‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 287 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE: CORRESPONDANCE. 7i · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE: CORRESPONDANCE. 7i

riger dans le même chemin des bonnes œuvres, ritusaneto dictante scripserint: non tamen n-

qui mène se royaume desdeux. » périt in illis aliquid falsum oui valde suspectum

C\\\. Dans le même siècle le glossateur du de falsitate. Décret, qu'on croit être Jean Semeca, dit le Teu- CXXII. Enfin, dans le XVIe siècle, immédiate- Ionique, parle ainsi1: *L* Sagesse de Salo- ment avant la réformation, dans la préface de la mon, et le livre de JésUS,fils de Siracli, Judith, Bible du cardinal Kiménès, dédiéeà Léon X, il Tobie et le IJvre des Machabées, sont apoen** est dit que les livres du Vieux Testament, qu'on phes. On les lit, mais peut-être n'est-ce pas gé- n'a qu'en grec, sont hors du canon, et sont plunéralement tôt reçus pour l'édification du peuple, que pour

CX\. Dans le XVe siècle, Antonin, archevêque établir tes dogmes. de Florence, que Rome a mis au nombre des CXXIU. Et le cardinal Cajetan, écrivant après .saints, dans sa Somme de Théologie*, après la réformation commencée, mais avant le couavoir dit «pie la Sagesse, V Ecclésiastique, Judith, cilede Trente, dit à la fin de son Commentaire Tobie, et les Machabées sont apocryphes chez, les sur VEcclésiaste, de Salomon, public à Rome en Hébreux, et que saint Jérôme ne les juge point 1834: « C'est ainsi que finit VEcclésiaste, avec propres à décider des controverses, ajoute que les livres de Salomon et de la Sagesse. Mais « saint Thomas, m secundo secundœ, et Nicolae quant aux autres livres à qui on donne ce nom* de Lyre Sur Tobie, en disent autant; .savoir, qui voeanlur libri sapienliales ; puisque saint Jéqu'on n'en peut pas tirer des arguments ellica- rouie les met bois du canon quia l'autorité de ces en ce qui est de la foi, comme des autres li- la foi, nous les omettrons, et nous nous hàlevresde la sainte Ecriture. Et peut-être, ajoute rons d'aller aux oracles des prophètes. » Antonin, qu'ils ont la même autorité que les CXX1V. Après ce détail de l'autorité de paroles des .saints, approuvées par l'Eglise. » tant de grands hommes de tous ees siècles, qui

CXXI. Alphonse Testât, grand commentateur « > i • i parlé formellement comme l'ancienne Eglise

du siècle qui a précédé celui de la réformation, et comme les protestants, on ne saurait douter,

dit, dans son Dcfcnsorium * , « que la dislinc- ce semble, (pie l'Eglise a toujours l'ait une

tion des livres du Vieux Testament en trois clas- grande différence entre les livres canoniques

ses, fiute par saint Jérôme dans son Prokgusga- ou immédiatement divins, cl entre d'autres

leatus, est celle de l'Eglise universelle : qu'on l'a compris dans la Bible, mais qui ne sont qu'ee-

eue des Hébreux avant Jésus-Christ, et qu'elle a clésiastiques : de sorte que la condamnation de

été continuée dans l'Eglise. » Il parle en quel- ce dogme, que le concile de Trente a publiée.

quel endroits comme saint Augustin, disant est une des plus visibles cl des plus étranges

dans son Commentaire tur le Prologus galeatusf nouveautés qu'on ail jamais introduites dans

que l'Eglise reçoit ces livres, exclus par les Hé- l'Eglise.

breuX, pour authentiques et compris au nombre 11 est temps, Monseigneur, que je revienne à

des sainles Ecritures. Mais il s'explique lui vous, et même que je finisse ; car votre seconde

même sur saint Matthieu: «11 y a ,» dit-il4, lettre n'a rien qui nous doive arrêter, excepté

« d'autres livresque l'Eglise ne met pas dans le ce que j'ai touché au commencement de ma

canon, et ne leur ajoute pas autant de foi qu'aux première réponse. Au reste, j'y trouve presque

autres: Non recipientes nonjudicat inobediente, tout assez conforme au sens des protestants : car

aut infidèles; elle ignore s'ils sont inspirés: » et je n'insiste point sur quelques choses inciden-

puis il nomme expressément à ce propos la Sa- tes; et il subit de remarquer que ce que vous

gesse, l'Ecclésiastique, les Machabées, Judith et dites si bien de l'autorité et de la doctrine cons.

Tobie, disant: Quod probatio ex illis sumpla sit tante de l'Eglise catholique est entièrement fa-

aliqualiter efficax. En parlant des apocryphes, vorable aux protestants, et absolument con-

dont il n'est pas certain qu'ils ont été écrits par traire àées novateurs aussi grands que ceux

les auteurs inspirés, il dit5, «qu'il subit qu'il qui étaient de la faction si désapprouvée en

n'y a rien qui ne soit manifestement faux ou France, qui nous a produit les anathèmes inex-

suspect; qu'ainsi l'Eglise ne les met pas dans cusables de Trente.

son canon, et ne force personne à les croire: Je ne doute point que la postérité au moins

cependant elle les lit, » etc.; et puis il dit exprès- n'ouvre les yeux là-dessus, et j'ai meilleure opi"

sèment au même endroit, qu'il n'est pas assuré nion de l'Eglise catholique et de l'assistance du

que les cinq livres susdits soient inspirés: De Saint-Esprit, que de pouvoir croire qu'un con-

auctoribus horum non constat Ecclesiœ an Spi- cile de simauvis aloi soit jamais reçu pour œcuménique par l'Eglise universelle. Ce serait faire

•Can. 10J, ilist. 16. — spart, m, tit. 18,c. 6, §2. — 3 pag. u j i - i \ i> i •,! j„ l>l?„r „

e. 23. - < Qu*su 2. - > Q»aest. 3. une trop grande brèche à 1 autorité de 1 Eglise

et du christianisme même, et ceux qui aiment que l'équivoque de canonique se tournera enfin

sincèrement son véritable intérêt, s'y doivent contre moi. Vous me demandez à quel propos

opposer. C'est ce que la France a fait autre- je vous parle delà force, comme d'un moyen de

fois avec un zèle digne de louange, dont elle ne finir le schisme. Vous supposez toujours qu'on

devrait pas se relâcher maintenant qu'elle a été reconnaît' que l'Eglise a décidé; et après cela

enrichie de tant de nouvelles lumières, parmi vous inférez qu'on ne doit point toucher à de

lesquelles on vous voit briller. telles décisions.

En tout cas, je suis persuadé que vous et tout Mais quant aux livres canoniques, il faudra

ce qu'il y a de personnes éclairées dans votre se remettre à la discussion où nous sommes ; et

parti, qui ne sauraient pas encore surmonter les quant à l'usage de la force des armes, ce n'est

préventions où ils sont engagés, rendront assez pas la première fois que je vous ai dit, Monsei-

de justice aux protestants pour reconnaître qu'il gneur, que si vous voulez que toutes les opinions

ne leur est pas moins impossible d'effacer l'im- qu'on autorise chez vous soient reçues partout

pression de tant de raisons invincibles, qu'ils comme des jugements de l'Eglise, dictés par le

croient avoir contre un concile dont la matière Saint-Esprit, il faudra joindre la force à la rai-

ct la forme paraissent également insoutenables, son.

Il n'y a que la force, ou bien une indifférence En disputant , je ne sais si on ne pourrait pas peu éloignée d'une irréligion déclarée, qui ne se distinguer entre ce qui se dit ad populum,et fait que trop remarquer dans le monde, qui entre ce dont pourraient convenir des personnes puisse le faire triompher. J'espère que Dieu qui font profession d'exactitude. Il faut ad popupréservera son Eglise d'un si grand mal, et je lum, phaleras. J'y accorderais les ornements, et le prie de vous conserver longtemps, et de vous je pardonnerais même les suppositions et pétitionner les pensées qu'il faut avoir, pour contri- tions de principe : c'est assez qu'on persuadebuer à sa gloire, autant que les talents extraor- Mais quand il s'agit d'approfondir les choses, et dinaircs qu'il vous a confiés vous donnent de parvenir à la vérité , ne vaudrait-il pas mieux moyen de le faire. Et je suis avec zèle, Monsei- convenir d'une autre méthode , qui approche un <meur, votre très-humble et très-obéissant ser- peu de celle des géomètres , et ne prendre pour viteur accordé que ce que l'adversaire accorde effecti-

Leibnitz. vement, ou ce qu'on peut dire déjà prouvé par

LETTRE XLI. un raisonnement exact? C'est de cette méthode

que je souhaiterais de me pouvoir servir. Elle

leibnitz a bossuet . retranche d'abord tout ce qui est choquant : elle

a Bmnswkk, ce 3 septembre 1700. dissipe les nuages du beau tour, et fait cesser les

Monseigneur, supériorités que l'éloquence et l'autorité don-

Votre lettre du 1er juin ne m'a été rendue qu'à nent aux grands hommes, pour ne faire triom-

mon retour de Berlin, où j'ai été plus de trois pher que la vérité.

mois, parce que Monseigneur l'électeur de Bran- Suivant ce style , on dirait qu'un tel concile a

debourg m'y a fait appeler, pour contribuer à décidé ceci, ou cela; mais on ne dira pas que

la fondation d'une nouvelle société pour les c'est le jugement de l'Eglise , avant que d'avoir

sciences, dont Son Altesse Electorale veut que montré qu'on a observé, en donnant ce juge-

j'aiesoin. J'avais laissé ordre qu'on ne m'envoyât ment, les conditions d'un concile légitime e

pas les paquets un peu gros: et comme il y avait œcuménique, ou que l'Eglise universelle s'est

un livre dans le vôtre, on l'a fait attendre plus expliquée par d'autres marques, ou bien, au

que je n'eusse voulu. C'est de la communication Heu de dire l'Eglise on dirait l'Eglise romaine-

de ce livre encore, que je vous remercie bien Pour ce qui est de la réponse que vous nous

fort; et je trouve que, par les choses et par le avez donnée autrefois, Monseigneur, voici de

bon tour qu'il leur donne, il est merveilleuse- quoi je me souviens. Vous aviez pris la question

ment propre pour le but où il est destiné, c'est- comme si nous voulions que vous deviez renon-

à-dire pour achever ceux qui sont dans une autre cer vous-même aux conciles que vous recon-

assiette d'esprit, et qui opposent à vos préjugés naissez, et c'est surcepied-là que vous répondî-

de belle prestance d'autres préjugés qui ne le tes à M. l'abbé deLokkum. Mais je vous remon-

sont pas moins, et la discussion même, qui vaut trai fort distinctement qu'il ne s'agissait pas de

mieux que tous les préjugés. Cependant il sem- cela, et que les conciles, suivant vos propres

ble, Monseigneur, que l'habitude que vous avez maximes , n'obligent point là où de grandes rai-

de vaincre vous fait toujours prendre des ex- sons empêchent qu'on ne les reçoive ou recon-

pressions qui y conviennent. Vous me prédisez naisse; et c'est ce que je vous prouvai par

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