B. TOM. IV
que quelques-uns no l'admettent pas; mais pour ce qui est de {'Apocalypse, il dit que la plupart la rejettent.
Mil. Je vous laisse à juger à vous-même de ce qu'il faut penser de l'omission du Livre d'Esther, que vous dites faite par mégarde, cl par la négl pence des copistes dans le dénombrement de Méliton '. Faible dénoûment s'il en fut jamais, puisque les passages do saint Athanase, de la Synopse, et de saint Grégoire de Nazianze, avec celui d'Amphiloque, l'ont voir que cette omission avait du dessein, et no doit pas être imputée à la méprisée laquelle vousave! recours sans rondement. Ainsi le Livre d'Esthei*, que vous recevez pour constamment canonique, demeure, selon mis principes, éternellement douteux, et nous ne laissez aucun moyen de le rétablir.
XIV. Nous répondez, en u\\ autre endroit, que ce qui pouvait faire difficulté sur le livre d'Esther, c'étaient les additions: sans songer que, par la même raison, il aurait fallu laisser hors du canon Daniel comme Esther.
XV. Vous laites beaucoup valoir le dénombrement de saint Epiphane 2, quidans les livres des poids et des mesures, et encore dans celui des hérésies, se réduit au canon des Hébreux pour les livres de l'Ancien Testament
Mais vous oubliez dans cette même hérésie 76, qui est celle desanoméens, l'endroit où ce l'ère dit nettement à l'hérésiarque Aélius 3, « que, s'il avait lu les \ingl-doux livres de l'Ancien Testament, depuis la Genèse jusqu'au temps d' Esther, les quatre Evangiles, les quatorze Epîtres de saint Paul, avec les sept catholiques et {'Apocalypse, de saint Jean, ensemble les livres do la Sagesse do Salomon, et de Jésus (Us de Sirach, enfin tous les livres de l'Ecriture,' il se condamnerait lui-même » sur le titre qu'il donnait à Dieu pour ôter la divinité à son Fils unique. 11 met donc dans le mémo rang, avec les saints livres de l'Ancien et du .Nouveau Testament, les deux livres de la Sagesse ctdel' Ecclésiastique : et encore
, il ne les compte pas avec les vingt-deux qui composent le canon primitif, qui est celui des Hébreux, il les emploie également, comme les autres livres divins, à convaincre les hérétiques.
XVI. Toutes vos règles sont renversées par ces dénombrements des livres sacrés. Vous les employez à établir que la règle de l'ancienne Eglise pour les livres de l'Ancien Testament, est le canon des Hébreux : mais vous voyez au contraire que ni on ne met dans le canon tous les livres qui sont dans l'hébreu, ni on n'en exclut tous
• Sup., Lett. du 24 mai 1700.— 2 Num. 78. — » BpipA., Iweei 76, c. 5, tom I.
ceux qui ne se trouvent que dans le grec; et un raisonnement sans réplique, je le pourrais qu'encore qu'on ne mette pas certains livres dans démontrer par la nullité évidente de vos réponle canon primitif, on ne laisse pas d'ailleurs de ses dans votre lettre du 14 mai 1700. lesemployer comme livres divinement inspirés, XXII. Vous en faites deux : la première dans pour établir les vrais dogmes et condamner les l'endroit de cette lettre ', où vous parlez en cette marnais. sorte : « Il y a plusieurs choses à répondre; car
XVII. Votre autre règle tombe encore, quicon- premièrement les protestants ne demandent pas siste à ne recevoir que les livres qui ont toujours que les vérités de foi aient toujours prévalu, ou été reçus d'un consentement unanime, puisque qu'elles aient toujours été reçues généralement. » vous recevez vous-même des livres que le plus Dites-moi donc, je vous prie, quelle règle se progrand nombre en certains pays, et des provinces posent vos Eglises sur la réception des Ecritures entières avaient exclus. canoniques? En savent-elles plus que les autres,
XVIII. Je ne répéterai pas ce que j'ai dit d'Ori- pour les discerner? Voudront-elles avoir recours gène dans ma lettre du 9 janvier 1700 », et que à l'inspiration particulière des prétendus réforvous avez laissé passer sans contradiction dans mes, c'est-à-dire à leur fanatisme? C'est, Monvolre lettre du 14 mai 1700 2, en répondant seu- sieur, ce que je vous laisse à considérer, et je lement que c'est là quelque chose de particulier, vous dirai seulement que votre réponse est un Mais, quoi qu'il en soit, il y a ceci de général manifeste abandonnement du principe que vous dans un auteur si ancien et si savant, que les Hé- aviez posé comme certain et commun, dans votre breux ne sont pas à suivre dans la suppression lettre du 11 décembre 1699, qui a été le fondequ'ilsont faite de ce qui ne se trouve que dans ment de tout ce que nous avons écrit depuis.
le grec, et qu'en cela il faut préférer l'autorité XXIII. Je trouve une autre réponse dans la
des Chrétiens; ce qui est décisif pour notre même lettre du 15 mai 1700 2, où vous parlez cause. ainsi : « Il y a bien de la différence entre la doc-
XIX. Pendant que nous sommes sur Origène, trine constante de l'Eglise ancienne, contraire & vous m'accusez du même défaut que je vous ob- la pleine autorité des livres de l'Ancien Testajecte, qui est celui de prouver trop; et vous sou- ment, qui sont hors du canon des Hébreux, et tenez que les citations si fréquentes, dans les entre les doutes particuliers que quelques-uns ouvrages de ce grand homme, de ces livres con- ont formés contre YEpître aux Hébreux et contestés, aussi bien que celles de saint Clément tre V Apocalypse; outre qu'on peut nier qu'elles Alexandrin, de saint Cvprien et de quelques au- soient de saint Paul ou de saint Jean, sans nier très, ne prouvent rien, parce que le même Ori- qu'elles sont divines. »
gène a cité le Pasteur, livre si suspect. C'est.. XXIV. Mais vous voyez bien, en premier lieu, Monsieur, ce qui l'ait contre vous, puisqu'en ci- que ceux qui n'admettaient pas YEpître aux Hé' tant le Pasteur, il y ajoute ordinairement cette breux et Y Apocalypse, ne leur ôlaient pas seuleexception : Si cui tamen libellus Me suscipiendus ment le nom de saint Paul ou de saint Jean, mais videtur; restriction que je n'ai pasremarqué qu'il encore leur canonicité; et en second lieu, qu'il ajoutât, lorsqu'il cite Judith, Tobie e't le Livre ne s'agit point ici d'un doute particulier, mais de la Sagesse; comme on le peut remarquer en du doute de plusieurs Eglises, et souvent même plusieurs endroits, et notamment dans ses ho- de plusieurs provinces.
mélies27 et 33 sur les Nombres, où les trois IL XXV. Convaincu par ces deux réponses, que
vres qu'on vient de nommer sont allégués sans vous avez pu aisément prévoir, vous n'en avez
exception, eten parallèle avec les livres (YEsther-, plus que de dire 3 : « que quand on accorderait
du Lé ci tique et des Nombres, et même avecl'E- chez les protestants qu'on n'est pas obligé, sous
vangile et les Epîtres de saint Paul. anathème, de reconnaître ces deux livres (YEpî-
XX. Vous aviez comme supposé votre princi. tre aux Hébreux et Y Apocalypse) comme divins
pe, dès votre lettre du 11 décembre 1699; et je et infaillibles, il n'y aurait pasgrand mal.» Ainsi,
vous avais représenté par ma réponse du9jan- plutôt que de conserver les livres de la Sagesse
vier 1700, n° 55, que cette difficulté vous était et les autres, vous aimez mieux consentir à noyer
commune avec nous ; puisque vous receviez pour sans ressource YEpître aux Hébreux et YApoca-
certainement canoniques YEpître aux Hébreux lypse, et par la même raison les Epîtres de saint
et les autres, dont vous voyez aussi bien que moi Jacques, de saint Jean et de saint Jude. Le Livre
qu'on n'a pas plus été toujours d'accord que de d'Esther sera entraîné par la même conséquence.
la Sagesse, etc. Vous ne ferez point de scrupule de laisser perdre
XXI. Si je voulais dire, Monsieur, que c'est là aux enfants de Dieu tant d'oracles de leur Père
• Nuœ. 10. — » iîu«. 41. 1 Num. 43. — 3 Ibid » Num. 44.