‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 307 sur 313 · CHAPITRE IV. dans ses écrits, où nos dogmes sont si puissam · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. dans ses écrits, où nos dogmes sont si puissam

Les sentiments de l'auteur rar saint CyriHe, Nestorius et les nu'nl établis, cl les dogmes contraires si puis-

partisiins de Efestorius. samment réfutés par les témoignages de l'Ecri-

l'isi mu .1:1 m MASQUE. tare i. » Ce n'est pas là vouloir convaincre Nes-

c. . . . tonus, c'est le convaincre en effet d'une manière

Si notre autour a «.se excuser les dogmes d< & n€ i„i [aisSer aucune réplique

Nestorius, U ne faut pas s'étonner qu'il ail un Voyons néanmoins les trois chefs auxquels il

m grand penchant à favoriser s;, personne. C'est rapporte tous 1rs écrits de ce saint- » Ou » dit-

l espnl qu'on voit régna- dans tous ses écrits; il, « j| ,„• iail que copier des passages de'l'Ecri-

el qu au contraire il se plaît visiblement à char- « iuro. , Cela regarde principalement ses dis-

ger sur saint Cyrille, cours adressés aux reines, où en effet il ramasse

Lun et l autre paraissent à 1 endroit ou, en une inimité de passages contre Nestorius S'il ne

parlant des cinq livres «le ce Père contre Nesto- fàtqueles copier, comme parle notre auteur

nus, encore que ce Traite soit un des plus con- et que ces passages soient jetés sans choix sur le

vaincants contre cet hérésiarque, M. Dupin ton- papier, à la vérité c'est peu de chose; mais si au

tefois évite de dire qu'il l'ail convaincu en effet, contraire, ce qui est très-vrai, ce Père les choisit

1,1 s<' réduit à dire « qu'il veut le convaincre bien, s'il les arrange avec ordre, et s'il les réduit

« d'erreur en ce qu'il divise Jésus-Christ en méthodiquement à certains chapitres, en sorte

« deux i. » C'est là sa perpétuelle imagination, qu'il en résulte que l'hérésie de Nestorius y soit

On a vu, et on verra dans la suite, qu'il ne veut condamnée, non par un ni par deux passades

jamais avouer que Nestorius ail été bien con- mais par toute l'Ecriture sainte et par tout le

vaincu sur ce point : en quoi il lâche d'affaiblir, corps de sa doctrine, je ne vois pas que cet amas

non-seulement l'autorité de saint Cyrille, mais soit si méprisable, ni qu'il soit si aisé défaire

encore la cause même' de l'Eglise. de tels livres; puisqu'avec la science del'Ecri-

En général, notre auteur donne à saint Cyrille turc, l'ordre, la netteté et un bon raisonnement

un caractère trop faible. Dans un endroit où il yest nécessaire. Mais, après tout, cela ne regarde

entreprend de prouver qu'il est bienaisé de faire qu'un OU deux ouvrages de saint Cyrille* Voyons

beaucoup de livres comme ceux de ce sainl.il en quel rang il faudra mettre les autres « où il

en rend cette raison: «Car, » dit-il1, ou il copie « fait de grands raisonnements, où il débite des

« des passages de l'Ecriture, ou il fait de grands « allégories. » Il en débile bien peu dans ses

c raisonnements, ou il débite des allégories." écrits polémiques. Ces ouvrages seront donc de

Voilà à quoi il rapporte tous les écrits de saint ceux où saint Cyrille aura fait decesgrands rai-

Cyrille, et c'est comme une division générale sonnements qu'il estsi facile défaire, c'est-à-

qu'il en fait. Un écrivain de ce caractère n'a l'air dire de grands discours vagues qui n'aboutissent

guère convaincant, surtout si l'on y ajoute, avec à rien. L'auteur a raison de dire que cela n'est

notre auteur, « que ce l'ère ne s'attache à res- pas fort difficile; mais il faut aussi n'avoir point

«serrer son discours dans de certaines bor- lu saint Cyrille, pour vouloir nous faire accroire

« nés, et qu'il abandonne entièrement sa main qu'il Eut contre les hérétiques, et en particulier

« et sa plume à toutes les pensées qui lui vien- contre Nestorius, de grands raisonnements de

« nent dans l'esprit. » celte sorte. On pourrait bien défier de plus ha-

Sans doute, en s'abandonnant avec cet excès, biles gens que M. Dupin de trouver des raison-

on doit remplir son discours de pensées bien nements ou des manières de pousser à bout de

fausses et de bien mauvaises raisons; et si saint tels adversaires, plus fortes, plus concluantes, et

Cyrille n'a fait des écrits que de cette sorte, je ne en même temps plus sensées que celles de saint

sais pourquoi on a trouvé l'hérésie de Nestorius Cyrille. Si son style est moins serré ou moins

non-seulement si habilement découverte, mais vif que celui de saint Athanase ou de saint Ba-

encore si puissamment réfutée dans ses écrits, sile et de saint Grégoire de Nazianze, il ne s'en-

qu'on n'a pas cru y devoir rien ajouter. suit pas pour cela qu'il ne lui faille attribuer que

Saint Célestin lui écrit « qu'il a tout dit en celte facilité à jeter sur le papier tout ce qui lui

cette matière; qu'il n'y a qu'à s'en tenir à ce qu'il vient dans l'esprit, ou de ces grands raisonne-

enseigne; qu'il a pénétré tous les détours de l'hé- ments vagues qu'un génie subtil et métaphysique,

rétique; qu'il a si solidement appuyé la foi, qui est le beau caractère que M. Dupin daigne lui

qu'on ne peut pas, après de si grandes preuves, donner 2, sait poussera perte de vue.

en être facilement détourné; que le triomphe Ce qu'ajoute ici notre auteur ne vaut pas

de notre foi ne peut pas être plus grand qu'il est mieux que le reste: « 11 débitait facilement

I Tom. m, part, u, p. 111. — 2 Tom. m, part. U, p. 121. ' Bp. ad Cyr., part. 1, c. 16, col. 348. — * T. m, part, u, p. 122.

REMARQUES SUR LES CONCILES

« la plus fine dialectique: son esprit était fort « propre aux questions subtiles qu'il avait à dé- « mêler au sujet du mystère de l'Incarnation. » A entendre parler cet auteur, il faudrait ranger saint Cyrille parmi ces docteurs abstraits qui ne débitent que des subtilités, que logique, que métaphysique; mais constamment cela n'est point. Je ne vois pas que les questions du mystère de l'Incarnation, qu'il avait à démêler, fussent plus subtiles que celles de la Trinité, qu'on eut à démêler avec Arius, ni que saint Cyrille s'y prît autrement que les autres Pères, ou qu'il fût métaphysicien en un autre sens que ces sublimes théologiens de l'Eglise grecque et latine. Ce ne sont point des subtilités ou de ces grands raisonnements abstraits qu'il oppose à Nestorius. C'est comme les autres Pères, de bons passages de l'Ecriture, de bons témoignages de la tradition bien maniés, bien posés, qui le laissent aucune réplique, et préviennent tojs tes sibtcrHiges.

Si saint Cyrille emploie quelquef< is cette fine dialectique ou des arguments scolastiques, et comme il l'appelle, un style épineux, notre auteur, qui le remarque avec tant de soin ', ne devait pas oublier qu'il le faisait à l'exemple de saint Basile contre Eunome. Les Pères savent, quand ils veulent, opposer aux hérétiques ces finesses de dialectique dont ils se servaient pour éblouir les peuples. Saint Cyrille avait affaire à un de ces subtiles dialecticiens: il fallait donc le prendre dans les filets qu'il tendait, et, après l'avoir accablé d'autorités, il était bon quelquefois de le battre de ses propres armes, pour lui ôter tout moyen de se relever.

C'est le caractère que Photius donne en termes formels à saint Cyrille contre Arius et Eunome, et qu'il lui fait conserver dans les cinq livres contre Nestorius 2, que notre auteur représente comme si peu convaincants. « Il presse, » dit-il, « les hérétiques de telle sorte et par des « arguments de logique et par le témoignage des « Ecritures, qu'ils ne savent où se tourner. » Cela est bien éloigné de ces grands raisonnements si aisés à faire, et de la licence d'une personne abandonnée sans mesure à tout ce qui lui vient dans l'esprit. A cela il faut ajouter la clarté, que le même auteur lui attribue, et qui est très-grande en effet dans presque tous ses écrits, surtout dans les polémiques. Ces passages de Photius étaient peut-être aussi bons à relever que celui où notre auteur lui fait dire que saint Cyrille « s'était fait un style tout particulier, qui « paraît contraire aux autres, et dans lequel il a « extrêmement négligé la justesse et la cadence « des expressions. » Il brode beaucoup ce pas-

> Pag. 102, 103, 105. — ' Vid. Phol., BibL, cod. 49, 136, 169.

sage, à son ordinaire. Ce terme de contraire aux autres, est de son cru; et au lieu de cette extrême négligence de la justesse et de la cadence des expressions, Photius dit seulement que la composition de saint Cyrille manque de liaison et méprise les cadences1. Sans ici vouloir examiner si, et jusqu'à quel point la justesse des expressions pourrait manquer à saint Cyrille, il me suffit de remarquer que Photius n'en dit mot, et ne parle que des cadences. Quant au manque de liaison, il ne regarde visiblement que la composition et le style, où Photius ne trouve pas ce tissu uni et délicat, qui fait, pour ainsi dire, passer un discours sous la main, sans qu'on y trouve rien de rude ou d'inégal. Car pour la suite ou la force du raisonnement, on vient de voir ce qu'en a dit ce savant auteur. M. Dupin néglige tous ces endroits, par une coutume qui lui est assez ordinaire, de ne chercher dans Photius que ce qu'il croit pouvoir tourner contre les Pères.

Quand on veut se mêler de juger de leurs écrits et d'en faire le caractère, il ne faut point s'attacher à certains ouvrages qu'ils travaillent moins à cause qu'ils sont destinés à l'instruction des fidèles, qu'ils présument mieux disposés à écouter. Les ouvrages polémiques sont ceux où paraît le plus laforce du raisonnement et du génie. C'est par là principalement qu'il fallait juger saint Cyrille, et, sous prétexte qu'il s'est souvent assez négligé, ne le pas donner en général pour un homme qui, s'abandonnant à une mauvaise facilité, ne fait que copier des passages, pousser de grands raisonnements, et débiter des allégories.

Sur le sujet des allégories, je ne puis dissimuler cette sentence de notre auteur, où parlant des Glaphyres de saint Cyrille : « Us sont pleins, » dit-il 2, « de pensées mystiques ; il y « rapporte à Jésus-Christ et à son Eglise tout ce « qui est dit dans le Pentateuque : il n'y a point « d'histoire, point de circonstance, point de préce cepte qu'il n'applique à Jésus-Christ et au « Nouveau Testament. » M. Dupin le trouve mauvais. N'était-ce pas en effet un étrange abus à ces premiers chrétiens de vouloir trouver Jésus-Christ partout, et de trouver tout insipide, comme parlait saint Augustin, jusqu'à ce qu'ils l'y eussent trouvé? Quoiqu'il en soit, voilà leur crime, et voici la sentence de l'auteur: « Ces « sortes de commentaires sont peu d'usage ; car « ils ne servent de rien pour expliquer la lettre: « ils enseignent peu de morale : ils ne prouvent « aucun dogme: tout se passe en considérations « métaphysiques et en rapports abstraits, qui ne « sont propres ni à convaincre les incrédules,

' Vid. Phol., BibL, p. 122. — * Pag. 100.

PEPHESE ET DE CUALCKDOINE. 1C3

« ni à édifier les fidèles. » Je n'entreprends pas lui a attiré tant do louanges, n'était qu'une cou-

iei la défense des allégories, qui oui été dans verture du secret désir qu'il axait do conserver

lise d'un goût trop universel, pourêtresinial- une si belle place; qu'il a gouverné trois Eglises traitées; et je dirai seulement que, parce seul Bans être légitime évêque d'aucune des trois? trait, notre auteur fait le procès à tous lei saints Tout cria n'est-il rien, encore un coup, quitoudocteurs, sans épargner l'apôtre saint Barnabe, cheà la sainteté? et pendant qu'un Philostorge, dont l'Epitre est tonte remplie de telles ailé- un arien, ne parle de ce grand homme qu'avec gories. éloge, un auteur catholique ne rougit-il pas Tout cela vienl du même esprit, qui lui but d'employer sa plume à le déprimer, et à flatter dire ([ne saint Augustin s'étend beaucoup SUT de* la malignité des hérétiques de nos jours, en\eri flexions peu solides', et encore: que son 2V nimés contre lui? Je n'appelle pas saint Augustin sur les Psaumes csl plein d'allusions inutiles, it ri valeur, parce que te terme signifie celui qui subtilités peu solides et d'allégories peu vraisem- apporte des sentiments nouveaux sur les dogmes blables1: que saint Basile explique les rites de de la foi. One l'appelle pas novateur. Que laitl'Eglise par des raisons si guindi es ", qu'il vau- il donc, lorsqu'en parlant de la dispute qu'il eut drait mieux dire tout couri que ce sonl des oui- sur la lin de sa vie a\ee les Marseillais, il l'accuse lûmes, sans se mettre en peine de rendre raison en tant d'endroits de s'être éloigné des sentidu culte des Chrétiens, quoique saint Paul l'ap- ments des Pères qu'il l'ont précédé? Est-ce que pelle raisonnable: que saint Fulgencc, un des cela n'appartenait pas au dogme de la foi, et que plus solides théologiens de l'Eglise, aimait les les décrets de saint Célestin et du concile d'Oquesiions épineuses et scolastiques, comme s'il s'j range sonl inutiles? Espère-t-il qu'il endormira était jeté avec un espril curieux, et qu'ii donnait le monde par ces frivoles excuses? Cependant il dans le mystique*: que saint Léon n'est pas fort n'en apporte point d'autres dans le petit écrit à fertile sur les points de momie, qu'il les traite as- la main qu'il distribue, et il les conclut par ces se» sèchement et d'une manière qui dicertit plutôt mois : « Il serait aisé de défendre tous les autres qu'elle ne touche •. N'est-ce pas là un beau ca- « jugements et d'en faire voir la vérité. Cet exaractère de prédicateur, et bien digne d'un si « men ferait peut-être plus de tort aux Pères que grand Tape.' Il ne daigne pas même marquer, « le jugement; car on est libre de me croire ou par un seul mol, cet esprit de piété envers Jésus* « de ne pas me croire : mai;; si l'on apportait Christ que l'abbé Trithème et tous les autres a- « en particulier des preuves de ces jugements, tboliques onl ressenti dans ses sermons. Il ajoute « tirées des écrits des Pères mêmes, peut-être encore que saint [renée, par un défaut qui lui est • que Lien des gens ne suspendraient plus leurs commun avee beaucoup d'autres anciens, affaiblit (jugements, qui les suspendent à présent. » et obscurcit, pour ainsi dire, les plus certaines vé- C'est ainsi qu'il s'humilie. Au lieu do demander rites de la religion, par des raisons peu solides; pardon de ses téméraires censures, il prend un ce qu'il fait dire à l'hotius. qui n'\ songe pas. air menaçant contre les Pères; et il veut hien 11 ne faut pas (pie .Ai. Dupin espère accoutumer qu'on sache que s'il les e ht] renaît, il leur fêles oreilles desCatholiques à ces dures décisions, rait tant de tort, qu'on ne saurait plus comment à cescensures aussi aigres que téméraires et li- les défendre. Dieu le préserve d'un tel dessein!

cieuses, dont il a rempli sa Bibliothèque, de- mais quand il l'aurait, Dieu, qui ne manque

puis le commencement jusqu'à la fin. On ne se point à son Eglise, suscitera quoiqu'un pour

laissera pas non plus amuser aux vaines excuses fermer la bouche à ce jeune docteur; cl il doit

qu'il débite : « les Pères, » dit-il, « sonl hommes | assuré de ne trouver dans celle entreprise

«comme nous, et ne sont pas infaillibles, a d'autres approbateurs que les hérétiques. S'ensuit-il de là qu'il faille étudier leurs défauts,

, , -, i • DEUXIEME REMARQUE.

les étaler sans nécessite aux yeux des spectateurs

malins, cl lés censurer avec une dureté si insup- L'endroit des ouvrages de saint Cyrille, dont

portable? Je ne dis rien qui touche à leur sain- l'auteur a le plus parlé, est sa troisième lettre à

teté. N'est-ce donc rien qui touche h la sainteté, Nestorius, qui est le plus important de tous ses

que de dire de saint Grégoire de Nazianzc, qu'il ouvrages; car celte lettre n'est pas de saint Cy-

enlroprenait aisément de grandes choses, mais rilleseul. mais de tout le concile d'Egypte : elle

qu'il s'en repentait bientôt : que lorsqu'il quitta estécrile en exécution de lacommission adressée

le siège de Coustantinople, on le prit au mot plus à saint Cyrille par saint Célestin contre Neslo-

tèt qu'il n espérait 5; et que son humilité, qui nus. Comme ce Pape lui avait prescrit de marquer à Nestorius ce qu'il devait confesser et re-

^ftKtR r-^iï P~m- "' jeter, il réduit toute la doctrine de cei hérésiar-

REMARQUES SUR LES CONCILES

que à douze propositions qui en contenaient tout le venin, et conclut par ces douze fameux anathématismes, contre lesquels Jean d'Anlioche s'est tant échauffé avec les Orientaux M. Dupin prend leur parti, autant qu'il lui est possible de le faire sans s'attirer ouvertement tous les Catholiques sur les bras; et d'abord il omet deux faits, qui vont manifestement à la décharge de saint Cyrille : le premier, que Jean d'Anlioche, les évêques d'Orient et Théodoret comme les autres, qui depuis écrivit avec tant d'aigreur contre les anathématismes, les virent d'abord sans en être émus. M. Dupin demeure d'accord que ce fut Nestorius qui les excita à écrire contre i ; mais il n'a pas voulu voir que, s'ils ont eu besoin d'être excités, ces chapitresne leur avaient donc pas d'abord paru si mauvais : le venin et les hérésies qu'ils y trouvèrent depuis à toutes les pages ne se faisaient point remarquer. En effet, tous leurs reproches sont fondés sur de orossiers déguisements des sentiments de saint Cyrille, et ne doivent pas être regardés comme une accusation naturelle de ces évêques, mais comme une récrimination inspirée par Nestorius. Aussi saint Cyrille sentit d'abord que Théodoret écrivait « pour faire plaisir à quelqu'un, et laisait semblant de ne pas entendre ses paroles pour avoir lieu de les critiquer '2. »

Le second fait, entièrement omis par M. Dupin, est remarqué par saint Cyrille lui-même en plusieurs endroits, et particulièrement dans son Apologie à l'Empereur 3. C'est, d'un côté, que Jean d'Antiochene fut pasplutôtarrivéàEphèse qu'il anathématisa saint Cyrille avec ses douze chapitres, « comme conformes à l'impiété d'Apollinaire, d'Eunome et d'Arius, blâmant les Pères d'Ephèse d'avoir fait un conventicule dans un esprit hérétique, pour empêcher la condamnation de ces chapitres 4; » et, d'autre part, que Irès-peu de jours auparavant le même Jean d'Anlioche avait écrit à saint Cyrille, comme a un frère et à un collègue dans le sacerdoce 5, nonseulement avec estime, mais encore avec tendresse, se recommandant à ses prières, et lui témoignant que le désir de le voir et d'embrasser sa tête sainte et sacrée le pressait plus que tout autre chose cl arriver bientôt à Ephèse. On voit donc que saint Cyrille n'était pas alors si hérétique; la répréhension de ses chapitres n'était pas si sérieuse qu'il semblait ; on ne lui parlait point encore de les rétracter, et ils n'auraient pas été condamnés par Jean d'Antioche, s'il n'avait pas voulu venger Nestorius. Ainsi, par deux faits in-

1 Pag. 701. — 2 Adv. impug. Theodor., conc. Eph., part, m, cap. 3, col. 888. — * Conc. Eph., ibid., c. 13, col. 1028 et seq. — * Conc. Eph. Sent., post. act. 1, col. 598. — 5 Apol. ad imper., part, ni, cap. 13, ubi sup.

contestables, l'accusation intentée contre saint Cyrille est une affaire de pique. Si notre auteur n'a pas vu des circonstances si révoltantes, où est la pénétration et l'exactitude dont il se glorifie, et, s'il les omet volontairement, comment peut-il s'excuser envers saint Cyrille?

TROISIÈME REMARQUE

Nous avons vu ce que notre auteur a supposé sur cette matière, voyons ce qu'il en dit : « A « l'égard, » dit-il l, « des chapitres de saint Cy- « rille, qui ont fait tant de bruit, il faut avouer « que ces douze propositions étaient fort subtiles « et qu'il y en avait quelques-unes qui pouvaient « avoir de mauvais sens. » — Elles étaient fort subtiles. Après les remarques précédentes, on doit entendre ce langage de M. Dupin; il est répandu dans tout son livre. Comme on sait qu'il n'approuve guère la doctrine de saint Augustin» il se plaît aussi à la traiter de subtile, de délicate, d'abstraite. Il en fait autant de celle que saint Cyrille a opposée à Nestorius 2. Mais, après tout, il est bien certain que ces douze propositions ne furent pas inventées en l'air par saint Cyrille ; il les fallut opposer à autant de propositions de Nestorius, qui, comme nous avons vu, contenaient tout le venin de son hérésie. On les trouve très-bien expliquées dans la lettre de saint Cyrille; et Nestorius se sentit si bien frappé au vif qu'il opposa aussitôt aux anathématismes de saint Cyrille douze anathématismes contraires. C'était donc ici, non pas une recherche subtile et curieuse, mais des propositions essentielles à la matière, par rapport à Nestorius. C'est aussi ce qui fait dire avec confiance à saint Cyrille lui-même, qu'il n'a rien écrit dans ses Anathématismes « qui ne fût utile et nécessaire 3. » Ce qu'il a écrit pour les défendre n'est pas moins sérieux, et il ne songeait à rien moins qu'à subtiliser.

« Quelques-unes de ces douze propositions, » poursuit notre auteur 4, « pouvaient avoir de « mauvais sens; mais il n'est pas vrai qu'elles « n'en pussent point avoir de bons, ainsi que le « croyaient les Orientaux. » Mais d'où viendrait une semblable ambiguïté à un homme aussi bien instruit de cette matière qu'était saint Cyrille, et qui s'étudiait plus que jamais à parler correctement? Elle n'est que dans l'esprit de l'auteur, qui, par une fausse équité, se fait un honneur de tenir les choses comme en balance entre saint Cyrille et les partisans de Nestorius. Ceuxci n'ont pas tout le tort : il y avait un bon et un mauvais sens dans les propositions de saint Cy-

' Pag. 780. — ' Tom. ni, part, n, p. 592, etc. — 3 Apol. adv. Ori., ad anath. 4, col. 845. — « Pag. 782.

rille : c'est tout ce qu'on peut tirer de Bf. Dupin en faveur de ce Père.

Hais encore , quel était ce mauvais sens de saint Cyrille? Tout ce que ses ennemis lui ont objecté, c'est qu'il confondait les deux natures î mais l'auteur demeure d'accord qu' « il les dis- « lingue si nettement dans sa seconde lettre ;\ « Nestorius , que celui-ci est obligé de l'avouer ' » 11 ne restait qu'à ajouter qu'il ne les distingue pas avec moins de clarté dans la troisième, dont il n'a pas plu à M. Dupin de parler, puisqu'il y répèle plusieurs fois et précisément les mêmes choses qui, selon lui, ont rendu la seconde si claire, cl que ses analliéinalisines énoncent formellement que Jésus-Christ était Dieu et homme'1-.

La sentence des Orientaux, dans leur conciliabule*, accuse saint Cyrille démêler ensemble la doctrine d'Anus, d'Eunome cl d'Apolliuaire; mais bien constamment, et de l'aveu de M. Dupin, il n'v (Mi a pas un seul trait.

On a encore objecté à saint Cyrille qu'il parlait souvent du Verbe tait chair, ce qui ressentait reireur d'Apollinaire * mais il ne taisait en cela que copier saint Jean, et, pour exclure l'erreur d'Apollinaire, il a expliqué cinq cents fois, et même dans celte lettre où ses analhématismes sont contenus, que la chair dont il parlait était animée d'une âme raisonnable et intelligente. M. Dupin en convient encore5, et je ne sais après cela dans quel endroit il peut ou trouver ce mauvais sens des paroles de saint Cyrille, ou en marquer aucun qui ne soit l'effet d'une haine aveugle , telle qu'était celle de Nestorius et de ses amis contre saint Cyrille.

En effet, nous venons de voir, par des laits constants que Jean d'Antioche et les évêques d'Orient, loin d'avoir aperçu d'abord dans les chapitres de saint Cyrille tout cet amas d'hérésies qu'ils y condamnèrent après, eurent besoin d'être excités pour les y voir, et ne les ont condamnées qu'en haine de la condamnation de Nestorius: aussi est-il arrivé que, visiblement, jous les reproches de Théodoret , grand homme d'ailleurs, mais en cet endroit trop passionné pour être cru, ne sont que chicane. Ainsi, tous ces mauvais sens de saint Cyrille sont l'effet de l'entêtement de ses adversaires et de la préoccupation de M. Dupin, qui les favorise autant qu'il peut, comme la suite le fera paraître encore plus clairement.

QUATRIÈME REMARQUE

Voici le comble de l'injustice dans notre au-

1 Pag. 777. — 2 EpUt Cyr. ad Nest., part. I, c. 26, n. 8 ; anath. 2, 10, etc., col. 404 et seq. — ■ Ad. concUiab., post. act. 1, Sent., cri. 598. — * Alex. Hier., in Coltect. Lup., cap. 57. — > Pag. 777-

leur. Pour obliger son lecteur à croire que saint Cyrille a excédé, et que ses chapitres ont un mauvais sens, il met en fait que « saint Cyrille « en est lui-même convenu '. » Cet aveu de saint Cyrille m'est inconnu : il est de l'invention de Bf. Dupin, qui aussi n'ose rien citer pour le prouver. Jamais saint Cyrille n'a rien affaibli dans ses anathématismes, qui n'étaient pas tant les siens que ceux d'un concile de toute l*Egj pte ; et l'oin d'y trouver de l'obscurité ou de l'équ braque , il déclare, dans sa réponse à Théodoret , qu' « il n'y a rien d'embarrassé; « ni de difficile à entendre2. « S'il en a publié une explication pour fermer la bouche à ses ennemis, c'a été avec cette Préface,3: « Quels ques-uns prennent mal ce que j'ai écrit, ou par ignorance, parce qu'ils n'entendent pas véritablement la force de mes paroles, ou parce qu'ils veulent défendre les Impiétés de Nestorius; mais la vérité n'est cachée à aucun de ceux qui sont accoutumés à bien penser. »

11 écrit dans le même sens à Donat, après l'accord4 : « Tout ce que nous avons écrit est conforme à la droite et irrépréhensible croyance, et nous ne désavouons aucun de nos ouvrages. Car nous n'avons dit quoi que ce soit sans y bien penser. : » ou , comme porte l'ancienne version de cette lettre, « nous n'avons rien dit de trop, ou avec excès, comme les Orientaux nous le reprochent ; mais tout est écrit correctement en tout et partout, et s'accorde avec la vt srité : « ce qu'il confirme, en un autre endroit5, « parle témoignage de l'Eglise romaine, et par celui que lui arendu tout le concile, de ne s'être éloigné en rien du droit et immuable sentier de la vérité , et cela par écrit, après avoir lu ses écrits à Nestorius ; » ou , comme porte plus expressément une autre leçon , « après « avoir lu les lettres qu'il avait écrites à Nesto- « rius, » où il comprend manifestement la lettre qui contenait les douze chapitres. Voilà comme saint Cyrille avoue que ses anathématismes peuvent avoir un mauvais sens. C'est ainsi que les meilleurs livres, et l'Ecriture elle-même, en peuvent avoir.

CINQUIÈME REMARQUE

« Us furent lus, » poursuit notre auteur, « dans le concile d'Ephèse : mais il n'y furent « pas nommément approuvés , comme la se- « conde lettre (de saint Cyrille) à Nestorius. » Ce nommément est une chicane. M. Dupin veut insinuer que la troisième lettre de saint Cyrille,

1 Pag. 780. — 2 Adv. Theodor-, part, m, Pnef. — 3 Eiplan., xn, cap. 12, part, m, conc. Epk., Praef. — " Epist. ad Donal. ; conc Ephes., part, m, cap. 38; Lup. Coll., cap. 204. — * Apol. ad imper., part. m. cap. 13.

ÏGG

REMARQUES SUR LES CONCILES

où les anathématismes étaient renfermés, n'apas été expressément acceptée ni autorisée par le concile ; mais qu'on en lise les actes , on n'y verra pas plus de marque d'acceptation pour la lettre de saint Célestin , qu'on convient être authentique, que pour celle de saint Cyrille où étaient les douze chapitres. Au reste, ces deux lettres sont si approuvées , qu'elles sont, comme on a vu, le fondement de la procédure du concile. Celle de saint Célestin contenait la commission que ce Pape adressait à saint Cyrille contre Nestorius , et celle de saint Cyrille en contenait l'exécution. Aussi le concile les fit lire ensemble comme deux pièces connexes1 ; et puisque notre auteur ne veut rien voir ni rien remarquer, il faut encore une fois lui faire lire dans les actes du concile, qu'après qu'on eut fait la lecture de ces deux lettres, Pierre, prêtre d'Alexandrie, qui était comme promoteur du concile, dit : « Non-seulement la lettre de Célestin à Nestorius, mais encore celle de Cyrille et du concile d'Egypte au même Nestorius (qui était nommément celle où étaient les douze chapitres) lui ont été rendues par les évoques Théopemptus et Daniel (qui en étaient chargés); et puisqu'ils sont ici présents, je demande qu'ils soient interrogés. » Alors il fut («"donné que s ces deux évèques exposeraient s'ils avaient rendu ces deux lettres, et si Nestorius y avait satisfait. Lesévêquesrépondirentqueleslettresavaient été rendues , et que Nestorius n'y avait pas satisfait, » ce qui ne serait pas criminel, si l'une de ces deux lettres eût été regardée comme ambiguë et pleine de mauvais sens; mais c'est à quoi l'on ne songeait pas , de sorte que ces deux lettres, tant celle de saint Cyrille où les anathémalismçs étaient prononcés, que celle de saint Célestin, sont considérées comme juridiques etautenlhiques. On fait un crime à Nestorius de n'y avoir pas déféré ; et faute del'avoirfait ,on passe outre au jugement, etl'on prononce la sentence. Elles sont donc approuvées, et plus qu'approuvées, si je puis parler de la sorte, puisque le concile les autorise par toute sa procédure.

Aussi ont-elles toujours passé pour approuvées: elles sont rapportées ensemble dans le Ve concile2, comme également approuvées dans le concile d'Ephèse;le même concile Ve condamne d'impiété et frappe d'analhème ceux qui improuvent les douze chapitres de saint Cyrille : Facundus reconnaît aussi, non-seulement que les chapitres de saint Cyrille ont été approuvés dans le concile d'Ephèse, mais encore qu'on l'a ainsi présupposé dans le concile de Chalcédoine 3.

1 Act. 1, col. 452 et se<j — i Col. 6,8; anath. 13. — » Fac. , 1. vu, p. 296.

Nous venons aussi de voir1 un passage de saint Cyrille lui-même , dans son Apologétique à l'empereur Théodose , où il dit que tous ses écrits, qui ont été lus dans le concile d'Ephèse, y ont été approuvés; ce qui est expressément confirmé par le concile même de sa relation à l'empereur2, où il est porté « que le concile a conléré les épîtres que saint Cyrille avait écrites sur la foi , avec le Symbole de Nicée ; qu'elles s'y sont en tout point trouvées conformes , et que sa doctrine ne diffère en rien de celle-là: » ce qui est dans tous les conciles, et en particulier dans celui d'Ephèse , la formule d'approbation la plus authentique. On voit donc que toute la doctrine de saint Cyrille, qui a paru au concile , est expressément approuvée; et il faut bien remarquer qu'il parle, non d'une épilre, mais de plusieurs : ce qui fait dire aux juges, dans le concile de Chalcédoine 3, que « l'empereur recevait deux épîtres canoniques de saint Cyrille, confirmées dans le concile d'Ephèse. »

Si M. Dupin, qui se vante de nous donner une histoire si exacte, n'avait point passé tout cela , il n'aurait peut-être pas pris la liberté de prononcer, comme il fait4, que « les douze chapitres « de saint Cyrille n'ont jamais fait partie de la «foi de l'Eglise. » Je voudrais bien lui demander s'il croit qu'il lui soit permis d'en révoquer en doute quelques-uns, après cet anathématisme du concile Ve 5 dont nous avons déjà parlé : « Si quelqu'un détend les écrits impies de Théodoret, qu'il a faits contre la foi et contre le premier concile d'Ephèse, et contre saint Cyrille et ses douze chapitres ;... et s'il ne les anathématise pas, et tous ceux qui ont écrit contre la foi, et contre saint Cyrille et contre ses douze chapitres, et qui sont demeurés jusqu'à la mort dans une telle impiété , qu'il soit ana thème. » Voilà une décision d'un concile général , dont personne ne conteste plas l'autorité; et si l'on répond que ce concile a'a pas été assemblé sur la foi, mais sur certaines personnes, comme parle saint Grégoire, je prends droit pour cette réponse. Saint Grégoire, ni les autres saints qui ont parlé de cette sorte, n'ont pas voulu dire qu'il n'y ait point dedécrets sur la toi dans ce concile , car tout en est plein : ce qu'ils veulent dire, c'est qu'on n'y a point traité comme dans les quatre précédents, de questions spéciales concernant la foi, mais seulement des matières déjà résolues. Ainsi l'approbation des chapitres de saint Cyrille était un point décidé ; et un jeune docteur nous viendra dire que « ces chapitres n'appartiennent pas à « la foi de l'Eglise. »

" Sup., Rem., 2. — '-' Act. 1. — 3 Act. 1, in fin. — ■ Pug. 781. — * Collât. 8, c. 13.

D'EPHÈSE ET DE CIIAI.CKDOINE.

Aussi le prétexte qu'il en prend est pitoyable. Il esl vrai, comme il le remarque, qu'on n'en parla point dana l'accord ; mais si l'on veut conclure de là qnr la troisième lettre de saint Cyrille, (|ui est celle où sont renfermé! tes douie chapitres, ne l'ail point partie de la foi, on en pourra dire autant de la seconde, que M. Dupin veut bien regarder comme nommément approuvée, puisqu'on ne parla non plus de l'une que de l'autre dans raccord; on en pourra dire autant de la lettre de saint Céiestin dont on ne (il non

plus nulle mention ; ce qui Serait trop abuser de la modération de saint Cwille, et de la condescendance de l'Eglise.

il faut donc dire, au contraire, avec toute la théologie, que, pour le bien de la paix, Bans obliger les Orientaux à toutes l<'s expressions que le concile avait approuvées, L'Eglise se contenta de termes équivalents dont on convint, coquine dérogeait pas a l'autorité de ses actes, non plus qu'aux expositions qu'on avail jugées nécessaires coude les écrits de Nestorius.

Au tond, les deux lettres de saint Cyrille sont visiblement d'un même esprit et d'un même Sens. Tout \ dépend d'un seul principe, qui est ipie la personne du Verbe-Dieu esl la même que celle de Jésus-Christ-Homme : ce qui élant une fuis posé, tous les anathématismes ont une suite manifeste; cl tout ce qu'on trouve de plus dans la troisième lettre de saint Cyrille, dont on veut contester l'autorité, c'est une application plus particulière et plus précise de la doctrine de la seconde aux propositions de Nestorius. Ainsi, qui approuve l'une approuve l'autre. Si les propositions de saint Cyrille « ont eu « besoin de tant d'éclaircissements et ont causé « tant de disputes, » ce n'était pas une raison à M. Dupin pour dire « qu'on ne lésa pasapprou « véesdans le concile d'Ephèse, et qu'il n'en (Hait « pas question '. » Car il a vu qu'il était si bien question de la lettre où elles étaient, qu'on en iit un des fondements de la condamnation de .Nestorius. Pour les disputes qu'elles ont causées, il en faut uniquement imputer la taule aux préventions des partisans de Nestorius, qui, irrités contre saint Cyrille de ce qu'il avait condamné leur ami, le voulaient condamner lui-même, et, à quelque prix que ce fût, trouver dans ses douze articles de l'arianisme, et toutes les hérésies, encore qu'elles y lussent formellement rejetées.

SIXIÈME REMARQUE

Au reste, il est véritable que si les chapitres de saint Cyrille étaient tels que M. Dupin les a rapportés, ils auraient besoin non-seulement d'é-

« Pag. 771, 774.

claircissement, mais encore de rétractation. En voici un. comme il le rapporte1 : « Le neuvième « est contre celui qui dit que Jésus-Christ a fait « des miracles par la vertu du Saint-Esprit, et « non pas par la sienne propre. » Si saint Cy. rifle avait nié que Jésus-Christ fit des miracles par la vertu du Saint-Esprit, il aurait démenti Jesus-Cbrisl lui-même, qui déclare, sans difficulté, « qu'il ebasse les démons par le Saint. Esprit 7. »

C'eût doue élé a ce coup qu'il eut bien fallu se dédire. Mais il n'y a que M. Dupin qui le fasse si mal parler ; car ce l'ère, en reconnaissant que Jésus-Christ faisait des miracles par le Saint- Etptit, a déclare seulement que cel Esprit, par lequel il les faisait, « ne lui était pas étranger, « mais lui élail propre aussi bien qu'au l'ère *J » ceqi i ne peut souffrir de contestation.

Notre auteur répondra, sans doute, qu'il ne l'entend pas autrement ; el c'esl de quoi on l'accuse, de ut* pas savoir démêler les choses, et de ne p. is considérer ce qu'il écrit.

SEPTIKMK REMARQUE.

Je ne veux point disputer avec notre auteur sur le sens de cette expression : Una nalura inatrnuta ; je lui dirai seulement qu'il n'a pas dû dire (pie « saint Cyrille cl les Egyptiens s'en ser- « vaient ordinairement et la préféraient aux au. « 1res ». » C'est une petite manière d'attaquer saint Cyrille, en lui imputant qu'il a préféré à toutes les expressions celle qui, connue il ajoute, «. fut depuis considérée par les eutychiens « comme le fondement de leur doctrine. » Mais il en impose à ce saint. Il préférait si peu celle expression à toutes les autres, qu'il ne s'en esl jamais servi ni dans le concile ni dans la lettre d'union après le concile, ni enfui dans aucune lettre synodique devant ou après. Onen trouvé-quelque chose devant le concile, dans un traité de saint Cyrille con Ire Nestorius ;> ; mais on n'y voi l pas les termes précis. On trouve, devant le concile, ce terme précis dans la Lettre aux impératrices, mais dans un passage de saint Athanase qui y est cité; et il n'est peut-être pas inutile de remarquer que ce passage de saint Athanase, quoique rapporté deux fois tout entier par saint Cyrille, comme constamment de ce Père, n'est pas de ceux qu'on produit du même saint Athanase dans le concile d'Ephèse 6 ; tant saint Cyrille cherchait peu à autoriser cette expression, qu'on lui veut faire préférer à toutes les autres. Vous diriez qu'il ait senli l'abus qu'on en pouvait faire, et qu'il ait évité de l'autoriser par un acte pub le. Quoi qu'il en soit, il est bien certain qu'elle ne se trouve

' Pag. G99. — - Mailh.. Xll, 23. — -1 Auatli., 9. — « Pag- 779.-. * Adc. NesL. 1. 1, c. 3.— 6 Episl. ad reg., Coiic. Jipk., paît. I, c. i, etc.

REMARQUES SUR LES CONCILES

que dans des lettres particulières écrites après le concile, et que saint Cyrille s'en servit, non pas, comme dit M. Dupin1, « pour contenter ceux « qui ne pouvaient souffrir qu'on admît deux « natures en Jésus-Christ, » car c'eût été une manifeste prévarication, indigne de ce saint docteur; mais à cause qu'on la crut utile pour exprimer qu'en distinguant les natures il ne fallait pas pour cela les diviser après l'union, ni le reconnaître comme agissantes séparément, ni les séparer autrement que par la pensée.

Je ne veux pas non plus entrer dans la question du passage de saint Athanase dont on vient de parler. Je laisse en repos M. Dupin et tous ceux qui, comme lui, croiront mieux connaître ce qui est de saint Athanase, par des auteurs qui ont écrit cent ans après, que par saint Cyrille qui lui succéda trente ou quarante ans après sa mort., et qui avait en main ses écrits qu'on gardait précieusement dans Alexandrie. Tout cela ne me regarde pas; et sans me jeter dans des critiques contentieuses, je ne m'arrête qu'aux faits constants. C'en est un dans la lettre à Successus, que saint Cyrille s'y servant de cette expression : Una natura incarnata, dit précisément que les « Pères ont parlé ainsi 2. » Il avait des contradicteurs assez éveillés pour être relevé sur ce fait, s'il eût été faux ou douteux; et il est trop tard pour l'en démentir. Quoi qu'il en soit, on voit clairement qu'il ne veut pas se donner pour auteur de cette expression, dont on veut maintenant nous faire accroire qu'il s'est servi le premier3.

M. Dupin continue à faire l'histoire de ce mot : il dit que « le concile de Chalcédoine ne s'en est pas voulu servir. » Il fallait donc ajouter qu'il le laissa passer trois ou quatrefois sans y trouver à redire, pas même lorsqu'on produisit la lettre dans laquelle Flavien déclarait qu' « il ne refusait poinf de parler ainsi 4; » ce qui n'empêcha pas qu'à l'instant même sa foi ne fût approuvée de tout le concile5.

Ce qu'ajoute M. Dupin6, qu'on n'osa condamner cette expression, insinue qu'on en avait eu quelque envie; mais on n'en voit rien dans les actes, et ce sont là de ces découvertes dont cet auteur orne son Histoire.

L'Eglise songeait si peu à la condamner, qu'au contraire elle est reçue dans le concile ve, comme approuvée par les Pères; et quand notre historien s'est contenté de dire simplement que « plusieurs auteurs Grecs s'en sont servis » depuis saint Cyrille, il est bon de se souvenir que parmi ces plusieurs auteurs grecs, il faut compter tout un concile œcuménique tenu à Constantinople 7.

1 Pag. 780.— ' Epistl ad Suce. — 3 Pag. 779.— < Act. 1.— Conc. Chaiced., c. 8, art. 6. — * Pag. 779. — ' Collatio octava, fcnon 8.

Pour ce qui est des Pères latins, M. Dupin nous assure qu'on « y trouve rarement cette expresa sion, et qu'il y a peu de théologiens qui l'aient « approuvée. » Je crois qu'il voudra bien mettre au rang des Pères latins le Pape saint Martin Ier, avec cent ou six-vingts évêques d'Italie, qui célébrèrent avec lui le concile de Latran, où cette expression est approuvée par un canon exprès l.

Elle n'est donc pas si rare, dans l'Eglise d'Occident, que notre auteur nous le dit. Quand, après tant d'approbations authentiques de cette expression, il ose ajouter que « peu de théologiens l'approuvent, » au lieu de dire que peut-être ils ne trouvent plus nécessaire de s'en servir, ou ces théologiens sont bien difficiles, ou lui-même il parle peu juste, et il est un mauvais interprète de leurs sentiments.

HUITIÈME REMARQUE

Ce qu'on vient de voir de l'auteur n'est pas le seul effet du peu d'inclination qu'il témoigne pour saint Cyrille. Il cite un passage de Facundus2» pour montrer que « saint Cyrille, emporté comme « beaucoup d'autres par la chaleur de la dispute te, a tellement combattu une erreur, qu'il « semble pencher vers la contraire. » Mais Facundus ne dit point cela : il ne parle ni d'emportement ni de chaleur de dispute; tout cela est une addition de M. Dupin : il dit seulement « que « pour ré: rimer Nestorius, qui divisait Jésus- Christ en deux, saint Cyrille tournait son discours à exprimer l'unité; comme les anciens en combattant Apollinaire, qui confondait les natures, s'appliquaient aussi davantage à en exprimer la distinction 3 : » ce qui ne vient nullement de la chaleur des partis; « mais, comme dit ce docte auteur, de l'ordre et de la méthode qu'il faut garder en chaque dispute; » et il est si éloigné de penser ici aux emportements ordinaires des disputes échauffées, qu'il soutient même que Jésus. Christ en a usé de la même manière qu'il attri. bue à saint Cyrille; si bien qu'il n'y a rien de moins à propos que d'alléguer ici Facundus, et de chercher cette occasion d'attaquer saint Cyrille.

au reste, si je m'attache à le défendre du reproche qu'on lui fait ici , ce n'est pas par un aveugle entêtement de trouver son style sans défaut, ni aussi qu'il me paraisse si criminel d'imputer aux Pères quelque chaleur dans la dispute; mais c'est que je connais le style des critiques. Un des moyens dont ils se servent pour éluder l'autorité des saints docteurs, et de dire qu'ils s'emportent et tombent dans des excès en disputant, ce qui n'est pas impossible quelquefois, et

1 Secret. 5, can. 5. — s Pag. 778. —lFacund., 1. vi, c. 3, p. 245.

D'ÊPHESE ET DE CHAFCEDOfNE. 7G9

jusqu'à on certain point. Mais j'oserais bien as- Cyrille, saint Célestin, tous les Pères et le concile

suivi- que saint Cyrille est un de ceui en qui l'on d'Ephèse ont jugé. Tous ont réprouvé Nestorius,

remarquera le moins ce défaut, môme dans ses non parce qu'il semblait séparer la personne de

longues disputes avec les nestoriens : et, quoi Jésus-Christ, mais parce qu'il la séparait en effet.

qu'il en soit, on est peu exact d'alléguer, pour Si ce n'est pas là un point résolu, sur lequel on

l'en excuser, Facundus qui n'y songe pas. ne veut pas seulement convaincre Nestorius,

mais on le convainc en effet, et si l'on peut dire

NEUVIEME REMARQUE. ^ |fl moi|l|lrc ^^ ? ^ ft ^^ unc

Je n'en sais pas la raison ; mais l'affectation est union réelle et substantielle entre les deux navisible. Ne répétons plus ce qu'on a vu dans les tures de Jésus-Christ, de quelle erreur a-t-il pu remarques précédentes ; mais pourquoi dire être convaincu? Car c'est là le fond de son héréque, au temps de l'accord, «sa condamnation fut sic, dont tout le reste n'est qu'une suite. M. Dut approuvée par presque tous les évoques catho- pin abuse trop visiblement de l'autorité des théo- • liques1 ? » Est-ce qu'il y eut quelques évoques logions catholiques, de celle du P. Pétau, de catholiques qui ne l'aient pas approuvée ? Tous ' celle de P. Garnier et des autres, lorsqu'il répond ceux qui avaient refusé d'y souscrire, et qui ' qu'ils sont demeurés d'accord que Nestorius disavaient fait à Ephèse un concile schismatique simulait son erreur , et ne voulait pas avouer contre un concile universel, n'avaient été recon- « qu'il y eût deux Christs, deux Fils de Dieu, nus catholiques qu'en condamnant Nestorius. « deux personnes en Jésus-Christ. » Il est vrai Quels étaient donc les Catholiques qui l'approu- qu'il ne voulait pas l'avouer en autant de mots , vaient, et qui sont ceux qu'on appelle Calholi- mais il l'avouait en termes équivalents toutes les ques? Ce ne peut être Alexandre d'Hiéraple, et fois qu'il disait que Jésus-Christ n'était pas Dieu, les autres qui se séparèrent de l'Eglise. Car ou qu'il ne l'était qu'improprement; qu'un enfant ceux-là furent les seuls qui ne voulurent jamais de trois mois n'était pas Dieu : que la sainte consentir à la condamnation de Nestorius. Vierge n'était pas Mérc de Dieu. Dans toutes ces Sont-ce là les Catholiques de M. Dupin ? Ils occasions, il découvrait son venin , malgré qu'il étaient, dira-t-il peut-être, Catholiques dans la en eût, et ne semblait jms seulement admettre, foi. Je le nie : je les maintiens vrais nestoriens, mais admettait effectivement deux Fils, deux et l'on en verra bientôt les raisons ; mais, en at- Seigneurs, deux personnes, dont l'une était Dieu, tendant, il est bien constant qu'ils rompirent et l'autre ne l'était pas. Au lieu donc de nous ouvertement avec l'Eglise catholique. Si avec dire faiblement que Nestorius semblait diviser la cela l'on est Catholique, où en est l'unité de personne de Jésus-Christ, il fallait dire, ce qui l'Eglise? Cet auteur ne sait ni penser ni parler est très-vrai, qu'il semblait quelquefois vouloir en théologien : je n'en veux pas dire davantage, en reconnaître l'unité ; mais qu'il fût convaincu

Passons outre. En expliquant la doctrine de du contraire, et cela par ses propres paroles, et

Nestorius, fallait-il dire toujours qu'il a semblait que c'est là principalement ce qu'on improuva

« n'admettre qu'une union morale entre les dans sa doctrine. Quelque adresse qu'aient eue

o deux natures de Jésus-Christ, et qu'il se ser- les hérétiques, un Pelage, un Célestius , un Nes-

« vait d'expressions qui semblaient en diviser la torius et les autres , de pallier et d'envelopper

c personne1?» et remarquez comment il parle: leurs erreurs, l'Eglise a bien su les mettre au

a II était visible, » dit-il s, a qu'il avait nié que la jour ; et ce n'est pas sans raison que saint Céles-

« Vierge pût être appelée Mère de Dieu, et qu'il tin donne cette louange à saint Cyrille : « Vous

a se servait d'expressions qui semblaient diviser avez parfaitement pénétré tous lesartifices et tous

a la personne de Jésus-Christ en deux. — 11 les détours de Nestorius : Omnes sermonum illius

« était visible... il semblait. » On voit bien qu'il technas retexisti K »

craint d'en trop dire sur le second chef de Tac- Je ne nie pas que l'auteur ne se soit un peu

cusationetqueNestoriusdececôté-lànelui paraît mieux expliqué ailleurs, mais toujours trop fai-

pas trop convaincu. Aussi dit-il en un autre en- blement , à cause, comme on a vu, qu'il n'a ja-

droitdontuousavonsdéjàparlé4,quesaintCyrilIe mais bien voulu comprendre combien il était

veut le convaincre d'erreur sur le même point, évident que Nestorius niait que l'Homme Jesus-

II évite de dire qu'il l'a convaincu, et de donner christ fût Dieu. Quand on a une fois molli con-

trop d'avantage à la bonne cause contre l'auteur tre une hérésie, tout est faible pour la combat-

d'une hérésie si pernicieuse, a 11 semblait; on tre. Que diriez-vous de ces propositions : « Un

veut le convaincre. » Ce n'est pas ainsi que saint Dieu est né , un Dieu est mort? » Je ne les con-

♦ /'S'p'uiT ' ïom* m' pait' * p' 152'~ 'md" p' 773, " ' ***■ ad cy> ?art- «' -* 15' co1- 348-

B. Toju. IV. • 49

REMARQUES SUR LES CONCILES

damne pas absolument; et de celle-ci : « Marie « est Mère de Dieu? » On le peut dire , et la proposition est vraie en un sens ; et de cette autre : « Nestorius divisait les deux personnes de Jésusce Christ : en a-t-il été bien convaincu? » Il le semble, et on a voulu l'en convaincre. Comme on affaiblit l'hérésie , on affaiblit la condamnation. Nestorius fut condamné par presque tous les évoques catholiques : on ne veut pas dire par tous. « Peut-on répondre aux objections qu'on fait « contre le concile qui le condamna? » Cela n'est pas impossible. On n'est pas ferme sur le dogme : on parle tantôt bien, et tantôt mal ; on imite en quelque façon Nestorius même , à qui le Pape écrivait : Verainvolvis obscuris, rursus utraque confundens, velconfiteri negata vel nitens negare confessa *. On n'est pas nestorien, mais on flatte par certains endroits ceux qui le sont, et on les endurcit dans leur erreur.

DIXIÈME REMARQUE

Pour ce qui est des partisans de Nestorius , M. Dupin est le leur trop déclaré. Il veut toujours supposer qu'ils n'erraient que dans le fait 2, ce qui est vrai de quelques-uns; mais je le nie de Jean d'Antioche, et je le nie encore, mais pour un principe différent, d'Alexandre d'Hiéraple, et des autres qui persistèrent dans le schisme.

Pour Jean d'Antioche, sa lettre à Nestorius s, dont il a déjà été parlé, nous donne tout sujet de croire qu'il était orthodoxe , mais qu'il ne pouvait pas croire, comme l'assure M. Dupin 4, que Nestorius le fût tout à fait. Car il ne se contente pas de lui faire voir simplement dans cette lettre, comme l'interprète notre auteur 5 qu'on pouvait dire que la sainte Vierge était Mère de Dieu, et que cette proposition est vraie en un sens. S'il avait parlé si faiblement, je ne serais pas de l'avis de M. Dupin , et je le croirais mauvais Catholique ; mais il parle bien d'une autre sorte , et il démontre que ce terme : Mère de Dieu, était « véritable , propre à expliquer le mystère , reçu de plusieurs saints Pères et des plus illustres, contredit d'aucun, sans aucun inconvénient, prouvé par saint Paul, nécessaire; puisqu'on ne pouvait rejeter ce qu'il signifiait , sans nier que Jésus-Christ lut Dieu , et renverser tout le mystère de l'Incarnation, ni le taire , sans scandaliser l'Eglise, et y introduire le schisme et la nouveauté, contre le précepte de l'Apôtre. »

Cette lettre étant venue à la connaissance de saint Cyrille, il dit qu'il avait en main une lettre de Jean d'Antioche , a où il reprenait vivement

1 Episl. ad Netl., part. I, c. 18, col. 356. — s Pag. 774, 781, 782, 783. — 3 Conc. Ep/us., part, i, c. £5, col. 387. — 4 Pag. 781. — » P*g. 167, 777, 781.

Nestorius d'introduire des dogmes nouveaux et impies , et de renverser la doctrine laissée aux Eglises par les évangélistes et par les apôtres i. » Il avait raison , et tout cela se trouvait dans la lettre de Jean d'Antioche à Nestorius.

Il est vrai aussi qu'il présupposait alors , que dans le fond Nestorius avait de bons sentiments selon le rapport qu'on lui en avait fait; et c'est pourquoi il le pressait en lui disant : « Quelle difficulté à confesser ce qu'on pense dans le fond ? On m'a rapporté que vous avez dit souvent que vous ne rejetteriez point le terme de Mère de Dieu, si quelque célèbre auteur s'en était servi. Il y en a des plus célèbres qui l'ont fait : il est inutile de vous les nommer. Vous le savez aussi bien que nous, et vous vous glorifiez comme nous d'être leur disciple. « Comment pouvait-il donc croire qu'il fût tout à fait orthodoxe, lorsqu'il le vit manquer à la parole qu'il avait donnée , mépriser ouvertement l'autorité des Pères auxquels il avait promis de se soumettre, et refuser si obstinément le terme de Mère de Dieu, que lorsqu'il sembla vouloir l'admettre, personne ne crut qu'il le fît sincèrement 2. Cependant, après l'avoir si bien conseillé, Jean d'Antioche se laisse entraîner dans sa faction , et préfère l'ami à la foi. Cela n'est que trop ordinaire. M. Dupin connaît des esprits à peu près de ce caractère , qui ,! après avoir repris leur ami, lorsqu'il méprise leurs conseils , ne laissent pas de le soutenir et de l'approuver.

J'en dirai autant de Théodoret, qui, comme nous l'avons vu, avait approuvé la lettre de Jean d'Antioche. On voit par ces lettres qu'il s'était lié d'une amitié étroite avec Nestorius et avec Alexandre d'Héraple, le plus intime de ses confidents. Nous avons déjà remarqué, que d'abord il ne vit rien de mauvais dans les anathématismes de saint Cyrille. Il entra ensuite dans la passion de son ami; et, aigri contre saint Cyrille, son style, si beau d'ailleurs, ne produisit que des chicanes. On a pitié de Théodoret, un si grand homme, et on voudrait presque, pour l'amour de lui, que Nestorius, qu'il défendit si longtemps avec tant d'opiniâtreté, eût moins de tort. Mais il en faut revenir à la vérité, et se souvenir qu'après tout un grand homme entêté devient bien petit. Théodoret a bien parlé depuis des dogmes de Nestorius. Ce n'est pas qu'il ait rien appris de nouveau; mais tant qu'on est entêté, on ne veut pas voir ce qu'on voit.

ONZIÈME REMARQUE

L'erreur d'Alexandre d'Hiéraple, d'Euthérius de Tyane et de quelques autres, était d'un autre

» Episl. ad cler. CP., act. 1, col. 563. — J Socrat., 1. vu, c. 33.

genre (jue celle de Jean d'Antioche et de Théodoret. Ceux-là crurent véritablement Nestorius innocent, non qu'ils errassent dans le fait, comme dit M. Dupin ', ou «ju'ils ignorassent la croyance de Nestorius ; mais parce qu'ils en étaient entêtés. Ce sont là ces Catholiques de notre auteur *, qui ne voulurent jamais condamner ni le dogme ni la personne de Nestorius ; et qui étaient aussi vrais nestoriens. Il ne sert de rien d'alléguer certaines expressions où ils semblaient s'éloigner de cette erreur. Car on les trouve dans les écrits de Nestorius comme dans les leurs. Il ne faut pas croire qu'on trouve toujours dans les hérétiques des idées nettes ou un discours suivi, c'est tout le contraire : l'embrouillement, soutenu par l'obstination, fait la plupart des hérésies, et celle d'Eutychès en fut encore depuis un grand exemple. Vouloir au reste imaginer qu'Alexandre dHiérapte, le plus intime des confidents de Nestorius, et à la lin son martyr, ne sut pas le fond de ses sentiments, c'est de même que si l'on disait que personne ne les savait, et que son erreur était une idée. Ce qui ne laisse aucun doute, c'est qu'Alexandre et les autres ont persisté jusqu'à la fin à détester le terme sacré de Mère de Dieu. comme un terme dans lequel ils voulaient trouver tous les mauvais sens imaginables \ sans jamais avoir voulu entrer dans le bon, qui était le simple et le naturel. Enfin ils le détestaient comme a un terme de trahison et de calomnie, qu'on avait inséré dans l'accord même, pour condamner celui qui enseignait la vérité*; c'està-dire Nestorius. Les Catholiques attachaient à ce terme toute la confession de la vérité ; et Alexandre, au contraire, y attachait a l'abrégé et le précis de l'erreur 8 ; » d'où il concluait que Jean d'Antioche et ceux qui avaient consenti à la réunion, avaient embrassé avec ce terme toutes les prétendues hérésies de Cyrille.

Ce fut pour abolir à jamais ce mot qui contenait l'abrégé de notre foi, qu'il persista jusqu'à la fin à dire, comme il avait fait à Ephèse dans le faux concile, a qu'il ne souffrirait jamais a qu'on ajoutât rien au symbole de Nicée ' : » qui était alors le langage commun des nestoriens, comme il fut depuis celui des eutychiens et de tous les hérétiques, et le signal perpétuel de la secte.

La cause de son erreur, comme de celle de ses compagnons, c'est qu'ils étaient aheurtés, aussi bien que Nestorius, à ne vouloir jamais croire ni que le Verbe, qui était Dieu, fût le

même que Jésus-Christ homme, ni qu'on pût dire de lui les mêmes choses1; et toutes les fois qu'on le faisait, ils disaient qu'on introduisait, non pas l'union des deux natures, mais la conversion de la nature divine dans l'humaine, et qu'on attribuait la souffrance à la divinité, sans jamais vouloir revenir de cette prévention, ni prendre les propositions de l'Ecriture dans la même simplicité et propriété que les Pères avaient fait. Et s'il faut aller à la source, on trouvera que Théodore de Mopsueste avait laissé en Orient des semences de l'erreur, que Nestorius, Alexandre et les autres avaient recueillies; de sorte qu'il ne fut (tas possible, quoi qu'on pût dire, de leur faire entrer daus l'esprit la vraie idée de la foi.

C'est pourquoi ils voulurent toujours demeurer irréconciliables avec saint Cyrille, quelque claire que fût la manière dont il s'expliquait.

Il n'y avait rien de plus précis que ce qu'Alexandre lui-même rapporte de ce patriarche. a Le Verbe, qui est impassible par lui-même, s'étant fait chair, a souffert comme homme*. » Il épilogue néanmoins sur cette expression, pour expliquer à quoi il réduit la difficulté: a Qu'il mette, d dit-il, a clairement les deux natures, et il s'exempte d'hérésie, d II devait donc être content, puisque non-seulement il lesavait mises, dès le commencement de la dispute, d'une manière dontNestorius n'avait pu s'empêcher d'être content s ; mais encore puisqu'on avait mis en dernier lieu cette distinction dans l'accord, eu termes si clairs, qu'Alexandre n'aurait pu luimême en inventer de meilleurs.

En un mot, les Orientaux, frappés comme lui de cette difficulté, n'avaient rien laissé à dire là-dessus. Jean d'Antioche lui écrivait *: a Homme de Dieu, qu'avez-vous à dire (car on n'oubliait rien pour le fléchir.) Cyrille anathématise la confusion des natures : il enseigne que la divinité est impassible, et qu'il y a deux natures : vous devriez vous réjouir que le doux soit sorti de l'amer. » Mais ce n'était plus là ce qu'il prétendait. Quelque nettement qu'on s'énonce, jamais on ne satisfaitl'esprilhérétique.Alexandre trouvait toujours de quoi pointiller, et il rompit, non-seulement avec saint Cyrille, mais encore avec Jean d'Antioche, son patriarche, et jusqu'alors son admirateur, avec ses amis les Orientaux, avec le Saint-Siège, avec tout ce qui ne voulait pas que Nestorius eût raison, et que saint Cyrille fût hérétique, c'est-à-dire avec toute l'Eglise. Voilà un de ces catholiques de M. Dupin,

» Pag. 783. — • Sup., Rem., 7. — • Lup., Collect., cap. 73, 121.— ' Ibid., 57, 136. 201, etc. — ' Lup., Collect., cap. 57. - * Epist.

• Ibid., cap. 84. — * Ibid., cap. 86. — • Ad. conciliab., post. act. 6. Cyr. ad Ifest. et Nest. ad Cyr., part. 1, cap. 8, 9, col. 316 et s«q. — Exempt» tnand. ad Joan.t etc., col. 726, cap. 5S; Lup., Coll., p. 58. ' Lup., Collect., cap. 76.

REMARQUES SUR LES CONCILES

qui ne voulurent jamais condamner Nestorius, et qui, selon lui, n'erraient pas dans le fait.

DOUZIÈME REMARQUE

Pour bien entendre jusqu'à quel point ils étaient remplis, non-seulement d'erreur, mais encore de l'esprit qui fait les hérétiques, il ne faut que les comparer avec ceux du même parti qui se rendirent. Tite était des plus obstinés, et Théodoret s'était toujours attaché à la volonté d'Alexandre, qui était son métropolitain; mais quand on vint au point d'une rupture absolue, ils se laissèrent toucher à l'autorité de l'Eglise. Tite écrivit à Mélèce, qui le voulait retenir dans le schisme l : « Dieu veut sauver tous les hommes, et vous n'êtes pas le seul qui lui soyez obéissant et qui sachiez sa volonté : » et à Alexandre lui-même 2 : « Théodoret et Helladius, et les autres qui avaient voulu se séparer pour un peu de temps de ce saint concile, ayant reconnu qu'on ne peut pas refuser de s'y soumettre, et qu'il faut obéir à un concile universel, s'y sont unis, et ne sont pas demeurés dans la séparation. Nous vous conjurons d'en faire autant, et de ne pas donner lieu au diable, qui veut diviser l'Eglise. » Théodoret renferme en trois paroles toutes les raisons de céder, en écrivant aux évêques du parti 3 « qu'il fallait finir les disputes, unir les Eglises, et ne pas condamner les brebis que Dieu leur avait confiées. »

On voit comment ils ressentaient qu'il faut s'unir au corps de l'Eglise, et ne pas demeurer seuls, c'est-à-dire schismatiques; mais Alexandre et ses sectateurs disaient au contraire qu'ils ne se mettaient point en peine de demeurer dans cet état : les suivît qui voudrait : que peu leur importait d'avoir « peu ou beaucoup de monde dans leur communion : que le monde entier était dans l'erreur; » que l'Eglise était perdue, et que « la foi avait souffert un naufrage universel : » que quand, avec tout l'univers, qui était contre eux, les moines ressusciteraient encore tous les morts depuis l'origine du monde, ils n'en feraient pas davantage 4. Alexandre se laissait flatter par ceux qui lui disaient « qu'on ne parlait que de lui dans tout l'univers : que la vérité qui succombait dans l'esprit de tout le monde, ne subsistait plus que dans le sien ; mais aussi qu'il suffisait seul pour la faire éclater dans tout l'univers : qu'ils se contentaient de lui seul, comme Dieu s'était contenté d'un seul Noé, quand il avait noyé le monde entier dans le déluge 5. » Pour Jean d'Antioche et ses autres

» Lup., Collecl., cap. 173. — J Ibid., cap. 180. — a Ibid., cap. 160. ( Tbid., cap. 73, 117, 147, 151, 158, 171, 178, etc. — * Lup., Collect., cap. 153, 156, 166.

amis, il ne voulait plus, disait-il, « ni les écouter, ni recevoir de leurs lettres, ni même se souvenir d'eux : qu'ils avaient assez cherché la brebis perdue, assez tâché de sauver sa malheureuse âme ; qu'ils avaient fait plus que le Sauveur, qui ne l'avait cherché qu'une fois, au lieu qu'ils avaient couru après lui de tous côtés l. » C'est ainsi qu'il écrivait à Théodoret, qui prenait un soin particulier de le fléchir, ajoutant encore ces mots, qui font le vrai caractère de l'homme hérétique : « Je rends, » dit-il, « grâces à Dieu de ce qu'ils ont avec eux, et les conciles, et les sièges, et les royaumes, et les juges; et moi, j'ai Dieu et ma foi 2; » et quand avec tout cela « tous les morts depuis l'origine du monde (car il aimait cette expression), ressusciteraient pour soutenir l'impiété de l'Egypte (c'était celle de saint Cyrille et de ses évêques), je ne les préférerais pas à la science que Dieu m'a donnée \ »

Si notre auteur, qui a rapporté deux ou trois de ses paroles des moins criminelles, avait pris garde à celles-ci, où tout respire non-seulement, comme il dit, « une obstination et une aigreur « qu'on ne pouvait vaincre 4, » mais encore tout ouvertement le schisme et l'hérésie, il aurait eu honte de ranger au nombre des Catholiques un hérétique si parfait.

Il est dangereux d'étaler les endroits qui font paraître la fermeté de telles gens, sans marquer aussi ceux où l'on verrait combien elle était outrée ; autrement, on leur laisse toujours un caractère de vertu qui fait pitié, et qui porte à les excuser. Alexandre était d'un emportement si violent, qu'ayant lu une lettre de saint Cyrille à Acace, où il explique les deux natures, s'il se peut, plus clairement que jamais ; au lieu de se réjouir de le voir si orthodoxe, même selon lui, il tourne toute sa pensée « à s'étonner de la prompte disposition de son esprit à changer; et, » dit-il, « j'ai prié Dieu que la terre s'ouvrît sous mes pieds, et si sa crainte ne m'eût retenu sur l'heure, peut-être je me serais retiré dans les déserts les plus éloignés 5. » Qu'y avait-il là qui lui dût causer un si étrange transport? Tels étaient ses emportements, si bien connus de ses amis, que Théodoret , en lui écrivant une lettre fort importante sur l'union 6 : « Je vous prie, » lui disait-il, « de bien penser à ceci selon votre sagesse , et de ne vous point fâcher, mais de pénétrer nos pensées. » Cela peint l'impatience de cet homme, qui se mettait en colère dès qu'on n'entrait pas dans son sens. M. Dupin rapporte une lettre de Jean d'Antioche au clergé et au peuple d'Hiéraple, où ce patriarche

• Ibid., 104, 105, 147. — » Ibid., 147. — 3 Ibid. — ♦ Pag. 752, 753., — * Ibid., c. 58. — « Ibid., c. 109.

D'ÉPHÊSE ET DE CHALCÊDOINE.

leur marque qu'il n'a rien omis pour empêcher leur évêque « dfl mettra un obstacle à la paix par son obstination ' ; » mais il oublie les traits les plus vifs, où Jean d'Antiocbe fait sentir dans eclévèque, non pas une obstination ordinaire , mais « un orgueil et une arrogance qui lui taisait, non-seulement éviter, maïs encore outrager injurieusementtous tes évoques du monde, rompre la communion et s'élever au-dessus de l'Eglise universelle.

11 avait mis son peuple sur le même pied. On léserait attachés, non pointé l'Eglise, mais à la personne de leur prélat, d'une manière si outrée, que tous, « hommes et femmes, jeunes et vieux, si l'on refuse de le leur rendre, menacent d'entreprendre eux-mêmes contre leurs personnes, et de précipiter leurs jours2. » Ce sont des fruits de l'hérésie et du schisme, qu'il est bon de ne pas cacher, lorsqu'on en écrit l'histoire.

11 ne faut donc pas s'étonner si l'on appelle Alexandre un autre Nestorius; et l'on peut juger maintenant si c'était là un homme à excuser, comme s'il n'avait erré que <hnt* le fait, pendant qu'on lui voit suivre tous les pas de Nestorius, aidant dans son erreur que dans son schisme, et prendra de lui, outre ses dogmes particuliers, les dogmes communs de tous les hérétiques contre l'unité et l'autorité de l'Eglise et de ses

» |Mm c i^T. — » L*f., CoUcU-, c. 1.5.

conciles. Avec de telles raisons, on pourra aussi excuser Nestorius et flatter les nouveaux critiques, qui réduisent à des minuties et à des disputes de mots les questions résolues dans les plus grands conciles, et de la manière la plus authentique.

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