‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 288 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE : CORRESPONDANCE. 1\r · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE : CORRESPONDANCE. 1\r

un exemple très-considérable. Avant que J'y ment le nom et l'autorité de l'Eglise, en ne

répondre, vous demandâtes , Monseigneur, que lui attribuant que des décisions bien avérées,

je vous envoyasse l'acte public qui justifiait la afin que ce beau moyen qu'elle nous fournit

vérité de cet exemple. le le fis, et après cela le d'apprendre la vérité, garde sans falsification

droit du jeu était que vous répondissiez confor toute sa pureté et toute sa force, comme le

mémentà l'état de la question qu'on venait de cachet du prince, ou comme la monnaie dans

former. Mais vous ne le fites jamais; et mainte- un Etat bien policé : et ils doivent compter

nant.par oubli sans doute, vous me renvoyez pour un grand bonheur, et pour un coup de la

à la première réponse, dont il ne s'agissait plus. Providence , que la nation gallicane ne s'est pas

Vous avez raison de me sommer d'examiner encore précipitée par aucun acte authentique, et

sérieusement devant Dieu, s'il y a quelque bon qu'il y a tant de peuples qui s'opposent à certai-

moyen d'empêcher l'état de l'Église de devenir nés décisions de mauvais aloi.

éternellement variable: mais je l'entends, en Jugez vous-même , Monseigneur, je vous en

supposant qu'on peut , non pas changer ses dé- conjure , lesquels sont les meilleurs Catholiques,

crels sur la loi, et les reconnaître pour des er- ou ceux qui ont soin de la réputation solide et

rems, comme vous le prenez, mais suspendre pureté de l'Eglise et (le la conservation du chris-

ou tenir pour suspendue la force de sesdécisions, nanisme, ou ceux qui en abandonnent l'honneur,

en certains cas et à certains égards; en sorte pour maintenir, au péril de l'Eglise même et de

que la suspension ait lieu , non pas cuire ceux tant de millions daines, les thèses qu'on a épou-

qui les croient émanées de l'Eglise, mais à l'e- sées dans le parti. Il me semble encore temps

gard d'autres, afin qu'on ne prononce point ana- de sauver cet honneur, et personne n'y peut

thème contre ceux à qui, sur des raisons très- plus que vous. Aussi ne crois-je pas qu'il y ail

apparentes, cela ne parait point croyable , sur- personne qui y soit plus engagé par des liens de

tout lorsque plusieurs grandes nations sont dans conscience, puisque un jour on vous repro-

cecas, et qu'il est difficile de parvenir autrement chera peut-être qu'il n'a tenu qu'à vous qu'un

à l'union sans des bouleversements qui entrât- des plus grands biens ait été obtenu. Car vous

lient, non-seulement une terrihle effusion de pouvez beaucoup auprès du roi dans ces maliè-

BBng , mais encore la perte d'une infinité d'aines, rcs, et l'on sait ce que le roi peut dans le monde.

Eh bien 1 Monseigneur, employez-y plutôt vous- Je ne sais si ce n'est pas encore l'intérêt de même vos méditations, et ce grand esprit dont Rome même : toujours est-ce celui de la vérité. Dieu vous a doué : rien ne le mérite mieux. A Pourquoi porter tout aux extrémités, et pournion avis, le bon moyen d'empêcher les varia- quoi récuser les voies qui paraissent seules contions est tout trouvé chez vous, pourvu qu'on le ciliablcs avec les propres et grands principes de veuille employer mieux qu'on n'a fait, comme la catholicité, et dont il y a même des exemples? personne ne le peut l'aire mieux que vous-même. Est-ce qu'on espère que son parti l'emportera C'est qu'il tant être circonspect, et on ne sau- de haute lutte? Mais Dieu sait quelle blessure rait l'être trop, pour ne faire passer pour le ju- cela fera au christianisme. Est-ce qu'on craint peinent de l'Eglise que ce qui en a les caractères de se taire des affaires? Mais, outre que la conindubilables; de peur qu'en recevant trop léger science passe toutes choses , il semble que vous renient certaines décisions, on n'expose et on avez des voies sures et solides pour faire entrer n'affaiblisse par là l'autorité de l'Eglise univer- les puissances dans les intérêts de la vérité. En selle, plus sans doute incom; arablement que si fin, je crains de dire trop quand je considère vos on les rejetait comme non prononcées; ce qui lumières, et pas assez quand je considère l'imferait tout demander sauf et en son entier: d'où portance de la matière. 11 faut donc abandonil est manifeste qu'il vaut mieux être trop rc- ner le soin et l'effet à la Providence , et ce serve là-dessus que trop peu. Tôt ou tard la vé- qu'elle fera sera le meilleur quand ce serait de rite se fera jour, et il faut craindre que lorsqu'on faire durer et augmenter nos maux encore pour croira d'avoir tout gagné, quand c'est par de longtemps. Cependant il faut que nous n'ayons mauvais moyens, on aura tout gâté , et fait au rien à nous reprocher. Je fais tout ce que je puis, christianisme même un tort difficile à réparer, et quand je ne réussis pas , je ne laisse pas d'être Car il ne faut pas se dissimuler ce que tout le très-content. Dieu fera sa sainte volonté, et moi inonde en France et ailleurs pense et dit sans j'aurai fait mon devoir. Je prie la divine bonté se contraindre, tant dans les livres que dans de vous conserver encore lontemps, et devons le public. Ceux qui sont véritablement Catholi- donner les occasions, aussi bien que la pensée, ques et Chrétiens en doivent être touchés, et de contribuera sa gloire, autant qu'il vous en a doivent encore souhaiter qu'on ménage extrême- donné les moyens. Et je suis avec zèle, Monsei-

gneur, votre très-humble et très-obéissant serviteur. Leidnitz.

P. S. Mon zèle et ma bonne intention ayant fait que je me suis émancipé un peu dans cette lettre , j'ai cru que je ne ménagerais pas assez ce que je vous dois, si je la faisais passer sous d'autres yeux en la laissant ouverte. J'ajoute encore seulement que toutes nos ouvertures ou propositions viennnent de votre parti même- Nous n'en sommes pas les inventeurs. Je le dis,, afin qu'on ne croie point qu'un point d'honneur ou de gloire m'intéresse à les pousser. C'est la raison, c'est le devoir.

LETTTE XLII.

LEIBNITZ A BOSSUET

A Wolfenbutel, ce 21 juin 1701.

Monseigneur, J'ai eu l'honneur d'apprendre de Monseigneur le prince héritier de Wolfenbutel, que vous aviez témoigné de souhaiter quelque communication ave un théologien de ce pays-ci. Son Altesse Sérénissime y a pensé , et m'a fait la grâce de vouloir aussi écouter mon sentiment là-dessus : mais on y a trouvé de la difficulté, puisque M. l'abbé de Lokkum même paraissait ne vous pas revenir, que nous savons être sans contredit celui de tous ces pays-ci qui a le plus d'autorité, et dont la doctrine et la modération ne sont guère moins hors du pair chez nous. Les autres qui seront le mieux disposés n'oseront pas s'expliquer de leur chef d'une manière où il y ait autant d'avances qu'on en peut remarquer dans ce qu'il vous a écrit. Et comme ils communiqueront avec lui auparavant, et peut-être encore avec moi, il n'y a pointd'apparence que vous en tiriez quelque chose de plus avantageux que ce qu'on vous a mandé. La plupart même en seront bien éloignés et diront des choses qui vous accommoderont encore moins incomparablement, car il faut bien préparer les esprits pour leur faire goûter les voies de modération, outre qu'il faut, Monseigneur, que vous fassiez aussi des avances qui marquent votre équité ; d'autant qu'il ne s'agit pas proprement , dans notre communication, que vous quittiez à présent vos doctrines, mais que vous nous rendiez la justice de reconnaître que nous avons de notre côté des apparences assez fortes pour nous exempter d'opinià. treté, lorsque nous ne saurions passer l'autorité de quelques-unes de vos) décisions. Car si vous voulez exiger comme articles de foi des opinions dont le contraire était reçu notoirement par toute l'antiquité, et tenu encore du temps du cardinal Cajetan, immédiatement avant le concile de Trente, comme est l'opinion, que vous pa-

raissiez vouloir soutenir, d'une parfaite et entière égalité de tous les livres de la Bible , qui me paraît détruite absolument et sans réplique par les passages que je vous ai envoyés, il est impossible qu'on vienne au but; car vous avez trop de lumières et trop de bonnes intentions, pour conseiller des voies obliques et peu théologiques, et nos théologiens sont hop honnêtes gens pour y donner. Ainsi je vous laisse à penser à ce que vous pourrez juger faisable; et si vous croyez pouvoir me le communiquer, j'y contribuerai sincèrement en tout ce qui dépendra de moi. Car, bien loin de me vouloir approprier cette négociation , je voudrais la pouvoir étendre bien avant à d'autres, et je doute qu'on retrouve sitôt •des occasions si favorables du côté des princes et des théologiens.

Vous m'aviez témoigné autrefois, Monseigneur, d'avoir pris en bonne part que j'avais con" seillé qu'on y joignît de votre côté quelque personne des conseils du roi, versée dans les lois et droits du royaume de France, qui eût toutes les connaissances et qualités requises , et qui pour, rait prêter l'oreille à des tempéraments et ouvertures où votre caractère ne vous permet pas d'entrer, quand même vous les trouveriez raisonnables; mais qui ne feraient point de peine à une personne semblable à feu M. Pellisson , ou au président Miron , qui parla pour le tiers-état en 1614. Car ces ouvertures pourraient être réconciliâmes avec les anciens principes et privilèges de l'Eglise et de la nation française, appuyés sur l'autorité royale, et soutenus dans les assemblées nationales et ailleurs, niais que votre clergé a ta" ché de renverser par une entreprise contraire à l'autorité du roi, qui ne serait point souffert aujourd'hui. Ainsi je suis très-content, Monsei. gneur, que vous demandiez des théologiens comme j'ai demandé des jurisconsultes. La différence qu'il y a est que votre demande ne sert point à faciliter les choses, comme faisait la mienne , et que vous avez en effet ce que vous demandez. Car ce que je vous ai mandé a été communiqué avec M. de Lokkum, et en substance encore avec d'autres. Je suis avec tout le zèle et toute la déférence possible, Monseigneur, votre très-humble et très-obéissant serviteur

Leibnitz.

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