‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 295 sur 313 · DEUXIEME PARTIE : CORRESPONDANCE. 73g · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE : CORRESPONDANCE. 73g

mais l'Eglise, principalement celle d'Occident, hommes, mais de Dion. Non humano eloquio

I a reçus anciennement en autorité. Les temps seddivino ». Vous voyezdonc que s'il a cité le

du second templene sonl pas marqués dans les Livre de la Sagesse et celui de V Ecclésiastique

sauii.s Ecritures, qu'on appelle canoniques; ce n'est pas en passant ou par mégarde mais de

mais dans les livres des Machabées, qui sont te- propos délibéré, et parce que chez lui c'était un

nus pour canoniques, non par lesjuife, mais par point fixe de se servir authennquement des li-

l'Eglise, à cause des admirables souffrances de vies du second canon, ainsi (|ue des autres

certains martyrs. » X1JI. C'est dans ces derniers ouvrages qu'il a

\X\IX. Je vois, Monsieur, dans tous ces pas- parlé le plus ferme sur ce sujet: c'est-à-dire

qu'on appelle particulièrement eanoni. qu'il allait toujours se confirmant déplus en

ques, les livres deu canon des Hébreux, à cause plus dans la tradition ancienne, et que, plus il

que c'est le premier et le primitif, comme il a sc consommait dans la science ecclésiastique

déjà été dit : pour les autres, qui sonl reçus an- plus aussi il Taisait valoir l'autorité de ces Ih ces'

dénuement eu autorité par l'Eglise, je voisaussi XLHI. Ce qu'il j a ici de plus remarquable-

l'occasionqui l'j a rendue attentive, el qu'il faut c*esl qu'il s'attacha à sout< nir la divinité du Li-

lireavec quelque circonspection, à cause de cer. vrede la Sagesse, après qu'elle lui entêté con-

tains endroits qui, mal entendus, pourraient pa- testée par les laideurs du demi-pélagianisme

raltre suspects, mais «pie leur canoniciie con- et qu'au lieu de lâcher pied, ou de répondre en

liste précisé menl en ce qu'on les lit dans l'Eglise, hésitant, il n'en parla que d'un ion plus ferme.

sans avoir dessein d'en recommander l'autorité Xl.lV. Après cela, Monsieur, pouvez-vous cire

comme inviolable; c'est de quoi saint Augustin content de votre réponse, lorsque vous «nies

ne dit pas un mot. dans votre même lettre du 24 mai 1700 2, que

XL. Et je vous prie, Monsieur, entendons de saint Augustin a parlé si terme de l'autorité de bonne foi quelle autorité saint Augustin veut la Sagesse dans la chaleur de son apologie, pendonner à ces livres : premièrement, vous auriez dant que vous voyez si clairement que ce pu nous avertir qu'au même lieu que vous allé- n'est pas ici une affaire de chaleur, mais de des. guez ' pour donner atteinte à la Sagesse el à sein et de raison, puisque ce grand homme ne VEcclésiastiquâi saint Augustin prétend si bien tait que marcher sur les principes qu'il avait touque ces livres sont prophétiques, qu'il en rap. jours soutenus, et dans lesquels il s'affermissait porte deux prophéties très-claires et très-exprès, tons les jours, comme on fait dans les vérités ses; l'une, de la passion du Fils de Dieu; l'an, bien entendues?

tre, de la conversion des gentils. Je n'ai pas be- XLV. Vous remarquez qu'il n'a pas dit que

soin de les citer; elles sont connues, et il me ce livre fût égal aux autres, ce qu'il aurait fallu

suffit de l'aire voir que ce l'ère, bien éloigné de dire s'il eût élé des sentiments tridenlins. Mais

mettre leur canonicité en ce qu'on leslisaitdans ne voit-on pas l'équivalent dans les paroles où

l'Eglise, comprenait au contraire, que, de tout il inculque avec tant de force qu'on lait injure à

temps, comme il le remarque, on les lisait dans ce livre lorsqu'on lui conteste son autorité, puis-

l'Eglise, à cause qu'on les y avait regardés qu'il a été écouté comme un témoignage divin ?

comme prophétiques. Rapportons ces propres paioles: « On a cru, »

XL1. Venons à l'usage qu'il fait de ces livres, dit-il 3, « qu'on n'y écoutait autre chose qu'un

puisque c'est la meilleure preuve du sentiment témoignage divin, » sans qu'il y eût rien d'hu-

qu'il en avait. Ce n'est pas pour une fois seule- main mêlé dedans. Mais encore, qui en avait

ment, mais par une coutume invariable, qu'il cette croyance? les évoques et tous les chrétiens,

les emploie pour confirmer les vérités révélées jusqu'au dernier rang des laïques, pénitents et

de Dieu et nécessaires au salut, par autorité in- catéchumènes. On eut induit les derniers à er-

faillihle. Nous avons vu son allégation du Li- reur, si on leur eût donn< comme purement di-

vre de la Sagesse. Ha cité avec le même respect vin ce qui n'était pas dicté par le Saint-Esprit,

Y Ecclésiastique, pour établir le dogme impor- et si l'on eût fait de l'autorité divine de ce livre

tant du libre arbitre, et il fait marcher ce livre comme une partie du Catéchisme. Après cela,

indistinctement comme Moïse elles Proverbes de Monsieur, permettez que je vous demande si

Salomon, avec cet éloge commun à la tète s c'est là ce que disent les protestants; et si vous

« Dieu nous a révélé, par ses Ecritures, qu'il pouvez concilier l'autorité de ces livres, pure-

faut croire le libre arbitre; et je vais vous repré- ment ecclésiastique et humaine, et nullement

senter ce qu'il en a révélé par la parole, non des infaillible, que vous leur donnez, avec celle d'un

1 De gratia et lib. arbtt., c. 2, n. 2, t. X. — 2 NUHl. 103.— 3 Aug,

' De civil. 1. xvm, c. 20, sup. De prauest. sanct., cap. 14, ubi supra.

gtémoinage divin, unanimement reconnu par tous les ordres de l'Eglise, que saint Augustin leur attribue. C'est ici que j'espère tout de votre candeur, sans m'expliquer davantage.

XL VI. En un mot, saint Augustin ayant distingué, comme on a vu ci-dessus *, aussi clairement qu'il a fait, la déférence qu'il rend aux auteurs qu'il appelle ecclésiastiques, ecclesiastici tract a tores, et celle qu'il a pour les auteurs des Ecritures canoniques, en ce qu'il regarde les uns comme capables d^errer, et les autres non: dès qu'il met ces livres au-dessus des auteurs ecclésiastiques, et qu'il ajoute que ce n'est pas lui qui leur a donné ce rang , » mais les docteurs les plus proches du temps des apôtres, « temporibus proximi apostolorum ecclesiastici tractatores, il est plus clair que le jour qu'il ne leur peut donner d'autre autorité que celle qui est supérieure atout entendement humain, c'est-à-dire toute divine et absolument infaillible.

XLYJI. Vous pouvez voir ici, encore une fois, ce qui a été démontré ci-dessus 2, combien vous vous éloignez de la vérité, en nous disant qu'en ce temps le Livre de la Sagesse et les autres étaient mis simplement au rang des livres ecclésiastiques ; puisque vous voyez si clairement saint Augustin, auteur de ce temps, les élever au-dessus de tous les livres ecclésiastiques, jusqu'au point ne n'y écouter qu'un témoignage divin ; ce que ce Père n'a dit ni pu dire d'aucun de ceux qu'il appelle ecclésiastiques, à l'autorité desquels il ne se croit pas obligé de céder.

XL VIII. Quand vous dites, dans votre même lettre du 24 mai 1700 3, qu'il reconnaît dans ces livres seulement l'autorité de l'Eglise, et nullement celle d'une révélation divine, peut-être n'auriéz-vous point regardé ces deux autorités comme opposées l'une à l'autre, si vous aviez considéré que le principe perpétuel de saint Augustin est de reconnaître sur les Ecritures l'autorité de l'Eglise, comme la marque certaine de la révélation, jusqu'à dire, comme vous savez aussi bien que moi, qu'il ne croirait pas à l'Evangile, si l'autorité de l'Eglise catholique ne l'y portait 4.

XLIX. Que s'il a dit souvent avec tout cela, comme vous l'avez remarqué, qu'on ne cite pas ces livres que les Hébreux n'ont pas reçus dans leur canon, avec la même force que ceux dont personne n'a jamais douté, j'en dirai bien autant moi-même, et je n'ai pas feint d'avouer que les livres du premier canon sont, en effet, encore aujourd'hui cités par les Catholiques avec

plus de force et de conviction; parce qu'ils ne sont contestés ni par les Juifs, ni par aucun Chrétien, orthodoxe ou non, ni enfin par qui que ce soit : ce qui ne convient pas aux autres. Mais si vous concluez de là que ces livres ne sont donc pas véritablement canoniques, les regardant en euxmêmes, vous vous sentirez forcé, malgré vous, à rejeter la parfaite canonicité de Y Apocalypse et de YEpUre aux Hébreux, sous prétexte qu'on n'a pas toujours également produit ces divins livres comme canoniques.

L. Puisque vous appuyez tant sur l'autorité de saint Jérôme, voulez-vous que nous prenions au pied de la lettre ce qu'il dit si positivement en plusieurs endroits? « Que la coutume des Latins ne reçoit pas YEpUre aux Hébreux parmi les Ecritures canoniques: » Lalina consuetudo inter canonicas Scripturas non recipit l ? A la rigueur le discours ne sera pas véritable. Le torrent des Pères latins comme des grecs cite YEpUre aux Hébreux comme canonique, dès le temps de saint Jérôme et auparavant. Faudra-t-il donc démentir un fait constant ? ou plutôt ne faudrat-il pas réduire à un sens tempéré l'exagération de saint Jérôme ? Venons à quelque chose de plus précis. Quand saint Augustin, quand les autres Pères, et ce qu'il ya de plus fort, quand les Papes et les conciles ont reçu authenliquement ces livres pour canoniques, saint Jérôme avait déjà écrit qu'ils n'étaient pas propres, en matière contentieuse, à confirmer les dogmes de la foi ; mais l'Eglise, qui dans le fait voyait en tant d'autres, les plus anciens, les plus éminents en doctrine, et en si grand nombre, une pratique contraire, n'a-t-elle pas pu expliquer bénignement saint Jérôme, en reconnaissant dans les livres du premier canon une autorité plus universellement reconnue, et que personne ne récusait ? ce qui est vrai en un certain sens encore à présent, comme on vient de le voir, et ce que les Catholiques ne contestent pas.

LI. On pourra donc dire que le discours de saint Jérôme est recevable en ce sens, d'autant plus que ce grand homme a comme fourni une réponse contre lui-même, en reconnaissant que le concile de Nicée avait compté le Livre de Judith parmi les saintes Ecritures 2, encore qu'il ne fût pas du premier canon.

LU. Vous conjecturez que ce grand concile aura cité ce livre en passant, sous le nom de sainte Ecriture, comme le même concile, à ce que vous dites, Monsieur (car je n'en ai point trouvé le passage), ou quelques autres auteurs auront cité le Pasteur, ou bien comme saint

1 >"um. 23. — - Xum. 30. — » Num. 102. — « S. Aug., Cent. i Jn Jsai. vi et xm inter E/iist. cril.; Epist. ad Dard., ton». H

epitt.fundarn-, c. 5, n. 6, t. vin. et lib. n in Zachar., tom. III. — 2 Praf. in Judith., tom. I.

Page 1