‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 294 sur 313 · DEUXIÈME PARTIR: CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIR: CORRESPONDANCE

céleste, à cause qu'on aura souffert à Cajetan, et

I i|ii*'I<|ik >s autres, de ne les p;i -> recevoir. Ou n'osera plus réprimer Luther, qui ;i blasphémé contre ['Epttre de saint Jacques, qu'il appelle nue ipttre de paille. Il faudra laisser dire impunément, à tous les esprits libertins, ce qui leur viendra dans la pensée contre deux livres aussi divins que suni V Epttre aux Hébreux et VApocalypsej et l'on eu sera quitte pour dire, comme vous faites en ce lieu, « que le moins d'anathèmes qu'on peut, c'est le meilleur. »

X\\ l. L'Eglise catholique raisonne sur de plus solides fondements, et mel les doutes sur certains livres canoniques au rang de ceux qu'elle a soufferts sur tant d'autres matières, axant qu'elles fuss mt bien éclaircies et bien déddi par le jugement exprès de l'Eglise.

\\\ II. Vous axe/, peine à reconnaître l'autorité de ces dérisions. Vous compte/ pourinnova lions, lorsqu'on passe en articles des points qu'on ne souffre plus qui soient contestés par ceux qu'on souffrait auparavant. Par là nous rejeté/ la doctrine constante et indubitable que j'avais lâché d'expliquer par ma lettre du 30 janvier ITiiu. ;\ laquelle vous voulez bien que je vous renvoie, puisque, après l'avoir laissée sans contradiction, vous déclarez, sur la fin de votre lettre du 24 mai I"Ï00, qu'au fond elle ne doit point nous arrêter.

WVMI. Aussi celte doctrine est-elle certaine parmi les Chrétiens. Personne ne trouve larebaplisation aussi coupable dans saint Cyprien, qu'elk l'a été dans les donatisles depuis la décision ce l'Eglise universelle. Ceux qni ont favorisé les 1 1 lagiensetlesdemi-pélagiens, avant lesdéfinitions de Carthage, d'Orange, etc., sont excusés, et non pas ceux qui l'ont tait depuis. Il en est ainsi des autres dogmes. Les décisions de l'Eglise, sans rien dire de nouveau, niellent dans la chose une précision el une autorité à laquelle il n'est plus permis de résister.

X\l\. Quand donc on demande ce que devient celle maxime : Que la foi est enseignée toujours, partout et par tous, il faut entendre ce tous, «lu gros de l'Eglise, et je m'assure, Monsieur, que vous-même ne feriez pas une autre réponse à une pareille demande.

\\\. 11 u'\ a plus qu'à l'appliquer à la matière que nous traitons. L'E<jlise catholique n'a jamais cru que le canon des Hébreux lût la seule règle, ni que, pour exclure certains livres de l'Ancien Testament de ce canon, qu'on appelait le canon par excellence, parce que c'était le premier et le primitif, on eût eu intention pour cela de les rayer du nombre des livres que le Saint- Esprit a dictés. Elle a donc porté ses yeux sur

toute la tradition, et parce moyen, elle a aperçu que tous les livres qui sont aujourd'hui dans son canon ont été communément, et dès l'origine du christianisme, cités même en confirmation des dogmes les plus essentiels de la foi, par la plupart des saints Pères. Ainsi elle a trouvé dans saint Atlianase, au livre Contre les Gentils, la Sagesse citée en preuve indifféremment avec les autres Ecritures. On trouve encore, dans sa première lettre à Sérapion, aussi bien qu'ailleurs, le Livre de la Sagesse cité sans distinction avec (es livres les plus authentiques, en preuves certaine de l'égalité de>, attributs du Saint-Esprit avec ceux du Père el du Fils, pour en conclure la divinité. On trouvera le même argument dans sain! Grégoire de Nazianze el dans les autres saints. .Nous venons d'ouïr la citation de saint Epiphane contre l'hérésie d'Aétius, qui dégradait le Mis de Dieu. Nous avons VU, dans les lettres du 9 et du 30 janvier 1700, celle de saint Augustin contre le> semi-pélagiens, et il y faudra bientôt revenir. .Nous produirons aisément beaucoup d'exemples semblables.

XXXI. Pour marcher plus sûrement, on trouve encore des canons exprès et authentiques, où ces livres sont rédigés. C'esl le Pape saint Innocent, qui, consulté par saint Exupère, a instruit en sa personne toute l'Eglise gallicane de leur autorité, sans les distinguer des autres. C'est le trop sième concile de Carthage, qui, roulant laisser à toute l'Afrique un monument éternel des livres qu'elle avait reconnus de tout temps, a inséré dans son canon ces mêmes livres sans en excepter un seul, avec le titre d'Ecritures canoniques*. On n'a plus besoin de parlei du concile romain sous le Pape (.< lasi ; il faut seulement remarquer que, s'il ne nomme qu'un livre des Machabées, c'esl visiblement au même sens que, dans la plupart des canons, les deux livres des Paralipomènes ne sont comptés que pour un, non plus que Néhémias et Esdras, et beaucoup d'autres; à cause, comme saint Jérôme l'a bienremarqué2, qu'on en taisait un in me volume; ce qui peut d'autant plutôt être arrivé aux deux livres des Machabées, que, dans le tond, ils ne font ensemble qu'une même histoire.

XXXII. Vous voulez nous persuader que, sous le nom d'Ecriture canonique, on entendait souvent en ce temps les Ecritures qu'on lisait publiquement dans l'Eglise, encore qu'on ne leur donnât pas une autorité inviolable ; mais le langage commun de l'Eglise s'oppose à celte pensée dont aussi il ne paraît aucun témoignage au milieu de tant de passages que vous produisez.

• Conc. Carth., conc. m, can. 47; Lab., tom. n, col. 1177. — Hier., ep. 50, ad Paul., t. iv, par, II.

XXXIII. Je ne sais quelle conséquence vous tinction, de la manière que vous la posez, entre voulez tirer, du 2 i mai 1700, des paroles de saint ]es livres que vous appelez ecclésiastiques, et les Innocent Ier, qui ajoute au dénombrement des livres vraiment canoniques. Dans le livre que Ecritures la condamnation expresse des apocry- saint Jérôme a composé, De scriptoribus eccle. phcs : Si qua sunt alla, non sohim repudianda, siasticis, il a compris les apôtres et les évangéverum etiam noveris esse damnanda. Voici coin- listes sous ce titre. Il est vrai qu'on peut distinment vous vous en expliquez l : « En considé- guer les auteurs purement ecclésiastiques d'avec rant ces paroles, qui sont celles qu'on vient d'eir les autres. Mais vous ne montrerez jamais que la tendre, on voit clairement son Lut, qui est de Sagesse et les autres livres dont il s'agit soient faire un canon des livres que l'Eglise reconnaît appelés purement ecclésiastiques. Si vous voupour authentiques, et qu'elle fait lire publique- lez dire qu'on lisait souvent dans les Eglises des ment comme taisant partie de la Bible. Ainsi ce livres qui n'étaient pas canoniques, mais qu'on canon devait comprendre tani les livres théo- pouvait appeler simplement ecclésiastiques, pneustes ou divinement inspirés, que les livres comme les Actes des Martyrs, j'en trouve bien ecclésiastiques, pour les distinguer tous ensem- la distinction dans le canon 47 du concile lit de ble des livres apocryphes, plus spécialement Carthage; mais j'y trouve aussi que ce n'est nommés ainsi; c'est-à-dire de ceux qui devaient point en ce rang qu'on mettait la Sagesse et les être cachés et défendus comme suspects. » autres livres de cette nature, puisqu'ils sont très-

XXXIV. J'avoue bien la distinction des livres expressément nommés canoniques, et que le apocryphes, qu'on défendait expressément com- concile déclare en termes formels que ceux qui me suspects, ou, ainsi que nous l'avons vu dans sont compris dans son canon, parmi lesquels se le fragment de saint Alhanase 2, comme inventés trouvent ceux-ci en parfaite égalité, sont les par les hérétiques. Ceux-ci devaient être spécia- seuls qu'on lit sous lé litre de canoniques, Sub lement condamnés, comme ils le sont par saint titulo canonicœ Scripturœ.

Innocent. On pouvait aussi rejeter et en un sens XXXVI. Je ne puis donc dire autre chose sur

condamner les autres, en tant qu'on les aurait votre distinction de livre inspiré de Dieu et de

voulu égaler aux livres canoniques; mais quant livre authentique, et qui fasse partie de la Bible»

à la distinction des livres authentiques, et qui sinon qu'elle est tout à fait vaine, et qu'ainsi,

faisaient parue de la Bible, d'avec les livres divi- en rangeant les livres dont vous contestez l'auto-

nement inspirés, je ne sais où vous l'avez prise; rite, au nombre des authentiques et faisant par-

et pour moi, je ne la vois nulle part. Car aussi tie de la Bible, au fond vous les faites vous-même

quelle autorité avait l'Eglise de faire que des h- véritablement des livres divins ou divinement

vres, selon vous, purement humains et nulle- inspirés et parfaitement canoniques,

ment infaillibles, fussent authentiques et méri- XXXVII. Saint Augustin, qui était du temps

tassent d'être partie de la Bible3? Quelle est l'au- et qui vit tenir le concile de Carthage, s'il n'y

thenlicilé que vous leur attribuez, s'il n'est pas était pas en personne, a fait deux choses: l'une

indubitable qu'ils sont sans erreur? L'Eglise les de mettre lui-même ces livres au rang des Ecri-

déclare utiles, dites-vous; mais tous les livres tures canoniques 1; l'autre de répéter trente fois

utiles font-ils partie de la Bible, et l'approbation que les Ecritures canoniques sont les seules à

de l'Eglise les peut-elle rendre authentiques? qui il rend cet honneur de les croire exemptes

Tout cela ne s'entend pas; et il faut dire qu'être de toute erreur, et de n'en révoquer jamais en

authentique, c'est, selon le langage du temps, doute l'autorité 2; ce qui montre l'idée qu'il

être reçu en autorité comme Ecritures divines, avait, et qu'on avait de son temps, du mot

Je ne connais aucun livre qui lasse partie de la d'Ecritures canoniques.

Bible, que les livres divinement inspirés, dont la XXXVIII. Cependant c'est saint Augustin que

Bible est le recueil. Les apocryphes qu'on a ju- vous alléguez dans votre lettre du 24 mai 1700 3}

gés supportables, comme pourrait être la prière pour témoin de ce langage que vous attribuez à

de Manassès avec le IIIe et le IVe Livre d'Esdras , l'Eglise. Voyons donc si vos passages serontsans

sont bien aujourd'hui attachés à la Bible; mais réplique. « L'écriture des Machabées, » dit saint

ils n'en sont pas pour cela réputés partie, et la Augustin 4, n'est pas chez les juifs comme la Loi

distinction en est infinie. Il en était de même et les Prophètes; mais l'Eglise l'a reçue avec

dans l'ancienne Eglise, qui aussi ne les a jamais utilité, pourvu qu'on la lise sobrement. La Sa-

jiiis au rang des Ecritures canoniques dans aucun gesse, et l'Ecclésiastique ne sont pas de Salomon; dénombrement.

Y Y Y V i~ „> *. i ii t ]• ' L»b- il De doct- Christ., c. 8, n. 12 et 13. — 2 Vid. epist.82, al

XXXV. Je n entends pas davantage votre dis- w, n. 2 et 3, t. n. - < NUm. : 9 et suit. - « au9., 1. u cj(.

. Gauâ.. c. 23; idem, De civ., 1. xvn, c. 20; ibid., 1. xui, c. 19, ubi

• LeUrt du 14 mai 1700, n. 20. sup.

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