MÉMOIRES SUR LA BIBLIOTHÈQUE DES AUTEUBS ECCLÉSIASTIQUES
de l'Eglise : ce que l'auteur a toujours évité do dire; et, bien loin de le croire, il a osédirecque a saint Cyprienestle premier qui ail parié bien a clairement du péché originel et de la nécesa cité de la grâce de Jésus-Christ*. «Ce qui rend sa faute plus grande, c'est que, après avoir été averti de son erreur par les Pères de Saint- Vannes, non-seulement il persiste, mais encore il enchéri! dessus, puisqu'on discutant l'affaire dans le détail, il ne donne à un dogme si important aucun auteur qui soit clair, avant saint Cyptien; et quant à ceux qu'on produit pour le soutenir, non content d'élu. 1er le témoignage des uns, comme de saint Justin et de saint [renée, il compte les autres pour contraires, com ne Terlullien, Origène el sainl Clémenl d'Alexandrie. C'est ce qu'il s'efforce de prouver depuis la page 80 jusqu'à la 60 de sa Réponse aux Remarques. Aiii^i, [a foi du péché originel n'est qu'un sentiment commun, une doctrine commune
Au temps de s.iiul (Aprien; et devant, ce n'esl
qu'obscurité et incertitude dans quelques auteurs et opi osition manifeste dans la plus grande partie. Voilàà quoi se réduit la tradition du péché origine] selon notre auteur.
Kl ce qui marque l'excès de sa prévention contre la doctrine catholique, c'est qu'il n'y a en ce point aucune difficulté , ni aucune partie de la tradition qui suit plus claire que celle-ci, ci ie on le fera ?oir par un mémoire particulier : de sorte que s'en éloigner, c'est vouloir gratuitement favoriser les hérétiques. Ainsi, on n'a pas pu B'empêcher de s'élever contre lui, surtout après qu'on a mi, par sa Réponse, nonseulement qu'il persistait dans son erreur, mais encore qu'il insultait à ceux qui l'en reprenaient, et s'emportait à de plus grands excès-
Sur le purgatoire.
DansYAbrégédela discipline*, noire auteur e>t tombé dans plusieurs fautes. C'en est une assez considérable d'avoir dit généralement, « qu'on ne donnait pas le nom d'autel à la • tahle sur laquelle on célébrait l'Euchaiïs- « tie.3 » C'est une prévention qui n'a pu venir à notre auteur que du langage des hérétiques, le contraire paraissant partout, et surtout dans Saint Cyprien , à toutes les pages.
La tante de notre auteur est encore plus grande, lorsqu'après avoir parlé de la discipline comme d'une « chose variable selon les temps « et les lieux4, » à l'opposite de la loi, qui ne varie jamais, il range parmi ces articles de discipline véritable, « qu'on priait pour les morts,
> Tom. i, sur S. Cyprien. — * Tom. i, p. 613. — 3 Ibid., p. C25. — * Ibid., p. 618.
«qu'on faisait des oblations pour eux, qu'on «célébrait le sacrifice delà Messe en leur mé- « moire, qu'on priait les saints, et qu'on était « persuadé qu'ils priaient Dieu pour les vivants'.» comme si toutes ces choses étaient d'une discipline variable et indifférente.
.Mais ce qu'il j a de plus remarquable, c'es d'avoir entièrement passé sous silence la doctrine du purgatoire; et au lieu de dire qu'on offrait le sacrifice pour le soulagement des morts , d'avoir air. été de dire qu' « on célébrait « le sacrifice en leur mémoire, » qui est la façon de parler de saint Augustin et de l'Eglise dans les Messes des marlj rs et des saints, mais qui ne suiiii point du tout pour les autres morts.
Ce qui est encore plus mauvais, c'est que les Pères de Saint- Vannes ayanl relevé une affectation si grossière, M. Dupin leur a dit pour toute réponse, «qu'à la vérité il n'a point parlé du « purgatoire, parce qu'en effet on n'en trouva « rien positivemenl dans les Pères des trois pre- « miers siècles a ; » de sorte qu'en cet endroit I;» tradition de l'Eglise demeure défectueuseci les hérétiques ont cet avantage, (pie les passages allégués par tous nos docteurs, pour leur prouver le soulagement des Ames, ce qui ne diffère point du purgatoire, sont, non-seulement abandonnés, mais encore combattus par .M. Dupin.
Sur /es livres canoniques.
Notre auteur, sur ce sujet, ne diffère en rien du tout des ca vinistes. Dans son Abrégé de la doctrine8, il oit aussi décisivement et aussi crûment qu'eux , que les /'ères des trois premiers siècles n'ont point reconnu d'autres livres canoniques de V Ancien Testament, que ceux qui étaient dans le Canon des lléhreux.
Pour montrer qu'ils en avaient reconnu d'autres, les Catholiques ont produit, entre autres choses, le témoignage d'Origène sut l'histoire de Suzanne, dans Y E filtre à Julius \ A fricanus; mais notre auteur leur préfère le ministre Vestemius qui dit t\u Or t'aène a défendu la vérité de cette histoire, sans assurer pourtant qu'elle fût canonique. Il veut comme lui, un passage formel où Origène ait dit qu'elle est canonique*, comme si ce n'était pas le dire assez, que de dire, comme fait ce Père. qu'elle est une véritable partie d'un livre prophétique, qu'elleestd'un auteur inspiré de Dieu, tel qu'était sans doute Daniel, et qu'en cela il faut préférer la tradition de l'Eglise chrétienne à celle des Juifs falsificateurs des livres saints.
1 Tom. i, p. 616. — ' Rép. aux Rem., p. ir, p. 61. — * Abr. de la doctr., t. I, p. 612. — • Rep. aux Rem., t. vu, p. 13.
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Les Catholiques objectent encore aux hérétiques le témoignage de saint Jérôme, qui assure que le concile de Nicée a compris le livre de Judith parmi les saintes Ecritures; mais notre auteur aime mieux en donner le démenti h saint Jérôme1, que de laisser cet avantage à. l'Eglise catholique. Sans doute il sait mieux que saint Jérôme ce qui s'est passé dans ce concile; il a en mieux vu que lui, non-seulement les livres et les canons qui nous sont restés, mais encore les autres pièces qui en sont émanées. Je ne m'amuserai pas à réfuter ses conjectures, qui sont bien faibles ; et il me suffit de faire voir le grand soin qu'il a de favoriser les hérétiques, et de désarmer l'Eglise. Malgré la décision expresse du concile de Trente, qui oblige précisément, sous peine d'anathème, à recevoir les livres de l'Ecriture sainte avec tontes leurs parties , ainsi que l'Eglise catholique a accoutumé de les lire, et qu'ils soiit contenus dans Sédition Vulgate, il rejette hardiment les derniers chapitres d'Esther ; il tâche d'ôter à l'Eglise l'avantage qu'elle peut tirer de l'autorité d'Origène, en disant qu'on prouve invinciblement qu'Origène a eu tort de croire que ces pièces étaient autrefois dans l'original2 il s'imagine se sauver par l'autorité de Sixte de Sienne3; mais il est bien plus naturel de condamner cet auteur que d'absoudre M. Dupin qui méprise si visiblement l'autorité du concile de Trente.
Enfin, on ne peut rien du tout alléguer en faveur de la tradition de l'Eglise, que notre auteur ne se soit étudié à le détruire ; ce qui me fait dire qu'il faudra examiner bien soigneusement ce qu'il donnera sur l'Ecriture sainte, puisqu'il paraît d'humeur à donner beaucoup dans le rabbinisme, et à affaiblir beaucoup les interprétations ecclésiastiques.
Je ne dois pas oublier ici, qu'encore qu'il semble dire que les livres des Machabées étaient tenus pour canoniques en Afrique du temps de saint Augustin, il ne laisse pas d'ajouter que ce Père ne les a pas crus tout à fait de la même autorité que les autres livres canoniques * ; sous prétexte que ce saint docteur a dit qu'en certains endroits il les fallait entendre sobrement ce qu'on pourrait dire aussi bien de beaucoup d'autres Ecritures canoniques comme de YEcclésiaste et du Cantique des cantiques. Dans la suite de cet endroit, notre auteur fait de nouveaux efforts pour affaiblir les témoignages anciens qui autorisent les livres que les hérétiques rejettent, jusqu'à dire que les décisions des conciles de Carthage et de Rome, et la déclaration
1 Tom. I, Dissert, prél., p. 57. • Jbi'K, p. 23. — ■ lbid., p. 31.
1 Rép. aux Rem., jp. 19. —
gardées comme obligatoires, même en Occident, où elles étaient si solennellement publiées. Personne n'ignore lé passage qu'il allègue de saint Grégoire ; mais il en fallait tirer une tout autre conséquence, plutôt que de faire révoquer en doute à ce saint Pape l'autorité de saint Innocent et de saintGélase, ses prédécesseurs, et celle de son Siège même , encore que personne n'eût réclamé contre.
Sur l'éternité des peines.
Chacun sait l'erreur des sociniens sur cette matière, et combien elle est pernicieuse, àcause qu'elle flatte les sens. Cependant notre auteur n'a pas craint de leur donner pour patrons deux saints martyrs, et deux auteurs aussi importants que saint Justin et saint Irénée l ; et cela sans nécessité , comme on va voir. Ce qu'il y a de plus mal, c'est que l'objection lui étant faite à l'égard de saint Irénée, il enchérit sur son erreur, selon sa coutume.
On lui objecte que ce saint martyr reconnaît manifestemnet que les peines des damnés sont éternelles , et il répond en ces termes : « Je l'ace voue , et saint Justin leur donne aussi ce nom, « conformément à la manière de parler de « l'Eglise ; mais cela n'empêche pas qu'ils « n'eussent leurs sentiments particuliers ; et sans « doute, -que si on leur eût demandé ce qu'ils « entendaient par des peines éternelles, ils eus- « sent répondu qu'ils entendaient des peines de « longue durée, et que le terme d'éternité se « prend souvent dans l'Ecriture pour un temps « bien long , quoiqu'il ait sa fin2. » En vérité , c'en est trop , et l'on ne peut comprendre comment un théologien, non content d'attribuer à deux martyrs les plus pernicieux sentiments des sociniens, ose encore deviner leurs pensées, pour leur faire répondre précisément ce que disent ces hérétiques.
La difficulté pourtant n'était pas grande ; car il n'y avait qu'à lire saint Irénée , qui dit en termes formels « que les biens qui viennent de Dieu sont éternels et sans fin , et que pour la même raison la perte aussi en est éternelle et sans fin ; » et il compare cette perte à l'aveuglement, qui est une privation de la lumière dans un sujet qui existe : en sorte qu'il est visible, par ce passage de saint Irénée, que la privation des biens est aussi éternelle dans les damnés que les biens mêmes sont éternels dans les justes : et le même saint dit encore « que la peine des incrédules est augmentée, et a été faite non-seulement temporelle, mais encore
1 Dissert, prél., tom. i, pag. 160. — ' Sur S. Justin et S. Irénée, tom. i, p. 161 , 197. — • Rép. aux Rem , p. 122.
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i rnelle; parce que tous ceux 2k qui le Seigneur dira ': s Allez aux feux éternels, » seront toujours damnés, comme ceux à qui il dira: « Venez, les bénis de mon Père2, » etc., recevront le royaume el j profiteront toujours. » Soit qu'il veuille dire que leur félicité aura un accroissement perpétuel, ou que le terme pecficiint ait un autre sons dont il ne s'agit pas ici. c'est assez qu'il paraisse clairement que le toujours et Y éternité des méchants est égal au toujours et à V éternel des lions : or, esl-il que l'éternité promise aux bons, constamment et de l'aveu même des sociniens, est une éternité véritable, et non pas seulement lin long temps: donc l'éternité malheureuse n'est pas un long temps . mais une éternité véritable.
Cel argument n'a point de réplique; et saint [renée inculque tellement ces mêmes choses, el dans cel endroit et dans beaucoup d'autres, qu'il ne serait pas possible d'\ résister, pour peu qu'on eût lu avec attention les livres de ce grand homme. Mais les critiques de noire temps n'appuient que sur les endroits qui leur peuvent donner occasion de se distinguer des autres par des sentiments particuliers.
11 n'eût pas été plus difficile de trouver la même doctrine dans saint Justin, puisque non content d'attribuer une infinité de fois l'éternité au feu d'enfer, avec autant de force qu'à la vie lutine, U en Eût expressément la comparaison, en disant que « Dion revêtira les justes d'incorruptibilité, et enverra les injustes avec les mauvais esprits, dans un l'eu éternel, avec un perpétuel sentiment3, a onde leurs misères ou du remords de leur conscience; ce qu'il prouve par ces paroles de l'Evangile :« Leur ver ne cessera point, et « leur feu ne s'éteindra point4. » 11 dit aussi dans un autre endroit :> « (pie Dieu donnera un rojaume éternel aux saints, et qu'il enverra tous les infidèles dans la damnation d'un l'eu qui ne s'éteindra jamais. » Il parait donc qu'il entend de même l'éternité de renier que celle du royaume céleste ; par conséquent qu'il entend une éternité véritable et proprement dite : ce qui n'empêche pourtant pas que dans les mêmes endroits il ne dise que « les méchants ne seront « plus, » contormément aux passages de l'Ecriture, où il est dit que « les impies ne ressuscite- « ront pas, ne seront pas, seront dissipés, anéan- « tis; » parce qu'on ne doit pas réputer être ou vivre, un état aussi malheureux que le leur, et aussi éloigné de la véritable vie, qui est Dieu.
Par ce moyen, ou par d'autres qu'on y pourrait joindre, il serait aisé de répondre aux paro-
■ h , xxv, 41. - 2 Mi., 34. — 3 Apol., ii, p. 87. — « Mare,, îx, 43. — s DM. cum Tryph., p. 349.
los de saint Justin qui font la difficulté. M. Dupin n'a pas voulu considérer ces passages, qui (ont voir, plus clair que le jour, que l'éternité que ce saint attribue aux peines, marque quelque chose de plus qu'un long temps. Mais il en avail assez vu pour mieux dire qu'il n'a dit, s'il n'avait été provenu en laveur de la solution socinienne ; car il a lui-même produit un passage oh saint Justin dit: « que les peinesdes méchants ne dureront pas seulement mille ans, comme celles dont parle Platon, mais qu'elles seront éternelles1. » Ainsi, le mot étemel est visiblement opposé, non à un long temps, car le temps de mille ans, que saint Justin exclut, est assez long; mais, comme parle notre auteur3, « il est opposé aux peines qui doivent finir un jour. » S'il tant donner dis explications à des passaqui semblent contraires, il vaut bien mieux «pie ce soit en laveur de la foi qu'en faveur de l'hérésie socinienne; d'autant plus que les passages qui concilient à I éternité des peines sont constamment plus précis et plus nombreux que l«s autres. Mais la théologie de notre auteur est si faible qu'il méprise, dans sa Réponse aux liemarques, la solution dont il avail lui-même posé les principes dans sa Bibliothèque, et il va de mal en pis.
Sur lavénération des saints et de leurs reliques.
Je ne sais quel plaisir a pris M. Dupin à dire 3 « que dans le VIe siècle on n'entendait parler « que de miracles, de visions et d'apparitions; a qu'on poussait la vénération qu'on doit aux « saints et à leurs reliques au delà dos justes « bornes, et qu'on faisait un capital de cérémoa nies fort indifférentes. » A quoi bon cette téméraire censure, qui ne tend qu'à faire croire aux hérétiques qu'ils sont bien autorisés à se moquer des Catholiques et de l'Eglise de ce temps-là, et à dire, comme ils font, que la corruption a commencé de bonne heure ? au lieu qu'il est aisé de démontrer qu'on ne trouve rien au VIe siècle sur les visions, sur les miracles, sur les saints et sur les reliques, qui ne paraisse avec la même force dans le IVe et dans le Ve.
Sur l'adoration de la croix.
Il assure formellement dans sa Réponse * qu'elle était rejetée aux trois premiers siècles, et il donne gain de cause aux protestants contre les du Perron et les Bellarmin.
Sur la grâce.
Nous avons déjà vu un passage de notre auteur, qui dit que « saint Cyprien est le premier qui
» Apol., n, p. 57. — ' Bibl., tom. i, p. 167. — *"Dans son Avertissement du tom. y. — * Pag. 126, 127.
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« ait parlé bien clairement du péché originel et a de la nécessité de la grâce de Jésus-Christ L »
Pourquoi rendre obscure la tradition de la nécessité de la grâce, aussi bien que celle du péché originel; puisqu'il est aisé de montrer, dans les autres Pères, plusieurs passages aussi exprès que ceux de saint Cyprien sur cette matière ? M. Dupin doit avouer de bonne foi que ces sortes de décisions, qui semblent faites pour marquer beaucoup de connaissance de l'antiquité, étaient fort peu nécessaires, comme elles sont d'ailleurs fort précipitées.
Sur la foi de ce seul passage de M. Dupin, on pourrait croire, sans lui faire tort, qu'il n'est pas fort favorable à la doctrine de la grâce. Mais ce qu'il dit de Fauste de Riez 2 fait encore mieux voir son sentiment ; puisqu'il excuse la doctrine de cet évèque,manifestement semi-pélagien, s'il en fut jamais, sans se mettre en peine qu'il ait été condamné par les papes saint Gélase et saint Hormisdas. Ce que dit M. Dupin sur saint Augustin, dans le même endroit, est encore plus considérable ; car il le fait passer pour un homme « qui a débité des sentiments si peu communs « avant son temps, qu'il avoue lui-même qu'il a ne les avait pas bien connus avant que d'être « tout à fait engagé dans la dispute 3 . » Or, ces sentiments que saint Augustin avoue qu' « il « n'avait pas encore bien connus, » c'était, comme il le dit lui-même, que tout le bien qui était en nous venait de la grâce, depuis le premier commencement jusqu'à la fin, ce qui l'avait fait tomber insensiblement dans les erreurs des demi-pélagiens. Ainsi, selon M. Dupin, l'ancien sentiment que saint Augustin avait suivi avec tous les autres Pères, était le semi-pélagianisme. C'est pourquoi il ne faut pas s'étonner que notre auteur mette une sorte d'égalité entre saint Prosper et ceux contre qui il dispute, c'està-dire les marseillais et les autres semi-pélagiens. C'est ce qui lui fait aussi passer si doucement les opinions, comme il les appelle4, et à vrai dire, les erreurs de Cassien, dont il ne dit autre chose sinon que ses sentiments étaient contraires, ou semblaient l'être, aux sentiments de saint Augustin; sans dire, comme il devait, qu'ils étaient contraires à la foi catholique. Aussi parle-t-il partout très-faiblement de la grâce ; et il croit avoir satisfait à tout ce qu'il doit, lorsqu'il en reconnaît la nécessité pour être sauvée. Mais il sait bien que les semi-pélagiensne niaient pas cette nécessité, et que, pour sortir de l'hérésie semi-pélagienne, il ne suffit pas de dire que la grâce est nécessaire ; qu'il faut dire de plus à
' Tom- 1, p. 475. — 2 Part. H, du tom. m, p. 681 et suiv. — * Tom. m, part, ir, p. 592, 593. — * IOid. — » ÎOid.
quoi elle est nécessaire, et spécifier qu'elle l'est pour le commencement comme pour la consommation de la piété. M. Dupin a affecté de ne pas le dire, comme nous le verrons en parlant de ce qu'il a dit de saint Augustin. On sait d'où vient celte tradilion de nos docteurs modernes, et de qui ils ont appris à préférer les demi-pélagiens à saint Augustin, et leur doctrine à la sienne.
Sur le Pape et les évêques.
Dans Y Abrégé de la discipline1 , notre auteur n'attribue autre chose au Pape sinon que l'Eglise romaine, fondée par les apôtres saint Pierre et saint Paul, soit considérée comme la première ; et son évoque comme le premier entre tous les évêques, sans attribuer au Pape aucune juridiction sur eux, ni dire le moindre mot de l'institution divine de sa primauté : au contraire il met cet article au rang de la discipline, qu'il dit lui-même être variable. Il ne parle pas mieux des évêques ; et il se contente de dire que « l'évèque est au-dessus des prêtres 2, » sans dire qu'il y ait de droit divin. Ces grands critiques sont peu favorables aux supériorités ecclésiastiques, et n'aiment guère plus celle des évêques que celle du Pape.
L'auteur tâche d'ùter toutes les marques de l'autorité du Pape dans les passages où elle paraît 3, comme dans deux lettres célèbres de saint Cyprien, l'une au pape saint Etienne, sur Marcien d'Arles, l'autre aux Espagnols, sur Basilide et Martial, évêques déposés. Si nous en croyons M. Dupin, saint Cyprien ne demandait au Pape, contre un évêque sclnsmatique « que de faire la « même chose que saint Cyprien pouvait faire « lui-même ; » comme si leur autorité eût été égale.
La manière dont il se défend de l'objection que ses censeurs lui ont faite sur ce sujet, tend encore plus à établir cette égalité. Car après avoir dit « que tout évêque pouvait se séparer « de la communion d'un autre évêque qu'il « croyait dans l'erreur, et indigne de sa com- « inunion et de celle de l'Eglise 4, » il ajoute a qu'Etienne et saint Cyprien pouvaient bien « déclarer Marcien excommunié, et se séparer a d'avec lui; mais que ce n'était pas à eux à le a déposer, » etc. C'est clairement égaler le pouvoir de saint Cyprien à celui du Pape. Car, d'abord, le droit d'excommunier quelque évêque que ce soit, leur est commun : quant au droit de déposer les évêques, il est bien certain que le Pape ne le faisait pas par lui-même; mais il pouvait exciter la diligence des évêques qui étaient
* Abr. de la discipl., tom. i, p. 620. — * Ibid., p. 619. — * Bibl., 1. 1, p. 418, 438, 483. — ' Rép. aux Rem., p. 189.
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les juges naturels, avec une autorité et une supériorité que nul autre évoque o'avait. Cependant L'auteur met une entière égalité entre saint une el s;iint Cyprien, et il ne reste au Pape qu'une préséance.
La réponse que rait notre auteur sur la Lettre an clergé et au peuple d'Espagne, n'établit pas moins la parfaite égalité de tous les évêqui Bj puisqu'il dit « que si le Pape saint Etienne avait « donné son suffrage en faveur de Basilide, « qu'on avait déposé, ou qu'il eût rendu une u sentence pour lui, les évoques d'Espagne « taisaient bien de se précautionner et de se « munir contre ce qu'il avait fait, en consultant a les évéques d'Afrique pour opposer leur aulo- <c rite à celle de l'évoque de Rome '. »
l ne des plus belles prérogatives de la chaire de saint Pierre est d'être la chaire de saint Pierre, la chaire principale OÙ tOUS les fidèles doivent garder l'unité, et, comme l'appelle saint Cyprien, la source de l'unité sacerdotale. C'est une des marques de l'Eglise catholique divinement expliquée par sainl Optât; et personne n'ignore le beau passade OÙ il en montre la perpétuité dans la succession des Papes. Mais si nous en croyons M. Dupin, il n'j a rien là pour le Pape plus tpie pour les autres évéques, puisqu'il prêtent que la chaire principale \ dont il est parlé» n'est pas en particulier la chaire romaine que saint Optât nomme expressément, mais la succeesion des évéques: comme si celle des Papes, singulièrement rapportée par saint Optai et les autres Pères, comme elle l'avait clé par saint lié. née, n'avait rien de particulier pour établir l'uni té de l'Eglise catholique. 11 ôle même de la traduction du passage de saint Optât, ce qui marque expressément que cette chaire unique, dont il parle, est attribuée en particulier à ses successeurs, même par opposition aux autres Apôtres. Cette objection lui est faite par les Pères de Saint-Vannes 3 : il garde le silence làdessus, et quelques avis qu'on lui donne, l'on voit bien qu'il est résolu de ne pas donner plus au Pape qu'il n'avait t'ait. C'est le génie de nos critiques modernes de trouver grossiers ceux qui reconnaissent dans la ; apauté une autorité supérieure établie de droit divin. Lorsqu'on la reconnaît avec toute l'antiquité, c'est qu'on veut flatter Rome et se la rendre favorable, comme notre auteur le reproche à son censeur 4. Tuais s'il ne faut pas flatter Rome, il ne faut non plus lui rendre odieuse, aussi bien qu'aux autres Catholiques, l'ancienne doctrine de France, en
» Rép. aux Remarques, p. 187. — * Tom. n, p. 331. — ' Remarques, p. 26». — ' Réponse aux Remarques, p. 188.
ôtant au Pape cequi lui appartient légitimement el en outrant tout contre lui.
Sur le Carême.
11 affaiblit la tradition du jeune de quarante jours <pie les docteurs catholiques ont soutenue comme apostolique, par tant de beaux témoignages des anciens Pères, et il trouve plus probable V observation de M. Bigautt », qui prétend qu'on adonné ce nom de Carême ou de quarantaine au jeune solennel des Chrétiens, non à cause qu'on jeûnait quarante jours, comme tous les Catholiques l'ont cru, mais à cause du jeûne de quarante jours de Jésus-Christ. Ainsi on appellera Carims le jeûne des Quatre-Temps et celui des Vigiles, avec autant île raison que celui du Carême, puisipie c'est toujours une imitation du jeune de Jésus Christ. Au reste il n'y a rien de moins fondé sur le langage des Pères (piécette observation de M. Rigault, le moins théologien de tous les hommes; mais c'était u\\ critique, et un critique licencieux dans ses sentiments, pour ne rien dire de plus : c'est un litre pour élre préféré.
Sur le divorce.
Notre auteur parle tort mal de l'indissolubilité du mariage, même pour cause d'adultère. Car d'abord il abuse d'un passage de saint Justin, pour prouver (pie la retraite d'une femme chrétienne d'avec son mari supposait la liberté de se remarier*; de quoi saint Justin ne dit pas un mot La femme n'était pas même dans le cas, puisipie la cause de la retraite n'était pas l'adultère du mari, «jui est le cas dont il s'agit, mais l'abus qu'il faisait du mariage : de sorte que cet exemple, que M. Dupin pose comme un fondement, ne fait rien à la question. Pour parler équitablement de cette matière, il fallaitdireque l'esprit de l'Eglise a toujours été de promettre la séparation pour cause d'adultère, mais non pas de se remarier. Saint Clément d'Alexandrie en est un bon témoin, quand il dit 3 « que l'Ecriture ne permet pas aux mariés de se séparer, et qu'elle établit cette loi : « Vous ne quitterez o [ int votre tenu e, si ce n'est pour adultère;» mai, quelle croit q e c'est adultère, à ceux qui sont séparés, de se remarier tant que l'un des deux est en vie. » Ce seul passage suffirait pour faire voir à M. Dupin que, contre sa pensée, on distinguait dès ce temps-là la liberté de se séparer d'avec celle d'épouser une autre femme.
Sur le célibat des clercs.
Il faut aussi rappo ter un correctif à ce que
» RSp. aux Remarques, p. 82. — « Air. de la discipline, P- 618; Réponse aux Remarques, p. 71; Just. ApoL 1, au comm.- Strom., lib. II, p. 424.
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dit noire auteur sur le mariage des prêtres et des diacres *. Il est fâcheux qu'en tout et partout on le trouve si peu favorable aux règles et aux pratiques de l'Eglise.
Sur les Pères et la tradition, et premièi*ementsur saint Justin et saint Irénée.
C'est l'esprit de la nouvelle critique de parler peu respectueusement des Pères et d'avoir beaucoup de pente à les critiquer. Cet esprit est répandu dans la Nouvelle bibliothèque. On a vu ce qu'elle dit sur saint Justin et saint Irénée, et la doctrine impie qu'elle impute, sans raison, à ces deux auteurs. Voici en particulier, sous le nom de Photius, une critique assez rigoureuse de leurs écrits. Photius accuse saint Justin de n'avoir point l'agrément d'un discours éloquent 2 ; M. Dupin ajoute du sien, que « ce ca- « ractère parait dans tous ses ouvrages, qui sont « extrêmement pleins de citations et de passa- « ges, tant de l'Ecriture que des auteurs profa- « nés, sans beaucoup d'ordre et sans aucun 01- « nement 3. » On pourrait dire à notre critique qu'il y a dans le Dialogue avec Tryphon, par exemple, plus d'ordre et plus de méthode qu'il ne paraît y en avoir senti, s'il compte pour agrément une belle et noble simplicité. Que saint Justin y cite beaucoup de passages de l'Ecriture, ce n'est pas là un défau t dans un ouvrage dont ces passages devaient faire le fond; et l'ornement naturel qui convient à un tel traité consiste presque tout dans la netteté qui ne manque point dans cet ouvrage. Cela, dans le fond, est peu de chose : et je ne le dis que pour avertir M. Dupin qu'il pouvait se dispenser d'interposer sur les autres son jugement, que personne ne lui demandait. Mais ce qu'il dit de saint Irénée, sous le nom du même Photius, n'est pas supportable. Voici ses paroles 4 : « Le « savant Photius a raison de reprendre en lui « un défaut qui lui est commun avec beaucoup « d'autres anciens : c'est qu'il affaiblit et qu'il « obscurcit, pour ainsi dire, les plus certaines « vérités de la religion par des raisons peu so- « lides. » Il devait avoir remarqué que Photius ne dit point cela des ouvrages qui nous sont restés de saint Irénée, c'est-à-dire de ses cinq livres de Hérésies, qui, en effet, sont trop forts et peuvent trop bien mériter la critique de Phosius. Et ce qui fait voir clairement que ce n'est pas sur ces livresque Photius exerce sa critique, c'est qu'après en avoir fait un très-court sommaire, il ajoute 5 : « Il court plusieurs autres « écrits de toutes les sortes, et des lettres du même
1 Abrég. de la dise, t. I, p. 621. — * Phot., Bibl. cod. 126. — » Tom. i,p. 160. — * Tom. i, p. 199. — > Pliai, cod. 120.
a saint Irénée, encore que la vérité exacte des « dogmes ecclésiastiques y soit corrumpue, » ou, pour mieux traduire, « falsifiée par des arguments bâtards, » c'est-à-dire faux, mauvais et étrangers à la doctrine chrétienne. On voit donc, premièrement, que Photius ne parle en aucune sorte des écrits qui nous restent de saint Irénée, qui sont les cinq livres des Hérésies, mais de quelques autres ouvrages de ce Père ; secondement, qu'il ne dit point que ces écrits et ces lettres soient de lui, mais qu'ils courent sous « son nom. Aussi, en troisième lieu, ne secontente-t-il pas de dire, comme l'a traduit M. Dupin qu'il affaiblit et qu'il obscurcit, en quelque sor « te, les plus certaines vérités de la religion par « des raisons peu solides » (car c'est la traduction de M. Dupin prise en partie sur le latin, et sans avoir lu le grec) ; mais Photius dit que dans ses écrits, autres que ceux que nous avons de saint Irénée l'exacte vérité des dogmes est falsifiée, xtê^y;>.eÛ£Tat, par des arguments étrangers h. la doctrine chrétienne : ce qui est une faute que ni Photius ni aucun au Ire auteur n'on imputée à saint Irénée.
Il est donc plus clair que le jour que la censure de Photius ne tombe pas sur les cinq livres des Hérésies : elle ne tombe pas non plus sur une lettre et deux ou trois pages que nous avons de fragments de saint Irénée, où constamment il n'y a rien que de très-beau. Ainsi, elle tombe visiblement sur des écrits attribués à saint Irénée que M. Dupin n'a pas vus, puisqu'on n'en a plus rien du tout. Et toutefois notre auteur nonseulement fait tomber cette critique sur les écrits que nous avons, mais encore il ne craint point d'ajouter que Photius a raison; et afin que saint Irénée ne soit pas le seul qu'il critique, il ajoute que « ce défaut, d'affaiblir les « vérités de la religion, lui est commun avec « beaucoup d'autres Pères; » afin qu'un lecteur ignorant enferme ce qu'il lui plaira dans cette censure générale. Voilà comment ces grands savants et ces grands critiques lisent les livres et décident des saints Pères.
Saint Léon et saint Fulgence.
Qui est-ce qui demandait à M. Dupin son sentiment sur saint Léon , dont il dit à la vérité « qu'il est exact sur les points de doctrine et « habile sur la discipline, mais qu'il n'est pas « fort fertile sur les points de morale ; qu'il les « traite assez sèchement et d'une manière qui « divertit plutôt qu'elle ne touche i ? » Qu'avait affaire son lecteur qu'on lui déprimât la morale de saint Léon, sans raison, sans nécessité, sans
» Ton», ai, part, u, p. 388.
DES AUTEURS ECCLESIASTIQUES. 737
lui dire du moins mi mot du caractère de piété « tienne, parce qu'il avait conçu de l'indigna, envers Jésus-Christ qui reluit dans tous ses ou- « tion contre la manière dont Etienne avait vrages? Mais pourquoi dire de saint Fulgence, « traité les députés de saint Cyprien. » Ainsi l'un dos plus solides et des plus graves théolo- Flrroilien, qui avait appelé du nom de Judas, giens que nous ayons, « qu'il aimait les ques- d'hérétique cl de pire qu'hérétique un Pape, qui « lions épineuses et scolastiques1? • comme s'il dans le fond a\ait raison, est pourtant, selon ce s'\ était jeté sans nécessite. A quoi il ajoute ce critique, plus excusable que lui. petit Irait de ridicule pour saint Fulgence, qu'il .Mais c'est que M. Dupin ne veut pas demeurer donnait quelquefois dans le mastique. Il ne veut d'accord que le Pape ait eu raison. C'est là sa pas que rien lui échappe ni qu'aucun Père sorte grande erreur. Car il est constant par saint Aude ses mains sans égralignures. gustin. par saint Jérôme, par Vincent de Lérins,
. . , „,. que l'Eglise universelle a suivi le sentiment de
Le Pape saint Etienne. J^, Eli(>nm> . ^ ^ Cypricn ^ ,eg ^^
M. Dupin a traité le démêlé entre le Pape de son parti, ne sont excusables qu'à cause qu'ils
saint Etienne et saint Cyprien avec un entête- ont erré avant la définition de toute l'Eglise;
ment si visible contre ce saint Pape, qu'il n'y qu'après cette décision, ceux qui ont suivi leurs
a pas moyen de le dissimuler. On pourrait re- sentiments sont hérétiques; que le décret de
marquer, d'abord, que le Pape est toujours saint Etienne était fondé sur une tradition apos-
Etienne,ei saint Cyprien est toujours saint, tolique;que ceux qui s'y opposèrent reconnu-
quoiqu'ils soient tous deux martj rs. renl eux-mêmes dans la suite que la doctrine de
Si M. Dupin voulait élever la modération de leurs ancêtres était différente de la leur, et qu'ils saint Cyprien au-dessus de celle du Pape saint y revinrent à la fin. M. Dupin dissimule tous Etienne, du moins ne devait-il pas le louer de ces faits, qui sont constants. Il dit bien, à lavéce a qu'il n'a point prétendu faire la loi au rite, que « le sentiment de saint Augustin a « Pape*. » Il ne restait plus qu'à le louer de ce depuis été embrassé par l'Eglise, » mais il ne qu'il ne l'avait pas excommunié. Il devait se veut point dire que « ce sentiment de saint Ausouvenir que saint Etienne avait droit d'agir en « gustin était, selon saint Augustin même, une supérieur, comme saint Augustin le reconnaît ; « tradition apostolique l; » que l'Eglise, par mais qu'il n'en pouvait pas être de même de conséquent, la suivait déjà avant que d'en avoir saint Cyprien. hit une expresse déclaration dans ses conciles.
D'ailleurs, il ne fallait pas dissimuler que si II veut faire croire à son lecteur « qu'on ne s'est
c'a été à saint Cyprien une marque de modéra- « point servi, dans l'Orient, de la distinction de
tion si digne d'être relevée, de n'avoir point « saint Augustin2, «c'est-à-dire de la distinc-
rompu l'unité, celte louange lui est commune tion qu'il fallait faire entre le baptême adini-
avec saint Etienne , puisque (laissant aux bancs nislré par les hérétiques avec la forme ordinaire
la dispute sur l'excommunication prononcée ou sans cette tonne. C'est néanmoins cette dis-
par le Pape) il est bien constant qu'il n'a pas tinction que saint Jérôme suit aussi bien que
poussé la ebose à bout ; et saint Augustin nous lui, et à laquelle il reconnaît que tous les adver-
apprend lui-même que la paix fut conservée de saires du Pape saint Etienne étaient enfin reve-
partet d'autre. nus. M. Dupin aime mieux dire que ceux d'Orient
M. Dupin demeure d'accord 3 que la lettre de rebaptisaient ou ne rebaptisaient pas les béréti-
Firmilien contre le Pape est fort emportée, et il ques, sans avoir aucune raison de cette diflé-
assure que ce faillie regarde point saint Cy- renec; encore qu'on put aisément la lui montrer»
prien ; mais il oublie que c'est saint Cyprien qui même dans les Pères grecs. Voilà sa théologie,
a traduit cette lettre, qui l'a publiée en Afrique; L'on peut voir combien elle est faible, pour ne
en un mot , qui l'a approuvée et comme adop- point dire erronée.
tée. La candeur et l'équité, qui doivent être in- Il s'obstine à vouloir trouver une aussi grande
séparables de la critique, devaient porter M. Du- erreur dans saint Etienne que dans saint Cy-
pin à ne pas taire ces choses, et à ne pas charger prien. On sait d'où il a pris cette critique ; mais
saint Elienne seul , comme si saint Cyprien elle est contraire à ceux qu'on vient de voir. On
n'avait excédé en rien ; encore que saint Augus- a vu par saint Augustin et les autres Pères, que
tin , qui le ménage autant qu'il peut, ne l'ait ce qu'on opposait à saint Cyprien était une tra-
pas excusé en tout. dilion apostolique. Ce n'était donc pas une er-
Loin de conserver cette équité, M. Dupin reur , qu'on opposait à une erreur, mais
trouve que « Firmilien est plus excusable qu'E- une vérité constante et ancienne. L'état de la
' Tom. iv, p. 74. — » Rép. aux Rem., p. 169. — 3 Ibid., p. 170. » Tom. I, p. 404. — 2 Ibid., p. 481.
B. Tom. IV. n
MEM0I11E SUR LA BIBLIOTHÈQUE
question, comme il est posé par Eusèbe, pat saint Augustin, par saint Jérôme, par Vincent de Lérins, par tous les autres, ne charge saint Etienne d'aucune erreur. Il n'y avait rien de plus droit ni de plus simple que le décret de ce Pape : « Qu'on ne change rien à ce qui «a été réglé par la tradition » (c'est ainsi que le traduit M. Dupin l ;) et saint Augustin ne se plaint pas que cette tradition fût fausse, puisqu'on vient de voir qu'il la tient apostolique, et qu'il se contente de dire qu'elle ne fut pas d'abord assez solidement prouvée. Ainsi saint Etienne est absous de la critique moderne par le témoignage de tous les anciens. On ne peut lui opposer que ses adversaires, qui, dans la chaleur de la dispute, ont mal pris ses sentiments. Encore Firmilien, quoi qu'en puisse dire M. Dupin, répète plusieurs fois que l'intention de ce Pape et de ceux qui lui adhéraient était d'approuver le baptême, pourvu qu'il fût conféré au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit 2. Tout cela est clair. On ne peut alléguer contre ce fait aucun auteur ancien de quelque poids, si ce n'est peut-être un inconnu, qui est l'anonyme de Rigault, dont l'esprit et le raisonnement sont si peu justes, qu'on voit bien qu'il n'est pas capable de juger cette question au préjudice du témoignage de tous les auteurs qu'on vient d'entendre.
Il est vrai que M. Dupin se veut appuyer du décret de saint Etienne, en traduisant ces paroles : A quaainqne hœresi venerit ad vos : De