecritures, où le livre de Judith s'était trouvé : avaient de censurer les Latins, pour avoir ajouté

mais il se rétracta dans une autre édition, et leur Filioque dans le Symbole,

reconnut que ce ne devait avoir été qu'une cita- LX. Mais comme nous sommes plus modérés,

lion de ce livre. au lieu d'imiter ceux qui portent tout aux ex-

LV1I. Au reste, vous soutenez vous-même, trémités, nous les blâmons; et par conséquent

, . A. , nous sommes en droit de demander, comme

Ep s. pro ivicteJk syn. duret.

vous faites enfin vous-même, §21, a pourquoi le ques; c'est son Prologus Galeatus, h qui il dit concile de Trente n'a pas laissé sur ce point la avoir donné ce nom exprès pour empêcher les même liberté que l'on avait autrefois, et pour- livres apocryphes et les ecclésiastiques de se quoi il a défendu, sous peine d'anathème, fourrer parmi eux : et après cela, est-il possible de recevoir un autre canon que celui qu'il pro- d'accuser les protestants d'opiniâtreté et de quelpose i. » Nous pourrions même demander com- que chose de pis ceux qui, à la faveur de quelment celte assemblée a osé condamner la doc- ques termes équivoques de certains anciens, ont trine constante de l'antiquité chrétienne. Mais eu la hardiesse d'établir dans l'Eglise une docvoyons ce que vous direz au moins à votre pro- trine nouvelle et entièrement contraire à la sapre demande. crée antiquité, et de prononcer le même ana-

LXI. La réponse est, § 21, que l'Eglise ro- thème contre ceux qui maintiennent la pureté

maine, avec tout l'Occident, était en possession de la vérité catholique ? Si nous ne connaissions

du canon approuvé à Trente depuis douze cents pas la force de la prévention et du parti, nous

ans, et même depuis l'origine du christianisme, ne comprendrions point comment des personnes

et ne devait point se laisser troubler dans sa éclairées et bien intentionnées peuvent soutenir

possession, sans se maintenir par des anathèmes. une telle entreprise.

Il n'y aurait rien à répliquer, à cette réponse> L XIII. Mais si nous ne pouvons pas nousemsi cette même Eglise avait été depuis tant de pêcher d'en être surpris, nous ne le sommes temps en possession de ce canon, comme cer- nullement de ce qu'on donne chez vous à votre tain et de foi ; mais c'était tout le contraire : et communion le nom d'Eglise catholique : et je si, selon votre propre sentiment, l'Eglise était demeure d'accord de ce qui est dit, § 23, que ce autrefois en liberté là-dessus, comme en effet n'est pas ici le lieu d'en rendre raison. Les prorien ne lui avait encore fait perdre celte liberté ; testants en donnent autant à leur communion, les protestants étaient en droit de s'y maintenir On connaît la Confession catholique de notre avec l'Eglise, et d'interrompre une manière d'u. Gérard, et Catholique orthodoxe de Morton, surpalion contraire, qui enfin pouvait dégéné- Anglais. Et il est clair au moins que notre senrer en servitude, et faire oublier l'ancienne doc- timent, sur le canon des livres divinement instrine, comme il n'est arrivé que trop. Mais, qui pires, a toutes les marques d'une doctrine cathoplus est, il y avait non-seulement une faculté lique; au lieu que la nouveauté introduite par libre, mais même une obligation ou nécessité de l'assemblée de Trente a toutes les marques ici séparer les livres ecclésiastiques des livres divi- d'un soulèvement schismatique. Car, que des nement inspirés : et ce que les protestants fai- novateurs prononcent anathème contre la docsaient, n'était pas seulement pour maintenir îa trine constante de l'Eglise catholique, c'est la liberté et le droit de faire une distinction juste et plus grande marque de rébellion et de schisme légitime entre ces livres; mais encore pour qu'on puisse donner. Je vous demande pardon, maintenir ce qui est du devoir, et pour empê- Monseigneur, de ces expressions indispensables, cher une confusion illégitime. que vous connaissez mieux que personne ne

LXII. Mais vous ajoutez, § 22, qu'il n'est rien pouvoir point passer pour téméraires, ni pour

arrivé ici que ce que l'on a vu arriver à toutes injurieuses dans une telle occasion,

les autres vérités, qui est d'être déclarées plus LXIV. Je ne vois donc pas moyen d'excuser lu

expressément, plusauthentiquement, plus forte- décision de Trente, à moins que vous ne vouliez,

ment par le jugement de 1 Eglise catholique, Monseigneur, approuver l'explication de quel-

lorsqu'elles ont été plus ouvertement, et plus ques-uns qui croient pouvoir encore la concilier

opiniâtrement contredites. Mais les proies- avec la doctrine des protestants; et qui, malgré

tants ont-ils marqué leur sentiment plus ou- les paroles du concile, prétendent qu'on peut

vertement, ou plutôt est-il possible de le mar- encore les expliquer comme saint Augustin a

quer plus ouvertement et plus fortement que expliqué les siennes. En ce cas, il ne faudrait pas

de la manière que l'ont fait saint Méliton, seulement donner aux livres incontestablement

évoque de Sardes, et Origène et Eusèbe, qui canoniques un avantage ad hominem, comme

rapporte et approuve les autorités de ces deux ; vous faites, § 24; mais absolument , en disant

et saint Athanase, et saint Cyrille de Jérusalem, que le canon de Trente, comme celui d'Afrique,

et saint Epiphane, et saint Chrysostome, et le comprend également les livres infaillibles, ou

synode de Laodicée, et Amphilochius, et Rufin, divinement inspirés et les livres ecclésiastiques

et siint Jérôme, qui a mis un gardien ou suisse aussi, c'est-à-dire ceux que l'Eglise a déclarés

armé d'un casque à la tête des livres canoni- authentiques, et conformes aux livres divins. Je

, Scss. 4. n'ose point me flatter que vous approuviez une

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