‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 306 sur 313 · PREMIÈRE REMARQUE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE REMARQUE

L'habile homme, qui a fait imprimer un mémoire adressé à la Sorbonne, objecte à M. Dupin un endroit de son Histoire, où il dit trois choses sur le dogme de Nestorius 2 : la première, que « l'horreur extrême que le peuple en témoigna, « était attachée à une fausse idée; » la seconde, que « quand on connut que son erreur était plus « subtile, saint Cyrille demeura d'accord qu'il eût « mieux valu ne pas remuer cette question ; » la troisième, « qu'elle consistait autant dans les « mots que dans les choses. » Voilà trois particularités que M. Dupin nous découvre. On voit

' Hisl. du conc. de Chalc, p. 832. — 5 Mém., p. 2, Hisl. du concile d'Ephèse, p. 776, 777.

assez iù elles tendent; et il ne reste qu'à exanii- Au reste, il ne faut pas se persuader que l'hor-

Der ce qu'il en faut croire. rem- du peuple tut attachée aux idées précises

Premièrement, est-Il véritable que l'horreur de Paul de Samosate. En quelque sorte qu'il enque tout le peuple témoigna d'abord contre tendit dire que Jésus-Christ n'était pas Dieu, l'erreur de Nestorius, était attachée aune fausse c'était assez pour exciter son indignation. M. idée? M. Dupin le prouve ainsi: « C'est qu'il Dupin a cru éluder cette objection en remar- « parlait, » dit-il, « d'une manière qui pouvait quant trois manières de le dire 1 : celle de Paul « (aire croire qu'il était dans l'erreur de Photin de Samosate, celle d'Arius, celle de Nestorius. « et de Paul de Samosate. Ce fui pour cela , » Cette distinction lui est inutile, puisque le peueouiimia-l-il , « que les prédications de Nesto- pie catholique les détestait toutes, comme éga- « rius et de les amis causèrent un si grand lement inouïes. Il a détesté Paul de Samosate, ■ scandale. On crut d'abord qu'il était dans les quia nié que Jésus-Christ fût Dieu, en le taisant « sentiments de Paul de Samosate : la chose un pur homme; il a détesté Arius, qui a nié « étant ensuite examinée, on connut bien que qu'il lût Dieu, parce que le Verbe, qui ne faisait « son erreur était plus subtile. » qu'une même personne avec lui, ne l'était pas ;

Mais encore, pourquoi crut-on que Nestorius il ne délestait pas moins Nestorius, qui le niait

était dans cette erreur ? notre auteur va vous d'une antre manière, en niant l'union hyposta-

l'apprendre: « Quand, » dit-il, « on dit à un tique. En un mot, de quelque sorte qu'on le nie,

t peuple qui est accoutumé à entendre dire, en on rejette également le fondement de la foi; et

« parlant de Jésus-Christ, qu'un Dieu est né, on ne peut s'excuser d'être en effet dans l'erreur

« qu'un Dieu est mort, » etc.; « quand on lui de Paul de Samosate, puisque, bien que d'une

« vient dire que ces propositions sont fausses et autre manière, on convient toujours avec lui

« insoutenables, il s'imagine aussitôt qu'on nie que Jésus-Christ n'est pas Dieu, et queceluique

« que Jésus-Christ soit Dieu. « Si M. Dupin se nous adorons est une pure créature,

fùlsouvenu.jenedispasdesathéologie.maisdes deuxième remarque. premières instructions du christianisme, il n eut

pas appelé cela imagination] puisqn'an cou- On ne doit pas se persuader, comme l'insinue

traire, si d'un côté Jésus-Christ est né et est mort, notre auteur, que ce fussent là des subtilités où

et si de l'autre il est faux et insoutenable qu'un le peuple n'entrait pas, et où il eût été bon de

Dieu puisse naître et mourir, il ne reste autre ne le pas faire entrer. La chose étant mieux exa-

chose à croire, sinon que Jésus-Christ n'est minée, on connut bientôt, dit-il, que l'erreur de

pas Dieu ; ce qu'on ne peut entendre avec trop Nestorius était plus subtile que celle de Paul de

d'horreur Samosate. Saint Cyrille le reconnut lui-même,

C'était là en effet le fond de l'erreur de Nesto- ei ^ avoua qu'il eût été mieux de ne point remuer rius. Quelque dissimulé qu'il fût, il ne fallait pas cette question. Je ne comprends pas ce qu'il veut le presser beaucoup pour lui faire dire, non par dire: Saint Cyrille le reconnut lui-même. C'est conséquence, mais ouvertement, que Jésus-Christ uonc à dire que saint Cyrille était un de ceux n'était pas Dieu. Tout le mondesaitee blasphème qui s'étaient trompés sur le sentiment de Nestodont il fut convaincu dans le concile d'Ephèse : lius- Personne ne le dira, puisqu'il est constant « Je ne dirai pas que cet enfant de deux ou trois que dès Ia première lettre qu'il écrivit sur cette mois (en parlant de Jésus-Christ) soit Dieu. » matière, qui fut celle aux solitaires d'Egypte, il Dans son premier anathéniatisme, il condamne pénétra si bien les sentiments de cet hérésiarouvertement ceux qui disent que Jésus-Christ Q"e, qu'on ne voit pas que depuis il y ait rien soit vrai Dieu i. On trouve dansses cahiers rap- découvert de nouveau. Mais voici où notre auportés dans le concile d'Ephèse, que « Jésus- teur en veut venir : C'est, dit-il, que saint Cyrille Christ était Dieu comme Moïse était appelé le a™ua lui-même qu'il eût été mieux de ne pas redieu de Pharaon 2. » M. Dupin remarque lui- muer cette question. Que veut-il dire? est-ce que même que, dès le commencement, saint Cyrille saint Cyrille reconnut et avoua qu'il eût été lui reprocha que quelques-uns (et ces quelques- mieux ?»e Nestorius n'en eût jamais parlé ? qui uns éiaient Nestorius lui-même et ses partisans) en doute ? Ce n est pas là de quoi il s agit : ce nevotdaientjdussouirrirquonappelâtJésus-Christ n'est pas ce qu 1 fallait dire; saint Cyrille recon- Dieu. et ne l'appelaient pas autrementque Vins- **.* ™oua lui-même puisqu il ne pouvait ja- ZmentdelaDivinitéK Ce n'était donc pas ima- «f5 fn ™" doute- C est donc «u Û eut mlmx

[nation de croire qu'il rejetât cette vérité. ™lu J— « »« tonuf en «P08» et ne ^ faire

y" H J tant de bruit d'une si subtile erreur, comme si

1 Conc. Eph., part, i, cap. 2, 9. — 2 Quai. 27; Cor.c. Bphss.,

Kt. 1, col. 624. — 3 Epist. ad test., part, i, c. 6, col. 313. » Rép. aiu Métn., p. 6.

REMARQUES SUR LES CONCILES

elle n'eût pas regardé d'assez près le fondement de la foi. Voilà ce qu'on insinue et ce qu'on ose attribuer à saint Cyrille.

TROISIÈME REMARQUE

Mais où est-ce encore que saint Cyrille fit cette reconnaissance et cet aveu ? L'auteur nous l'apprend ailleurs par ces mots * : « Les moines « d'Egypte furent les premiers à remuer ces « questions subtiles et à les agiter entre eux : « s'en étant trouvés plusieurs qui soutinrent le « parti de Nestorius, saint Cyrille d'Alexandrie, « qui était d'avis contraire, écrivit une grande « lettre à ces moines, dans laquelle, après les « avoir avertis qu'il eût beaucoup mieux valu « ne point remuer ces sortes de questions abs- « traites, qui ne peuvent être d'aucune utilité, « il se déclare contre le sentiment de Nestorius, « en prouvant, par plusieurs raisons, qu'on doit « appeler la Vierge Marie Mère de Dieu. » Voilà toujours les idées de M. Dupin ; ces matières étaient abstraites, c'est-à-dire plutôt raffinées et curieuses que solides et nécessaires, et on n'en pouvait tirer aucune utilité. Nestorius était d'un avis, saint Cyrille était d'un avis contraire : au fond, il eût mieux valu ensevelir cela dans l'oubli, sans se mettre en peine si la sainte Vierge était proprement Mère de Dieu, ou non. Selon ces belles idées, le lecteur est induit à croire que toute la peine qu'on se donna pour terminer ces questions était inutile ; mais il jugerait toute autre chose, si on lui rapportait sincèrement les sentiments de saint Cyrille, dans cette Lettre aux solitaires : « J'apprends, » dit-il 2, « qu'il y a des gens qui s'insinuent parmi vous avec des paroles enflées, dont ils abusent le peuple, et qui osent révoquer en doute si la sainte Vierge doit être appelée Mère de Dieu. » ït ajoute qu'il est étonné qu'on puisse émouvoir une telle question, ou douter d'une vérité dont la tradition est si constante dans l'Eglise. Il dit même qu'il aurait mieux valu que ces disputes ne fussent jamais venues dans leurs solitudes. Ce n'est pas à eux à se jeter dans des considérations subtiles, et la simplicité de la foi leur était meilleure. On voit donc que ce qu'il reprend, c'est qu'on traite cette vérité pour en douter, pour en faire une matière de dispute parmi les solitaires; mais qu'au reste il en fait voir l'importance, puisqu'il ne s'agit de rien moins que de renverser le concile de Nicée, le fondement de la piété, et celui du culte des Chrétiens.

quatrième remarque.

Notre historien poursuit 3 : « Saint Cyrille

1 Pag. 686. — 2 Episl. Cyr. ad monde; Conc. Eph., part. 1, cap. 2, n. 4. col. 22. — 3 Pag. 776.

« avoua lui-même qu'il eût mieux valu ne pas « remuer celte question. Mais parce que Nesto- « rius continuait toujours à scandaliser les peu- « pies, et à parler d'une manière contraire à « celle de l'Eglise, sans vouloir changer, on fut « obligé de le condamner. » L'auteur du Mémoire dit en ce lieu *: « Vous diriez, à entendre M. Dupin, qu'il ne s'agissait que de quelques expressions reçues dans l'Eglise, auxquelles Nestorius avait peine à s'accommoder, et que tous les Pères, que tous les théologiens catholiques avaient donné dans l'illusion, lorsqu'ils ont jugé d'un commun accord qu'il ne s'agissait de rien moins que de la divinité de Jésus • Christ. »

M. Dupin pourra répondre qu'il a fait voir en d'autres endroits que la dispute avec Nestorius était effective, et non pas une dispute de mots, et j'en conviens; mais cela ne l'excuse pas : premièrement, parce qu'il ne suffit pas de dire 'bien en un endroit, et qu'il faut dire bien partout, et ne se laisser jamais imprimer des arguments ou des dogmes des hérétiques ; secondement, parce qu'il demeure toujours que, selon lui, la question, si Jésus-Christ est Dieu, de la manière dont Nestorius la traitait, est une dispute de mots.

Voilà les deux particularités très-agréables aux sociniens, qui paraissent dans le passage que lui reproche l'auteur du mémoire; mais en voici qui leur plairont encore davantage.

cinquième remarque.

Le même auteur du Mémoire lui objecte encore qu'il favorise le dogme de Nestorius ; et je n'aurais point à parler de cette matière, si les réponses de M. Dupin ne m'y obligeaient.

L'accusation se réduisait à deux chefs 2 : le premier, que M. Dupin avaiPparlé faiblement et indignement de ce terme : Mère de Dieu ; le second, qui! avait mis ces expressions des Egyptiens: le Verbe est né, Dieu est né, il a souffert, il est mort, au rang de celles que la postérité n'a pas suivies. Sur cette double accusation, M. Dupin ne fait qu'éluder.

Pour le premier chef, qui regarde le terme de Mère de Dieu, ce qu'on lui objecte, c'est qu'au lieu de dire que celte proposition, Marie est Mère de Dieu, est véritable, naturelle, propre, et ne peut être niée, ni révoquée en doute sans renverser le mystère, notre théologien est content, pourvu qu'on assure qu'on peut dire que Marie est Mère de Dieu 4 : que ce sont là de ces « ex- « pressions innocentes que l'usage a introduites « dans l'Eglise, et qui sont vraies en un sens 4;»

• Mém., 2" rem., p. 2.— 2 Ibid., p. 1.— 3 Pag. 777. — < Pag. 153

connue s'il n'était pas vrai en toute rigueur et > lui était qu'on le pouvait dire1. »Ila oublié

dans la propriété du discours, que la sainte que Nestorius avait écrit au Pape Célcslin, que

\ ierge osl Mère de Dieu. cette expression, Mère de Dieu, se pouvait souf-

Or c'est de quoi M. Dupinne peut se défen- frir s, et par conséquent qu'on pouvait dire qu'elle

tfre. Toute l'excuse qu'il apporte à ce qu'il a dit, était vraie en an sens; mais il a encore plus

que cette expression, M ère de Dieu, est de celles oublié les règles du bon raisonnement. Selon

qui sont vraies en un gens, c'est que ce n'est pas ces règles, celle proposition: On ne peut pasdire

loi qui parlé en cet endroit, mais i Jean d'An- que Marie soit Mère île Dieu, détruit plus que ne

h Doche et les Orientaux, qu'il l'ait parier pose celle-ci lOnpeut dire que Marie est M ère de

« conformément à ce <piïls écrivent à Nesto- Mm. Car ce qu'exclut la première est universel,

et rius. » Il axone donc que si c'était lui qui parlât et ce que pose la seconde ne l'est pas. Pour vé-

ainsi, il serait digne d'être repris; mais il ne rilier la première, il faut qu'on ne puisse dire en

songe pas que Si ce n'est pas lui qui parle, c'est aucun sens : Marie est Mère de Dieu; pourvéri-

lui-inéme qui fait parler les Orientaux de cette fier la seconde, il suffît qu'on le puisse dire en

sorte, pour montrer qu*onne les pouvait pas soup- un certain sens, quoique ce ne soit pas lèsent

canner d'erreur. le ne lui impute donc pas de les propre. Ainsi, cette proposition des sociniens :

avoir lait parle, comme il prétend qu'ils par- On peut dire que Jésus-Christ est Dieu, et celle-ci

laieni. mais de s'être contenté de leurs discours des calvinistes : On peut dire que l'Eucharistie

et de cette pernicieuse interprétation du terme est le corps de Jésus-Christ, son! propositions

de Mère de Dieu par laquelle on l'affaiblit en captieuses, qui affaiblissent la vérité et condui-

disanl que <■■ lie expression est vraie m un sens, sent à l'erreur. 11 en est de même de celle-ci :

C'est de môme que si l'on disait qu'on esl ortho- On peut dire que la sainte Vierge est Mère de

doxe en disant que celle expression: «Jésus- Mm; et pour confondre ceux qui soutiendront

« Christ est Dieu, » ou celle-ci : « Ce qu'on re- qu'on ne le peut dire, ce qu'on a à leur oppo-

« çoitdans l'Eucharistie esl le corps île Jésus, ser, c'est non-seulement qu'on le peutdire, mais

« Christ,» ou celle-ci: a L'Eucharistie est un encore qu'on le doit pour parler correctement;

«sacrifice.» sont fraies en nu sens. Or toutes (pie la proposition est véritable dans la propriété

ces expressions, loin d'être orthodoxes sont un du discours.

manifeste affaiblissement, oU plutôt un déguise- M. Dupin, qui fait tant l'habile, est si peu

ment de la loi, puisqu'elles tendent à dire (pie instruit de ces régularités du langage théolo-

cea propositions ne sont pas absolument venta - gique, qu'encore à présent, dans sa Réponse, il

blés, ni en elles-mêmes, ni dans leur sens na- use de circuit sur ce terme de Mère de Dieu :!,

turel;et, au contraire, qu'elles ne le sont qu'a- et croit avoir satisfait à tout, en disant « qu'il

vec restriction : ce <pii est une erreur manifeste. « est consacré par l'usage de l'Eglise, qu'il faut

Il ne sert donc de rien à notre auteur de nous « s'en servir, et que ceux qui ne voudraient pas

apporter de longs passages, où il reçoit l'union « s'en servir devraient être considérés comme

hypostatique el le terme de Mère de Dieu. Dès « hérétiques. » Avec tout ce long discours, il

qu'il affaibli! celle expression d'une manière si reste encore cette échappatoire, qu'il s'en faut

pitoyable en d'autres endroits, cl qu'il reconnaît servir par respect, et qu'en refusant de le faire,

pour orthodoxes ceux qui en corrompent le vrai on ne sera pas pour cela hérétique formel, mais

sens, il est coupable. Ou'il soit Catholique dans seulement présumé et considéré comme tel. Que

le fond ( pour moi je ne veux pas due qu'il soit ne ùil-il nettement et à pleine bouche, que ce

nestorien), mais il ne doit donc pas approuver terme est propre, naturel, vrai à la lettre et dans

des expressions qui, dans leur sens naturel, in- la rigueur du discours, et que c'est pour celle

duisent l'erreur; et quand on les lui objecte, il raison qu'il a passé naturellement dans le lan-

iaudrait avouer sa faute et s'humilier, au lieu gage de l'Eglise? Craint-il de condamner trop

d'insulter encore, et de triompher de son incon. formellement Nestorius et ses défenseurs?

sidération dans des matières de cette consé- septième remarque

quence.

Le second chef d'accusation et d'avoir mis ces

sixième remarque. propositions : Le Verbe est mort, Dieu est mort,

J'en dis autant de cette expression : On peut et les autres de cette nature, au rang des excès

dire que Marie est Mère de li u. L'auteur, pour que la postérité n'a pas suivis «. Voici ce qu'il

la soutenir, répond que Nestorius « ayant en- répond & : « On ne trouvera pas que M. Dupin

« seigné qu'on ne peut pas dire que Marie soit ; Répi p 4 5 2 Co„c. uphes., par. î, caP. ie, coi. 352. —

« Mère de Dieu, ce qu'on avait à prouver contre » *<?•, p- 7. - 3 Pag. 783. - 5 Bip., p. 7.

REMARQUES SUR LES CONCILES

« condamne absolument ces expressions : Le « Verbe est né, il est mort, etc. Il remarque « seulement qu'elles ont été rejetées de quelques « Catholiques, aussi bien que cette expression « qui est semblable : Un de la Trinité est « mort. » Jamais il ne parlera correctement. M. Dupin ne condamne pas absolument ces expressions : c'est de même que s'il disait : Je ne condamne pas absolument cette proposition : Jésus-Christ est Dieu, ou celle-ci : Ce qu'on reçoit dans l'Eucharistie sst le corps de Jésus-Christ ; ce qui veut dire qu'on les condamne à la vérité, mais non pas absolument, et qu'elles peuvent se soutenir en quelque façon. C'est encore une erreur à M. Dupin de dire que quelques catholiques ont rejeté ces propositions : Un Dieu est mort, etc. ; car ces prétendus catholiques ne sont que les partisans de Nestorius, qui n'auraient jamais été reçus dans l'Eglise s'ils avaient persisté à les rejeter.

Quand notre auteur compare ces expressions à celles de cette proposition : Un de la Trinité est mort, il ne songe pas que ce qui souleva d'abord quelques esprits contre cette proposition , c'est qu'elle parut nouvelle dans sa forme ; mais que les propositions dont il s'agit : Un Dieu est né, un Dieu est mort, ont toujours été en ces mêmes mots dans la bouche de tous les fidèles, comme l'unique fondement de leur espérance, et qu'on n'en a non plus été surpris que de celle-ci : Un Dieu est homme, sans laquelle il n'y a point de christianisme.

Voilà donc, non-seulement dans la Bibliothèque de l'auteur, mais dans ses dernières réponses, de nouvelles matières de censures ; et ses défenses sont des erreurs. Mais, après tout et dans le fond, il donne le change : ce qu'il veut maintenant avoir dit, c'est que « quelques Ca- « tholiques ont rejeté ces propositions; » ce qu'il a dit en effet dans son Histoire du concile d'Ephèse, c'est qu'elles sont excessives, et qu'on ne les a pas suivies depuis. Ces deux choses n'ont rien de commun entre elles, sinon qu'elles sont mauvaises et insoutenables toutes deux, mais la dernière beaucoup plus, puisqu'elle est formellement hérétique.

Et pour montrer que notre auteur ne s'en peut laver, songeons seulement au dessein qu'il s'était proposé. Il entreprenait de faire voir la cause des différends entre les Orientaux et les Egyptiens : et il la fait consister en ce que les Orientaux ne comprenaient pas « comment on « pouvait attribuer à Dieu les qualités de la « nature humaine, et qu'au contraire les Egyp- « tiens poussaient cette communication d'idio- « mes à des excès qu'on n'a pas suivis depuis. »

C'est ce qu'il avait à expliquer ; et pour le faire, il ajoute : « Nestorius rejetait ces expressions : « un Dieu est né, il est mort; les évoques d'O- « rient avaient aussi quelque peine à les admet- « tre, et ils voulaient qu'on y ajoutât quelques « modifications. Saint Cyrille et les Egyptiens « s'en servaient en toutes sortes d'occasions : « ils ne taisaient point de difficulté de dire : « l'Immortel est mort, un Dieu est crucifié. » C'étaient donc là ces excès des Egyptiens qu'il nous voulait expliquer, et que la postérité n'a pas suivis. Ces excès étaient de dire, en toutes sortes d'occasions : un Dieu est né, un Dieu est mort * ; il ne fallait pas dire si souvent, pour épargner les oreilles des amis de Nestorius : saint Cyrille, et les Egyptiens y devaient trouver la même difficulté qu'y trouvaient les Orientaux* C'est à quoi tendent tous les discours de M. Dupin. Encore à présent, et dans sa Réponse au Mémoire, il ne sait presque quel parti prendre sur ces propositions, quoiqu'elles soient aussi certaines que celles-ci : Un Dieu est homme; elles peuvent être vraies, il ne les condamne pas absolument : quelques Catholiques tes ont rejetées; chacun avait ses raisons : ce sont là des questions de subtilité, sur lesquelles on ne s'étend pas, tant la matière est abstraite. C'est le langage que les sociniens tâchent de mettre à la mode, quand ils parlent de grands mystères qui font l'objet de notre foi. M. Dupin n'est pas de leur sentiment, je le crois ; mais c'est toujours trop à un Catholique et à un docteur d'en avoir pris une si forte teinture.

C'est encore un manifeste affaiblissement de la sainte doctrine que de ranger, comme il a fait 2, ces propositions : « Un Dieu est né, un « Dieu est mort, » parmi celles « que l'usage « de l'Eglise a introduites3. » Car c'est avoir oublié que l'Eglise même a démontré aux nestoriens par la bouche de saint Cyrille et des autres docteurs, que ces propositions, qu'on prétend introduites par l'usage, sont de l'Ecriture, et formellement les mêmes que celle-ci de saint Paul : « Celui qui est sorti des Juifs selon la « chair, est Dieu béni au-dessus de tout 4, » et que celle-ci du même Apôtre : « Celui qui était « en la forme de Dieu et égal à Dieu, a été « obéissant jusqu'à la mort 6, » et que celle-ci encore du même saint Paul : « Dieu manifesté « en chair6, » qui constamment était dès lors dans le texte grec, et cent autres de cette force, pour ne point parler de celle-ci de saint Jean : « Le Verbe est Dieu, et ce même Verbe, » qui est Dieu, « a été fait homme 7. »

1 Pag. 781. — * f & Philip., n, 6 etseq

Pag. 151. - 3 Rép., p. 3. — * Rom., IX, 5. sq. — « Z Tim., m, 16. — ' Joun., I, 2, 14.

D'ÊPHÊSE ET DE CHALCEDOINE. 761

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