‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 296 sur 313 · DEUXIÈME PART1K : CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PART1K : CORRESPONDANCE

Ambroi e a cité le IV* Livre d'Esdras. Mais je Carthage qui a inventé on institué son canon dos ▼ous laisse encore à juger si une citation de cette Ecritures, puisqu'il a mis à la tète que c'était sorte remplit la force de Pcxj ression, où l'on celui qu'jl avait trouvé de toute antiquité dans énonce que le concile de Nicée acompte le Li- l'Eglise. I! était doue de tout temps; et quand viy de Judith parmi les saintes Ecritures. Que si saint Cyprien, quand On gène, quand saint devons me demandez pourquoi donc il hésite en- ment d'Alexandrie, quand celui de Rome, car core, après un si grand témoignage, à recevoir comme les autres il a cité ces livres en autorité ; ce livre en preuve sur les dogmes de la foi, je en un mot, quand tous les autres ont concouru vous répondrai que vous avez le même intérêt aies citer comme on a vu, c'était une Impresque moi à adoucir ses paroles par nue inlerpré- sion venue des apôtres, et soutenue de leur autalinii favorable, pour ne le pas 'aire contraire à torité, comme les autres traditions non écrites, lui-même. Au surplus, je me promets de votre que vous avez paru reconnaître dans votre lettre candeur que vous m'avouerez «pie le Pa$U\ - 1 du 1er décembre t(ii'!>, comme je l'ai remarqué encore moins le /l livre d'Esdras, noniéié dans les lettres que j'écrivis en réponse. cites ni pour des points si capitaux, ni si gêné- L.V. cite doctrine doit être commune entre ralement, ni avec la même force, que les livres nous; et si vous n'v revenez entièrement, vous donl Us'agit. Nous avons remarqué Comment voyez «pie non-seulement les conciles seront Origène cite le livre du Pasteur '. Il est vrai que ébranles, mais encore «pie le canon même des saint Athanase cite quelquefois ce livre : mais il Ecritures ne demeurera pas en son entier. ne fout pas oublier comment; car au lieu qu'il Lvl. Cependant c'esl pour un canon si ancien, cite partout le Livre de la Sagesse comme l'E- si complet, et de plus venu d'une tradition imci itiiie sainte, il se contente de dire: le Pasteur, mémoriale, qu'on accuse d'innovation les Pères /e très-utile livre du Pasteur. Du moins est-il bien de Trente; au lieu qu'il faudrait louer leurvéné- Certain que jamais, m en Orient ni en Occident, ration et leur /rie [tour l'antiquité. ni «mi particulier, ni en public, on n'a compris LVII. One s'il n'y a point d'anathèmes dans ces livres dans aucun canon ou déi ombrement ces trois anciens canons, non plus que dans tous des Ecritures. Cet endroit est fort décisif pour les autres, c'est qu'on n'avait point coutume alors empêcher qu'on ne les compare avec des livres d'en appliquer à ces matières, qui ne causaient qu'on trouve dans 1rs canons si anciens et si au- point de dissension, chaque Eglise usant en paix thentiques que nous avons rapportés. cc (m'el,e avail accoutumé de lire, sans que

LUI. Vous avez vu les canons que le concile cette diversité changeât rien dans la doctrine,

de Trente a pris pour modèles. Je dirai à leur et sans préjudice de l'autorité que ces livres

avantage qu'il n'j manque aucun des livres de avaient partout, encore que tous ne les missent

l'Ancien ou du Nouveau Testament. Le Livre pasdans le canon. U suffisait à l'Eglise qu'elle se

d'Esther j trouve sa place, qu'il avait perdue fortifiât par l'usage, et que la vérité prît tous les

parmi tant de Grecs : le Nouveau Testaient y jours de plus en plus le dessus. est entier. Ainsi déjà de ce côté-là les canons <ue LV1II. Quand on vil à Trente que des livres

le concile de Trente a suivis sont sans reproche. canonisés depuis tant de siècles, non-seulement

Quand il les a adoptés, ou plutôt transcrits, il v n'étaient point admis par les protestants, mais

avait douze cents ans que toute l'Eglise d'Occi- encore en étaient repoussés le [.lus souvent avec

dent, à laquelle depuis plusieurs siècles toute la mépris et avec outrage, on crut qu'il était temps

catholicité s'est réunie, en était en possession, de les réprimer, de ramener les Catholiques qui

ces canons étaient le fruit de la tradition immé- se licenciaient, de venger les apôtres et les au-

moriale, dès les temps les plus prochains des très h. mines inspire, dont on rejetait les écrits,

apôtres, comme il parait, sans nommer les au- et de mettre lin aux dissensions par un analhème

très, par un Origène et par un saint Cyprien, éternel.

dans lequel seul on doit croire entendre tous les UX. L'Eglise est juge de cette matière comme

anciens évoques et martyrs de l'Eglise d'Afrique, des autres de la foi: c'est à elle de peser toutes

N'est-ce pas là une antiquité assez vénérahle? les raisons qui servent à éclancir la tradition, et

LIV. C'esl ici qu'il faut appliquer cette règle c'est à elle à connaître quand il est temps d'em-

tant répétée et tanteélébrée par saint Augustin 2 : plov er l'anathème qu'elle a dans sa main. • Ce qu'on ne trouve pas institué par les con- LX Au reste, je ne veux pas soupçonner que

ciles, mais reçu et établi de tout temps, ne peut ce soient vos dispositions peu tavorahles envers

venir que des apôtres. » Nous sommes précisé- les canons de Rome et d'Atnque, qui vous aient

ment dans le cas. Ce n'est point le concile de V™lé * iaier ces Eglises du nombre de celles

. sup., n. 19. - ■ Lib. iv De **,., 24, n. 3i, t. ix. que saint Augustin appelle « les plus savantes,

* les plus exactes et les plus graves : doctiores, « diligentiores, graviores : » mais je ne puis assez m'étonner que vous ayez pu entrer dans ce sentiment, Où y a-t-il une Eglise mieux instruite en toutes matières de dogmes et de discipline, que celle dont les conciles et les conférences sont le plus riche trésor de la science ecclésiastique, qui en a donné à l'Eglise les plus beaux monuments, qui a eu pour maîtres un Tertullien, un saint Cyprien, un saint Optât, tant d'autres grands hommes, et qui avait alors dans son sein la plus grande lumière de 1 Eglise, c'est-à-dire saint Augustin lui-même? Il n'y a qu'à lire ses livres: «De la doctrine chrétienne, » pour voir qu'il excellait dans la matière des Ecritures comme dans toutes les autres. Vous voulez qu'on préfère les Eglises grecques : à la bonne heure. Recevez donc Baruch et la lettre de Jérémie, avec celles qui les ont mis dans leur canon. Rendez raison pourquoi il y en a tant qui n'ont pas reçu Esther, et cessez de donner pour règle de ces Eglises le canon hébreu où elle est. Dites aussi pourquoi un si grand nombre de ces Eglises ont omis l'Apocalypse, que tout l'Occident a reçu avec tant de vénération, sans avoir jamais hésité. Et pour Rome, quand il n'y aurait autre chose que le recours qu'on a eu dès l'origine du christianisme à la foi romaine, et dans les temps dont il s'agit àlafoisde saint Anastase, de saint Innocent, de saint Célestin et des autres, c'en est assez pour lui mériter le titre que vous lui ôtez. Mais surtout on ne peut le lui disputer en cette matière, puisqu'il est de fait que tout le concile d'Afrique a recours au Pape saint Boniface II, pour confirmer le canon du même concile sur les Eci itures, comme il est expressément porté dans ce canon même ; ce qui pourtant ne se trouva pas nécessaire, parce qu'apparemment on sut bientôt ce qu'avait fait par avance saint Innocent sur ce point.

LXI. J'ai presque oublié un argument que vous mettez à la tête de votre lettre du 24 mai 1700, comme le plus fort de tous; c'est que depuis la conclusion du canon des Hébreux sous Esdras, les Juifs ne reconnaissaient plus parmi eux d'inspirations prophétiques ; ce qui même parait à l'endroit du 7e1' Livre des Machabées *,où nous lisons ces mots : « Il n'y a point eu de pa- « reille tribulalion en Israël , depuis le jour « qu'Israël a cessé d'avoir des prophètes. » Mais entendons-nous, et toute la difficulté sera levée ; Israël avait cessé d'avoir des prophètes, c'est-àdire des prophètes semblables à ceux qui paraissent aux Livres des Rois, et qui réglaient en ce temps les affaires du peuple de Dieu, avec des

1 Mach., IX, 27.

prodiges inouïs et des prédictions aussi étonnantes que continuelles, en sorte qu'on les pouvait appeler , aussi bien qu'Elie et Elisée , « les « conducteurs du char d'Israël i; » je l'avoue : des prophètes, c'est-à-dire, en général, des hommes inspirés qui aient écrit les merveilles de Dieu , et même sur l'avenir ; je ne crois pas que vous-même le prétendiez. Saint Augustin, non content de mettre les livres que vous contestez parmi les livres prophétiques, a remarqué en particulier deux célèbres prophéties dans la Sagesse et dans Y Ecclésiastique , et celle entre autres de la passion de Notre-Seigneur est aussi expresse que celles de David et d'Isaïe. S'il faut venir à Tobie, on y trouve une prophétie de la fin de la captivité, de la chute de Ninive, et delà gloire future de Jérusalem rétablie 2 , qui ravit en admiration tous les cœurs chrétiens ; et l'expression en est si prophétique, que saint Jean l'a transcrite de mot à mot dans l'Apocalypse 3. On ne doit donc pas s'étonner si saint Ambroise appelle Tobie un prophète, et son livre un livre prophétique4. C'est une chose qui tient du miracle, et qui ne peut être arrivée sans une disposition particulière de la divine Providence , que les promesses de la vie future, scellées dans les anciens livres, soient développées dans le Livre de la Sagesse et dans le martyre des Machabées, avec autant d'évidence que dans l'Evangile ; en sorte qu'on ne peut pas s'empêcher de voir qu'à mesure que les temps de Jésus-Christ approchaient, la lumière de la prédication évangélique commençait à éclater davantage par une espèce d'anticipation.

LXTI. Il est pourtant véritable que les Juifs ne purent faire un nouveau canon , non plus qu'exécuter beaucoup d'autres choses encore moins importantes , jusqu'à ce qu'il leur vînt de ces prophètes, du caractère de ceux qui réglaient tout autrefois avec une autorité manifestement divine, et c'est ce qu'on voit dans le Jer Livre des Machabées 5. Si cependant cette raison les empêchait de reconnaître ces livres par acte public, ils ne laissaient pas de les conserver précieusement. Les Chrétiens les trouvèrent entre leurs mains ; les magnifiques prophéties, les martyres éclatants et les promesses si expresses de la vie future qui faisaient partie de la grâce du nouveau Testament, les y rendirent attentifs ; on les lut, on les goûta, on y remarqua beaucoup d'endroits que Jésus-Christ même et ses apôtres semblaient avoir expressément voulu tirer de ces livres, et les avoir cités

* IV Reg., h, 12; xin, i4. — ■ Tob., xin, nv. — * Apo~., xxn, 16 et seq. — * S. Arnbr., De Tob., part, i, n. 1, t. i. — ' Mach., iv, 46; xiv, 41.

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