‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 284 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE: CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE: CORRESPONDANCE

nombre des livres canoniques ; quoiqu'on y ait citr, comme les'protestanta font souvent aussi, le livre de Judith, de même que le livre du Pasteur. Les évoques, assemblés a Laodicée, ne se seraient jamais écartés du sentiment de ce grand concile; et, s'ils avaient osé le foire, jamais leur canon n'aurait été reçu dans te code Ac* canons de l'Eglise universelle. Mais cela se confirme encore davantage par les témoignages de saint Athanase, le meilleur témoin sans doute qu'on puisse nommer à l'égard de ce temps-là.

IAXIV. Il y a dans ses ceux res une s\ nopse, ou al» . gé de la sainte Ecriture, qui ne nomm i aussi que vingt-deux livres canoniques du Vieux Testament : mais l'auteur de cet ouvrage n'étant

pas trop assuré, il UOUS peut sulïire d'\ ajouter

le fragment d'une lettre circulaire aux Eglises,

qui est sans doute de saint Athanase, OÙ il \ a le même catalogue (pie celui de la s\ nopse, qu'il obsigne, s'il m'est permis de me servir de ce terme, par ces mots : Nemo liis atldat, net Iris auferat quidquam. Et que cette opinion était également des orthodoxes on homoousiens, et de ceux qu'on ne croyait pas être de ce nombre; cela parait parEusèbe, dans l'endroit cité ci dessus, de son Histoire ecclésiastique, ou il rapporte et approuve les autorités des plus anciens.

IAW. Ceux qui sont venus bientôt après ont dit uniformément la même chose. L'ouvrage catéehiliquc de saint Cyrille de Jérusalum a toujours passé pour très-considérable. Or il spécifie Justement les mêmes livres que nous, et ajoute qu'on doit lire les divines Ecritures, savoir les vingt-deux livres du Vieux Testament, que les soixante-douze interprètes ont traduits.

LXXVI. On a déjà cité 1 un distique tiré du poêmequesainl Grégoire de Nazianzea foitexprès sur le dénombrement des véritables livres de l'Ecriture divinement inspirée: Hepî x&v yvno(&v {3iQtcoy t?,ç, 0£o7iy£Û(jT-oii Tpacp/îç.Cc dénombrement ne rapporte que les livres que les protestants reconnaissent, et dit expressément qu'ils sont au nombre de vingt-deux.

LXXVII. Saint Ampbiloche, évèquc d'Iconic, était du même temps et de pareille autorité. Il a aussi fait des vers, mais iambiques, sur le même sujet, adressés à un Séleucus. Outre qu'il nomme les mêmes livres, il parle encore fort distinctement de la différence des livres qu'on faisait passer sous le nom de la sainte Ecriture. Il dit qu'il y en a d'adultérins, qu'on doit éviter, et qu'il compare avec la fausse monnaie; qu'il en a de moyens, e^pfoojç et comme il dit, approchant de la parole de la vérité, yu'zovocç,, voisins; mais qu'il y en a aussi de divinement inspirés, dont il

■ Sup., n. 66.

dit vouloir nommer chacun, pour les discerner

i\r> autres :

Ego Theopneustos singulos dicam tibi.

El là-dessus il ne nomme du Vieux Testament que ceux qui sont reçus par les Hébreux; ce qu'il dit être le plus assuré canon des livres inspirés.

LXXVIII. Saint Epipbanc, évêque de Salamine dans l'île de Chypre, a fait un livre des poids et des mesures, où il y a encore un dénombrement tout semblable des livres divins du Vieux Testament, qu'il dit être vingt-deux en nombre; et il pousse la comparaison a\ee les lettres de l'alphabet si loin, qu'il dit que, comme il y a des lettres doubles de l'alphabet, il y a aussi des livres de la sainte Ecriture du Vieux Testament, qui sont partagés en d'autres livres. On trouve la même conformité avec le canon des Hébreux, dans ses Hérésies K

I.WIX. Saint ChrySOStome n'était guère de ses amis : cependant il était du même sentiment ; et il dit, dans sa quatrième Homélie sur lu Genèse, (pie « tous les livres divins, Tiàncti %\ Oetai |3j'6X«, du Vieux Testament ont été écrits originairement en langue hébraïque; et tout le monde, ajoutet-il, le confesse avec nous : « marque que c'était le sentiment unanime et incontestable de l'Eglise de ce temps-là.

I.XXX. Et afin qu'on ne s'imagine point que c'était seulement le sentiment des Eglises d'Orient, voici un témoignage de saint Ililaire, qui, dans la préface de ses Explications des Psaumes, où il parait avoir suivi Origène, comme ailleurs, dit que le Vieux Testament consiste en vingt-deux livres.

LXXXI. Jusqu'ici, c'est-à-dire jusqu'au commencement du Ve siècle, pas un auteur d'autorité ne s'est avisé de taire un autre dénombrement. Car bien que saint Cyprien elle concile de Nicée, et quelques autres, aient ci lé quelques-uns des livres ecclésiastiques parmi les livres divins, l'on sait que ces manières de parler confusément, en passant, et in sensu laxiore, sont assez en usage, cl ne sauraient être opposées à lanldc passades formels et précis, qui distinguent les choses.

LXXXII. Je ne pense pas aussi que personne veuille appuyer sur le passage d'un recueil des coutumes et doctrines de l'ancienne Eglise, fait par un auteur inconnu, sous le nom de Canons des Apôtres, qui met les Irois livres des Macliabées parmi les livres du Vieux Testament, el les deux Epi très de Clément, écrites aux Corinthiens, parmi ceux du Nouveau. Car, outre qu'il peut parler largement, on voit qu'il flotte cidre deux, comme un homme mal instruit; excluant

1 liserés. 5 et 76.

du canon, Sapientiam eruditissimi Siracidis, qu'il dit être extra lios ; mais dont il recommande la lecture à la jeunesse.

LXXXIII. Voici maintenant le premier auteur connu et d'autorité, qui, traitant expressément cette matière, semble s'éloigner de la doctrine constante que l'Eglise avait eue jusqu'ici sur le canon du Vieux Testament. C'est le pape Innocent Ier, qui, répondant à la consultation d'Exupère, évêque de Toulouse, l'an 40o, paraît avoir été du sentiment catholique dans le fond : mais son expression équivoque et peu exacte a contribué à la confusion de quelques autres après lui, et enfin à l'erreur des Latins modernes; tant il est important d'éviter le relâchement, même dans les manières de parler.

LXXXIV. Ce Pape est le premier auteur qui ait nommé canoniques les livres que l'Eglise romaine d'aujourd'hui tient pour divinement inspirés, et que les protestants comme les anciens, ne tiennent que pour ecclésiastiques. Mais en considérant ses paroles, on voit clairement son but, qui est de faire un canon des livres que l'Eglise reconnaît pour authentiques, et qu'elle fait lire publiquement comme faisant partie de la Bible. Ainsi, ce canon devait comprendre, tant les livres théopneustes ou divinement inspirés, que les livres ecclésiastiques, pour les distinguer tous ensemble des livres apocryphes plus spécialement nommés ainsi; c'est-à-dire de ceux qui doivent être cachés et défendus comme suspects. Ce but paraît par les paroles expresses, où il dit : Si qua sunt aîia, non solum repudianda, verum etiam noveris esse damnada.

LXXXV. Non-seulement l'appellation de canoniques, mais encore de saintes et divines Ecritures, était alors employée abusivement : et c'était l'usage de ces temps-là, de donner dans un excès étrange sur les titres et sur les épithètes. Un évêque était traité de Votre Sainteté par ceux qui l'accusaient, et parlaient de le déposer. Un empereur chrétien disait : Nostrum numen, et ne laissait presque rien à Dieu, pas même l'éternité. Il ne faut donc pas s'étonner des termes du concile III de Carthage, que d'autres croient avoir été le cinquième, ni les prendre à la rigueur, lorsque ce concile dit : Plaçait, ut prœter scripturas canonicas nihil in Ecclesia legatur sub nomine divinarum Scripturarum.

LXXXVIII. Cela fait voir que l'on avait accoutumé déjà d'appeler abusivement du nom d'Ecritures divines tous les livres qui se lisaient dans l'Eglise, parmi lesquels étaient le livre du Pasteur, et je ne sais quelle doctrine des apôtres, §i$xyy v.a).o-jpeV/,Twvà7:oGTÔ).toy, dontparle saint Athanase, dans l'Epîtrecitéeci-dessus: item, les Epîlresde

saint Clément aux Corinthiens, qu'on lisait dans plusieurs Eglises, et particulièrement dans celle deCorinthe, surtout la première, suivant Eusèbe, et suivant Denis, évêque de Corinthe, chez Eusèbe ». C'est pourquoi elle se trouvait aussi jointe aux livres sacrés, dans l'ancien exemplaire de l'Eglise d'Alexandrie, que le patriarche Cyrille Lucaris envoya au roi de la Grande-Bretagne» Charles Ier, sur lequel elle a été ressuscitée et publiée.

LXXXIX. Tout cela fait voir qu'on se servait quelquefois de ces termes d'une manière peu exacte; et même Origène compte, en quelque endroit, le livre du Pasteur parmi les livres divins : ce qu'il n'entendait pas sans doute dans le sens excellent et rigoureux. C'est sur le chapitre xvi, verset 14, aux Romains, où il dit : « Je crois que cet Hermas est l'auteur du livre qu'on appelle le Pasteur, qui est fort utile, et me semble divinement inspiré. »

XC. On peut encore moins nous opposer la liste des livres de l'Ecriture, qu'on dit que le pape Gélase a faite dans un synode romain, au commencement du Ve siècle, où il en fait aussi le dénombrement d'une manière large, qui comprend les ecclésiastiques, aussi bien que les livres canoniques par excellence : et l'on voit clairement que ces deux Papes, et ces synodes de Carthage et de Rome, voulaient nommer tout ce qu'on lisait publiquement dans toute l'Eglise, et tout ce qui passait pour être de la Bible, et qui n'était pas suspect ou apocryphe, pris dans le mauvais sens.

XCI. Cependant il est remarquable que le pape Gélase et son synode n'ont mis dans leur liste que le premier des Machabées, qu'on sait avoir été toujours plus estimé que l'autre ; saint Jérôme ayant remarqué que le style même trahit le second des Machabées et le livre de la Sagesse, et fait connaître qu'ils sont originairement grecs.

XCII. Je ne vois pas qu'il soit possible qu'une personne équitable et non prévenue puisse douter du sens que je donne au canon des deux Papes et du concile de Carthage. Car autrement il faudrait dire qu'ils se sont séparés ouvertement de la doctrine constante de l'Eglise universelle, du concile de Laodicée et de tous ces grands et saints docteurs de l'Orient et de l'Occident que je viens de citer ; en quoi il n'y a point d'apparence. Les erreurs ordinairement se glissent insensiblement dans les esprits, et elles n'entrent guère ouvertement parla grande porte. Ce divorce aurait été fait très-mal à propos, et aurait fait du bruit et fait naître des contestations.

' Easeb., Hist. eccle., lib. M, c. 12; lib. iv, c.22.

Page 1