‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 298 sur 313 · LA NOUVELLE BIBLIOTHÈQUE DES AUTEURS ECCLÉSIASTIQUES · texte numérisé non relu

LA NOUVELLE BIBLIOTHÈQUE DES AUTEURS ECCLÉSIASTIQUES

Les erreurs contenues dans cette Bibliothèque ont paru principalement depuis la Réponse aux Remarques des Pères de Saint-Vannes, que M. Dupin a publiée ; parce qu'après avoir été averti de ses erreurs, loin de se corriger, il les a nonseulement soutenues, mais encore augmentées, comme on va voir.

Sur le péché originel.

Voici comment l'auteur rapporte lui-même sa doctrine dans sa Réponse, p. 50 : « J'ai re- « marqué touchant le péché originel, que tous a les Pères des trois premiers siècles ont re- « connu les peines et les plaies du péché d'Adam; « mais qu'ils ne semblent pas être demeurés « d'accord que les enfants naquissent dans le « péché et dignes de la damnation; que c'était a cependant le sentiment commun, comme il a parait par saint Cyprien. J'ai dit encore, en a parlant de saint Cyprien, qu'il est le premier « qui ait parlé bien clairement sur le péché ori- « ginel l . »

Voilà en effet ce qu'avait écrit notre auteur dans son Abrégé de la Doctrine 2, et par là il renverse manifestement la tradition du péché originel.

Selon lui 3, la véritable tradition de l'Eglise est celle que décrit Vincent de Lérins : Quod ubique, quod semper, quod ab omnibus. Or est-il que, selon lui-même, la tradition du péché originel n'est pas de cette nature, puisque les Pères des premiers siècles n'en demeuraient pas d'accord ; par conséquent il n'y a point de véritable tradition sur le péché originel.

Si l'on disait, avec les sociniens, que les anciens nient la divinité de Jésus-Christ, ou du moins, qu'ils n'en demeurent pas d'accord, on ne serait pas souffert, parce qu'on renverserait la tradition d'un article si nécessaire; on ne doit pas non plus souffrir ceux qui disent qu'on a nié le péché originel, ou qu'on n'en est pas demeuré d'accord, puisque la tradition de l'article du péché originel, sans laquelle on n'entendrait

1 Voy. Suppl. in Psal., tom. i. — 2 Bibliolh., tom. I, p. 611 de la première édition. — 3 Rép., p. 144.

pas que Jésus-Christ est Sauveur, ne doit non plus être affaiblie que celle de sa divinité.

Cela se confirme encore, parce que l'auteur ayant rapporté divers sentiments de l'antiquité sur le divorce pour cause d'adultère, conclut de cette diversité de sentiments, qu'il n'y a point sur cela de tradition apostolique. Or estil qu'il prétend montrer la même chose, ou une plus grande diversité de sentiments dans la matière du péché originel * ; il ne laisse donc plus aucun lieu à la tradition apostolique de ce dogme.

L'auteur demeure d'accord « qu'il y a quel- « ques erreurs assez communes dans les prête miers siècles de l'Eglise, qui depuis ont été « rejetées; mais qu'elles ne concernent pas les « principaux articles de notre foi 2. » Il en est de même du doute que de l'erreur, et l'Eglise n'a non plus douté qu'erré sur ces principaux articles. Si donc on avait douté du péché originel, et que les « Pères n'en fussent pas dcineu- « rés d'accord, » comme l'assure notre auteur, il s'ensuivrait que cet article ne serait pas un des principaux.

Il est vrai que notre auteur dit, en parlant du dogme du péché originel, « que c'était le sentice ment de l'Eglise, comme il paraît par saint « Cyprien 3; » mais il explique lui-même, en rapportant ce passage, « que c'était le sentiment « commun et la doctrine commune; » et c'est ce qui le condamne, parce que, pour exprimer un dogme certain et une tradition constante, ce n'est pas assez de dire que c'était le sentiment commun et la doctrine commune, si l'on ne tranche le mot, que c'était constamment la foi

1 Rép. aux Rem., p. 75, 7G. — 2 Abrégé de la doctrine, tom. i, p. 606. — 3 Ibid., tom. I, p. 611. Rép. avx Rem., p. 50.

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