‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 46 sur 313 · HUITIÈME RÉFLEXION · texte numérisé non relu

HUITIÈME RÉFLEXION

Il y a un endroit de la conférence que M. Claude passe en quatre mots. C'est celui où je lui fis voir l'horrible état de son Eglise, qui s'établit, à l'exemple de toutes les fausses Eglises, en se séparant de tout ce qu'il y avait d'Eglises chrétiennes dans l'univers, et sans trouver aucune Eglise qui pensât comme elle dans le temps qu'elle s'établit : de sorte qu'elle ne tenait par aucune continuité, ni au temps qui précédait, ni à aucune Eglise chrétienne qui parût alors dans le monde. Ce fait passa pour constant ; et quelque court qu'ait été M. Claude dans le récit de cet endroit, il en dit assez pour faire voir qu'en avouant ce fait important, il a tâché seulement de couvrir la honte d'un tel état par l'exemple des apôtres, lorsqu'ils se séparèrent de la Synagogue.

Je ne répéterai pas ce que je dis sur ce sujet : on l'a vu dans la conférence; et M. Claude, qui n'en rapporte qu'un mot, ne m'oblige à aucun nouvel éclaircissement. Mais je dirai seulement qu'il donne une idée bien fausse de cet endroit de la dispute. « La compagnie se leva, » dil-il, « et la conversation, qui continua encore quelque temps, devint beaucoup plus confuse, et iJ

SUR UN ECMT DE M. CLAUDE

y fut parlé de diverses choses. » Je ne sais pourquoi M. Claude veut que noire conversation ait été confuse : elle ne le fui m aucun endroit, et le fui moins, s'il se peut, dans celui-ci que dans tous les autres. Il est vrai qu'on s'était levé, et qu'une partie des assistants s'il. lient retirés; mais nous demeurâmes de pied ferme, M. Claude el moi, l'un devant l'autre. Mademoiselle de l)uras parut avoir redoublé son attention ; et après tant de principes exposés, la dispute devint plus \i\e et plus concluante que jamais, si on parla de diverses choses, ce ne lui pas vaguement, et tout tendait au même but. Un le peut voir en lisant; et si on ue veut pas m'en croire, quand M. Claude fera paraître sa Relation, on verra que ce peu qu'il dit demande naturellement tout ce que je récite. Tant ] a, qu'il fut avéré q • les prétendus réformés, en établissant leur Eglise, avaient fait tout le contraire de ce qu'ont toujours fait les orthodoxes, el précisément ce qu'ont t'ait tous les hérétiques; el M. Claude, pressé sur celle matière, ne put, dans toute l'histoire du christianisme, marquer une seule Eglise vraiment chrétienne, fondée comme les Eglises de la nouvelle réforme.

On peut juger maintenant quelle apparei il y a que ce qu'ont fait tous les hérétiques, contre la pratique de tous les orthodoxes, puisse jamais être autorisé par l'exemple des apôtres lorsqu'ils se séparèrent de la Synagogue. .Mais, comme M. Claude met le fort de sa défense dans cet exemple, je le prie d'ajouter aux laits constants que je lui ai allégués sur ce sujet, ces courtes réflexions : qu'encore que Jésus-Christ, autorisé de lui-même, n'eut besoin d'aucune suite pour se taire croire; néanmoins, pour nous inculquer combien il esl nécessaire à la véritable religion d'avoir une suite toujours manifeste, il a voulu, en venant au monde, y trouver une Eglise actuellement subsistante dans tout son état: qu'il est né, et qu'il a vécu dans cette Eglise actuellementsubsistante, c'est-à-dire dans la Synagogue, el qu'il a tellement voulu former son Eglise au milieu d'elle, que même les saints apôtres, après son ascension et la descente du Saint Esprit, ont persisté publiquement dans le service du temple, qui était alors la marque la plus authentique de communion : qu'on ne voit pas en effet, quoiqu'on pût ordonner contre eux, qu'ils s'en soient jamais retirés tant que le temple a subsisté, et que la Synagogue a pu conserver ou sa forme extérieure, ou même quelque apparence de son état ancien : que Dieu, qui voulait enfin que les siens lussent entièrement séparés d'avec les Juifs, avait auparavant éteint dans ce peuple ingrat, par une manifeste répro-

B. Ton. IV.

Dation, avec le sacrifice et le sacerdoce, toutes les marques d'Eglise, en sorte qu'il parfit que la Synagogue tombait plutôt en ruine avec son temple, <pic les enfants de Dieu ne s'en éloignaient : que loinde laisser alors une espérance à ce peuple, comme il avait fait autrefois dans l'ancienne transmigration et à la ruine du premier temple, il avait donné au contraire toutes le> marques possibles d'une implacable fureur : qu'aiin qu'une telle chute du peuple autrefois

élu, el le divorce déclare à la Synagogue aube

fois épouse, ne pût donner le moindre prétexte de soupçonner à l'avenir aucun événement

semblable, il a\ait lait dénoncer par loiis ses

prophètes cette chute et ce divorce futur, comme

un exemple unique de sa colère, el avait proteste en même temps que rien de Ici n'arriverait

à cette Eglise, avec laquelle il faisait une alliance éternelle : el qu'avec loul cela, et encore que la

réprobation de la Synagogue fût clairement expliquée dans l'Ecriture, et même que les apôtres, sans rien innover dansladoctrine, ne fissent que suivre celui que jusqu'à eux, sans aucune interruption, on avait toujours attendu ; néanmoins, parce qu'il ] avait quelque rupture avec la Synagogue autrefois Eglise véritable, pour les autoriser dans cette action, il n'avait rien fallu de moins que Jésus-Christ présent sur la terre avec toute l'autorité du Père éternel; en un mot, que pour s'éloigner des sentiments de la Synaue, quoique d'ailleurs convaincue par les Ecritures, il fallut que Jésus-Christ, la pierre angulaire, en qui tout devait être uni, parût visiblement avec les marques incontestables de sa mission. Je laisse maintenant à considérer si un exemple de cette nature peut donner quelque occasion de se séparer jamais de l'Eglise de Jésus-Christ; ou de dire que celle Eglise, fondée sur la pierre, dût tomber; ou que la succession, dont Jésus-Christ est la source, pût souffrir quelque interruption: et si tout ne crie pas plutôt ici contre une telle entreprise.

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