‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 290 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE : CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE : CORRESPONDANCE

vous ne l'êtes pas, vous qui ôtez constamment cette sainte et religieuse princesse madame l'ab-

oel attribut à l'Eglise, La première chose que fera besse de Maubuisson, et que les repassant tous,

le concile œcuménique que vous proposez, sans je vois que j'ai satisfait à tout,

vouloir disputer ici comment on le formera, Vous même, en relisant ces réponses, vous

sera de repasser et connue refondre toutes les ferrez en même temps, Monsieur, qu'encore que

professions de foi par un nouvel examen. Lais- nous rejetions la voie de suspension comme

sez-nous donc en place comme vous nous y avez impraticable, les moyens de la réunion ne ma:i

trouvés, et ne forcez pas tout le monde à varier, queront pas à ceux qui la chercheront avec un

ni à mettre tout en dispute: laissez sur la terre esprit Chrétien : puisque bien loin que le concile

quelques Chrétiens qui ne rendent pas impos- de Trente y soit un obstacle, c'est au contraire

Bibles les décisions inviolables sur les questions principalement de ce concile que se tireront des

de la foi , qui osent assurer la religion, et alten- éclaircissements qui devront contenter les pro-

dre de Jésus-Christ, selon sa parole, une assis- testants, et qui à la fois seront dignes d'être ap-

tanec infaillible sur ces matières. C'est là l'uni- prouvés par la chaire de Saint Pierre et par

que espérance du Christianisme. toute l'Eglise catholique.

Mais, direz-vous, quel droit pensez-vous avoir Vous voyez par là, Monsieur, quel usage nous

de nous obliger à changer plutôt que vous? Il est voulons faire de ce concile. Ce n'est pas d'abord

aisé de répondre. C'est que vous agissez Belon de l(> i;i'1,> s,,,'vil' (,e préjugé aux protestants,

VOS maximes, en offrant un nouvel examen, et puisque ce serait supposer ce qui est en question

nous pouvons accepter l'offre : mais nous, de entre nous. Noos agissons avec plus d'équité. Ce

notre côté, selon nos principes, nous ne pouvons concile nous servira à donner de solides érlair-

rien de semblable; et quand quelques parti- cissements de notre doctrine. La méthode que

culiers y consentiraient, ils sciaient inconli- nous suivrons sera de nous expliquer sur les

nent démentis par tout le reste de l'Eglise. points où l'on s'impute mutuellement ce qu'on

Tout est donc désespéré, reprendrez-VOUS , ne croit pas ctoù l'on dispute faute des'entendre.

puisque nous voulons entrer en traité avec avan- Cela se peut pousser si avant que M. de Lokkum

tige. C'est, Monsieur, un avantage qu'on ne a concilié actuellement les points si essentiels de

peut ôter à la communion dont les autres se la justification et du sacrifice de l'Eucharistie,

sont séparés, et avec laquelle on travaille à les et il ne lui manque, de ce côté là, que de se faire

réunir. Enfin c'est un avantage qui nous est avouer. Pourquoi ne pas espérer définir par le

donné par la constitution de l'Eglise où nous même moyen, des disputes moins difficiles et

vivons, et, comme on a vu, pour le bien commun moins importantes? Pour moi, bien cerlainc-

dc la stabilité du christianisme, dont vous devez ment, je n'avance ni je n'avancerai rien dont je

être jaloux autant que nous. ne puisse très-aisément obtenir l'aveu parmi

A cela, Monsieur, vous opposez la convention, nous. A ces éclaircissements on joindra ceux ou, comme on l'appelait, le compact accordé qui se tireront, non des docteurs particuliers, ce aux Calixtins dans le concile de Bàle, par une qui serait infini, mais de vos livres symboliques. suspension du concile de Constance; et vous Vos princes trouveront s;ms doute qu'il n'y a dites que, m'en ayant proposé l'objection, je n'y ri0I1 de plus équitable que ce procédé. Si l'on ai jamais fait de réponse. C'est ce qu'on lit dans avait lait attention aux solides conciliations que votre lettre du 3 septembre 1700. Pardonnes- j'ai proposées sur ce fondement, au lieu qu'il ne moi, Monsieur, si je vous dis que par là vous parait pas qu'on ait fait semblant de les voir, me paraissez avoir oublié ce que contenait la ré- l'affaire serait peut-être à présent bien avancée ponse que j'envoyai à la cour de Hanovre par le Ainsi ce n'est pas 5 moi qu'il faut imputer le recomte M. Balati, sur l'écrit de M . l'abbé de Lok- tardement. Si l'état des affaires survenues rend kumetsur les vôtres. Je vous prie de la repasser les choses plus difficiles; si les difficultés sous vos yeux; vous trouverez que j'ai répondu semblent s'augmenter au lieu de décroître, el exactement à toutes vos difficultés, et notamment que Dieu n'ouvre pas encore les cœurs aux proà celle que vous tirez du concile de Bàle. Si mon positions de paix si bien commencées, c'est à écrit est égaré, comme il se peut, depuis tant nous à attendre les moments que notre Père céd'années, il est aisé de vous l'envoyer de nou- leste a mis en sa puissance, et à nous tenir tonveau, et de vous convaincre par vos yeux de la jours prêts, au premier signal, à travailler à son vérité de tout ce que j'avance aujourd'hui. Pour œuvre, qui est celle de la paix, moi, je puis vous assurer que je n'ai pas perdu Je n'avais pas dessein de répondre à vos deux un seul papier de ceux qui nous ont été adressés, lettres sur le canon des Ecritures, parce que je à feu M. Pellisson et à moi, par l'entremise de craignais que cette réponse ne nous jetât dans

des traités de controverses, au lieu que nous n'avions mis la main à la plume que pour donner des principes d'éclaircissements. Mais comme j'ai vu dans la dernière lettre dont vous m'honorez, que vous vous portez jusqu'à dire que vos objections contre le décret de Trente sont sans réplique, je ne dois pas vous laisser dans cette pensée. Vous aurez ma réponse, s'il plaît à Dieu, dès le premier ordinaire; et cependant je demeurerai avec toute l'estime possible, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,

J. Bénigne, év. de Meaux.

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