CHAPITRE III
Que, selon les principes du ministre, nos adversaires ne peuvent apporter aucune cause de séparation.
Disons maintenant à nos adversaires avec cette ardente charité de saint Augustin : l Pourquoi vous êtes-vous séparés ? quel a été votre aveuglement, lorsque, pour éviter, à ce que vous dites, les abus qui étaient dans l'Eglise, vous n'avez pas craint de tomber dans le plus horrible de tous les abus, qui est le sacrilège du schisme ? Certes, rien ne doit être plus nécessaire que les causes de séparation ; et il n'y a rien de plus
1 Aug.,De bapt.,Ub. u, n. 7, ton», iz.
mal fondé que celles que vous prenez pour prétexte.
Considérez , en vos consciences , s'il n'est pas vrai que, de tous les points de notre doctrine, celui qui vous choque le plus, c'est la réalité incompréhensible du corps de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Calvin, combattant cette foi, dit que la véritable raison pour laquelle on ne recevait pas son opinion , « c'est que le diable , enchantant les esprits , les jette en une horrible folie i. » Ce grand prophète ne savait pas que ses descendants prêcheraient un jour que la doctrine de la réalité « n'a aucun venin ; qu'elle ne nous engage en rien qui soit contraire ou à la piété, ou à la charité, ou à l'honneur de Dieu, ou au bien des hommes 2, » et que ceux qu'il décriait dans ses livres, comme frappés d'une si horrible folie par les enchantements de Satan, deviendraient des membres de son Eglise, par un décret solennel d'un de ses synodes.
Encore que vos frères les luthériens ne conviennent pas avec nous de toutes les circonstances qui accompagnent cette miraculeuse réalité, néanmoins nous sommes d'accord dans le point le plus essentiel de la question. Que si la créance que nous professons n'a rien , dans le point principal, qui donne une juste cause de séparation, jugez quelle apparence il y a que l'on en puisse trouver dans les accessoires.
Pour ce qui regarde l'adoration, Calvin reconnaît en termes formels que c'est une suite de la présence réelle. « En quelque lieu, » dit-il 3, « que soit Jésus-Christ, il ne sera licite de le frauder de son honneur et service. Qu'y a-t-il donc de plus étrange que de le mettre sous le pain, et ne l'adorer pas? » Après il répond nettement à toutes les objections qu'on peut faire.
Je passe en peu de mots ces raisonnements que les docteurs catholiques ont si bien traités : et si j'en touche ici quelque chose, ce n'est pas pour expliquer à fond ces matières ; mais afin que nos adversaires, touchés du désir de sauver leurs âmes, s'en fassent informer plus soigneusement , et s'ouvrent le chemin à la vie , que nous leur souhaitons en Notre-Seigneur.
Mais puisqu'il a plu à la Providence que le Catéchisme du sieur Ferry donnât de si grands avantages à la bonne cause, il me semble que la charité nous oblige d'y faire une réflexion sérieuse , non point certes pour insulter à nos adversaires , mais pour procurer leur salut par tous les moyens que Dieu nous présente. C'est pourquoi j'entreprends de leur faire voir que les maximes de leur ministre ne leur laissent
1 Lib. iv, Inst., c. 16. — * Voy. ci- dessus. — 3 Cont. Hesbut-
aucune cause légitime sur laquelle ils puissent fonder leur séparation.
Pour entendre cette vérité , il no faut que rappeler en nuire mémoire les choses qui oni déjà été expliquées. Premièrement , que uns adversaires enseignent qu'il j a certaines erreurs «mi la loi pour lesquelles on ne se doit pas séparer ; et «pi'atin qu'une erreur nous oblige à rompre, il tant qu'elle renverse tes trais fondements de la loi et de l'espérance du Chrétien '. Secondement, que l'Eglise romaine était encore véritable Eglise en l'an 1549 ; puisque l'on y pouvait faire son salut 2. Ajoutons pour troisième principe qu'il n'est pas possible que la vraie Eglise erre dans les fondements de la loi : caides lors elle perdrait le litre d'Eglise : puisque la première marque de la vraie Eglise, selon les principes de nos adversaires ■ . c'est qu'elle professe la saine doctrine : ce qui se doit entendu' principalement de ces maximes essentielles et fondamentales, sans lesquelles il n'y a point de christianisme.
De la il s'ensuit, sans difficulté , que ni la transsubstantiation, ni la Messe, ni, pour (lire en un mot , tous les autres points qui étaient crus si certainement du temps de nos pères , ne peuvent donner a nos adversaires un juste fondement de séparation : et cependant il est véritable qu'ils Comprennent les principaux articles controversés.
Et afin que le catéchiste connaisse combien sont fortes les conséquences que nous tirons d'un principe si bien établi, nous en pouvoir faire l'épreuve en une matière des plus importantes , qui est la communion sous les deux espèces.
Une des marques essentielles de la vraie Eglise, selon les principes des calvinistes et la Confession du ministre, c'est le droit usage des sacrements*. Si donc, avant la réformalion prétendue et jusqu'à l'an 1543, l'Eglise romain»1 était vraie Eglise, puisqu'elle conduisait au ciel plusieurs citoyens de la bienheureuse Jérusalem, il parait que les sacrements, du moins quant à la substance, y étaient bien administrés. Cependant il est plus clair que le jour que l'on n'y communiait que sous une espèce, ainsi qu'il a été remarqué ailleurs. Et par conséquent celle façon de communier ne ruine pas la nature du sacrement.
Celte réponse commune de nos adversaires, que l'ignorance ou quelque autre raison excusait nos pères, ne leur est d'aucun usage en ce lieu ; car il ne s'agit pas ici des personnes , mais de la
1 Ci-dessus, sect. l.cii. 4 et 5.-2 Ci-dessus, chap. 1.— ' Catèch., p. 59;Con/«î. de Joi, art. 28. — * Pag. 69.
nature du sacrement. 11 est question de savoir s'il était en l'Eglise romaine quant à la substance : parce que s'il n'\ était pas en cette manière, elle avait perdu le titre d'Eglise ; et ainsi les enfants de Dieu n'\ pouvaient pas vivre, et bien moins encore \ mourir, connue le Catéchiste l'assure.
Il a bien \u celte conséquence , et je puis dire qu'il ne l'a pas improuvée ; parce que, rapportant les raisons pour lesquelles la réformalion était nécessaire , il allègue celle-ci entre les autres : i qu'il fallait une grftce extraordinaire pour empêcher (pie tant d'erreurs qu'il y avait en l'Eglise romaine, ne nuisissent à la foi des élus et aux sacrements qu'ils y reçoivent « ; » où il suppose que les sacrements se recevaient en l'Eglise romaine. Je demande quels sacrements, sinon ie baptême et l'Eucharistie? Certes, le ministre n'en connaît pas d'autres. Donc, puisque l'on ne communiait que sous une espèce, il s'eiisiiil qu'une espèce seule est le sacrement. El parce qu'il pourrait répondre que c'est le sacrement a la vérité, mais le sacrement imparfait . je le prie qu'il nous fasse entendre si les deux espèces sont tellement jointes dans la nécessité kW ce sacrement, si elles sont lellemenl de l'essence , qu'il ne puisse subsister sans elles, s H repond qu'il ne peut subsister sans les
deux espèces . communier seulement sous l'une des deux, c'est détruire le sacrement, non le recevoir. De celte sorte, on n'y participe non
plus (jiie si l'on séparait l'eau d'avec la parole dans l'administration du baptême. Que si l'on reçoit en vérité ce saint sacrement sous la seule espèce du pain, il parait (pie la vertu en est appliquée , et que la communion des deux espèces n'est pas nécessaire pour participera l'Eucharistie. Ainsi une des difficultés principales est terminée par les maximes de notre adversaire. .Mais continuons de lui faire entendre , par ses principes, qu'il ne s'est laisse aucune raison par laquelle sa séparation puisse être excusée. En effet, ce qu'il exagère le plus dans son Catéchisme, c'est le reproche qu'il t'ait à l'Eglise, qu'elle ne permet pas aux fidèles de se confier en Jésus-Christ seul. Ainsi, lui ayant montré clairement combien celle accusation est injuste, qui ne voit que nous avons renversé le fondement principal de sa cause ? Dira-t-il que nous ne nous coulions pas en Jésus-Christ seul , parce que nous enflons l'arrogance humaine par l'opinion des mérites. Mais pour laisser les autres raisons, que répondra-l-il à saint Augustin , qui les a soutenus avec tant de force dans le même sens que l'Eglise ? Osera-t-il dire que ce grand
1 Pag. 118.
RÉFUTATION DU SIEUR FERRY
docteur a enflé l'arrogance humaine , lui qui est le prédicateur de la grâce , et qui , dans le sentiment de Calvin « , « n'a pas son pareil entre les anciens, en modestie et profondeur de science ?» Se séparera-t-il de ce saint évèque ? Mais, certes, il lui a /'ait cet honneur de trouver ses erreurs supportables 2 , et il n'y remarque aucune cause de séparation. Se relirera-t-il d'avec nous, parce que nous appelons les saints à notre secours ; et dira-t-il , avec tous les siens , que cette prière est injurieuse à notre Sauveur ? 0 témérité inouïe ! Car oserait-il bien se persuader qu'il honore plus Jésus-Christ que ne faisait l'Eglise ancienne, laquelle , en priant les saints comme nous , ne doutait point qu'elle ne glorifiât le Sauveur des âmes, dont la grâce les a couronnés ? Qu'il écoute le grand saint Rasile, qui exhorte le peuple fidèle en ces termes : « Souvenez-vous, » dit-il 3 , « du martyr , vous auxquels il a paru dans les songes ; vous qui , étant venus en ce lieu, l'avez eu pour compagnon dans vos prières ; vous auxquels, étant appelé par son nom, il s'est montré présent par ses œuvres. » Qu'il écoute saint Grégoire, évêque de Nysse, frère de cet admirable docteur 4 , qui représente les Chrétiens embrassant le corps d'un martyr, « le priant d'intercéder pour eux, comme un de ceux qui sont auprès de Dieu et qui obtient, quand il veut, les grâces, étant invoqué. » Qu'il écoute saint Augustin , qui dit que les fidèles « recommandaient aux martyrs les âmes de ceux qu'ils aimaient , comme à leurs défenseurs et à leurs avocats5. » Ces grands hommes déshonoraientils Jésus-Christ ? et quelle est la témérité de nos adversaires qui, sous le nom de l'Eglise romaine, déchirent la mémoire de ces grands docteurs ? Pour ce qui regarde le purgatoire et la prière que nous faisons pour les morts , se peut-il rien due de plus formel que ces belles paroles de saint Augustin : « Il ne faut point douter , » dit ce grand évêque 6 , « que les prières de la sainte Eglise , et le sacrifice salutaire , et les aumônes que font les fidèles pour les âmes de nos frères défunts, ne les aident à être traitées plus doucement que leurs péchés ne méritent. Car nous avons appris de nos pères, ce que l'Eglise universelle observe, de faire mémoire, dans le sacrifice, de ceux qui sont morts en la communion du corps et du sang de Jésus-Christ, et en même
• Défera, etmt. Vtstph. — 2 Pag. 41. — » Hom. de Mimante rnart. n. 1, tom. p. lSô. — » Hom. de S. T/téod. mart., tom. ni, p. 580.
— * Bisdcmsai ctfs illos tanquam patronUbusceptos apud Oominum «djuvat.dos orandocommei.darit.f/Je <ura pro morhds, n. 6, tom . vi.)
— iiv e Patribus tradJtum nnirersa observât Ecclcsia, ut
pro eis ijui in corporis et sanguini-i Christi communioue defuncti surit. CUOT ad ipsum sacrifîcium loco suo commemorantur, oretur, ac pro ip.->is quoque idofferri commemoretar, cic. Non omnino ambigendum est! tap uiesse defunctis. (Serm. 32, De verb. aposl., mine 172, n. 2, tom. v.)
temps de prier, et d'offrir ce sacrifice pour eux. A l'égard des œuvres de miséricorde par lesquelles on les recommande, qui doute qu'elles ne leur soient profitables? Il ne fa ut nullement clouter que ces choses ne servent aux morts, mais à ceux qui ont vécu de telle sorte, qu'ils en puissent tirer de l'utilité après la mort. » II n'en faut point douter , dit saint Augustin , et l'Eglise universelle l'observe, et elle a appris de ses pères d'offrir le sacrifice pour eux ; et leurs âmes constamment en sont allégées. N'est-ce pas reconnaître un état des âmes dans lequel elles peuvent être assistées par nos oraisons et nos sacrifices ? C'est ce que nous appelons le purgatoire.
Je ne pense pas que nos adversaires osent imiter l'imprudence et la témérité de Calvin, qui, parlant des prières ecclésiastiques que nous faisons pour les morts dans le sacrifice, avoue que « la coutume en est ancienne ; comme la coutume, » dit-il !, « domine souvent sans raison, » il accorde que « telles prières ont été reçues de saint Chrysostome, d'Epiphane, de saint Augustin : mais ces bonnes gens que j'ai nommés, » ajoute cet insolent hérésiarque, « par une trop grande crédulité, ont suivi sans discrétion ce qui avait gagné la vogue en peu de temps. »
Quel mauvais démon possédait cet homme qui méprise avec tant d'orgueil l'antiquité la plus vénérable? Malheureuse mille et mille fois l'hérésie qui doit sa naissance à un tel auteur! Mais quelle gloire à la sainte Eglise qu'elle ne puisse être méprisée que par ceux qui méprisent l'antiquité sainte, et ses plus illustres docteurs !
Je demande maintenant à nos adversaires s'ils veulent être enfants de l'ancienne Eglise, ou s'ils se veulent révolter contre elle ? S'ils ne veulent pas être ses enfants, certes je ne m'étonne pas qu'ils nous fuient; mais si celte pensée leur paraît horrible, par quelle hardiesse nous condamnent-ils dans une cause qui nous est commune avec elle ?
Mais Rome est destinée, nous dit le ministre 2, pour être le siège de l'Antéchrist; c'est la Babylone de l'Apocalypse, de laquelle Dieu ordonne de se retirer. Saint Jérôme l'a entendu de la sorte, et les auteurs catholiques ne le dénient pas; c'est pourquoi les réformateurs prétendus ont dû abandonner sa communion. Tel est le raisonnement de notre adversaire, duquel la faiblesse est toute visible.
Quand j'accorderai au ministre que l'Antéchrist régnera dans Rome, et que Rome sera le siège de son empire, je n'en respecterai pas moins l'Eglise romaine. Les Néron, les Domiiien et les
• Traité de la manière de réformer l'Eglise. — J Pag. 76.
entres persécuteurs des fidèles 3 ont bien régné nu iv siècle. Ce grand évêque, écrivant contre
lutrefois; et néanmoins ce sérail une pensée Parménian, donatiste, lui explique l'unité de
très-extravagante de croire que l'Eglise romaine l'Eglise par l'unité de la chaire principale a la-
00 soil di'- li morée. quelle toutes les autres doivent être unies. « Vous Il faut faire grande différence entre l'Eglise de ne pouvez nier que vous ne sachiez que la chaire
Rome el la s die : et saint Jérôme l'observe très- épiscopale a été donnée a Rome, premièrement
exactement, dans cette célèbre Epttre à Marcelle, à Pierre, en laquelle a été assis Pierre, le chef
en, voulant exhorter cette sainte femme à quitter de tout les Apôtres, qui a été pour cela appelé
Home ponr Bethléem, il lui dépeint la ville de Céphas : en laquelle chaire,* poursuit ce saint
Rome comme la Babylone dont il faut sortir. homme, « l'unité devait être gardée par tous les
« l.à, » dit-il ', « il v a une sainte Eglise, on y fidèle», afin que les autres Apôtres ne pussent
voit les trophées des apôtres el des martyrs, Je- pas s'atlnhiier la chaire; et que celui-là fût tenu
MB-Ghrist J est reconnu, nous \ remarquons pourpécheUT et pour schistnatii/ue, qui élèverait
celle même loi qui a été louée par l'Apôtre, el la Mine autre chaire contre cette chaire singulière '. »
gloire du nom chrétien s'] élève de plus en plus Ce .saint homme ne veut pas nier que tous les tous les jours sur les ruines de l'idolâtrie. Mais Apôtres n'aient eu leur chaire, puisqu'ils étaient l'ambition, la puissance el la grandeur de la ville; les maîtres du monde; toutefois, ils n'axaient pas voir el elie vu, visiter el clic visite, louer et me- la chaire, dit-il, C'est-à-dil 6 celle chaire unique dire, toujours parler ou toujours entendre, être et principale en laquelle l'unité doit être gardée: contraint de voir une si grande multitude d'hom- elle n'appartenait qu'à saint Pierre; et de peur mes, ce sont choses qui ne s'accordent pas avec qu'on ne s'imagine qu'elle devait finir avec cet le repos de la profession monastique. » Qui ne Apôtre, il rapporte tous ses successeurs qui s'y voit <pie se> premières paroles honorent la sain- sont assis aptes lui : « La chaire donc, » dit-il 2, teté tle l'Eglise, el qu'il représente dans les der- 1 est un que, Pierre s'y csl assis le premier, Lin nières le tumulte et la confusion de la ville? a a succédé; » il les nomme luis jusqu'à Silice : 11 est vrai que ce saint docteur, accoutumé à la et nous pouvons aisément remplir cette liste juscrèche du Fils de Dieu et à la solitude de lieth- qu'à Innocent X d'heureuse mémoire, et à celui léem, ne pouvait se plaire dans celle ville perpé- que le Saint-Esprit lui destine pour successeur; tuellement empressée, ci en laquelle il avait été après quoi nous dirons à nos adversaires avec souvent maltraité par la jalousie de tant de per* saint Optai •. Montrex-nous l'origine de votre sonnes, eomme ses écrits le témoignent .Mais chaire, vous qui vous attribuez le litre d'Eglise:» quelque aversion qu'il eût pour la ville, il ne n'eies-\ous pas Khismatiquet cl pécheurs, vous laisse pas toutefois d'écrire du tond de la l'aies- qui vous élevés contre la chaire unique, contre la Une à son Pontife el à son Eglise : « Je suis asso- chaire de l'apôtre saint Pierre et l'Eglise princiciéparla communion à Votre Sainteté, c'esl-à- pale, dit saint Cyprien 3, plus ancien qu'Optât, dire à la chaire de Pierre : je sais (pie l'Eglise a d'où l'unité sacerdotale a pris sa naissance? Que été fondée sur cette pierre. Quiconque ne mange pouvez-vous répondre à des autorités si prépas l'Agneau en celte maison est profane 2; » et cises!
après: « Celui qui n'amasse pas avec vous, dis- Mais s'il est vrai que l'Eglise romaine est le
Sipe : c'est-à-dire qui n'est pas à Jésus-Christ est lieu de concorde et de paix où se doivent unir les
à l'Antéchrist. » Où, bien loin de considérer entants de Dieu, d'où vient que nos adversaires
1 Eglise romaine comme le siège de l'Antéchrist, enseignent qu'elle est celte Babylone confuse de il estime des antechrists ceux qui ne s'unissent laquelle il e faut retirer! D'ailleurs, où nous lipoint avec elle. ront-ils, c ans les écritures, que Babjlone doive
Et certes, si nous considérons l'Eglise romaine adorer Jésus- larist el mettre toule sa confiance
selon les maximes des anciens docteurs, bien en lui seul? Cependant, nous avons nionlré que
loin de croire, comme les ministres, qu'elle est c'est ce qu'enseigne l'Eglise romaine. Y a-t-il
la Babylone donl il laut sortir, nous dirons avec donc rien de plus téméraire que de l'appeler les saints Pères, qu'elle est le centre où il se faut
. . p, . . ' N égare non potes scire te in urbe Roma Petro primo cathedram
l'assembler. L est Ce que IlOUS VOyonS Clairement episcopalcm esse collatam, in quasedeuit omnium apostolorum caput
dans Ce beau passage de Saint OpUlt, qui Vivait *•»»••■ >» 1ua U1>a cathedra, unitas ab omnibus servaretur, ne
r ^ singuli apostoli singulas sibi quisque del'cndeient ; ut jam sebisma-
' Nunc Epist, ''aul. et Eus.octi. ad Afarcell-, inter Epist. Hieron., ticus et peccator esset qui contra liane singularem catliedram altérant
e^t. 41, ijin. iv, part U. collocarct. (Uplal, Mil., Cou r. Pu, m., scu, De sch.sm. donaCisl.,
1 Ego Beatuudini lua:, id e*t, cathedise Prtri corn iiuuione con- lib u, c. 2 et 3 ) — 2 Ergo cathedra unica c^f, sedit prier Petras ,
socior : super .liani petram aed ticaïain E vie-iam se o. Qui.mnquc cui Sttccessit Linus... Vestrœ cathedra vos originem reddite, qui
extra hauo il main Âgnum cumodet t, prounalua tir... Q,a eu .que vobis vultis sanctam Ecclcsiam vindicure. (Id., ad.) — ; NavigaM
tecum non colligit, spagir, boc est, qui Cbrisli non est, Aoticnmd audentetad Pctri cathedram et ad Eoclesiam principalcm, unde
est. (Epiai. Il, Ad Damas., i unitassucerdotalis exulta est. (Epist. bb. Ad Corn., De schismal.)
HO RÉFUTATION DU SIEUR FERRY
Babylone? et combien nos adversaires sont-ils qu'il écrit contre les évêques. Car comme en l'as-
înal fondés s'ils n'ont point d'autre cause de se- semblée de l'empire, à Vormes, il avait parlé
paration? aux évoques avec quelque sorte de déférence, il
Il parait nettement, par tout ce discours, qu'il Se repent de sa modestie, il déclare « qu'il ne n'y a rien en notre créance qui renverse les ton- soumettra plus ses écrits à leur jugement, qu'il déments du salut. Car elle nous est commune s'est trop rabaissé à Vormes; qu'il est tellement avec des personnes qui, selon les principes de assuré de sa doctrine, qu'il ne veut pas même notre adversaire, ont pu obtenir la vie éternelle, la soumettre au jugement d'aucun ange ; mais Nos ancêtres, qui se sauvaient en la communion que, par le témoignage de cette doctrine, il les de l'Eglise romaine, ainsi qu'il l'accorde en son jugera eux tous, et les anges même i. » Un Catéchisme, professaient la même doctrine que homme qui écrit ainsi aux évêques, en vérité, nous touchant le saint sacrement de l'Eucharis- veut-il reconnaître la sainte autorité des conciles? tie, et son administration sous les deux espèces « ; Et qui ne voit, par son procédé, que si ceux qui ils condamnaient, comme nous faisons, ceux qui ont suivi son parti ont tant sollicité l'empereur niaient que la sainte Messe fut une institution de faire convoquer un concile, ce n'est pas qu'ils divine, qui rejetaient la vénération des images et eussent dessein de se rapporter à son jugement; la primauté de l'Eglise romaine ; ce qui montre mais c'est qu'ils voulaient abuser le peuple par sans difficulté qu'il n'y a aucun de ces points qui une soumission apparente ? détruise les fondements du salut, puisqu'ils n'ont Et certes, sans rechercher dans l'histoire les pas empêché celui de nos pères. D'ailleurs, nous marques de la rébellion de nos adversaires, il avons lu dans saint Augustin tout ce que l'Eglise suftit que nous leur montrions que leur doctrine catholique enseigne touchant la justification des est si peu modeste, qu'elle ne souffre pas que pécheurs, la vérité de notre justice et le mérite l'on se soumette à l'autorité de l'Eglise. Car d'où des bonnes œuvres; et néanmoins le ministre vient qu'ils ont enseigné, d'où vient que le catéavoue que la religion de saint A ugustin n'est point chiste le prêche, que l'Eglise non-seulement opposée à la sienne 2. Enfin, nous avons vu clai- « peut errer, mais encore qu'elle a erré sourementque le même saint Augustin a cru, comme « vent 2? » N'est-ce pas afin d'avoir un prétexte nous, que c'est une pieuse pratique d'implorer pour mépriser ses décisions? En effet, leur malle secours des saints, et que les âmes des fidèles tre Calvin, bien loin de soumettre les particupeuvent être en tel état hors de celle vie, qu'elles licrs aux déterminations des conciles, soumet reçoivent du soulagement par nos sacrifices. De les déterminations des conciles à l'examen des là, il s'ensuit que notre adversaire est contraint particuliers. Car parlant de l'autorité de ces asnécessairement, ou à désavouer ses propres maxi- semblées vénérables : a Je ne prétends pas en ce mes ou à confesser que l'Eglise romaine a con- lieu, » dit-il 3, « que l'on casse tous les décrets serve tous les fondements du salut, et qu'il ne des conciles : toutefois, » poursuit-il, « vous peut trouver en notre créance aucun sujet de se- m'objecterez que je les range tellement dans paration. l'ordre, que je permets à tout le monde indifféremment de recevoir ou de rejeter ce que les CHAPITRE IV. conciles auront établi. Nullement, ce n'est pas Que la réformation prétendue est une rébellion contre l'Eglise. là ma pensée.» Vous diriez qu'il s'en éloigne - De ' 'nraillibililé de ''Eslise- beaucoup ; mais il accordera bientôt dans la
Si la Réformation prétendue confesse elle- suite ce qu'il semble dénier dans les premiers
même sa nouveauté, s'il ne lui est pas possible mots. « Lorsque l'on apporte, » dit-il, « ladéci-
d'excuser son schisme, elle ne peut aussi nier sa sion d'un concile, je désire premièrement que
rébellion, en ce qu'elle a refusé d'écouter l'Eglise, l'on considère en quel temps, et sur quel sujet,
Faisons donc connaître à nos adversaires que et pour quel dessein il a élé assemblé, et quelles
jamais ils ne se sont soumis à son jugement, et personnes y ont assisté : après, que l'on examine
que ce crime est inexcusable. le point principal selon la règle de l'Ecriture, de
Je sais bien qu'ils ont témoigné dans les com- sorte que la définition du concile ait son poids, et
mencemenls de leur schisme, qu'ils consenti- qu'elle soit comme un préjugé, toutefois qu'elle
raient volontiers qu'un concile terminal les n'empêche pas l'examem. » Peut-on se révolter
difficultés. Mais encore qu'en apparence ils re- plus visiblement contre la majesté des conciles?
connussent l'autorilé du concile, il n'y avait rien Car puisqu'il veut que l'on examine, il veut par
de plus opposé ni à leur intcnlion ni à leur doc- conséquent que l'on juge. Et à qui appartiendra
trine. Et Luther le témoigne assez dans le livre ce pouvoir? Sera-ce à un autre concile? Mais il
• Ci-ùciiui — • rag. 44. « Sleid., lib. m. — 2 Pag. 49. — ' Lib. iv, Intl., ch. 9.
LE SALI T IMPOSSIBLE DANS LA KElOKME.
sera sujet au même examen. Si les particuliers l'entreprennent, donc un particulier jugera des assemblées de toute l'Eglise : après qu'elle aura prononcé, il croira que c'est à lui de résoudre si elle .1 bien décidé les difficultés, el il oseï .1 présumer que peut-être il en end mieux l'Ecriture qu'elle! Est-il rien de plus téméraire, et combien étrange est cette doctrine qui u<> irril et qui entretient les esprits dans une arrogance si démesurée? si dos adversaires répondent que c'est le Saint-Esprit qui les guide, c'est en cela même que l'orgueil est insupportable, <|ue des parti" culiers osent croire que le Saint-Esprit les '"s truise de la vérité, et qu'il abandonne à l'erreur le corps de l'Eglise : n'est-ce pas se préférer à rEglise même? Une si ce sentiment leur parait horrible, il tant nécessairement qu'ils confessent que le Saint-Esprit gouverne l'Ej s dans toutes les déterminations de la fol ; el que ceux qui nient cette vérité, se soulèvent ouvertement contre l'autorité légitime,
Si les calvinistes nous disent que ce privilège d'infaillibilité ne peut appartenir qu'à la Maie Eglise, elqu'il leur faut prouver que la nôtre mérite ce titre, avanl que de les obligera lui obéir ; qu'ils se remettent en la mémoire que l'Eglise en
laquelle nous sommes, était eue ne la vraie
Eglise, quand leurs pères s'en sont séparés, puisqu'elle engendrait les enfants de Dieu, ainsi que leur ministre confesse. Que si elle engendrait des enfants, quidoule qu'elle ne pût.les nourrir? Certes, la terre qui produit les plantes leur donne leur nourriture el leur aliment ; et la nature ne fait jamais une mère qu'elle ne fosse en même temps une nourrice. Que si la Providence divine a établi ce bel ordre dans tout l'univers» aura-t-elle oublié l'Eglise qu'elle a choisie dès l'éternité pour J faire éclater sa sagesse ? Par conséquent, si l'Eglise romaine était encore la M'aie Eglise lorsque nos adversaires s'en sont retirésf il est clair qu'elle nourrissait les fidèles deJésus- Cluist. Etqui ue sait que ianourrituredea enfants de Dieu, e'est sa parole et sa vente ? De là \ lent que le Saint-Esprit, qui opère continuellement dans la vraie Eglise, pour la rendre toujours féconde, lui est aussi donné comme D dire qui lui enseigne la sainte doctrine, afin qu'elle allaite comme nourrice ceux qu'elle aura cue.çus comme mère : ce qui montre bien que la vérité est inséparable de la sainte Eglise. Si donc les principes de nos adversaires prouvent que l'Eglise qu'ils ont quittée était encore l'Eglise de Dieu dans le temps qu'ils en sont sortis, n'est-ce pas une rébellion manifeste de ne s'être pas soumis à son jugement?
Los calvinistes se persuadent que celle doctrine
(pie nous enseignons, de l'infaillibilité de l'Eglise, tend à la faire juge souveraine même de l'Ecriture divine ; mais ils sont bien éloignés de notre pensée. Je or dispute point en ce lieu si l'Ecriture sainte est claire ou obscure ; il me suffit que nous Confessions tous d'un commun accord, (pie c'est sur le sens de cette Ecriture que toutes les questions ont été ruines. .Nous nedisonsdoilC pas que l'Eglise smt juge de la parole de Dieu, mais nous assurons qu'elle est juge des diverses interprétations que les hommes donnent a la sainte parole de Dieu ; el que c'est à elle qu'il appartient, à cause de son autorité magistrale, de faire le discernement infaillible entre la fausse explication et la véritable.
adversaires nous répartiront qu'il faut «pie chaque ûdèle eu particulier discerne la bonne du, 0 me d'avec la mauvaise par l'assistance du Saint-Esprit, ce que nous accordons volontiers,
el jamais nOUS ne l'avons dénie : aussi nV-l-ce
I 1 en ce point que consiste la difficulté. Il est question de savoir de quelle sorte M> fait ced cemement. Nous croyons que chaque particulier de l'Eglise le doit faire avec tout le corps et par l'autorité de toute la communion catholique, à laquelle son jugement doit être soumis; et celte
excellente police vient de l'ordre de la charité, qui est la vraie loi de l'Eglise : car lorsque Jésus- Cbrist l'a fondée, le dessein qu'il se proposait, l que ses Qdèles fussent mus par le lien d'une charité indissoluble. C'est pourquoi il n'a pas permis que chacum jugeai en particulier des articles de la foi catholique, ni du sens des Ecritures divines ; mais, afin de nous faire chérir davantage la communion el la paix, il lui a plu que l'unité catholique lut la mamelle qui donnât le lait à tous les particuliers de l'Eglise, et que les Qdèles ne pussent venir à la doctrine de vérité que par le mo\en de la charité et de la société fraternelle.
Delà vient que nous voyons dans les Actes qu'une grande question s'élant élevée louchant les cérémonies de la loi, l'Eglise s'assembla pour la décider, et après l'avoir bien examinée, elle donna son jugement en ces mois : « 11 a plu au « Saint-Esprit et à nous l. » Celle façon de parler, si peu usitée dans les saintes lettres et qui semble mettre dans un même rang le Saint-Esprit et ses serviteurs, en cela même qu'elle est extraordinaire, avertit le lecteur attentif que Dieu veut faire entendre à l'Eglise quelque vérité importante, car il semble q.ie les apôtres se devaient contenter de dire que le Saint-Esprit s'expliquait par leur ministère; mais Dieu, qui les gouvernait intérieurement par une sagesse
1 Act,x\, 28.
îl2 RÉFUTATION DU SIEUR FERRY.
profonde, considérant par sa providence combien l'Eglise pour affermir les esprits flottants, aussi il était important d'établir en termes très-forts bien que pour réprimer les présomptueux. l'inviolable autorité de l'Eglise dans la première Ce qui doit encore nous faire connaître quelle de ses assemblées, leur inspira celle expression était la déférence de saint Auguslin pour les démagnifique : « H a plu au Saint-Esprit et à tenninations de l'Eglise, c'est ce qu'il écrit de «nous:» afin que tous les siècles apprissent, saint Cypricn, et du baptême donné par les par un commencement si remarquable, que les hérétiques. Saint Cypricn avait enseigné qu'il fidèles doivent écouter l'Eglise, comme si le ne méritait pas le nom de baptême. Saint Au- S uni-Esprit leur parlait lui-même. gustin soutenait avec l'Eglise, qu'un hérétique Et il serait ridicule de nous objecter que cette peut baptiser : « Mais, » dit-il », « nous n'oserions autorité magistrale, qui décide les questions avec pas l'assurer nous-mêmes, si nousn'étions fondés une certitude infaillible, n'a été dans l'Eglise sur l'autorité de l'Eglise universelle, à laquelle qu'an temps des apôtres ; car cette pensée serait saint Cyprien aurait cédé très-certainement, si la raisonnable, si toutes les questions sur les saintes vérité éclaircie eût été dès lors confirmée par un lettres eussent dû aussi finir avec eux. Mais, au concile universel. » Où je trouve très-remarcon traire, le Saint-Esprit, prévoyant que chaque quable que ce qu'il enseigne si constamment siècle aurait ses disputes, dès la première qui comme une vérité catholique, il avoue qu'il n'os'est élevée, nous donne le modèle assuré selon serait pas l'assurer sans l'autorité de l'Eglise; il lequel il faut terminer les autres, quand il est faut donc qu'il estime l'Eglise infaillible, puisainsi nécessaire pour le bien et pour le repos de qu'elle seule le fait parler hardiment et sans l'Eglise. Tellement qu'il appartiendra à l'Eglise, aucun doute. Et ce qui le montre sans difficulté, tant qu'elle demeurera sur la terre, de dire, à c'est qu'encore que saint Cyprien eût été oulïmitation des apôtres : « lia plu au Saint-Esprit vertement d'un avis contraire à celui qui était et à nous. » En effet, les anciens docteurs ont reçu dans l'Eglise, il ne doute pas que ce saint attribué constamment à l'Esprit de Dieu ce qu'ils martyr n'eût cédé, si eilc avait jugé de son temps, voyaient reçu par toute l'Eglise : et c'est pour C'est qu'il croit si absolument nécessaire de se cette raison que saint Augustin, parlant de la soumettre à son jugement, qu'il ne lui entre pas coutume de communier avant que d'avoir pris dans l'esprit que jamais un homme de bien puisse aucun aliment : « Il a plu, » dit-il », « au Saint- avoir une autre pensée. Et certes, le grand Cy- Esprit que le corps de Noire-Seigneur fût la pre- prien a bien témoigné quelle était sa vénération mière nourriture qui entrât en la bouche du pour l'Eglise, lorsque, interrogé par un de ses Chrétien. » Il est digne d'observation qu'encore collègues sur les erreurs de Novalien, il lui fait que cette coutume ne soit appuyée sur aucun cette belle réponse : « Pour ce qui regarde Notémoignage de l'Ecriture, toutefois il ne craint vatien, duquel vous désirez que je vous écrive pas d'assurer que le Saint-Esprit le veut de la quelle hérésie il a introduite, sachez premièresorte, parce qu'il voit le consentement de l'Eglise ment, mon cher Frère, que nous ne devons pas universelle. C'est pourquoi le même saint Au- même être curieux de ce qu'il enseigne , puisgustin, disputant du baptême des petits enfants : qu'il n'enseigne pas dans l'Eglise. Quel qu'il soit, « Il faut, » dit-il 2, « souffrir ceux qui errent il n'est pas Chrétien, n'étant pas en l'Eglise de dans les questions qui ne sont pas encore bien Jésus-Christ 2. » 11 tient la doctrine de l'Eglise examinées, qui ne sont pas pleinement décidées si constante et si assurée, qu'il ne veut pas même par l'autorité de l'Eglise; c'est là que l'erreur se que l'on s'informe de ce que disent ceux qui s'en doit tolérer : mais ils ne doivent pas entre- séparent; bien loin de permettre qu'on les reprendre d'ébranler le fondement de l'Eglise. » coive à justifier ce qu'ils enseignent, il croit in- Ainsi cet incomparable docteur, non-seulement failliblement qu'ils enseignent mal, dès qu'ils ne permet pas qu'on dispute après que l'Eglise a n'enseignent pas dans l'Eglise. Ne fallait-il pas déterminé; mais il estime qu'on sape le fonde- que ce saint martyr fût persuadé, aussi bien que ment quand on révoque en doute ce qu'elle dé- saint Augustin, que « celui qui est hors de cide. C'est à cause que par un tel doute son l'Eglise ne voit ni n'entend; » que «celui qui infaillibilité est détruite; et cette infaillibilité est le fondement, parce qu'elle a été donnée à ' Nec nos *■* tale aliquid auder«m"s asserere, nisi univers*
1 -1 Ecclesiae concordissima auctoritate firmati: cui et ipse sine dubio
' Placuit Spiritui sancto, ut in honorem tanti sacramenti in os cederet, si jam illo tempore quaestionis hujus veritas cliquata et
Christiani prius corpus Dominicum intraret, quam caetericibi. |Epist. declarata per plcnarium concilium solidaretur. [Lib. II, De bupl.,
117, riiinc ->J, n 8, tom. il ] — ' Ferendus est disputator en-ans in cap. 4, n. 5, tom. ix.] — 2 Scias nos primo in loco nec cuiiosos esse
aliis quaestionibus non diligenter digestis, nondum plcna Ecclesiae deberequidillc doceat, cum foris doccat. Quisquis illc est, etqualis-
tt'ictoritate lirmatis , ferendus est en-or. ; non usqueadcopro;icdi débet, citmqne est, Christianus non est, qui in Christi Rcelesia non est.
ut fundamentum ipitim Ecclcsi«e quatere moliatur. [Serin. 14, De [Epist.B2 ad Anton.] — ' Bxtra illam qui est, nec audit nec videti
ftrli. apoil., Donc 294. De tapi, paru., n. 29, tom. T.] -ntra euni qui est, nec suiJus nec cascus e^t. (/» f'sal. LVII, n. 7.)
LE SALUT IMPOSSIBLE DANS LA RtfF RME. 113
est dans l'Eglise n'est ni sourd ni aveugle ; » de l'Eglise ». Ainsi avant le concile de Jérusa c'est-à-dire qu'on est assuré de n'être jamais lem, plusieurs fidèles avaient estimé quel'obaveuglé d'erreur, ni jamais sourd à la vérité, scrvalion de la loi était nécessaire: leur criant qu'on suit les sentiments de l'Eglise; et roui- était tolérante alors; mais leur témérité eommenl cela est-il véritable, si l'Eglise même n'eût pas eu d'excuse, s'ils avaient persisté dans a erré soumit, ainsi que le ministre l'enseigne ? leurs sentiments après la décision des apôtres. Mais avant que de sortir de celte matière, Nous enseignons en ce même sens qu'il apparécoulons un reproche qu'il lait à l'Eglise sur le tient à la sainte Eglise de déclarer nettement aux sujet de cette autorité souveraine que nous don- peuples quelles sont les vérités catholiques, et nous à ses jugements. 11 nous objecte que nous qu'après sa déclaration, tous les doutes sont croyons (\u elle peut augmenter le Symbole et éta- criminels. Est-ce une médiocre infidélité d'inblir de nouveaux articles de foi »; d'où il lire celle férer de cette doctrine que notre religion n'est conséquence, que notre religion est un accroisse- pas achevée ? ou pourquoi le ministre ne dit-il pas ment de nouveautés, et qu'elle n'est pas encore qu'elle ne l'était non plus du temps des apôtres, achevée. Celle calomnie est insupportable, et la ni du temps de saint Cyprienî Mais c'est a lui simple proposition de notre doctrine confondra que nous reprochons justement qu'il nous a rela mauvaise foi du minisire: car il nous impose présenté une Eglise dont la religion n'est pas trop visiblement, s'il ose dire que nous estimions achevée. LTlIi- avis,n'estpas infaillible; que la foi de l'Eglise puisse êlre nouvelle; une elle a même erré souvent -, si nous le croyons! des choses que nous tenons plus certaine, c'est Si elle peut errer en sa foi. elle se peut aussi corque sa créance est invariable. Quand donc elle riger ; donc son Eglise peut changer sa loi; et si publie un nouveau symbole, ou quand elle le celui qui augmente sa religion confesse qu'elle propose plus ample, il est ridiruledc Iuiobjecler n'est pas achevée, à plus forte raison celui qui la qu'elle veut établir une foi nouvelle, puisqu'elle change. Ainsi, l'hérésie inconsidérée se trouve ne prétend autre choseque d'expliquer plus dis- effectivement convaincue du crime dont elle nous tinelemont la foi ancienne. Nous ne sommes pas charge avec injustice. SÎ perdus de sens que de nous imaginer que l'Eglise fasse les vérités catholiques, nous disons CHAPITRE DERNIER.
Seulement qu'elle lesdéclare. Car enCOrequ'elleS Qoe le ministre corrompt manifestement le sens des auteur.
soient toujours en l'Eglise, elles n'y sont pas qu'il allègaa p«w juaifier la nécessita de la rtformation
toujours en même évidence. Cest pourquoi il prétendue.
arrive souvent qu'on erre innocemment en un Le ministre tâche d'appuyer la réformation
temps, etqu'aprèslamèmeerreurcsttrès-erimi- prétendue sur le témoigfl ige des catholiques; il
nelle; cequine choquera pas ceux quicompren- rapporte plusieurs passages qui parlent de la
dront que, comme c'est une infirmité excusable corruption de l'Eglise, afin de persuader au
de faillir avant que les choses soient bien éclair- peuple crédule que l'Eglise catholique est bien
cies, c'est une penneieuse opmifttreté de résister éloignée d'avoir celle infaillibilité dont elle se
à la vérité reconnue. On peut dire en cesensque vante, puisque ses propres docteurs reconnais^
l'Eglise établit en quelque sorte des dogmes de sent qu'elle a besoin d'être réformée. Mais la
foi, parce que les ayant bien pesés, et après les seule lecture des auteurs qu'il cite, convaincra
proposant aux fidèles par l'autorité qui lui est les plus passionnés qu'il abuse visiblement de
donnée, il n'y a plus qu'une extrême présomption l'autorité que les siens lui donnent, et de leur
qui ose préférer son sentiment propre à une trop facile créance.
déclaration authentique de toute l'Eglise ; et de Considérons avant toutes choses quel était le
là vient que l'erreur est inexcusable. C'est pour dessein de réformation que nos adversaires se
cela que celle de saint Cyprien, touchant le bap- sont proposé : qu'ils nous disent s'ils voulaient
lème deshérétiques, est très-justement excusée ; réformer, ou la foi que l'on professait en l'Eglise,
et celle des donatistes, sur le même point, très- ou l'ordre de la discipline ecclésiastique. Pour
légitimement condamnée. Car, comme reniar- la discipline ecclésiastique, nous accordons sans
que saint Augustin 2, ce bienheureux martyr a difficulté qu'elle peut souvent êlre réformée;
erré avant que le consentement de l'Eglise eût con- ainsi ce n'est pas là qu'est la question. Mais parce
firme ce qu'il fallait faire; et d'ailleurs il nous qu'il est clair que les calvinistes ont prétendu
a appris que nous devons supporter l'erreurdans réformer la foi, les catholiques s'y sont opposés,
les choses qui n'ont pas été décidées par l'autorité soutenant qu'une telle réforma lion est un attentat manifeste contre l'infaillibilité de l'Eglise.
• Pac- 40. — î Lib. i De BapUconl. Donat., cap. 18, n. 23,
tom. ix. i Ci-dessus. — 2 Pag. 49.
B. Tom. IV. 8
4U RÉFUTATION DlT SIEUR FERRY.
D'où il s'ensuit que si le ministre veut venir au l'Apocalypse, comme le ministre veut qu'on l'en"
point contesté, il faut qu'il prouve la nécessité de tende, il dit que celui qui ne se joint pas au
réformer la foi de l'Eglise; et, s'il est plus clair que pape Innocent est à l'Antéchrist, ou l'Antéchrist
le jour que tous les auteurs qu'il rapporte ne par- même1, quelle est l'infidélité du ministre, qui
lent que de la corruption de la discipline, il sera ahuse de ce passage contre les véritables pon-
contraint d'avouer qu'il s'écarle bien loin de la tifes ; et quelle estime pouvons-nous faire de son
question, et qu'il a tort de remplir son livre de Catéchisme après une tromperie si visible, qu'il
tant d'allégations inutiles. ne faut que lire pour la convaincre?
Ecoutons premièrement saint Bernard, qui est Mais je m'étonne que les ministres osent bien le plus ancien des auteurs qu'il cite. «lia,» ciler saint Bernard pour autoriser leur réformadit-il, « prêché hautement, qu'une maladie lente tion, puisqu'il est clair que ce saint docteur et puante s'était répandue par tout le corps l'aurait infiniment détestée, lui qui prie si dévode l'Eglise K » Considérons quelle est cette ma- tcment la très-sainte Vierge, qui honore avec ladie. Ce sainthomme dislingue en ce lieu quatre tant de respect la primauté du Souverain Pontentations de l'Eglise : la première comprend les tîfe^; qui, voyant que le diable tâchait d'intropersécutions; la seconde les hérésies. «Les duire quelques articles de la réformation prétemps où nous sommes, » dit-il, « sont libres de tendue, en suscitant certains hérétiques qui ces maux ; mais ils sont entièrement corrompus niaient qu'il fallût prier pour les morts, et implopar l'affaire qui marche en ténèbres. » Ces pa- rer le secours des saints3, rejette leur doctrine rôles font bien connaître que par cette affaire comme pernicieuse ; qui relève si fort l'état qui marche en ténèbres il n'entend ni les perse- monastique, et duquel non-seulement les écrits, eu lions ni les hérésies, puisqu'il les exclut en mais encore la profession et la vie condamnent termes exprès. Il parle de la troisième tentation la doctrine de nos adversaires, que l'Eglise souffre, non par la fureur des païens, Et certes, il semble que le catéchiste ait fait un ni par la malice des hérétiques, mais par le dé- choix particulier de ceux qui lui sont le plus sordre de ses enfants 2. Telle est cette maladie opposés entre tous les auteurs ecclésiastiques, générale, par laquelle ce saint docteur nous ex- et nous lisons sa condamnation presque dans prime une horrible dépravation dans les mœurs, tous les lieux qu'il allègue. « Gerson, » dit-il, de sorte qu'il n'y a rien de moins à propos au « introduit l'Eglise, demandant au Pape la réforsujet de la question contestée entre nous et nos mation, et qu'il rétablisse le royaume d'Israël. » adversaires, que cette plainte de saint Bernard. C'est au sermon de l'Ascension de Notre-Seigneur Que s'il dit qu'il ne reste plus autre chose sinon que ce grand personnage parle de la sorte 4. que l'Antéchrist paraisse, c'est qu'à la troisième Maisil nous explique lui-même ce qu'il faut faire tentation, qui est le désordre des mœurs, la pour rétablir ce royaume. II veut que l'on traqualrième doit succéder, qui sera le règne de vaille sérieusement à réunira l'Eglise romaine l'Antéchrist, auquel nos péchés préparent la les peuples qui s'en sont séparés. « Pourquoi voie, et que les fidèles serviteurs de Dieu ont n'envoyez-vous pas aux Indiens, » dit-il, a où la ton jours regardé comme proched'eux; parce que sincériléde lafoi peut être facilement corrompue, le Maître n'ayant pas dit l'heure, ils lâchent de puisqu'ils ne sont pas unis à l'Eglise romaine, de se tenir toujours prêts à cette grande persécu- laquelle se doit tirer la certitude de lafoi?» tion. Combien était-il éloigné de croire qu'il fallût
Le ministre produit encore deux passages de réformer la foi de l'Eglise, dont il prêche la
saint Bernard 3 ; maisil en corrompt tout le sens pureté et la certitude? Si donc il se plaint sisou-
avec une extrême imprudence. « L'Eglise ro- vent des dérèglements de l'Eglise, s'il dit qu'elle
maine, » dit-il, « s'est quelquefois séparée de ses est brutale et charnelle 5; que le ministre ne pense
Papes4 ; et saint Bernard a bien osé dire que de pas qu'il prétende taxer sa doctrine. Il parle des
son temps la bête de l'Apocalypse avait occupé le abus et des simonies, des sales commerces dans
de saint Pierre. » Grande hardiesse de saint les bénéfices, de l'attachement qu'avaient les plus
Bernard! mais s'il parle d'un antipape qui avait grands prélats à leur autorité temporelle, qui
occupé le siège au préjudice d'une élection ca- leur faisait négliger le salut des âmes, pour les-
nonique, et qui avait chassé par force de Rome quelles Jésus-Christ adonné son sang ; il déplore
le pape légitime Innocent II»; si, bien loin de la corruption de son siècle avecun zèlevraiment
dire dans celte Epitre quele Pape était la bête de chrétien, et reprend les mauvaises mœurs avec
•.. 31, m Cant., n. H. - * Pax a papanls, pax ab hœreticis, • Epist. 124. - ' Llb. n,
**' rrri 'r Senn- :'3> ** Cant., n. 16.) - • En. 124 - 'Seim. 66, in Cant., n.
ï. - I «g 1 12. - ' E .... ] », looi. I. pa,t. i, p. 131 et Beq. - ' 1
De consider., Ad F.vg., cap. 8, tom. i, 1 et seq. — ' Get sort., éciit. 17C6, tom. n, De Conc. gen. vn. obed., ibid., tom. i.
une liberté tout apostolique. Mais quand il S'agit presque plus quel était le légitime Pontife par
df la loi, il tient bien un autre langage. Il n'a lequel elle devait être gouvernée; trois per-
que des paroles de vénération pour honorer sonnes avaient occupé celle place, et toutes les
l'autorité de l'Eglise. En son temps, quelques provinces catholiques s'étaient partagées. C'est
hérétiques avaient entrepris de la réformer à la pourquoi le cardinal de Cambrai, après avoir dit
mode des luthériens et des calvinistes, c'est-à- que l'Eglise a besoin d'être réformée, ainsi qu'il
dire qu'ils voulaient corriger sa foi ; c'est pour- a été rapporté, ajoute aussitôt après ces paroles:
quoi le ministre dit qu'ils « ont fait une partie ■ Mais maintenant les membres de l'Eglise étant
de la réformalion K a Cerson s'y oppose gêné- séparés de leur chef, et n'y avant point d'éco-
reusement au concile général de Constance, nome et de directeur apostolique, iln'y a pas lieu
« Des doctrines pestilentes, «dit-il2, « se sont d'espérer que cette réformation se puisse bien
élevées dansplnsieursprovincesillustrcs;ona là- faire.» Il est plus clair que le jour qu'il entend
ché de les exterminer par divers moyens, ai An- le Pape par ce chef, par ce directeur et cet éco-
gleterre, en Ecosse, à Prague el en France. tCeUX nome, sans lequel il n'espérait pas de réforma-
qui sont tantsoit peu versés dansl'histoire savent tion : ce qui lait connaître que ce docteur
bien qu'il voulait parler des sectateurs de Viclcf, demandait la réformation de l'Eglise par un es- Anglais, et des Bohémiens, disciples de Hus, qui i>rit directement opposéaux réformateurs de ces en effet furent condamnés à Constance. « Il derniers siècles. Car Luther écrivant à Mélanchfaut, » dit le docte Cerson 3, « que la lumière de ton, dit que « la bonne doctrine ne peut subsister ce saint concile, qui jamais ne peut être obs- tant que l'autorité du Pape sera conservée * ; s curcic, donne un prompt remède à ces maux; » el, au contraire, ce cardinal croit qu'on ne peut et après avoir exhorté les Pères à user de l'au- remettre ni la foi ni la discipline ecclésiastique torité ecclésiastique dans la censure de ces hé- en son premier lustre, jusqu'à cequ'on ait établi résies, « elle est telle, » dit ce grand homme, un Pape comme chef el comme directeur de « qu'aucun ne la pourra mépriser qui voudra l'Eglise : cependant la réformation prétendue être estimé fidèle. » Quelle personne de sens ose bien se servir de son nom, et se défendre rassis pourra jamais se persuader qu'un docteur par son témoignage.
si soumis et si catholique appuie la réformalion Mais comprenons ce qu'il voulait dire quand
prétendue dont il déteste si fort les commence- il a prêché à Constance qu'il fallait réformer
mente? l'Eglise en la foi. ^ous pouvons considérer la foi
Le ministre cite en son Catéchisme1* un autre en deux sens. Quelques-uns professent la foi vé-
célèbre docteur de Paris, qui a été maître de niable, qui n'ont point une foi fervente. On peut
Cerson; c'est Pierre, cardinal de Cambrai 5,qui, donc regarder la foi dans sa vérité ou dans sa
prêchant devant le concile de Constance,dit que ferveur. Encore que la vérité de la foi se trouve
la bienheureuse Hildegarde, prophétesse des toujours dans ce que l'Eglise catholique ensei-
Allemands, appelle le temps qui a commencé en gne ; néanmoins il est assure que la ferveur de
l'an 1100 deNotre-Seigneurun temps infâme, où la foi peut se diminuer tellement, par la licence
la doctrine des apôtres et celte ardente justice des mauvaises mœurs et par le dérèglement de
que Dieu avait établie dans les personnes spiri- la discipline, qu'il semble quelquefois qu'elle
tuelles s'était ralentie, et qu'ensuite toutes les soit éteinte. C'est ce que déplore notre cardinal
institutions ecclésiastiques étaient allées en dé- au sermon cité dans le Catéchùme. « La ferveur
cadence : après quoi ce grand cardinal, ayant de la foi, » dit-il « est la force de l'espérance ; et
représenté les désordres qui étaient en l'Eglise, l'ardeur de la charité est presque entièrement
conclut qu'elle a besoin d'être réformée dans la évanouie dans les ministres ecclésiastiques. » Il
foi et dans les mœurs. Ce sont les paroles de ne dit pas que leur foi soit fausse ; mais il se
Pierre d'Ailly, lesquelles semblent en apparence plaint qu'elle est languissante : il veut qu'on ré-
favoriser les sentiments de nos adversaires, mais forme la foi de l'Eglise dans son zèle et dans sa
qui les condamneront en effet quand nous en ferveur; mais ce n'est pas son intention de nier
aurons expliqué le sens. la vérité de ses dogmes. Certes, quand je m'ar-
Et premièrement, il est remarquable que ce roterais à cette réponse, elle suffirait pour rendre
cardinal parlait en un temps où l'Eglise catholique inutile tout le raisonnement du ministre; mais
était déchirée par le schisme le plus horrible qui, je ne croirai pas avoir assez fait jusqu'à ce
peut-être, aitjamais troublé son repos. Il y avait qu'ayant pénélré plus profondément le sens des
près de quarante ans qu'elle ne connaissait paroles de Pierre d'Ailly, par les circonstances
du temps et du lieu, je lasse voir à notre adver-
1 Pag. 68. — Serm. coram conc. Constant. — » Serm. coram conc.
Coulant.— * Pag. 65. — * Pierre d'Ailly. • Steid., lib. vii.
RÉFUTATION DU SIEUR FERRY
saire que sa condamnation y est prononcée, afin que tout le monde connaisse avec quelle négligence il cite les auteurs ecclésiasliques.
Posons pour principe, premièrement, que du temps de Pierre d'Ailly, et du concile général de Constance, les erreurs de Viclef et de Hus commençaient à se répandre en l'Eglise, et que ce fut une des raisons pour lesquelles le concile fut assemblé. Secondement, que, condamner cesdeux hérésiarques, c'est anathématiserLulher et Calvin, qui ont renouvelé toutes leurs erreurs. Ces choses étant supposées, observonsque le concile de Constance use de la même façon de parler que le cardinal de Cambrai, et ordonne, dès la session 3, que « le concile ne pourra être dissous jusqu'à ce que l'Eglise soit réformée en la foi et aux mœurs. » Il importe de bien connaître quel est le sens du concile ; parce qu'il ne faut nullement douter que le cardinal Pierre d'Ailly, qui était un des plus illustres de ses prélats, et qui fut choisi, comme nous le verrons, pour être l'interprète de ses sentiments, n'ait parlé dans le même esprit. Le ministre, qui ne s'arrête qu'aux mots, jugerait d'abord que le concile de Constance, voulant réformer l'Eglise en la foi, déclarait par ces paroles que la foi de l'Eglise était corrompue; mais il n'est rien plus éloigné de son intention. Car, en la session 8, les Pères de ce concile, et Pierre d'Ailly avec eux, disent que « la sainte Eglise catholique, éclairée en la vérité de la foi par les rayons de la lumière céleste, est toujours demeurée sans tache. » Par conséquent il est plus clair que le jour qu'ils n'estimaient pas qu'il fallût corriger la foi qui était reçue en l'Eglise ; voyons donc quelle était leur pensée.
La suite de leurs décrets nous en instruira pleinement. Car le ministre ne niera pas que cette résolution qu'on prit au concile, de réformer l'Eglise en la foi , ne doive être nécessairement rapportée aux décisions de foi que nous y trouvons. Or, il n'y a que trois sessions où les matières de la foi soient traitées : la huitième, où les erreurs de Viclef furent censurées; la quinzième, où l'on condamna celles de Jean Hus ; la treizième, où l'on fit le règlement sur la communion des laïques. Donc l'intention de ces Pères, quand ils parlent de réformer l'Eglise en la foi, n'était pas de changer la créance qui était reçue, puisqu'il n'en paraît rien dans leurs décrets; mais de rejeter la doctrine des prédécesseurs de nos adversaires , que le diable voulait introduire. C'est là sans doute ce que le concile appelait réformer l'Eglise en la foi, parce que la foi catholique semble recevoir un nouvel éclat par la condamnation des erreurs; et que c'est
une espèce de réformation de retrancher les membres pourris qui se révoltent contre l'Eglise, puisqu'elle demeure plus pure après qu'elle les a séparés. Telle est l'intention du concile.
Venons maintenant à Pierre d'Ailly, et demandons à notre adversaire ce qu'il peut attendre d'un homme qui a prononcé sa condamnation dans un concile si célèbre , où sa doctrine lui avait acquis tant d'autorité, que nous pouvons dire non-seulement qu'il en a suivi les décrets, mais encore qu'il a été un des prélats qui a autant contribué à les faire ? En effet, ne voyons-nous pas qu'il est nommé par tout le concile pour instruire les commissaires qui devaient examiner la doctrine de Jean Viclef et de Jean Hus * ; et qu'il y est lui-même commis pour enseigner à Jérôme de Prague, disciple de Hus, les véritables sentiments de l'Eglise et du saint concile 2 , comme celui qui en était le mieux informé ? Ainsi le sermon cité dans le Catéchisme ayant été prêché à Constance , en présence du concile même, par un homme qui en était un des chefs, qui peut douter qu'il ne parle conformément au style de cette assemblée où il tenait un rang si considérable ? De sorte que cette réformation en la foi, que le ministre tire inconsidérément à son avantage, enferme effectivement sa condamnation avec celle de Viclef et de Hus. N'est-ce pas une marque visible d'une lecture excessivement précipitée et d'un dessein prémédité d'éblouir les simples par des vaines apparences?
C'est encore dans le même dessein qu'il s'efforce de prouver la nécessité de la réformation prétendue, par saint Bonaventure, « qui récite,» dit-il 3, « que Jésus-Clu*ist appela saint François d'Assise par la bouche d'un crucifix pour redresser son Eglise, qui était , comme il voyait, toute détruite4. » Mais premièrement, il rapporte mal cette histoire ; car le crucifix ne commande pas à saint François qu'il redresse l'Eglise qui est toute détruite, mais qu'il répare l'Eglise qui se détruit toute. Or il y a grande différence de relever une maison toute ruinée et de la soutenir quand elle est penchante. Ainsi le ministre corrompt les paroles de saint Bonaventure. Après il n'oserait dire lui-même que l'Eglise fût toute détruite dès le temps du grand saint François, puisqu'il avoue qu'en l'an 1543 on se pouvait sauver en sa communion. Enfin il ne saurait montrer que ni saint François ni aucun de ses disciples aient jamais eu la moindre pensée de corriger la foi de l'Eglise. Quand donc ils se sont proposé le glorieux dessein de réparer l'Eglise qui se détruisait, c'est qu'ils voulaient travailler
1 Scss. 6. — 2 Jbid., 19. — > Tag. 56.— « De Vila S. Francis., lib. ».
de lout6s leurs forces k rallumer la charité refroidie, et à faire revivre en l'Eglise l'esprit de mortification et de pénitence, que l'amour du monde avait presque éteint. Je ne comprends pas ce que le ministre peutconclure de là contre nous, et je m'étonne qu'un homme de lettres s'arrête à des réflexions si peu sérieuse
Mais il croit avoir appuyé fortement sa cause par le long récit qu'il nous fait île ce qui se passa à Augsbourg en l'an I où enfin, » dit-il1,
« la réformation fût reconnue nécessaire par L'empereur Charles V et par les Etats de L'empire; et fat composé un formulaire par des théologiens choisis de l'une et île l'autre religion, et plusieurs articles j furent accordés selon le sentiment des réformés, le Pape même n'] résistant pas.» Toute» ces choses semblent favorables à la réformation prétendue , mais la vérité de L'histoire nous fera connaître queleininistreditence lieu presque autant de faussetés que de mots; et je
feux le convaincre par Sleidan même, dont la loi ne lui peut être suspecte, puisque c'est un historien protestant.
Premièrement, le Catéchisme se trompe en ce qu*U confond le formulaire de réformation que l'empereur donna aux évoques, qui ne contenait que (lr> règlements sur le sujet de la discipline ecclésiastique, avec la déclaration qu'il lit publier sur les points de la religion, et que L'on appelait Y Intérim, connue nous verrons tout à l'heui Toutefois il est certain que Sleidan distingue nettement ces deux choses5 : et nous ne voyons point dans L'histoire que le livre de Y Intérim ait porté le titre de réformation. Sidonc Le ministre ne le distingue pas d'avec Le formulaire de réformation, c'est une marque très-évidente qu'il ne se ilonue pas le loisir de digérer sérieusement 06 qu'il dit, et qu'il précipite son jugement sans beaucoup de réflexion. Mais voyons les autres faussetés qu'il prêche si affirmativement à son [toupie. «On jugea,» dit-il, «la réformation nécessaire. » Je demande quelle sorte de réformation : ce n'est pas une réformation dans la foi, comme le ministre voudrait faire croire ; car s'il avait bien lu dans Sleidan, les chefs de ce formulaire de réformation3, il aurait vu qu'ils ne regardent que la discipline : et Le même Sleidan remarque qu'il y était expressément ordonné d'interroger ceux qui se présentent aux ordres, « s'ils ne croient pas tout ce que croit la Sainte Eglise romaine, catholique et apostolique. » Donc ce formulaire n'était pas dressé pour corriger la foi de l'Eglise romaine , mais plutôt pour la confirmer. Où est la sincérité du ministre, qui tire celle pièce à son avantage? est-il
1 Pag. 68. — :Lib. xx, Uni. — ' Sieid.,ibii.
don.- absolument résolu de n'en produire aucune qui ne le condamne?
11 n'a pas été plus fidèle dans les réflexions qu'il a laites sur le livre de Y Intérim et nous le connaîtrons sans difficulté par la vérité de l'histoire qu'il nous a étrangement déguisée. L'empereur voulant apaiser les mouvements de L'Allemagne sur le sujet de la religion, fit publier à la dièle d'Augsbourg de l'an lois, une déclaration solennelle sur ce qu'il voulait être observé jusqu'à la définition du concile général, et c'est ce que l'on nomme VIntérim. La doctrine des protestants y était condamnée ; seulement on Leur accorda que ceux qui avaient pratiqué la communion sous les deux espèces pourraient retenir cet usage jusqu'à la détermination du concile, à condition qu'ils ne blâmeraient pas les autres, qui se contentaient d'une seule espèce: et parce que plusieurs prelres s'étaient mariés, et que leurs mariages ne pouvaient être sans beaucoup de troubles, on résolut qu'il fallait attendre ce que le concile en ordonnerait1. Quoique le Pape ne voulût pas approuver ce livre dans Lequel la foi catholique n'était pas expliquée assez, nettement; toutefois il ne résista pas au dessein qu'avait Charles V de le l'aire recevoir dans L'Empire, parce qu'il remettait tout au concile, et qu'il condamnait les luthériens. Aussi les
protestants S'opposèrent-ils à celle déclaration de l'empereur, et ceux de Magdebourg dirent hautement qu'elle rétablissait tout le papisme; et encore qu'il n'y eût rien dans la doctrine qu'elle proposait, qui ne pût recevoir aisément une Interprétation catholique, les lidèles furent offensés de quelques façons de parler douteuqui flattaient les luthériens: tellement que plusieurs catholiques donnèrent un mauvais sens à ce livre, qui enfin l'ut rejeté par les deux partis3. C'est ce que tous ceux qui sauront lire verront si nettement dans l'histoire, qu'il est impossible de le nier. A quoi pense donc le ministre, d'entretenir son peuple de si vains discours? Quel fondement peut-il l'aire sur une chose universellement improuvée? D'ailleurs , quand je lui aurais accordé, ce qui néanmoins n'est pas véritable, que ce livre de Y Intérim combat la créance des catholiques, je demande quel droit avait L'empereur de prononcer sur des points de foi, de son autorité particulière? Mais enfin, que résulte-t-il de ce livre, sinon la condamnation du ministre? Il veut faire croire que le dessein de Charles Y était de réformer la foi de l'Eglise? 11 se trompe, ou il veut tromper.
1 Voy. Sleidan , liv. xx, et Y Intérim entièrement rapporte dans les Opuscules de Calvin imprimés à Genève en l'an 1066. — 2HUl del eoncil. TrlU., lib. ni ;. Sletd., lib. xx et XXI.
;is
RÉFUTATION DU SIEUR FERRY
Car, au contraire, l'Empereur parlant aux Etats, et leur proposant l'Intérim, dit que , «pourvu qu'on l'entende bien, il n'a rien de contraire à la religion catholique : il conjure ceux qui ont retenu les lois et les coutumes de l'Eglise catholique , de demeurer fermes en cette pensée ; et ceux qui ont introduit des nouveautés en la religion, de reprendre celle que le reste de l'Empire professe * , » c'est-à-dire la catholique. Donc il ne la juge pas corrompue, puisqu'il exhorte d'y retourner. Mais écoutons parler le ministre, nous verrons bien d'autres faussetés. « On accorda, » dit-il2, « ces articles selon les sentiments des réformés, louchant la convoitise es régénérés : » il n'y a rien sur ce point dans V Intérim qui ne puisse avoir un sens catholique: « la justification par les mérites de Jésus-Christ seul;-' il a tort de rapporter cet article comme un dogme particulier de la réformation prétendue, nous croyons de tout notre cœur celle vérité: «la justification obtenue par la foi sans aucun doute et avec toute certitude de confiance ; » l'Intérim dit expressément que « nous sommes justifiés en tant que la charité se joint à la foi et à l'espérance. » Pour ce qui regarde une certitude sans aucun doute, le livre de l'Empereur enseigne le contraire : « L'homme,» ditil, « ne peut croire que ses péchés lui soient remis, sans quelque doute de sa propre infirmité et indisposition. » Faut-il ainsi abuser le monde par des faussetés si visibles ? Mais passons aux autres articles. La récompense des bonnes œuvres y est, dit le ministre, enseignée, sans opinion de mérite.
Que signifient donc ces paroles, qui sont écrites dans l'Intérim au chapitre de la mémoire et invocation des saints: «Les saints ont puisé leurs mérites, par lesquels eux-mêmes ont été sauvés et parlent pour nous, de cette même source de tout salut et de tout mérite, à savoir la passion de Jésus-Christ? » Est-il rien de plus formel ni de plus précis? « La nature de la vraie Eglise, invisible; » ces paroles ni ce sens ne se trouvent pas dans le livre de l'Empereur: « les deux marques d'icelle, à savoir la sainte doctrine et le droit usage des sacrements; » il est vrai que ces deux marques y sont rapportées pour distinguer l'Eglise chrétienne d'avec les sociétés infidèles; mais l'unité, l'universalité, la succession y sont ajoutées pour discerner des troupeaux hérétiques et schismatiques : « sans aucune sujétion au Pape que pour l'ordre et pour éviter les schismes;» mais cela, bien entendu, comprend tout, et Y Intérim attribue au Pape « le droit de gouverner l'Eglise universelle par la 1 - j.j.
même puissance que saint Pierre a reçue de Jésus-Christ. » — « La communion, » dit-il, « de la coupe est octroyée à tous ; » mais on y met la condition de ne blâmer point ceux qui communient d'une autre manière , « parce que le corps et le sang de Jésus-Christ est contenu sous chacune des deux espèces1 ; » ainsi la foi de l'Eglise demeure entière. « Le mariage est accordé aux gens d'Eglise; » il est faux qu'on l'accorde à tous indifféremment; mais on tolère jusqu'au concile, dans le ministère ecclésiastique , les prêtres qui s'étaient mariés; ce qui ne touche point la doctrine. Je me lasse de rapporter tant de faussetés du ministre; et toutefois la charité chrétienne m'oblige à lui donner encore im avis sur le sacrifice de nos autels. Il était, dit-il, proposé dans le livre de l'Empereur, sans aucune propitiation. Il est vrai qu'il n'use pas de ce mot; mais puisqu'il ne dit rien de contraire, le ministre a-t-il droit de dire que « cet article y ait été accordé « selon la pensée des réformés 2? » D'ailleurs nous lisons en ce livre que Jésus-Christ a offert deux sacrifices , l'un en la croix , et l'autre en la Cène, et que le dernier est institué pour honorer la mémoire du sacrifice sanglant de la croix, et pour nous en appliquer le fruit. C'est en substance ce que nous croyons du sacrifice de l'Eucharistie, et c'est pour cela seulement que nous l'appelons propitiatoire , parce que nous l'offrons à Dieu pour la rémission des péchés, non afin qu'elle nous y soit méritée, car nous savons bien que c'est à la croix que le sang de Notre Seigneur Jésus-Christ nous a mérité cette grâce ; mais afin qu'elle nous y soit appliquée comme un des fruits de sa passion. Au reste, il n'est pas nouveau dans l'Eglise de dire que le sacrifice de l'Eucharistie soit une propitiation, même pour les morts ; saint Augustin l'enseigne en termes formels: « Lors, » dit-il 3, « que l'on offre pour les fidèles trépassés les sacrifices de l'autel ou celui desaumômes, pour ceux qui sont très-bons, ce sont des actions de grâces ; pour ceux qui ne sont pas extrêmement mauvais , ce sont des propiliations; et à l'égard de ceux qui sont trèsmauvais , quoiqu'ils ne servent de rien aux morts, ce sont des consolations des vivants. » Il est à noter que saint Augustin nomme les aumônes des sacrifices; mais afin que nous entendions qu'il y a un sacrifice spécial en l'Eglise, à qui ce nom convient proprement , il l'appelle singulièrement sacrifiée de l'autel, et il reconnaît qu'il
1 Sleid., lib. xx. — 2 Paj. 58. — 3 Cum ergo sacriScia sive altaris sive quarumeunque eleemosynarum pro baptizatis defunctis omnibus offeruntur ; pro valde bonis "ratiarum actioncs siir.t ; pro non valdc malis propitiationcs sunt, pro valde malis, etianm nulla suutadjuraeota mortoorum, quslescuraque vivoriun consolationes sunt. (Aug., Enclin, ai Laurtnl., c. 110, toaa. VI.)
est propitiatoire. Que répondra ici le ministre, puisque le second point de réformation était puisqu'il dit que la religion de saint Augustin d'abolir et les exorcismes et toutes lescérémon'est pas opposée à la sienne t Mais ce n'est pas nies du baptême, dont la plupart sont si ancienmou intention d'entrer maintenant en cette ma- nés, que Calvin même confesse qu'elles avaient tière. qui mériterait un discours plus ample, et clé reçues presque dans les commencements de qui ne conviendrai! pas à ce lieu. L'Evangile1 : «Je n'ignore pas, » dit-il, 2, « com-
Si je me suis arrêté si longtemps sur YIntéHm bien ces choses sont anciennes; » et un peu
de l'empereur Charles V, ce n'est pas que l'an- après: « Ces impostures de Satan turent reçues
toritéde ce livre me paraisse fort considérable, sans peine presque dès les commencements de
ni que j'approuve ses tarons de parler obscures, l'Evangile par la sotte crédulité du monde. » Je
qui enseignent tellement la bonne doctrine quel- n'ai point de paroles assez énergiques pour ex-
les ne laissent pas de flatter l'erreur. Hais je primer l'impudence de cet hérésiarque; et néan-
in Clonne que le ministre ait pris tant de soin de moins la reine surprise voulait que l'on suivit
ura* ce livre à son avantage; et il faut bien croire ses maximes plutôt que celles de l'antiquité;
que l'hérésie se plaît fort au\ déguisements, quel étrange mo\ en de réformation ! puisqu'elle se donne la peine de les employer
dans les choses qui lui seraient inutiles, quand CONCLUSION.
On lui aurait accordé qu'elles se SOIll passées Exhortation à nos adversaires de retourner ;'t l'unité
connue elle récite. (le l'Eglise.
Je puis dire encore le même des articles qui Après vous avoir proposé ces choses en toute
avaient été accordés aux colloques de Ratisbonne sincérité et candeur, je vous laisse maintenant
en l'an 1541. Car, outre qu'il n'est pas juste que juger, nos chers Frères, ce que vous devez croire
trois députés nommés par l'empereur règlent de votre minisire, qui non-seulement vous en-
des difficultés de cette importance, Sleidan, que (relient de si vains discours, mais, ce qui est
te catéchiste rapporte en la marge, nous assure encore Insupportable, qui vous débite tant de
que l'ordre des princes et particulièrement les faussetés sous le titre de Catéchisme. Rappelés
e\ rques empêchaient qu'on ne les reçut , disant en votre mémoire que l'ordre de son discours
qu'on y avait mis plusieurs choses qui devaient exigeant de lui qu'il U\chat de mettre quelque
être adoucies et corrigées , et que les sentiments différence entre nos ancêtres et nous, il a en-
des députés catholiques méritaient quelque cen- trepris de prouver que nous ruinions le fonde-
sure l. Eckius, l'un des députés pour la conté- ment du salut: et nous avons fait voir sans diffi-
rence, déclara aux états qu'il n'approuvait point cullé, que, la vérité lui manquant, il a eu
ce qui avait été arrêté; le légat du Pape écrivit recours à la calomnie. Si telle est la sainteté de
qu'il n'y pouvait pas consentir; l'empereur lui- noire doctrine, qu'il Taille la déguiser nécessai-
mème ne résolut rien, et remit le tout au cou- rement quand on veut la rendre odieuse, avouez
cite: quelle force peut avoir cette conférence? que les reproches de votre ministre sont la justi-
Cepcndant le ministre s'y appuie beaucoup; et fication de notre innocence. Je ne vous apporte-
quoiqu'ilsoittrès-indubitablcqu'Eckiusnedonua rai point en ce lieu des témoignages qui vous
passon consentement, il dit que l'article delajus- soient suspects: vous pouvez apprendre dansson
lilication « passa sans débal entre les députés de Catéchisme que c'est la haine et la passion qui
l'une et de l'autre religion 2. » C'est ainsi qu'il lit produit les invectives sanglantes par lesquelles
lesauteurs, c'est ainsi qu'il catéchise son peuple; vos prédicants tâchent de décrier notre foi. Ne
voilà les merveilleux témoignages par lesquels il vous dit-on pas tous les jours que vos pères ont
prouve la nécessité de la réformation prétendue, quitté l'Eglise romaine, comme la Babylonc
Et comme si celte cause se devait juger par l'au- maudite dont il est parlé dans Y Apocalypse 3 ?
torité des puissances, il joint à l'empereur Char- Et cependant votre catéchiste, qui nous fait le
les V la reine Catherine de Médicis, et quelques même reproche, confesse qu'elle engendrait les
articles de réformation proposés au Pape de la enfants de Dieu; et, par conséquent, il ne peut
part de quelques-uns de nos rois 3. Mais ne sait- nier qu'elle ne fût une vraie Eglise. Quel aveu
on pas que tous ces conseils venaient de l'esprit glement ou quelle fureur, de détester, comme
d'une reine qui, selon sa politique ordinaire, Babylone, la mère et la nourrice des enfants de
tâchait de contenter tous les deux partis pour Dieu! Combien de fois vous a-t-on prêché que
maintenir son autorité? Et, certes, ceux qui c'est une idolâtrie de prier les saints? Certes, s;
l'avaientinstt uite lui avaient donné d'excellents c'est une idolâtrie , c'est le plus damnable de tou
Mémoires, et bien conformes à l'esprit de l'Eglise, . e . . . . ..,. „ .... „ „ . m „...,, , ,,
i o 7 i y0y £ Aug., a la fin de 1 e|itre 10.'. n. 46, tom. il , b.aii
iieJt., lib. KXir. — ■ Paj. 95. — ■ Pag. 134, 136. 19 1, p. 46. — » Lib. iv, c. 15. — a Voy. ci-des., Scande Vérité. A. 5*
RÉFUTATION DU SIEUR FERRY
les crimes. Toutefois, le ministre avoue, et il vous enseigne dans un Catéchisme, que cette prière n'empêche pasle salut, et n'en détruit pas les fondements. Donc c'est une horrible infidélité de la qualifier une idolâtrie , et d'accuser les Cluétiens innocents d'un crime si noir eUsi exécrable. Ne devez-vous pas craindre justement que les autres points de notre créance ne vous soient proposés dans la même aigreur; et êtesvous si peu soigneux de votre salut, que vous ne vouliez pas donner quelque temps à vous l'aire éclaircir de la vérité? Souvenez-vous par quelles injures et par combien de titres infâmes on déchire parmi vous l'Eglise romaine. Néanmoins, si vous raisonnez selon les principes de votre ministre, vous trouverez qu'elle a retenu tous les fondements de la foi; et ainsi, que selon vos propres maximes, elle mérite le titre d'Eglise: car \ ous l'accordez par acte public à la secte luthérienne , quoique vous la croyiez infectée d'erreurs, parce que vous jugez qu'elle a conservé les principes essentiels du christianisme. Si donc ils sont entiers en l'Eglise romaine, si ensuite elle est une vraie Eglise, comment pouvez-vous soutenir les injures dont vous la chargez ? Et d'ailleurs, si les Catholiques possèdent l'Eglise, puisqu'il serait ridicule de s'imaginer que vous fassiez un même corps avec nous, ne paraît-il pas clairement que, n'étant pas en notre unité, vous ne pouvez pas être en l'Eglise, et que votre perte est indubitable? Que reste-t-il donc, nos chers Frères, sinon que vous retourniez à l'Eglise, en laquelle on vous a prêché que nos ancêtres faisaient leur salut jusqu'au milieu du siècle passé, et à laquelle on ne peut montrer qu'elle ait depuis ce temps-là changé sa doctrine ; de sorte que, si vous étiez en son unité, quoi que l'on objectât contre votre foi, vous auriez la consolation de voir que nos adversaires ne [jouiraient nier que plusieurs des enfants de Dieu ne soient morts en cette créance, et que Jésus-Christ n'ait reçu en son paradis des Chrétiens qui le servaient comme nous ? Vous auriez la consolation d'être en la société d'une Eglise à laquelle on ne peut reprocher qu'elle soit nouvellement établie, à laquelle, quoi qu'on puisse dire, du moins n'oserait-on dénier que, depuis le temps des upùtres jusqu'à nos jours, elle n'ait confessé sans interruption, et la Trinité adorable et le nom de Noire-Seigneur Jésus-Christ, et la rédemption par son sang, et les mystères de son Evangile, et les fondements du christianisme. Votre nouveauté s'égalera-t-elle à cette antiquité vénérable, à cette constance de tant de siècles, et à celte majesté de l'Eglise ? Qui êtes-vous, et d'où venez-vous ? à quiavez-vous succédé? et où
était l'Eglise de Dieu, lorsque vous êtes tout d'un coup parus dans le monde? Et ne recourez plus désormais à ce vain asile d'Eglise invisible, réfuté par votre ministre, mais recherchez les antiquités chrétiennes, lisez les historiens et les saints docteurs ; montrez-nous que, depuis l'origine du christianisme, aucune Eglise vraiment chrétienne se soit établie en se séparant de toutes les autres. Si jamais les orthodoxes ne l'ont pratiqué, si tous les hérétiques l'ont fait, si vous êtes venus par la même voie ; regardez à qui vous êtes semblables, et craignez la peine de ceux dont vous imitez les mauvais exemples. Vous vous plaignez de nos abus et de nos désordres; êtes-vous si étrangement aveugles que vous croyiez qu'il n'y en ait point parmi vous ? Toutefois, je ne m'arrête point à vous les décrire; car celle dispute serait inutile, et je tranche en un mot la difficulté : s'il y a des abus en l'Eglise, sachez que nous les déplorons tous les jours, mais nous détestons les mauvais desseins de ceux qui les ont voulu réformer par le sacrilège du schisme. C'est là le triomphe de la charité, d'aimer l'unité catholique, malgré les troubles, malgré les scandales, malgré les dérèglements de la discipline qui paraissent quelquefois dans l'Eglise ; et celui-là entend véritablement ce que c'est que la fraternité chrétienne, qui croit qu'il n'y a aucune raison pour laquelle elle puisse être violée. Dieu saura bien, quand il lui plaira, susciter des pasteurs fidèles qui réformeront les mœurs du troupeau, qui rétabliront l'Eglise en son ancien lustre, qui ne sortiront pas dehors pour la détruire, comme ont fait vos prédécesseurs, mais qui agiront au dedans pour l'édifier. C'est pourquoi nous vous conjurons que vous fassiez enfin pénitence de cette pernicieuse entreprise de nous réformer en nous divisant, et d'avoir ajouté le malheur du schisme à tous les autres maux de l'Eglise. « Et ne vous persuadez pas, » ce sont les paroles de saint Cyprien *, « que vous défendiez l'Evangile de Jésus-Christ, lorsque vous vous séparez de son troupeau, et de sa paix et de sa concorde, étant plus convenable à de bons soldats de demeurer dans le camp de leur capitaine ; et là de pourvoir d'un commun avis aux choses qui seront nécessaires. Car puisque l'unité chrétienne ne doit pas être déchirée, et que d'ailleurs il n'est pas possible que nous quittions l'Eglise pour aller à vous, nous vous prions, de tout notre cœur, que vous reveniez à l'Eglise, qui est votre Mère, et à notre fraternité, » afin que les nations infidèles, que nos divisions ont scandalisées, soient édifiées par notre concorde.
1 Cyp> ., epist. 23, n une 44.
CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE
Mi ,: CHABRfTON
AVERTISSEMENT
Je n'avais pas dessein de mettre au jour cette Conférence, non plu> que Les Instruction» dont elle fut accompagnée La Conférence et les instructions avaient pour objet lu conversion d'une personne particulière; et ayant eu leur ell'et, rien n'obligeait a en (aire davantage de bruit. Mais comme je n'all'ectais pas d'en publier le récit, je n'allectais pas non plus de le tenir Caché. J'en donnai un exemplaire à Mlle de Duras, qui le souhaita : il était jnste. Je consentis sans peine qu'on le communiquât a quelques-uns dfl meneurs de la religion prétendue réformée, qui désirèrent le voir, parce qu'on crut qu il serait utile à leur instruction. Ce même motif m'a porté à le communiquer à quelques autres de ces messieurs, ou par moi-même, ou par des amis interposés. Ainsi il a passé en plusieurs mains: il s'en est fait des copies sans que je I" susse; elle se sont répandues; elles se sont altérées: quelqu' uns ont abrégé le récit que j'avais fait, ou l'ont tourné à leur mode: enfin, on l'a imprimé a Toulouse sur une mauvaise copie; et je ne. puis plus m'empêcher de le donner tel ue je l'ai rédigé moimême, avec beaucoup de fidélité et de religion.
Au sortir de la conférence, je la racontai tout entière à M. le duc de Bichelieu, et à Mme la duchesse sa femme, eu présence de M. l'abbé Testa. Le zèle particulier qu'ils avaient pour la conversion de Mlle de Duras le leur lit ainsi désirer. Je leur avais déjà récité les conversations précédentes. Le lendemain, je fis le même récit à quelques-uns de mes amis particuliers, du nombre desquels était M. l'évéque de Mirepoix. J'étais plein de la chose, et je la racontai naturellement. Tous ces messieurs m'exhortèrent à la mettre par écrit, pendant que j'en avais la mémoire fraiche, et me tirent voir, par plusieurs raisons, que ce soin ne serait pas inutile. Je les crus. On me vit écrire avec la rapidité qui parait lorsqu'on écrit des faits qu'on a présents, sang se mettre en peine du style ; et ces messieurs remarquèrent, dans la narration écrite, la même simplicité qu'ils avaient tous ressentie dans le récit de vive voix. Mlle de Duras reconnut, dans mon discours, la vérité toute pure, et j'espère que ceux qui le liront sans prévention en auront la même pensée.
Après que mon récit se fut répandu , comme je l'ai dit, il en tomba une copie entre les mains de M. Claude, ainsi qu'il le témoigne lui-même; et il répandit de son côté, avec une Réponse aux Instructions que j'avais données en particulier à Mlle de Duras, une relation de notre conférence fort diffé-
rente de celle-ci. A dire franchement ce que je pense, cette relation ne fait honneur ni à lui ni à moi: nous y tenons tour a tour de longs discours
■ languissants, assez traînants, aases peu suivis. Dans la relation de M. Claude, on revient souvent d'où on est parti, sans qu'on voie paroùon y rentre. Ce n'est pas ainsi que nous agimes, et notre dispute fut suivie etasse/. serrée. Dans ces sortes de disputes on s'échauffe naturellement comme dans une espèce de lutte: ainsi la suite est plus animée que ne sont
commencements. Ou se tâte, pour ainsi dire, l'un l'autre, dans les premiers coups qu'on se porte : quand on s'est un peu expliqué, quand on croit avoir déCOUTert ou chacun met la difficulté, et avoir, pour ainsi parler, senti le faible, tout ce qui suit est plus rif et plus pressant. Si tout cela se trouve aussi naturel dans le récit de M. Claude que dans le mien, le lecteur en jugera. De la manière que le sien est tourné, plusieurs auront peine à croire qu'il n'ait pas été du moins rajusté et raccommodé sur la lecture du mien. Mais je neveux point m arrêter a ces réflexions. Tout le monde ne sait pas sentir dans les discours, non plus que dans tes tableaux, ce qu'il y a d'original, et, pour ainsi dire, de la première main.
Je ne veux non plus employer ici le reproche odieux de mauvaise foi. On ne se souvient pas toujours si exactement ni des choses qui ont été dites, ni de l'ordre dont elles l'ont été : souvent on confond dans son esprit ce qu'on a pensé depuis, avec ce qu'on a dit en effet dans la dispute; et sans dessein de mentir, il se trouve qu'on altère la vérité. Ce que je dirai de M. Claude, il le pourra dire de moi. Notre conversation s'est faite en particulier ; et aucun de nous ne peut produire des témoins indifférents: ainsi chacun jugera de la vérité de nos récits suivant ses préventions. Je ne prétends point tirer avantage du succès de la conférence, qui fut suivie de la conversion de Mademoiselle de Duars; c'est l'œuvre de Dieu, dont il faut lui rendre grâces: c'est uu exemple pour ceux qui se trouvent bien disposés; mais ce n'est pas un argument pour des opiniâtres. Les catholiques regarderont ce changement d'une façon, et les prétendus réformés d'une autre. Ainsi, quand nous nous mettrons, M. Claude et moi, à soutenir chacun son récit, il n'en résultera qu'une dispute, dont le pubic n'a que faire, lit qu'importe au tond, dira le lecteur, qui des deux ait eu l'avantage? La cause ne réside pas dans ces deux hommes, qui se montreraient trop vains, et par là même trop peu croyables, s'ils voulaient que tout le monde, et leurs amis aussi bien que leurs
CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE
adversaires, les en crussent également sur leur parole. Dans ces altercations, ce que le sage lecteur peut faire de mieux, c'est de s'attacher au fond des choses; et sans se soucier des faits personnels, considérer la doctrine que chacun avance.
La matière qui est traitée dans tout ce récit est aussi claire qu'elle est importante. C'est la matière de l'Eglise . Nos adversaires font peu de cas de cette dispute, et on leur entend toujours dire qu'il en faut venir au fond, en laissant à part, comme une formalité peu nécessaire, tous les préjugés qu'on tire de l'autorité de l'Eglise : comme si ce n'était pas une partie essentielle du fond, d'examiner par quelle autorité et par quel moyen Jésus-Christ a voulu que les Chrétiens se résolussent sur les disputes qui doivent naître dans son Eglise. Les catholiques prétendent que ce moyen, c'est d'écouter l'Eglisemême. Ils prétendent qu'un particulier ne se doit résoudre qu'avec tout le corps, et qu'il hasarde tout quand il se résout par une autre voie. Ils prétendent que pour savoir en quelle Eglise il faut demeurer, il ne faut que savoir quelle est celle qu'on ne peut jamais accuser de s'être formée en se séparant; celle qu'on trouve avant toutes les séparations ; celle dont toutes les autres se sont séparées. Sans sortir de notre maison, nos parents mèmesnous montreront cette Eglise. « Interrogez votre père, et il vous le dira; demandez à vos ancêtres, et il vous l'annonceront . » Selon cette règle, quiconque peut montrer à toute une Eglise et à toute -unesociété de pasteurs et dépeuple, le commencement de son être, et un temps, quel qu'il soit, durant lequel elle n'était pas, l'a convaincue dès là de n'être pas une Eglise vraiment chrétienne. Voilà notre prétention ; et nous ne prétendons pas que, dans cette question, il s'agisse d'une simple formalité. Nous soutenons qu'il s'agit d'un article fondamental, contenu dans ces paroles du Symbole : « Je « crois l'Eglise catholique; » article d'ailleurs de telle importance, qu'il emporte la décision de tous les autres. Mais autant que ce point est décisif, autant est-il clair ; et on n'en peut pas parler longtemps sans que le faible paraisse bientôt de part ou d'autre. Disons mieux : lorsqu'un catholique, tant soit peu instruit, entreprend un protestant sur ce point, ce protestant, quelque habile et quelque subtil qu'il soit, se trouvera infailliblement réduit, non pas toujours à se taire, mais, ce qui n'est pas moins fort que le silence, à ne dire, quand il voudra parler, que de visibles absurdités.
C'est ce qui est ici arrivé à M. Claude, par le seul défaut de sa cause ; car on verra qu'il l'a défendue avec toute l'habileté possible, et si subtilement, que je craignais pour ceux qui écoulaient; car je sais ce qu'écrit saint Paul de tels discours. Mais enfin, il faut le dire à pleine bouche : la vérité a remporté une victoire manifeste. Ce que M. Claude avoue ruine sa cause: les endroits où. M. Claude est demeuré sans réponse, sont des endroits qui, en effet, n'en souffrent point.
Et afin qu'on ne dise pas que j'avance ce que je veux, ou que je veux maintenant, contre ce que je viens de déclarer, qu'on m'en croie sur ma parole :
deux choses vont faire voir, quelque opinion qu'on veuille avoir de moi, qu'en ce point il faut me croire nécessairement.
La première, c'est qu'appuyé sur la force de la vérité, et sur la promesse de celui qui dit: « qu'il « nous donnera une bouche, et une parole à laquelle « nos adversaires ne pourront pas résister ; » partoutoù M. Claude dira qu'il n'a pas avoué ce que je lui fais avouer dans le récit de la conférence, je m'engage, dans une seconde conférence, à tirer de lui encore le même aveu; et partoutoù il dira qu'il n'est pas demeuré sans réponse, je le forcerai, sans autre argument que ceux qu'il a déjà ouïs, à des réponses si visiblement absurdes, que tout homme de bon sens avouera qu'il valait encore mieux se taire que de s'en être servi.
Et de peur qu'on ne dise (car dans une affaire où il s'agit du salut des âmes, il faut, autant qu'on peut, tout prévenir) : de peur donc, encore une fois, qu'on ne dise que M. Claude, peut-être, aura pris un mauvais tour, par lequel il se sera engagé dans des inconvénients, je soutiens, au contraire, que cet avantage est tellement dans notre cause, que tout ministre, tout docteur, tout homme vivant succombera de la même sorte à de pareils arguments.
Ceux qui voudront faire cette épreuve verront que ma promesse n'est pas vaine. Que si on dit que je présume de mes forces ; maintenant que je m'examine moi-même devant Dieu, si cette présomption m'avait fait parler, je désavouerais tout ce que j'ai dit. Au lieu de me promettre aucun avantage, je me tiendrais pour vaincu en ne me fiant qu'à mon bras et en mes armes; et loin de défier les forts, à l'exemple de David , je me rangerais avec ceux dont le même David a chanté que « les flèches des enfants « les ont percés, et que leur propre langue , trop « faible pour les défendre, s'est enfin tournée contre « eux-mêmes . »
L'instruction que j'offre en général aux prétendus réformés, je l'offre en particulier à ceux du diocèse de Meaux, que je dois porter plus que tous les autres dans mes entrailles. Ceux qui refuseront cette instruction chrétienne, pacifique, fraternelle et paternelle, autant que concluante et décisive, je leur dirai, comme saint Paul, avec douleur et gémissement, car on ne se console pas de la perte de ses enfants et de ses frères : « Je suis net du sang « d'eux tous . n
Voilà la première chose qui fera voir que je n'impute rien à M. Claude pour me donner de l'avantage. La seconde, c'est que M. Claude lui-même, au milieu de ce qu'il m'oppose, et parmi tous les tours qu'il donne à notre dispute, avoue encore au fond ce dont il s'agissait entre nous, ou le tourne d'une manière à faire voir qu'il ne peut pas entièrement le désavouer. Mais tout ceci s'entendra mieux quand, après les Instructions et la Conférence, on lira oncore les réflexions que je ferai sur l'écrit de M. Claude.
Il faut de l'attention pour prendre toute la suite de ces instructions: car, quelque facilité qu'il ait plu à Dieu de nous faire trouver dans une matière où il montre aux plus ignorants comme aux plus
AVERTISSEMENT
habiles la voie du salut ouverte, il n'a voulu décharger personne de l'attention dont il est capable: et comme les entretiens qu'on va voir sont nés à l'occasion des articles 19 et 20 de mon traité de VExpasition, la lecture de ces deux articles, qui ne contera qu'un demi-quart d'heure, facilitera l'intelligence de tout cet ouvrage, quoique j'espère d'ailleurs qu'il se soutiendra par lui-même.
Au reste, cette lecture ne sera pas mutile aux catholiques; ordinairement ils négligent trop les livres de controverse. Appuyés sur la foi de l'Kglise, ils ne sont pas assez soigneux de s'instruire clans les ouvrages où leur foi serait confirmée, et où ils trouveraient les moyens de ramener les errants. On n'en usait pas ainsi dans les premiers Bèckfl de l'Kglise: les traités de controverse, que faisaient les Pères, étaient recherchés par tous Les fidèles. Comme la conversation est un des moyens que le Saint-Esprit nous propose pour attirer les inlidèles et ramener les errants, chacun travaillait à rendre la sienne fructueuse et édifiante par celte lecture. La vérité s'insinuait par un moyeu si doux ; et la conversation attirait ceux qu'une dispute méditée n'aurait peutêtre fait qu'aigrir. Mais alin qu'on lise les ouvrages que nous faisons sur la controverse, comme on lisait ceux des Pérès, tâchons, comme les Pères, de les remplir, non-seulement d'une doctrine exacte et saine, mais encore de piété et de chanté ; et autant que nous pourrons, corrigeons les sécheresses, pour ne point dire l'aigreur qu'on trouve trop souvent dans de tels livres.
CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE
MINUTRE DE CHARBNTON,
Mademoiselle de Duras, ayant quelque doute sur sa religion, m'avait l'ait demander par diverses personnes de qualité si je voudrais bien conférer en sa présence avec M. Claude. Je répondis que je le ferais de bon cœur, si je voyais que cette conférence fût nécessaire à son salut. Ensuite elle se servit de l'entremise de M. le duc de Richelieu, pour m'inviter à me rendre à Paris, le mardi, dernier février 1678, et à entrer en conférence, le lendemain, avec ce ministre, sur la matière dont elle me parlerait. Celait pour me l'indiquer qu'elle souhaita de me voir avant la conférence. Comme je me fus rendu chez elle au jour marqué, elle me fit connaître que le point sur lequel elle désirait s'éclaircir avec son ministre était celui de l'autorité de l'Eglise, qui lui semblait renfermer toute la controverse, il me parut qu'elle n'était pas en état de se résoudre sans cette conférence ; si bien que je la jugeai absolument nécessaire.
Je lui dis que ce n'était pas sans raison qu'elle s'attachait principalement et même uniquement
h ce point qui renfermait, en effet, la décision de tout le reste, comme elle l'avait remarqué ; et sur cela je tâchai de lui faire encore mieux entendre l'importance de cet article.
C'est une chose, lui dis-je, assez ordinaire à vos ministres de se glorifier que la créance des fondements de la foi ne leur peut être contestée. Ils disent que nous croyons tout ce qu'ils croient mais qu'ils ne croient pus tout ce que nous croyons. Ils veulent dire par là qu'ils ont retenu tous les fondements de la foi, et qu'ils n'ont rejeté que ce que nous y avons ajouté. Ils tirent de là un grand avantage, et prétendent que leur doctrine est sûre et incontestable. Mademoiselle de Duras se souvient fort bien de leur avoir souvent oui tenir de tels discours. Je ne veux sur cela, pourstiivis-je , leur faire qu'une reniai que, c'est que loin de nous accorder qu'ils croient tous les fondements de la foi, au contraire, nous leur faisons voir qu'il y a un article du symbole qu'ils ne croient pas, et c'est celui de l'Eglise universelle. 11 est vrai qu'ils disent de bouche : a Je crois l'Eglise catholique ou uni- « venelle, » comme les ariens, les macédoniens et les sociniens disent de bouche : « Je crois en « Jésus-Christ et au Saint-Esprit. » Mais comme on a raison d'accuser ceux-ci de ne croire pas cesarlicles, parce qu'ils ne les croient pas comme il faut, ni selon leur véritable intelligence: si on montre aux prétendus réformes qu'ils ne croient pas comme il faut l'article de l'Eglise catholique, il sera vrai qu'ils rejetteront, en effet, un article si important du s y mbole.
Mademoiselle de Duras avait lu mon traité de Y Exposition, et me fit connaître qu'elle se souvenait d'y avoir vu quelque chose qui revenait à peuples à ce que je lui disais; mais j'ajoutai qu'en ce traité j'avais voulu dire les choses fort brièvement, et qu'il était à propos qu'elle les vit un peu plus au long.
11 faut donc savoir, lui dis-je, ce qu'on entend par ce mot d'Eglise catholique ou universelle; et, sur cela, je posai pour fondement que dans le symbole, où il s'agissait d'exposer la foi simplement, il fallait prendre ce terme de la manière la plus propre, la plus naturelle et la plus usitée parmi les Chrétiens. Or, ce que tous les Chrétiens entendent par le nom d'Eglise, c'est une société qui fait profession de croire la doctrine de Jésus-Christ, et de se gouverner par sa parole. Si cette société fait cette profession, par conséquent elle est visible.
Que cette signification du nom d'Eglise fût la propre et la naturelle signification de ce nom, celle en un mot qui était connue de tout le monde, et usitée dans le discours ordinaire, je
m CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE
n'en demandais pas d'autres témoins que les la parole de Dieu, et de l'usage des sacrements,
prétendus réformés eux-mêmes. Voilà comme on prend l'Eglise lorsqu'on en
Quand ils parlent de leurs prières ecclésias- parle simplement, naturellement, proprement,
tiques de la discipline de l'Eglise, de la foi de sans contention ni dispute ; et si c'est la manière
l'Eglise, des pasteurs et des diacres de l'Eglise, ordinaire de prendre ce mot, nous avons raison
ils n'entendent point que ce soient les prières dos de dire que c'est celle que les apôtres ont em-
prédestinés, ni leur discipline, ni leur foi ; mais ployée dans leur Symbole, où il fallait parler de
les prières, la foi et la discipline de tous les la manière la plus ordinaire et la plus simple,
fidèles assemblés dans la société extérieure du parce qu'il s'agissait de renfermer en peu de pa-
peuple de Dieu. r°les ^a confession des fondements de la foi.
Quand ils disent qu'un homme édifie l'Eglise, En effet, il a passé dans le discours commun
ou qu'il scandalise l'Eglise, ou qu'ils reçoivent de tous les Chrétiens, de prendre le mot d'Eglise
quelqu'un dans l'Eglise, ou qu'ils excluent quel- pour cette société extérieure du peuple de Dieu;
qu'un de l'Eglise, tout cela s'entend sans doute quand on veut entendre, par le mot d'Eglise, la
de la société extérieure du peuple de Dieu. société des prédestinés, on l'exprime, et on dit
Ils l'expliquent ainsi dans la forme du baptê- l'Eglise des prédestinés. Quand on veut entendre me, lorsqu'ils disent qu'ils vont recevoir l'enfant par ce mot « l'assemblée et l'Eglise des premiersen la compagnie de l'Eglise chrétienne ; et pour « nés qui sont écrits dans le ciel, » on l'exprime cela qu'ils obligent « les parrains et marraines nommément comme fait saint Paul. Il prend de l'instruire en la doctrine, laquelle est reçue ici le mot d'Eglise dans une signification moins du peuple de Dieu comme elle est, disent-ils, usitée, « pour la cité du Dieu vivant, la Jérusasommairement comprise en la Confession de foi « lem céleste, où sont plusieurs milliers d'anges que nous avons tous; » et encore lorsqu'ils de- « et les esprits des justes sanctifiés, » c'est-à-dire mandent à Dieu, dans leurs prières ecclésiasli- pour le ciel, où sont recueillies les âmes saintes, ques, de « délivrer toutes ses Eglises de la gueule C'est pourquoi il ajoute un mot pour désigner « des loups ravissants: » et encore plus exprès- cette Eglise; c'est l'Eglise des premiers-nés qui sèment dans la Confession de foi, article 25, ont précédé leurs frères dans la gloire. Mais quand ils disent « que l'ordre de l'Eglise, qui a quand on emploie simplement le mot d'Eglise été établi de l'autorité de Jésus-Christ, doit être sans rien ajouter, l'usage commun de tous les sacré, et pourtant que l'Eglise ne peut consister, Chrétiens sans en excepter les prétendus réforsinon qu'il y ait des pasteurs qui aient la charge mes, est de le prendre pour signifier l'assemblée, d'enseigner; » et dans l'article 26, «que nul ne la société, la communion de ceux qui confesse doit retirer à part, mais que tous ensemble sent la vraie doctrine de Jésus-Christ. Et d'où doivent garder et entretenir l'unité de l'Eglise, vient cet usage de tous les Chrétiens, sinon de se soumettant à l'instruction commune; » et en- l'Ecriture Sainte où nous voyons en effet le mot fin, dans L'article 27, qu'il faut discerner soi- d'Eglise pris communément en ce sens, en sorte gneusementquellô est la vraie Eglise, etque c'est qu'on ne peut nier que ce soit la signification la compagnie des fidèles qui s'accordent à suivre ordinaire et naturelle de ce mot? la parole de Dieu, et la pure religion qui en dé- Le mot d'Eglise, dans son origine, signifie pend. » D'où ils concluent, article 28, « qu'où la assemblée, et s'attribuait principalement aux parole de Dieu n'est pas reçue, et qu'on ne fait assemblées que tenaient autrefois les peuples nulle profession de s'assujettir à icelle, et où il pour entendre parler des affaires publiques. Et n'\ a nul usage des sacrements, à parler propre- ce mot est employé en ce sens aux Actes, xix, ment, on ne peutjuger qu'il y ait aucune Eglise.» lorsque le peuple d'Ephèse s'assembla en fureur
On voit par tous ces passages, et par l'usage contre saint Paul : « L'assemblée de l'Eglise
commun des prétendus réformés, que la signifi- « était confuse. » Et encore: « Si vous deman-
cation du mot d'Eglise, propre, naturelle et usitée « dez quelque chose, cela se pourra conclure
de tout le monde, est de la prendre pour la so- « dans une assemblée ou Eglise dûment convo-
ciété extérieure du peuple de Dieu, parmi lequel « quée.» Et enfin : « Quand il eut dit ces choses,
quoiqu'il se trouve des « h\ pocriteset réprouvés, « il renvoya l'Eglise ou l'assemblée. »
« leur malice, » disent-ils, « ne peut effacer le Voilà l'usage du mot d'Eglise parmi les Grecs
« titre d'Eglise; » article 27. C'est-à-dire que les et dans la gentilité. Les Juifs et les Chrétiens se
h] pocrites mêlés à la société extérieure du peu- sont depuis servis de ce mot pour signifier l'as-
pîe de Dieu, ne lui peuvent ôter le titre de vraie semblée, la société, la communauté du peuple
Eglise pourvu qu'elle soit toujours revêtue de de Dieu, qui fait profession de le servir. 11 n'y a
ces marques extérieures, de faire profession de personne qui ne connaisse cette fameuse version
les Septante, qui ont traduit en grec l'Ancien plus noble partie de celte société extérieure :
restamenl quelques siècles avant lésus-Chrisl : c'est cette société que l'Apôtre appelle Eglise. Jé-
Je plus de cinquante passages ou ce terme se sua-Christ l'aime sans doute, car il lui a donné
Douve employé dans leur version, il n'y en a le baptême; il a répandu son sang pour fassem-
pas un seul où il ne se prenne pour quelque bler; il n'y ni appelé, ni justifié, ni baptisé
assemblée visible; et il n'j eu a que très-peu où dans cette Eglise, qui ne soit appelé, justifié et
il ne se prenne pour la société extérieure du baptisé au nom et par les mérites de Jésus-Christ
peuple de Dieu. Ces! aussi le sens où l'emploie crucifié. Cette Eglise est glorieuse, parce qu'elle
baiui Etienne, lorsqu'il dit (pie « Moïse fui en glorifie Dieu publiquement, parce qu'elle an-
« l'Eglise ou dans l'assemblée au désert avec nonce à toute la terre la gloire de l'Evangile et
■ l'ange qui lui parlai! •, » appelant du mol de la croix de Jésus-Christ Cette Église est sain-
d'Eglise, selon l'usage reçu par les Juifs, la le, parce qu'elle enseigne toujours, cdnstam-
société visible du peuple de Dieu. menl et Bans varier, la sainte doctrine, qui en-
Les Chrétiens ont pris ce mot des Juifs, el ils faute continuellement des saints dans son unité.
lui ont conservé la même signification, l'em- Celte Eglise n'a ni tache ni ride, parce qu'elle
ployante signifier rassemblée de ceux qui cou- n'a ni erreur, ni aucune mauvaise maxime ; et
fessaient Jésus-Christ, cl faisaient profession de encore parce qu'elle instruit et contient en son
sa doctrine. sein les élus de Dieu, qui, quoique pécheurs sur
Voilà ce qui s'appelle simplement Eglise, ou la terre, trouventdanssa communion des moyens
l'Eglise de Dieu el de Jésus-Christ : etde plus de extérieurs de se purifier, en sorte qu'ils vien-
cent passages où ce mot est employé dans le dront un jour en un état très- pariait devant J6-
Nouveau Testament, à peine j en a-t-il deux ou eus-Christ.
trois où celte signification lin soit contestée par Voilà peut-être le seul passage où l'on puisse
lc> ministres; el même dans les endroits où ils dire «Vec quelque sorte d'apparence que le mot
la contestent, il est clair que c'est sans raison. A'Eglise, pris simplement, signifie autre chose
Par exemple, ils ne veulent pas que ce pas- que la société extérieure du peuple de Dieu; et
sage de saint Paul, où il est dit que Jésus-Christ vous voyez cependant combien il est clair qu'il se
i'est « lait une Eglise glorieuse qui n'a ni tache, unit entendre comme tous les autres.
« ni ride, ni rien de semblable, mais qu'elle (^t Mais quand ainsi ! rail que ce passage et deux
« sainte et sans tache*, » ils ne veulent, dis-je, ou trois autres auraient une signification, ou
pas que ce passage puisse être entendu de l'Ër douteuse, ou même éloignée de celle-ci, tous
glise visible, ni même de l'Eglise sur la terre, les autres pa Bontconformes. Car, qu'y a-
parce que l'Eglise ainsi regardée, loin d'être sans t-il de plus fréquent que les passages où il est
tache, a besoin de dire tous les jours : « Pardon- dit. qu'il font édifier l'Eglise, qu'on a persécuté
« nez-nous nos péchés. » Et moi je dis, au con- l'Eglise, qu'on loue Dieu au milieu de l'Eglise,
traire, que c'est parler manifestement contre qu'on la salue, qu'on la visite, qu'on y établit des
l'Apôtre que tle dire que celle Eglise glorieuse et pasteurs et des évèques pour la régir, et autres
sans lâche ne îl pas l'Eglise visible. Car voyez semblables dont le nombre est infini,
de quelle Eglise parie saint Paul : c'est de scelle Ainsi on ne peut nier que celle signification
o que Jésus-Christ a aimée, pour laquelle il s'est du mot A' Eglise ne soit pas la signification ordi-
« donné, afin de la sanctifier, la purifiant dans naire, et celle par conséquent qui devait être
« l'eau où elle est lavée par la parole de vie 3. » suivie dans une confession de foi aussi simple
Cette Eglise lavée dans l'eau, et purifiée par le qu'est le Symbole des apôtres.
baptême, cette Eglise sanctifiée par la parole de C'est dans ce sens (pic l'a prise tout un grand
vie, soit par celle de la prédication, soit par celle concile, le premier el le plus saint de tous les
qui est employée dans les sacrements, cette conciles universels, lorsque condamnant Arius,
Eglise est sans doute l'Eglise visible. La sainte il prononce ainsi : «Tous ceux qui disent que le
société des prédestinés n'en est pas exclue, à Fils de Dieu a été tiré du néant, la sainte Eglise
Dieu ne plaise ; ils en font la plus noble partie ; catholique et apostolique les anathématise ». »
mais ils sont compris dans ce tout. Ils y sont ins- C'est Jésus-Christ lui-même qui nous a appris
traits par la parole, ils y sont purifiés parlebap- à croire l'Eglise, en ce sens. Car, pour fonder
tême ; et souvent même des réprouvés sont em- cette Eglise il est sorti du sein invisible de son
ployés à ces ministères. 11 les faut donc regar- Père, et s'est rendu visible aux hommes ; il a as-
der dans ce passage non comme Taisant un corps semblé autour de lui une société d'hommes qui
à part, mais comme faisant la plus belle et la le reconnaissait pour maître : voilà ce qu'il a ap-
« Ad-, vil, 38. — 2 Bphas., v, 27. — 3 IUid. ' Conc. J\\c. posl Syn:6., Ubb., toui. u, c. 27.
CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE
pelé son Eglise. C'est à cette Eglise primitive que les fidèles qui ont cru depuis se sont agrégés, et c'est de là qu'est née l'Eglise que le Symbole appelle universelle.
Jésus-Christ a employé le mot d'Eglise pour signifier cette société visible, lorsqu'il a dit luimême qu'il fallait écouter l'Eglise : « Dites-le à « l'Eglise • ; » et encore lorsqu'il a dit : « Tu es e Pierre , et sur cette pierre je bâtirai mon « Eglise, et les portes de l'enfer n'auront point « de force contre elle 2. »
Pourquoi, disais-je, Mademoiselle, pourquoi ceux de votre religion ne veulent-ils pas entendre ici, par le mot d'Eglise, la société de ceux qui font la profession de croire en Jésus-Christ et en l'Evangile ; puisqu'il est certain que cette société est en effet la vraie Eglise, contre laquelle l'enfer n'a jamais eu de force, ni lorsqu'il a employé les tyrans pour la persécuter, ni lorsqu'il a employé les faux docteurs pour la corrompre?
L'enfer ne prévaudra pas contre les prédestinés ; il est certain : car s'il n'a point de force contre cette société extérieure, à plus forte raison n'en aura-t-il pas contre les élus de Dieu, qui sont la partie la plus pure et la plus spirituelle de cette Eglise. Mais par la même raison qu'il ne peut pas prévaloir contre les élus, il ne peut pas prévaloir contre l'Eglise qui les enseigne, où ils confessent l'Evangile, et où ils reçoivent les sacrements.
C'était cette société extérieure où les élus servent Dieu, qu'il fallait entendre par le mot d'Eglise, et admirer en même temps la force invincible des promesses de Jésus-Christ qui a tellement affermi la société de son peuple, quoique faible en comparaison des infidèles qui l'environnaient au dehors , quoique déchirée par les hérétiques qui la divisaient au dedans, qu'il n'y a pas un seul moment où cette Eglise n'ait été vue par toute la terre.
Mais les prétendus réformés n'ont pas osé soutenir ce sens naturel de l'Evangile. Car ils ont été forcés, pour s'établir, de dire dans leur propre Confession de foi, article 31 : « Que l'état de l'Eglise a été interrompu, et qu'il l'a fallu dresser de nouveau, parce qu'elle était en ruine et désolation. »
Et en effet leur Eglise, quand elle s'est établie, n'est entrée en communion avec aucune autre Eglise qui fût alors sur la terre; mais s'est formée en rompant avec toutes les Eglises chrétiennes qui étaient au monde.
Ils n'ont donc pas la consolation qu'ont les catholiques, de voir la promesse de Jésus-Christ
* Math., xv» 17. — s Matin., x\t , ia.
s'accomplir visiblement, et se soutenir durant tant de siècles. Ils ne peuvent montrer une Eglise qui ait toujours été depuis que Jésus- Christ est venu pour la bâtir sur la pierre ; et pour sauver sa parole , ils sont obligés d'avoir recours à une Eglise des prédestinés, que ni eux ni personne ne peuvent montrer.
Or Jésus-Christ a voulu montrer quelque chose d'illustre et de clair, quand il a dit que son Eglise, malgré les enfers, serait toujours invincible : il a, dis-je, voulu montrer quelque chose de clair et d'éclatant, qui pût servir, dans tous les siècles, d'assurance sensible et palpable de la certitude immuable de ses promesses.
Et en effet, regardons quand il a dit cette parole : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâ- « tirai mon Eglise, et les portes d'enfer ne pré- « vaudront point contre elle i. » C'est lorsqu'ayant demandé à ses Apôtres : « Qui dites-vous que «je suis? » Pierre répondit au nom de tous : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. »
C'est sur cette illustre confession de foi, que la chair et le sang n'avaient point dictée, mais que le Père céleste avait révélée à Pierre : c'est, dis-je, sur cette illustre confession de foi, qu'est fondée, et la dignité de saint Pierre, et la fermeté inébranlable de l'Eglise. Cette Eglise, qui confesse que Jésus-Christ est le vrai Fils de Dieu, est celle contre qui l'enfer n'aura jamais de force, qui subsistera sans interruption, malgré les efforts et les artifices du diable.
Il paraît' donc clairement que l'Eglise dont parle ici Jésus-Christ, est une Eglise confessante, une Eglise qui publie la foi, une Eglise par conséquent extérieure et visible. Et voyez aussi ce qu'il ajoute : k Et je te donnerai les « clefs du royaume des deux; et tout ce que tu « auras lié en la terre sera lié dans le ciel, et « ce que tu auras délié en terre sera délié aux « cieux 2. »
Quelque chose qu'il faille entendre par ces mots, soit la prédication, soit les censures ecclésiastiques, ou le ministère des prêtres dans le sacrement de Pénitence, comme l'entendent les catholiques, toujours est-il assuré que voilà ' un ministère extérieur donné à cette Eglise : c'est donc cette Eglise qui confesse la foi, et la confesse principalement par la bouche de saint Pierre; c'est cette Eglise qui use du ministère des clefs, c'est elle qui sera toujours sur la terre, sans que l'enfer puisse jamais prévaloir contre elle.
Et parce que Jésus-Christ voulait qu'elle fût toujours visiblement subsistante, il l'a revêtue
1 Muil/i. xvi, 18. — - lûid., 19.
de marques sensibles qui doivent toujours durer, peur de faire mourir Jésus-Christ encore une fois. Car voici comme il envoie ses apôtres, et ce qu'il C'est donc sans difficulté celte assemblée de leur dit en montant aux cieux : « Allez, et eue*- pasteurs et de peuples, c'est celte Eglise cornet gnez toutes les nations, les baptisant au nom posée de tant de membres divers, par lesquels « du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, et leur s'exercent extérieurement tant de sainls ininist apprenant à garder tout ce que je vous ai coin- tères; e'esl celle-là qui est appelée le corps de « mandé. Et voici, je .suis toujours avec vous, Jésus-Christ; c'est à ce corps, assemblé sous le «jusqu'à la lin du inonde l : » avec vous ensei- ministère des pasteurs, qu'il a dit en montant gnant, avec vous baptisant, avec vous apprenant aux cieux : « Voici, je suis avec vous jusqu'à la à mes fidèles à garder tout ce que je vous ai « consommation des siècles1. » Celui donc qui commandé, avec vous par conséquent exerçant est descendu, c'est le même qui est moulé, alin dans mon Eglise un ministère extérieur: Cest qa*Uremplit toutes choses, le ciel par sa personne avec vous, c'est avec ceux qui vous succéderont, et par sa présence visible, la terre par son esprit c'est avec la société assemblée sous leur cou- et par son assistance invisible, l'un et l'autre par duile, que je serai dès maintenant, jusqu'à ce sa vérité et par sa parole. Et c'est pour conlique le monde finisse; toujours, sans interrup- nuer, en montant aux cieux, celle assistance lion, car il n'y aura pas un seul moment où je promise à son Eglise, qu'il y a mis les uns apùvous délaisse; et quoique absent de corps, je 1res, les autres évangélistes, les autres pasteurs serai toujours présent par mon Saint-Esprit. et docteurs : chose qui doit durer jusqu'à ce que
En conséquence de celte parole, saint l'aul l'œuvre de Dieu soit entièrement accomplie,
nous dit aussi que le ministère ecclésiastique que nous soyons tous hommes parfaits, el que
durera, suis discontinuer, jusqu'à la résurrec- tout le corps de l'Eglise soit arrivé à la plénitude
tion générale. « Celui qui est descendu, c'est le et à la perfection de Jésus-Christ
«même qui est moulé au-dessus de tous les Ainsi l'ouvrage de Jésus-Christ est éternel sur
« cieux, alin qu'il remplit toutes choses. Lui- la terre. L'Eglise fondée sur la confession de la
o même donc a établi les uns pour être apôtres, foi sera toujours, el confessera toujours la foi :
« les autres pour être prophètes, les autres pour son ministère scia éternel : elle liera et déliera
k être évangélistes, les autres pour être pasteurs jusqu'à la lin du munie, sans que l'enfer l'en
«et docteurs, pour l'assemblage des saints, puisse empêcher; elle ne discontinuera jamais
« pour l'œuvre du ministère, pour l'édification d'enseigner les nations : les sacrements, e esl-à-
a du corps de Christ, jusqu'à ce que nous nous dire les livrées extérieures dont elle est revêtue,
« rencontrions tous dans l'unité de la foi et de dureront toujours. « Enseigne! et baptises les
« la connaissance du Eils de Dieu, en homme « nations, et je serai toujours avec vous2. Toutes
« parfait à la mesure de la parfaite stature de « les fois que vous mangerez de ce pain, et que
«Jésus-Christ2; » c'est-à-dire jusqu'à ce que « vous boirez de celte coupe, vous annoncerez
nous ayons atteint la perfection de Jésus-Christ, « la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne*.* glorifiés en corps et en âme : voilà le terme que . Avec la cène durera et la confession de la foi,
Dieu adonné au ministère ecclésiastique. et le ministère ecclésiastique, et la communion
Les prétendus réformés ne veulent pas que extérieure et intérieure des fidèles avec Jésus-
l'Eglise visible soit celle qui s'appelle le corps de Christ, et des fidèles entre eux, et jusqu'à ce que
Jésus-Christ : quel est donc ce corps où Dieu a Jésus-Christ vienne. La durée de l'Eglise et du
établi les uns apôtres, les autres prophètes, les ministère ecclésiasliquen'a point d'autres bornes.
autres pasteurs et docteurs? Quel est ce corps où Ce n'est donc pas seulement la société des
Dieu a établi plusieurs membres et diverses prédestinés qui subsistera à jamais, c'est le corps
grâces, la grâce du ministère, la grâce de la visible où sont renfermés les prédestinés, qui
doctrine, la grâce de l'exhortation et de la con- les prêche, qui les enseigne, qui les régénère
solalion, la grâce du gouvernement 3? Quel par le Baptême, qui les nourrit par l'Eucharistie,
est, dis-jc, ce corps, si ce n'est l'Eglise visible? qui leur administre les clefs, qui les gouverne
Mais ce qui fait que les prétendus réformés ne et les tient unis sous la discipline, qui forme en
veulent pas avouer que ce corps de Jésus-Christ, eux Jésus-Christ : c'est ce corps visible qui sub-
tant recommandé dans l'Ecriture, puisse être sistera éternellement.
l'Eglise visible, c'est qu'ils sont contraints de Et c'est pourquoi dans le Symbole des apôtres,
dire que l'Eglise visible cesse quelquefois d'être où l'on nous propose à croire les fondements de
sur la terre; et ils ont horreur de dire que le la foi, on nous dit en même temps de croire au
corps de Jésus-Christ ne soit pas toujours, de Père, et au Fils, et au Saint-Esprit, et de croire
\MaUh., ïivm, 19, 20.— 2 Ephts., îv, 10. 11.— • Eom„xil,i. I Malth., XX\lil, 20. — * Ibid., 19, 20. — * / Cor., xi, 26.
128 CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE
li sainte Eglise catholique et la communion des mais ce n'est pas ainsi que l'Eglise nous est pro-
ainls : communion intérieure par la charité et posée dans le Symbole. On nous y propose de la
dans le Saint-Esprit qui nous anime,-jc l'avoue; croire comme nous croyons au Père, au Fils et
mais on même temps communion extérieure au Saint-Esprit; et c'est pourquoi la foi de l'Eglise
dans les sacrements, dans la confession de la foi, est jointe à la foi des trois personnes divines,
et dans tout le ministère extérieur de l'Eglise. Ces choses ayant été dites à diverses reprises,
Et tout ce que nousvenons de dire est renfermé mais à peu près dans cette suite, j'ajoutai que
dans cette parole : « Je crois l'Eglise universelle. » notre doctrine était si véritable sur ce point, que
On la croit dans tous les temps; elle est donc les prétendus réformés qui la niaient, n'ont pu la
toujours : on la croit dans tous les temps; elle nier tout à fait : c'est-à-dire que leurs synodes
enseigne donc toujours la vérité. agissent d'une manière à faire entendre qu'ils
Vos ministres veulent que nous croyions que exigent, aussi bien que nous, une soumission
c'est autre chose de croire l'Eglise, c'est-à-dire absolue à l'autorité et aux décrets de l'Eglise,
croire qu'elle soit; autre chose de croire à l'Eglise, Là, je fis voir à Mademoiselle de Duras, les
c'est-à-dire croire à toutes ses décisions. Mais cette quatre actes de messieurs de la religion préten-
distinction est frivole. Qui croit que l'Eglise est due réformée, que j'ai marqués dans l'Exposition,
toujours, croit qu'elle est toujours confessant et article 20. Elle les y avait vus; mais je les lui fis
enseignant la vérité. C'est à l'Eglise qui confesse lire dans le livre même De la discipline.
la vérité, que Jésus-Christ a promis que l'enfer Le premier est tiré du chapitre 5, titre Les con-
n'aurait point de force contre elle. Jamais donc sistoires, art. 31, où il est porté « que les débats
la vérité ne cessera d'y être confessée; et, par pour la doctrine seraient terminés par la parole
conséquent, en croyant qu'elle est, on assure de Dieu, s'il se peut, dans le consistoire, sinon
qu'elle est toujours croyable. que l'affaire serait portée au colloque, de là au
En effet, il ne suffit pas, pour conserver le nom synode provincial, et enfin au national, où l'en-
d'Eglise, de retenir quelques points de la doc- tière et finale résolution se ferait par la parole de
trine de Jésus-Christ : autrement les ariens, les Dieu, à laquelle, si on refusait d'acquiescer de
pélagiens, les donatistes, les anabaptistes et les point en point, et avec exprès désaveu de ses er-
sociniens seraient de l'Eglise. Ils n'en sont pas reurs, on serait retranché de l'Eglise. »
toutefois : à Dieu ne plaise que nous appelions Ce n'est donc pas, disais-je, à la seule parole
du nom d'Eglise cette confusion ! Il ne faut donc de Dieu précisément comme telle, qu'appartient
pas seulement que l'Eglise conserve quelque vé- l'entière et finale résolution, puisqu'après qu'elle
rite, il faut qu'elle conserve et qu'elle enseigne est proposée l'appel est permis; mais à la parole
toute vérité, autrement elle n'est pas l'Eglise. de Dieu en tant qu'expliquée et interprétée par
II ne sert de rien de distinguer les articles fon- le dernier jugement de l'Eglise,
damentaux d'avec les autres; car tout ce que Le second acte est tiré du synode de Vitré,
Dieu a révélé doit être retenu. Il ne nous a rien rapporté dans le livre De la discipline. Il contient
révélé qui ne soit très-important pour notre salut, la lettre d'envoi que font toutes les Eglises, quand
« Je suis le Seigneur, qui t'enseigne des choses elles députent au synode national; en voici les
« utiles L » Il faut donc trouver dans la foi que termes : « Nous promettons devant Dieu de nous
l'Eglise enseigne, la plénitude des vérités révélées soumettre à tout ce qui sera résolu en votre sainte
de Dieu, autrement, ce n'est plus l'Eglise que Je- assemblée, persuadés que nous sommes que Dieu
sus-Christ a fondée. y présidera, et vous conduira par son Saint-Esprit
Que les particuliers puissent ignorer quelques en toute vérité et équité par la règle de sa pa-
articlcs, je le confesse aisément : mais l'Eglise rôle. » Cette persuasion, disais-je, si elle est seu-
ne tait rien de ce que Jésus-Christ a révélé; et lement fondée sur une présomption humaine,
c'est pourquoi les fidèles qui ignorent certains ne peut pas être la matière d'un serment si so-
arlicles en particulier, les confessent néanmoins lennel, par lequel on jure de se soumettre à une
tous en général, quand ils disent : « Je crois résolution qu'on ne sait pas encore: elle ne peut
1 Lu lise universelle. » donc être fondée que sur une promesse expresse
Voilà cette Eglise, disais-je, que vos ministres que le Saint-Esprit présidera dans le dernier ju-
ne connaissent pas. Ils vous enseignent que cette gement de l'Eglise, et les catholiques n'en disent
Eglise visible et extérieure peut cesser d'être sur pas davantage.
la terre; ils vous enseignent que cette Eglise peut Le troisième acte, qui se trouve encore dans le
errer dans ses décisions; ils vous enseignent que même livre De la discipline, est la condamnation
croire à cette Eglise c'est croire à des hommes : des indépendants, sur ce qu'ils disaient que cha-
•■& |7- que Eglise se devait gouverner elle-même sans
aucun? dépendance de personne en matières ecclésiastiques. Cette proposition fut déclarée, au synode de Charenton, « autant préjudiciable à l'Etat qu'à l'Eglise. » On y jugea «qu'elle ouvrait la porte à toute sorte d'irrégularités el d'extravagances, en otail tous les remèdes, el donnait
Lieu à former autant de religions que de parois-
ses. i .Mais, disais-je, quelques synodes qu'on tienne, si on ne se croit pas obligé à \ soumettre son jugement, on n'évite pas les inconvénients des indépendants, «'t on laisse la porte ouverte à établir autant de religions, je ne dis pas qu'il y a de paroisses, mais qu'il y a de tries. On en vient donc, par nécessité, à cette obligation de soumettre son jugement à ce que l'Eglise catholique
enseigne.
Ces trois actes sont tirés du livre De la discipline, imprimé à Charenton, l'an 1667.
Le quatrième se trouve dans on livre de M. Blondel, Intitulé Actes authentiques, imprimé à Amsterdam, par Blaeu, l'an 1685.
C'est une résolution du synode national de Sainte-Foi 1578, qui nomme quatre ministres pour se trouver à une assemblée où se devait traiter la réunion a\ee les luthériens, en dressant un Formulaire de profession de foi commune. On donne pouvoir à ces ministres «de décider tout point de doctrine et autres qui seront mis en délibération, et de consentir à celle Confession de foi, sans même en communiquer davantage aux Eglises, si le temps ne permet pas de le l'aire. » De cet acte, je concluais deux choses : l'une, que tout le synode compromet sa foi entre le> mains de quatre particuliers, chose bien plus extraordinaire que de voir des particuliers se soumettre à toute l'Eglise ; l'autre, que l'Eglise prétendue réformée est encore peu assurée de sa Confession de loi, puisqu'elle consent qu'on la change, et cela dans des points aussi importants que sont ceux qui font la dispute avec les luthériens, dont l'un est la réalité. Si les prétendu-; réformés espéraient que les lulbériens revinssent à eux, il n'y avait nul besoin d'une nouvelle Confession de foi. Ainsi ce qu'on prétendait, c'est que, les uns et les autres demeurant dans leur sentiment, on fit une Confession de foi dont les deux partis pussent convenir, ce qui ne se pouvait faire sans ajouter ou sans spprimer quelque chose d'essentiel dans une Confession de loi, qu'on nous donne comme n'enseignant que la pure parole de Dieu.
Mademoiselle de Duras m'avoua qu'ayant vu dans mon traité ces actes et mes réflexions, qui sont les mêmes que celles que je venais de lui faire, elle ne savait qu'y répondre; et que pour eela elle souhaitait d'entendre ce que répon- B. Tom. IV.
(liait M. Claude, tant sur ces actes que sur les autres difficultés qui regardent l'autorité de l'Eglise.
Je lui dis qu'encore queceux de sa religion agissent comme tenant l'autorité de l'Eglise infaillible et incontestable, il est vrai qu'ils niaient celte infaillibilité, et j'ajoutai que c'était une maxime e instante dans sa religion, que tous les particuliers, pour ignorants qu'ils lussent, étaient obligés de croire qu'ils pouvaient mieuxentendre l'Ecriture Sainte que tous les conciles, et que tout le reste de l'Eglise ensemble. Elle parut étonnée de cette proposition : mais j'ajoutai qu'on croyait encore dans sa religion quelque chose de bien plus étrange, qui était qu'il y a un point où un Chrétien est obligé de douter si l'Ecriture est inspirée de Dieu ; si l'Evangile est une \érité ou une fable ; si Jésus-Christest un trompeur, ou le docteur de la vérité. Comme elle parut encore plus étonnée de cette proposition, je l'assurai que tant celle-là que l'autre, quejevenaisdD lui dire, étaient des Miilcs nécessaires de la doctrine reçue dans leur religion sur l'autorité de l'Eglise, et <jue je ne doutais point que je ne puisse forcer M. Claude à les avouer.
Je lui expliquai les raisons de ce que j'avais avance, et lui lis voir en même temps que la marque de fausseté c'était, parmi eux, de voir que d'un côté ils niassent qu'il fallut croire sans examiner ce que l'Eglise décidait ; et que de l'autre ils fussent forcés, pour établir l'ordre, d'attribuer à l'Eglise l'autorité qu'ils lui auraient
déniée.
Elle me fit connaître qu'elle entendait ce raisonnement, et qu'elle se souvenait de l'avoir lu dans mon livre; mais qu'encore qu'elle ne vît rien à y répondre, elle avait peine à croire qu'on n'y répondit pas dans sa religion.
Madame la comtesse de Koye vint dire que M. Claude, qui avait promis de se trouver avec moi le lendemain, avait reçu défense de le faire, el ne le pouvait plus. Mademoiselle de Duras témoigna être fort mécontente de ce procédé. Je voulus me retirer, et la laisser avec Madame sa sœur ; mais elle me pria de lui dire ce que je venais de lui représenter. Je le lis en peu de mots, et répondis à quelques objections qui me furent faites.
Le lendemain matin, Mademoiselle de Duras vint en mon logis avec un honnête homme de sa religion, que je connaissais, nommé M. Coton. Elle s'était servie de lui pour engager M. Claude à la conférence, et il lui avait rapporté que M. Claude l'avait acceptée. Elle me pria de redire ce que j'avais dit la veille. Je le fis, et M. Coton avoua qu'il ne savait que répondre, et qu'il avait
;3o CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE
erande passion d'entendre M. Claude sur cela, continuée; et qu'ainsi quand les pontifes et
Lui et Mademoiselle de Duras mé firent quelques presque tout le peuple auraient prévariqué,
objections sur les révoltes fréquentes du peuple l'état du peuple de Dieu subsistait toujours dans
d'Israël, qui avait si souvent abandonné Dieu, sa forme extérieure, bon gré malgré qu'ils en
les rois et tout le peuple, connue parle la sainte eussent. Il ne pouvait non plus arriver aucune
Ecriture: pendant que le culte public était .telle- interruption dans le sacerdoce que Dieu avait
nient éteint, qu'Elie croyait être le seul serviteur attaché à la famille d'Aaron. Mais il n'en est pas
de Dieu, et qu'il n'apprit que de Dieu même de même dans le nouveau peuple, dont la forme
qu' « il s'était réservé sept mille hommes qui extérieure ne consistait en autre chose qu'en la
« n'avaient point fléchi le genou devant Baal1. » profession de la doctrine de Jésus-Christ : de
A cela je répondis que, pour ce qui regardait sorte que si la confession de la vraie foi était Elie, il n'y avait aucune difficulté, puisqu'il pa- éteinte un seul moment, l'Eglise qui n'avait de rait par les termes mêmes qu'il ne s'agissait que succession que par la continuation de cette prod'Israël, où Elie prophétisait; et que le culte fession, serait tout à fait éteinte, sans pouvoir divin, loin d'être éteint en Juda dans ce temps- jamais ressusciter dans son peuple ou dans ses là. \ était sous le règne de Josaphal dans le plus pasteurs que par une nouvelle mission. grand lustre où il eût été depuis Salomon. La J'ajoutai, au reste, que je ne voulais pas dire chose passa pour constante, et je remarquai que la vraie foi et le vrai culte de Dieu pût être seulement combien peu de bonne foi il y avait tout à fait aboli dans le peuple d'Israël, en sorte aux ministres de produire toujours ce passage, que Dieu n'eût plus de vrais serviteurs sur la teraprès que le cardinal du Perron y avait donné re.Mais je trouvais au contraire, premièrement, une réponse si décisive. qu'il était clair que, malgré la corruption, Dieu
Quant à ce qui était arrivé dans Juda même, se réservait toujours un assez grand nombre de je dis que je voulais faire l'objection encore serviteurs qui ne participaient pas à l'idolâtrie, plus forte qu'on ne me la faisait, en considérant Car si cela était en Israël schismatique et séparé l'état du peuple de Dieu sous Achaz2, qui ferma du peuple de Dieu, comme Dieu même le déle temple, lit sacrifier aux idoles par Urie, claie à Elie, à plus forte raison en Juda, que prêtre du Seigneur, remplit Jérusalem d'abomi- Dieu s'était réservé pour perpétuer son peuple et nations; et ensuite sous Manassès3, qui enchérit son royaume jusqu'au temps du Messie. Lors sur les impiétés d' Achaz. Mais pour montrer que donc qu'il était écrit que le roi et tout le peuple tout cela ne faisait rien à la question, je priai avaient abandonné la loi de Dieu, il fallait enseulement qu'on remarquât qu'Isaïe, qui avait tendre non tout le peuple sans exception, mais vécu durant tout le règne d' Achaz, pour toutes une grande partie, et, si l'on veut, la plus grande ces abominations du roi, du prêtre Urie, et partie du peuple ; ce que les ministres ne niaient presque de tout le peuple, ne- s'était jamais se- pas. 2° Qu'il ne fallait pas s'imaginer que les serparé de la communion de Juda, non plus que les viteurs de Dieu et de la vraie foi se conservassent autres prophètes qui avaient vécu en ce temps et seulement en secret, mais que, dans toute la sucdans tous les autres : ce qui montre qu'il y a tou- cession de l'ancien peuple, la vraie doctrine avait jouis un peuple de Dieu, de la communion du- toujours éclaté. Car il y a eu une continuelle quel il n'est jamais permis de se séparer. succession de prophètes, qui, loin d'adhérer aux
11 est écrit aussi que du temps de Manassès, erreurs du peuple ou de les dissimuler, s'éle-
Dieu parla par la bouche de tousses prophètes4, vaient contre avec force ; et cette succession
et menaçait ce roi impie et tout le peuple. Mais était si continuelle, que le Saint-Esprit ne craint
ces prophètes, qui reprenaient et délestaient les point de dire « que Dieu se relevait de nuit, et
impiétés de ce peuple, ne se séparaient pas de la « dès le malin, et avertissait tous les jours son
communion. « peuple par la bouche de ses prophètes l ; » ex-
Et pour voir la chose à fond, il faut, disais-je, pression la plus puissante qui se puisse imagi-
considérer la constitution de l'ancien peuple. Il ner pour faire voir que la vraie foi n'a jamais été
aviit cela de propre, qu'il se multipliait par la un seul moment sans publication, ni le peuple
lération charnelle, et que c'était par laque sans avertissement. Qu'ainsi ne soit, nousvenons
s'en faisait la succession aussi bien que celle du de voir que, dans tout le règne d' Achaz, Isaïe
sacerdoce, que ce peuple portait en sa chair la n'avait cessé de prophétiser; et sous Manassès,
marque de l'alliance, c'est-à-dire la circoncision, où il semble que l'abomination fut montée au
que nous ne liions point avoir jamais été dis- comble, puisque ni la pénitence de ce roi, ni la
. /// «*., ,,v, i8. -2 iv lif3i xvl n PanLf XXVI1I. sainteté de Josias, son petit-fils, ne purent faire
3 IV Reg., m IL ia.al., xxxm. — * 1 V lieg., xxi, 10. ' // Parai., xxxvi, 15; Jtr., xi, 7; xxv, y, A.
rétracter la sentence donnée contre ce peuple, Dieu vt- souvenant toujours des abominations de Menasses : dans oc temps, dis-je, nous avons tu que Dieu taisait parler ses prophètes; et qu'une grande partie du peuple lésait sui\is publiquement, il parait en ce que ce prince impie * lit regorger Jérusalem de sang innocent ' ; » marque certaine qu'il trouva une grande résistance
à ses idolâtries. On tient même qu'il lit mourir
[sale, comme bss prédécesseurs avaient lait mourir les autres prophètes qui les reprenaient ; et cette histoire tfesl conservée dans l'ancienne tradition, conforme à la parole de Notre-Seigneuri qui reproche aui Juifs d' ■ avoir tait mourir les prophètes '■'. » et au discours de saint Etienne» qui dit « qu'Un*] a aucun prophète qu'ils n'aient « persécuté '. »
Ces prophètes taisaient partie du peuple de
Dieu; ces prophètes retenaient dans le devoir
une partie considérable etdes prêtres et du peuple même ; ces prophètes, qui confirmaient leur mission par des miracles visibles, empêchaient que la corruption ne gagnât tout ; et pendant
qu'une effroyable multitude, et peut-être le gros) de la Synagogue était entraîné dans l'idolâtrie, Os conservaient la tradition de la vérité dans le peuple d'Israël.
l./echiel, qui parut un peu après, nous le l'ait voir, lorsqu'il parle des prêtres et des lévitesenfttntS de Sadoc, qui, dans le temps de l'égarement des enfants d'Israël, ont toujours observé les Cérémonies du sanctuaire. « Ceuxdà, » poursuit-il, « me serviront et paraîtront devant moi « pour in'olTrir des victimes, dit le Seigneur *. » La succession, non-seulement celle de la chair, mais encore celle de la foi et du ministère, s'était conservée dans ses prêtres et dans ses lévites, que la grâce de Dieu et la prédication des prophètes avaient retenus dans le service.
Et il faut remarquer que Dieu n'a jamais fait plus éclater ce ministère des prophètes, que lorsque l'impiété semblait avoir pris le dessus ; en sorte que, dans le temps où le moyen ordinaire d'instruire le peuple était non pas détruit, mais obscurci. Dieu préparait les moyens extraordinaires et miraculeux.
A cela on peut ajouter (pie ce moyen extraordinaire, c'est-à-dire le ministère prophétique, avant la captivité, était comme ordinaire au peuple de Dieu, où les prophètes taisaient comme un ordre toujours subsistant, d'où Dieu tirait continuellement des hommes divins, par la bouche desquels il parlait lui-même hautement et publiquement à tout son peuple.
lIV Reg„ rnj 16.— * Matth., xxm, 31,37.— >Act., vu, 52.— • Ezech., xliv, 15.
Depuis le retour de la captivité jusqu'à Jésus- Ghrist, il n'y eut plus d'idolâtrie publique et durable. On sait ce qui arriva sous Àntiochus l'Illustre ; mais on sait aussi le zèle de Malhathias ; et le grand nombre de vrais fidèles qui se joignit à sa maison, et les victoires éclatantes de Judas le Machabée et de ses hères : sous eux et leurs successeurs, la profession de la vraie loi dura jusqu'à Jésus-Christ. A latin, les pharisiens introduisaient dans la religion et dans le culte beaucoup de superstitions. Comme la corruption allait prévaloir, Jésus-Christ parut au monde.
Jusqu'à lui la religion s'était conservée. Les docteurs de la loi axaient beaucoup de maximes
et de pratiques pernicieuses, qui gagnaient et s'établissaient peu a peu : elles devenaient corn* mîmes, mais elles n'étaient pas passées en dogme de la Synagogue. C'est pourquoi Jésus-Christ
disait encore : « Les scribes et les pharisiens « sont assis sur la chaire de .Moïse ; laites donc i tout M qu'Us TOUS disent, mais ne laites pas a selon leurs œuvres 1. » 11 ne cessa d'honorer le ministère des prêtres : il leur renvoya les lépreux selon les termes de la loi: il fréquenta le temple ; et en reprenant les abus, il demeura toujours attaché à la communion du peuple de Dieu, et à l'ordre du ministère public.
On en Tint enfin au point de la chute et de la réprobation de l'ancien peuple , marquée par les Ecritures et par les prophètes, lorsque la S\ oagOgue condamna Jésus-Christetsa doctrine. liais alors Jésus-Christ avait paru ; il avait commence dans le sein de la Synagogue à assembler son Eglise, qui devait subsister éternellement.
Il est donc constant, premièrement , qu'il y a toujours eu un corps lisible du peuple de Dieu, continué par une succession non Interrompue, de ta communion duquel il n'a jamais été permis de se séparer. -2° Toujours une succession de pontifes et de prêtres descendus d'Aaron, et de lévites sortis de Lévi, sans que jamais on ait eu besoin que Dieu suscitât des gens d'une façon extraordinaire. o° Il n'est pas moins constant que la vraie loi a toujours été publiquement déclarée, sans qu'on puisse alléguer un seul moment où la profession n'en ail été aussi claire que la lumière du soleil : chose qui fait voir combien on se trompe, quant on croit que , pour maintenir l'état extérieur de l'Eglise il suffit de pouvoir nommer de temps en temps de prétendus docteurs de la vérité. Car s'il y a quelque temps où la profession de la loi ait cessé dans l'Eglise, son état est pire que celui de la Synagogue, d'autant plus que dès-là elle perd la succession, ainsi que je viens de dire.
1 Matth., xxni, 1, 2, 3.
CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE
Après que j'eus dit ces choses, on employa quelque temps à les repasser ; et cependant Madame la comtesse de Roye vient dire que M. Claude consentait à la conférence, qui serait , si je l'agréais, chez elle sur les trois heures.
Je fus au rendez-vous où je rencontrai M. Claude. On commença par des honnêtetés réciproques, et il témoigna de sa part un grand respect. Après cela j'entrai en matière, en demandant l'explication des quatre Actes transcrits dans mon livre, et mentionnés ci-dessus.
Après que j'eus expliqué la difficulté en peu de mots, telle qu'elle est proposée dans l'Expo* sition, et que je l'avais répétée à Mademoiselle de Duras, j'ajoutai que M. Claudedevait ètred'autant plus prêt à y répondre , que je ne lui disais rien de nouveau, puisque apparemment le traité deY Exposition était tombé entré ses mains; et que c'était une grande satisfaction, que, dans un entretien de la nature de celui-ci, on put s'assurer qu'il n'y aurait point de surprise.
M. Claude prit la parole, et après avoir réitéré toutes les honnêtetés qu'il avait faites, en termes encore plus civils, il déclara d'abord que tout ce que j'avais objecté de leur discipline et de leurs synodes dans mon traité , et encore à présent, étaitrapporlé de très-bonne foi, sans rien altérer dans les paroles : mais que pour le sens il me priait de trouver bon qu'il me dit qu'encore qu'il y eût, ainsi que je l'avais remarqué, comme divers degrés de juridiction établis dans leur discipline, laforce deladécision devait être rapportée partout à la seule parole de Dieu. Quant à ce que j'objectais, que la parole de Dieu avait été proposée dans le consistoire, dont on pouvait appeler; d'où il s'ensuivait, avais-je inféré, que la décision dernière , dont il n'y a plus d'appel, appartenait à la parole de Dieu, non prise en elle-même , mais en tant que déclarée par le dernier jugement de l'Eglise : ce n'était pas là leur pensée; car ils tenaient que la décision était attachée tout entière à la pure parole de Dieu , dont l'Eglise, dans les assemblées premières et dernières, ne faisait que l'indication : mais que ces divers degrés avaient été établis pour donner le loisir à ceux qui erraient , de se reconnaître. C'est pourquoi on ne procédait pas d'abord par excommunication, leconsistoire espérant qu'une grande assemblée, telle que serait le colloque, et ensuite le synode provincial composé d'un plus grand nombre de personnes, peut-être plus respectées, et en tout cas moins suspectes au contredisant, le disposeraient à entendre la vérité. Que le colloque et le synode provincial usaient de pareille modération, par la même raison de charité : mais qu'après que le synode national
avait parlé, comme c'était le dernier remède humain, il n'y avait plus rien à espérer , et qu'on procédait aussi à la dernière sentence, en usant de l'excommunication, comme du dernier effort de la puissance ecclésiastique. Que de là il ne fallait pas conclure que le synode national se tint infaillible, non plus que les précédentes assemblées : mais seulement qu'après avoir tout tenté, on venait au dernier remède.
Pour la promesse qu'on faisait avant le synode national, qu'elle n'était fondée que sur l'espérance qu'on avait que l'assemblée suivrait la parole de Dieu, et que le Saint-Esprit y présiderait, ce qui ne manquait pas qu'on en eût une entière certitude ; et au reste que le terme , persuadés que, c'était une manière honnête d'exprimer une condition , sans blesser la révérence d'une si grande assemblée, ni la présomption favorable qu'on devait avoir pour son procédé.
Quant à la condamnation des indépendants , il me pria d'observer que , sur l'autorité de l'Eglise et de ses assemblées, il y avait quelque chose dont ceux de sa religion convenaient avec nous, et quelque chose dont ils convenaient avec les indépendants; avec nous, que les assemblées ecclésiastiques étaient nécessaires et utiles , et qu'il fallait établir quelque subordination; avec les indépendants , que ces assemblées , pour nombreuses qu'elles fussent, n'étaient pas pour cela infaillibles. Cela étant , qu'ils avaient dû condamner les indépendants, qui, non-seulement niaient l'infaillibilité, mais encore l'utilité et la nécessité de ces assemblées et de cette subordination. C'est en cela, disait-il, que consiste l'indépendantisme, si on peut user de ce mot. Il ajouta que le soutenir, c'était en effet renverser l'ordre, et donner lieu à autant de religions qu'il y avait de paroisses, parce qu'on ôlait par là tous les moyens de convenir. D'où il concluait qu'encore qu'on fût d'accord que les assemblées ecclésiastiques n'étaient pas moyens infaillibles, c'était assez pour maintenir, et condamner les indépendants, que ce fussent moyens utiles.
Pour le synode] de Sainte-Foi, qu'il s'agissait ou de rendre les luthériens plus dociles, en les faisant, disait-il, rapprocher de nous, ou, en tout cas, d'établir une tolérance mutuelle; ce qui n'obligeait pas de rien supprimer ou ajouter dans la Confession de foi, qui fut toujours tenue pour inébranlable. Et qu'au reste , quoiqu'on eût donné plein pouvoir à quatre ministres, je savais bien que tels actes étaient toujours sujets à ratification, en cas que les procureurs eussent outrepassé leurs instructions : témoin les ratifications nécessaires dans les traités accordés par
fa plénipotentiaires des princes, et autres exem- de loi, puisqu'il permettaitM'en foire une autre,
I»K's semblables, où il j a toujours une condition et que je ne voyais pas comment cela s'accordait
d'obtenir du prince la ratification; condition avec ce qu'on nous dit encore, que cette con-
qui. sans être exprimée, est attachée naturelle- fession de foi ne contenait autre chose que la
nient à de telles procurations. pure parole de Dieu, à laquelle' tout le inonde
Après avoir dit ces choses par un discours sait qu'il n'\ a rien à changer. Quant à ce qu'il
assez long, fort net et fort composé, il ajouta avait dit. qu'il s'agissait, ou de ramener les lu-
qu'il croyait équitable comme j'étais, que je thériens à des sentiments plus équitables, ou en
voudrais bien lui avouer que de même que dans tout cas, d'établir une tolérance mutuelle; deux
les choses où j'aurais à lui expliquer nos senti- choses j résistaient : 1° Qu'il était parlé d'un
ments et nos conciles, par exemple, celui de pouvoir de décider tout point de doctrine : ce
Trente, il était juste qu'il s'en rapportât à ce que qo! regardait manifestement la réalité, dont les
je lui en dirais; ainsi était-il juste que .je m'en luthériens n'avaient jamais voulu se relâcher;
rapportasse à lui dans l'explication qu'il nous 2° Que, pour établir une tolérance mutuelle, il
donnaitdes articles de leur discipline et des srn- ne fallait pas dresser une confession de loi
timents de leur religion, étant certain qu'il n'] commune: mais seulement établir cette tolé-
en avait point d'autres parmi eux que ceux qu'il rince par un décret synodal , comme on avait
me venait d'exposer. l'ail à Charenton.
Je replis sur ce dernier mot, que ce qu'il disait M. Claude répondit que le point de doctrine à serait véritable, s'il s'agissait simplement d'expli- décider était, m OD pouvait établir une tolérance quer leurs rites, si on pouvait user de ce mot, et mutuelle, et que la confession de foi commune la manière d'administrer la parole ou les sacre- n'eût lait autre chose qu'énoncer celle tolérance: ments. ou détenir lesswiodes; qu'en cela je le ce qu'il ne niait pas pouvoir être lait dans nu croirais, comme mieux instruit : mais qu'ici je synode, comme il fallait que je convinsse qu'il prétendais qu'il leur était arrivé connue à tous pouvait se taire aussi par une confession de loi, ceux qui sont dans l'erreur; c'est de tomber en où il \ en aurait un article expiés. contradiction, et d'être forcés à établir ce qu'ils Je lui répondis que cela ne s'appellerait jamais avaient nié. Que je savais qu'ils niaient qu'il fallût une confession de foi commune, et lui demandai se soumettre, sans examiner, au jugement de s'il croyait que les luthériens ou eux, dussent l'Eglise; mais qu'en même temps je prétendais retrancher quelque chose de ce que disaient les celle infaillibilité si nécessaire, que ceux-mémes uns pour la réalité, et les autres contre. Il dit qui la niaient en spéculation ne pouvaient s'em- que non ; et de là. disais-je. chacun demeurerait pécher de l'élablir dans la pratique, s'ils vou- dans les termes de sa confession de loi, sans (aient conserver quelque ordre parmi eux. Au qu'il y eût rien de commun que l'article de la reste, que s'il s'agissait ici de montrer quelque tolérance. Il y avait, dit-il. beaucoup d'autres contradiction dans les sentiments de l'Eglise points dont nous convenions. D'accord, répondiscatholique, je ne prétendrais pas l'obliger à re- je ; mais ce n'élait plus sur ces points qu'il y cevoir l'explication que je lui donnerais de ses avait à s'accorder : il s'agissait du point de réalité sentiments et de ses conciles, et qu'alors il lui et de quelques autres, sur quoi on ne pouvait serait libre de tirer de leurs paroles telle induction faire de confession de foi commune, sans que qu'il lui plairait, qu'aussi ne pensa is-je pas l'un des partis changeât, ou que tous deux qu'il m'en refusât autant; de quoi il convint convinssent d'expressions ambiguës, que chacun sans diliiculté. tirerait à ses sentiments ; chose tentée plusieurs Je n'avais pas dessein de m'arrêter beaucoup fois, comme M. Claude lui-même en conviendrait sur le synode de Sainte-Foi, qui m'eût, ce me de bonne foi. Il en demeura d'accord, el rapsemblait, jeté trop loin des deux propositions porta même l'assemblée de Marbourg, et queldont je voulais tirer l'aveu. Je répondis donc ques autres tenues pour ce sujet. Je conclus seulement, que je me rendais à la raison qu'il donc que j'avais.raison de croire que le synode alléguait sur la nécessité d'une ratification , de Sainte-Foi avait un pareil dessein, et que quoiqu'en matière de foi tels pouvoirs et tels c'eût été se moquer du inonde , que d'appeler compromis fussent un peu extraordinaires ; et confession de foi commune, celle qui èùl fait qu'au reste, je voulais bien croire que le des- paraître de si manifestes oppositions sur des sein du synode n'avait pas été que les députés points si importants de la doctrine chrétienne, renversassent tout. Mais que ce qui ne touchait, A quoi j'ajoutai encore , qu'il était d'autant plus et à quoi il ne semblait pas qu'il eût répondu, certain qu'il s'agissait en effet d'une confession c'est que le synode avait douté de sa confession de foi, comme je disais, que les luthériens s'élant
134 CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE
déjà expliqués plusieurs fois contre la tolérance, qu'on jugera bien ; et il y a dans cette assurance
il n'y avait rien à espérer d'eux, que par le quelque chose d'indubitable. Mais quand on
moyen dont je parlais. La chose en demeura là ; verra dans les conciles des cabales, des factions,
et je dis seulement, qu'après cela chacun n'avait des intérêts différents , on peut douter avec
qu'à penser ce qu'il devait croire en sa cpns- raison si dans une telle assemblée il ne se mêlera
cience, d'une confession de foi que tout un point quelque chose d'humain et de douteux. Je
synode national avait consenti de changer. vous prie , Monsieur , répartis-je, laissons à part
Lorsque M. Claude avait dit que le serment tout ce qui n'est bon qu'à jeter de la poudre aux
de se soumettre au synode national enfermait yeux. Tout ce que vous venez de dire de cabales,
une condition, j'avais interrompu par un petit de factions, d'intérêts, est absolument inutile, et
mot. Oui, disais-je, ils espéraient bien du synode, ne sert par conséquent qu'à embarrasser. Il n'y
sans certitude toutefois ; et en attendant l'évé- a rien , dit M. Claude , de moins inutile. Et moi
nement, ils ne laissaient pas de jurer de se je soutiens , lui dis-je , que vous allez convenir
soumettre. M. Claude m'ayant ici averti que je qu'il n'y a rien de plus inutile. Car je vous
Lavais interrompu, et me priant de lui per- demande, Monsieur; supposé qu'il ne parût dans
mettre de dire tout, je me tus. Mais après avoir le concile ni factions ni cabales ; supposé même
discuté l'affaire de Sainte-Foi, je lui dis qu'il qu'on fût assuré qu'il n'y en eût point, et que
me semblait nécessaire, avant que de passer tout se passât dans l'ordre, faudrait-il recevoir
outre, que je lui dise en peu de mots ce que la décision sans examiner ? Il fallut dire que
j'avais conçu de sa doctrine, afin que nous ne non. D'où je conclus aussitôt : J'avais donc
parlassions point en l'air. Je lui dis donc : Vous raison de dire que tout ce que vous avez dit
dites , Monsieur , que ces mots : « Persuadés comme fort considérable, de factions et de caba-
que nous sommes que Dieu y présidera , et vous les, n'est au fond qu'un amusement ; et enfin
conduira, par son Saint-Esprit, en toute vérité qu'un particulier, une femme, un ignorant,
et équité par la règle de sa parole, » sont une quel qu'il soit, peut croire, et doit croire, qu'il
manière honnête de proposer une condition. Il lui peut arriver d'entendre mieux la parole de
en convint. Réduisons donc, repris-je, la pro- Dieu que tout un concile, fût-il assemblé des
position en conditionnelle, et nous verrons quel quatre parties du monde et du milieu, et que
en sera le sens. Je jure de me soumettre à tout tout le reste de l'Eglise. Oui, dit-il, il est ainsi,
ce que vous déciderez, supposé ou à condition Je répétai deux ou trois fois la proposition
que ce que vous déciderez sera conforme à la accordée, ajoutant toujours quelque circonstance
parole de Dieu. Un tel serment n'est autre chose plus forte, mais évidemment contenue dans ce
qu'une illusion manifeste, puisqu'en soi il ne qui était accordé. Quoi ! mieux , disais-je , que
dit rien et que je le pourrais faire à 31. Claude, tout le reste de l'Eglise ensemble, et que toutes
comme lui à moi. Mais en cela il n'y aurait rien ses assemblées, fussent-elles composées de ce
de sérieux ; et marque qu'on veut quelque chose qu'il y a de plus saint et de plus éclairé dans
de plus particulier, c'est qu'on ne fait ce serment l'univers ? Car tout cela, après tout, ce n'est que
qu'au synode , où l'on prononce en dernier des hommes, après lesquels, selon vous, chacun
ressort, quoiqu'au sens de M. Claude , il y eût doit encore examiner. Un particulier croira
autant de raison de le faire dès le consistoire, à qu'il pourra avoir plus de raison, plus de grâce,
qui on doit se soumettre aussi bien qu'au synode, plus de lumière , plus enfin le Saint-Esprit que
supposé qu'il y ait la parole de Dieu pour guide, tout le reste de l'Eglise ! Il fallut que tout cela
En cet endroit, je me tus un peu de temps ; passât ; et je pouvais ajouter plus que tous les
et voyant qu'on ne disait mot, je repris ainsi : Pères, plus que tous les siècles passés, à re-
Mais enfin donc, Monsieur, si j'ai bien compris prendre immédiatement depuis les apôtres. Mais,
votre doctrine , vous croyez qu'un particulier poursuivis-je, s'il est ainsi, comment évitez-vous
peut douter du jugement de l'Eglise, lors même les inconvénients des indépendants; et quel
qu'elle prononce en dernier ressort ? Non , moyen reste à l'Eglise d'empêcher qu'il n'y ait
Monsieur, répartit M. Claude : il ne faut pas dire autant de religions, je ne dis pas qu'il y a de
qu'on [misse douter ; il y a toutes les apparences paroisses, mais qu'il y a de tètes ? Nous avons,
du monde que l'Eglise jugera bien. Qui dit dit-il, des synodes, qui sont des moyens d'em-
apparence, Monsieur, repris-je aussitôt, dit un pêcher de si grands maux, moyens non pas
doute manifeste. Mais, dit M. Claude, il y a plus : infaillibles, mais néanmoins utiles, ainsi que j'ai
car Jésus-Christ ayant promis que tous ceux qui dit. Car encore qu'un pasteur qui prêche ne soit
chercheraient , trouveraient ; comme on doit pas infaillible , son ministère ne laisse pas d'être
présumer qu'on cherchera bien, on doit croire utile, parce qu'il indique la vérité. Or, une
grande assemblée, composer de plus de per- sur ses disciples, et un pasteur sur son troupeau? Bonnet et plus doctes, fera encore mieux cette toutes ces autorités ont leur usage, et ne doivenl indication. 11 me semble, Monsieur, répartis-je, pas être rejetées, sous prétexte que les pères , et que vous rapportes tout à l'instruction ; or , ce les magistrats, et les maîtres peuvent se tromper: n'est pas précisément l'intention ni l'institution 11 en sera donc de même de l'autorité de l'Eglise. dis synodes ; car souvent un particulier savant Mais, Monsieur, répondis-je, les indépendants donnera plus d'instruction que tout un synode ne nient pas l'autorité paternelle, ai l'autorité ensemble. Ce qu'il figut dune attendre d'un des magistrats, ni l'autorité des maîtres sur les lynodfl n'est pas tant l'inslruclion qu'une dêci- disciples, ou celle des pasteurs sur leurs trous-ion par autorité , à laquelle il l'aille céder ; car peaux. Ils ont des pasteurs, .Monsieur, pour qui c'est de quoi ont besoin les ignorants qui don-, ilsveulent, aussi bien que vous, qu'on ait quelque lent . et les superbes qui contredisent. Un parti- déférence ; et à plus forte raison ne nieront-ils culier ignorant, si vous le remettes à lui-même , pas qu'il n'en taille avoir pour tout un synode. vous avouera qu'il ne sait à quoi se résoudre ; et Si donc vous les accuseï de nier L'autorité des loin d'abattre l'orgueil dans un synode, vous le synodes, il tant ajouter quelque chose à ce qu'ils portes à son plus haut point, puisque vous en croient; et U n'y a rien à y ajouter que-ce que obligea un particulier à croire qu'à peut mieui nous en croyons, qui est qu'il s'y faut soumettre entendre l'Ecriture que tout le synode et tout le sans examiner.
reste de l'Eglise ; et le synode lui-même, fût-il Après cela on fut pende temps à ne répéter
assemblé de toute l'Eglise, interrogé par celui de part et d'autre que les mêmes choses. Ce
dont il examine la foi, s'il n'est pas encore qu'ayant fait observer àM. Claude, je lui dis:
obligé à examiner après le synode, et s'il ne Enfin, Monsieur, on disputerait sans fin; chacun
peut pas arriver qui lui particulier entende n'a plus qu'à examiner en sa conscience, et
mieux l'Ecriture que tous les pasteurs assem- devant Dieu, s'il se sent capable de mieux enten-
hles, le synode, même universel, selon vous, lui dre 1*1 critureque tous les conciles et que tout le
doit déclarer qu'il le peut sans doute. La pré- reste de l'Eglise, et comment un tel sentiment
BOmplion, Monsieur, ne peul aller plus loin. Et peut s'accorder avec la docilité et avec, l'humi-
reinarquez , s'il vous plaît , que ces assemblées , lité des enfants de Dieu. J'inculquais en peu de
que vous proposes comme moyens utiles, ne sont mots quel orgueil c'était de croire qu'on pût
plus moyens utiles de- que chacun peul croire mieux entendit' la parole de Dieu que tout le
qu'il en aura un meilleur, et le seul qui puisse reste de l'Eglise, et que rien n'empechail après
être sûr, c'csi-à-dire celui d'examiner par soi- cela qu'il n'\ euiaulani de religions que de têtes.
même, et n'en croire que son jugement. Voila, M, Claude nie dit ici qu'il s'étonnait (pie celte
Monsieur, l'indépendantisme tout entier: car proposition me parût si étrange, qu'un particu-
enfin les indépendants ne refusent, ni de tenir lier pût croire qu'il lui pouvait arriver de mieux des synodes pour s'éclaireir mutuellement par la entendre l'Ecriture sainte que toute l'Eglise asconférence, ni de recevoir ces synodes, quand semblée ; que le cas était arrivé, et qu'il pouvait ils trouveront que ces synodes auront bien dit. m'en donner beaucoup d'exemples: le premier Ils en ont tenu, vous le savez. 11 avoua qu'ils en dans le concile de Rimini, où le mot de consubavaient tenu un pour dresser leur confession île f tantit'l fut rejeté, et l'arianisme établi. J'inlerfoi. Un ou plusieurs, il ne m'importe, répartis- rompis, pour lui dire: Où nous jetez-vous, je ; ils ne les rejettent donc pas absolument, et Monsieur? Du concile de Rimini, vous nous mèils n'y rejettent précisément que ce que vous y nerez au faux concile d'Ephèse, au concile de rejetez, qui est l'obligation de s'y soumettre sans Constance, à celui de hàle, à celui de Trente : examiner. Et sur cela , pour me réduire en peu quand aurons-nous achevé, s'il faut faire ici de paroles , voici quel fut mon raisonnement : passer tous les conciles? Je vous déclare que je Les indépendants veulent bien les assemblées ne veux point me jeter dans cette discussion, ecclésiastiques pour l'instruction ; tout ce qu'ils puisque même notre question peut être vidée ne veulent pas, c'est la décision par autorité, par quelque chose de plus précis. Mais, puisque que vous ne voulez non plus qu'eux : vous éles vous avez parlé du concile de Rimini, dites-moi, donc en tout poinl conformes, et vous n'avez pas je vous prie, Monsieur, si les Pères de ce concile dû les condamner. Vous ne voyez donc pas, demeurèrent longtemps dans leur décision er- Monsieur , reprit M. Claude , que nous ne nions ronée l ? Hé ! je crois, dit-il, Monsieur, qu'ils en pas qu'il n'y ait une autorité dans les synodes, revinrent bientôt. Dites, dites, lui répartis-je, telle que l'autorité paternelle, telle que l'autorité qu'aussitôt après que l'empereur Constance, des magistrats, telle que l'autorité qu'a un maître , Jc devrais dire équivoque et imparfaite, plutôt ^«mà.
436 CONFERENCE AVEC M. CLAUDE
protecteur déclaré des ariens et persécuteur des une étrange chose de comparer la Synagogue
fidèles, leur eût permis de se retirer, ces évê- tombante, au point où son endurcissement et sa
ques réclamèrent hautement contre la violence réprobation étaient marqués clairement par les
et la surprise qui leur avait été faite. Ne m'obli- prophètes, avec l'Eglise chrétienne, qui ne doit
gez pas, Monsieur, à raconter cette histoire, que jamais tomber. Mais enfin, Monsieur, reprit-il,
vous savez aussi bien que moi, et avouez qu'il on eût pu faire alors à ce particulier le même
est injuste de comparer un concile, qui était un argument que vous nous faites. Alléguer les
brigandage manifeste , aux assemblées tenues prophéties, ce n'était rien; car c'était de l'appli-
canoniquement et selon l'ordre. Hé! Monsieur, cation de ces prophéties à Jésus-Christ que la
ne disons-nous pas, reprit M. Claude, que le Synagogue doutait. Ainsi , un particulier ne
concile de Trente n'a été ni libre ni canonique? pouvait plus croire en Jésus-Christ, sans croire
Vous le dites, Monsieur, et nous le nions; et il en même temps qu'il entendait mieux l'Ecriture
n'est pas question ici de cette dispute. Il est que toute la Synagogue; et voilà l'argument
question de savoir si vous pouvez éviter l'indé- que vous nous faites.
pendantisme, pour me servir de votre terme, H y avait peu de monde dans la conférence, et que je trouve fort bon; et s'il y a dans votre doc- tous étaient huguenots, excepté Madame la matrine quelque remède contre cette insupportable réchale de Lorge. Je vis deux de ces messieurs présomption d'un particulier qui doit croire, se regarder en cet endroit l'un l'autre avec comsclonvos principes, qu'il peut entendre l'Ecriture plaisance. Je fus touché qu'un raisonnement que les conciles universels les mieux assemblés si visiblement mauvais fit une telle impression et les mieux tenus , et que tout le reste de sur ces esprits, et je priai Dieu de me faire la l'Eglise ensemble. Laissons donc, si vous le vou- grâce de détruire, par quelque chose de net, la lez, reprit M. Claude, le concile de Rimini ; voici comparaison odieuse qu'on faisait de son Eglise un autre exemple incontestable : c'est le juge- toujours bien-aimée avec la Synagogue infidèle, ment de la Synagogue, lorsqu'elle condamna dans le moment qu'il avait marqué pour la ré- Jésus-Christ, et déclara par conséquent qu'il pudier.
n'était point le Messie promis par les prophètes. Vous dites donc, Monsieur, dis-je à M. Claude, Dites-moi, Monsieur, un particulier, qui eût que l'argument que je fais peut autoriser l'erreur cru alors que Notre-Seigneur était le vrai Christ, des particuliers qui condamnaient Jésus-Christ n'eût-t-il pas mieux jugé que tout le reste de la sur la foi de la Synagogue ; et au contraire con- Synagogue ensemble? Voilà donc un cas indu- damner de présomption ceux qui crurent Jésusbilable, où l'on peut, sans présomption, faire ce Christ seul, plutôt que la Synagogue tout entière, que vous trouvez si présomptueux. En effet , Oui, Monsieur, la chose est ainsi ; et il répéta de poursuivit-il, ce n'est pas une présomption, de nouveau son raisonnement. Voyons, dis-je, si ne pas donner à l'Eglise ce qui n'appartient qu'à mon argument a cette malheureuse conséquence. Dieu seul. On ne lui peut rien donner de plus II consiste à dire, Monsieur, qu'en niant l'autogrand, que de le croire à l'aveugle, comme vous rite de l'Eglise, il n'y a plus de moyen extérieur voulez qu'on croie l'Eglise. Mais vous savez que dont Dieu se puisse servir pour dissiper les doutes saint Paul, pour le moins autant inspiré que des ignorants, et inspirer aux fidèles l'humilité l'Eglise, ne laisse pas de déclarer aux Corin- nécessaire. Afin qu'on pût faire un tel arguthiens « qu'il ne veut point dominer sur leur ment du temps que Jésus-Christ fut condamné, « foi i. » L'Eglise le doit encore moins faire que il faudrait dire qu'il n'y avait alors aucun moyen lui. Il ne faut donc pas croire simplement sur sa extérieur, aucune autorité certaine à laquelle on parole; il faut examiner après elle, et se servir dût nécessairement céder. Or, Monsieur, qui le de sa raison, comme firent ceux de|Boroé, qui peut dire, puisque Jésus-Christ était sur la terre, examinaient les Ecritures2, pour voir si leschoses c'est-à-dire la vérité même, qui paraissait visibley étaient comme saint Paul les avait prèchées. ment au milieu des hommes; le Fils éternel de Quand M. Claude se fut tu, voilà, dis-je, bien Dieu, à qui une voix d'en haut rendit témoignage des choses; maisil faut premièrement reprendre devanttoutle peuple: « C'est ici mon Fils biencet exemple incontestable que vous nous avez «aimé, écoulez-le1; » qui pour confirmer sa mis promis. Sur cela je lui remontrai que l'Eglise sion, ressuscitait les morts, guérissait les aveugleschrétienne avait de grands privilèges au-des- nés, etfaisail tant de miracles, que les Juifs confessus de la Synagogue, même à considérer la Sy- saient eux-mêmes que jamais homme n'en avait nagogue dans le temps de sa plus grande tant fait? Il y avait donc, Monsieur, un moyen gloire : mais, sans parler de cela, que c'était extérieur, une autorité visible. Mais elle était
« // Cor., 1, 24. — 2 Acl„ xvn, 11. ' Malth. m, 17.
contestcV , il est vrai, mais elle était infaillible, après lui. Il vil bien que non, et l'avoua. Je con-
Je ne prétends pas, Monsieur, que L'autorité de clus : L'Eglise, Monsieur, ne prétend non plus
l'Eglise D6 soil jamais contestée ; je vous écoute, dominer à la foi, quand elle veut qu'on l'en croie
VOUS, Monsieur, qui la contestez; mais je dis dans ses décisions, parce qu'elle ne se donne
qu'elle ne doit pas l'être par les chrétiens. Je dis pas celle autorité par elle-même, non plus que
qu'elle est infaillible ; je dis qu'il n'y eut jamais saint Paul, mais au Saint-Esprit qui l'inspire,
aucun temps où il n'y ail eu sur la terre une Vous égales donc, dit M. Claude, à saint Paul,
autorité visible et parlante, à qui il (aille céder, auteur de révélation, l'Eglise, qui n'en est que
Avant Jésus-Christ nous avions la Synagogue! simple interprète. Non, Monsieur, répartis-je,
au point que la Synagogue devait défaillir , je n'égale pas l'Eglise à saint Paul ; mais je dis
Jésus-Christ parut lui-même; quand Jésus-Christ que prétendre qu'on en doive être cru sansexa-
s'e.st retire, il a laissé son Eglise, à qui il a en- miner, quand on croit agir seulement comme
vové son Saint-Esprit. Faites revenir Jésus-Christ un instrument dont le Saint-Esprit se sert, ce
enseignant, prêchant, faisant des miracles, je n'est pas dominer sur la conscience, comme
n'ai plus besoin de l'Eglise : m. lis aussi ôlez- l'exemple de saint Paul le démontre. Au resle,
moi l'Eglise, il me faut Jésus-Christ en personne, je ne prétends p;»s égaler l'autorité de l'Eglise à
parlant, préchant, décidant avec des miracles, l'autoriie apostolique. Ces apôtres étaient au-
et une autorité infaillible. Mais vous avez sa pa- leurs de révélation, comme vous l'avez fort bien
rôle. Oui, sans doute, nous avons une parole dit, c'est-à-dire qu'Us avaient reçu les premiers
sainte et adorable ; mais qui se laisse expliquer les vérités qu'il plaisait à Dieu de révéler tic
et manier connue on veut, et qui ne réplique nouveau : l'Eglise n'est qu'interprète et déposi-
rien à ceux qui l'entendent mal. Je dis qu'il faut taire. Mais en sauvant celte différence essentielle
un moyen extérieur de se résoudre sur les entre les apôtres et l'Eglise, je dis que l'Eglise
doutes-, et que ce moyen soit certain. Et sans est autant inspirée pour interpréter, (pie les
recommencer les raisons déjà alléguées, main- apôlres pour établir; et que, tenant la grâce
tenant qu'il ne s'agit que de répondre à votre d'interpréter du même Esprit qui a donné la
objection sur l'erreur de la Synagogue qui con- première révélation aux apôtres, elle ne domine
damnait Jésus-Christ, je dis (pie tant s'en faut non plus sur les consciences en Interprétant,
que tous puissiez dire qu'il n'y eût point alors que les apôtres en établissant; mais que les uns
de moyen extérieur assuré, nid'autorité parlante et les autres j font dominer le Saint-Esprit, selon
à laquelle il fallût soumettre son jugement; il la mesure qui est donnée à chacun. Il faudrait
yen avait une, la plus haute et la plus Infaillible prouver, dit M. Claude, que l'Eglise a reçu une
qui fut jamais, qui est celle de Jésus-Christ; pareille grâce. Il ne l'a ut point prouver, repris-je
et ainsi qu'il n'y eut jamais de temps où l'on aussitôt; il faut seulement montrer (pie le pas-
pût moins faire l'argument dont je me servais sage que vous alléguez ne conclut pas. contre les prolestants, qui est qu'ils manquent A cela il ne fui rien dit. Mais, si je m'en sou-
d'un moyen extérieur infaillible pour terminer viens bien, M. Claude exagéra un peu combien
les doutes sur les Ecritures. il était étrange que nous voulussions obliger les
Après que j'eus dit ces choses, je sentis qu'il hommes à croire l'Eglise, comme Dieu même, n'y avait rien à me répliquer. En effet, on ne sur sa simple parole, sans se servir, pour interme dit mot sur tout cela, quoique je me tusse prêter l'Ecriture sainte, de la raison que Dieu pour écouter ce qu'on aurait à répondre. même nous avait donnée; que ce n'était pas
Je ne veux pas dire par là que M. Claude soit ainsi qu'avaient fait ceux de Uéroé : et que l'A-
demeuré muet. C'est un effet qu'il ne faut guère nôtre, selon nous, aurait eu grand tort de leur
attendre dans les conférences de cette nature, laisser examiner ses prédications. 11 répéta quelque chose de ce qu'il avait déjà Je répondis qu'il y avait une extrême diffé-
dit, et insista de nouveau sur ce que l'Apôtre rence entre les fidèles déjà enfants de l'Eglise,
lui-même avait déclaré qu'il ne dominait pas et soumis à son autorité, et ceux qui doutaient
sur les consciences. encore s'ils entreraient dans son sein : que ceux
Je fus ravi qu'il revint à ce passage, que j'avais de Béroé étaient dans ce dernier état, et que
eu dessein d'expliquer d'abord; mais il fallut l'Apôtre n'aurait eu garde de leur proposer l'au-
aller au plus pressé, qui était l'exemple de la torité de l'Eglise, dont ils doutaient : mais que
Synagogue. Cela étant fait, je demandai seule- ce n'était pas de la même sorte qu'on avait ins-
ment à M. Claude si, quand l'Apôtre avait dit trait les lidèles après le concile de Jérusalem,
aux Corinthiens : « Nous ne dominons pas sur Là, les apôtres décident par l'autorité du Saint-
« votre foi, » il voulait dire qu'il fallait examiner Esprit : « Il a semblé bon, » disent-ils, « au
CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE
Saint-Esprit et à nous* » Que font après cela Paul et Silas, porteurs de la lettre du concile? Us parcouraient les Eglises, comme il est écrit dans les Actes 2. Quoi? pour y faire examiner le décret du concile de Jérusalem? C'eût été.exaininer après le Saint-Esprit même. Quoi donc? « Ils parcouraient les Eglises, leur enseignant de « garder ce qui avait été jugé par les apôtres et « les anciens dans Jérusalem. » Voilà l'ordre : l'examen dans le concile; l'obéissance sans examiner après la décision; l'examen à ceux de Béroé, c'est-à-dire à ceux qui, n'étant point dans l'Eglise, n'ont point encore d'autorité qui les règle; soumission sans examiner à ceux qui, étant déjà dans l'Eglise, n'ont qu'à écouter ses décrets. C'est là leur bonheur, d'être dans un corps qui, conduit par le Saint-Esprit, ne se puisse jamais tromper, et d'être délivrés par là du péril d'un examen dont la fin serait peut-être l'erreur.
11 y avait déjà près de quatre heures que la conférence durait. J'avais déjà, de l'aveu de M. Claude, une des propositions que je voulais lui faire confesser, c'est-à-dire que chaque particulier doit croire qu'il peut mieux entendre l'Ecriture sainte que les conciles universels, et que tout le reste de l'Eglise. Il fallait encore qu'il avouât l'autre proposition non moins importante; et voici comme Dieu l'y conduisit.
Comme il avait beaucoup parlé de cette domination de l'Eglise sur les consciences, répétant trois ou quatre fois que nous lui rendions le respect qui n'était dû qu'à Dieu seul, quand nous la croyions sans examiner, je dis qu'il ne fallait point trouver si étrange une chose qu'ils faisaient aussi bien que nous; et sur cela je demandais si un fidèle, qui recevait la première fois des mains de l'Eglise l'Ecriture Sainte, était obligé à douter, et ensuite à examiner si le livre qu'elle lui mettait en main était véritablement inspiré de Dieu, ou non. Si ce fidèle examine et doute, il renonce à la foi, et il commence la lecture de l'Evangile par un acte d'infidélité ; et s'il ne doute pas, il reçoit donc sans examiner, l'autorité de l'Eglise qui lui présente l'Evangile.
A cela , voici la réponse de M. Claude. Le fidèle que vous supposez qui n'a pas lu l'Ecriture sainte, et à qui on la met en main, à proprement parler, ne doute pas ; il ignore : il ne sait ce que c'est que cette Ecriture qu'on lui dit être inspirée de Dieu. 11 a ouï dire à son père, et à ceux qui l'ont instruit, qu'elle était divinement inspirée : il ne connaît encore d'autre autorité que celle-là; et pour ce qui est de l'Ecriture, il ne sait ce que c'est. Ainsi on ne peut pas
1 Aet., xv, 28. — ' Ad., xvt, A.
dire qu'il soit infidèle ni incrédule. Et je vous prie, Monsieur, dit-il, que je vous fasse sur l'Eglise le même argument que vous me faites sur l'Ecriture. Le fidèle à qui on propose l'autorité de l'Eglise, ou il la croit sans examiner, ou il en doute. S'il doute, il est infidèle : s'il ne doute pas, par quelle autre autorité est-il assuré? L'autorité de l'Eglise, est-ce une chose évidente par elle-même, et ne faut-il pas la trouver par quelque examen? Voilà votre difficulté que vous avez à résoudre, aussi bien que moi : ou quittons-la tous deux, ou la résolvons tous deux ensemble. Je vous déclare, pour moi, que je répondrai pour l'Ecriture ce que vous me répondrez pour l'Eglise. Je vous entends, répondis-je : mais avant que je vous explique comment le Chrétien croit à l'Eglise, il faut bien établir le fait dont il s'agit. N'est-il pas constant , Monsieur , parmi vous , aussi bien que parmi nous, que lorsqu'on montre l'Ecriture Sainte aux enfants qu'on élève dans l'Eglise, on la leur montre comme un livre inspiré de Dieu? et je demande s'ils ne peuvent pas, quand on leur en fait lire quelque chose, avant que de commencer , faire cet acte de foi : « Je crois certainement que ce que je « m'en vais lire, est la parole de Dieu. » M. Claude répondit ici, que ceux dont je lui parlais n'avaient point encore de foi divine sur l'autorité de l'Ecriture; mais une simple persuasion humaine, fondée sur la déférence qu'ils avaient pour leurs parents, et qu'ils n'étaient que catéchumènes. Catéchumènes, Monsieur! il ne faut pas, s'il vous plait, parlerainsi. Ils sont Chrétiens, ils sont baptisés; ils ont en eux le Saint-Esprit et la foi infuse, ils sont dans l'alliance selon vous ; ils ont reçu le baptême , comme un sceau de l'alliance à laquelle ils sont admis; et comme l'alliance est scellée en eux par ce sceau extérieur du baptême, le Saint-Esprit la scelle intérieurement dans leurs cœurs. Reconnaissez votre doctrine. Sur cela, dit M. Claude, vous savez qu'on pourrait contester; mais j'avoue ce que vous dites. Eh bien! donc, s'il est ainsi, répartis-je, ils sont par la grâce du Saint-Esprit et de la foi infuse, en état de faire un acte de foi, quand la foi leur seraprêchée; et je demande si, quand on leur montre l'Ecriture reconnue par toute l'Eglise pour la parole inspirée de Dieu, ils ne sont pas en état de faire, avec toute l'Eglise, cet acte de foi : « Je crois que cette Ecriture est la parole de « Dieu, comme je crois que Dieu est. » M. Claude ne voulut jamais avouer cela, et il répondit toujours qu'ils n'avaient encore , sur l'Ecriture, qu'une persuasion humaine, et que la foi divine ne leur en viendrait que lorsqu'ils l'auraient lue. S'ils n'ont, dis-je, qu'une persuasion hu-
maille, ils n'ont qu'une persuasion douteu et par conséquent Us doutent de ce qui est, selon vous, lont le fondement de la foi, en un mot, Us sont infidèles. Non, dit-il, ils sont simplement Ignorants; et il Tant bien que vous en disiez autant de la loi qu'on a en l'Eglise : car ce n'est pas une affaire de petite discussion, de discerner quelle est la vraie Eglise; et avant qu'on soii en étal de le savoir par soi-même, on l'ignore, on l'on n'en a tout au plus qu'une simple persuasion humaine, SOT la loi de ses parents. Ainsi, encore une fols, ce que \<>us dires sur l'Eglise, je vous le dirai sur l'Ecriture. Voyons, Monsieur, repris-je, si vous te direz, ou si m>ms aurez raison de le dire. Vous m'avouez donc qu'un certain Chrétien baptisé, qui n'a pas lu ni entendu lire l'Ecriture sainte, n'est pas en état de fiiire cet acte de loi : « Je crois que cette Ecriture est la « parole de Dieu, comme je crois que Dieu est. » Voila un terrible inconvénient, qu'un Adèle ne puisse pas taire un acle de loi si essentiel. Cela n'est point parmi nous : car le fidèle qui reçoit l'Ecriture sainte des mains de l'Eglise, l'ait avec toute l'Eglise eetactede loi : « Je crois, comme t je crois, que Dieu est, que cette Ecriture est la a parole de celui en qui je crois. » Et je dis qu'il ne peut faire cet acte de toi, que par la loi. qu'il a déjà à l'autorité de l'Eglise qui lui présente rEeriture.il tant ici. pouTsuivis-je, expliquera fond, mais simplement toutefois, dans quel ordre sont instruits les Chrétiens de la vérité de l'Ecriture. Je ne parle pas des Infidèles, je parle des Chrétiens baptisés; et je vous prie qu'on remarque bien celte distinction. 11 y a deux choses ici à considérer. L'une est : qui DOUS inspire l'acte de loi par lequel nous croyons l'Ecriture sainte connue parole de Dieu; et nous convenons que c'est le Saint-Espril : sur cela nous sommes d'accord. L'autre chose à considérer, c'est de quel mo\en extérieur, le Saint-Esprit se sert pour nous faire croire l'Ecriture sainte : et je dis que c'est l'Eglise. Qu'ainsi ne soit, il n'y a qu'à voir le Symbole des apôtres, c'est-à-dire la première Instruction que le fidèle reçoit : il n'a pas lu l'Ecriture sainte, et déjà il croit en Dieu, et en Jésus-Christ, et au Saint-Esprit, et à l'Eglise universelle. On ne lui parle point de l'Ecriture; maison lui propose de croire l'Eglise universelle, aussitôt qu'on lui propose de croire au Saint- Esprit. Ces deux articles entrent ensemble dans son cœur, le Saint-Esprit et l'Eglise; parce que qui croit au Saint-Esprit croit aussi nécessairement l'Eglise universelle, que le Saint-Esprit dirige. Je dis donc que le premier acte de foi que le Saint-Esprit met dans le cœur des Chrétiens baptisés, c'est de croire avec le Père, le Fils
et le Saint-Esprit, l'Eglise universelle ; et que c'est là le moyen extérieur par lequel le Saint-Esprit insinue dans les cœurs la foi de l'Ecriture sainte. Sice moyen D'est pas certain, la loi en l'Ecriture sera par conséquent douteuse. Mais comme le catholique a toujours trouvé ce moyen certain, il n'y a aucun moment ou il n'ait pu dire : Je crois, comme je crois « que Dieu est, que Dieu a parlé aux hommes, a et que celte Ecriture est sa parole. » Et la raison pour laquelle il peut faire d'abord cet acte de loi, c'est qu'il n'a jamais douté de l'autorité de l'Eglise, et que c'est la première chose que le Sainl Esprit lui a mise dans le C03UT avec la foi en Dieu et en Jésus-Christ.
Quant à ce que \<>ns me demandez comment il croit à l'Eglise, ce nYst pas là précisément notre question : U suffit (pie nous voyions qu'il y croit toujours; puisque c'est la première chose que le Saint-Esprit lui met dans le cceur, et que c'est le moyen extérieur par lequel il lui lait croire l'Ecriture sainte. Ecriture dont il n'a garde
de douter jamais, puisqu'il n'a jamais douté de l'Eglise qui la lui présente. Voilà, Monsieur, notre doctrine ; et parce que celle doctrine n'esl pas la vôtre. VOUS tombez nécessairement dans l'ineonvénient que j'ai marqué : parce que vous ne croyez pas l'autorité de l'Eglise comme une chose qui ne peu! manquer, on vous marque un point 0Û VOUS ne pouvei (aire un acle de foi sur l'Ecriture, et où par conséquent, vous cessez d'être fidèle.
M. Claude me dit ici que l'enfant qui récilait le Symbole parlait comme un perroquet, sans entendre ce qu'il disait; et qu'ainsi il ne fallait pas insister beaucoup sur cela : et qu'au reste j'avançais gratuitement que croire l'Eglise universelle lui le premier acle de foi que le Saint- Esprit mettait dans le cœur du Chrétien, baptisé, pour lui insinuer par ce moyen la foi en l'Ecriture sainte : enfin, que je ne répondais pas à ce qu'il me demandait SUT l'Eglise, ni comment nous commencions à \ croire : car, dit-il, le Saint-Esprit est le principe de croire, et non le motif de croire : qu'il fallait donc que j'expliquasse comment nous crojions à l'Eglise, et par quel motif : et que de la manière dont j'en parlais, il semblait qu'on y crût par enthousiasme, et sans aucune raison qui nous induisit à le faire.
Je répondis à cela que je ne prétendais pas qu'on crût à l'Eglise par enthousiasme; qu'il y avait, pour la reconnaître, divers motifs de crédibilité que le Saint-Esprit suggérait à ses fidèles comme il lui plaisait; qu'il ne les ignorait pas, mais qu'il n'était pas question d'en parler
CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE
ici. Il s'agit de savoir, disais-je, si le moyen extérieur dont le Saint-Esprit se sert pour nous faire croire l'Ecriture sainte, n'est pas l'autorité de l'Eglise. Je ne parle pas gratuitement, quand je dis que c'est la première chose que le Saint- Esprit met dans le cœur des Chrétiens baptisés; car, dès le Symbole, on leur parle de l'Eglise universelle, et on la leur propose à croire, sans leur parler de l'Ecriture. Il ne sert de rien de dire que les enfants répèlent d'abord comme des perroquets, et le Symbole, et le nom de l'Eglise universelle. Laissons, disais-je, le perroquet, qui ne parle que par mémoire : venons au point où le Chrétien a l'usage de la raison, et où il peut faire un acte de foi. Par où commencera-t-il, si ce n'est par où on a commencé de l'instruire ? Il croit donc l'Eglise universelle , avant que de croire l'Ecriture. En effet, faites lire, je ne dis pas a un enfant, mais à quelque homme que ce soit, le Cantique des cantiques, où il n'est parlé de Dieu ni en bien ni en mal : de bonne foi, il ne croit ce livre inspiré de Dieu qu'à cause de la tradition, premièrement de la Synagogue, et secondement de l'Eglise chrétienne, c'est-à-dire, en un mot, par l'autorité de l'Eglise universelle. Mais tenons-nous à notre point. Regardons le Chrétien au moment qu'on lui propose l'Ecriture sainte comme parole de Dieu. C'est le Saint- Esprit qui le lui fait croire ; nous sommes d'accord de ce point : mais nous disputons du moyen extérieur dont le Sainl-Esprit se sert. Je dis que c'est l'Eglise, puisque c'est elle, en effet, qui lui propose l'Ecriture sainte; puisqu'il a cru l'Eglise devant que d'ouïr l'Ecriture; puisqu'en ouvrant l'Ecriture, il est en état de dire : « Je crois cette « Ecriture comme je crois que Dieu est. » Vous dites qu'il ne peut pas faire cet acte de foi : il n'est donc pas fidèle, et son baptême ne lui sert de rien. Il faut l'instruire comme un infidèle en lui disant : « Voilà l'Ecriture que je crois inspirée de Dieu ; lis, mon enfant, examine, vois si c'est la vérité même, ou une fable. L'Eglise la croit inspirée de Dieu; mais l'Eglise se peut tromper, et tu n'es pas en état de faire avec elle cet acte de foi : Je crois, comme je crois que Dieu est, que c'est lui-même qui a inspiré celte Ecriture. » Si cette manière d'instruire fait horreur aux Chrétiens, et même manifestement à L'impiété, il faut que le Chrétien puisse foire d'abord un acte de foi sur l'Ecriture que l'Eglise lui propose; il faut par conséquent qu'il croie que l'Eglise ne trompe pas en lui donnant cette Ecriture. Comme il reçoit d'elle l'Ecriture, il en reçoit d'elle-même l'interprétation; etellenedomine non plus sur les consciences, en obligeant ses entants à croire ses interprétations sans exa-
miner, qu'elle y domine en les obligeant à croire sans examiner l'Ecriture même.
Par cet argument, Monsieur, repritM. Claude, vous feriez conclure chacun en faveur de son Eglise. Les Grecs , les Arméniens , les Ethiopiens, nous-mêmes, que vous croyez dans l'erreur, nous sommes néanmoins baptisés ; nous avons par le baptême et le Saint-Esprit, et cette foi infuse dont vous venez de parler. Chacun de nous a reçu de l'Ecriture sainte de l'Eglise où il a été baptisé : chacun la croit la vraie Eglise énoncée dans le Symbole ; et dans les commencements on n'en connaît pas même d'autre. Que si, comme nous avons reçu sans examiner l'Ecriture sainte de la main de cette Eglise, où nous sommes, il nous en faut aussi, comme vous dites, recevoir à l'aveugle toutes les interprétations, c'est un argument pour conclure que chacun doit demeurer comme il est, et que toute religion est bonne.
C'était en vérité ce qui se pouvait objecter de plus fort; et quoique la solution de ce doute me parût claire, j'étais en peine comment je pourrais la rendre claire à ceux qui m'écoutaient. Je ne parlais qu'en tremblant , voyant qu'il s'agissait du salut d'une âme; et je priais Dieu, qui me faisait voir si clairement la vérité, qu'il me donnât des paroles pour la mettre dans son jour : car j'avais à faire à un homme qui écoutait patiemment , qui parlait avec netteté et avec force , et qui enfin poussait les difficultés aux dernières précisions.
Je lui dis que premièrement, il fallait distinguer leur cause d'avec celle des Grecs, des Arméniens, et des autres qu'ils avaient nommés, qui errent à la vérité en ce qu'ils prennent une fausse Eglise pour la vraie Eglise; mais qui croient du moins comme indubitable qu'il faut croire à la vraie Eglise, qu'elle quelle soit, et qu'elle ne trompe jamais ses enfants. Vous êtes, lui disais-je, bien plus à l'écart , car je vous puis reprocher, non-seulement que, comme les Grecs et les Ethiopiens, vous prenez une fausse Eglise pour la vraie; mais ce qui est incontestable, et ce que vous nous avouez, que vous ne voulez pas même qu'on en croie la vraie. Après cette distinction, qui m'a semblé nécessaire, venons à votre difficulté. Distinguons dans la créance des Grecs, et des autres fausses Eglises, ce qu'il y a de vrai, ce qu'elles ont de commun avec la vraie Eglise universelle, en un mot, ce qui vient de Dieu d'avec ce qui vient de la prévention humaine. Dieu met, par son Saint-Esprit, dans le cœur de ceux qui sont baptisés dans ces Eglises, qu'il y a un Dieu et un Jésus-Christ, et un Saint- Esprit. Jusqu'ici l'erreur n'y est pas ; tout cela
est de Dieu : n'est-i) pas vrai f II en convint Ils m'entendait. M. Claude répondit qui] m'enten-
croientqu'il] aaussi une Eglise universellement- dail parfaitement Et si cela est, lui dis-je, vous
ils pas raison en cela, et n'est-ce pas une vérité devez voir l'inconvénient où vous jette votre
révélée de Dieu qu'il j en a une en effet! J'aiien- créance, et vous devez voir aussi que je ne suis
dis l'aveu : et après qu'il eut été donné, j'ajou- pas dans la mienne. Vous dites que non-seule-
tai que les Grecs et les Ethiopiens étaient dispo- nient il ne faut pas croire la fausse Eglise, mais
ses à croire, sans examiner, tout ce que la vraie qu'il ne bul pas même croire la vraie, sans exa-
Eglise leur proposait, ("est ce que vousn'ap- miner ce qu'elle dit; et vous pariez en cela con-
prouvez pas, Monsieur : en cela VOUS TOUS éloi- Ire tout le reste des Chrétiens. Mademoiselle de
gnei de tous les autres Chrétiens . qui croient Dînas interrompit en ce lieu : Voilà, dit-elle, à
unanimement qu'il y a une vraie Eglise qui ne quoi il faudrait répondre par oui et par non. Je
trompe jamais ses enfants. Moi, qui crois cela le dis en effet, reprit M. Claude, et je n'ai point
avec eux. je compte cette créance parmi les chu- hésité à le dire d'ahord. Tant mieux, répartis-je,
ses qui viennent de Dieu : mais roicî où com- on \a bientôt VOÛ" qui a raison de nous deux; et
mencent les préventions humaines. C'est que ce en l'état de clarté où les choses ont été mises,
baptisé, séduit par ses parents et par ses pas- par nos discours réciproques, le faible paraîtra
teins, croit que l'Eglise où il est, est la véritable; bientôt de part ou d'autre. Dès que vous posez
et il attribue en particulier à celle fausse Eglise pour certain que l'Eglise, même la vraie, nous
tout ce que Dieu lui fait croire en général de la peut tromper, le fidèle ne peut pas croire, sur la
vraie. Ce n'est pas le Saint-Esprit qui lui met seule foi de l'Eglise, que l'Ecriture est la parole
cela dans le cœur ; n'esl-il pas vrai? il est \ rai de Dieu. Il le peut croire d'une foi humaine, sans doute. En cet endroit il commence à croire reprit M. Claude, mais non pas d'une foi divine, mal. Ici donccommcnce l'erreur; ici la foi divine, Or, la foi humaine, repris-je, est toujours faninfuse par le baptême, commence à périr. Heu- hve et douteuse : il doute donc si celte Ecriture reu\ ceux en qui les préjugés humains sont est inspirée de Dieu ou non. M. Claude me pria joints à la vraie créance que le Saint-Esprit met ici de me souvenir de ce qu'il m'avait déjà dit, dans le cœur I ils sont exempts d'une grande qu'il n'était pas dans le doute, mais dans l'ignotenlation, et de la peine terrible qu'il y a à dis- rance. Comme un homme, dit-il, qui ne se continguer ce qui est de Dieu dans la foi de leur naît pas en diamants, qu'on lui demande, en lui Eglise, d'avec ce qui est des hommes. Mais quel- en montrant quelqu'un, s'il croit ce diamant bon que peine qu'aient les hommes, à distinguer ces ou mauvais ; il n'en sait rien, et ce qu'il a n'est choses, Dieu les connaît et les distingue; et il y pas un doute, mais une ignorance. De même, aura une éternelle différence entre ce que son quand un maître enseigne quelque opinion de Saint-Esprit met dans le cœur des baptisés, philosophie, le disciple, qui ne sait pas encore quand il les dispose intérieurement à croire la ce qu'il veut dire, n'a pas de doute formel ; il est vraie Eglise, et ce que les préventions humaines dans une simple ignorance. Ainsi en est-il de y ont ajouté en attachant leur esprit à une fausse ceux à qui on donne la première fois l'Ecriture Eglise. Comment ces baptisés pourront démêler sainte. Et moi, dis-je, je soutiens qu'il doute, et ces choses dans la suite, et par quels moyens ils que celui qui ne se connaît pas en diamants peuvent sortir de la prévention qui leur a l'ait doute si celui qu'on lui présente estbon oumauconfondre l'idée de la fausse Eglise où ils sont, vais, et que le disciple doute, avec raison, de avec la foi de la vraie Eglise que le Saint-Esprit tout ce que lui dit son maître de philosophie, leur a mise dans le cœur avec le Symbole; ce jusqu'à ce qu'il y voie clair, parce qu'il ne croit n'est pas de quoi il s'agit ; et il suffit que nous pas son maître infaillible; et que, par la même ayons vu dans tous les baptisés une créance de raison, celui qui ne croit pas l'Eglise infaillible l'Eglise qui leur vient de Dieu, distinguée de la «lome de la vérité de la parole de Dieu qu'elle pensée qui leur vient des hommes. Cela étant, lui propose. Cela s'appelle ignorance et non pas je soutiens qu'à cette créance de l'Eglise, que le doute, disait toujours M. Claude; et moi je fis Saint-Esprit nous met dans le cœur avec le Sym- cet argument ; Douter, c'est ne savoir pas si une bole, est attachée une ferme foi ; qu'il faut croire chose est ou non : le chrétien dont nous parcelte Eglise aussi certainement que le Saint- Ions ne sait si l'Ecriture est véritable ou non ; il Esprit, à qui le Symbole même la joint iminé- en doute donc. Dites-moi, qu'est-ce que douter, diatement ; et que c'est à cause de celle foi à si ce n'est ne savoir pas si une chose est ou non? l'Eglise que le fidèle ne doute jamais de l'Eciï- A cela nulle réponse, sinon que ce Chrétien ne ture. doutait en aucune sorte de l'Ecriture, mais qu'il Je m'arrêtai un moment pour demander si on l'ignorait seulement. Mais, disais-je, il n'est pas
142 CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE
comme un infidèle, qui n'en a peut-être jamais je ne me trompe, que vous conveniez bientôt. Je ouï parler. Il sait que l'Evangile de saint Mat- vous demande, Monsieur, si les ariens se sont thieu elles Epîtres de saint Paul sont lues dans séparés de l'Eglise, et si leur secte, quand elle l'Eglise comme parole de Dieu, et que tous les parut, n'était pas nouvelle? Ils ne se sont pas, fidèles n'en doutent pas. Peut-il croire avec eux, dit-il, séparés de l'Eglise; ils l'ont corrompue. Il aussi certainement qu'il croit que Dieu est, que se mit à représenter, avec beaucoup d'exagéraeette parole est inspirée de Dieu? Vous avez dit filon, comme ils avaient entraîné toute l'Eglise. qu'il ne peut pas faire cet acte de loi : qui ne peut Cela n'est pas ainsi, Monsieur : vous savez que faire un acte de loi sur un article qu'on lui pro- saint Athanase, saint Basile, saint Grégoire de pose, fait du moins, pour ainsi parler, un acte Nazianze, tant d'autres saints évêques, tenaient de doute. M. Claude répondait toujours qu'il pour la vérité, et qu'un grand peuple les suivait, était dans une pure ignorance. Eh bien ! lais- Vous savez que tout l'Occident, et Rome même, sons là les mots : il n'en doute pas si vous vou- malgré la chute de Libérius , était orthodoxe, lez; mais il ne sait si cette Ecriture est une vérité Mais laissons tout cela, lui dis-je : en quelque ou une fable ; il ne sait si l'Evangile est une lus- nombre qu'ils se soient séparés, il y avait une toire inspirée de Dieu, ou un conte inventé par Eglise devant eux, avec qui ils ont rompu, et les hommes. Il ne peut donc pas, sur ce point, contre qui ils ont fait une autre Eglise. Non, dit-il, faire un acte de foi divine , ni dire : « Je crois, ils l'ont corrompue. Hé ! Monsieur, quelle diffi- « comme Dieu est, que l'Evangile est de Dieu culte est-ce là? Tous les hérétiques ne se sont ja- « même. » N'avouez-vous pas qu'il ne peut faire mais séparés qu'en corrompant quelques-uns cet acte, et qu'il n'a autre chose qu'une foi hu- des enfants de l'Eglise et se séparant avec eux maine ? Il avoua encore franchement qu'il n'y de l'Eglise où ils avaient tous été baptisés. Mais connaissait autre chose. Eh bien! Monsieur, enfin, dites-moi, Monsieur, la secte des ariens, c'est assez. Enfin donc il y a un point où tout et cette Eglise, qu'on nomme arienne, n'était- Chrétien baptisé ne sait pas si l'Evangile n'est elle pas nouvelle ? Si vous voulez dire, Monsieur, pas une fable : on lui donne cela à examiner : me répartit-il, qu'Arius ait parlé le premier con- Voilà où il en faut venir quand on donne à exa- tre la divinité du Fils de Dieu, il n'est pas vrai, miner après l'Eglise. On peut discourir sans fin : Origène devant lui, et Justin, martyr, avaient dit nous avons tout dit de part et d'autre, et on ne la même chose. Ah ! Monsieur, qu'un martyr ait ferait plus que recommencer. C'est à chacun à nié la divinité du Fils de Dieu, je n'en croirai jaexaminer en sa conscience comment il peut sou- mais rien. Pour Origène, vous savez qu'on l'a tenir qu'un Chrétien baptisé doive avoir été un allégué pour et contre, c'est un auteur ambigu moment sans savoir si l'Evangile est une vérité et suspect. Mais, Monsieur, laissons les faits inou une fable, et qu'il faille, entre les autres certains ; tâchons de trouver un fait dont vous questions qu'on peut faire dans la vie, lui don- et moi convenions. Cette secle, qui, après la conner encore celle-là à examiner. Il me parut, à damnation prononcée contre Arius, se joignit à la contenance de Mademoiselle de Duras, qu'elle ce prêtre excommunié, et forma une Eglise conm'avait entendu : j'attendis pourtant un peu; et tre l'Eglise, n'était-elle pas nouvelle? Il fallut M. Claude se leva. bien l'avouer. Pour lui prouver sa nouveauté, Mademoiselle de Duras se leva avec nous, et fallait-il remonter jusqu'aux apôtres, et ne pounous dit en s'approchant : Mais je voudrais bien, vait-on pas lui dire: « Eglise séparée de cette avant qu'on se retirât, qu'on dit quelque chose autre Eglise où Arius est né, et où il a reçu le sur la séparation. La chose est faite, lui répar- baptême, vous n'étiez pas hier ni avant-hier? » lis-je. Du moment qu'il est certain qu'on ne Oui, dit M. Claude. N'en peut-on pas dire autant peut examiner après l'Eglise sans tomber dans de l'Eglise macédonienne, qui niait la divinité nu orgueil insupportable, et sans douter de du Saint-Esprit; des nestoriens, qui séparaient l'Lvangile, il n'y a plus rien à dire. Chacun n'a la personne de Jésus-Christ; des eutychiens, qui plus qu'à considérer s'il veut qu'on doute un confondaient ses deux natures : et des pélagiens, seul moment de l'Evangile, et encore s'il se sent qui niaient le péché originel et la grâce de Jésuscapable de mieux entendre l'Ecriture que tous Christ ? Ne pouvait-on pas leur dire, sans remonles synodes du monde, et que tout le reste de ter aux apôtres : « Quand vous êtes venus au l'Eglise universelle. Mais, puisque Mademoiselle monde, vous avez trouvé l'Eglise baptisant les souhaite quelque particulier éclaircissement sur petits enfants en rémission des péchés et demanla séparation, je vous prie, dis-je à M. Claude, dant la conversion des pécheurs et des infidèles?» donnez-moi encore un moment. Je vais vous Donc ce qu'ont combattu tous ces hérétiques, et proposer des faits essentiels, dont il faudra, si tous les autres que vous et nous connaissons, était
cru. non-seulement du temps des apôtres, mais hier el avant-hier, el dans les temps où les hérésiarque* son! venus; et ils trouvaient l'Eglise dans cette créance. Mais, répondit M. Claude, il \ a deux manières d'établir l'erreur; l'une découverte, el l'autre cachée et Insensible. Arrêtons là, Monsieur, lui dis-je : nous devons proposer des laits constantadon! les deux partis conviennent : je ne couvions point de cette manière insensible d'établir l'erreur. Hé! dit-il, la prière des saints at le purgatoire, voulei-vous dire, Monsieur, que vous les trouvera da temps «les apôtres? Non, Monsieur, repris-je : je ne veux rien dire là-dessus, car vous n'en conviendriei pas; et je veux dire dos choses dont vous conveniex. Usei-en de même avec moi. Celui qui tirera plus d'avantage solide des laits avoués par son adversaire aura un grand argument que
la vérité est pour lui : car le propre de la vérité est de se soutenir partout, el de condamner l'erreur par les laits mêmes que l'erreur avoue. El puisque vous me parlez de la prière des saints, vous êtes de bonne foi ; n'est-il pas vrai que M.
Daille nous accorde treize cenlsans d'antiquité? Treize cents ans. Monsieur, répondit-il, ce n'est pas tous les temps de l'Eglise. J'en eon\iens. lui
dis-je ; mais enfin, l'adversaire me donne déjà
treize cenlsans; il me donne saint Grégoire de >a/ianze, saint Basile, saint Amboise , saint Jérôme, saint Chrysostome, saint Augustin. Tout cela, dit M. Claude , des hommes. Des hommes tant qu'il vous plaira: mais enfin nous avons treize cents ans, de l'aveu do notre adversaire, pour la prière des saints et pour l'honneur des reliques; car ces deux choses ont été jointes ensemble, selon M. Daillé, vous le savez. Kl pour la prière des morts, combien nous a donné M. Blondel? 11 est Vrai, dit M. Claude, que c'est la plus ancienne erreur de l'Eglise. Quatorze cents ans d'antiquité, Monsieur, c'est, lui dis-je, ce que nous accorde M. Blondel. Je ne dis pas ceci pour faire préjuger la vérité de notre doctrine; ce n'est pas de quoi il s'agit; mais je le dis pour montrer que nous ne sommes pas sans délense sur ces exemples d'erreurs insensiblement répandues, puisque déjà nous avons de votre consentement treize et quatorze cents ans. Venons donc à des faits constants dont je puisse convenir. Car pour vous, vous convenez que les ariens, les nestoriens, les pélagiens, et en un mot tous les hérétiques, se sont établis comme j'ai dit. Ils n'ont point trouvé d'Eglise à laquelle ils se soient unis. Ils en ont érigé une autre, qui s'est séparée de toutes les autres Eglises qui étaient alors. Cela est certain: n'est-il pas constant? J'attendis : M. Claude ne contredit pas ; je ne
cuis pas le devoir presser davantage sur une chose constante et déjà avouée. Maintenant, lui dis-je, comment se sont établies les Eglises orthodoxes? Quand los particuliers et les peuples, par exemple les Indiens, se sont convertis, n'ont* ils pas trouvé une Eglise déjà établie, à laquelle ils se sont unis? Il l'avoua. En axez vous trouvé une dans toute la terre à laquelle vous vous so\ez unis ? Est-ce l'Eglise grecque, ou arménienne, ou éthiopique, que vous avea embrassée en quittant l'Eglise romaine? Ne peut-on pas vous
marquer la date précise de vos Eglises et dire à toute cetteEgllse,à toute cette société extérieure •iaiis laquelle nous êtes ministres: Vous n'étiez pat hier? Mais, dit ici M. Claude, n'élions-nous I as dans cette Eglise ? Nous n'en sommes pas soi lis, on nous a (liasses. On nous a excommunies dans le concile de Trente. Ainsi nous sommes sortis: mais nous avons emporté l'Eglise
avec nous. Quels discours. Monsieur, lui dis-je? Si on ne vous en eût pas chasses, \ fussiez-VOUS
demeurés? A quoi sert donc ce commandement
tant répète parmi vous: « Sortez de l!ah\|one, mon peuple I ? » De bonne foi, dites-moi, fussiez \ uns demeurés dans l'Eglise, si elle ne vous eût pas chassés? Non, Monsieur, assurément, dit M. Claude. Uue sert donc, repris-je, de dire ici qu'on vous a chassés ï C'est, dit-il,
que c'est un fait véritable. Bé bien. Monsieur, pouisuivis-je , il est véritable: cela vous est commun (ne vous lâchez pas du mot que je vais dire;, cela, dis-je. nous est commun avec tous les hérétiques. L'Eglise, où ils avaient recule
baptême, lésa chasses, les a excommuniés. Ils eussent peut-être bien voulu y demeurer pour corrompre et pour séduire; mais l'Eglise les a retranchés. El quant à ce que vous dites, que vous étiez dans celle Eglise qui vous a chassés, et que vous avez emporté l'Eglise avec vous, quel hérétique n'en peut pas dire autant? Ce n'est pas des païens que les anciens hérétiques ont composé leur Eglise; c'est des Chrétiens nourris dans l'Eglise. Aussi n'avez-vous pas forme la vôtre en amassant des mahométans ; j'en conviens, mais en cela vous ne sortez pas des exemples des anciens hérétiques : et ils ont tous pu dire, aussi bien que vous, qu'ils ont été Condamnés par leurs parties. Car on ne les a pas fait asseoir au nombre des juges, quand on a condamné leur nouveauté. Mais, Monsieur, reprit M. Claude, nous ne convenons pas de cette nouveauté. Ce qui est dans l'Ecriture n'est pas nouveau. Patience, Monsieur, je vous prie, lui répondis-je: aucun des anciens hérétiques n'est convenu de la nouveauté de sa doctrine ;
1 Jtr-, t, 38.
Ul CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE
ils ont tous allégué pour eux l'Ecriture sainte ; nait. La Synagogue à la fin l'a condamné. Mais mais il y avait une nouveauté qu'ils ne pou- Jésus-Christ avait déjà fondé son Eglise. Il lui vaient conlestcr: c'est que le corps de leur donne sa dernière forme aussitôt après sa mort, Eglise n'était pas hier, et vous en êtes demeuré et le nouveau peuple a suivi l'ancien sans interd'açcord. Hé bien ! dit enfin M. Claude, si les ruplion : voilà des vérités incontestables. Et pour ariens, si les nestoriens, si les pélagiens avaient ce qui est du paganisme, il est vrai que les païens eu raison dans le fond, ils n'eussent point eu ont reproché aux Chrétiens leur nouveauté, tort dans la procédure. Tort ou non, lui dis-je, Mais qu'ont répondu les Chrétiens? N'ont-ils pas Monsieur, c'est le fond de la question : mais ton- fait voir clairement que les Juifs avaient toujours jours demeure-t-il pour constant que vous avez cru le même Dieu que les Chrétiens adoraient, le même procédé qu'eux, la même conduite, les et attendu le même Christ ? que les Juifs mêmes défenses ; en un mot , qu'en formant croyaient tout cela hier, et avant-hier, et touvotre Eglise vous avez fait comme ont fait tous jours sans interruption? Mais, Monsieur, encore les hérétiques, et que nous faisons ce qu'ont fait une fois,ditM. Claude, les gentils ne convenaient tous les orthodoxes. Chacun peut juger en sa pas de tout cela. Quoi ! repris-je, y avait-il parmi conscience à qui il aime mieux ressembler, et eux quelqu'un assez déraisonnable pour dire je n'ai plus rien à dire. qu'il n'y eût jamais eu de Juifs, ou que ce peuple M. Claude ne se lut pas en cette occasion, et n'eût pas adoré un seul Dieu, créateur du ciel il me dit que cet argument était excellent en fa- et de la terre ? Ne faisait-on pas voir aux païens veur des juifs et des païens, et qu'ils pouvaient le commencement manifeste de leurs opinions, soutenir leur cause par la raison dont je me ser- et la date, je ne dis pas des auteurs de leurs senvais. Voyons, lui dis-je, Monsieur, et souvenez- timenls, mais de leurs dieux mêmes, et cela par vous que vous nous promettez le même argu- leurs propres histoires, par leurs propres aument. Le même, reprit-il, sans doute. Les Juifs teurs, par leur propre chronologie ? Croyez- vous et les païens ont reproché aux Chrétiens leur qu'un païen eût pu faire avouer à un Chrétien nouveauté; vous le savez: les écrits de Celse en que la religion d'un Chrétien était nouvelle, et font foi, et tant d'autres. J'en conviens, lui dis-je, qu'il n'y avait jamais eu de société qui eût eu la mais est-ce là tout? Et il était vrai, poursuivit-il, même créance que les Chrétiens avaient alors; que le christianisme était nouveau, aie regarder comme je vous fais avouer que tous les hérédans l'état immédiatement précédent. Quoi ! lui tiques, que vous et moi reconnaissons pour tels, dis-je, quand Jésus-Christ commença sa prédi- sont venus de cette sorte, et que vous avez fait cation, on lui pouvait dire comme je vous dis, comme eux ? Voilà, Monsieur, comme vous que, dans l'Eglise où il était né, on ne parlait prouvez que les Juifs elles païens pouvaient soupas hier de lui ni de sa venue ! Et qu'était-ce tenir leur cause par le même argument dont je donc que saint Jean-Baptiste, et Anne la pro- me sers : personne ne le pourra jamais et perphétesse, et Siméon, et les mages, et les pontifes sonne ne pourra jamais nier le fait constant que consultés par Hérode , lorsqu'ils répondirent j'avance, qui est que nous faisons comme tous que le lieude sa naissance était Bethléem? Fallait- les orthodoxes, et vous, comme tous les héréil remonter jusqu'à Abraham pour prouver tiques.
l'antiquité des promesses? Y a-t-il eu un seul Là finit la conversation. Elle avait duré cinq
moment où le Christ n'ait pas été attendu heure;,, avec une grande attention de toute l'as-
dans l'Eglise où il est né; si bien attendu que semblée. On s'était écouté l'un l'autre paisible-
le Juifs l'attendent encore ? Il est bien vrai, Mon- ment : on parlait de part et d'autre assez serré ;
sieur, qu'il fallait voir arriver une fois cette et à la réserve du commencement, où M. Claude
nouveauté, et ce changement du Christ attendu étendait un peu son discours, dans tout le reste
au Christ venu. Mais Jésus-Christ pour cela n'est il allait au fait, et se présentait à la difficulté
pas nouveau. « Il était hier, il est aujourd'hui, sans reculer. Il est vrai qu'il tendait plutôt à
« et sera aux siècles des siècles ». » Il est vrai, m'envelopper dans les inconvénients où je l'en-
repartit M. Claude ; mais la Synagogue ne con- gageais, qu'à montrer comme il en pouvait sor-
venait pas que ce Jésus fût le Christ. Mais, re- tir lui-même : mais enfin tout cela était de la
pris-je, la Synagogue n'a point condamné saint cause ; et il a dit assurément tout ce quelasienne
Jean-Baptiste; mais la Synagogue a ouï, sans pouvait fournir dans le point où nous étions
rien dire, et les mages, et Siméon, et Anne, renfermés.
Jésus-Christ a recueilli dans la Synagogue, vraie Pour moi, je n'avais garde d'en sortir, puisque
Eglise alors, les enfants de Dieu qu'elle conte- c'était celui sur lequel Mademoiselle de Duras
» z/ew. m, a, demandait éclaircissement. Elle me parut tou-
chée; je me retirai toutefois en tremblant, et craignant toujours que ma laihlesse n'eût mis son ftme en péril, et la vérité en doute.
Je la vis le lendemain. Je fus consolé de voir qu'elle avait parfaitement entendu tout ce mie j avais dit. C'est ce que je lui avais prorois. Je lui i\ .i.-. représenté que parmi les difficultés immenses que taisait naître parmi les hommes l'esprit île chicane, et la profondeur de la doctrine chrétienne, Dieu voulait que ses enfants eussent un moyen aisé de se résoudre en ce qui regardait leur salut ; que ce moyen était l'autorité de l'Eglise; que ce moyen était aisé à établir, aisé à entendre, aisé à suivre ; si aisé, disais-je, et si clair, que quand vous n'entendrex
pas ce que je dirai sur cela, je Consens que TOUS
croyiez que j'ai tort. Cela, en effet, doit être ainsi quand la matière est bien trai.ee: mais je n'osais pas me promettre de l'avoir dignement
traitée. Je reconnus avec joie, et avec action de grâces, que Dieu avait tout tourné à bien. Les endroits qui devaient frapper, frappèrent. Mademoiselle de Duras ne pouvait comprendre qu'un particulier ignorant pût croire, sans un orgueil insupportable, qu'il lui pouvait arriver de mieux entendre l'Ecriture que tous les conciles universels, et que tout le reste de l'Eglise. Elle avait vu, aussi bien que moi, combien était faible l'exemple de la Synagogue, quand elle condamna Jésus-Christ, et combien il y avait peu de raison de dire que les particuliers qui croyaient bien manquassent, pour se résoudre, d'iuie autorité extérieure, lorsqu'ils avaient, en la personne, de Jésus-Christ, la plus grande et la plus visible autorité qu'il soit possible d'imaginer. Je repassai sur le doute où il fallait être touchant l'Ecriture, si on doutait de l'Eglise. Elle dit qu'elle n'avait jamais seulement songé qu'un Chrétien pût douter un moment de l'Ecriture ; et au reste, elle entendit parfaitement que rejetant le nom de doute, M. Claude avait reconnu la chose en d'autres termes ; ce qui ne servait qu'a faire paraître combien cette chose était dure, et à penser et à dire, puisque, forcé de l'avouer, il n'avait pas cru le devoir faire en termes simples. Car enfin, ne savoir pas si une chose est ou non, si ce n'est douter, ce n'est rien. II parut donc clairement que les deux propositions dont il s'agissait, étaient établies: et je lis voir en peu de mots, à Mademoiselle de Duras, que son Eglise, en croyant deux choses aussi étranges, avait changé tout l'ordre d'instruire les enfants de Dieu, pratiqué de tout temps dans l'Eglise chrétienne.
Il ne fallait pour cela, que lui répéter en peu de mots ce qu'elle m'avait ouï dire, et ce qu'elle