‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 48 sur 313 · ONZIEME RÉFLEXION · texte numérisé non relu

ONZIEME RÉFLEXION

Mais sans disputer davantage, nous n'avons qu'à écouler M.Claude, el entendre ce qu'il nous accorde, dans sa réponse manuscrite, sur la perpétuelle visibilité de l'Eglise. Et plût à Dieu (pie je pusse ici transcrire tout cet ouvrage! on y verrait bien des choses favorables à notre doctrine, que je ne puis bien Caire entendre que lorsqu'il sera public. Mais ce n'est pas à moi à le publier, et je me suis contenté de transcrire au long, autant qu'il a été nécessaire, les passages que l'on va voir, tels que je les ai trouvés dans le manuscrit de M. le duc de Chevreuse, avoué, comme je l'ai dit, par M. Claude lui-même.

Que si l'on trouve qu'il parle de l'Eglise d'une manière nouvelle dans la réformation prétendue, il ne faut point sur cela faire d'incident, pour deux raisons. La première, parce qu'il est vrai qu'il a enseigné la même doctrine dans ses autres livres, quoiqu'il l'ait ici expliquée plus à fond et avec plus d'ordre que jamais. La seconde, c'est qu'il prétendue rieu due de nouveau: chose

« Rép. vian, q. 1,

dut nous devons nous réjouir, n'y ayant rien de plus désirable que de voir accroître le nombre des principes et des articles dont nous convenons.

Entrons donc de tout notre cœur dans ce dessein charitable: voyons «le quoi M. Claude convient avec nous, et rapportons sa doctrine dans le même ordre dont il la propose dans sa troisième et quatrième question, et ensuite dans ses onze conséquences.

Ce que je trouve d'abord est a qu'il est consa tant qu'encore que la vraie Eglise soit mêlée a avec les méchants dans une même confession, • elle ne laisse pasd'étre visible dans le mélange, 4 comme le bon froment avec l'ivraie dai s un a même champ, et comme les bons poissons le a sont avec le mauvais dans Ull même icts. o Cela va bien ; poursuivons, a Ce mélange em- 9 pêche bien le discernement juste des personu nés ; mais il n'empôcbi pas le discernement o ou la distinction des ordres des personnes, u même avec certitude. Nous ne savons pas a certainement quels sonl i n particulier les i vrais fidèles, ni quels sont les hypocrites ; mais a nous savons certainement qu'il y a de vrais ■ lidèles, comme il y a des hypocrites; ce qui o suffit pour faire la visibilité de la vraie Eglise." J'écoute ceci avec joie: assurément , nous avancerons. M. Claude nous donne déjà pour constant qu'il y aura toujours un corps \isible, dont on pourra dire : Là sont les vrais fidèles.

Je continue à lire s;» Réponse, el je trouve qu'il me reprend d'imputer aux prétendus réformés, qu'ils ne croient pas que le corps ou Dieu a mis, selon saint Paul, les uns apôtres, les autres docteurs, les autres pasteurs, el le reste, soit l'Eglise de Jésus-Christ. Que je suis aise d'être repris, pourvu que nous avancions! Tant il va qu'il est constànl que le corps de Jésus-Christ, qui est l'Eglise, sera toujours composé de pasteurs, de docteurs, de prédicateurs et aussi de peuples : il est donc par conséquent toujours très-visible, et la suite des pasteurs, aussi bien que celle du peuple, y doit être manifeste.

M. Claude confirme ici son discours par un passage de M. Meslresat, qui décide qu'il ne faut pas chercher l'Eglise de Dieu hors de l'état visible du ministère et de la parole. Tant mieux ; et je suis ravi que M. Claude trouve dans son Eglise beaucoup de sectateurs de celte doctrine.

J'avais eu peur que les ministres ne voulussent pas trouver l'Eglise visible dans ce passage de saint Paul aux Ephésiens1, où l'Eglise nous est proposée « sans ride el sans tache 2 » ; et je m'étais mis en peine de prouver que cette Eglise,

» Vide sup., p. 126. — » Ephts., y, 27.

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marquée par Saint Paul, était visible, puisqu'elle l'Eglise des trompeurs et des hypocrites ; qui en était « lavée par le baptême et par la parole ». doute? Mais néanmoins ces trompeurs et ces M. Claude entre d'abord dans mon sentiment, hypocrites peuvent être assez de l'Eglise pour y 11 dit que dans ce passage il faut entendre à la être pasteurs légitimes : et les vrais fidèles ayant Térilé «l'Eglise qui est déjà au ciel, mais aussi à vivre jusqu'à la fin des siècles sous l'autorité t l'Eglise visible qui est sur la terre », comme de ce ministère mêlé, il faudra donc, sans exane faisant ensemble «qu'un même corps»; et miner si les ministres sont bons ou mauvais, il cite encore M. Mestresat. Je reçois cette doc- nous en montrer une suite toujours manifeste, trine; et si quelqu'un de nos réformés, fût-ce sous laquelle se soit conservé le peuple de Dieu. M. Claude lui-même, m'objecte jamais qu'il ne Plus je continue ma lecture, plus je trouve faut pas tant appuyer sur la visibilité de l'Eglise, cette vérité évidemment déclarée. Car, entrant puisqu'il y a du moins une partie de celte dans la quatrième question, je remarque bien Eglise qui est invisible, c'est-à-dire celle qui est que M. Claude y prétend montrer que les pasdans le ciel, je répondrai que cela ne doit point sages où Jésus-Christ promet à l'Eglise de la nous embarrasser, puisqu'enfin, par cette doc- conserver toujours sur la terre, regardent unitrine de M. Mestresat et de 31. Claude, étant en quement la société des vrais fidèles : mais il ne communion avec la partie visible de l'Eglise, je laisse pas d'avouer toujours également que cette suis assuré d'y être avec la partie invisible qui Eglise ne cesse jamais d'être visible , et que est déjà dans le ciel avec Jésus-Christ; de sorte Jésus-Christ l'a ainsi promis, qu'il est bien certain que tout se réduit enfin à J'ai prétendu démontrer l'Eglise visible la visibilité. dans ces paroles : « Tu es Pierre, et sur cette

M. Claude passe de là aux objections qu'on « pierre j'établirai mon Eglise , et les portes

peut faire, et il décide d'abord que la visibilité « d'enfer ne prévaudront point contre elle K »

de l'Eglise est une visibilité de ministère. Il faudra On a pu voir les raisons dont je me suis servi

donc à la fin que , comme il reconnaît dans pour le prouver 2. M. Claude reçoit celte doc-

l'Eglise une perpétuelle visibilité, il en vienne trine avec ses preuves, et il avoue que « l'Eglise

à nous montrer une succession dans le minis- dont il est parlé dans ce passage est en effet une

tère, et, en un mot, une suite de légitimes pas- Eglise confessante, une Eglise qui publie la foi,

teurs. une Eglise à qui Jésus-Christ a donné un minis-

II s'objecte que le ministère est commun aux tère extérieur, une Eglise qui use du ministère bons et aux méchants, d'où il semble qu'on pour- des clefs, et qui lie et délie; une Eglise par conrait conclure, contre sa doctrine, que les bons séquent qui a un extérieur et une visibilité. » et les méchants composent l'Eglise. Et il ré- C'est une telle Eglise que Jésus-Christ a promis pond, « que si dans l'usage le ministère est com- en cet endroit de conserver toujours sur la terre ; mun aux bons et aux méchants, ce n'est que M. Claude ne peut pas souffrir qu'on lui dise par accident, et par la fraude de l'ennemi; qu'elle cesse d'être, et ainsi elle est toujours avec que de droit il n'appartient qu'aux vrais fidèles, tout ce ministère, qui lui est essentiel : ce qui et que la surnaturelle destination n'est que pour fait que M. Claude conclut avec moi 3, « que le eux. » Tout cela est clair, excepté ce mol : le ministère ecclésiastique durera, sans discontiministère n'appartient de droit qu'aux vrais fidèles, nuer, jusqu'à la résurrection générale ; » et qu'il Car, comme on pourrait entendre par là qu'il avoue sans peine que cette promesse de Jésusn'y a que les vrais fidèles qui soient pasteurs Christ : « Je serai toujours avec vous *, «regarde légitimes, on tomberait dans l'inconvénient la perpétuité du ministère ecclésiastique. «Jésusd'avoir à examiner chacun en particulier si les Christ promet, » dit-il, « d'être avec l'Eglise, de pasteurs en effet sont de vrais fidèles , et de baptiser avec elle, et d'enseigner avec elle, croire qu'ils cessent d'être pasteurs quand ils sans interruption jusqu'à la fin du monde. » Il cessent d'être gens de bien, fût-ce sans scandale : y aura donc toujours des docteurs avec lesquels pernicieuse doctrine de Viclef, qui mettrait toute Jésus-Christ enseignera, et la vraie prédication FEglise en confusion! En éloignant ce mauvais ne cessera jamais dans son Eglise, sens, qui ne peut pas être de I'espritde M. Claude, Mais ce ministère durera-t-il toujours si pur, je lui avoue tout ce qu'il avance; car sans que personne n'y soit admis que des gens de doute il n'est pas du premier dessein de Jésus- bien? Nous avons vu que M. Claude ne le pré- Christ qu'il y ait des ministres trompeurs : cela tend pas. En effet, il n'y a point de promesse de n'arrive que par la malice de l'ennemi. La des- celle perpétuelle pureté : la promesse est que, tination du ministère est pour les vrais fidèles* Jésus-Christ ne l'a pas établi pour appeler dans J ^fc^i^T**"*'' ** Wt ** ML' pag' 128,

SUR UN ÉCK1T DE M. CLAUDE

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juelta que soient les tooBtin de ses ministres, Jésus Cliritfl apira toujours, baptisera toujours, in si u,m:ka 101 joi as avec eux, et l'effet de ce minfrtère, quoique ml é, sera tel, que sous sou autorité «l'Eglise sera toujours visible, non pas à la a vérité, <iit M. Claude, (l'une vue distincte, qui • aille jusqu'à dire avec certitude: Tels ri tels a personnellement sont vrais Qdèles, mais d'une o vue indistincte, qui est pourtant cibtaihb, et a qui va jusque dire: Les Mais Qdèles rie Jésus- Christ sont là, savoir, dans cette profession

UTÉBIII HE. b

N'appelons pat, si l'on veut, du nom à'Egliie toute cette profession *ffléWetjfé'.*ab*tenon8»ni de ce nom, puisque M. Claude y répugne ; « t comme de vrais Chrétiens i aisonnables et pacifiques, tâcbonsde contenir de la chose. Cette profession extérieure, qu'on peut toujours désigner et, pour ainsi dire, montrer au doigt, est mé de bons et de mauvais; le ministère qui la gouverne est mêle aussi. M. Claude convient de tout Cela : on peut due néanmoins, sous ce ministère et dans cette profession extérieure sont tes vrais fidèles f€es\ ce que nous venons d'entendre de la bouche du même ministre. Si donc, selon 1 1 doctrine, la société des vrais B lèles subsiste toujours, et toujours demeure visible sur la lerre; si on la peut toujours montrer dans une prol sion extérieure, et i| ne ce soit la seulement qu'elle soit visible, comme M. Claude le dit, il s'ensuit non-seulement que les vrais fidèles seront toujours sur la terre, mais que cette profession, mêlée de bons et de mauvais, où on trouve ces vrais fidèles, où on les montre, où on les désigne, sera toujours ; aussi c'est de quoi nous convenons avec M. Claude. Mais comme tous Oi I passages sont dispersée deçà et delà dans sa Réponse, en ■voici un où il a pris soin de tout ramasser.

C'est après sa quatrième question, et dans sa septième conséquence, que ce ministre tâchant d'expliquer l'article 31 de la Confession de foi, où d est dit que de nos jours et avant la reforniatiou,/'e/a/ dêl' Eglise était interrompu, il distingue l'état de l'Lglise, interrompu pour un U iiips. d'avec l'Eglise, qui jamais n'est interrompue, selon ses principes; et ii Uefiuil ainsi i Eglise : « l'Eglise, dit-il, c'est les vrais fidèles qui iont prolessi n de la vérité chrétienne, de la piélé, et d'une véritable sainteté, sons un ministère qui lui fournil 'es aliments nécessaires pour la vie spirituelle, sans lui en soustraire aucun. » Nous découvrirons en son lieu le secret de ces aliments spirituels. En attendant, convenons avec M. Claude que l'Eglise subsiste toujours, et subsiste toujours visible, puisque par sa définition elle n'est autre chose « que les vrais

fidèles qui pont profession de la vérité ciirétik.n.m: sous le ministère ecclésiastique. » Voilà un fondement inébranlable. Voyons ce que nous pourrons bâtir dessus; mais avant que de bàlii, nous allons voir tomber les objections.

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