CHAPITRE II ^a durée de l'un et de l'autre
Si nous voulons maintenant connaître que
De la durée perpétuelle de l'Eglise visible : que le ministre celte Eglise perpétuelle doit être visible, lais-
la reconnaît; et que l'Eglise prétendue réformée confesse &ms jes conjectures humaines, et jugeons des
sa nouveauté et prononce sa condamnation. ..,, , .,„ ,. .,. . ,. , , .
F qualités de 1 Eglise par 1 intention de celui oui
L'unité catholique doit être ancienne, et par l'a instituée,
conséquent le schisme est toujours nouveau. Deux raisons ont obligé le Sauveur du monde
Ainsi la volonlé visible de nos adversaires les fait à lui donner une forme visible. L'une de ces
reconnaître pour schismatiques, et montre que raisons regardait lés hommes, l'autre l'établis-
l'Eglise n'est point parmi eux, parce qu'elle ne sèment de sa propre gloire,
peut jamais cire dans la nouveauté. Si nous étions de ces intelligences célestes,
La force de ce raisonnement est fondée sur lesquelles , étant dégagées de toute matière ,
ces trois propositions, que j'entreprends de prou- vivent d'une pure contemplation, il ne serait
ver par ordre: Que la durée de l'Eglise est per- pas nécessaire de nous unir autrement qu'en
péluelle; que cette Eglise perpétuelle doit être esprit ; mais puisque nous sommes des hommes
visible, et que le ministre l'avoue dans son Ca- mortels, il était certainement convenable que
f<?c/iî.s;;?e ; q;ie l'Eglise prétendue réformée pro- la Providence divine liât notre communion par
nonce elle-tnême sa condamnation, parce qu'elle quelques signes sensibles.
confesse sa nouveauté. Pour entendre solide- Mais la principale raison, c'est que Jésus-
menl ces trois vérités, il faut que nous reinon- Christ, fondant son Eglise, veut que sa doctrine
tions jusqu'au principe, et que nous considé- y soit professée, pour y être glorifié, comme
dans son temple, tarant Dieu el devant les homme , C'est pourquoi il l'a mise sur la montagne, pour attirer les infidèles, ou pour les confondre.
De là vient qu'il l'a rttéraa des signes externe*, <iui ne permettent pas qu'elle suit cachée. 11 lui a donné ses sainis sacrements, qui sont les sceaux sacrés de la communion des fidèles . par lesquels nous portons en nos corps les livrées de Jésus-Christ noire capitaine* Il y a établi des pasteurs et une forme de gouvernement, qui unit
tout le corps de l'Eglise.
Le Fila de Dieu, le Verbe éternel, invisible par sa nature, voulant être le chef de l'Eglise , a daigné se rendre sensible à nos yeux, en se revêtant d'une chair humaine ; et pendant le
cours de sa \ie mortelle , il a assemblé pies de
sa personne une sainte société à laquelle il i ordonné de s'étendre par toute la terre : c'est
ce qu'il a appelé son Eglise, c'est-à-dire une
assemblée de lidèles qui doit conièsser son nom
el son Evangile; par conséquent il veut qu'elle
SOit visible.
De cette Eglise ainsi établie, Jésus-Christ, la parole du Père * qui porte toutes choses par sa puissance, a dit et prononcé dans .son Evangile , que jamais elle ne serait renversée. « Les por- « les d'enfer, » dit-il ', « ne prévaudront point « contre elle. » Aussi, malgré les persécutions et les hérésies, c'est-à-dire malgré la fureur du diable cl sesarlilices , celle Eglise , appuyée sur celle parole, demeure et demeurera toujours immobile.
Je m'étendrais davantage à prouver cette vérité, si le ministre, non content de la confesser, ne l'avait lui-même prouvée parées trois raisons 2. La première c'est que Jésus-Christ étant près de retournera son Père , et envoyant ses disciples par toute la terre pour enseigner et baptiser les nations, ce qui regardait le ministère visible de l'Eglise, ajoute aussitôt après, pour en montrer la durée perpétuelle : « Je suis « toujours avec vous jusqu'à la tin du monde 3. » La seconde c'est que l'apôtre saint Paid parlant du sacrement de la sainte table , dit que « la * mort du Seigneur y est annoncée jusqu'à ce a qu'il vienne 4. » La troisième est prise du même Apôtre, et expliquée dans le Catéchisme en ces termes : « 11 dit que l'œuvre du ministère , et l'assemblage des saints , et l'édification du corps du Christ, se continuera jusqu'à ce que nous soyons tous parvenus à la perfection d'icelui, c'est-à-dire que le nombre des élus de Dieu soit accompli, et que l'Eglise soit achevée.»
' M.,'lh.,x\\, 18. — * Pag. 29. — 3 Malth., xxvm, 20. — « I Cor., XI, 26.
H prouve, | ar ces trois raisons, que « le mi- « nistère » de la religion chrétienne « doit durer « jusqu'à la lin du monde. » Or/d est clair que ce ministère comprend l'établissement des pasleurs, et l'usage de la prédication et des sacrements. Ainsi . comme c'est par ces trois moyens que l'Eglise chrétienne est rendue visible , il faut nécessairement qu'il avoue qu'elle l'est et le sera sans interruption jusqu'à ce que le lils de Dieu vienne pour juger les vivants et les
morts : si bien qu'il résulte de sou discours, que c'est à l'Église visible que la durée perpétuelle a été promise ; el par là cette imagination d'Eglise invisible , qui est l'unique asile de nos
adversaires, esl uianile lement réfutée par les
principes de leur ministre.
Une si la durée de l'Eglise visible est perpétuelle . il parait , pins clair que le jour , qu'elle doit s'étendre dan, tous les siècles, par une continuelle succession : el , en eflet, le ministre avoue que « l'œuvre du ministère se conti- « nuera jusqu'à ce que le nombre des élus soit • accompli. »
De là vieid que toutes les véritables églises sont apostoliques, parce qu'elles sont toutes descendues des Eglises apostoliques par une succession non interrompue . et ainsi elles sont
réputées île la même race, i ne race, » dit Tertullien ', « se doit rapporter à son origine; c'est pourquoi toutes les églises ne sont que celle Eglise unique et première que les apôtres de Jésus-Christ ont fondée. Elles sont toutes premières et apostoliques, parce qu'elles se sont associées à la même unité, » et qu'elles ont le même principe.
Ces maximes étant supposées avec le consentement du ministre, je tire celte conséquence infaillible : qu'il suffit pour condamner une Eglise qu'elle n'ait pas la succession. Et dans quel abime se cachera donc l'Eglise prétendue réformée, qui de peur qu'on ne doute de sa nouveauté , ne craint pas de la confesser ellemême ? Car en l'article 31 de sa Confession de foi générale , après avoir posé ce principe , que « nul ne se doit ingérer de son autorité propre « pour gouverner l'Eglise, » sentant bien qu'elle prononçait sa condamnation , elle tâche de s'en garantir par cette défense qui la condamne encore plus évidemment : « 11 a fallu quelquefois, » dit-elle , « et môme de notre temps , auquel l'état de l'Eglise était interrompu , que Dieu ait suscité gens d'une façon extraordinaire,
1 Omne penus ad originem suam censeatur nccesse est, itaquotot ac t&uiaa Ecclesia una est iliaab apostoiis prima ex ';ua oranes. Ita omnes prime ctomnes apostolicae, dum unam omnes probant ur.it;>.tein. {De prmtcr.,c. 20.)