‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 4 sur 313 · PU KM 1ER DISCOURS · texte numérisé non relu

PU KM 1ER DISCOURS

n lise : Bozomèno, un historien qui n'est qu'un opinion : Julien même, qui n'aurait pas ménagé

laïque, el qui n'esl suivi de personne, c'est les Galiléens, ne les accusa de rien ', encore

n lise, el on ne craint point d'assurer, sur de qu'après sa blessure il ait eu de longs entretiens

sifaibles témoignages, que l'Eglise, non contente avec ses amis, et même avec le philosophe Ma-

de se révolter contre l'empereur [ce qui n'avait xime, qui l'aigrissait le plus qu'il pouvait contre

jamais été), a même trempé ses mains dans son les Chrétiens, mais il ne fut rien dit contre eux

sang: ce qu'on ne peut penser sans horreur. Tel en cette occasion. Le seul qui attribue le coup

est le raisonnement de notre ministre. .Mais, à un Chrétien, c'est Libanius, que H. Basnage

pour enfin venir ag détail que j'ai promis, tout n'a osé citer, parce qu'il sait bien <pic ce n'est

est faux ilaus ion discours: il est (aux d'abord pas un historien, mais un déclamateur et un

qu'un soldai chrétien soit coupable de la mort sophiste, et <pii pis est, on sophiste calomniateur

de Julien. Aucun historien, ni païen ni chrétien manifeste des Chrétiens quiportepar conséquent

ne le dit. Zozime, l'ennemi le plus* déclaré du son reproche dans son nom: qu'aucun histo-

christianisme el des Chrétiens, ne le dit ni a rien ne suit, que les historiens démentent, qui

l'endroit ou il reconte la mort de Julien, ni en ne fait pas une histoire, mais une déclamation

aucun autre I. Il eût eu honte de reprocher aux où encore il ne dit rien de positif et nous allègue

Chréliens un crime que personne ne leur inipu- pour toutes prei conjectures et sa haine,

tait. Ainmien Marcellin, auteur du temps, et Mais encore quelles conjectures! 1 Personne, »

païen aussi bien que Zosime, enrapportant avec dit-il '. oi s'est vanté parmi les Perses d'un

soin tout ce qu'on a su delà morl de Julien», coup qui lui aurait attiré tant de récompense

ne marque en aucune sorte cette circonstance, Connue si celui qui le lit en fuyant, comme

qu'il n'aurait pas oubliée ; au contraire on doit on rient de voir, n'avait pas pu le faire au ba-

juger par sou récit que le coup partit d'un esca- sard, et sans le savoir lui-même , ou qu'il n'eût

dron qui fuyait devant l'empereur, el ne cessait pas pu périr aussitôt après, à la manière que

de tirer en fuyant : cequi faisait qu'on criait de dit Philostorge, ou par cent autres accidents.

tous cotés à ce prince qu'il prit garde à lui. Et liais quand Libanius aurait bien prouvé que

quand on le \ii tomber, toute l'armée ne douta Julien rat tué parmi des siens, pour en venir i

pas d'où venait le coup, et ne songea plus qu'à 11nChretien.il n'avait plus pour guide que sa

venger sa mort SUT les ennemis. Eutrôpe, qui haine: « On ne peut, » dit-il. 'accuser de cette

l'avait suivi dans cette guerre, dit expressément mort que ceux à qui sa rie n'était pas utile, et

que « cet empereur, en s'exposant inconsidéré' qui ne vivaient pas selon les lois. » C'est ainsi

ment, fut tué delà main d'un ennemi: hotHH qu'il désignait les Chrétiens, « qui, » dit-il cayant

manu ». » Aurélius Victor ajoute que ce l'ut 1 par déjà attenté sur sa personne, no le manquèrent

un ennemi qui rayait devant lui avec les autres*.» pas dans l'occasion. » Il ose dire que les Chré-

C'était pourtant un païen aussi bien qu'Eutrope, tiens avaient déjà souvent attente sur la vie de

Voilà trois païens, auteurs du temps ou des l'empereur : chose dont aucun autre auteur ne

temps voisins, qui justifient les Chréliens contre l'ait mention, et dont personne, ni Julien même,

la calomnie de M. Basnage, et Rufus Festus, pa- ne s'est jamais plaint : au contraire, nous avons

reillement auteur du temps, et apparemment vu qu'encore qu'il hait l'Eglise au point que tout

païen connue les autres, confirme leurs leuioi- le monde sait 'Jamais il n'en a tenu la fidélité

gnages: « Comme il s'était, » dit-il 5, « éloigné pour suspecte. Il est donc aussi vrai qu'il a été

des siens, il fut percé d'un dard par un cavalier tué par un Chrétien, qu'il est vrai que les Chré-

ennemi qui vint à sa rencontre. » Loin qu'on tiens avaient déjà attenté sur sa vie. Lihanius a

pût soupçonner les siens d'avoir l'ait le coup, on dit l'un et l'autre, et n'est pas moins calomnia-

voit par cel historien qu'il en était éloigné lors- teur dans l'un que dans l'autre,

qu'il le recul. Philostorge raconte aussi « qu'il Pour ce qui est des historiens ecclésiastiques,

fut tué par un Sarrasin qui servait dans l'armée dont il semble que le ministre veuille s'appuyer,

de Perse, el qu'après que ce Sarrasin eut l'ait son à cause seulement qu'ils n'ont pas nié le l'ait, il

coup, un des gardes de l'empereur lui coupa la se trompe encore, car il cite en marge Socrate et

tète". Quoique cet historien soit arien, il est Sozomène; mais voici ce que dit Socrate4: « Pen-

aussi bon qu'un autre, hors les intérêts de sa dard qu'il combat sans armes, se fiant à sa bonne

secte, surtout étant soutenu par tant d'autres fortune, le coup dont il mourut vint on ne sait

historiens aussi peu suspects. Toute l'armée, d'où. Car quelques-uns disent qu'un transfuge

comme on vient de voir, n'en eut pas une autre perse le donna; et d'autres, que ce fut un soldat

1 Zoz., m. — • Lib. xxv. — * Lib. x. n. 16. -? ■ Aur. in Juliano. I Amm. Marc. — 3 Liban. Jul. EpildP- — 3 V* Avertis., a. 17.

— ■ Iiuf. Fest., Brev. ad Val. Aug. — ' Philost., 1. VII, c. XV. i £oe. uli

romain : et c'est le bruit le plus répandu, » ajoute qu'au ciel de tels attentats, mais que le christia-

cet historien : ce qui pourtant ne paraît pas véiï- nisme ne reçut jamais.

table puisqu'on voit tout le contraire dans plus Voilà ces exemples de l'ancienne Eglise qu'on d'historiens et dans ceux mêmes qui étaient pré- nous avait tant vantés. Tout se réduit dans le fait sents, « MaisCaUiste, » poursuit Socrate, « un des à la conjecture du seul Libanius, manifeste cacardes de l'empereur, et qui a écrit sa vie en lomniateur et ennemi juré des Chrétiens; et dans vers héroïques, dit qu'il fut tué par un démon : le dogme, au sentiment du seul Sozomène, à qui, ce qu'il a peut-être inventé par une fiction poéti- sans lui dénier dans les faits l'autorité qu'il peut que, et peut-être la chose est-elle ainsi. » Voilà avoir comme historien, nous refuserons harditout ce que dit Socrate, et il rejette assez claire- ment celle qui peut convenir à un docteur, ment ce qu'on dit de ce prétendu Chrétien, puis- Car enfin, s'il est permis de mettre la main qu'il ne donne aucun lieu à cette opinion parmi sur un empereur, sous prétexte qu'il persécute Les bruits incertains qu'ils racontent tous, sans l'Église, que deviennent ces déclarations qu'elle même faire mention du sentiment de Libanius, faisait durant la persécution dans toutes ses apoque personne ne suivait. Théodoret en use de logies, lorsqu'elle y protestait solennellement même», sans rien décider sur le fait, et sans qu'elle regardait dans les princes une seconde mamême daigner répéter ce qu'avait imaginé Liba- jesté, que la première majesté, c'est-à-dire celle nius, comme chose qui ne méritait et en effet que Dieu avait établie ; en sorte qu'honorer le n'avait trouvé aucune créance. prince, c'était un acte de religion, comme en vio- II ne reste à examiner que Sozomène, dont le 1er la majesté c'était un sacrilège * ? Que si M. Basministre fait son fort, mais sans raison. Car il nage a voulu penser que l'Eglise du IVe siècle, et raconte seulement « qu'im cavalier en courant sous Julien l'Apostat, eût dégénéré de cette sainte fort vite avait frappé l'empereur dans l'obscurité, doctrine, il eût fallu nous alléguer un saintBasile, sans que personne le connût ; qu'on ne sait point un saint Grégoire de Nazianze, un saint Ambroise, qui le frappa, que les uns disent que ce fut un un saint Chrysostome, un saint Augustin et les au- Persan, etd'autres un Sarrasin, d'autres un soldat très saints évêques qu'elle reconnaissait pour ses romain indigné contre l'empereur, qui jetait docteurs, dont aussi le sentiment unanime réglait l'armée romaine entant de périls2. » Si cela est, celui de tous les fidèles. Mais le ministre n'a pas ce ne fut donepas le christianisme qui le poussa osé seulement les nommer, car il s'avait bien qu'en à faire ce coup : et tels étaient, selon Sozomène, parlant souvent contre Julien l'Apostat et contre les bruits populaires : après quoi il rapporte en- les autres princes persécuteurs, ils n'ont eu et core, pour ne rien omettre, le discours du sophiste n'ont inspiré à tous les peuples qu'un inviolable Libanius : puis, en disant son avis, il se déclare respect pour leur autorité. Je ne répéterai pas tout pour l'opinion qui attribue cette mort à un coup ce que j'ai dit sur cette matière dans le V* Averdu ciel, dont il donne pour garant « une vision, tissemenP, où il paraît plus clair que le jour, que, où dans une grande assemblée des Apôtres et des loin de rien attenter contre la personne des prophètes, après les plaintes qu'on y fit contre princes, l'Eglise, quoique constamment la plus Julien, on vit deux de l'assemblée partir soudain, forte dans ce siècle, a persisté dans l'obéiset peu après revenir comme d'une grande expé- sance par maxime, par piété, par devoir, autant dition, en disant que c'en était fait, et que Julien que dans les siècles où elle était plus faible. Seun'était plus. » Il raconte à ce propos beaucoup lement, pour fermer la bouche à notre ministre, de choses, qui tendent à confirmer que Julien je le ferai souvenir de ce témoignage de saint était mort par un coup miraculeux; et ainsi le Augustin3 : « Quand Julien disait à ses soldats parti qu'il prend est directement opposé à celui chrétiens : Offrez de l'encens aux idoles, ils le de H. Basnage, qui ne craint rien tant que de refusaient; quand il leur disait: Marchez, combatvoiries esprits célestes mêlés dans cette mort, tez, ils obéissaient sans hésiter. «Mais c'était peut- Il estvraiqu'enrécitantlediscoursdeLibaniusqui être pour trouver plus commodément dans la accusait un Chrétien, quoique ce ne soit pas là à mêlée l'occasion de l'assassiner. Laissons-le croire quoi il s'en tient, il reconnaît que cela peut être : à M. Basnage, à Libanius et aux autres ennemis car en effet, on ne prétend pas que tous les Chré- de la piété. Saint Augustin dit tout autre chose tiens soient incapables de faillir, et Sozomène de ces religieux soldats : « Ils distinguaient, » excuse l'action par l'exemple de ceux qui ont été dit-il, « le Roi éternel du roi temporel, et demeutant loués, principalement parmi les Grecs, pour raient assujétis au roi temporel pour l'amour avoir tué les tyrans: discours qui peut avoir lieu du Roi éternel, parce que, » poursuit le même contre Libanius et les païens qui élevaient jus- ,„ „ . ,. 10 ÎXT ,„ . , „ ,„

3 J ' Voy. V' Avertis., n. 13 et smv. — i N. 17 et suiv. — 3 N. 17

» Tluodor., llut. 1. m. — * Hoz., vi, 1. ni, et suiv. Aug. in Psal. cxxiv, n. 7, tom. iv.

PREMIER DISCOURS. -j

Père, lorsque les impies détiennent rois, c'est Vordre naturel, et défend de le troubler*. Puis Dieu «iiii le lait pour exercer son peuple. Conv venant à parler des guerres entreprises par l'oriiunt l'exercer, si ce n'est parla persécution? D'où dre de Dieu sous Moïse et les autres princes du ce grand homme conclut que, loin de rien entre- peuple saint, il montre aux Manichéens, qui les prendre contre l'autorité, el encore moins contre Marnaient, que si l'un peut entreprendre justela personne du prince, on ne peut pas refluer à ment la guerre par l'ordre des princes, à plus cette puissance établie de Dieu, comme il rient de farte raison le peut-on par l'ordre de Dieu, pour le prouver, ^obéissance quilui est due. Saint Au- punir ou pour corriger ceux qui se rebellent gUStin lait deux choses en celte occasion, loules contre lui '-'■. Par ce moyen, il entre nécessairedeux entièrement décisives : la première, il post> ment dans le principe qui rend les guerres ti le (ail constant et public, c'est-à-dire l'obéissance limes parmi les hommes; et là, en considérant (pie les soldais chrétiens rendirent toujours à .lu- la loi éternelle qui ordonne de conserver l'ordre lien, suis s'être jamais démentis; secondement, naturel, il donne cette belle règle: L'ordre il va au principe selon sa coutume, et il montre naturel, » dit-il3, « BUT lequel est établie la tranque cette pratique constante et universelle des quillité publique, demande que l'autorité et le soldats chrétiens était fondée sur les maximes conseil d'entreprendre la guerre soit dans le inébranlables de l'Eglise, en sorte «qu'on ne pou- prince, et en même temps que l'exécution des rail pas refuser à cette puissance l'honneur qui ordres de la guerre soit dans les soldats qui doilui était àà.. Non noterai nonreddi honoseidebitus vent ce ministère au salul et à la tranquillité pupotestatt. » C'est d'un si grand evèque qu'il fallait blique. Ainsi selon l'ordre de la nature, que apprendre la pratique inviolable aussi bien que la loi éternelle veut conserver, saint Augustin la doctrine constante de l'Eglise SOUS Julien, el établit dans le prince, comme dans le chef, la non pas de Libanius, ou même de Sosomène. raison et l'autorité, et dans les soldais, comme Car,oulre la différence qu'il j a entre un docteur dans les membres, un ministère qui lui estsousi autorisé et un simple historien, Sosomène rai- mis : d'où il s'ensuit <pie quiconque n'est pas le Bonne sur un récit en l'air, que lui-même croyait prince ne peut commencer ni entreprendre la taux, et saint Augustin rapporte un fait constant, guerre. Autrement, contre la nature, ilote à la dont il avait pour témoin tout l'univers : Sozo tête l'autorité el le conseil, pour les transporter mène répond à un païen selon les principes du aux membres, qui n'ont que le ministère et paganisme: el saint Augustin propose les plus l'exécution ; il partage le corps de l'Etat; il y

sûres el les plus saintes maximes du ebristia- met deux pi ■incesel deux chefs; il bit deux Etats

nisme; et cequiseul emporte la décision, Sozo- dans un Etat, et rompant le lien commun des

mène parle seul, sans qu'on puisse alléguer un citoyens, il introduit dans un empire la plus

seul chrétien qui ail parlé comme lui; et saint grande confusion qu'on j puisse voir, et la plus

Augustin est soutenu, comme on l'a fait voir', prochaine disposition à sa totale ruine, confor-

par la tradition constante de tous les siècles pas- niémenl à celle parole de noire Sauveur : Tmtt

ses, et par le consentement unanime de tous les royaume divisé en lui-même sera désolé, et les

évêques de son temps. maisons en tomberont l'une sur l'autre**.

Et puisque nous sommes tombés sur saint Au- II ne faut donc pas s'étonner si saint Augustin

gustin, pour ne m'en tenir pas ici seulement à ce n'a laissé aux soldats de Julien d'autre parti à

que j'en avais rapporté ailleurs ; vous serez bien prendre dans la guerre, que celui d'obéir à leur

aises, mes Frères, de remonter avec lui jusqu'au empereur, lorsqu'il leur disait: Marchez; s'ils

principe qui peutrendre les guerres légitimes, afin marchent sans son ordre, et encore plus s'ils

d'entendre à fond combien sont injustes celles que marchent contre son ordre, de membres ils se

les ministres ont lait entreprendre à vos pères, font les chefs, et renversent l'ordre public; ce

et qu'ils voudraient encore aujourd'hui vousfaire qui va si loin, que qui combat même l'ennemi

imiter. sans l'ordre du prince, se rend digne de chàti-

Saint Augustin, attaqué par diverses objec- ment: combien plus s'il tourne ses armes contre lions des Manichéens, qui condamnaient beau- le prince lui-même, et contre sa patrie, comme coup de pratiques et de lois de l'Ancien Testa- on lait dans les guerres civiles? nient, comme contraires aux bonnes mœurs, Et de peur qu'on ne s'imagine qu'en combatpour connaître la règle des mœurs consulte tant sous un prince injuste, on ait part à l'inj usavant toutes choses la loi éternelle, c'est-à-dire tice de ses entreprises, saint Augustin établit un comme il la définit, la raison divine de l'im- autre principe ou plutôt du premier principe muuble volonté de Dieu, gui ordonne de conserver

' Cont. Faust., I. XXII, cap. 27, tom. vin. — - IUd., cap. 74. —

» V Avertis, n. 3, 12, 13, jusqu'à 21. 'Ibid-, cap. 75. — < Malth-, xn, 26 ; Luc, XJ, 17.

qu'il a établi, il lire cette conséquence, « qu'un d'employer l'épée qu'avec l'ordre ou la permishomme de bien qui, en combattant, suit les or- sion de la puissance publique, et qu'il est encore dres d'un prince impie, et ne voit pas manifes- bien moins permis de l'employer contre elleteinent l'injustice de ses desseins; ni une expresse même dans quelque abus qu'elle tombe. C'est défense de Dieu dans ses entreprises, peut inno- aussi manifestement ce que Jésus-Christ nous cennnent faire la guerre en gardant l'ordre pu- fait voir, lorsqu'à l'occasion de ces épées et des Mie et la subordination nécessaire au cor^s de coups que ses disciples en donnèrent : II faut, l'Etat : » c'est-à-dire en se soumettant à l'ordre dit-il *, que cette prophétie soit encore accomplie du prince, qui seul en fait le lien : « en sorte, » de moi : Il a été mis au nombre des scélérats : conlinue-t-il, « que l'ordre de la sujétion rend le mettant manifestement au rang des crimes la sujet innocent , lors même que l'injustice de résistance que voulurent faire ses disciples à la l'entreprise rend le prince criminel : » tant il puissance publique, encore que ce fut dans une importe à l'ordre, dit le même Père, de savoir occasion où l'injustice et la violence furent pousse qui convient à chacun « ; et tant il est véritable sées au dernier excès, ainsi que nous l'avons que l'obéissance peut être louée, encore même plus amplement expliqué ailleurs 2. que le commandement soit injuste et condam- Selon ces paroles de Jésus-Christ, il ne reste nable. plus aux fidèles, opprimés par la puissance pu-

Par là donc on voit clairement que dans les blique, que de souffrir à l'exemple du Fils de

guerres on n'est assuré de son innocence que Dieu, sans résistance et sans murmure, et de

lorsque l'on combat sous les ordres de son prin- répondre comme lui à ceux qui voudraient com-

ce ; et qu'au contraire lorsque l'on combat, ou battre pour les en empêcher : Ne voulez-vous pas

sans ordre, ou, ce qui est encore pis, contre son que je boive le calice que mon Père m'a préparé3 ?

ordre et contre lui, comme dans les guerres ci- C'est ce qu'a fait Jésus-Christ, et c'est ce qu'il

viles, la guerre n'est qu'un brigandage, et on prescrit aux siens : Il leur présente, dit saint Au-

commet autant de meurtres qu'on tire de fois guslin 4, le calice qu'il a pris ; et sans leur per-

l'épée. mettre autre chose, il les oblige à la patience par

Mais parce qu'on pourrait imaginer d'autres ses préceptes et par ses exemples. C'est pourquoi,

règles à suivre lorsqu'on est injustement op- dit le même Père 5, « quoique le nombre de ses

primé par son prince légitime, saint Augustin martyrs fût si grand, que s'il avait voulu en faire

l'ait voir dans la suite, par l'exemple de Jésus- des armées, et les protéger dans les combats,

Christ2, qu'encore qu'il fût l'innocence même, nulle nation et nul royaume n'eût été capable

et tout ensemble le plus parfait et le plus indi- de leur résister ; » il a voulu qu'ils souffrissent,

gnement opprimé de tous les justes, « il ne per- parce qu'il ne convenait pas à ses enfants hum-

met pas à saint Pierre de tirer l'épée pour le blés et pacifiques de troubler l'ordre naturel

défendre, et répare par un miracle la blessure des choses humaines, ni de renverser, avec l'au-

qu'il avait faite à un des exécuteurs des ordres torité des princes, le fondement des empires et

injustes qu'on avait donnés contre lui : mon- de la tranquillité publique,

trant en toutes manières à ses disciples, et par Telle est la doctrine de saint Augustin, qui se

ses exemples aussi bien qu'il avait fait par ses trouve renfermée tout entière dans ce seul mot

paroles, qu'il ne leur laissait aucun pouvoir ni de saint Paul : Ce n'est pas en vain que le prince

aucune force contre la puissance publique , porte l'épée comme ministre de Dieu, et comme

quand ils en seraient opprimés avec autant d'in- vengeur des crimes 6 ; par où il montre que le

justice et de violence qu'il l'avait été lui-même, prince est seul armé dans un Etat ; qu'on n'a

Ainsi loin de conclure, comme a fait M. Ju- nulle force que sous ses ordres ; que c'est à lui rieu, que Jésus-Christ en commandant à ses dis- seul à tirer l'épée que Dieu lui a mise en main ciples d'avoir des épées, avait intention de leur pour la vengeance publique ; et que l'épée tirée commander en même temps de s'en servir pour contre lui est celle que Jésus-Christ ordonne de le défendre contre ses injustes persécuteurs 3, remettre dans le fourreau. Ainsi les guerres tint Augustin remarque au contraire *, «qu'il viles, sous prétexte de se défendre de l'oppresil bien ordonné d'acheter une épée, mais sion, sont des attentats ; et saint Augustin, qui qu'il n'avait pas ordonné qu'on en frappât, et a établi cette vérité par de si beaux principes, m. ni. qu'il reprit saint Pierre d'avoir frappé de n'a été que l'interprète de saintPaul. lui-même et suis ordre, » afin de lui faire en- Selon ces lois éternelles qui ont réglé durant tendre qu'il n'est pas permis aux particuliers les persécutions la conduite de l'Eglise, et qu'elle

• Cont. Fauit., 1. xjcii, cap. 73, tom. vin.— a lb., 1. n, c. 76, 77. ■ Luc, xxu, 37. — J V Avertis., n. 23. — 3 Joan., xvm, 11.

— 3 V> Averti*., n. 23. — « Une., cap. 77. < Cont Faust., c. 75. — * Ibid. — 6 Rom., Xlli, 4.

PREMIER DISCOURS

n'a constamment jamais démenties, elle n'avait girde d'approuver le soulèvement du peuple de • nstantinople contre l'empereur Anastase, où ce bel ordre et si naturel des choses humaines était si étrangement renversé, que les membres mettaient en péril non-seulement l'autorité . mais encore la vie de leur chef; encore moins eût-elle approuvé ce prétendu attentat d'un soldai chrétien contre Julien, qui, selon les règlesde l'Eglise, quoique Sozomèneen eût pu dire, eût passé pour une entreprise contre la loi éternelle, et même pour un sacrilège contre la seconde majesté,

Pour ce qui regarde les Arméniens sujets à la Perse, ou, comme on les appelait, les Pers- Arméniens, qui, maltraités pour leur religion par le roi de Perse, se donnèrent à l'empereur

Justin ; il faudrait savoir | r en juger, à quelles

conditions le royaume d'Arménie était sujet à

celui de Perse. Car tOUS le8 peuples ne sont pas

sujets à même titre; et il j en a donl la sujétion tient autant de l'alliance et de la confédération, que de la parfaite et véritable dépendance : ee qui se remarque principalement dans les grands empires, et surtout dans leurs provinces les plus éloignées, au nombre desquelles était la Pers-Arinénie dans le vaste royaume de

Perse. Elle avait été détachée du reste de l'Arménie, et tout ee royaume avait autrefois appartenu aux Romains, mais à des conditions bien différentes du reste des peuples sujets, puisque l'empire romain n'exerçait aucun droit

sur ceux-ci, que Celui de leur donner un roi de leur nation et du sang" des Arsacides, sans au surplus en rien exiger, ni se mêler de leur gouvernement.

Après même qu'ils eurent cessé d'avoir des rois, ils conservaient de grands privilèges, et prétendirent en général devoir vivre selon leurs lois, el en particulier, d'être exempts de tous impôts J : en sorte qu'en étant chargés, Us se donnèrent au roi de Perse. Si la partie de ce royaume, qui fut depuis sujette à la Perse, en s'unissant à ce grand empire . s'était réservée ou non quelque droit semblable, et avait fait ses conditions sur la religion chrétienne qu'elle avait presque reçue dès son origine, c'est ce que les historiens de M. Uasnage ne nous disent pas5, ni aucune des circonstances qui pourraient nous taire juger jusqu'à quel degré on pourrait condamner ou excuser la détection de ces peuples. Mais comme ces historiens nous racontent dans le même temps, et pour la même cause, une semblable action des Ibé-

neiis, nous pouvons juger de l'une par l'autre. Or constamment les (bériens, quoique sujets de la Perse. m. l'étaient pas si absolument qu'ils n'eussent leur roi, et n'usassent de leurs lois. C'est Procope qui nous l'apprend1 , et que le roi «les [bériens, qui se retira d'avec les Perses pour s'attacher aux Romains, s'appelait Gurgène : tes peuples, qui avaient leurs rois, ordinairement étaient bien sujets du grand roi de Perse pour certaines choses, et devaient le sui-

fre à \>i guerre ; mais dans le reste le mi de Perse n'exerçait sur eux aucune souveraineté *. Ainsi on peut Croire que les Ibériens et leur roi

étaient soumis à l'empire persan à peu pies aux mêmes conditions que les Laziens leurs voisins

tait l'ancienne Colchos) l'étaient aux Kom lins ; et tout le droit des Romains consistait à envoyer au roi de Colchos les marques royales, sans eu pouvoir exiger d'autres services.

Telle t'Iail la condition de ces peuples. Mais,

apr.s tout, que uous Importe, puisque dans le tond, et quoi qu'il an soit, si les Pers-Armé-

niens étaient sujets aux mêmes conditions que

les perses, leur sentence est prononcée dès le temps de la persécution de Sapor, où nous avons vu les évêques et les Chrétiens accu d'intelligence avec les Romains, s'en défendre comme d'un crime, et repousser cette accusation comme une manifeste calomnie >? On sait

aussi que Constantin ne (il autre chose que d'écrire en leur laveur, connue nous l'avons (ail voir par So/Hineiie > ; et nous y ajoutons

maintenant le témoignage conforme de Théophane, qui assure en termes formels qu'ils /ferai! calomniés par les Juifs et par les Perses6.

Ainsi les Peis-Arménieus , s'ils étaient sujets comme les autres et à même condition, ne peuvent qu'augmenter le nombre des rebelles que la loi éternelle condamne.

On voit clairement par là que les exemples de M. Basnage, à la manière qu'il nous les propose', sont des exemples réprouvés. Ce ne sont donc [tas des exemples de l'ancienne Eglise, dont aussi on ne nous l'ait voir aucune approbation.

Ainsi ceux qui nous les proposent, au lieu d'autoriser leurs attentats, en prononcent la condamnation, et montrent qu'il ne leur reste plus aucune ressource.

On s'imaginera peut-être que la Réforme, si souvent livrée au mauvais esprit qui la poussait à la révolte, n'aura qu'à la désavouer et tous ceux qui l'ont excitée. Mais non : car on a vu, par des pièces qui ne souffrent aucune ré-

. Fers., 1. i, c. 3. — J Evag., lib. v; Theoph. By:anc. ap. Phot.; Jaan. Biclar., m Chron.

1 Proc. Pers., I, 12, n, 16. — * Ib., i\, 15.— ' V* Avertis., 11 20. — « Soz. u, 8. — * Theoph. Chronog., an. 5817, p. 19.

plique, que ceux qui ont excité la révolte, et qui l'ont autorisée par leurs décrets, sont les ministres eux-mêmes, sans en excepter les réformateurs, et que le peuple réformé a été porté à prendre les armes contre son roi et sa patrie par les décrets des synodes les plus authentiques.

Telle a été l'accusation que j'ai intentée à la Réforme ; et il ne faut pas s'étonner si elle est tombée, en se défendant, dans de manifestes contradictions. Car voici la juste sentence du souverain Juge : ceux qui combattent la loi éternelle de la vérité sur laquelle est établi l'ordre du monde, par une suite inévitable de leur erreur, sont forcés à se contredire eux-mêmes ; et c'est ce qui a causé dans la réforme les variations infinies qu'on a vues dans cette matière. La loi de la vérité gravée dans les cœurs l'avait forcée à ne montrer au commencement que douceur et que soumission envers les puissances. Aussitôt qu'elle s'est sentie de la force, elle a mis en évidence ce qu'elle portait dans le sein ; elle a changé de langage comme de conduite : et le même esprit de vertige et de variation qui a paru dans tout le parti, s'est fait sentir en particulier dans les auteurs qui ont écrit pour sa défense.

Nous avons vu dans YHistoire des Variations » , que la Réforme si souvent vaincue et tellement désarmée, que la révolte était impossible , s'est tournée à faire voir , si elle pouvait, que ces guerres qu'on lui reprochait étaient guerres de politique , où la religion n'avait aucune part ; et c'est à quoi les meilleures plumes du parti , les Ravie , les Rurnet, les Jurieu même ont consumé leur esprit ; mais on ne veut plus maintenant s'en tenir là : on veut que la Réforme arme de nouveau, si elle peut ; et le même Jurieu, qui a condamné les guerres civiles comme contraires à l'esprit du christianisme, sonne maintenant le toscin, et n'oublie rien pour montrer que ces guerres sont légitimes : il méprise l'ancienne Eglise ; il profane l'Ecriture en cent endroits , il dogmatise , il prophétise : tout lui est bon, pourvu qu'il vienne à son but de porter le flambeau de la rébellion dans sa patrie qu'il a renoncée.

Qu'on ne s'imagine pas que le ministre Rasnage soit moins agité de cet esprit de la secte, sous prétexte qu'il paraît plus modéré. Il a fait plus que le ministre Jurieu, puisqu'il n'a pas craint d'attribuer non-seulement des révoltes, mai» encore des parricides à l'ancienne Eglise, ce que l'autre n'avait osé. Il ne faut pas s'étonner, après cela, s'il excuse toutes les guerres

• Liv. x.

civiles et jusqu'à la conjuration d'Amboise * ; mais il ne peut pas demeurer ferme dans un sentiment si insoutenable : en même temps qu'il trouve justes tous ces attentats, il fait les derniers efforts pour en défendre la réforme et ses synodes, c'est-à-dire que toutes ces bonnes actions au fond lui paraissent dignes d'être désavouées ; et pendant que sa plume les justifie, sa conscience lui dicte au dedans que ce sont des crimes. C'est ce qui jette l'esprit de vertige et de contradiction dans sa défense, puisque les deux moyens qu'il y emploie se combattent l'un l'autre ; il soutient que toutes les guerres des prétendus réformés sont justes ; et en même temps il fait violence à toutes les histoires, pour nous faire accroire que la religion n'y a point de part. Mais quelle difficulté de lui donner part à ce qui est juste ? C'est ce qu'on ne comprend pas ; et cependant , sans nous contenter de cet avantage, nous montrerons dans le reste de ce discours non-seulement que ces deux moyens sont incompatibles, mais encore que chacun des deux est mauvais en soi. « Il est aisé, » dit M. Rasnage 2 , « de justifier notre premier attentat , malgré les démonstrations que M. de Meaux a produites ; car un prince du sang était l'auteur de l'entreprise d'Amboise , qui fut formée par tous les ennemis de la maison de Guise sans aucune distinction de religion. Je ne sais, » conclut-il ensuite, « si cela se doit appeler rébellion. » Mais d'abord, et sans encore entrer plus avant dans le fond, où trouve-t-il qu'un prince du sang, qui après tout est un sujet, puisse autoriser les ennemis du duc de Guise et du cardinal son frère, à attenter sur leurs personnes, et à les enlever dans le palais du roi et entre ses bras ? « Le roi faible et jeune, » dit-il, « ne gouvernait pas lui-même. » S'il est permis, sous ce pré texte, de faire des coups de main, quels Etats sont en sûreté dans la jeunesse des rois ? Le ministre , qui est né Français, et qui doit savoir les lois du royaume, n'ose nier que François II n'y fût reconnu majeur selon ces lois. Etait-il donc permis d'usurper sur lui l'autorité souveraine, et de lui arracher l'épée que Dieu lui avait mise en main, pour la mettre entre les mains d'un prince du sang, qui n'était que plus obligé par sa naissance à respecter l'autorité royale ? M. Rasnage cite par deux fois Castelnau, qui fut employé, dit-il 3 , pour savoir le secret de la conjuration, et qui assure qu'on avait dessein de procéder contre ceux de Guise par toutes les formes de la justice. Mais il supprime ce que dit le même auteur, « que les protestants

1 Tobq.i, liv. il, ch. 6, p. 512, 513. — ' Pag. 112. — 3 Pag. 513, 514»

PREMIER DISCOURS. H

conclurent qu'il fallait se défaire du cardinal desseins, M. Basnage, et osa dire qu'il n'\ a pas de Lorraine ci du duc de Gnise par forme de là de rébellion. Vnn*-v(iyt*g ^m termes précis le conjustice, s'il était possible, pour n'être estimés traire dans votre auteur: il prend soin devons meurtriers i. » Cest dire asses clairement que expliquer la disposition du peuple ignorant qui le nom de la justice «lait le prétexte, et qu'à ne connaissait ni le pouvoir ni les desseins des quelque prix que ce fût, on les foulait faire protestants ;cequileur donnait espérance de poupérir; mais puisqu'on allègue cet auteur , digne voir engager le peuple dans leurs attentats sous en effet de toute croyance par son désintéresse- d'antres prétextes; mais au fond le dessein était ment et son grand sens, écoutes, mes Frères, de rendre leur religion maîtresse en France, en comme il parle de vos ancêtres : écoutes tous- opprimant, comme vus voyez, le parti du roi, même. M. Basnage, qui en laites un de vos carc'esl ainsi que le nommecoi historien. Il pourtémoins, comme il explique les causes de la suit: «Aussi ne s'assemblaient-ils pas seulement conjuration d'Amboise*: Les protestants de (les protestants] pourrexercice de leur religion, France se mettant devant les yeux L'exemple de mais aussi pour les affaires d'Etat, et pour esleurs voisins, c'esl à savoir des royaumes d'An- sayer tous les moyens de se défendre et assaillir, gletene , de Danemark, d'Ecosse, de Suède, de de fournir argent à leurs gens de guerre, et taire Bohême, etc., où les protestants tiennent la des entreprises sur les villes et forteresses pour souveraineté, et ont été la Messe, à l'imitation avoir quelques retraites. Après cela vous ne des protestants de l'empire, se voulaient rendre voulei pas qu'on ait tenu, ni qu'on tienne encore les pins torts, pour avoir pleine liberté de leur leurs assemblées pour suspectes, pendant que religion; comme aussi espéraient-ils al prati- sous prétexte de religion ils font des menées saquaient leur secours et appui de ce côté là, di- crêtes contre l'Etat, < Iseï dire que tnui cela n'est saut que lacauseétail commune et inséparable. » pas véritable, et qu'il ne fut pas résolu dans l'as- Ainsi les protestants de France pratiquaient dès semblée de Nantes de lever de l'argent et des lois le secours de ceux d'Allemagne •, sous troupes, et d'allumer la guerre civile par tout le prétexte que la cause était commune. C'est ce royaume: dites que tout cela ne se fit pas à Tinsqui avait déjà éclaté en diverses occasions, et tigation de la Renaudie en suite des résolutions depuis peu très-clairement, lorsque les princes de cette assemblée : dites encore que la Renaude la Confession d'Augsbourg, sollicités par les die, huguenot lui-même, ne fut pas établi par huguenots à se mêler du gouvernement de ce les huguenots et par leur chef pour être le conducroyaume, le* obligèrent à demander qu'on donnât lourde la conjuration d'Amboise, qui éclata quelau roi François II un légitime conseil. Étrange quesmois après. Par quelle autorité et par quel hardiesse pour des sujets, de vouloir qu'on gou- droit faisait-on toutes ces menées? La loi éternelle vernat le royaume an gré îles étrangers ! Mais ce *'1 l'ordre public les souffrent-ils dans les Etals? n'était là qu'un commencement, et ce qui parut .Mais écoute/ comme conclut Castelnau : Après dans la suite, où les armes des étrangers muent donc avoir levé nombre de leurs adhérents par ouvertement appelées, ut Pieu voir ce que la toute ZaFraruœ(c'esttoujourslesprotestantsdont réforme méditait dès lors. Voilà donc, selon Cas- il parle )etCOnnu leurs forces et leurs enrôlements: telnau, quel fut le dessein des protestants lors- voilà, ce me semble, assez clairement prendre qu'ils ourdirent ce noir attentat de la conspiration l'épée, contre le précepte de saint Paul, qui la d'Amboise. Ils voulaient se rendit1 les maîtres, met uniquement en la main du prince, ou qui et pratiquaient déjà secrètement pour cela le se- assure plutôt que c'est Dieu qui l'y a mise : mais cours des étrangers. Par quelle autorité, et de continuons: ils conclurent qu'il fallait se défendre quel droit? Mais continuons la lecture de Caslel- du cardinal de Lorraine et du duc de Guise, et nau : « Les chefs du parti du roi , » poursuit cet par forme de justice, s'il était possible, pour n'être auteur, «n'étaient pas ignorants des guerres pas estimés meurtriers. Voilà la belle justice des avenues pour le fait de la religion es lieux sus- protestants, selon cet auteur tant cité par M. dits ; mais les peuples ignorants pour la plupart Basnage: mais voilà, ce qui est pis, le fond du n'en savaient rien, et beaucoup ne pouvaient dessein; et sous le prétexte de punir les princes croire qu'il y en eût une telle multitudeen France, de Guise, c'était au parti du roi et à sa souveraicomme depuis elle se découvrit, ni que les pro- neté qu'on en voulait, puisqu'on levait malgré testants osassent ou pussent taire tète au roi, et loi des troupes et de l'argent dans tout le royaumettre sus une année, et avoir secours d'Aile- me, pour occuper ses places et ses provinces, magne comme ils eurent. » Remaquez tous ces M. Basnage croit tout sauver en dissimulant le

• CasL, l. ,. c. 1, àdit, de Lab. p. 15. - ■ Ma. - > Thu., «ni, f°lld dl1 deSSeil1 et eU dlsailt * <lU'il S'V aSiSSait

t. h p- 6â7. seulement de savoir si les lois divines et humai-

nés permettaient d'arrêter un ministre d'Etat, du tout contre le devoir d'un bon sujet, princi-

avant que d'avoir fait son procès: défaut de for- paiement d'un Français obéissant et fidèle à son

malité, » continue-t-il 1, « qui se trouvait dans prince, de lui présenter une requête à main ar-

l'entreprise d'Amboise, auquel on tacha de sup- mée i. » Mais enfin le fait est constant, non-seu-

pléer par informations secrètes. » Mais s'il ne lement par Castelnau, mais encore unanimement

veut pas écouter la loi éternelle, qui lui dira dans parmi les auteurs , sans en excepter les protes-

le fond du cœur, que ces informations secrètes tants; et cependant ce n'est pas là une rébellion,

faites sans autorité, par les ennemis de ces prin- ni une entreprise de la réforme, si nous en

ces, étaient de manifestes attentats; qu'il écoute croyons M. Basnage.

du moins son auteur, qui lui déclare que Mais, dira-t-il, dans cette requête, on deman-

telles informations et procédures, si aucunes y en dait aussi le soulagement du peuple. Il n'y a donc

avaient, étaient folies de gens passionnés contre qu'à le demander à main armée, pour être in-

tout droit et raison 2. nocent, et la réforme sera lavée d'une rébellion

Telles sont les défenses de M. Basnage , et cel- si ouverte , à cause qu'à la manière des autres

les de tout le parti, car il n'y en a point d'autres; rebelles ceux-ci l'auront revêtue d'un prétexte

et ce ministre en explique le mieux qu'il peut les du bien public ? Mais qui ne voit au contraire que

raisons. Mais si ces raisons sont bonnes, il ne les plus noirs attentats deviendraient légitimes

faut point parler du gouvernement , ni de puis- par ce moyen , et que le comble de l'iniquité

sance publique; et il n'y aura, pout tout oser, c'est de donner un beau nom au crime?

qu'à donner un prétexte au crime. Mais , dit-on, il y entra quelques Catholiques.

Mais en tout cas , nous dit-il 3 , ce n'est pas un Quoi donc ! quelques mauvais Catholiques entraîcrhne de la Réforme, puisque « l'entreprise fut nés dans un parti de protestants le feront chanforméepar tous les ennemis de la maison de ger d'esprit, de dessein et de nom même? On Guise, sans aucune distinction de religion. » Son oubliera que le chef du parti était un prince huauteur le dément encore ; et si ce n'est pas assez guenot ; que la Renaudie , huguenot , en était de ce qu'on en a rapporté, pour montrer que l'âme; que le nùnistre Chandieu était son assoles protestants étaient les auteurs de l'entreprise, cié ; que ceux à qui on se fiait étaient de même le même historien raconte encore * , « qu'il fut secte; que les huguenots composaient le gros du envoyé par Sa Majesté, pour apprendre qu'elle parti; que l'action devait commencer par une était la délibération des conjurés , et qu'il fut vé- requête pour la liberté de conscience 2 ; qu'après riflé qu'une assemblée de plusieurs ministres, la conjuration découverte, l'amiral , interrogé surveillants , gentilshommes et autres protestants par la reine sur ce qu'il y avait à fane pour en de toute qualité , s'était faite en la ville de Nan- prévenir les suites , ne lui proposa que la liberté tes. » On voit donc plus clair que le jour, que de conscience 3? On oubliera tout cela, et on c'est l'entreprise et l'assemblée des protestants, aura tant de complaisance pour les protestants , Il continue : La Renaudie , protestant lui-même, qu'on croira la conjuration entreprise pour toute par dépit et par vengeance, comme on a vu 5, autre fin.

« communiqua le secret à des Avenelles, qui Mais l'affaire fut découverte par deux protes-

trouva cet expédient fort bon ,- aussi était-il pro- tants qui se repentirent d'y être entrés *. Il y eut

testant. » C'est donc, encore une fois , l'affaire deux hommes fidèles dans tout un parti. Donc il

de la secte. Dans la suite de l'entreprise, Castel- est absous. Qui fit jamais un raisonnement si

nau parle toujours du rendez-vous des protestants, pitoyable ?

et de la requête que les conjurés devaient pré- Û ne sert de rien de nous dire encore que les senter au roi , pour « être assuré par le moyen conjurés avaient protesté de ne point attenter suide cette requête, qui se devait présenter pour la ™ du roi, ni des personnes royales s. Car la liberté de leurs consciences, de quelque aussi aurait-on pu espérer de trouver autant qu'il soulagement au reste de la France e. » C'était faHait de conjurés, en leur déclarant un dessein donc, pour la dernière fois, une requête des si exécrable? Mais enfin, sans attenter sur la vie protestants; mais il ne faut pas oublier que dur01> n'était-ce pas un crime assez noir que celle requête se devait présenter à main année , d'entrer dans son palais à main armée , soulever et par des gens soutenus d'un secours de cavale- toutes ses provinces , le mettre en tutelle , se renne , dispersée aux environs ? : ce que le même dre maître de sa personne sacrée et de celle des Castelnau trouve avec raison « fort étrange, et deux reines, sa mère et sa femme, jusqu'à ce

qu'on eût fait tout ce qu'on voulait ? M. Basnage

1 Thit., xxm,t. x, p. 514. — J Casleln., ch. 7, pag. 16. — > Ibid.,

p. 512. — « Ibid., p. 8. — '' Var., 1. x.— « Ch. 8, 9— ' Th., xxm, 'Liv. n. — ' Th., xxv, 675. — • Thuan., 676; Casl., 1. il, p. 24;

t. \t 675. Bez., m, 264. — * Basn-, ibid. — 6 Ibid.

IMŒMIKIi DISCOURS.

dissimule toutes ces choses, parce qu'elles ne souffrent point de répartie, et croit la réforme Mseï Innocente, pourvu qu'elle soit exempte d'avoir attenté sur la Nie dujroi. Mais qui m pondait aux complices de ce qui pouvait arriver dans un si grand tumulte . el de toutes les noires pensées qui auraient pu entrer dans l'esprit d'un prince devenu maître de son roi et de tout l'Etat! Comment peut-on justifier de tels attentats/ et n'est-ce pas se rendre sourdà la vérité éternelle, qui établit l'ordre des empires el consacre la majesté des souverains?

(iVst se moquer ouvertement après cela que de dire qu'on voulait tout faire contre les princes de Guise, et dans tout le reste par Y ordre de la

justice et par les Etats généraux '. .Mais si le roi ne voulait par les convoquer) si les états plus re ligiem que les protestants refusaient de s'assembler BU nom du prince de Condé . qui ne pouvait les convoquer qu'en se taisant roi , qu'aurait-on

(ait? les Conjurés auraient ils posé les aunes et rends non-seulement le roi el les reines , niais encore les princes de (mise en liberté! <»n insulte à la loi publique lorsqu'on s'imagine pouvoir persuader an monde de tels contes. AUSSI l'histoire dit-elle nettement que . sans hésiter, on aurait massacré le duc de (mise el son frère le cardinal , s'ils ne promettaient de se retirer de la cour et des affaires ". On sait le nom de celui qui s'était chargé de tuer le duc -1 . et après nu si beau coi mue nce ment , qui peut répondre de tous les excès où se sérail emporte un peuple appâté de sang! Telle fut la résolution que lit prendre La Kenaudie dans l'assemblée de Nantes, après avoir invoqué le nom de Dieu. CarBèze sait bien remarquer que c'est parla qu'il commença \. Après cela tout est permis, et pourvu qu'on

donne à l'assemblée un air de réforme, on peut destiner des assassins à "qui l'on veut , fouler aux pieds toutes les lois, louer le roi dans son palais, et mettre en feu tout le royaume.

Oue si à la (in on esl force d'avouer que cette conjuration est un crime abominable, il Tant avouer encore avec la même sincérité que c'est un crime de la réforme, un crime entrepris par dogme, par expresse délibération de jurisconsultes if de théologiens protestants, comme l'assure M. de Thou en ternies formels 5 ; un crime approuvé des ministres eten particulier de Bèze, qui en fait l'éloge dans son Histoire eeclésiastiqueG. Les passages en sont rapportés dans le livre des Variations1: le prince de Condé, selon Bèze8, est un héros chrétien pouravoir en celleoccasion

1 Basn., 514, 515. — : Tkuan., 075. — 3 Bronl., Vie de Gui<e ; Le Labour., Addit. a Cash '«-, t. i, I- I. p. 398. — ' Liv. ni, 262.— 1 Thuan., 070.— « Ihsl. ecclcs., ni, p. 251. — ' Liv. x. — 8 Liv.Ul.

postposé toutes choses AU DEVOIR qu'il acuit à su patrie, a su majesté et à sonsan sont] ; la province

de Saintonge est louée d'avoir fait sq,x devoib connue les autres : amibien qu'uni: si JUSTE entreprise, par la DÉLOTA1 n: de quelques hommes, ne succédât comme on le désirait. Ainsi ces réformateurs renversent tout ; ils appellent justice une affreuse conspiration . el déloyauté le remords de ceux qui se repentent d'un crime; ils sanctifient

les attentats les plus noirs , et ils en font un devoir, tant pour les prince- du sang que pour les autres sujets.

y\. Basnage i vu cet endroit de Bèze dans ['Histoire des Variations, et il l'ait semblant de ne le pas voir. C'est sa perpétuelle coutume : ce ministre croit tout sauver en dissimulant ce qui m- souffre point de répartie ; en récompense, il soutien! que, parmi les consultants qui au loris, renl la conjuration . il \ avait dt's jurisconsultes

papistes; du moins il n'ose avancer qu'il] eût des théologiens de notre religion , ni démentir

M. de ThOU qui n'j admet que îles protestants.

Mais si le ministre \eut mettre des nôtres parmi lesjurisconsultes, qu'il les nomme; qu'il nomme

un seul auteur catholique qui ail approuvé celle

entreprise , comme nous lui nommons Bèze qui

en l'ait l'éloge. .Mais pourquoi lui nommer ce réformateur el les autres de même temps! Je nomme à M. Basnage M. Basnage lui-même, et

je lui demain]* i I Dieu quel intérêt prendre à excuser, comme il l'ait , une si noire entreprise . si la reforme , comme il le prétend, n'\ a point de pai 1 1

Enfin . pour dernière excuse, on nous dit (pie plusieurs des chefs du parti iniprouvère ut ce dessein. M. Bayle nomme l'amiral , à qui on n'osa jamais le confier, et s'il l'eût su , dit Brantôme , il aurait bien rabraré les conjurateurs et révélé le tout '. Calvin même, qui sut l'entreprise, dit M. Basnage ". déclara une el deux fois qu'il en avait de l'horreur, el il le prouve par ses lettres (pie j'ai aussi ail. dans [Histoire des Varia-

tions :! ; mais si Calvin et l'amiral ont , en effet , et de bonne foi , déleste un crime si noir, comment ose-t-on aujourd'hui le justifier ! Qui ne voit ici qu'on se moque , et qu'il n'y a dans les réponses des ministres ni sincérité ni bonne foi? Calvin, je l'avoue, improuva beaucoup l'entreprise , après qu'elle eut manqué, et s'en disculpa aidant qu'il put; mais si Bèze avait remarqué dans le tond et dès l'origine qu'elle lui eût paru criminelle plutôt que mal concertée, en aurait-il entrepris si hautement la défense? Y avait-il si peu de concert entre ces deux chefs de la réforme sur la règle des mœurs et sur le devoir des su-

1 Var., liv. X. — 5 Pag. 51G. — > Liv. x.

jets ? Bèze aurait-il proposé comme une chose ardent et le plus cruel de tous les chefs de laRéappi'ouvée par les plus doctes théologiens ce que forme. Dans cette lettre, il ne blâme que les vio- Calvin aurait détesté jusqu'à en avoir de l'hor- lences, la déprédation des reliquaires, et les reur ? Calvin tenait-il un si petit rang parmi les autres choses de cette nature failes sans l'autorité théologiens de la réforme ? M. Basnage, selon sa publique. Mais il se garde bien de lui dire que le coutume , dissimule tout cela, et se contente de titre même du commandement qu'il usurpait dire que M. de Meaux fait éclater son 'injustice était destitué de cette autorité : par conséquent, contre Calvin d'une manière trop sensible *, Pour- que la guerre entreprise de cette sorte , étaitnonquoi ? Parce que je dis que ce prétendu réforma- seulement dans ses excès , mais encore dans son teur, à prendre droit par lui-même , agit trop fond, une révolte, un attentat, et, en un mot, mollement en cette occasion , et qu'il devait dé- un brigandage plutôt qu'une guerre légitime, noncer le crime 2. Mais l'amiral lui en donnait Au lieu de lui reprocher son impiété à tourner l'exemple, puisqu'on vient de voir qu'il était en ses armes infidèles contre sa patrie et contre son disposition de tout révéler s'ill'eûtsu, il ne fallait prince, il se contente de lui dire comme saint pas qu'un réformateur sût moins son devoir qu'un Jean faisait aux soldats légitimement enrôlés sous courtisan. M. Basnage devait répondre à cette les étendards publics: Ne faites point de violence, raison , avant que de m'accuser d'une injustice et contentez-vous de votre paye *. Les catholiques si sensible envers Calvin. Mais il ne pénètre rien, et les protestants concluent d'un commun accord et ne fait que supprimer les difficultés. Cepen- de cette décision de saint Jean, avec saint Audant , comme s'il avait satisfait à celle-ci , qui est gustin et .les autres Pères , que la guerre sous un si pressante et si clairement exposée dans YHis- légitime souverain est permise; puisque saint toire des Variations , il demande avec un ton de Jean n'en reprenant que les excès il s'en suit qu'il confiance: Que pouvait faire Calvin qu'il n'ait en approuve le fond. Mais par la même raison , fait ? Ce qu'il pouvait ! Rompre absolument l'en- on démontre manifestement à Calvin qu'il autotreprise , en la faisant déclarer au roi ou à la risait la guerre civile. M. Basnage répond prejustice. L'ordre des empires le veut, la loi éter- mièrement, qu'on ne dit pas toujours tout dans nelle l'ordonne ; si Calvin en ignorait les règles une lettre 2 et que Calvin avait assez expliqué sévères, pourquoi prenait-il le titre de Réforma- ailleurs 3, qu'il fallait obéir aux rois lors même teur ? Il était Français , et faisait semblant de qu'ils étaient méchants et indignes de porter le conserver dans Genève les sentiments d'un bon sceptre. Le ministre voudrait nous donner le citoyen et d'un bon sujet 3. Quand donc il l'en change. La question n'était pas s'il fallait obéir faudrait croire, et se persuader sur sa parole aux mauvais rois. La Réforme ne prenait pas qu'il a fait véritablement tout ce qu'il raconte pour prétexte de sa révolte leur injustice en géaprès que le coup a failli , toujours de son aveu néral , mais en particulier la seule persécution : propre il demeurera impliqué dans le crime , c'était donc contre cette erreur que Calvin la depuisqu'il l'a su sans le révéler. Lorsqu'on sait un vait munir pour lui ôter les armes des mains, et complot d'assassinat , on n'en est pas quitte pour il fallait lui montrer qu'à l'exemple de l'ancienne l'improuver : il faut avertir celui qui est en péril ; Eglise , on doit obéir même aux princes perséet en matière d'Etat il faut du moins faire enten- cuteurs. C'est ce que devait faire un réformateur : dre au coupable que, s'il ne se désiste d'un si mais c'est de quoi Calvin ne dit pas un mot dans noir dessein contre son roi et sa patrie , on en le passage allégué par notre ministre ; et avertira le magistrat; autrement on y participe, s'il eût eu ce sentiment dans le cœur, il le Et voilà le chef de la Réforme , quoi qu'en dise fallait expliquer en écrivant à un chef de la ré- If. Basnage, complice manifestement, selon la volte; car c'est le cas d'appliquer les grandes loi éternelle , du crime des conjurés. maximes au fait particulier, et d'instruire à fond Il l'a été beaucoup davantage des guerres ci- de ses devoirs celui qu'on entreprend d'enseiviles. Que diriez-vous d'un docteur, si, écrivant gner.

à un chef de rebelles ou de voleurs, qui se glo- Mais M. Basnage répond en second lieu4, « que ritierait d'être son disciple, au lieu de lui faire c'était assez entreprendre contre le baron des sentir l'horreur de son crime, il lui prescrivait Adrets, que de vouloir d'abord réprimer safuseulement comme à un homme autorisé par le reur ; on n'obtient rien, » poursuit-il « quand on public, les lois d'une milice légitime? C'est pré- demande beaucoup. » Je vous entends, M. Basci- ment ce qu'a fait Calvin. J'ai rapporté une nage; en effet, c'est trop demandera la Réforme lettre qu'il écrit au baron des Adrets 4, le plus que de. lui prescrire de poser les armes qu'elle a

•. Batn., p. 616. — 9 Var., ibid. — » V» AverlU., n. 64. ' Luc, m, 14. — 2 Liv. m. — 3 Insl., IV, c. 20, art. 25. —

« Var., 1. x. » Liv. ni.

PREMIER DISCOURS

prises contre sa patrie. Mais si Calvin n'eût riea que pour un édit que les parlements de Franco obtenu, si ses disciples avaient persisté, contre elles Etats avaient vérifié C » La troisième, qui ion avis* dans une guerre criminelle, la proies- parait la plus Traisemhlable, c'est que le prince, tation qu'il eût l'aile contre leur infidélité eût sous la conduite duquel la Réforme se réunit, servi de témoignage à sou innocence. le crois ici agissairpar les ordres de la reine régente : c'était que M. Basnage se moque en son cœur de noire donc lui qui était muni de l'autorité publique, et simplicité de demander à Calvin de semblables il ne regardait le duc de Guise, qui était le chef déclarations. Ce n'est pas le style des ministres; du parti contraire, que comme an particulier nous trouvons bien dans Bèse les protestations contre lequel on avait droit de s'élever, comme qu'ils firent contre la paix d'Orléans : Afin que contre un ennemi de l'Etat2. Au reste, Al. Basle postérité fut avertit- comme Us s'étaient portés nage déclare d'abord « qu'il ne prétend pastraidans cette affaire1. .Mai-, des protestations contre 1er celle matière épuisée par d'autres ailleurs, et la guerre civile, on n'en trouve point dans leur qu'il touchera seulement les réflexions que M. de histoire : ce n'était point là leur esprit ni celui Heaux a (sites. ■ Mais c'est justement ce qu'il onde la Réforme. blie. Suc le prétendu massacre de Yassi ma prin-

M. Basnage ose soutenir cette protestation des dpale remarque a été que ce n'était pas une

ministres, mais la raison qu'il en rend e.sl adini- entreprise préméditée, ce que j'établis en un mot3, rable. « Ces ministres, » dit-il*, « avaient raison mais d'une manière invincible, par le consentede s'opposer à ce traité, puisque le prince voulait meni unanime des historiens non suspects. Ma les sacriiier à sa grandeur. ■ .'sans douie il valait preuve est m convaincante «pie II. Burnel s'j est bien mieux que les ministres le sacrifiassent à rendu. Je lui avais lait le reproche d'avoir prit le leurs intérêts avec toute la noblesse et le peuple détordre de Vaut pour unêentrepritepréméditée \ qui le suivait, el que toute la France fût en sang, et voici connue il j répond : « Il m'accuse K. de plutôt que de blesser la délicatesse de ces doc- Aleaux) de m'elre mépris SUT le but du inassaleuis qui voulaient être les maîtres de loul. cre de Vassi. Mais il n'y a rien dans l'anglais L'aveu au moins est sincère; «mais, > poursuit qui marque quejaié cru que ce lui un dessein H. Basnage, « leurs demandes étaient justes dans formé, et je ne mis responsable que de Taule fond, puisqu'ils souhaitaient seulement qu'on glaise » Je n'en sais rien, puisqu'il a donné à la observât un edil qu'on leur avait donné; il ne version française une approbation si aullientis'auissait pas de décider si la guérit' était juste ou que. Quoi qu'il en SOtt, je le prends au mol et je

non. » Quelle erreur de prêcher la guerre sans le loue de désavouer de bonne loi ce qu'il dit avoir auparavant décidé qu'elle était juste ! que son traducteur avait ajouté du sien. If. Bas- M. Basnage se moquc-t-il, d'allégucrde telles rai- nage n'a qu'à l'imiter : puisqu'il le comble de sons? Mais les ministres ne songeaient, continue- tant de louanges, en lui dédiant sa réponse il ne t-il, qu'à pourvoir à la sûreté de leurs troupeaux, doit pas avoir honte de suivre son exemple. Qu'il Nous avons fait voir ailleurs 'que le prince y avait avoue donc de bonne foi que ce qu'on appelle pourvu, et (pie toute la question n'était que du le massacre de Vassi ne lut qu'une rencontre loiplus au moins: mais, en quelque façon qu'on le tuile, et que c'est un l'ail avéré par l'histoire de prenne, c'était donc un point résolu par le sen- M. de Tbou, et par celle de la l'opelinière, aulinienl des ministres, que la guerre était légitime, teurs non suspects; qu'il ajoute sur la foi des

puisqu'il quel prix que ce fût, el aux dépens du même- auteurs que le due de Cuise lit œ qu'il sang de tous les Français, ils voulaient qu'on la put pour empêcher le désordre, et qu'ainsi c'était continuai. à la Réforme une manifeste injustice d'exiger Voyons maintenant les raisons par lesquelles par tant de clameurs, ensuite par une guerre notre auteur ose soutenir que cette guerre était déclarée, que, sans connaissance de cause et sur juste. Il les réduit à trois principales: la pre- la seule accusation de ses ennemis, on le punit mière, « qu'il s'agissait de la punition du massa- d'un crime dont il était innocent. Mais après tout, cre de Vassi commis par le duc de Cuise, laquelle quand le duc de Cuise serait aussi criminel que la reine avec son conseil avait solennellement les protestants le publiaient, le faible du raisonpromise, malgré les oppositions du roi de Na- nement de AI. Basnage n'en est pas moins clair, varie et du cardinal de Ferrare; et qu'ainsi les puisque, même en lui accordant tout ce qu'il protestants avaient droit de la demander et de se demande, on voit qu'il ne conclut rien, et qu'enplaindre si on ne la faisait pas4. » La seconde fin tout ce qu'il conclut, c'est que la reine avec raison de M. Basnage, « c'est qu'on ne s'unissait son conseil ayant promis la punition de ce pré-

1 Jhsl., t. ii, 1. vi, 282; Yar., 1. x. — - Lib. m.— ' Var., liv. x. ' Pag. 519. — * Ibxd., 517, 518. — 3 Var., I. X. — * JOid. —

— * Pag. 013. » Critiq. de VUisl. des Var., n. 11, p. 33.

tendu massacre, les protestants avaient droit de mières guerres commencées durant la régence demander et de se plaindre si on ne la faisait, de Catherine deMédicis. Car ce n'est qu'en cette Mais qu'ils eussent droit de la demander par la occasion qu'on peut alléguer de tels ordres, et il force ouverte et par ime guerre déclarée ou n'y en a pas même le moindre vestige dans les de se plaindre les armes à la main, c'est pré- guerres qui ont suivi , depuis Charles IX jusqu'à cisément de quoi il s'agit ; c'est ce qu'il fallait Louis XIII de triomphante mémoire. Quelle miétablir pour justifier la Réforme. Mais M. Bas- sérable défaite, qui, dans la vaste étendue qu'ont nage lui-même ne l'a osé dire; il a senti la loi occupée ces guerres civiles, ne trouve à justifier éternelle qui lui criait dans sa conscience, qu'on qu'une seule année, puisque la première guerre renverse l'ordre du monde lorsque des sujets ne dura pas davantage ? Mais après tout , que entreprennent de se faire justice à eux-mêmes peut-on conclure de ces lettres de la reine ? J'y contre les plus criminels, et à plus forte raison ai donné deux réponses1, la première entièrecontre un innocent. ment décisive : « Que la reine, qui appelait en La même raison détruit encore le vain pré- secret le prince de Condé au secours du roi son texte tiré des édits. Car sans se tourmenter vai- fils, n'en avait pas le pouvoir ; puisqu'on est nement l'esprit par la discussion des faits, dans d'accord que la régence lui avait été déférée, à une occasion où l'on s'accusait mutuellement condition de ne rien faire de conséquence que d'avoir manqué à la foi donnée, la règle inva- dans le conseil avec la participation et de l'avis riable de la vérité décide que les sujets doivent d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre , comme conserver les édits qu'on leur accorde, par les premier prince du sang et lieutenant-général du mêmes voies dont ils ont dû se servir pour les roi dans toutes ses provinces et dans toutes ses mériter, c'est-à-dire par d'humbles supplications armées durant sa minorité. » C'est ce que poret de fidèles services. Ainsi, de quelque contra- tait l'acte de tutelle arrêté dans les états génévenlion qu'on ait à se plaindre, cette règle de la raux ; le fait est constant par l'histoire*. Cette vérité et de l'ordre public revient toujours, qu'on réponse ferme la bouche aux protestants ; aussi ne se doit pas fane justice à soi-même ; que les M- Basnage, qui avait promis de répondre à mes sujets n'ont point de force contre la puissance réflexions , demeure muet à celle-ci, comme il publique, et que le glaive n'est donné qu'aux fait dans tout son ouvrage à celles qui sont les souverains. Nos ancêtres les martyrs n'ont pas Plus décisives : on appelle cela répondre à l'Hisfait la guerre à Sévère et à Valérien, pour rappeler toire des Variations, comme si répondre était en usage les favorables édits d'Adrien et de Marc- feire un livre, et lui donner un vain titre. Aurèle ; ni à Julien l'Apostat, en faveur de ceux Le ministre, qui passe sous silence un endroit de Galère et de Maximin, de Constantin et de si essentiel de ma réponse, en touche un autre, Constance. Le bel ordre dans un Etat, si toutes mais Pour ie corrompre. M. de Meaux soutient les plaintes de contravention aux libertés et aux aue le duc (le Guise ne faisait rien que par l'ordre droits de chaque corps, se tournaient en guerre du roiz- n m'impose : il n'était pas même quescivile ! Mais quel prodige d'égarement de s'ima- lion des ordres du roi, qui était mineur, et qui giner qu'en donnant des privilèges, le prince avait à peine douze ans : je parle du roi de Nadonne le droit d'armer contre lui, partage son varre, et je dis, ce qui est certain, que le duc de autorité, et se dégrade lui-même; ou que les Guise ne fit rien que par les ordres du roi1*, comme grâces qu'il accordera en faveur d'une religion il devait. Le ministre, qui n'a rien à dire à une contraire à la sienne, soient plus inviolables et réponse si précise, change mes paroles : est-ce plus sacrées que les autres ! Que si l'on nie que la répondre, ou se moquer et insulter à la foi puces édits fussent des grâces, c'était donc de deux blique ? Il poursuit : « Maimbourg ne chicane choses l'une, ou un effet de la violence faite au point, et il avoue que la reine écrivit coup sur souverain, ce qui est un attentat manifeste, ou coup quatre lettres extrêmement fortes, où elle un droit également acquis, et une j ustice due à conjure le prince de Condé de conserver la mère, toutes les sectes; ce qui est une prétention trop les enfants et le royaume, en dépit de ceux qui nouvelle, encore même parmi les protestants, voulaient tout perdre 5. » On dirait , à entendre pour faire une loi. le ministre, que je dissimule ces lettres, mais Il n'yadonc plus aucune ressource pour la Ré- j'en rapporte tous les termes qu'il a élevés, et je forme si souvent rebelle, que de dire qu'elle a reconnais que la reine les écrivit pour prier ce armé par l'autorité publique, et d'en revenir à prince de bien conserver la mère et les enfants, et ceb ordres secrets donnés par la reine au chef du tout Ie royaume contre ceux qui voulaient tout parti. Mais d'abord il est manifeste que cette ex-

mma ™'^.f K^«.™ ™ » „„„ i ' Var> liv.x.— » Thuan., t. i, 1. xxvi,719; odit. 1606.— 3 Bam.,

cu^e n est bonne, en tous cas, que pour les pre- m., 517. - * var., îiv. I - » *«»., p. m.

PBE.MIEK DISCOCBS.

perdre*. Est-ce chicaner sur ces lettres que de les Apporter de si bonne foi '! Mais j'ajoute ce que vous taises, M. Basnage, que la reine, qui écrivait en ces termes, et qui semblait vouloir se livrer avec le roi et ses entants bu chef d'un parti rebelle et aux huguenots, n'en avait pas If pouvoir ; répondes, si vous pouves; et si vous ne pouves pas. comme vous l'avoues assez par voire

silence, cessez de tromper le inonde par une vaine apparence de réponse.

J'avais t'ait une autre remarque qui n'était pas

moins décisive : que « ces sentiments de la reine

ne durèrent qu'un moment; qu'après qu'elle se

tut rassurée, elle rentra de bonne loi dans le .sentiment du roi de Navarre, et qu'elle fît ce qu'elle put par de continuelles négociations avec le

prince de Condé, pour le ramener à son devoir. ■

Tous ces faits que j'avais rapportés dans l'Histoire des Variations*, sont incontestables, ei on effet ne sont pas contestés par M. Basnage. J'ajoute encore, dans le même endroit, que la reine écrivit ces lettres « en secret par ses émissaires, de peur qu'en favorisant la nouvelle religion, elle

ne perdit l'amitié des grand8 et du peuple, et

qu'on ne lui ôtàt enfin la régence. » Ce sont les propres termes do M. de Thon; et voila ce qui fit prendre de meilleurs conseils à cette princesse . que son ambition avait jetée d'abord dans des conseils désespérés. M. Basnage n'a rien à répondre sinon que la reine changea, parce

qu'elle se Ht opprimée par les Cuises qu'il fallut flatter9. 11 dissimule que tout se faisait par les ordres du roi de Navarre, selon l'acte de tutelle autorise par les Etats; et qu'à la réserve du prince de Condé et de l'amiral, ce roi avait avec lui les autres princes du sang, les grands du royaume, le connétable et les principaux officiers de la couronne, la ville et le parlement de Paris, les parlements, les provinces, et en un mot toutes les forces de l'Etat M. Basnage oublie tout cela, et il appelle oppression les ordres publics : tout cela était les rebelles et les ennemis de l'Etat; et le prince de Condé fut le seul fidèle, à cause qu'il avait pour lui les huguenots seuls, et qu'il était à leur tète. Peut-on s'aveugler soi-même jusqu'à cet excès, sans être frappé de l'esprit d'étourdisseinent?

Si l'on se souvient maintenant de ce qu'entreprit peu de temps après, et dans les secondes guerres, ce parti fidèle et si obéissant à la reine , on sera bien plus étonné. Il appela l'étranger au sein du royaume, il livra le Ilàvre-de-Cràce, c'est-à-dire la clef du royaume aux anglais, anciens ennemis de l'Etat, et les consola de la perte de Calais et de Boulogne. Il n'y avait point

1 Var., ibid.— • Var., ibid., Thuan., t. il, lib. XXIX.— }Ibid., 518.

B. Tom. IV.

là de lettres de la régente , elle fut contrainte de prendre la fuite avec le roi devant ce parti fidèle :

on les attaqua dans le chemin au milieu de ce redoutais bataillon de Suisses ; il fallut fuir pendant la nuit, et achever le voyage avec les teneurs que l'on sait : cependant ceux qui poursuivaient le |t)i et la reine . sans garder aucune mesure, étaient les fidèles sujets; et ceux qui les gardaient étaient les rebelles.

M. Basnage, qui se tait à tous ces excès, croit excuser la Réforme en nous alléguant entouscas

d'autres rébellions; il n'a «pie de tels exemples pour se soutenir. Mais toutes les rébellions sont faibles à comparaison de celles de la Réforme;

les mis, pour ni' pas ici repeler le reste. s'\ sont

vus assiégés dans leurs palais, comme François II

.1 \ mlic use, 'l au milieu de leurs gardes, comme Chai les t\ dans la fuite de Meaux à Paris. Ocelle rébellion poussa jamais plus loin sonaudao '. Oultliera-t-on cette réponse de Mon brun à une lettre ou llemi lll lui parlait naturellement avec fautorité convenable à un roi envers son sujet? Une lui repondit ce fier réformé: « Quoil » dil-il ', « le roi m'écrit comme roi, et comme si je devais le reconnaître? Je veux bien qu'il sache que cela sciait bon en temps de paix, et «pie lors je le reconnaîtrais pour tel; mais en temps de guerre, qu'on a le bras armé et le cul sur la selle,

tout le monde est compagnon. » C'est l'esprit qui

régnait dans le parti ; et je ne linirais jamais, si

je commençais à raconter les paroles . et, ce qui est pis, les actions insolentes îles héros de la Réforme.

Si ce ne sont là des rébellions et des félonies manifestes, je n'en connais plus dans les histoires. Encore pour les autres révoltes on en rougit : mais pour celles-ci, on les soutient, on les loue, on les imite : il le faut bien, puisqu'elles ont été faites par religion, et autorisées par les synodes.

M. Basnage ose le nier, et nous avons déjà dit que par là il se réfute lui-même. Car si ces conjurations et ces guerres sont légitimes, pourquoi en rougir, et n'oser \ faire entrer les synodes? Mais c'est que l'iniquité se dément toujours ellcnième : ces révoltes couvrent de honte ceux qui les soutiennent : ce sont de bonnes actions , disent les ministres, mais que chacun serait plus aise de n'avoir point faites, et dont on voudrait du moins laver les synodes.

Le ministre le tente vainement, et il est encore plus faible et plus faux dans cet endroit de sa Réponse que dans tous les autres : on va le voir. La pièce la plus décisive contre la Bétonne est

1 Brant., Le Labbour., Addit. aux Mem. de Catleln., tom. II, p. 643.

un décret du synode national de Lyon en 1563 assez pour garder le bénéfice : ce qui l'excuse

des l'origine dos guerres. Nous en avons produit envers la Réforme, c'est qu'il a brûlé tous les

doux articles, que , malgré leur ennuyeuse Ion- titres, poui abolir la mémoire de l'intention des

gueur, je ne craindrai pas de remettre encore fondateurs, et toutes les marques delà papauté

sous l'es yeux du lecteur. Car il faut une fois dans son abbaye. Car, au reste, un homme de

confondre ces infidèles écrivains , qui osent main comme lui n'avait besoin que de la force

nier les laits les plus constants. J'ai donc pro- pour se maintenir dans la possession, et un abbé

duit doux articles de ce synode1 : le xxxvnr5 où de cette trempe, qui sait se porter fidèlement et

il est écrit «qu'un ministre de Limosin, qui, prendre les armes pour l'Evangile, n'a que faire

autrement s'était bien porté, a écrit à la reine- de titre. Voilà au moins le cas bien posé : la

more qu'il n'avait jamais consenti au port des ar- cause de la guerre bien expliquée, l'abbaye en

mes, jaeait qu'il j ait consenti et contribué : item, très-bonnes mains ; on reçoit l'abbé à la Cène,

qu'il promettait de plus prêcher, jusqu'à ce que et la guerre qu'il fait à son roi et à sa patrie lui

le roi le lui permettrait. Depuis, connaissant sa en ouvre les entrées. Il n'y a ici qu'à se taire,

faute, il on a fait confession publique devant tout comme fait M. Basnage.

le peuple ; et en jour de Cène, en la présence de Personne ne peut douter que l'article du tous les ministres du pays et de tous les fidèles : même synode sur le ministre limosin, ne soit on demande s'il peut rentrer dans sa charge ? de même esprit et de même sens ; mais parce On est d'avis que cela suffit : toutefois, il écrira qu'il y est parlé du déni que fait le ministre d'aà celui qui l'a fait tenter, pour lui faire connaî- voir consenti au port des armes, jaçait qu'il y tre sa pénitence : et le priera-t-on qu'on le fasse eût consenti et contribué , et de la promesse entendre à la reine, et là où il adviendrait qu'il fait de ne prêcher plus sans la permission que le scandale en arrivât à son Eglise : et sera du roi ; M. Basnage s'attache à ces derniers en la prudence du synode de Limosin de le chan- points : « Il sufit, » dit-il l, « de savoir lire pour ger de lieu. » voir que la censure tombe sur deux choses : la L'autre article du même synode, qui est le première que le ministre avait proféré un menxxvue, n'est pas moins exprès : « Un abbé venu, » songe public en écrivant à la reine qu'il n'avait dit-on, « à la connaissance de l'Evangile, a brûlé jamais consenti au port des armes, quoiqu'il y ses titres, et n'a permis, depuis six ans, qu'on eût consenti et contribué; et la seconde, parce ait chanté Messe en l'abbaye ; ainsi s'est toujours qu'il abandonnait son ministère. Il ne s'agissait porté fidèlement, et a porté les armes pour donc pas de la repentance de ce ministre, et maintenir l'Evangile; il doit être reçu à la encore moins d'une décision en faveur de la Cène, » conclut tout le synode national. guerre. » Quoi ! le ministre n'est pas loué de Voilà qui est clan , il n'y faut point de notes, s'être bien porté d'ailleurs, et d'avoir contribué ni de commentaires ; c'est le décret d'un synode comme les autres au port des armes? Ce n'est national qu'on a en forme authentique avec tous pas là tout l'air du décret, et cet homme n'est les autres; c'est l'acte d'un des synodes, où, selon pas continué dans le ministère, encore qu'il ait la discipline de nos réformés, se fait la suprême consenti et contribué h la guerre, en sorte que et finale résolution, tant au dogme qu'en la disci- tout le scandale qu'il a donné à l'Eglise, c'est d'apline; et il n'y a rien au-dessus dans la Réforme: voir eu honte de sa révolte, et d'avoir promis, tout y enseigne, tout y autorise, tout y respire sur ce fondement, de ne prêcher plus ? J'en apla guerre et la désobéissance. Que fera ici M. Bas- pelle à la conscience des sages lecteurs. Car e?ce que font les avocats des causes déplo- aussi, pourquoi le synode aurait-il refusé à ce ; ce que lui-même il fait partout dans sa ministre la louange de consentir à la guerre, onse , comme on a vu, et comme on verra puisqu'on a bien loué l'abbé de l'avoir faite luidans toute la suite. C'est de passer sous silence même? Et quand nous voudrions nous attacher ce qui ne souffre aucune réplique, et si on trouve à ce que M. Basnage reconnaît pour la seule un petit mot par où l'on puisse embrouiller la cause de la censure, si la guerre contre sa patrie matière, de s'y accrocher par une basse chicane, et contre son roi était réputée, dans le synode, L'article de l'abbé est d'une nature à ne point un fait honteux et reniable, comme on parle, souffrir de répartie; les circonstances du fait serait-ce un si grand scandale de le désavouer? sont trop bien marquées ; c'est un abbé hugue- Si contribuer à la révolte, en y animant les peunot qui garde si\ ans son abbaye, sans en acquit- pies, eût été réputé un attentat contre son roi et i licune charge, ni faire dire aucune partie de sa patrie, quelle honte y aurait-il eu d'abandonl'olfice; les revenus l'accommodaient, et c'est ner le ministère dont on aurait abusé ? N'eût-il

» Var., lib. x, V Avertit., n. 10. i Dasn. \. llf art. 6/ p. 510> et jWt

PREMIER DISCOURS

pas fallu se souvenir de flatte parole du Saintl prit : Dieu a dit au pécheur: Pourquoi annonees-tu ma justice, et portes-tu mon alliant ta bouche? lu as hai lu discipline, et tu us rejeté ma parole loin de U l, lu tes joint avec les voleurs1; ou ce qui n'est pas moins impie: Tu as tnenté le nombre des rebelles, et tu asallui

dan la patrie, le llamheaii de la guerre civile:

ta bouche u abondé en niulice, et tu langue a été adroite a forger des fraudes, pour e r dam la révolte ceux qui écoutaient tes discours. Quoi de plus juste en cet (Mat que d'abdiquer le ministère dont on aurait abusé contre son prince, cl du moins de ne le reprendre qu'avec sa permission? Mais ce qui ferait l'édification d'une traie Eglise, lait un scandale dans la Réforme; il faut que toutes les i gij es du parti, il but que la reine même sache qu'on se repenl d'avoir

eu la guerre civile en horreur; el il ne reste que ce moyen-là d'être maintenu dans le ministère. Voilà connue M. Basnage sauve son Eglise et le synode national de Lyon. M. Jurieu est plus

sincère : il a tâché comme les autres de dégui r autant qu'il a pu le fait des guerres civiles ; lorsqu'il a vn qu'on savait le décret dn svnode national, il a reconnu la vérité: mais aussi en même temps il a repris son audace, qu'il n'avait quittée que pour un moment '': Et, dit-il, M. de M eu u.nl ni t savoir que nous ne nous faisons pas nue honte de ces décisions de nos synodes. Voilà deux ministres bien opposés; l'un accorde ce que l'autre nie; l'un est contraint d'avouer que le synode approuve la prise des armes, et sondent qu'il a eu raison de le faire ; raidie, qui ne s'est pas encore durci le front jusqu'à croire que les synodes doivent autoriser de tels excès, ne se suive qu'en niant un l'ait constant: mais la Réforme demeure toujours également confondue, soit qu'elle Craigne d'avouer ce lait honteux, ou qu'elle ait l'audace de le soutenir.

La question est terminée par ces seuls décrets d'un synode si solennel, et suivi dans tout le parti. Mais j'ai encore d'autres synodes à produire, et ce sont ceux des vaudois calvimsés, en l'an 1860.

C'est ici que M. Basnage semble triompher, puisqu'il se vante d'avoir prouvé que je cite taux, et voici comment : « Ou tache, » dit-il 3, « en passant d'Allemagne dans les vallées de Piémont, d'y trouver quelque ombre de rébellion. » Que le lecteur attentif prenne garde à ces paroles, on tâche, c'est de moi qu'il parle, de trouver dans les vallées quelque ombre de rébellion ; il n'y a donc eu dans ces vallées, selon le ministre, ni aucun attentat contre le ministre, ni aucun at-

i Psal. aux, — s Jvr., lett. 9. — ' Basn., part. 2, c. 6, p. 410.

tentai contre le prince, ni pas même une ombre de rébellion. D'où viennent donc tant de sièges, tant de conduis, el laid de sang répandu ! Mais sans encore entrer dans ce détail, que M. de Thon et la Popelinière racontent si amplement, que répondra-t-on au traité transcrit mot à mot par ces historiens dont voici le commencement : Capitulation et articles dernièrement accordés entre M. de Boconis de lu pari de Son Altesse, et ceux des vallées de Piémont, appelés vaudois. lien rapporte les paroles, et conclut ainsi : Que

l'on expédiera lettres patentes de Son Altesse, par

h tquettes il COnstera qu'il fuit rémission et pardon à ceux des vallées d'Anqroijne, et des autres qu'il nomme toutes, tant pour avoir pris les armes contre Son Altesse, que contre les seiqneurs et gentilshommes particuliers à qui ces lieux ap| ienl , les uels il reçoit et tient en sa

sauvegarde particulière. Voilà, ce me semble,

toutes les vallées spécifiées aV< I de soin,

qui toutes ensemble demandent pardon d'avoir piis. les armes contre leurs seigneurs et contre leur prince souverain. Cependant à entendre notre ministre, il n'j a pas eu parmi les vaudois une ombre de rébellion, el c'est en vain que M. de .Me.iux tâche d'v en trouver le moindre vestige. Ce traité, que j'ai tiré de la Popelinière l est raconte en un mot, mais toujours dans le même BOIS, par M. de Thou, puisqu'il dit ipi'on lit un traite d'amnistie, par lequel le prince pardonnait il ses sujets des vallées tout ce qui s'était pusse dans les guerres *. Cependant M. Basn m'insulte comme si j'avais faussement cité ces ileux auteurs.

Je rapporterai ses paroles, afin qu'on voie une fois ce qu'il faut croire de son jugement et de sa sincérité. « Les vaudois, » dit M. de Meaux, « avaient enseigné tout nouvellement celle doctrine (qu'on pouvait armer contre son prince) : et la guerre lut entreprise dans les vallées contre les ducs de Savoie qui en étaient les souverains3. > Je reconnais mes paroles, et il est vrai que je donne pour garants M. de Thou et la Popelinière, deux historiens non suspects. Ecoulons sur cela M. Basnage : « On cite M. de Thou pour le prouver: mais il dit précisément le contraire de ce que M. de Meaux lui lait dire. Il est vrai, » poursuit M. Basnage * , « que les ministres permirent aux vaudois de repousser la violence de quelques soldats qui s'attroupaient pour les piller. Car il est permis de s'armer contre des voleurs. Mais quand les armées du duc de Savoie, commandées par un chef,s'approchèrent, M. de Thou dit qu'on délibéra s'il était permis de pren-

' La Pop., tom. i, 1. vu, fol. 253.— * Thuan., tom. u, lib. rwii, pag. 18. — 3 Basn., iOid. — * Ibib.

dre les aimes contre son prince pour la défense de la religion, et que les syndics el les pasleurs dos vallées décidèrent que cette défense n'était point permise, qu'il fallait se retirer sur les montagnes, et se reposer sur la bonté de Dieu qui n'abandonnerait pas ses enfants ; et il remarque comme une espèce de prodige, qu'après cette décision il n'y en eut pas un seul qui ne quittât ses maisons et ses biens au lieu de les défendre. » Ainsi conclut le ministre, « on ne peut parler d'une manière plus contraire à M. de Meaux. » Il est vrai, si ces belles résolutions avaient duré. Mais le ministre déguise d'une étrange sorte ce qu'ajoute M. de Thou. «Il ajoute, » dit H. Basnage, « que dans la suite quelques ministres varièrent, s'imaginant qu'on pouvait se défendre, parce qu'il ne s'agissait point de la religion, mais de la conservation de ses femmes et de ses enfants, qui allaient être immolés à la violence des persécuteurs; et que d'ailleurs on ne faisait pas la guerre à son souverain, mais au Pape qui était l'auteur de cette violence. Mais, continue M. Basnage, ces raisons qui étaient soutenues par les mouvements de la nature, ne furent point suivies, et on demeura ferme dans la première décision. La Popelinière rapporte précisément la même chose que M. de Thou : et ces deux historiens font voir que M. de Meaux est souverainement injuste dans ses accusations. »

Où me cacherai-je, si j'ai falsifié si honteusement les deux historiens que je produis ? Mais aussi que répondra M. Basnage, si c'est lui qui les a tronqués ? La chose n'est pas douteuse, puisqu'il ne fallait que continuer un moment la lecture de M. de Thou, pour la trouver trois pages après i, « que les pasleurs d'Angrogne changèrent d'avis, et résolurent d'un commun consentement qu'on défendrait dorénavant la religion par les armes. »

Après une si honteuse dissimulation de M. Basnage, où un passage si clair csl entièrement retranche de l'histoire de M. de Thou, il n'y aura plus que les aveugles, qui ne verront pas que les ministres, lorsqu'ils nous répondent, ne songent qu'à faire dire qu'ils ont répondu, et entretenir la réputation du parti, sans au reste se mettre en peine de répliquer rien de sincère ni de sérieux Ne laissons pas de faire voir à M. oage la conduite des nouveaux martyrs dont il nous vante la constance. M. de Thou lui apprendra que cette courageuse résolution de tout perdre jusqu'à lavie*, plutôt que de résistera son souverain, ne dura que peu de jours, puisqu'un peu après l'armée du duc de Savoie s'élant

' U/iuan., tora. u, hb. .uni. — 2 IL»)., p. 12.

avancée sous la conduite du comte de la Trinité, les habitants prirent les armes qu'ils avaientauparavant rejelées ; qu'ils combattirent jusqu'à la nuit, résolus de maintenir leur religion jusqu'au dernier soupir ; qu'ils envoyèrent demander secours à ceux dePérouse, et même à ceux de Pragelas dans le royaume de France; que le comte de la Trinité, craignant de les pousser au désespoir, les porta à entrer en quelque accommodement ; qu'ils présentèrent une requête au prince, où ils lui promettaient une prompte et inviolable fidélité, et lui demandaient pardon pour ceux qui avaient pris les armes par une extrême nécessité et comme par désespoir, le suppliant de leur laisser la liberté de leurs consciences 1 ; que les députés n'ayant rapporté de la part du duc que des ordres qui parurent trop rigoureux à ceux de Luzerne et de Bobio, ils écrivirent à Pragelas et aux autres vallées du royaume de France, pour leur demander conseil et secours 2 ; qu'il se fit un traité entre eux de s'entre-secourir mutuellement, sans jamais pouvoir traiter d'accommodement les uns sans les autres ; que les habitants enflés du succès de ce traité résolurent de refuser les conditions imposées par le duc, et désavouèrent leurs députés qui les avaient accordées ; que, pour confirmer l'alliance par quelque entreprise mémorable, ils pillèrent les vallées voisines, et sous prétexte d'aller entendre le sermon dans une église, en renversèrent les autels et les images; qu'un corps de troupes du duc, qui venaient exécuter le traité que les députés des vallées avaient conclu, trouvèrent au lieu de la paix qu'ils attendaient, tous les habitants armés, qui les poussèrent jusque dans la citadelle, où ils les contraignirent de se rendre à discrétion; et qu'enfin le comte de la Trinité étant venu à Luzerne avec son armée, et ayant mis garnison dans Saint-Jean, ce fut alors qu'on changea d'avis, comme on a vu, et qu'après avoir conclu qu'on prendrait les armes contre le duc, on confirma l'accord arrêté avec ceux de Pragelas.

M. Bùoiiage a raison de dire que la Popelinière a raconté précisément la même chose 3. Voilà comme ces deux auteurs disent positivement le contraire de ce que M. de Meaux en a rapporté. Les vaudois de l'obéissance de Savoie par le commun avis de leurs pasteurs ont renoncé à la patience et au martyre, dont d'abord ils avaient eu quelque idée : ceux de Pragelas, sujets du roi, qui font de telles confédérations avec des étrangers sans la permission de leur prince, ne sont pas moins criminels ; et voilà tout ce qui restait des vaudois, coupables manifestement de la rébellion, dont le ministre avait entrepris de les

1 IbttL, v- 13. — * — Ibid., p. 14. — ' La Pop., 1. vu.

PRKMIEK DISCOURS.

excuser, jusqu'à dire qu'on n'en trouva pas même l'ombre parmi eux.

Cependant c'était Ici cette réponse dont on me menaçait il j a deui ans, et qui détail me convaincre d'énormes infidélités. Les ministres ne manquent pas de se vanter les uns les autres, et ils éblouissent les simples par cet artifice. M.

Jinicn a publié qu'on saurait bien nie montrer que j'avais falsifié beaucoup de passages dans i'Histokt des VariaHont, sans néanmoins en marquer un seul. Dans sa petite critique de trente six pages, M. Burnet, qui se tante d'avoir détruit toute mon histoire, ajoute qu'une belle )>ltiint', et trop belle à son gré pour la matière où elle s'emploie, me fera voir mon peu de sincérité; A la vérité ces messieurs n'ont pas voulu se charger de celle recherche, et M. Burnet me passe tons les (ails que j'ai rapportés sur sa Réforme anglicane et but son Cranmer, aussi bien que sur

ses autres beros ', sans en contredire aucun; aussi ne le peut-il pas, puisque je les ai pris de lui-même. La gloire de découvrirmes prétendues faussetés dans la conduite variable, dont j'ai convaincu la Réforme, était laissée à .M. Basnage, qui répète aussi à toutes les pages que je n'ai rien mi par moi-même, que j'ai suivi en aveugle mes compilateurs, en relisant tout au pins les endroits qu'ils m'avaient marqués, sans considérer tout K' reste, et qu'aussi je suis convaincu de faux par tons les ailleurs que je produis;

mais c'est principalement dans le lait des guerres

civiles, qu'il prétend in'a\oir convaincu de CCS

honteuses falsifications; et son frère, qui ladce qu'il peut dans son Histoire des ouvrages des savants, pour lui préparer un théâtre favorable, a remarqué en particulier que c'est sur les guerres de France et d'Allemagne, qu'on accuse M de Meauxde bien des infidélités \ On a mi les principales dont on m'accusait, et on peut juger maintenant de la sincérité de .M. Basnage.

Ce ministre, trop aisément ébloui par la belle résolution que les vaudois avaient lait paraître, n'a pas voulu passer outre, ni pousser plus loin son récit. La décision des vaudois était en effet plus forte encore que M. Basnage ne nous l'a représentée ; puisque au lieu de dire simplement que la défense n'était pas permise contre son prince, M. de Thou leur fait dire: loin qu'on put défendre sa maison et ses biens, qu'il n'était pas même permis de défendre sa vie contre son souverain. Mais ces courageuses maximes, si promptement démenties par des maximes contraires, ne servent qu'à justifier ce que j'ai dit des variations de ia Réforme, qui d'une part a

1 Burn., Crit. des Var., n. 11, pag. 32. — 3 But des ouv. de» tav, mois de décembre, 69, janvier et février, 90, p. 25.

été forcée par la vérité à reconnaître ce qu'on doil au prince et à la patrie, et de l'autre y a renonce par d'expresses décisions.

On peut voir encore en celte occasion ce qu'on doil attendre de noire ministre sur l'Histoire des albigeois et des vaudois, où il prend le ton de

Vainqueur, d'une manière qui, à ce qu'on dit, a ébloui tout le parti ; mais j'espère qu'il faudra bientôt déposer cet air superbe, et dès à présent

on peut Noir combien l'Histoire vaudoise est inconnue à cet auteur, en la reprenant dès son origine, puisqu'il en ignore même ce qui s'est passé >\ti temps de nos pères, jusqu'à nous donner les vaudois de ce dernier temps, comme des

gens où l'on cherche en Nain une ombre de ré

billion, et leurs bardes comme des docteurs qui

n'ont jamais varié dans une partie si essentielle de la doctrine chrétienne.

Apres leur décision qui fût prononcée en 1501, toute la Réforme retentit de décrets semblables,

où la domination lut ravilie, et la majesté blasphémée. En 1502 une assemblée tenue à Paris, où étaient les principaux île l'Eglise, résolut <m'on induirait les armes, si la nécessité amenait les Eglises à ce point*. C'est Bète qui le raconte dans son Histoire ecclésiastique 2. Pour excuser l'Eglise de cet attentat, M. Basnage lait semblant de vouloir douter, si ces principaux de l'Eglise étaient ecclésiastiques, ou plutôt laïques 3. Sans doute il \ avait beaucoup de laïques, puisque les assemblées de la Réforme les plus ecclésiastiques sont composées d'anciens, c'est-à-dire de purs laïques, plus que de ministres. Mais enfin s'il y eut de l'ordre dans celte assemblée, où la question proposée regardait la religion et la conscience, les ministres y devaient tenir le premier rang ; et sans s'arrêter à ces chicanes de Ai. Dasnage, Castelneau, dont il loue l'histoire, nous apprend qu'au commencement de la guerre civile, « les huguenots firenl assembler le sj node général en la ville d'Orléans, où il fut délibéré des moyens de faire une armée, d'amasser de l'argent, lever des gens de tous côtés, et enrôler tous ceux qui pourraient porteries armes. Puis ils firent publier jeûnes et prières solennelles par toutes leurs Eglises, pour éviter les dangers et persécutions qui se présentaient contre eux '.» Qu'on dise encore que ce synode général n'était pas une assemblée ecclésiastique, ou qu'on n'y approuva pas la prise des armes contre le roi et la patrie. On n'en demeura pas là : il se Uni encore un svnodeà Saint-Jean-d'Angély, où la question étant proposée « s'il était permis par la parole de Dieu de prendre les aimes pour la

1 Var., Ut. x. — » Liv. vi. — s To». i, part. U, <b. 6, p. fc!9. — * M'Jm. de Caslelnau , 1. m.

liberté de conscience, et pour délivrer le roi et tant en public par ses prédications, que par letla reine contre ceux qui violaient les édits, et très et de parole, tant M. le prince de Coudé, contre les perturbateurs du repos public, il fut que M. l'amiral et tous les autres seigneurs et décidé qu'on le pouvait ». » Laissons à part les gens de toutes qualités, faisant profession de prétextes qui ne manquent jamais à la révolte, l'Evangile, pour les induire à maintenir par tous et dont aussi nous avons vu la vanité. Enfin le moyens à eux possibles l'autorité des édits du fait est constant, et un synode résolut par h pa- roi et l'innocence des pauvres opprimés : et derote de Dieu, que des sujets peuvent armer sans puis, poursuit ce réformateur, il a toujours conordre du prince, et se soulever contre lui, sous tinué dans la même volonté, exhortant toutefois prétexte de le délivrer. Car on voulait le tenir un chacun d'user des armes en la plus grande pour captif entre les bras des princes du sang, à modestie qu'il est possible, et de chercher après qui les Etats généraux l'avaient confié, et dans le l'honneur de Dieu la paix sur toutes choses, sein, pour ainsi parler, de son parlement et de pourvu qu'on ne laisse décevoir1. » C'est sa ville capitale. C'était là qu'il était captif selon assez, en autorisant la révolte, que d'y recomla Réforme, et il eût été entièrement libre entre mander la modestie; comme si on pouvait être les mains du prince de Condé et des huguenots, à la fois et modeste et rebelle contre son roi. Le synode le décide ainsi, et afin que rien ne Les ministres étaient si ardents à prêcher la manque à l'iniquité, la parole de Dieu y est em- guerre, que les Rochelois, résolus au commenployée. La même chose fut résolue dans un sy- cément à demeurer dans l'obéissance, furent node de Saintes, pour raffermir ceux qui « dou- contraints de chasser Ambroise Faget, dont les taient si cette guerre était licite, attendu que le prêches séditieux les animaient à prendre les roi et la reine sa mère ayant l'administration du armes. Le fait est constant par Aubigné 2 et par rovaume par les Etats, et le roi de Navarre lieu- d'autres historiens. Il fallait bannir les ministres, tenant-général représentant la personne du roi, lorsqu'on voulait demeurer dans son devoir; et tenaient le parti contraire 2. » Voilà du moins le nous avons vu qu'on ne put conclure la paix fait bien posé, et on supposait la régente bien re- après le siège d'Orléans qu'en excluant les mivenue de l'erreur, où son ambition inquiète nislres de toutes les délibérations 3. Il ne faut l'avait plongée. Elle tenait le parti contraire, et donc plus demander si l'assemblée de Paris, où demeurait bien unie avec le roi de Navarre, re- l'on résolut de prendre les armes, était goupré sentant la personne du roi par l'autorité des vernée par les ministres; et la protestation Etats. Mais le prince de Condé son cadet avait lui qu'ils publièrent contre cette paix fit bien voir seul plus d'autorité que tout cela, parce qu'il se de qui venaient les conseils de la guerre, disait réformé, et qu'il était le chef du parti : en Je ne dois pas omettre ici la lettre que la présorte que ce synode, où il y avait soixante mi- tendue Eglise de Paris écrivit à la reine Cathenistres, résolut par la parole de Dieu (sans la- rine4; parce qu'elle est d'un style extraordinaire quelle on ne résout rien dans la réforme) que la envers une reine, et confirme admirablement guerre n'était pas seulement permise et légitime tout ce qu'on a vu de l'esprit de la réforme. Elle mais encore absolument nécessaire : ce qui fut fut écrite en 1560, un peu avant la condamnation ainsi décidé, pour user de leurs propres termes, d'Anne du Bourg : et la lettre porte « que si on toutes objections et doutes bien débattus par tout attendait plus outre contre lui et les autres droit divin et humain. Voilà, ce me semble, assez Chrétiens, il y aurait grand danger de troubles de s\ nodes, assez d'assemblées et assez de décrets et émotions, et que les hommes pressés par trop pour autoriser la guerre civile ; et néanmoins on grande violence ne ressemblassent aux eauxd'un en vint encore à la résolution du synode national étang, la chaussée duquel rompue, les eaux de Lyon, que nous avons rapportée, qui con- n'apportaient par leur impétuosité que ruine et fii ma et exécuta toutes les résolutions précéden- dommage aux terres voisines: non, poursuites, en leur donnant la dernière force qu'elles raient-ils, que cela avînt par ceux qui, dessous pouvaient recevoir dans le parti. Et après cela je leur ministère, avaient embrassé la réformation suis un faussaire d'accuser toute la Réforme de l'Evangile; car elle devait attendre d'eux d'avoir entrepris la guerre civile par principe de toute obéissance, mais pour ce qu'il y en avait religion, et en corps d'Eglise. d'autres en plus grand nombre cent fois, qui Jl n'j a encore qu'à se souvenir des décisions connaissant les abus du Pape, et ne s'étant ende Calvin : il n'y a qu'à rappeler celles de Bèze, core rangés à la discipline ecclésiastique, ne qui lifie <l d'avoir averti de leur devoir, pourraient souffrir la persécution; de quoi ils

n., tom. il, I. xxx, pag. 101, an. 1562. — s Thuan., ibid.; « Ci-dessus, n. 20; Var., liv. x; Bez., HisL, liv. vi. — 2 Liv. m,

Ja I'r,p., 1. vin, fol. HB. «. 6. — 3 Ci-dessus, n. 20, 21. — * Bez., liv. m, p. 227.

PREMIER DISCOURS. 53

1 ien simlii l'avertir, aiin qu'avenant mère, et lui fait, en effet, la guerre un su < quelque méchef, elle ne pensai icelui procéder deux après. Que diront donc les ministres? qu'il d'eux. esl permis de prendre les armes contre son roi? Bèze nous a conservé celte lettre, et on y re- la prétendue Eglise de Paris les confond par ses marque deux choses contraires. En apparence, promesses : que leur-parti est demeuré dans la on v promettait une obéissance inviolable. Le soumission? Uméme prétendue Egliseiesdément royaume n'a rien à craindre, disent les minis- perses menaces : que la réforme n'a point varié très, de ceux qui se sont soumisàtatr minutère : dansée dogme si essentiel à la tranquillité punitil n'j a que ceux des réformés qui ne se sont pas que?On roUtouteslesvariationsdontnousravons encore rangés à la discipline, qui ne pourront convaincue, ramassées dans une seule lettre, ou souffrir la persécution; les autres, àlesouir, sont en même temps qu'elle établit la loi de l'obéisà toute épreuve. Voilà parler en sujets, à qui la sauce, elle J déroge d'abord par ses discours nieloi éternelle lait sentir leur devoir. Mais ils ne naçanls, toute prête à l'anéantir par les actions demeurent pas longtemps sur ce ton soumis : on les plus sanguinaires. les aurait crus trop endurants; et ils ajoutent M. Basnage entreprend de justifier la réforme aussitôt après qu'il y a beaucoup d'autres parmi de l'assassinat du due de Guise; et d'abord il eux de qui toul est à craindre, jusqu'aux plus réussit mal pour l'amiral. ■ On lui l'ail un crime, grands excès et jusqu'aux débordements les plus dit-il ', d'avoir oui quelquefois parler du dessein l'urienx: ainsi Lis diront, si vous voulez, ivec d'assassinerle duc de Guise, sans s'y étreopposé saint Paul, pour exagérer leur patience : Nout fortement. » U supprime le principal chef de

sommes comme des brebics (lestions a la bouche- l'accusation. I, 'amiral n'est pas seulement eon- //<•'; mais si vous les pressez, ils tiendront vaincu d'avoir oui quelquefois parler de cet asbientôt un autre langage, et vous diront Pardi- Bassinât; Il avoue lui-même que l'assassin luia dément : Ne vous \ trompe/ pas : nous ne sommes couve. I son dessein en partant d'auprèsdelui pompas si brebies ni si patients que vous pourries l'exécuter, et que, loin de l'en détourner, il lui croire: il est vrai qu'il] en a parmi nous dont donna de l'argent pour se monter et pour vivre vous n'avez rien à craindre; mais le nombre en dans l'armée du roi ou 11 allait le commettre. C'est est petit; le nombre des emportés est uni fois une complicité manifeste; c'est non-seulement plus grand. Que ne devait-on craindre de celle nourrir l'assassin, mais lui fournir des moyens réforme? Au lieu que les premiers Chrétiens di- pour exécuter son traître attentat. Bèze nous a saient aux empereurs et à tout l'empire, comme conservé la déclaration où se trouve cet aveu on a vu dans le précédent avertissement * : Vous formel de l'amiral *. M. Basnage le lait parce

n'avez rien à craindre de nous; ceux ci écrivent qu'il n'v a rien a ] répondre; mais avec ton

à la reine : Tout est à craindre. Leurs menaces artifices, il n'a pu dissimuler deux laits décisifs :

ne furent pas vaines : loi après on les vit suivies l'un, que l'amiral a su le crime; l'autre, qu'il n'a

de la conjuration d'Amboise, de la prise uni- voulu ni détourner ni découvrir le criminel. C'en

verselle désarmes, des décrets de trente synodes est assez pour le condamner, selon la loi éter-

qui les autorisaient : tout, et peuples et minis- nelle qui met au rang des coupables ceux qui

très mêmes, el synodes et consistoire . passa aux consentent au crime, et ne prennent aucun soin

rangs de <m âmêt bidisciplinéei dont on avail de l'empêcher. L'amiral, dit M. Basnage*, l'avait

menacé la reine; on vit celle prétendue Eglise l'ail autrefois; je le veux, quoique je ne le sache

de Paris, qui promettait selon l'Evangile une que de la bouche de l'amiral même qui s'en

soumission à toute épreuve, sonner le tocsin vante; mais, en toutcas, il devait donc continuer

pour animer toutes les autres à la guerre; et les à bien faire el à satisfaire à une loi dont il avait

ministres qui avertissaient que les peuples, reconnu la force. Mais, ajoute M. Basnage, ce

comme les eaux d'un étang, pourraient rompre qui l'empêcha de découvrir cet . ssassinat, c'est

leurs digues, furent les premiers à les lever. que le duc de Guise avait attenté à sa personne.

Celle seule lettre estcapable de pousser a bout C'est l'amiral qui le dit, et le dit seul et le dit

les furieu, les Burnet, les Basnage, et en un mot sans preuves : je l'ai lait voir dans Y Histoire des

tous les écrivains de la réforme. Car d'un côté Variations *; M. Basnage le dissimule, et il croit

la prétendue Eglise de Paris promet une obéis- le crime du duc de Cuise sur la seule déposition

sance à toute épreuve et malgré la persécution; de son ennemi ». Ce n'est pas ainsi que je pro-

ce qu'elle n'aurait pas l'ait, si elle ne s'y lût sen- cède, et j'ai convaincu l'amiral par l'aveu de

lie obligée par la règle de la vérité; de l'autre l'amiral même. Mais après tout, et quoi qu'il en elle menace le roi en la personne de la reine sa , Bam^ n B 2 , ^ hv yi. ^ hv x , Mdt

• Rom., vin, 36. — ' V> Avertis., n. 13. » Var., ibid. ' Basn., ibid.

soit, la justice chrétienne souffre-t-elle qu'on per- charge la réforme de tous ces crimes; c'est que

mette d'attenter sur son ennemi, ni qu'on laisse Poltrot et lesautres s'en expliquaienthautement,

périr son hère pour qui Jésus-Christ est mort, en sans que personne les en reprît; ce qui montre

lui permettant de courir à la trahison et au meur- combien la réforme était indulgente à ces pieux

lie, sans seulement se mettre en peine de l'en assassinats. J'ai aussi reproché à Bèze l'appro-

dét'ourner, pour ne pas dire en lui fournissant bation qu'il avait donnée al' entreprise d'Amboise,

de l'argent et du secours? Mais je fais nos pré- sans comparaison plus criminelle que le meurtre

tendus réformés d'une conscience trop délicate de Poltrot l. Ce traître pouvait-il croire que ce

sur l'assassinat. On sait assez que d'Andelot ne fût un crime de massacrer le duc de Guise, après

s'excusa que faiblement du meurtre commis en avoir vu tout le parti entrer par conjuration dans

la personne de Charri ; l'amiral son frère n'en un semblable dessein contre ce prince, avec

fut non plus ému que lui * ; ces messieurs vou- l'approbation des plus doctes théologiens de la

laient bien qu'on sût qu'il ne faisait pas bon s'at- réforme, et de Bèze lui-même, qui en trouve,

taquer à eux, et que leurs amis ne leur manquaient comme on a vu 2, le dessein très-juste? C'est à

pas dans le besoin ; et le meurtre ne leur était quoi il fallait répondre; mais le ministre ne l'en-

rien, pourvu qu'on ne pût pas les en convaincre treprend pas. J'avais encore ajouté, ce qui est

dans les formes. Ce ne sont pas là des soupçons, hors de doute, que Bèze devant l'action ne fit rien

ce sont des assassinats bien avérés dans l'his- pour l'empêcher, encore qu'il ne pût pas l'ignorer,

toire. La prédiction d'Anne du Bourg coûta la puisque la déclaration en était publique; et

vie au président Minard 2. M. Basnage m'a de- qu'après qu'elle eut été faite, il n'oublia rien pour

mandé si j'étais assez crédule pour m'imaginer lui donner la couleur d'une action inspirée. Pour

que Julien l'Apostat ait été tué par un ange : je en être entièrement convaincu, il ne faut que lire

pourrais bien à mon tour lui demander, s'il est l'Histoire des Variations, et voir en même temps

si crédule que de croire que du Bourg ait été le profond silence de M. Basnage.

prophète, ou que quelqu'un des esprits célestes J'ai satisfait ce ministre sur ce qui regarde la

ait tué Minard. La réforme était toute pleine France; et le lecteur peut juger si son livre, où

d'anges semblables. Les deux compagnons du il laisse sans réplique ce qu'il y a de plus con-

président n'échappèrent à leurs mains que par vaincant, et où il déguise le reste avec des faus-

hasard; mais Julien Freme ne s'en sauva pas : setés si évidentes, mérite le nom de Réponse. Il

« Il portait, » dit Castelnau 3, « des mémoires et ne faut pas laisser croire à M. Burnet que sa

papiers pour faire le procès à plusieurs grands petite critique sur l'Histoire des Variations soit

protestants et partisans de cette cause. » Il en meilleure. Il s'offense du juste reproche que

mourut : les anges de la réforme ne manquèrent je lui ai fait, déparier des affaires de France

pas leur coup à cette fois, et l'envoyèrent avec comme un protestant entêté et un étranger mal

le président Minard. instruit. Je fais plus, car je lui fais voir qu'il a

Je me suis senti obligé à, remarquer ces assas- pris pour le droit français les murmures et les

sinats dans l'Histoire des Variations, et je suis libelles des mécontents. Comment s'en peut-il

encore contraint de les répéter ; si la réforme laver, puisqu'après avoir été si bien averti, il

s'en fâche, je veux bien m'en taire à jamais, tombe encore dans la même faute? il ne faut

pourvu enfin qu'elle cesse de nous tant vanter des qu'entendre sa critique, où il parle ainsi : « Si,

héros et sa feinte douceur. M. Basnage nous veut dit-il 3, M. de Meaux s'était donné la peine de

faire accroire que tous ces meurtres infâmes et parcourir le xxine livre de M. de Thou, qui traite

même celui de Poltrot fut hautement désavoué par de l'administration des affaires sous François II,

les chefs du parti 4. Il ne fut que faiblement dé- il y aurait trouvé tout ce que j'ai allégué concer-

savoué, comme on a vu 5, puisque l'n mirai en nant les opinions des jurisconsultes français.»

avoue assez pour se déclarer complice. Il n'y a Sans doute, je l'aurais trouvé, mais dans des li-

qu'à revoir l'Histoire des Variations, pour en belles sans nom. « Car,» continue notre docteur,

demeurer convaincu. Pour Bèze, je lui fais jus- « M. de Thou fait un long extrait d'un livre

tice et je reconnais que Poltrot, après l'avoir écrit sur la fin du mois d'octobre de l'an 1559

accusé d'abord, persista jusqu'à la mort à le dé- contre la part qu'une femme et des étrangers

charger 6. M. Basnage le répète, et prouve par- prenaient au gouvernement du royaume. » Il

faitement bien ce que personne ne lui conteste ; est vrai que tout cela se trouve dans cet extrait,

mais en récompense, il ne dit mot sur ce qui et on y trouve encore « que les rois de France ne

sont en âge de régner par eux-mêmes qu'à vingt-

»! îllïSRlft ï'i -m' kP,,38L: \£rl cinq ans 4. » Mais on y trouve en même temps

— » Var., liv. x. — « Ibul. i j^, : Ci-dessus, n. 18. — » Crit., p. 35. — * Ibid., 634.

PREMIER DISCOURS

que ce livre qu'on hit tant valoir est tm libelle nuis nom d'auteur, qu'on Berna parmi le peuple pour l'émouvoir, et que M. de Thou a rapporté comme un Bdèle historien, de même qu'il a rapporté dans le même endroit « les discours licencieux qu'on répandait artificieusement parmi le peuple, sous prétexte «le défendre la libellé publique. » Voilà les jurisconsultesde M. Burnet, et les sources ou il a puisé les maximes du droit public des Français. Mais puisque cent ans après que tous ces petits

écrits sont dissipés, et (pie l'histoire en a reconnu la malignité, M. Bumet se met encore à la tète de ses réformés pour les détendre : venons au fond. C'est un tait constant (pie François 11 était reconnu pour majeur dans loi il le royaume: la reine sa mère présidait à ses conseils: Antoine,

roi de .\a\;ure, premier prince du Bang, qui lui

sollicite de troubler le gouvernement, ne se

laissa pas ébranler, non plus (pie les autres

princes i\u sang ' : le seul prince de Condé, que ses liaisons avec l'amiral et les huguenots rendaient suspect dès lors, lit quelques démarches

qui n'eurent aucun effet, et qu'on traita de séditieuses : tout était tranquille : on murmurait contre les princes de Guise, comme on fait contre les autres favoris bons ou mauvais : que sert ni de parler des prétextes dont on se servit! le fond

était que les mécontents voulaient obliger le roi à former son conseil ;i leur gré. Cependant on ne niait pas que le duc de Guise n'eût sauvé l'Etat

en plusieurs rencontres, et qu'an grand bonheur de la France il n'eùl été bien avant dans les affaires sous le règne précédent. Metz et Calais sont des témoins immortels de son zèle pour le bien de l'Etat : on s'obstinait néanmoins à lui trouver le cœur étranger malgré ses services, et encore que la branche d'où il était issu eût l'ait tige en France. Quoiqu'il en fût, ce qui décidait contre les auteurs du libelle, c'est que le gouvernement était reconnu par les armées et par les provinces, dans loutes les compagnies et dans tous les ordres du royaume : en sorte que les affaires allaient leur train sans contradiction jusqu'au lumulle d'Amboise, auquel tous ces libelles préparaient la voie.

Tous ces faits sont bien constants dans notre histoire, et en particulier dans celle de M. de Thou. Disons plus : M. Burnet ne nie pas luimême que dès l'an 1374 il n'y eut une ordonnance de Charles V, surnommé le S°ge, et en effet le plus avisé el le plus prévoyant de tous nos rois, qui réglait les majorités à quatorze ans, ou pour mieux dire à la quatorzième année. Notre auteur fait semblant de croire que celte ordon-

1 T/iuan-, x.\m, p. 626.

nance ne fut pas suivie; mais c'est nier, non quelques laits particuliers, mais une suite de laits si constants, qu'il n'y a pas moyen de les désavouer; puisqu'on sait non-seulement que cette ordonnance de Charles V acte souvent con'ii niée par ses succès .cuis, mais encore dans le lait que toutes les minorités arrivées depuis oui été réglées sur ce pied là. Etd'abord Charles VI, lilsde Charles V, lui déclaré majeur à l'âge qui > était porté. Ces autres rois jn^ïju'à Charles VIII étaient venus à la couronne en Age \iril : mais Charles VIII avait seulement treize ans et demi à la mort de Louis \t son père. Cependant U fut ordonné dans /<■•; états de Tout* qu'il n'a aurait aucun régent en France l : sa personne lui confiée à M"11, de Beaujeu sa sœur aînée, de quoi LouU <iu<- ii'Or-

léantne fut pat content; mais la majorité du jeune roi n'en lui pas moins reconnue. Apres les

i gnes de Louis Ml. de François I et de Henri 11,

François il lui le premier qui tomba dans le cas de l'ordonnance de Charles V, el encore qu'il n'eût <pie quinze ans, il lut naturellement el sans aucune contradiction reconnu majeur, conformément aux derniers exemptes deCbarles M et

de Charles VIII, où l'aillorile des clals généraux avait passé. La maxime était si constante, qu'elle fut Buivie sans difficulté sous Charles |\. livre et successeur de François II, qui fut aussi suis

contradiction déclaré majeurdans sa quatorzième année, ci gouverna son royaume par les conseils

de la reine sa mère, qui a\ait rie régente. Car

pour les reines, que l'auteur sansnom du libelle séditieux voulait exclure absolument du gouvernement, il en était démenti par les exemples des siècles passés. Les régences, quoique malheureuses, de Frédégonde el de Brunehaut, ne laissent pas de faire connaître l'ancien espril de nos ancêtres dès l'origine de la monarchie; et sans ici alléguer les autres régences, celle de la reine Blanche était en vénération à tous les peuples. 11 \ avait tant d'autres exemples anciens et modernes d'une semblable conduite, qu'on ne poufait les nier sans impudence. Ainsi le gouvernement n'eut rien d'extraordinaire ni d'irrégulier sous François 11, et M. Burnet n'a pu l'improuver qu'en préférant les libelles aux ordonnances, et les cabales aux conseils publics.

C'est ainsi que Du Tillet, reconnu par tous les Français pour le plus savant et le plus fidèle interprète du gouvernement de France, est devenu odieux à cet auteur, à cause qu'il était du parti royal : il voudrait même nous faire accroire que M. de Thou censure Du Tillet, et favorise son adversaire* ; mais il ne faul que ce seul endroit pour découvrir la mauvaise foi de M. Burnet,

1 Du lUiei, C/tron. abrég. des rois de France^ — 5 CrU., p. 37.

puisque, loin d'avoir censuré le livre de Du rances, en falsifiant comme il fait un si grand Tillet M. de Thou lui donne au contraire ce auteur. Il triomphe cependant, et comme s'il grand éloue : « que ce livre qu'on avait blànié avait fermé la bouche à tous les Français, il indans le temps qu'il fut publié, en haine de ceux suite au gouvernement de France *. Je ne daide Guise pour qui il fut fait, fut rappelé en gnerai lui répondre: ce n'est pas à un homme de usage par le cbaucelier de l'Hospital durant la cette trempe de censurer le gouvernement de la minorité de Charles IX, et élevé à un si haut plus noble et de la plus ancienne de toutes les point d'autorité, qu'on lui donna rang parmi les monarchies : et en tout cas, s'il nous veut donner ordonnances de nos rois • . » Ce qu'il dit, que ce pour modèle celui d'Angleterre, il devrait attenlivre de Du Tillet fut rappelé en usage , c'est dre qu'il eût pris une forme arrêtée, et qu'on y qu'ayant été imprimé d'abord par ordre du roi, fût du moins convenu d'une règle stable et fixe les cabales le décrièrent; mais la face des choses pour la succession, qui est le fondement des était changée, comme parle M. de Thou2, et Etats.

l'expérience ayant fait voir que ceux qui voulaient Je louerais la rétractation que fait cet auteur

s'attirer l'autorité (durant la minorité des rois) de l'erreur où il est tombé sur la régence pré-

avaient mis par leur ambition dans un extrême tendue du roi de Navarre 2 ; mais on ne doit pas

péril l'Etat divisé de factions; tout le monde con- se faire honneur de si peu de chose, pendant

mit clairement qu'il en fallait revenir aux maxi- qu'on persiste à soutenir des erreurs bien plus

mes que Du Tillet avait établies par tant d'or- essentielles. Si M. Burnet avait à se repentir,

donnances et tant d'exemples ; et en effet, après c'était d'avoir donné son approbation aux révol-

la décision d'un aussi grave chancelier que Michel tes des protestants : c'était d'avoir autorisé la plus

de l'Hospital, ce qu'avait écrit cet auteur passa noire des conjurations, c'est-à-dire celle d'Am-

pour inviolable parmi nous, comme tiré des ar- boise : et pour passer à d'autres matières, c'était

chives et des registres publics, qu'il avait maniés d'avoir mis au rang des plus grands saints un

longtemps avec autant de facilité que d'intelli- Cranmer qui n'a jamais refusé sa main, sabou-

gence. Voilà comme M. de Thou a censuré Du che, son consentement aux iniquités et aux vio-

Tillet, et voilà comme M. Burnet lit ses auteurs, lences d'un roi injuste, qui lui a sacrifié durant

Il n'a point trouvé d'autre remède à ce pas- treize ans sa religion et sa conscience, qui en

sage de M. de Thou que de le corrompre. Au lieu mourant a renié deux fois sa croyance, et dont

que M. de Thou dit précisément « que le livre on ose encore comparer la perpétuelle et infâme

de Du Tillet fut rappelé en usage par le chance- corruption a la faiblesse de saint Pierre, qui n'a

lier de l'Hospital : Is liber in usum revocatus fuit duré qu'un moment, et qui fut si tôt expiée par

a Michaele Hospitalio, il lui fait dire que c'est des larmes intarissables.

l'ordonnance de Charles V qui fut rappelée en II ne peut rester aucun doute sur les révoltes

usage par ce savant chancelier; au lieu que M. de de la Réforme en France ; et les palliations de M.

Thou continue à dire que ce livre mérita tant Burnet sont aussi faibles pour les excuser, que

d'autorité qu'il fut mis au rang des ordonnances, celles de M. Basnage; mais peut-être qu'il y aura

M. Burnet lui fait dire que l'ordonnance de Char- mieux réussi à colorer les rébellions de son pays.

les V (dont il n'est fait nulle mention en cet en- C'est ce qu'il est bon d'examiner pendant que

droit de M. de Thou) fut insérée entre les édité nous- sommes sur cette matière. Il est constant

royaux : comme si un ordonnance reçue tant de dans le fait que l'esprit de sédition et de révolte

fois par les états généraux , et si constamment parut en Ecosse comme en France et partout ail-

praliquée, eût eu besoin de recevoir une nouvelle leurs, dès que la nouvelle Réforme y fut portée.

autorité du chancelier de l'Hospital; ou que ce Elle se contint comme en France sous les règnes

fût une chose bien rare de mettre un édit royal si forts, tel que fut celui de Jacques V. Comme en

authentique parmi les édits royaux. Ce qu'il y France, elle s'emporta aux derniers excès sous

avait de rare et de remarquable, c'est de donner les faibles règnes et dans les minorités, telle que

cette autorité au livre d'un particulier; et c'est ce fut celle de Marie Stuart, qui avait à peine six

qui arriva, dit M. de Thou, à celui de Du Tillet, jours lorsqu'elle vint à la couronne. Une si lon-

tant on le jugea rempli des sentiments et de la gue minorité, et l'absence de la jeune reine qui

doctrine de toute la France. était en France, où elle épousa le dauphin Fran-

Que M. Burnet cesse donc de parler de nos çois, donnèrent lieu aux réformésde son royaume

affaires, puisque, toutes les fois qu'il y met la de tout entreprendre contre elle. Ils commencè-

main, il augmente la confusion, et qu'il cesse rent à s'autoriser par l'assassinat du cardinal

d'attribuer à M. de Thou ses erreurs et ses igno- David Béton, archevêque de Saint-André, et pri-

1 TAuan., xxiu, p. 638. — a Ibid. > Crit,f p. 37. : mdi> p# ^ 35.

PHEMIKK DISCOURS.

mal du royaume. Il est constant, de l'aveu de tous lesauleurs, et cuire autres «le M. Bumet ', que le prétendu martyre de Georges Vischard, du des prédicants de la Réforme, donna lieu à la conjuration par Laquelle ce cardinal perdit la vie. On répandit une opinion qu'il était digne de va pour avoir lait mourir Vischard contre les loi 2 ; que m ic gouvernement n'avait pas assez de force alors pour le punir, c'était aux particuliers à prendre ce soin, el que les assassins d'un usurpateur avaientde tout temps été estimés dignes de

louanges, (l'est ce «pie raconte M. llurnel. On reconnaît le génie de la Réforme, quia toujours de bonnes raisons pour se venger de ses ennemis . et usurper la puissance publique. Les conjurés, prévenus de ces sentiments, entrèrent dans le château du cardinal, et l'ayant engagé a leur ouvrir la porte de sa chambre <>u il s'était barricadé, ils le massacrèrent sans pitié. Ainsi ils joignirent la perfidie à la cruauté. ■ La mort de IJeion, » dit M. Burnet, « fil porter des jugements

BSSeï opposes. Il se lioma des personnes qui

voulurent justifier les conjures, en disant qu'ils n'avaient rien lait que tuer un voleur insigne. D'autres, bien aises que le cardinal lut mort, condamnaient pourtant la manière dont ou l'axait

assassiné, et \ trouvaient ntor ai Kanmael de

cruauté. » S'il \ en eût eu un peu moins, l'affaire aurait pu passer. C'est sur cet acte sanguinaire

que la réformation a été fondée en Ecosse . el il esi bon de remarquer comment il est raconté dans un livre imprimé à Londres, qui i pour titre '.Histoire de la Information tfEcoise*. Apres

s'être saisis du château et de la chambre du cardinal, par la perfidie qu'on vient de voir, les conjurés « le trouvèrent assis dans une chaire qui leur criait : je suis prêtre, je suis prêtre, ne me liiez pas. Jean Leslé suivant ses anciens vœux frappa le premier, et lui donna un OU deux coups, comme litaussi Pierre Cai n lichaelle. Mais Jacques Malvin, HOMME D'UN HATURBL D0U1 I l TRJ s MO- DESTE, croyant qu'ils étaient tous deux en colère, les arrêta en disant : Cet œuvre et jugement de Dieu doit être l'ait avec une plus grande gravité. Alors présentant la pointe de Cépée au cardinal, il lui dit : Repens-toi de ta mauvaise vie passée, et en particulier d'avoir répandu le sang de ce notable instrument de .Dieu. Georges Vischard, qui consume par le feu devant les hommes, crie néanmoins vengeance contre toi, et nous sommes envoyés de Dieu pour en faire le châtiment. Car je proteste ici en présence de mon Dieu, que ni la bainede ta personne, ni l'amourde tesrichesses, ni la crainte d'aucun mal que tu m'aurais pu faire

1 Hist. de ia Jiff..tom. i, liv. in, p. 461 et suiv. — * Burn., ib.— » Ilist. de la Bff. d'Ecosse à Londres, lf.44. p. 72.

en particulier, ne m'ont porté on ne me portent à te frapper; mais seulement parce que lu as été et que lu es encore un ennemi obstine de Jésus- Clnisi et de son Evangile. Ensuite il lui donna deux ou trois coups d'épée au travers du corps.» On n'avait jamais vu encore de douceur ni de modestie de celte nature, ni la pénitence préc à un homme de cette force, ni un assassinat si religieusement commis* On voit combien sérieusement tout cela est raconte dans {'Histoire île la II, format ion tfEC0M6. C'est eu effet par cette action que les i étonnes conuneiicrrenl à prendre le armes; cl on lui donne partout dans celte

histoire l'air d'une action Inspirée pour l'honneur de l'Evangile. Tout le monde lut persuadé que les mini 1res étaient du complot : mais, pour ne raconter ici que les choses dont M. Burnet

demeure d'accord, il est certain que les conjurés B'étant emparés du château ou Us avaient (ail le meurtre, el j ayant soutenu le siège pour éviter la juste vengeance de leur sacrilège, quelquet n wveaMA prédicateurs allèrent t'y réfugier avec eux1, Cette marque d'intelligence et de complicité esl manifeste. Les coupables du même ci une

Cherchent naturellement un même refuge. Mais il tant VOÙP de quelle couleur M. burnet a voulu Couvrir celle houleuse action de ses prédicants.

« Ces nouveaux prédicateurs, ■ dit-il 2, « lorsque

le coup eut été lait, allèrent veritab emenl se réfugier dans le château où les assassins s'étaient mis a couvert ; mais aucun d'c\i\ n'était entré dans celte conjuration, pas meuie par un simple

consentement; et si plusieurs tachèrent ensuite

de pallier l'énormilé de ce crime, je ne Iroine point qu'aucun entreprit de le justifier. » On voit déjà deux laits constants : l'un , (pie ces nouveaux prédicateur* eurent le même asile que les meurtriers ; et l'autre, qu'ils pallièrent fénormité du meurtre. Voilà, de l'aveu de M. Burnet. les premiers fruits de la Réforme : on j pallie selon lui les crimes les plus énormes. Ile! que voulaient-ils qu'ils lissent ? qu'ils donnassent Ouvertement leur approbation, pour se rendre exécrables à tout le genre humain? C'est ainsi que la Réforme commence. Tout ce qu'on peut dire en laveur de ses auteurs, c'est qu'en palliant 1 assassinats les plus barbares, ils n'en étaient pas venus jusqu'à l'excès de les approuver ouvertement. M. lîurnel ajoute que, « connue ces nouveaux prédicateurs appréhendèrent que le clergé ne vengeât sur eux la mort de Béton, ils se retirèrent dans le château » où ils s'étaient réfugiés. C'est, en voulant les excuser, achever de les convaincre. Car je demande, quand a-t-on vu des innocents se ranger volontairement avec les cou-

1 Burn., ibid. — * i&irf.

pables, et si, au lieu de se disculper ou de se le peuple d'Angleterre, devaient non-seulement

mettre à couvert de la vengeance publique, ce résister à Marie, leur reine, cette nouvelle Jéza-

n'est pas là au contraire en se déclarant corn- bel, dès lors qu'elle commença à éteindre l'Evan-

plice l'irriter davantage? Quel exil ne devait-on gile, mais encore la faire mourir avec tous ses

pas plutôt choisir qu'un asile si infâme, et pou- prêtres et tous ceux qui entraient dans ses des-

vait-on s'éloigner trop de gens si indignes de seins. « (Jui doute donc qu'avec ces principes,

vivre ? Cependant M. Burnet raconte lui-même un tel homme ne dût approuver le meurtre du

qu'un nommé Jean Rough, un de ces nouveaux cardinal Béton, puisqu'il aurait même approuvé

prédicateurs de l'Evangile, prit sa route en Angle- celui de la reine d'Angleterre et de tous ses prê-

terre i, mais ce fut à cause qu'il ne put souffrir la très, non-seulement depuis qu'elle eut puni du

licence des soldats de la garnison de qui la vie fai- dernier supplice les auteurs de la Réforme, mais

sait honte à la cause dont ils le couvraient : c'est- encore dès le moment qu'elle commença à la

à-dire à la Réforme. Ce ne fut ni l'assassinat vouloir supprimer ?

commis avec pertidie sur la personne d'un car- Tels ont été les sentiments des auteurs , et,

dinal et d'un archevêque , ni l'audace de le comme on les appelle dans le parti, des apôtres

défendre par les armes contre la puissance pu- de la Réforme, bien éloignés en cela comme en

blique, qui firent horreur à ce prédicant; mais tout le reste des apôtres de Jésus-Christ. Ce Jean

seulement la licence des soldats : il auiait toléré Knox est encore celui dont le violent discours

en eux l'assassinat et la rébellion, si le reste de anima tellement le peuple réformé de Perlh à la

leur >ie eût un peu mieux soutenu le titre de ré- sédition, qu'il en arriva des meurtres et des pil-

formés qu'ils se donnaient. Au surplus, et lui et leries par toute la ville, que l'autorité de la ré-

les autres docleurs de la Réforme se joignirent gente ne put jamais apaiser. Depuis ce temps ia

aux meurtriers, et ils cherchèrent des excuses à révolte ne cessa de s'augmenter : la reine n'eut

leur crime. ' plus d'autorité, qu'autant, dit M. Burnet, qu'il

Je trouve au nombre de ceux qui se joignirent plut à ses peuples de dépendre de ses volontés : ils

à ces assassins, Jean Knox, ce fameux disciple de secondèrent les desseins de la reine Elisabeth,

Jean Calvin , et le chef des réformateurs de et on sait jusqu'où ils poussèrent leur reine

l'Ecosse2. On le croit auteur de Y Histoire de la Marie Stuart.

Réformation d'Ecosse, où l'on vient de voir l'as- On trouve dans l'Histoire d'Ecosse, qu'après sassinat étalé avec autant d'appareil et d'aussi qu'elle eut été condamnée à mort, le roi son fils orbelles couleurs qu'on aurait pu faire les actions donnadesprièrespoureIle;maistouslesministres les plus approuvées. Il est bien constant d'ailleurs refusèrent de les faire. Il crut que la religion dont que Jean Knox se retira comme les autres prédi- la reine faisait profession pouvait les empêcher cants dans le château avec les meurtriers, et tout d'obéir à ses ordres et dressa lui-même cette force qu'on dit pour l'excuser, c'est qu'il ne s'y mit mule de prière : Qu'il plut à Dieu l'éclaircir par avec eux qu'après la levée du siège : comme si, la lumière de la vérité , et la délivrer du péril où en quelque temps que ce fût, je ne dis pas un elle était. Il n'y eut qu'un seul ministre qui obéit, réformateur, mais un homme de bien, n'eût pas à la réserve de ceux qui étaient domestiques du dû avoir en horreur les auteurs d'un crime si roi : les autres aimèrent mieux ne prier pas pour énorme, et les éviter comme des monstres. Les la conversion de leur reine,, que de demander à plus zélés défenseurs de ce chef de la Réforme Dieu qu'il la délivrât du dernier supplice auquel d'Ecosse demeurent d'accord que cette action est ils la voyaient conda mnée. insoutenable. M. Burnet n'a osé la remarquer, et Us ne furent pas plus tranquilles sous le roi il dissimule encore ce que raconte Buchanan, et Jacques son fils, qui crutêtre échappé des mains après lui M. de Thou 3, que Jean Knox reprenait de ses ennemis, plutôt que de ses sujets, lorsque ceux du château des viols et des pilleries qu'ils l'ordre de la succession l'appela de la couronne faisaient dans le voisinage : mais sans qu'on ait d'Ecosseàcelled'Angleterre.Toutlemondesaitce remarqué que jamais, non plus que Jean Rough, qu'ilditdespuritainsoupresbytériens,etdeleurs il leur ait dit le moindre mot de leur assassinat, maximes toujoursennemiesdelaroyaulé. Enfin,

Il aurait trop démenti sa propre doctrine. Car il eût cru trouver la paix dans son nouveau royau-

e'esl lui qui, dans ce fameux Avertissement à la med'Angleterre,s'iln'yeûtpastrouvécettesecte,

noblesse el au peuple d'Ecosse , ne craint point et le même esprit que Jean Kuox et Buchanan

d'écrire ces mots4 : « J'assurerai hardiment que avaient inspiré aux Ecossais*. Mais enfin, les pu-

les gentilshommes, les gouverneurs, les juges et ntams qui en étaient pleins ont domine en Angleterre comme en Ecosse : et ils ont fait souffrir

1 Burn., p. 463. — * Buchan., liv. xv ; Thuan., liv. m. — <• ■ . r, j ■ -t

» Tkwa., toi. - « j. Knox, Admon. ad nob.et pop. Sot. au fils et au petit-fils de ce roi, ce qu on sait el ce

PREMIER DISCOURS, 29

qu'on ><>it. L'Angleterre a oublié ce qu'elle avait «st. • Nevoilà-t-il pas le jugé ou le magistrat bien

c inservé de meilleur de l'ancienne religion; et en sûreté sous l'autorité de Luther! il poursuit:

il a fallu, comme nous l'ayons montré ailleurs1, « Qu'il Défaut point se mettre en peine, si le Pape

que la doctrine de l'inviolable majesté dos rois est soutenu par les princes, [taries rois, parles

cédât au puritanisme. Toutes les conjurations Césars mêmes; que qui combat sous un voleur est

que ihhi> a\oiis mes s'élever en Angleterre cou- déchu de la milice aussi bien que du salul éternel;

tre les mis et la royaul I été ootoiremenl en- et que ni les princes, ni les rois, ni les Césars ne

(reprises par des gens de ce parti. Le même sesauventpasde cette loi sousprétextequ'ilssont parti a renouvelé de nos jours l'assassinai du défenseurs de l'Eglise, parce qu'ils sont tenus de cardinal Béton, en la personne d'un de ses suc- savoir ce que c'est que l'Eglise, a M. Basnage cesseurs, archevêque de Saint-André, et primat passe tout cela, et ne craint pas d'assurer que d'Ecosse comme lui. Lesproclamatioiis dumeur- Luther n'attaque que Tantôt ité usurpée et tyrantrier', et celles des autres fanatiques contre les nique des Papa (, sans seulement daigner remarrois de l'Etat, n'ont point eu d'autres fondements qner qu'il n'attaque pas moins violemment, nonque ceux que Jean knox et lïm h auan oui établis seulement les piges el lesmagistrals, mais encore

en Ecosse contre les rois et contre ceux qui en et nommément les rois et le> princes, et même

soutenaient l'autorité; et tout ce qu'onl (ail ces les empereurs qui le soutiennent; qu'Ulesdégrade

ftmatiques plus que les autres a été de prêcher delà milice, qu'il les met au rang des bandits

sur les toits, ce que les autres se disaient mutuel- qui combattent sous un chef de voleurs, et qu'il

lemenl à l'oreille. Tels ont été, encore un coup, abandonne leur \ie an premier venu. Ce n'est

les fruits de la Réforme et de la prédication de pas là Seulement permettre de prendre les armes

Jean Knoz et des calvinistes; et M. Burnet, qui pour se défendre des persécuteurs; c'est ouvertes imite, a donné lieu à celte addition de L'Ait- tement se rendre agresseurs, el contre le Pape et toireàet Variations de la Réforme. contre tes rois qui défendront de le tuer; et on Afin de remonter à la source, il faut aller jus- ne peut pas pousser la révolte à un plus grand qu'à Luther, malgré les vaines défaites de M. excès. Le chef des réformateurs a introduit ces Basnage, faire voir l'espritde révolte dans l'Aile- maximes.

magne protestante. Celle dispute ira plus vile. Ces thèses, soutenues d'abord en 4540, furent parce qu'U y a moins de fûts: mais d'abord il y en jugées dignes par Luther d'être renouvelées a un absolument décisif contre Luther, dans ses en 1545, quelques mois avant sa mort ; et ce thèses de 1540, toutes pkinesde sédition et de fu- c\'j.uc mélodieux (car c'est ainsi qu'on prétend reur, coinmeonlepenl voir par la simple lecture3. que le prophète Jean lins a nommé Luther) RI. Basnage excuse Luther en disant qu'il y éla- répéta cette chanson en mourant. Elle lut suivie hlit « l'obéissance due au magistrat lors même des guerres civiles de Jean Frédéric, électeur de qu'il persécute, et qu'il y a décidé qu'on devait Saxe, et de Philippe, landgrave de Hesse, contre abandonner toutes choses plutôt que de lui résis- l'empereur, pour soutenir la ligue de Smalter*. » Je l'avoue ; mais ce ministre ne connaît calde 2. M. Basnage fait semblant de me vouloir guère l'humeur de Luther, qui après avoir dit prendre par mes propres paroles, à cause de ce quelques vérités pendantqu'il est un peu de sens que j'ai dit 3. que l'empereur témoignait que ce rassis . entre tout à coup en ses furies ans- n'était pas pour la religion qu'il prenait les arsilôt qu'il nomme le Pape, et ne se possède plus. mes. C'était donc, dit M. Basnage 4, une guerre C'est pourquoi, à ces belles thèses où il avait si politique. Il raisonne mal : pour savoir le sentibien établi l'autorité du magistrat, il ajoute ment des protestants, il ne s'agit pas de remarcelles-ci , dont la fureur est sans exemple5: quer ce que disait Chai les V, mais ce que disaient « Que le Pape est un loup-garou possédé du malin les protestants eux-mêmes. Or j'ai fait voir &, et esprit : que tous les villages et toutes les villes il est constant par leur manifeste, et par Sleidan doivent s'attrouper contre lui : qu'il ne faut qui le rapporte 6, qu'ils s'autorisaient du préattendre l'autorité, ni déjuge, ni de concile, ni texte de la religion et de l'Evangile, que l'empese soucier du juge qui défendrait de le tuer : que reur, disaient-ils, attaquait en leurs personnes, si ce juge ou les paysans sont tués eux-mêmes mêlant partout l'Antéchrist romain, comme les dans le tumulte par ceux qui poursuivent ce thèses de Luther et tous ses autres discours le monstre, ils n'ont que ce qu'ils méritent : on ne leur apprenaient : c'était donc, dans l'esprit des leur a fait aucun tort : îMhiiinjuriœ illis illutum protestants, une guerre de religion, et on pouvait se révolter par ce principe.

1 V' Avertis., n. 20 et suiv. — s Proclam, de Jean Russell- —

i Lut/i. tom. i,p.407; Sleid., x\i; Var., liv. % i il. — * Basn., t. r, ' Basn., ibid., p. 506. — 2 Sleid., lib. xvi. — 3 Vu;-., liv. vin. —

part. 3, ch. 6, p. 16. — 5 Ibid., th. 58 et seq. « Basn., xbid., 504. — 5 Var., liv. vin. — fi Sleid., xvn.

M. Basnage en convient *, mais il croit sauver la Réforme, en disant qu'outre le motif de la religion, [es princes alléguaient encore les raisons d'Etat, il raisonne mal, encore un coup. Car il suffit pour ce que je veux, sans nier les autres prétextes, que la religion en ail élé l'un, et même le principal, puisque c'était celui-là qui taisait le fondement de la ligne, et dont les armées rebelles étaient les plus émues.

Le raisonnement du ministre a un peu plus d'apparence, lorsqu'il dit que les princes d'Allemagne sont des souverains 2 ; d'où il conclut qu'ils peuvent légitimement faire la guerre à l'empereur. Néanmoins il se trompe encore, et, sans entrer dans la discussion des droits de l'empire, dont il parle très-ignoramment, aussi bien que du droit des vassaux, Sleidan dit expressément en cette occasion, comme il a été remarqué dans l'Histoire des Variations 3, que le duc de Saxe, le plus consciencieux des protestants, ne voulait pas « que Charles V fût traité d'empereur dans le manifeste, parce qu'autrement on ne pourrait pas lui faire la guerre légitimement : alioqui cum eo helligerari non licere. » M. Basnage passe cet endroit, selon sa coutume, parce qu'il est décisif et sans réplique. Il est vrai que le landgrave n'eut point ce scrupule : mais c'est qu'il n'avait pas la conscience si délicate; témoin son intempérance, et ce qui est pis, sa polygamie, qui fait la honte de la Réforme. Il est vrai encore que le duc de Saxe entreprit la guerre en suite du bel expédient dont on convient, de ne traiter pas Charles V comme empereur, mais comme seportant pour empereur 4. Mais tout cela sert à confirmer ce que j'ai établi partout, que la Réforme est toujours forcée par la vérité à reconnaître ce qui est dû aux puissances souveraines, et en même temps toujours prête à éluder cette obligation par de vains prétextes. M. Basnage n'a donc qu'à se taire, et il le fait : mais il faudrait donc renoncer à la défense d'une cause qui ne se peut soutenir que par de telles dissimulations.

U dissimule encore ce qui est constant, que ces princes proscrits par l'empereur comme de rebelles vassaux, furent contraints d'acquiescer à la sentence : que le duc en perdit son électorat et la plus grande partie de son domaine ; que l'empereur donna l'un et l'autre; que celte sentence tint et tient encore ; en un mot, qu'il punit ces princes comme des rebelles, et les tint comme prisonniers non-seulement de guerre, mais encore d'Etat; sans que l'Allemagne réclamât, ni que les autres princes fissent autre cho.^e que de livs-liumbles supplications et des

/., 603.--» IUid., 5ûl et suiv — » Sleid., xvil: Var., liv vin — *I0id.

offices respectueux envers l'empereur. M. Basnage soutient indéfiniment que les princes d'Allemagne, lorsqu'ils font la guerre à l'empereur, ne demandent ni grâce ni pardon l. Ceux-ci le demandèrent souvent et avec autant de soumission que le font les rebelles, et jurèrent à l'empereur une fidèle obéissance comme une chose qui lui était due. Tout cela, dis-je, est constant par l'autorité de Sleidan et de toutes les histoires 2 : ce qui montre dans cette occasion, quoi qu'en dise M. Basnage, une rébellion manifeste, pendant qu'il est certain d'ailleurs que la religion en fut le motif, qui est tout ce que j'avais à prouver.

Dans ce temps, après la défaite de l'électeur et du landgrave, arriva la fameuse guerre de ceux de Magdebourg, et le long siège que cette ville soutint contre Charles V. Les protestants se défendirent par maximes autant que par armes, et publièrent en 4550 le livre qui avait pour titre : Du droit des magistrats sur leurs sujets, où ils soutiennent à peu près la même doctrine que le ministre Languet, sous le nom de Junius Brutus> que Buchanan, que David Paré, que les autres protestants, et depuis peu M. Jurieu ont établie, c'est-à-dire celle qui donne aux peuples sujets un empire souverain sur leurs princes légitimes, aussitôt qu'ils croiront avoir raison de les appeler tyrans.

Il ne plaît pas à M. Basnage que Luther ait mis en feu toute l'Allemagne. Qu'on lise le ue livre des Variations, on y trouvera que les luthériens furent les premiers qui armèrent pour leur religion, sans que personne songeât encore à les attaquer 3. Un traité imaginaire entre George, duc de Saxe, et les Catholiques, en fut le prétexte : il demeura pour constant que ce traité n'avait jamais été ; cependant tout le parti prit les armes; Mélanchton est troublé du scandale dont la bonne cause allait être chargée 4, et ne sait comment excuser les exactions énormes que fit le landgrave, toujours peu scrupuleux, pour se faire dédommager d'un armement, constamment et de son aveu, fait mal à propos et sur de taux rapports. Mais Luther approuva tout, et sans aucun respect ni ménagement pour la maison de Saxe, dont il était sujet, il ne menaça de rien moins le duc George, qui était un prince de cette maison, que de le faire exterminer par les autres princes. N'est-ce pas là allumer la guerre civile? Mais M. Basnage ne le veut pas voir, et il passe tout cet endroit des Variations sous silence.

En voici un où il croit avoir plus d'avantage. On a rapporté dans celte histoire un célèbre écrit

1 Basn-, p. 501. — * Sleid., xvu, xvm, xix, xx, xxiv. — » Var., il; Sleid., vi. — * Var., il; Mel., iv, 70, 72.

de Luther, où « encore que jusqu'alors il eût affaiblit ma preuve, on même s'il sari quelque

en eigné qu'il n'était pas permis de résister aui eboseà la matière. Je ne cherchais pas dans Mé-

puissances légitimes, » il déclarait maintenant, lanchton te sentiment de Luther; il n'en parle

centre ses anciennes maximes, « qu'il était per» qu'obscurément à un ami qui savait le fait d'ail-

misde faire des ligues pour se défendre contre leurs. C'est de Sleidan que nous l'apprenons, et

l'i .Mpi in 1 1! et contre lout autre qui ferait ta ce sentiment de Luther était, en termes formels,

guerre an son .nom. ci (pic non-seulement le de permette* de *e Hguer pour prendre le* arme*

droit, maiseneore la nécessité et la consciknci même contre V empereur. On on a mi le passage,

mettait les innés en main aux protestants1.! qui m Ire aucune réplique : aussi M. Bas-

l'avais à prouver deux choses : l'une que Luther nage n'y en fait-il pas. De cette sorte ma preuve

fil cette déclaration après avoir été 1 1\ ressèment est complète ; la doctrine de Luther est claire, et

consulté sur la matière : je le prouve par Sleidan nous n'avons besoin de llélanchl n que pour en

<pii rapporte la consultation des théologiens et apprendre les mauvais effets. Il nous les décou-

jurisconsultes où il assista, et où il donna son vreen trois mots lorsqu'il se plaint que V écrit

avis tel qu'on vient de le rapporter ;' : l'autre, «pie donna le signai à toutes les ville* pour former de*

le même Luther mil son sentiment par écrit, et Uguet; ces ligues qu'il se glorifiait d'avoir Htti-

« que cet écrit de Luther répandu dans toute i>< Wfpie* que le* cent de bien devaient tant

l'Allemagne (ut comme le ion de tocsin pour hoir. Les ligues étaient donc comprises dans cet

exciter toutes les villes à faire des ligues; ce écrit de Luther, et les ligues contre l'empereur,

sont les propres termes de Mélanchton dans une puisque c'était celles dont il s'agissait, et pour

lettre de confiance qu'il écrivit à son ami Camé* lesquelles on était assemblé ; l'écrit n'était pas

rarius, et le (ail que je rapporterai Incontee- tronqué k cet égard, et c'est assex. Uo'on en ait,

rie témoignage constant de ces deux si vous voulex, retranché tes preuves dont Lu-

inrs. ther soutenait sa décision, ou que Mélanchton

Ajoutons que Mélanchton même, quelque lior- se plaigne qu'on la laisse trop sèche et trop crue

rem* qu'il eût toujours eue des guerres civiles, en luiôtantles belles couleurs dont sa douce et

eonsenlilàcet écrit. Car après avoirenseigné qu* artificieuse éloquence l'avait peut-être parée:

tous le* gent de bien dofoent9*oppo*eràoe* Ugue*', quoi qu'il an soit, le kit est constant, et le mot

après s'être glorifié de le* avoir ditsipée* l'année que j'ai omis ou par oubli ou connue inutile,

auparavant*, comme il a été démontré dans l'était en effet. Mais enfin rétablissons ce moi

{'Histoire des Variation* par ses propres termes •; oublié, si M. Basnage le souhaite : quel avantage

à la lin il s'y laisse aller quoiqu'on tremblant et an espère-t-il I si cet écrit tronqué, qui soulevait

comme malgré lui. « Je ne crois pas, » dit-il », toutes les villes contre l'empereur, déplaisait I

k qu'il nulle blâmer les précautions de nos gens; Luther, que ne le désavouait-il ? SI la fierté de

il'peut \ avoir de justes raisons de taire la guerre; Luther ne lui permettait pas un tel désaveu, où

Luther a écrit très-inodéreiuonl. et on a bien eu était la modération dont .Mélanchton se faisait

de la peine à lui arracher son écrit ; je crois que honneur ! était-ce SSSCI de se plaindre à l'oreille

vous voyez bien, mon cher Camérarius, que d'un ami d'un écrit tronqué, pendant qu'il cou-

nous n'avons point de tort. ■ Tout le reste qu'on rail toute l'Allemagne, et y soulevait toutes les

peut voir dans l' Histoire des Variations, est de villes? Mais ni Luther, ni .Mélanchton même ne

même style. Ainsi quoiqu'ils eussent peine a le désavouent ; et malgré toutes les chicanes de

apaiser leur conscience, Luther et Mélanchton M. Basnage, ma preuve subsiste dans toute sa

même franchirent le pas : toutes les villes suivi- force, el la Réforme esl convaincue par ce seul

reut. el la Réforme se souleva contre l'empereur écrit d'avoir passé la rébellion en dogme. par maxime. Le ministre revient à la charge . et il l'ait dire

M. Basnage m'objecte que « le passage de Mé- à Mélanchton, que Luther ne fut point consulté

lanchton que je cite esl falsifié G ; Mélanchton se sur la Ugue l. Mais, à ce coup, c'est lui qui troii-

plaint, » poursuit-il, « qu'on a publié Cet écrit que, et d'une manière qui change le sens. Mé-

dans toute l'Allemagne après l'avoir tronqué ! lanchton ne dit pas au lieu qu'il cite, c'est-à-dire

M. de Meaui efface ce mot qui détruit sa preuve, dans la lettre 111, que Luther ne fut pas con-

oar on sait hien que l'écrit le plus pacifique et suite sur la ligue ; voici ses mots : « Personne, »

le plus judicieux peut produire de mauvais effets dit-il 2, « ne nous consulte maintenant ni Luther

quand il est tronqué. » Voyons si ce mot ùlé ni moi sur les ligues. » Il ne nie pas qu'ils n'aient

été consultés, il dit qu'on ne les consulte plus

1 var., îiy. ne ; sud., m», yin, m. — » suid., ibid. — » Mei., maintenant; il avait dit dans sa lettre précé-

lib. iv, epist.85, 110, 111. — « Var., lib.iv,liv. v.— * Epis t. 11U, 111.

— « Ibid., p. 506. i jjasn., ibid., 50G. — J Met, lib. iv, epist. 3.

denfe : « On ne nous consulte plus tant sur la ce que je ne dis pas, et en laissant sans réplique

question, s'il est permis de se défendre par les ce que je dis.

armes1. » On les avait donc consultés, on les Et d'abord pour ce qui regarde les anahap-

consultait encore ; mais plus rarement, et peut- tistes, pourquoi s'étendre à prouver que Luther

être avec un peu de détour : mais toujours la les a détestés, et s'opposa avec chaleur à leurs

conclusion était qu'on pouvait fane des. ligues, visions J ? Je le savais bien, et je l'ai marqué en

c'est-à-dire prendre les armes contre Tempe- plus d'un endroit de Y Histoire des Variations 2.

reur. Comment Luther n'aurait-il pas rejeté Muncer et

Ce n'était plus là le premier projet, ni ces les siens, qui le traitaient de second Pape et de beaux desseins de la Réforme naissante, lorsque second Antéchrist, autant à craindre que le pre- Mélanchton écrivait au landgrave, c'est-à-dire mier contre lequel il se soulevait ? J'ai reconnu à l'architecte de toutes les ligues : 77 vaut mieux toutes ces choses, et je n'ai laissé pas pour cela périr, que d'émouvoir des guerres civiles, ou d'appeler les anabaptistes un rejeton de la doctF établir f Evangile, c'est-à-dire la Réforme, par trine de Luther*, non en disant qu'il ait aptes armes 2 ; et encore : Tous les gens de bien doi- prouvé leurs sentiments, à quoi je n'ai pas seuvent s'opposer à ces ligues 3. On dit que Mélanch- lement songé , mais parce qu'encore qu'il les ton était faible et timide ; mais que répondre à improuvât, il était vrai néanmoins que les ana- Luther, qui ne voulait que souffler pour détruire baptistes ne s'étaient formés qu'en poussant à bout l'Antéchrist romain sans guerre, sans violence, ses maximes.

en dormant à son aise dans son lit, et en discou- C'est ce qu'il fallait attaquer, mais on n'ose.

rant doucement au coin de son feu? Tout cela Car qui ne sait que les anabaptistes n'ont con-

était bien changé, quand il sonnait le tocsin damné le baptême des petits enfants, et le bap-

contre l'empereur, et qu'il donnait le signal pour tême sans immersion, qu'en poussant à bout

former les ligues, qui firent nager toute l'Aile- cette maxime de Luther, que toute vérité révélée

magne dans le sang. de Dieu est écrite, et qu'en matière de dogmes,

Mais après tout, à quoi aboutit tout ce discours les traditions les plus anciennes ne sont rien

du ministre ? Si on a eu raison de faire ces ligues dans l'Ecriture ? Disons plus : Luther a reproché

comme il le soutient4, pourquoi tant excuser aux anabaptistes de s'être faits pasteurs sans

Luther de les avoir approuvées? N'oserait-on mission; il s'est bien déclaré évangéliste par

approuver une bonne action ? Ou bien est-ce, lui-même *, et il n'a fait non plus de miracles

malgré qu'on en ait, qu'on sent en sa conscience pour autoriser sa mission extraordinaire, que

que l'action n'est pas bonne, et que la Réforme, les anabaptistes à qui il en demandait ». Si Mun-

qui la défend le mieux qu'elle peut, ne laisse pas cer et ses disciples se sont faits prophètes sans

dans le fond d'en avoir honte ? inspiration, c'est en imitant Luther, qui a pris

Il ne me reste qu'à dire un mot sur les guer- le même ton sans ordre, et on n'a qu'à lire les

res des paysans révoltés, et sur celles des ana- Variations pour voir qu'il est le premier des fa-

baptistes qui se mêlèrent dans ces troubles. Le natiques 6.

ministre s'échauffe beaucoup sur cette matière, M. Basnage me fait dire que Luther n'était pas

et se donne une peine extrême pour prouver que innocent des troubles de l'Allemagne"!. Déjà, ce

Luther n'a point soulevé ces paysans ; qu'au n'était pas dire qu'il les eût directement excités;

contraire il a improuvé leur rébellion ; qu'il a mais j'ai dit encore quelque chose de moins,

défendu l'autorité du magistrat légitime, même Voici mes paroles : « On ne croyait pas Luthei

dans son livre De la Liberté chrétienne, et ail- innocent des troubles de l'Allemagne8; il fallait

leurs, jusqu'à soutenir qu'il n'est pas permis de me faire justice en reconnaissant que je ména-

lui résister, lors même qu'il est injuste et perse- geais les termes envers Luther comme envers

cuteur, qu'il a toujours détesté les anabaptistes les autres, et que je prenais garde à ne rien

et leurs fausses prophéties qu'il a traitées de folles outrer. Car, au reste, on croyait si peu Luthei

visions ; qu'il a combattu de tout son pouvoir innocent de ces troubles, je veux dire de ceux

Muncer, Pfifer, et les autres séducteurs de cette des paysans révoltés comme de ceux des ana-

secte. II emploie un long discours à cette preuve : baptistes, que l'empereur en fit le reproche aux

en un mot, il est heureux à prouver ce que per- protestants en pleine diète, leur disant « que si

sonne ne lui conteste. Il a voulu avoir le plaisir on avait obéi au décret de Worms, où le luthé

de me reprocher deux ou trois fois hardiment ranisme était proscrit du commun consentement

mes calomnies ; mais c'a été en me faisant dire de tous les Etats de l'empire, on n'aurait pas vu

' IbU., 110. — ' lÂb. il, epUt. 16. — ' Un. IV, epist. 85. — Basn., 499. — 2 Var., liv. il. — 3 Ib. — 4 Ib., liv. I. — ^ 10. —

' Bam., x'M. * Ib. — 'i Basn., 497. — 8 Var., liv. il.

PREMIER DISCOURS

les malheurs dont l'Allemagne avait été affligée, parmi lesquels il niellait an premier rang la révolte des paysans et la secte des anabaptistes. » C'est ce que raconte Sleidan, que j'ai pris à garant de celle plainte '. M. Basnage est si subtil qu'il ne veut pas que Charles V ait chargé Luther des désordres qu'il imputait au luthéranisme. « M. de Meaux, dit-il 2, ajoute du sien que Luther fut chargé particulièrement de ce crime dans l'accusation de l'empereur ; ce qui n'est pas, » et sur cela il s'écrie : « Est-il permis d'ajouter et de retrancher ainsi a l'histoire?» Sans doute, lorsqu'on trouve dans l'histoire les malheurs attribués au luthéranisme, il sera toujours permis d'ajouter que c'est à Luther qu'il s'en faut prendre. Quai qu'en dise M. Basnage, les protestants répondirent mal a ce reproche de l'empereur, lorsqu'ils se vantèrent d'avoir condamné et puni les anabaptistes, ci. mm.' ils (iront

les paysans révoltés; car Pempereurne les accusai! pas d'avoir trempé dans leur révolte, cnume le veut notre ministre 3, mais d'y avoir donné lieu en rejetant le décret de Worms, et en soutenant Luther et sa doctrine que l'empire avait proscrite. Les effets parlaient plus que 1rs paroles : l'empire était tranquille avant Luther: depuis lui on ne vit que troubles sanglants, que divisions irrémédiables. Les paysans, qui menaçaient toute l'Allemagne, étaient ses disciples, et ne cessaient de le réclamer. Le fait est constant par Sleidan *. Les anabaptistes étaient sortis de son sein, puisqu'ils s'étaient élevés en soutenant ses maximes et en suivant ses exemples : qu'y avait-il à répondre, et que répondront encore aujourd'hui les protestants?

Diront-ils que Luther réprimait les rebelles par ses écrits, en leur disant que Dieu défendait la sédition ? On ne peut pas me reprocher île l'avoir dissimulé dans Y Histoire des Variations, puisque j'ai expressément rapporté ces paroles de Luther 5. Mais j'ai eu raison d'ajouter en même temps « qu'au commencement de la sédition il avait autant flatté que réprimé les paysans soulevés6, » c'est-à-dire en les réprimant d'un côté, qu'il les incitait de l'autre, tant il écrivait sans mesure. Est-ce bien réprimer une populace armée et furieuse, que d'écrire publiquement qu'on « exerçait sur elle une tyrannie qu'elle ne pouvait, ni ne voulait, ni ne devait plus souffrir " ? » Après cela, prêchez la soumission à des gens que vous voyez en cet état, ils n'écoutent que leur passion et l'aveu que vous leur faites, qu'ils ne peuvent ni ne doivent pas souffrir davantage les

• Slcid., lib. vu; Var., ibid.— 2 ûasn., ibid. — i Ibid.— « Sleid., 1. v; Var., 1. H. — » Var., Lu. — « Ibid; SUid., ibid. — ' Var., Ur. u.

B. Tom. IV.

maux qu'ils endurent. Rais Luther passe plus avant, puisqu'après avoir écrit séparément aux seigneurs et à leurs sujets rebelles, dans un écrit qu'il adressait aux uns et aux autres, u leur criait

qu'ils avaient « tort tous deux, et que s'ils ne

posaient les armes, ils seraient tous damnés». » Parler en celte sorte, non pas aux sujets relu-Iles seulement, comme il fallait, mais aux sujets et aux seigneurs indifféremment, à ceux dont les

armesétaientlégitimesetàccux dont elles étaient séditieuses, c'est visiblement enfler le cœur des derniers, et affaiblir le droit des autres. Bien plus, c'est donner lieu aux rebelles dédire : Nous désarmerons quand nous verrons nos maîtres désarmés; c'est-à-dire qu'ils ne désarmeront jamais; à plus forte raison les princes et les seigneurs ne désarmeruiil pas tes premiers. Ainsi

cet avis bizarre de Luther était propre à faire qu'on se regardât l'un l'autre, et que loin de désarmer, on en vint aux mains : ce qui. en effet, arriva bientôt apn s. gui ne VOitdbnc qu'il

fallait tenir un autre langage, et en ordonnant aux uns, le poser les armes, avertir les autres

d'en user avec clémence, même après la victoire? Mais Luther ne savait parler que d'une manière outrée : après avoir flatté ces malheureux jusqu'à dire les choses que nous venons d'entendre, il conclut à 1rs passer t<»iis dans le combat au (il de l'épée, même ceux ijui auront été entraines par force dans des actions séditieuses 2, encore qu'ils tendent les mains ou le cou aux victorieux. On en pourra voir davantage dans ÏHistoire des Variations. Il \ fallait répondre ou se taire, et ne se persuader pas que Luther eut satisfait à tous ses devoirs en parlant en général contre la révolte. Mais encore d'où lui venaient des mouvements si irréguliers, si ce n'est qu'un homme enivré du pouvoir qu'il croit avoir sur la

multitude, fait paraître partout ses excès, ou pour mieux dire, qu'un homme qui se croit prophète,

sans que le bon esprit du Seigneur soit tombé sur lui, s'imagine qu'à sa parole les baladions hérissés baisseront les armes, et que tous, grands et petits, seront atterrés?

Pour ce qui regarde le livre de la Liberté chrétienne, je reconnais avoir écrit, « qu'on prétendait que ce livre n'avait pas peu contribué à inspirer la rébellion à la populace'. » M. Basnage s'en offense 4 et entreprend de prouver que Luther y a bien parlé de l'autorité des magistrats. Loin de le dissimuler, j'ai remarqué, en termes exprès, qu'en parlant indistinctement en plusieurs endroits de son livre « contre les législateurs et les lois, il s'en sauvait en disant qu'il

' SUid., ibid. ; Var.. ibid. — » Ibid. 'Batn., p. 607.

— 3 Var., liv. U. -•

n'entendait point parler des magistrats ni des puissances soutenues par la majesté de la reli-

lois civiles. » Mais cependant dans le fait deux gion, était un moyen d'affaiblir les autres. » C'est

choses sont bien avérées, tant par les demandes précisément ce qui arriva dans la révolte de ces

des rebelles que par Sleidan, qui les rapporte * : paysans ; ils commencèrent par les princes ecclé-

l'une que ces malheureux, entêtés de la liberté siastiques, comme il paraît par Sleidan1 ; et la

chrétienne que Luther leur avait tant prôchée, se révolte attaqua ensuite sans mesure et sans res-

plaignaient « qu'on les traitait de serfs, quoique pect tous les seigneurs. C'en est trop pour faire

tous les Chrétiens soient affranchis par le sang voir qu'on avait raison de prétendre que le livre

de Jésus-Christ. » 11 est bien constant qu'ils ap- De la liberté chrétienne n'avait pas peu contribué

pelaient servitudes beaucoup de droits légitimes à inspirer la rébellion1*.

des seigneurs ; et, quoi qu'il en soit, c'était pour Et puisque M. Basnage nous met sur cette masoutenir cette liberté chrétienne qu'ils prenaient tière, il faut encore qu'il voie un beau discours les armes. 11 n'en faudrait pas davantage pour de Luther. Lorsque les séditieux semblaient n'en von comment ils prenaient ces belles proposi- vouloir qu'aux seuls ecclésiastiques, et qu'ils n'ations de Luther : « Le Chrétien est maître de vaient môme pas encore pris les armes, Luther tout ; le Chrétien n'est sujet à aucun homme ; le leur parlait en cette sorte : Ne faites point de sé- Chrétien est sujet à tout homme2. » On voit assez dition : il fallait bien commencer par ce bel enles idées que de tels discours mettent naturelle- droit ; car sans cela qui aurait pu le supporter ? ment dans les esprits. Ce n'est rien moins que Mais voici comme il continue 3 : « Bien que les l'égalité des conditions, c'est-à-dire la confusion ecclésiastiques paraissent en évident péril , je de tout le genre humain. Quand après on veut crois ou qu'ils n'ont rien à craindre, ou qu'en adoucir par des explications ces paradoxes har- tous cas leur péril ne sera pas tel, qu'il pénètre dis, le coup est frappé, et les esprits qu'on a pous- dans tous leurs Etats, ou qu'il renverse toute ses dans des excès n'en reviennent pas à votre leur puissance. Un bien autre péril les regarde ; gré. M. Basnage excuse ces propositions en disant et c'est celui que saint Paul a prédit après Daniel, que, selon Luther, « le Chrétien selon l'âme est qui est que leur tyrannie tombera, sans que les libre et ne dépend de personne, mais qu'à l'égard hommes s'en mêlent par l'avènement de Jésusdu corps et de ses actions, il est sujet à tout le Christ et par le souffle de Dieu : c'était là, pourmonde. » Tout cela est faux à la rigueur : car ni suivait-il, son fondement : c'est pour cela qu'il tout homme n'est sujet à tout homme selon le ne s'était pas beaucoup opposé à ceux qui precorps, puisqu'il y a des seigneurs et des souve- naient les armes ; car il savait bien que leur rains sur le corps desquels les sujets ne peuvent entreprise serait vaine et que si on massacrait attenter sans crime en quelque cas que ce soit ; quelques ecclésiastiques, cette boucherie ne s'éni l'indépendance de l'âme n'est si absolue qu'il tendrait pas jusqu'à tous. » ne soit vrai en même temps que toute âme doit On voit en passant l'esprit de la Réforme dès être soumise aux puissances supérieures et à leurs son commencement ; chaque temps a son procommandements, jusqu'au point d'en être liée phète, et Luther faisait alors ce personnage : tout même dans la conscience, selon saint Paul 3. Ce était alors dans saint Paul et dans Daniel, comme n'est donc point enseigner, mais tromper les tout est présentement dans l'Apocalypse ; sur la hommes, que de leur tenir en cette sorte de va- foi de la prophétie, il n'y avait qu'à laisser faire gués discours : et on peut juger de ce qu'ope- les séditieux contre les ecclésiastiques : ils n'en raient ces propositions toutes crues, comme Lu- tueraient guère ; et Luther se consolait de les voir tlier les avançait, puisqu'elles sont encore si périr en si d'abord petit nombre, parce qu'il irrégulières avec les excuses et les adoucissements était assuré d'une vengeance plus universelle qui de M. Basnage. allait éclater d'en haut sur eux. Si c'est dans Mais le livre de la liberté chrétienne produisit cette vue qu'il les épargne, que deviendront-ils, encore un autre effet pernicieux. Il inspirait tant hélas ! pour peu que tarde la prophétie ? Quoi, le de haine contre tout l'ordre ecclésiastique, et saint nom des prophètes sera-t-il toujours le jouet même contre les prélats qui étaient en même de la Réforme et le prétexte de ses violences et temps souverains, qu'on croyait rendre service à de ses révoltes ? Mais laissons ces plaintes et ren- Dieu lorsqu'on en secouait le joug qu'on appe- fermons-nous dans celles de notre sujet. On nous lait tyrannique. L'erreur passait aisément de l'un demande quelquefois la preuve des séditions à l'autre ; je veux dire, comme il a été remarqué causées par la Réforme, et poussées dès son dans Y Histoire des Variations *.« quemépriser les consentement contre les Catholiques et contre les

„,.,„,., , „ , prêtres jusqu'à la pillerie: les voilà poussées jus-

' Sleid., lib. v. — » Luth., De hb. Christ. — î Rom., xm, 1. 6- l J ^ r

- ♦ Liv. u. ' Sleid., ibid. - ' Var., ibid. — 3 Skid., lit», v.

PRKMIER DISCOURS.

qu'an meurtre; et c*esl Luther, témoin non suspect, qui le dépose lui-même. On l'accuse <l'\ ivoirdu moins connivé; c >i i n'a pas besoin de |iivii\f, et c'est lui-même <|iii nous avoue qu'iJ ne s'y est opposé que faiblement, sans se mettre beaucoup en peine d'arrêter le cours de la sédition tiïinie. II lui laissait massacrer un petit nombre. d'ecclésiastiques, el c'était assez que la boucherie ne s'étendit pas sur tous. Peut-on nier, sous couleur de réprimer la sédition, que ce ne soit là lui lâcher la Initie ? Je n'a\ais point rapporté cet étrange discours dé Luther dans Y Histoire des

Variations : on pense me taire accroire que j'y

exagère les excès de la Réforme; on voit, loin d'exagérer, que je suis contraint de supprimer

beaucoup de choses ; et on \erra dans tous les

endroits qu'on attaquera de cette histoire, qu'on a ai peu de moyen d'en affaiblir les accusations, que la Réforme an contraire paraîtra toujours

plus coupable que je ne l'ai (lit d'abord, à cause «pie j'étais contraint à donner des bornes à mon discours.

Cependant on ne rougit pas de m'accusera mauvaise foi ', et même de calomnie. <>s reproches m'ont l'ait horreur, je l'avoue : j'écris sous les yeux de Dieu ; et on a pu foir (pie je tâche (le mesurer toutes mes paroles, en sorte que mes expressions soient plutôt bibles qu'outrées. S'il faut user de termes forts, la force de la vérité nie

les arrache. M. Basnage m'objecte une contradiction sensible7, vu ce ijuc je ceux que Luther, dis l'an 1825, ait soulevé ou entretenu la rébellion des paysans, pendant qnc j'avoue ailleurs*, que jusqu'à la ligue de Smalealde, qui se fit longtemps après, il ni/ avait rien de plus inculqué <lans ses écrits que cette maxime, qu'on neiloitjamaisprendre les armes pour la cause de l'Evangile. Je reconnais mes paroles. Certainement je n'avais garde d'accuser Luther d'avoir au commencement rejeté l'obéissance due au magistrat, et même au magistrat persécuteur ; puisqu'au contraire j'avoue que, bien éloigné d'en venir à cet excès, il enseigna les bonnes maximes ; et c'est par où je le convaincs d'avoir varié lorsqu'il en a pris de contraires. Il fallait que la réforme fut confondue par elle-même dès son principe, et que la loi éternelle la forçât d'abord à établir l'obéissance qu'elle devait rejeter dans la suite. Le bien ne se soutient pas chez elle ; il n'y prend point racine, pour ainsi parler, parce qu'il n'y a jamais toute sa force ; de là vient aussi qu'elle se dément dans le temps même qu'elle dit la vérité. Luther fomentait la rébellion qu'il semblait vouloir éteindre, et en un mot, comme on vient de voir, il inspirait plus de mal qu'il n'en conseil-

> Batn., ibid. — * Basn., 600. — » Var., 1. iv.

lait en effet dans ce temps-là. Mais dans la suite il ne garda point de mesure ; Uenseigna ouvertement (pion peut armer contre les souverains, sans épargner ni rois, ni Césars : toute l'Allemagne protestante entre dans ces sentiments ; la contagion gagne l'Ecosse et l'Angleterre ; la France ne s'en sauve pas; la Réforme remplit tout de sang et de carnage : dans les vains efforts

qu'elle lait pour effacer de dessus son front ce

caractère si visiblement antichrétien, elle succombe, et ne trouve plus de ressource qu'à chercher même parmi nous de mauvais exemples; comme si réformer le monde était seulement prendre un beau titre, sans valoir mieux que les antres.

Riais si on ne voulait p;is éviter soi-mêmeles abus qu'on reprenait dans l'Eglise, il ne fallait

pas du moins approuver ses propres égarements,

ni s'en taire honneur. Nous délestons parmi nous tout ce que nous \ voyons de mauvais exemples, en quelque lieu qu'il paraisse, et de quelque nom qu'il s'autorise : les rébellions des protestants sont passées en dogmes et autorisées par les Bynodes : ce n'est point un mal qui soit survenu à la Réforme vieillie et défaillante : c'est dès son commencement et dans SB force, c'est sous les

réformateur • el par leur autorité qu'elle est tombée dans (il excès ; et des abus si énormes ont les mêmes auteurs que la Réforme.

(>n peid voir beaucoup d'autres choses également convaincantes sur cette matière dans un livre intilulé : Avis aux réfugiés, qui vient de tomber cidre mes mains, quoiqu'il ail été im-

priméen Hollande au commencement de l'année passée. Cet ouvrage semble être bâti sur les fondements de Y Apologie des Catholiques, qui n'a

laissé aucune réplique aux protestants; mais, pour leur ôler tout prétexte, on y ajoute en ce livre non-seulement ce qui s'est passé depuis, mais encore tant d'autres preuves de ces excès de la Réforme, et une si vive réfutation de ses sentiments, qu'elle ne peut plus couvrir sa confusion. Si l'auteur de ce bel ouvrage est un protestant, comme la Préface et beaucoup d'autresraisons donnent sujet de le croire, on nepeutassez louer Dieu de le voir si désabusé des préventions où il a été nourri, et de voir que sans concert nous soyons tombés lui et moi dans les mêmes sentiments sur tant de points positifs. Je ne dois pas refuser celte preuve de la vérité; elle se fait sentira qui il lui plaît; et lorsqu'elle veut faire concourir les pensées des hommes au même but, nulle diversité d'opinions ou de pensées ne lui fait obstacle. Les protestants peuvent voir dans cet ouvrage1, avec quelle témérité M. Jurieu les

* Avii, p. 77,

vantait il y a dix ans; comme les plus assures et la puissance des rois, qu'on n'en trouve duet les plus fidèles sujets ' : On leur montre rant six à sept cents ans parmi les peuples qui, dans cet ouvrage l'affreuse doctrine de leurs en ce point, ont reconnu le pouvoir de Rome, auteurs contre la majesté des rois et contre la Enfin la Réforme, poussée à bout pour ses rétranquillité des Etats. Toute la ressource de la voltes, produisaitpourdernièreexcusel'exem- Réforme était autrefois de désavouer, quoi- pie des Catholiques sous Henri le Grand: mais qu'avec peu de sincérité, tous ces livres que on l'a encore forcée dans ce dernier retranl'esprit de rébellion avait produits, ceux d'un chement \ non-seulement en lui faisant voir Buchanan, ceux d'un Paré, ceux d'un Junius combien il était honteux, en se disant Réfor- Brutus, et tant d'autres de cette nature; mais mes, de faire pis que tous ceux qu'on était maintenanton leur ôteentièrementcette vaine venu corriger; mais encore en montrant dans excuse en leur montrant qu'ils ont confirmé le bon parti, qui était celui du roi, des parlcet qu'ils confirment encore, par leur pratique ments tout entiers composés de Catholiques, constante, cette doctrine qu'ils désavouaient ; une noblesse infinie de même croyance, et et que l'Eglise anglicane, qui de toutes les presque tous les évoques, desquels nulle autoprotestantes avait le mieux conservé la doc- rite et nul prétexte de religion n'avait rien pu trine de l'inviolable majesté des rois, se voit obtenir contre leur devoir : au lieu que, parmi contrainte aujourd'hui de l'abandonner 2. les protestants, lorsqu'on y a attaqué les sou- On n'oublie pas que M. Jurieu, le même qui verains, la défection a été universelle et pousnous vantait il y a dix ans la fidélité des pro- sée jusqu'aux excès qu'on a vus. Joignez à testants à toute épreuve, jusqu'à dire que toutes ces choses, si évidemment démontrées « tous les huguenots étaient près de signer par un protestant dans Y Avis aux réfugiés, de leur sang que nos rois ne dépendent pour ce que j'ai dit dans ces deux derniers avertisle temporel de qui que ce soit que de Dieu, sements en me renfermant comme je devais, et que sous quelque prétexte que ce soit les dans la Défense desVariations contre M. Jurieu sujets ne peuvent être absous du serment de et M. Basnage qui les attaquaient; l'histoire fidélité 3, » à la fin a embrassé le parti de de la Réforme paraîtra affreuse et insupporceux qui donnent tout pouvoir aux peuples table, puisqu'on y verra toujours l'esprit de sur leurs rois : qu'il leur laisse par consé- révolte en remontant depuis nos jours jus quent le pouvoir de s'absoudre eux-mêmes, qu'à ceux des réformateurs, et sans attendre personne, de tout serment Ainsi, par un juste jugement, Dieu livre au de fidélité et de toute obligation d'obéir à sens réprouvé et à des erreurs manifestes ceux leurs souverains; et qu'il s'est par ce moyen qui prennent des noms superbes contre son réfuté lui-même, plus que n'auraient jamais Eglise, et entreprennent de la réformer dans sa pu faire tous ses adversaires ensemble. Par doctrine. Témoin encore le mariage dulandlà on découvre clairement que la réforme grave, l'éternelle confusion de la Réforme, et n'a rien de sérieux dans ses réponses qu'elle l'écueil inévitable où se briseront à jamais les accommode au temps et les fait au gré tous les reproches qu'elle nous fait des abus de ceux qu'elle veut flatter. Ce qui donnait de nos conducteurs. Car y en a-t-il un plus prétexte aux protestants de préférer leur fidé- grand que de flatter l'intempérance, jusqu'à lité à celle des Catholiques, était la prétention autoriser la polygamie, et d'introduire parmi des Papes sur la temporalité des rois. Mais les Chrétiens des mariages judaïques et mahooutre qu'on leur a fait voir dans ce livre que métans? Vous avez vu les égarements du toute la France, une aussi grande partie de ministre Jurieu sur ce sujet; si étranges et si l'Eglise catholique, fait profession ouverte de excessifs, queplusieursbonsprotestantsenont la rejeter \ on montre encore plus clair que eu honte. J'ai vu les écrits de M. de Beauval, le jour que, s'il fallait comparer les deux sen- que M. Jurieu tâche d'accabler par son autorité timents, celui qui soumet le temporel des ministrale; j'ai vu la lettre imprimée d'un misouverains aux Papes, et celui qui le soumet nistre sur ce sujet. J'ai cru que c'était M. Basau peuple ; ce dernier parti, où la fureur, où nage, confrère de M. Jurieu dans le ministère le caprice, où l'ignorance et l'emportement de Rotterdam: on m'assure que c'est un autre, dominent le plus, serait aussi sans hésiter le je le veux ; et quoi qu'il en soit, ce ministre, plus à craindre. L'expérience a fait voir lavé- qui m'est inconnu, pous.se vigoureusement rite de ce sentiment, et notre âge seul a mon- M. Jurieu, qui de son côté ne l'épargne pas. tré, parmi ceux qui ont abandonné les souve- Le mariage du landgrave et l'erreur prodirains aux cruelles bizarreries de la multitude, gieuse des réformateurs a excité ce tumulte, plus d'exemples tragiques contre la personne parmi les ministres. M. Basnage lui-même, , ,., . , . '. <)1( . , , , . a, ; qui ne veut pas être l'auteur de la lettre

1 Polit, du clergé. — 7 Avis, p. 219 et sulv — » Avis, p. 81 et * '

suiv.i Pola. du clergé, p. 217. — * l'ag. 210, 211, 214. " Avh, p. 232 et suiv.

PREMIER DISCOURS. 37

publiée contre son confrère, prend un autre tour rejeton* les crimes honteux qu'on est contraint de

qui' le sien dans sa Réponte aux Variations; cacher1 ; et encore, Ce qui se fait parmi eux, cl,

fOJODS s'il réussira mieux ; et poussons encore mu pis est, ce qu'on y approuve, ce qu'on y au-

ce ministre par cet endroit-là : ce scia autant torise, est honteux meme à dire 2; et enfin cette

d'avance sur la réponse généi aie qu'il lui faudra parole de Jésus-Christ même: Celui qui fait le

faire, et elle sera déchargée de cette matière, mal hait la lumière3. Ainsi qui veut découvrir le

Voici donc comme il commence ' : « Il faut ren- faux de la Réforme, et la faible idée qu'on y a

die justice aux grands hommes autant que la du vice et de la vertu, n'a qu'à entendre les vai-

vérité le permet ; mais il ne faut pas dissimules nés excuses dont elle tâche de diminuer ou de

leurs fautes. J'avoue donc (pie Luther ne devait pallier I, s faiblesses les plus honteuses de ses

pasaccorder au landgravede Besse la permission prétendus grands nommes,

d'épouser une seconde femme, lorsque la pre- Hais ils ne connaissaient peut-être pas toute

mière était encore vivante : et M. de Meaux a l'horreur du crime qu'ils commettaient C'est ce

raison de le condamner sur cet article. » C'est qu'on ne peut pas dire en cette rencontre. Car

quelque chose d'avouer le fait, et de condamner ils avaient que leur crime était d'autoriser imo

le crime sans chicaner : mais il en fallait davan- erreur contre la foi, de pervertir le sens des

tage pour mériter la louange d'une véritable et Ecritures, d'anéantir la réforme que le Pila de

chrétienne sincérité : il fallait encore rayer Lu Dieu avait faite dans le mariage. Ils savaient la

llur, Bucer et Melanehtou, ces chefs des réfor- conséquence d'une telle erreur, puisqu'ils re-

mateurs, du rang des tjruixls hommes. &\v encore connaissaient expressément que si leur déela-

que les grands hommes en matière de religion ration venaitaux oreilles du public, ils n'auraient

et de piété, qui est le genre où l'on veut placer rien de moins à craindre que d'être mis au rantj

ces trois personnages, puissent avoir des bibles* des mahomiUtnt et des anabaptistes qui se jouent

ses, il y en a qu'ils n'ont jamais, comme celle de du muriaqe 4. C'est en effet en ce rang qu'ils ne

trahir la vérité et leur conscience, de llatter la craignent pas de se mettre, pourvu que le CM

corruption, d'autoriser l'erreur et le vice connu soit secret. L'erreur qu'ils autorisent est quelque

pour tel ; de donner au crime le nom de la sain- chose de pis qu'un adultère public, puisqu'ils

teté et de la vertu ; d'abuser pour tout cela de aiment mieux que la femme qu'ils donnent au

l'Ecriture et du ministère sacré ; de persévérer landgrave passe pour une impudique et lui pour

dans cette iniquité jusqu'à la lin, sans jamais un adultère, que de découvrir l'infâme secret de

s'en repentir ni s'en dédire, et d'en laisser un son second mariage. Par leur consultation ils ne

monument authentique et immortel à la posté- justifient pas ce prince. Car un aveugle qui se

rite. Ce sont là manifestement des faiblesses in- laisse conduire par d'autres aveugles n'en est

compatibles, je ne dis pas avec la perfection des pas quitte pour cela, et il tombe avec eux dans

grands hommes, mais avec les premiers coin- l'abime. Ils damnent donc celui qui leur conliail

mencements de la piété. Or tels ont été Luther, sa conscience, et ils se damnent avec lui. Ils le

Buccr et Mélanchton : ils ont trahi la vérité et damnent, dis-je, d'autant plus inévitablement,

leur conscience : c'est de quoi M. Basnage de- qu'il se tlatte du consentement et de l'autorité

meure d'accord, et en pensant les excuser il met de ses pasteurs, qui n'étaient rien de moins dans

le comble à leur honte. « Je remarquerai, » dit- te parti que les auteurs de la Réforme. Je ne vois

il V< trois choses : » la première, a qu'on arra- rien déplus clair ni ensemble de plus affreux

cha celle faute à Luther; il en eut honte, et vou- que tous ces excès.

lut qu'elle fut secrète. » Buccr et Mélanchton ont On leur arracha cette faute, dit M. Basnage.

la même excuse; mais c'est ce qui les condamne. Quoi ! leur lit-on violence, pour souscrire à cet

Car ils n'ont donc pas péché par ignorance : ils acte infâme qui ternit la pureté du christianisme,

ont donc trahi la vérité connue : leur conscience où un adultère public est appelé du saint nom de

leur reprochait leur corruption ; ils enontétouffé mariage ? Leur fit-on voir les épées tirées ? Les

les remords, et ils tombent dans ce juste repro- enfenna-t-on du moins? Les menaça-t-on de leur

che de saint Paul : leur esprit et leur conscience faire sentir quelque mal ou dans leur personne

sont souillés3. Voilà les héros de la Réforme et ou du moins dans leurs biens? C'est ce qu'on

les chefs des réformateurs. Si c'est une excuse de eût pu appeler en quelque façon leur arracher

cacher les crimes qui ne peuvent pas môme une faute ; quoique dans le fond on n'arrache

souffrir la lumière de ce monde, il faut effacer rien de semblable à un parfait Chrétien, et il

de l'Ecriture ces redoutables sentences : Nous sait bien mourir plutôt que de céder à la vio-

1 Basn., part. 11, tom. i, c. 3, p. 443. — s Ibid. — 3 TU., ' // Cor., iv, 2—3 Eph., v, 12.— ' Joan., m, 20.— 4 Consul'..,

I, 1*. 10, 11; Yar., 1. vi.

lence. Mais il n'y eut rien de tout cela dans la souscription des Réformateurs : on leur promit des monastères à piller l : que la Réforme en rougisse : le landgrave, l'homme du inonde qui avait le plus conversé avec ces réformateurs, et qui les connaissait le mieux, les gagne avec ces promesses : et voilà toute la violence qu'il leur fait. Il est vrai qu'il leur fait aussi entrevoir qu'il pourrait les abandonner, et s'adresser ou à l'empereur ou au Pape même. A ces mots, la Réforme tremble : « notre pauvre petite Eglise, misérable et abandonnée, a besoin, » dit-elle 2, de princes régents vertueux : » de ces vertueux qui veulent avoir ensemble deux épouses : il faut tout accorder à leur intempérance, de peur de les perdre ; une Eglise qui s'appuie sur l'homme, et sur le bras de la chair, ne peut résister à de semblables -violences. C'est ainsi que Luther, Bucer et Mélanchton, ces colonnes de la Réforme, sont violentés selon M. Basnage ; et cela, qu'est-ce autre chose qu'avouer en autres termes qu'ils sont violentés par la corruption de leur cœur ?

Elle fut si grande et leur assoupissement si prodigieux, qu'ils ne se réveillèrent jamais ; ils sentaient qu'ils laissaient un acte de célébration de mariage, la première femme vivante, où il était énoncé qu'on le faisait : « en présence de Mélanchton, de Bucer et de Mélandei-s, le propre pasteur et prédicateur du prince, » et de l'avis de plusieurs autres prédicateurs, dont la consultation était jointe au contrat de mariage, signée en effet de sept docteurs, à la tête desquels étaient Luther, Mélanchton, Bucer, et à la fin le même Denis Meîander, le propre pasteur du landgrave4. Ces deux actes furent déposés dans les registres publics attestés authentiquement par des notaires, « pour éviter le scandale et conserver la réputation de la fille que le landgrave épousait et de toute son honorable parenté 5. » Ces actes étaient donc publics, et on supposait qu'ils devaient paraître un jour comme regardant tout ensemble et l'honneur d'une famille considérable, et même l'intérêt d'une maison souveraine. Cependant, loin de les avoir jamais révoqués, Luther et ses compagnons y persistent. Ce secret honteux ne fut pas si bien gardé, qu'on n'en ait fait le reproche et au landgrave et à Luther de leur vivant : ils s'en sauvent par des équivoques, et Luther y ajoute fièrement à son ordinaire que le landgrave est assez puissant, et a des gens assez savants pour le défendre 6 : ce qui est joindre la menace au crime, et insulter à la raison à cause que le mépris en est soutenu par la puissance.

1 Vm , liv. \i. — 2 Connlt., n.3; Far., liv. vi.— » JOid., Inslr. eepu'. , à la fin du même liv. — * Jbid. — i lOid. — * Var., liv. iv.

Tout cela est démontré si clairement dans l'Histoire des Variations, qu'on n'a rien eu à y répliquer : telle a été la conduite de ces grands hommes, et il faut du moins avouer qu'il n'y en a de cette figure que dans la Réforme.

Grâce à Dieu, ceux que nous reconnaissons parmi nous pour de grands hommes, ne sont pas tombés dans des excès où l'on voie de la perfidie, de l'impiété, une corruption manifeste et une lâche prostitution de la conscience. Mais sans parler des grands hommes, je pose en fait, parmi tant de fautes dont les protestants ont chargé quelques Papes à tort ou à droit, qu'ils n'en nommeront jamais un seul, dans un si grand nombre, et dans la suite de tant de siècles, qui soit tombé dans un abus de cette nature. Qu'ainsi ne soit 31. Basnage, qui pousse en cette occasion la récrimination le plus loin qu'il peut, n'a eu à nous objecter que deux décrets des Papes : l'un de Grégoire II, et l'autre de Jules II. Or, pour commencer avec lui par le dernier, il nous objecte la dispense que ce Pape accorda a Henri VIII l, pour épouser la veuve de son frère Arthus ; et comme s'il avait prouvé qu'il fut constant que cette dispense fut illégitime, il s'écrie en cette sorte : « Faut-il moins de sainteté pour être vicaire de Jésus-Christ, et le chef de l'Eglise, que pour réformer quelques abus ? ou l'inceste est-il un crime moins énorme qu'un double mariage ? » Il renouvelle ici le fameux procès du mariage de Henri VIII avec Catherine d'Aragon ; mais visiblement il n'y a nulle bonne foi à comparer ces deux exemples. Afin qu'ils fussent égaux, il faudrait qu'il fût aussi constant que le mariage contracté avec la veuve de son frère est réprouvé dans l'Evangile, qu'il est constant que le mariage contracté avec une seconde femme, la première encore vivante, y est rejeté. Mais M. Basnage sait bien le contraire, il sait bien, dis-je, qu'il est constant entre lui et nous que la polygamie est défendue dans l'Evangile et qu'une femme surajoutée à celle qu'on a déjà ne peut être légitime. Oserait-il dire qu'il soit de même constant entre nous, que l'Evangile ait défendu d'épouser la veuve de son frère, ou que le précepte du Lévitique qui défend de tels mariages, ait lieu parmi les Chrétiens ? Mais il sait, loin que cela soit constant parmi nous, qu'il ne l'est pas même parmi les protestants. Nous en avons rapporté dans YHistoire des Variations 2 les témoignages favorables au mariage de Henri VIII et à la dispense de Jules H. Mélanchton et Bucer ont approuvé cette dispense, et conséquemment ont improuvé le divorce de Henri VIII. Castelnau, dont nous avons vu l'autorité alléguée par M.

1 Basn., 443. — J Var., 1. vui.

PREMIEK DISCOURS. 33

Basnage, dit expressément que « ce roi envoya quenl une calomnie de dire qu'elle s'élève aura Allemagne et à Genève, oftVant de te faire dessus de la loi de Dieu, ou qu'elle en prétende chef «les protestants, mener dix mille Anglais à la dispenser.

guerre, el contribuer cent mille livres sterhngs, M. Basnage nous oppose un second décret de qui Talent un million délivres tournois : mais Pape, et il est bon d'entendre avec quel air de ils ne voulurent jamais approuver la répudia- décision et de dédain il le (ait. « Bf. de Bfeaux tkm1. » Selon le témoignage de ce grave audi- se trompe, » dit-il1, « quand il assure si forteteur, la répudiation l'ut improuvée non seulement ment (au sujet de la consultation de Luther) que eu Allemagne, mais encore à Genève même, ce fut la première fois qu'on déclara que Jésusc'est-à-dire dans les deux parties de la nouvelle Christ n'a point défendu de semblables mariages Réforme. Si Calvin a introduit depuis ce temps (où l'on a deux femmes ensemble] : il faut letton autre sentiment parmi les siens, il ne laisse rer d'erreur en lui apprenant ce que lit Grépas de demeurer pour constant que la dispense goire il. lequel étant consulté, si l'Eglise romaine

de Jules 11 était si favorable, qu'elle lui même crovait qu'on put prendre deux femmes, loi sque

approuvée de ceux qui cherchaient le plus à cri- la première, détenue par une longue maladie, tiquer la conduite des râpes. œ pouvait souffrir le commerce de son mari, M. Basnage reproche Unies D d'avoir accordé décida » selon la vigueur du Siège apostolique, cette dispense hautement et à la face du soleil, que lorsqu'on ne pouvait se contenir, il (allait au lieu que Luther a eu Monte de celle qu'il a prendre une autre femme, pourvu qu'on fournit donnée, et tteha de la cacher : ce qui est Belon lés aliments à la première. On voit déjà en pasce ministre hien moins criminel. Sans doute saut que 06 n'est pas là prendre deux femmes, quand le crime est manifeste, l'audace de le pu- comme M. Basnage veut le l'aire entendre, mais bher en l'ait le comble. Mais ce n'est pas de quoi en quitter une pour une autre, ce qui est hien

il s'agit. Jules 11 n'avait garde de rougir de sa éloigné de la bigamie dont il s'agit entre m

dispense, ou de la cacher à l'exemple des chefc Au reste ce curieux décret, que M. Basnage

delà Réforme, puisqu'au contraire il la donnait daigne hien m'apprendre, n'est ignoré de per-

hautement comme légitime; qu'elle l'ut puhli- sonne-, toutes qoa écoles en retentissent, et nos

quement acceptée par tout le royaume d'Angle- novices en théologie le savent par coeur. Après

terre, où elle demeura sans contradiction durant deux autres passagesausal vulgaires que celui là,

vingt ans, et qu'en effet les fondements s'en M. Basnage, avec un ton fier et un air magistral,

trouvèrent si solides, que les plus passionnésdes nous avertit qu'il nous les rapporte que « pour

Papes les crurent inéhranlahles. Voilà ce que apprendre à M. de Mcaux qu'il ne doit pas se

l'on compare à la scandaleuse consultation de faire honneur de l'antiquité qu'il n'a pas exa-

Lulher. minée2. » Je lui laisse faire le savant tant qu'il

Le ministre nous objecte que « le concile de lui plaira, et il aura bon marché de moi, tant

Trente prononce analhème contre ceux qui lui qu'Ù ne me reprochera que de l'ignorance : je

disputeront le pouvoir de dispenser dans les de- ne trouve rien de plus bas ni de plus vain parmi

grés d'affinité défendus par la loi de Dieu 2. » les hommes que de se piquer de science ; mais

D'où il conclut « que l'Eglise romaine se donne aussi ne faut-il pas en avoir beaucoup pour ré-

l'autorité de faire des choses directement cou- pondre h M. Basnage. Cette décision de Gré-

traires à la loi de Dieu. » Il dissimule qu'il s'agit goire II se trouve parmi ses Lettres3, et encore

ici de l'ancienne loi et de sa police, et que dans dans le décret de Gratien avec cette note au bas :

ce décret du concile, la question n'était pas si ]Uud GregorU sacris canonibus, imo evangelicœ

l'Eglise pouvait dispenser de la loi de Dieu, ce et apostolicœ doctrinœ penitus reperitur adver-

que les Pères de Trente n'ont jamais pensé; mais sum^, c'est-à-dire : « Cette réponse de Grégoire

si Dieu lui-même avait abrogé la loi ancienne à est contraire aux saints canons, et même à la

cet égard. Nous prétendons qu'une partie des doctrine évangélique et apostolique. » Les Papes

empêchements du mariage portés par le Lévi- ne sont donc pas si jaloux qu'on pense de main-

tique sont de la loi positive et de la police de tenir comme inviolables toutes les réponses de

l'ancien peuple, dont Dieu nous a déchargés : leurs prédécesseurs, puisqu'on trouve celle-ci

en sorte que ces empêchements ne subsistent avec cette note dans le décret imprimé par ordre

plus que par des coutumes et des lois ecclésias- de Grégoire XIII, et que les réviseurs qu'il avait

tiques. Ce n'est qu'en cette matière et dans cette nommés n'y trouvaient rien à redire. Ainsi, sans

vue que l'Eglise en dispense : et c'est par consé- nous arrêter à ce que d'autres ont dit sur ce

• Mêm. de Cast., 1. i, c. n, p. 29. Le Lab. - ■ Basn., ibid., 443; ' Pa$. 443. - > Pag. 414.- * Gregor., il, epist. 9, ban. i, Cône.

Conc. Trid., sess. 1!4, can. 3. GaM— « L>cc, part, u, caus. 32, quaest. 7, cap.18. Qwd propoiuuk.

passage, contentons-nous de demander à M. femmes sans encourir l'excommunication de son Basnage ce qu'il en prétend conclure? Quoi: que clergé.» Qu'appelle-t-il son clergé? Ce sont les ce Pape a approuvé comme Luther qu'on eût évêques du IVB siècle. N'est-ce pas aussi le clergé deux femmes ensemble pour en userindifférem- de M. Basnage, et veut-il, à l'exemple de M. Jument ? C'est tout le contraire : c'est autre chose rieu, livrer à l'Antéchrist ce clergé auguste, qui de dire, avec ce Pape, que le mariage soit dis- comprend les colonnes du christianisme ? Veut-il sous en ce cas, autre chose de dire, avectuther, dire que tant de saints, et un siècle si plein de que sans le dissoudre on en puisse faire un se- lumières, ait approuvé une loi si étrange et si cond ; l'un a plus de difficulté, l'autre n'en eut inouïe, je ne dis pas seulement dans l'Eglise cajamais la moindre parmi les Chrétiens ; et Lu- tholique, mais dans l'empire romain, ou qu'on ther est le premier et le seul à qui la corruption ait pu douter un seul moment que la polygamie a fait naître un doute sur un sujet si éclairci. fût défendue ? Il n'oserait l'avoir dit, et il sait Que si parmi les protestants, d'autres, ou devant bien qu'on l'accablerait de passages qui lui prouou après lui ont soutenu en spéculation la poly- veraient le contraire. Mais enfin il y a eu une garnie, il est le seul qui ait osé pousser la chose loi? Je n'en crois rien, non plus que Baronius et jusqu'à la pratique. M. Valois, et tous nos habiles critiques. Socrate,

Mais enfin, dira-t-on, quoiqu'il en soit, un qui le dit seul1, ne mérite pas assez de croyance Pape se sera trompé ? Est-ce là de quoi il s'agit ? pour établir un fait si étrange : M. Basnage sait M. Basnage connaît-il quelqu'un parmi nous qui bien qu'il en hasarde bien d'autres dont il est entreprenne de soutenir que les Papes ne se dédit par tous les savants. Sozomène, qui le suit soient jamais trompés, pas même comme doc- presque partout, se tait ici : Théodoret de moteurs particuliers ? et quand il voudrait conclure me : en un mot, tous les auteurs du temps ou que celui-ci se serait trompé même comme Pape, des temps voisins gardent un pareil silence, et à cause qu'il parle comme il le dit lui-même : on ne trouve ce fait que dans ceux qui ont copié Vigore Sedis Apostolicœ : Avec la force et la vi- Socrate quatre à cinq cents ans après. Il ne faut gueur du Siège Apostolique : sans examiner s'il pas oublier deux auteurs païens qui ont écrit vers est ainsi, et si c'est là tout ce qu'on exige pour les temps de Valentinien. C'est Ammien Marcelprononcer, comme on dit ex cathedra : enfin linetZozime; le premier est constamment peu tout cela n'est pas notre question. Ce n'est pas favorable à ce prince, qu'il semble même vouune ignorance, ou une surprise de Luther que loir déprimer, en haine du mépris qu'il témoinous objectons à la Réforme; il n'y aurait rien gnait pour Julien l'Apostat, le héros de cet hislà que d'humain : c'est une séduction faite de torien2 : et néanmoins, parmi toutes ses fautes, dessein, dans un dogme essentiel du christia- qu'il marque avec un soin extrême, non-seulenisme, par une corruption manifeste, contre la ment il ne marque point celle-ci, mais il semble vérité et sa conscience. Il n'en est pas ainsi de même qu'il ait dessein de l'exclure, puisqu'il Grégoire II ; ce n'est point pour flatter un prince rend ce témoignage à Valentinien : que ce prince, qu'il a écrit de cette sorte : c'est dans une diffl- «toujours attaché aux règles d'une vie pudique, culte assez grande une résolution assez générale : a été chaste au dedans et au dehors de sa maion ne lui a fait espérer, pour le corrompre, ni son, sans avoir jamais souillé sa conscience par le pillage d'un monastère, ni de secourir son aucune action malhonnête et impure, ce qui parti ; il ne se croit pas obligé de cacher sa ré- même le rendait sévère à réprimer la licence de ponse, s'il s'est trompé : aussi ne le suit-on pas, ia cour'. » Aurait-on rendu ce témoignage à un et on le reprend sans scrupule ; mais enfin il a prince qui eût entrepris de faire une loi, et de dit naturellement ce qu'il pensait : M. Basnage donner un exemple pour autoriser la polygamie n'a pu le convaincre, ni lui ni les autres Papes, que ies Romains, même païens, ne jugeaient d'avoir décidé contre leur conscience, comme digne que des Barbares ; que Valérien, que Dio- Luther et ses compagnons sont convaincus de clétien et les autres princes avaient réprimée par l'avoir fait, et par les reproches de la leur, et de des lois expresses, qu'on trouve encore dans le l'aveu de M. Basnage; et ainsi les Réformateurs Code?

de la Papauté n'y ont pu trouver aucun abus qui ' si Valentinien en avait fait une contraire, Zo-

égalat ceux qu ils ont commis. ^me n'aimait pas assez cet empereur, pour nous

Le ministre n'a point trouvé de Pape : il a cru le cacher. En parlant de Valentinien et du destrouver un empereur. «Valentinien,» dit-il V fit sein qu'ii avait de composer un corps de lois, il publier dans toutes les villes de l'empire une loi en remarque une qu'il fut contraint d'abolir*; en faveur de la bigamie; et en effet il eut deux (fl .. Q1 . . „ ...

° ' i Socr., hb. iv, cap. 31.— 2 Amm. Marc-, hb. xxvi,sub flii.jutvu.

• Pag. 444. — 3 Ibid., XXX.— * Lib. IV, intt.

PHKMIER DISCOURS. 41

c'était le cas de parler de cefle-dj si elle avait usage, après tant de siècles, une loi entièrement jamais été. Aussi ne bc trouve t die ni dans le oubliée d'un empereur. Code ni nulle part : ni on ne toU qu'elle ait ja- M. Basnage nous cite pour dernier passage mais été reçue, ni on o'éarit qu'elle ait été abo- celui des Constitutions apostoliques, où il est urlie : il n'en est resté ni aucun usage dans l'em- àonné, dit-il1, de recevoir paisiblement à la compire, bien qu'on prétende qu'elle ait été publiée munton la concubine d'un infidèle gui n'a comdans toutes les villes, ni aucune marque parmi tnerce qu'avec lui. U croit donc que les Eglises les jurisconsultes, ni enfin aucune mémoire par- de Jésus-Christ ont approuvé de tels commerces mi [es hommes. Jamais les IVres ne l'ont repro- hors du mariage, et ne craint [tas de souiller la chée, ni durant la \ie ni après la mort, ni à Va- sainteté des mœurs chrétiennes, et dans les temps lentinien, ni à Justine, cette prétendue seconde les plus purs, par CCS indignes soupçons. Faut-il femme, quoique, devenue arienne etpersécu- apprendre à ce taux savant la distinction triviale trice des catholiques, elle n'avait pas mérité des femmes épousées solennellement et d'autres d'être ilattée. Quand nousn'aurions aucune autre femmes qu'on appelait concubines, parce qu'elles preuve contre cette fable, le nom même d'un étaient épousées avec moins de solennité, quoiempereur si grave, si sérieux, si chrétien y ré- qu'elles fussent vraies femmes sous un nom sisterait: il n'aurait pas déshonoré son empire, moins honorable! Toutes les lois en sont pleines, si glorieux d'ailleurs, par une loi non-seulement tous les jurisconsultes en Conviennent, on en voit si criminelle, même dans l'opinion des païens, même des restes en Allemagne; on la trouve jusmais encore si impertinente. Qui en voudra voir que dans l'Ecriture, et ce grand docteur l'ignodavantage sur ce sujet, peut consulter Baronius, re, ou, ce qui est pis, il lait semblant de l'ignoqui même convainc de faux cette historiette de rer. C'est qu'il cherchait une occasion de nous Socrate en plusieurs de ses circonstances, comme objecter « que le droit canon, dont les lois sont par exemple lorsqu'il nous donne cette Justine si sacrées à Home, autorise le concubinage, puispour fille dans le temps que Valentinien l'é- qu'il permet de coucher avec nue fille lorsqu'on pousa, elle qu'on sait avoir été veuve du tyran n'a point de femme2 .» S'il voulait dire des laus- Magnence. C'est Zozime qui le rapporte au livre setés, il devait tâcher du moins de les expliquer ive de son Histoire : « Le jeune lils de Valenli- en termes plus modestes. Mais où est cet endroit nien, que ce prince avait eu de la veuve de Ma- du droit canon ? M. Basnage demeure court, et gnenec, fut, » dit-il1, « fait empereur à l'Age de n'enacilé aucunendroit. C'est qu'en effelil n'\ en cinq ans. » Et encore vers la (indu même livre: a point: iln'a même osé citer ce fameux canon du « Le jeune Valentinien se retira auprès de Théo- concile de Tolède, où l'on permet une concubine dose avec sa mère Justine, qui, comme nous au sens qu'on vient de rapporter, parce qu'il sait l'avons dit, avait été femme de Magncnce, et que cette grossière équivoque est maintenant reépouséc après sa mort par Valentinien pour sa connue de tout le inonde ; et cependant sur un beauté. » Trouver deux fois dans un historien, fondement si léger il remue sans nécessité toutes plutôt ennemi que favorable à Valentinien, ce ces ordures, et il ose calomnier la doctrine de mariage avec Justine, sans qu'il en marque celte l'Eglise catholique.

honteuse circonstance, ce serait, quand nous Voilà toutes les excuses qu'il a pu trouver pour

n'aurions autre chose, une preuve plus que suf- la Réforme dans ce honteux mariage du land-

fisante de sa fausseté. Etait-il permis à M. Bas- grave. 11 se donne encore la peine d'excuser ce

nage de dissimuler toutes ces choses : de nous prince, non de son incontinence qui est avérée,

donner comme un fait constant ce qu'il sait avoir mais de ses maladies qu'on ne nomme pas, et

été rejeté par tant d'habiles gens, et par des rai- qu'il avait lui-même taché de cacher. Il est vrai,

sons si solides; et encore de me reprocher l'ig- je l'avais remarqué en passant dans Y Histoire des

norance de l'antiquité, parce que lorsque j'en Variations*, comme une circonstance qui n'était

marquais les sentiments sur la pluralité des fem- pas indifférente au fait que je rapportais, et je

mes, je n'avais daigné tenir compte, ni d'un fait l'avais fait avec tout ce ménagement qui est dû

si mal fondé, ni de cette prétendue loi de Valen- en ces occasions aux oreilles d'un lecteur. Mais

tinien?Et après tout, que peut-il conclure de puisque M. Basnage m'entreprend ici comme un

tout ce fait, quand il serait aussi véritable qu'il calomniateur qui ai corrompu un passage de Mé-

est manifestement convaincu de faux ? Le public lanchton, que je produis, il me contraint à la

n'enverrait pas moins de quelle absurdité il était preuve. Ce ministre veut nous faire accroire qu'on

à trois prétendus réformateurs de remettre en cachait, non point la nature de la maladie du

1 CuMl. op., viu, 32. — » Amm. Mare., Const. ap., viu, 3*.

* Lib ir, eirea dm«. * Vmriat., L vi.

landgrave, maïs sa maladie elle-même, « de peur par le conseil de ses pasteurs, il ajoute, qu'à cela

d'alarmer le parti dans un temps où sa présence près il était fort tempérant. Mais assurément le

était absolument nécessaire et où le délai de son témoignage de M. deThou ne prévaudra pas sur

voyage pour se trouver avec les autres princes, l'aveu du landgrave qu'on vient d'entendre. C'est

donnait déjà quelques alarmes *. » M. Basnage une honte à ce prince et à la Réforme d'avouer

ne s'aperçoit pas, tant ses lumières sont courtes, ce commerce comme approuvé par ses pasteurs.

qu'il est pris par son aveu. Dès qu'une personne Et néanmoins ceque l'on cachait était encore plus

publique, principalement un souverain, et un infâme, puisque c'était la débauche sous le nom

souverain d'une si grande action, cesse tout à fait de la sainteté, et un adultère public sous le voile

de paraître, quoiqu'il soit au milieu de ses Etats, du mariage.

dès qu'on n'admet dans le cabinet que le dômes- Pour purger les chastes oreilles des idées d'un

tique ou les gens plus affidés et plus familiers, et mariage scandaleux, et tout ensemble effacer les

que l'antichambre est muette, on ne demande soupçons qu'on a voulu donner de l'ancienne

pas s'il est malade. Plus ce souverain est attendu Eglise, comme si elle était capable d'en approu-

dans une assemblée solennelle, et plus sa pré- ver de semblables ou d'aussi mauvais, disons

sence y est nécessaire, plus on sent qu'il est avec saint Augustin et les autres Pères, à la gloire

malade lorsqu'il y manque ; et loin d'en faire de la sagesse divine, que les lois éternelles qu'elle

finesse, c'est alors qu'il le faut plutôt découvrir, a établies pour la multiplication de la race hu-

de peur qu'on n'attribue son absence à une autre maine, ont été dispensées dans l'exécution avec

cause. Enfin, si ce n'était pas la qualité du mal divers changements ; que pour réparer les ruines

que l'on cachait, que veulent dire ces paroles de de notre nature presque tout ensevelie dans les

Mélanchton, puisqu'enfin on me contraint à les eaux du déluge, il a été convenable au commen-

traduire : « On cache la maladie, et les médecins cément de permettre d'avoir plusieurs femmes,

disent que l'espèce n'en est pas des plus fâcheu- et que cette coutume venue de cette origine s'est

ses2? » Cependant j'ai corrompu Mélanchton, dit conservée et se conserve encore dans plusieurs

notre ministre, à cause que la bienséance m'avait contrées et dans plusieurs nations ; qu'elle s'est

empêché de le traduire grossièrement et de mot conservée en particulier dans le peuple saint, à

à mot. Mais, après tout, que nous importe? Quand cause qu'il devait se multiplier par les mêmes

on aura défendu un prince si réformé d'un mal voies que le genre humain, c'est-à-dire par le

honteux, l'aura-t-on défendu par là d'une intem- sang ; que toutes les raisons qu'on vient de dire

pérance encore plus honteuse ? Il la confesse sont la cause des mariages de nos pères les pa-

lui-même ; il avoue, dans l'Instruction qu'il en- Marches, à commencer depuis Abraham, qui

voie à Luther par Bucer, que «quelques semai- devait être le père de tant de nations; que Jacob

nés après son mariage, il n'a cessé de se plonger en qui devait commencer la multiplication du

dans l'adultère, et qu'il ne voulait ni ne pouvait peuple saint par la naissance des douze patriar-

se corriger d'une telle vie, à moins qu'on ne lui ches, pères des douze tribus, usa de cette loi et

permît d'avoir deux femmes ensemble 3; » et re- fut suivi par tous ses descendants et de tout le

marquons que la lettre qu'on vient de voir de peuple de Dieu ; que le désir de revivre dans une

Mélanchton, cette lettre où il est parlé de la ma- longue et nombreuse postérité fut fortifié par

ladie qu'on ne nommait pas, est datée du com- celui de voir enfin sortir de sa race ce Christ

mencement de 1539 ; l'Instruction est de la fin tant promis ; qu'après même qu'il fut déclaré

de la même année, et il dit que cette belle réso- qu'il sortirait de Juda et de David, chacun pou-

lulion de demander la permission d'avoir deux vait espérer d'avoir part à sa naissance par les

femmes, est la suite des réflexions qu'il a faites filles de sa race qu'on pourrait marier dans ces

dans sa dernière maladie 4 .11 dit encore, et il a familles bénites, et qu'ainsi le même désir de

voulu qu'on l'écrivit en 1540, dans l'acte de son multiplier sa race subsistait toujours dans l'an-

second mariage, que ce mariage lui était néecs- cien peuple, non-seulement par l'espérance de

saire pour la santé de son âme et de son corps**, revivre dans ses enfants, mais encore par celle

Qu'on ramasse ces circonstances, et qu'on juge d'avoir en leur nombre le Désiré des nations,

si c'est moi qui fais une calomnie au landgrave, Les saintes femmes étaient touchées du même

comme le dit M. Basnage6, ou si c'est M. Basnage désir, tant de celui de revivre dans leur posté-

qui me fait une honteuse chicane. Il dit encore rite, que de celui d'être comptées parmi lesaïeu-

queM. de Thou justifie ce prince, parce qu'en les du Christ, ce qui, comme on sait, a illustré

disant qu'il avait une concubine avec sa femme, Thamar, Ruth et Bethsabée. Par ces raisons et

. *«.., <m.~ > Lib. .v.cpist. 2i4; Va,., iib. v,. > var.,iiHd.i P" te conslilution de l'ancien peuple, la stéri-

iMn.du Liai., u. \, %.— ♦ var., m.-- * vwr., ibHr- « ra*. 444. lité était un opprobre, et la virginité était sans

PREMIER DISCOURS

gloire : (fêtait la cause du désir qu'où voit dans 1rs s.iinics femmes qui avaient ensemble un seul époux, de devenir mères; et comme ce désir des femmes pieuses était chaste et nécessaire en os temps, les saints patriarches, leurs époux, avaient raison d'] condescendre, Cest aussi par là qu'on doit conclure que la jalousie ne régnait point en elles, non plus que la sensualité qui en

est la source, mais le seul désir d'elle mères,

naturel dans son fond et raisonnable en ses manières, selon la disposition de tes temps-là ; on voit paraître ce même esprit dans les saints patriarches leurs époux ; et ainsi comme le remarquent saint Chrysostome et saint Augustin1, et comme l'apercevront facilement ceux qui regarderont de près toute leur conduite, ce n'était pas le désir de satisfaire les sens, mais l'amour de la fécondité qui présidait à ces chastes mariages, lesquels aussi étaient la limire de la sainte union de JésUS-Christ avec les unes fidèles, qui s'unissanl avec lui portent des fruits éternels. Par une raison contraire, depuis (pie la synagogue eut enfanté Jésus-Christ, que les anciennes figures furent accomplies et qu'on vit paraître le peuple qui ne devait plus se multiplier par la trace du sang, mais par l'effusion du Saint-Esprit, les choses devaient changer ; rien n'empêchait plus que le mariage ne fut rétabli, comme il l'a été en effet par Jésus-Christ, en sa première forme, et tel qu'il était en Adam et Eve, où <\c\i\ seulement et non davantage devenaient une seule chair. Par une suite infaillible de cette institution, la stérilité n'était plus nue honte, et la virginité était comblée de gloire, d'autant plus qu'en la personne de la sainte Vierge, elle en avait fait une mère et une mère de Dieu. D devait aussi paraître alors d'une manière éclatante, que toutes lésâmes que le Saint-Esprit rendrait fécondes seraient unies en Jésus-Christ, et composeraient toutes ensemble une seule Eglise figurée, dans le mariage chrétien, par la seule et fidèle épouse d'un seul et fidèle époux. On a vu, depuis ce temps, et selon ces chastes lois du mariage réformé par Jésus-Christ, que partout où son Evangile fut reçu, les anciennes mœurs furent changées. Les Perses, qui l'ont embrassé, dit un Chrétien des premiers siècles, n'épousent plus leurs sœurs ; les Parthes ont renoncé à la coutume d'avoir plusieurs femmes, comme les Egyptiens à celle d'adorer Apis et des animaux. Ainsi parlait Bardesane, ce savant astrologue, dans l'admirable discours qu'Eusèhc rapporte3 ; ainsi parlent les autres auteurs ecclésiastiques,

d'un commun consentement ; et le mariage réduit à la parfaite société de deux cœurs unis, a été un des caractères dn christianisme : ce qui a fait dire à saint Augustin1 que ce n'était pas un crime d'avoir plusieurs femmes lorsque c'était la coutume. La disposition des temps \ convenait,

la loi ne le dé fendait pas ; mais maintenant c'est

un crime parce que cette coutume est abolie. Les

temps sont changés, les mœurs sont autres, ci on ne peut plus se plaire dans lu multitude des femmes (pic par un excès de ta convoitise. On peut voir maintenant, non seulement par

l'autorité, mais encore par l'évidence de la doctrine céleste, combien est digne d'être détestée la consultation de Luther, qui, noncontentede nous ramènera l'imperfection des anciens temps, nous met encore beaucoup au-dessous, puisque même

dans ees temps là, où le mariage plus libre unissait plusieurs épouses à un seul épOUX par un

même lien conjugal, « >n a \u que ce n'était pas

la licence, mais la seule fécondité qui dominait, au lieu <pie, dans ce QOUVeau mariage autorisé

par Luther et les autres réformateurs, le landgrave, content de la lignée et des princes que lui

avait donnés sa première femme, ne recherchait, dans la seconde qu'on lui accordait, qu'un moyen d'assouvir l'ardeur que l'Evangile lui ordonnait

de modérer.

La Réforme peu régulière, et on le peut dire

sans hésiter, peu délicate sur cette matière, a introduit dans la chrétienté un tel abus. <»n l'a

poussé plus loin qu'on ne pense. M. Jurieu, qui a établi ces honteuses nécessités que je ne veux pas répéter, pour apprendre aux Chrétiens à multiplier leurs femmes, lésa soutenues par la discipline de tous les Etats réformés2. M. de Beauvalet les autres s'\ opposent en vain; M. Jurieu lui déclare, «qu'il ne changera pa Si le senti] m ml pour ses méchantes plaisanteries, qu'au reste, ce n'est pas à lui à décider avec cet air de maître', » que lui et tousses amis dont il \ aide les conseils sont des néants, et qu'enfin il n'appartient pas à un jeune avocat qui ne sait ce qu'il dit, et qui parle de ce qu'il ne sait pas, d'opposer son sentiment à celui d'un théologien aussi grave que M. Jurieu. Puis, lui parlant au nom de la Réforme, ou de tout l'ordre des ministres : « Qu'il ne fasse point, » dit-il, « si fort le maître, nous n'en voulons point pour avocat ; nous défendrons bien la pureté de nos mariages sans lui. » En cet endroit, M. de Beauval a raison de se souvenir de l'incomparable chapitre de Y Accomplissement des prophéties 4,où dans la plus grande ferveur de ses dévotions, et

« Chrys., hom. 38, 52, in Genesim, etc., tom. If ; S. Aug., Conl. « Cont. Faust., lib. xxn,cap.47.— » Lettr.patt.—3 Avis de l'auteur

Faust., lib. x.xii, cap. 16 et seq.- — i Eus., Prtep. er.,liv. vi, des Lettr. paslor. à M. de Beauval., p. 7. — * Rép. de Vaut, de eap. 10. l'Hit l. des Ouiraget des savants ,Acc. du proph., part, i, ch. dernier.

44 ECLAIRCISSEMENT

même au milieu de ses lumières prophétiques, prévaut : les synodes et les consistoires se taisent

l'âme pénétrée de la plus vive douleur qu'on puisse sur ladoctrine que ce ministre leur attribue. C'est

imaginer sur les malheurs de la Réforme, M. Ju- qu'il est vrai dans le fond que les Eglises protes-

ricu avoue qu'il ressent le plaisir de la vengeance, tantes se donnent des libertés excessives sur les

et paraît nager dans la joie en maltraitant un au- mariages; et ceux qui se vantent de réformer

teur qui l'avait piqué dans quelque endroit deli- l'Eglise catholique ont besoin d'apprendre d'elle

cat. Mais M. de Beauval a beau relever le ridicule en cette matière, comme dans les autres égale-

de son adversaire ; dans ses prophéties, dans les ment importantes, la régularité et la pureté de la

miracles qu'il conte, et dans tous les autres excès morale chrétienne, de ses sentiments outrés, l'autorité de M. Jurieu

ECLAIRCISSEMENT

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