‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 35 sur 313 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Que, selon les principes du ministre, les premiers auteurs de la réformation prétendue sont les schismatiques ; qu'il se contredit lui-mJme quand il enseigne que du temps de ses pères l'Eglise romaine était la Babylone de l'Apocalypse.

peut engendrer des enfants au ciel ; car il n'appartient qu'à la vraie Eglise de donner des frères à Jésus-Christ, et des héritiers au Père céleste. L'Eglise ne conçoit que de son Epoux, qui la rend féconde par son Saint-Esprit ; et ainsi tant Jusqu'ici notre innocence s'est défendue contre qu'elle engendre des enfants à Dieu, elle est les accusations du ministre ; nous devions cette pleine de l'Esprit-Saint, Jésus-Christ la traite juste défense à la sainteté de l'Eglise, qui était toujours en Epouse: elle est donc par conséquent attaquée par ses calomnies. Maintenant la cha- véritable Eglise.

rite nous oblige de faire connaître à nos adver- Ces vérités étant supposées, je soutiens que saires le péril évident de leurs âmes ; et combien nos adversaires ne peuvent excuser leur séparaleur perte est inévitable, s'ils ne retournent en tion, et que les principes qu'ils nous accordent la communion de l'Eglise en laquelle leurs pères montrent que les premiers auteurs de leur secte ont é.é sauvés, et qui est toujours prête à les re- n'ont pas été des réformateurs, mais de trèscevoir avec des entrailles de mère. dangereux schismatiques, qui se sont séparés de

Pour expliquer mon raisonnement avec ordre, la vraie Eglise. C'est ce qu'il m'est aisé de prou-

je pose ces trois maximes fondamentales. Premièrement, je dis qu'il est impossible de faire son salut dans le schisme; car nous entendons par le mot de schisme une injuste séparation. Or, cette injuste séparation est incompatible

ver par ce raisonnement invincible.

Le ministre est convenu avec nous que jusqu'à l'an 1543 on pouvait obtenir la vie éternelle en la communion de l'Eglise romaine * ; elle était donc encore véritable Eglise selon les

avec la charité fraternelle : par conséquent tous maximes que j'ai posées ; et toutefois il est assuré

ceux qui sont dans le schisme tombent en cette que longtemps avant cette année nos adversaires

juste malédiction que l'apôtre saint Jean pro- s'étaient séparés et avaient abandonné sa com-

nonce : « Celui qui n'aime point son frère de- munion. Par conséquent, ces réformateurs pré-

« meure en la mort. Tout homme qui hait son tendus étaient des rebelles et des schismatiques,

t frère est homicide l. » qui fuyaient la communion d'une Eglise, la-

Secondement, il est assuré que jamais il ne quelle conduisant ses enfants au ciel, montrait

peut être permis de se séparer de la vraie Eglise, bien par sa sainte fécondité qu'elle était encore

et bien moins quand elle sera reconnue pour l'Eglise de Dieu. En effet, le catéchisme remar-

telle ; parce que l'Eglise étant le lieu d'unité, que lui-même que les fondements de la foi y

tous ceux qui se retirent de la vraie Eglise, vio- étaient entiers 2, et que les fidèles y pouvaient

lent visiblement le sacré lien de la fraternité faire leur salut à cause de la sincère confiance

chrétienne. que l'Eglise, celte bonne Mère, les obligeait d'a-

Je pose pour troisième maxime, qu'une Eglise voir en Jésus-Ctirist seul,

demeure toujours véritable Eglise, tant qu'elle Ce raisonnement jette l'hérésie avec ses mi-

» / Joan. , m, 14. 16.

' Ci-dessus, sect. 1, c. 1. — ' Jbirl., ch. 4, 5 et C.

nislres dans une confusion nécessaire; et je communion ' ,» et que l'on ne pouvait abanpenM qu'elle n'a jamais para plus visible que donner l'ouvrage de la réformation «sans désdans le ■ Catéchisme qua nous reniions. Le sieur obéir au commandement: Sortez de Babylone Ferrj ne peul se résoudra sur celle Importante mon peuple 2 ; » ce qui prouve la nécessité «le se difficulté, savoir: si les premiers qui nui cm- séparer. Mais reconnaissant en sa conscience que brassé la réformation prétendue; en sortant de jamais il ne peul être permis de se retirer de la la communion de l'Eglise romaine! l'onl quittée vraie Eglise, telle qu'était l'Eglise romaine, puisvolontairement, ou s'ils en ont été chassés par qu'il avoue «pie les lidèles s'\ pouvaient sauver, la force. Mais qu'il résolve d'eux ce qu'il lui il est obligé de répondre que sas pères voulaient plaira, nous avons toujours de quoi les couvain- demeurer en son unité, si on ne les eût relrancre. S'ils se sont retirés volontairement de la chés. « Chassés et poursuivis, » dit-il, « nous communion «l'une vraie Eglise en laquelle on avons été contraints de nous séparer*;» et encore pouvait se sauver» il parait manifestement qu'ils plus clairement: « Ils ont plutôt été chassés, sont schlsmatiques selon les maximes que j'ai qu'ils ne sont sortis. Car ils entendaient avec posées; et quand même nous accorderons qu'on saint Augustin ce commandement : Retirez vous, lésa chassés, il n'éviteront pas leur condamna- wrtetdt là, ne louchez point à choses souillée», lion, car la communion de l'Eglise esl si néœs- n'i \ ni PART. SPIRITUEL BT D*UR Dl i \< HEMERT DE saire, qu'ils devaient toujours demeurer unis, coeur. Ces! aussi l'exposition qu'on donnait encore qu'on tachât de les éloigner ; et je ne dis d'ancienneté à Metz à cet autre commandement pas ici a nos adversaires une chose qui doive de sortir de Babylone, à savoir, non en corps, leur être inconnue. L'Eglise luthérienne les e\- mais en esprit *. •

communie ; toutefois parce qu'ils la croient une 11 est digne d'observation que le catéchiste

vraie Eglise, ils pensent être obliges de s'unir à contasse <pie ses prédécesseurs entendaient ces

elle; ils lui tendent les bras quoiqu'elle lei paroles: lietirez-vous, sortez delà, dans le même

chasse, et ils entrent en son unité autant qu'ils sens qu'on donnait, avant la réformation prélen-

le peuvent. Si donc l'Eglise romaine était vraie i\m\ à ce commandement de V Apocalypse : Sor-

Eglise, puisque, selon la confession du ministre, lez de Babylone. mon peuple. Or, il remarque en

elle portait en son sein les entants de Dieu, un autre lieu que DOS Pères, qui vivaient alors

quelque violence qu'en ht aux réformateurs en la communion de l'Eglise romaine, croyaient

prétendus, jamais ils ne devaient rompre de satisfaire à ce précepte, «s'ils ne participaient

leur partie tien de te communion ecclésiastique, pas aux péchés de ceux parmi lesquels ils vi-

Mais au contraire ils ont ému toute la querelle; valent, sans qu'il leur tût besoin de s'en séparer ils se sont séparés les premiers; ils ont tait de autrement5, » c'est-à-dire de se séparer de cornnouvelles Eglises ; ils ont établi un nouveau ser- inunion. En effet, le ministre avoue qu'ils inouvice, et pour montrer que non-seulement ils raient en la communion de l'Eglise romaine, luxaient, mais encore qu'ils avaient en horreur Par conséquent, il nous fait bien voir que ceux la communion de l'Eglise romaine, ils ont publié qui ont suivi les premiers la réformation prclenpar toute l'Europe que sa doctrine était sacrilège, due conseillaient de demeurer unis avec nous en et que son service était une idolâtrie, qu'elle la communion de l'Eglise romaine, encore qu'ils était le royaume de l'Antéchrist et la Babylone prêchassent par toute la terre qu'elle était la de Y Apocalypse, en laquelle on ne pouvait de- Babylone maudite, et la prostituée de YApocameurer sans résister h ce commandement de lypse. 0 hérésie confuse en ses jugements! ô dé- Dieu : « Sortez de Babylone, mon peuple1.» tordre et contradiction de l'erreur. Certes, on ne les contraignait pas de parlei ainsi: Et que le ministre ne réponde qu'ils seraient donc ils n'ont pas été chassés par la force, mais demeurés en l'Eglise à condition qu'elle se serait ils se sont retirés volontairement. Cependant réformée selon les maximes qu'ils lui propol'Eglise romaine était encore la vraie Eglise, Baient; car il dit « qu'ils entendaient ce compuisque, selon les principes du catéchiste, les mandement : Retirez-vous, d'un détachement lidèles de Jésus-Christ y pouvaient mourir sans de cœur. » C'était donc leur intention de vivre préjudice de leur salut. en l'Eglise, liés avec elle de communion, et tou-

C'est ce qui jette le sieur Ferry dans une ternis détachés de cœur. Ainsi ils ne la regar-

éli ange contradiction; car d'un côté il dit nette- datent pas comme réformée; mais toute cor-

ment « qu'il faut extirper le membre pourri, rompue qu'ils la supposaient, ils voulaient

comme l'Eglise a toujours pratiqué, excommu- demeurer en sa communion, pourvu qu'ils en

niant les hérétiques, ou se souslra vant de leur , p-g 127 2 pag ^ ct 4 , Pûg 138 , Pilg 134i

• Apoc, xviii, 4. — * Pag. 88.

104 RÉFUTATION DU SIEUR FERRY

pussent retirer leur cœur : ce qui enferme une rions les desseins de Dieu dans l'établissement

doctrine contradictoire, digne certes des ennemis de l'Eglise.

de la vérité. Nous disons que l'Eglise a élé fondée pour être Quelle étrange confusion de pensées ! S'il est le lieu de concorde auquel il plaît à notre grand vrai que l'Eglise romaine était la Bab\lone dont Dieu d'unir les choses les plus éloignées: d'où il parle saint Jean, si c'est d'elle qu'il est écrit : s'ensuit manifestement que sa durée n'a point « Sortez de Babylonc, mon peuple, » était-il be- de limites, non plus que sa grandeur et son soin d'employer la force pour en éloigner les étendue; et comme, selon les anciennes profidèles, et d'où vient que la parole de Dieu ne phéties, il n'y a point de mers ni de nations qui suffisait pas? Mais le ministre s'est bien aperçu puissent borner ses conquêtes, aussi n'y aurait-il qu'elle ne pouvait pas êire cette Babylone, puis- aucun temps qui la voie jamais ruinée. Car de qu'elle donnait encore des enfants à Dieu. Car même que la foi de l'Eglise doit unir en Notre eii quelle Ecriture nous lira-t-il que la prostituée Seigneur Jésus-Christ toutes les contrées de la de l'Apocalypse engendre les enfants légitimes, terre, elle doit aussi unir tous les temps ; de et les conserve en son sein jusqu'à la mort? sorte que ceux-là s'aveuglent volontairement, qui Ainsi pressé en sa conscience, et non point per- nient que sa durée soit perpétuelle, suadé par la vérité, il tombe nécessairement en Et certes, les Ecritures divines nous représendes contradictions manifestes. 0 hérésie toujours tent deux sortes de siècles, le siècle présent et le chancelante, toujours incertaine, qui n'ose dire siècle futur. Ce dernier a soii étendue pendant ni qu'elle voulait demeurer, ni qu'elle est sortie toute l'éternité; le premier ne finira qu'à la involontairement, de peur d'être contrainte de surreciion générale. Il faut que Jésus règne en confesser et sa rébellion et son schisme ! Eveil- F un et en l'autre ; et le royaume qu'il a sur la lez-vous enfin , ô pauvres errants ! voyez le terre est l'image de son royaume céleste. De triomphe de la vérité dans le désordre de vos même donc que le Fils de Dieu sera étemellemiuisires, et dans vos réponses contradictoires, ment béni dans le ciel, aussi ne cessera-t-il ja- Si vos pères ont été schismatiques, en se sépa- mais d'avoir des adorateurs sur la terre. Or il est rant de la vraie Eglise, qui conduisait à Dieu ses certain, par les saintes lettres, que Dieu ne reenfants : vous qui entreprenez leur défense, vous çoit les adorations que dans son temple, qui est qui persistez dans leur schisme, vous attirez sur l'Eglise. Ainsi elle sera toujours en ce monde, vous leur condamnation. Retournez donc à l'u- jusqu'au dernier jugement. C'est pourquoi les nilé sainte qui a sauvé nos pieux ancêtres, ainsi prophètes ont dit, et les apôtres l'ont confirmé, que votre ministre le reconnaît. Enfants des que le règne de Jésus-Christ n'aurait point de schismatiques, revenez à la mère des orthodo- fin : parce que l'Ecriture nous montrant deux xes. siècles dans lesquels le Fils de Dieu doit régner,

il faut nécessairement que son règne remplisse

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