DEUXIÈME PARTIE : CORRESPONDANCE. -jU'J
\cill. Mai, rien ne prouve mieux le sens de la nea judicatur «. Et parlant du livre de Jésus, fils lettre du pape Innocent r» et de 1 Eglise romaine de Sirach, et du livre nommé faussement la Sade ce temps, que la doctrine expresse, précise et gesse de Salomon, il dit a : Sicut Judith et Tobiœ constante aesamt Jérôme, qui fleurissait à Rome et Mackabœorum iibrus legit guidera Ecclesia en ce temps-là même, et qui cependant a toujours ,r,/ ,,,, ,„ canonicas Scripturas non recipit ■ sic et soutenu que les livres proprement divins et ca- hac duo volumina legit ad œdificationem 'pleins iioniques du Vieux Testament ne sont que ceux non ad auctoritatem ecclesiusticorum dogmatum du canon des Hébreux. Est-d possible de s'ima- confirmandam.
giner que ce grand homme aurait osé s'opposer XC\I. hienne saurait être plus précis- et il à la doctrine de l'Eglise de son temps, el .pic est remarquable qu'il ncparlepas ici de son senpersonne ne l'en aurait repris, pas même Rufin, fouent particulier, ni de celui de quelques saqui ela.t aussi du même sentiment que lui, et vants mais cle cchli (lc pEg|isc; Ecclesia dit-il tant d'autres adversaires qu'il avait; et qu'il non recipit. Pouvait-il ignorer le sentiment dé n'eut jamais fait l'apologie de son procédé, coin- l'Eglise de son temps? ou pouvait-il mentir si me il lait pourtant en tant d'autres rencontres ouvertement et si impudemment, comme il aude moindre importance. Il est sûr que l'ancienne rail fait sans doute, si elle avait été d'un autre Eglise latine n'a jamais eu .le Père plus Bavant sentiment que lui/ Il s'explique encore plus torque lui, ni de meilleur interprète critique ou lit- tement dans la Préface sur Esdras et Néhémie : téral de la saiide Ecriture, surtout du Vieux Tes- Qua non habentur apud Jlebrœos, nec de viginii tament, dont il connaissait la langue originale : quatuor senibus sunt (on a expliqué cela) 3, «f(jce qui a lait dire & Alphonse Tostatus qu'en cas culabjiciantur; c'est-à-dire loin du canon des de conflit, il faut plutôt croire à saint Jérôme livres véritablement divins et infaillibles. qu'à saint Augustin, surtout quand il s'agit du XCVII. Je crois qu'après cela on peut être per- Vieuv Testament et île l'Histoire, en quoi il a suadé du sentiment de saint Jérôme et de l'Esurpassé tous les docteurs de l'Eglise. glise de son temps ; mais on le sera encore da-
XCIV. C'est pourquoi, bien que j'aie déjà parlé vantage, quand on considérera que Rufin, son plus d'une fois des passages de saint Jérôme, en- grand adversaire, homme savant, etqui cherchait tièrement conformes au sentiment des protes- occasion à le contredire, n'aurait pointmanquéd,; tants, il sera bon d'en parler encore ici. J'ai déjà se servir de celle-ci, s'il avait cru (pie saint Jéeiléson Proloqus Galeatus, qui est la préface des rôme s'éloignait du sentiment de l'Eglise. Mais Livres des Rois; mais qu'on met, suivant l'intcn- bien loin décela, il témoigne d'être lui-même du tion de l'auteur, au devant des livres véritable- même sentiment, lorsqu'il parle ainsi dans son nient canoniques du Vieux Testament, comme exposition du Symbole, après avoir fait le demie espèce de sentinelle pour détendre l'entrée nombrement des livres divins ou canoniques, aux autres. Voici les paroles de l'auteur : Hic tout comme saint Jérôme : « Il faut savoir, » Proloqus Scripturarum quasi qalealum principium dit-il, « qu'il y a des livres que nos anciens ont omnibus libris, quoi de Ilebnvo vertimus in Lati- appelés, non pas canoniques, mais ecclésiastinum, eonvenire potest. Il semble que ce grand ques, comme la Sagesse de Salomon, et cette auhomme prévoyait que l'ignorance des temps et tre Sagesse du fils de Sirach, qu'il semble que les le torrent populaire forceraient la digue du véri- Latins ont appelée pour cela même du nom gétable canon, et qu'il travailla à s'y opposer. Mais lierai d'Ecclésiastique ; en quoi on n'a pas voulu la sentinelle qu'il y mit avec son casque, n'a pas marquer l'auteur, mais la qualité du livre. Tobie été capable d'éloigner la hardiesse de ceux qui encore, Judith et les Machabées sont du même ont travaillé à rompre cette digue, qui séparait ordre ou rang : et dans le Nouveau Testament, le divin de l'humain. le Livre pastoral d'Hermas, appelé les deux Voies
XCV. Or, comme j'ai dit ci-dessus ', il comp- et le Jugement de Pierre : livres qu'on a voulu
tait tantôt vingt-deux, tantôt vingt-quatre livres faire lire dans l'Eglise, mais qu'on n'a pas voulu
du Vieux Testament; mais en effet toujours les laisser employer pour confirmer l'autorité de la
mêmes. Et ce qu'il écrit dans une lettre à Paulin, foi. Les autres Ecritures ont été appelées apo-
qu'on avait coutume de mettre au-devant des cryphes, dont on n'a pas voulu permettre la lec-
ljiblesavccle Prologus Galeatus, marque toujours turc publique dans les églises. »
le même sentiment. 11 s'explique encore parti- XCV1II. Ce passage est fort précis et instructif;
culièrement dans ses préfaces sur Tobie, sur Ju. et il faut le conférer avec celui d'Amphilochius
di th, et ailleurs : Quod talium auctoritus ad robo- cité ci-dessus 4, afin de mieux distinguer les
randa ea quœ in contentionem veniunt minus ido- trois espèces d'Ecritures, savoir : les divines ou
. Kura. 67, 68 ' Pr*f. in Judith — 2 PrœJ. in Ub. Salo.—3 gup., a. 68.— i N. 78.
les canoniques, de la première espèce; les moyennes ou ecclésiastiques qui sont canoniques, selon le style de quelques-uns, de la seconde espèce, ou bien apocryphes selon le sens le plus doux; et enfin les apocryphes dans le mauvais sens, c'est-à-dire, comme dit saint Athanase ou l'auteur de la Synapse, qui sont plus dignes d'être cachées, âTroxpuc^ç que d'être lues, et desquelles saint Jérôme dit l : Caveat apocrypha; et sur haïe, liv, 4 : Apocryphorum deliramenta conficiant.
Voici la représentation de ces degrés ou espèces :
Canoniques.
Proprement ou du premier rancr.
Divins , ou infaillibles.
Improprement, ou d'un rang inférieur.
Ecclésiastiques , ou movens.
Apocryphes.
Improprement , ou (lins le sens plus doux.
Défendus , quant à la lecture publique.
Plus proprement ou dans le mauvais sens.
XCIX. Mais on achèvera d'être persuadé quet la doctrine de l'Eglise de ce temps était celle des protestants d'aujourd'hui, quand on verra que saint Augustin, qui parle aussi comme le pape Innocent Ier, et le synode m de Carthage, où l'on croit qu'il a été, s'explique pourtant fort précisément, en d'autres endroits, tout comme saint Jérôme et tous les autres. En voici quelques passages : « Cette Ecriture, » dit-il 2, « qu'on appelle des Machabées , n'est pas chez les Juifs comme la Loi, les Prophètes et les Psaumes, à qui Notre-Seigneur a rendu témoignage comme à ses témoins. Cependant l'Eglise l'a reçue avec utilité, pourvu qu'on la lise sobrement; ce qu'on a fait principalement à cause de ces Machabées qui ont souffert en vrais martyrs pour la loide Dieu, » etc.
C. Et dans la Cité de Dieu 3 : « Les trois livres de Salomon ont été reçus dans l'autorité canonique; savoir : les Proverbes, VEccléèiaste, et le Cantique des cantiques. Mais les deux autres, qu'on appelle la Sagesse et Y Ecclésiastique, et qui, à cause de quelque ressemblance du style, ont été attribués à Salomon (quoique les savants ne doutent point qu'ils ne soient point de lui) ont pourtant été reçus anciennement dans l'autorité par l'Eglise occidentale principalement... Mais ce qui n'est pas dans le canon des Hébreux n'a pas cette force contre les contredisants, que ce qui y est. » On voit par là qu'il y a, selon lui, des degrés dans l'autorité ; qu'il y a une autorité canonique dans le sens plus noble, qui n'appar-
• Lpist. 7, ad Latam. — 2 Conl. Gaudenl., lib. I, cap. 31, n. 38, om IX. — 3 De civil. Dei, 1. xïu, c. £0, tom. vu.
tient qu'aux véritables livres de Salomon , compris dans le canon des Hébreux; mais qu'il y a aussi une autorité inférieure , que l'Eglise occidentale surtout avait accordée aux livres qui ne sont pas dans le canon -hébraïque, et qui consiste dans la lecture publique pour l'édification du peuple ; mais non pas dans l'infaillibilité , qui est nécessaire pour prouver les dogmes de la foi contre les contredisants.
CI. Et encore dans le même ouvrage * : « La supputation du temps, depuis la restitution du temple, ne se trouve pas dans les saintes Ecritures qu'on appelle canoniques ; mais dans quelques autres, que, non les Juifs, mais l'Eglise, tient pour canoniques, à cause des admirables souffrances des martyrs, » etc. On voit combien saint Augustin est flottant dans ses expressions ; mais c'est toujours le même sens. Il dit que les Machabées ne se trouvent pas dans les saintes Ecritures qu'on appelle canoniques; et puis il dit que l'Eglise les tient pour canoniques. C'est donc dans un autre sens inférieur, que la raison qu'il ajoute fait connaître : car les admirables exemples de la souffrance des martyrs, propres à fortifier les Chrétiens durant les persécutions, faisaient juger que la lecture de ces livres serait très-utile. C'est pour cela que l'Eglise les a reçus dans l'autorité, et dans une manière de canon , c'est-à-dire comme ecclésiastiques ou utiles, mais non pas comme divins ou infaillibles ; car cela ne dépend pas de l'Eglise; mais de la révé lalion de Dieu, faite par la bouche de ses prophètes ou apôtres.
CIL Enfin saint Augustin, dans son livre De la doctrine chrétienne, raisonne sur les livres canoniques dans un sens fort ample et général, entendant tout ce qui était autorisé dans l'Eglise. C'est pourquoi il dit que, pour en juger, il faut en faire estime selon le nombre et l'autorité des Eglises : puis il vient au dénombrement 2 : Totus autem canon Scripturarumin quo istam con. siderationem versandam dicimus, his libris continetur, etc. ; et il nomme les mêmes que le pape Innocent Ier : ce qui fait visiblement connaître qu'en parlant du canon, il n'entendait pas seulement les livres divins incontestables ; mais encore ceux qu'on regardait diversement, et qui avaient leur autorité de l'Eglise seulement, ou des Eglises , et nullement d'une révélation divine.
CIII. Après cela, le passage de saint Augustin où, dans la chaleur de l'apologie de sa citation, il semble aller plus loin , ne saurait faire de la peine. Vous aviez remarqué , Monseigneur, § 9,
1 De civil. Dei, 1. xvni, c. 36. — } De Docl. Christ., lib. il, c. 8, n. 13, VQm. m, part. i.