‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 49 sur 313 · DOUZIÈME RÉFLEXION · texte numérisé non relu

DOUZIÈME RÉFLEXION

M. Claude m'objecte premièrement qu'en vain je veux établir ma société composée de bons et de mauvais, et son éternelle durée, sur ces promesses Inviolables de Jésus-Christ : « Tu es « Pierre; i et, «je suis toujours avec vous. » Ce n'esl point, dit-il », a des méchants qu'il peut « être dit que l'enfer ne prévaudra poinl contre «eux; » oe n'est poinl* avec des méchants et « des hypocrites que Jésus-Christ a promis d'être « toujours, ■ et ces promesses ne regardent que les \rais fidèles. Ajoutons, selon les principes de

M. Claude, que si ces promesses ne regardent

que les vais fidèles, elles les regardent du moins dansée ministère et dans cette profession extérieure: l'objection en même temps sera résolue. Car enfin, si les vrais fidèles doivent toujours être démontrés et toujours être visibles, selon M. Claude, dans cette profession extérieure, où les bons sont mêlés avec les méchants, il s'ensuit que ce composé, de quelque nom qu'on l'appelle, pi ailia toujours sur la terre. Or, nul M peut S'assurer qu'une société subsiste toujours, el toujours dans un étal visible, si Dieu ne l'a promis. Ses promesses regardent donc i ne ce mélange . et non-seulement les vrais

fidèles, mais avec eux toute la société où ils doivent, selon ses décrets, toujours paraître. Par conséquent, il nous Eaut entendre ces promessef de Jésus-Christ autrement que M. Claude ne l'enseigne* Les promesses de Jésus-Christ ne regardent pas les méchants tout seuls, ni pour l'amour d'eux : s'il ne disait (pie cela, il aurait raison; mais ces prom que Jésus-Christ

l'ait à ses fidèles* enferment aussi les méchante qui sont mêlés avec eux. Quand Dieu promellait p ses prophètes à l'ancien peuple de lui donner des moissons abondantes, .-née le grain il promettait aussi la paille ; et conserve) la mois son. c'est conserver la paille avec le grain. Ainsi promettre l'Eglise et son éternelle durée, c'est promettre, avec les élus, les méchants, au milieu desquels Dieu les enferme. Les méchants mêmes dans l'Eglise sont pour les justes, comme la paille dans la moisson est pour le grain; et comme Dieu ne promet la paille ni seule ni pour elle-même, il ne promet les méchants ni seuls ni pour eux-mêmes. Mais néanmoins tout ce composé bubakHeia, en veilu de la promesse

1 J' t>. man., q.3.

RÉFLEXIONS

divine, jusqu'à la dernière séparation, où les méchants, comme la paille, seront jetés dans ce feu qui ne s'éteindra jamais. Jésus-Christ sera toujours, en attendant, avec tout le composé, y conservant dans tout le dehors la saine doctrine qu'il sait porter au-dedans jusque dans le cœur de ceux qui vivent ; de même que la nourriture, présentée à tout notre corps par la même voie, ne vivifie que les membres qui sont disposés à la recevoir. .,,„. , Lne seconde objection de M. Claude va tomber

par le même principe.

11 m'objecte qu'en définissant l'Eglise catholique, dont il est parlé dans le Symbole, je ne parle que de l'Eglise qui est actuellement sur la terre, au lieu d'y comprendre tous les élus qui sont et qui seront, et enfin avec les saints anges toute la Jérusalem céleste l . Je lui ai déjà répondu que je n'ai voulu ni dû définir l'Eglise que par rapport à notre sujet, et a s 1 visibilité. Mais j'ajoutequ'en disant cela, selon les propres principes de M. Claude, j'ai tout dit : car selon lui2, dansla profession extérieure, c'est-à-dire dans ce qui rend l'Eglise visible, on peut désigner les vrais fidèles avec lesquels tous les saints , en quelque temps et en quelque lieu qu'ils puissent être, sans en excepter les saints anges, sont unis, t L'Eglise qui est sur la terre, » dit M. Claude, « est une avec celle qui est déjà recueillie au ciel, et avec celle que Dieu fera naître jusqu'à la fin des générations, qui toutes trois ensemble n'en font qu'une, qu'on appelle l'Eglise universelle. » Dieu soit loué ! quand j'aurai trouvé la profession extérieure qui rend l'Egiise visible, M. Claude nous a déjà dit que j'aurai trouvé les vrais fidèles, c'est-à-dire, selon lui, la vraie Eglise actuellement présente sur la terre; et il nous dit maintenant qu'avec cette Eglise j'aurai trouvé, parle même moyen, et celle qui est déjà dans le ciel, et celle que Dieu fera naître dans tous les siècles suivants. Nous n'avons qu'à nous enquérir de l'Eglise qui est sur la terre, et de la profession extérieure qui nous la démontre, assurés d'y avoir trouvé, sans nous enquérir davantage, la parfaite communion des saints et la société de tous les élus.

Au reste , quand j'ai entendu sous le nom d'Eglise catholique, l'Eglise qui est sur la terre , j'ai parlé avec tous les Pères. Ils joignent ordinairement au litre d'Eglise catholique celui de répandue par toute la terre : ioto orbe diffusa. A ce titre de catholique, ils joignent aussi le titre d'apostolique; et c'est ainsi qu'il est mis dans le Symbole de Nicée, où se voit la plus aulhenlique aussi bien que la plus parfaite interprétation du

• Rrp.man., q. 1. — iJbid., q. 4.

Symbole des Apôtres. Ce titre d'apostolique fait partie de la catholicité de l'Egiise, et nous montre, entre autres choses, qu'elle est descendue des Apôtres parla perpétuelle succession de ses pasteurs et par les chaires épiscoi>ales établies par toute la terre. Tous les saints, dont les âmes bienheureuses sont avec Dieu, ont été conçus dans cette Eglise; tous ceux qui viendront y seront pareillement régénérés, de sorte qu'il n'y en aura jamais aucun qui n'ait fait une partie essentielle de ce corps dont Jésus-Christ est le chef. Pour les anges, à ne regarder que la directe signification des mots, ils n'ont jamais fait partie de cette Eglise fondée par les Apôtres, et répandue par toute la terre, où elle doit faire son pèlerinage ; et encore que Jésus-Christ soit leur chef, il l'est d'une façon plus particulière des fidèles lavés dans son sang, et renouvelés par sa parole. Mais les anges, quoique unis à Jésus- Christ d'une autre sorte, sont nos frères, et ne sont pas étrangers à l'Eglise catholique, dont au contraire ils sont établis, à leur manière, cqopérateurs et ministres. C'est une vérité constante, mais dont je n'avais que faire en ce lieu : il suffisait de marquer , dans le Symbole, «e que nos Pères y ont trouvé expressément, et immédiatement désigné par \emo{ d'Eglise catholique, en y ajoutant le titre d'apostolique, si naturel à la catholicité, et l'éloge d'être répandue par toute la terre. Connaître la doctrine de cette Eglise, c'est connaître la doctrine de tous les élus. On ne voit dans le ciel, et dans les splendeurs des saints, que ce qu'on croit dans cette Eglise; et les saints anges, qui, comme dit l'apôtre saint Paul1, ont appris par l'Eglise de si hauts secrets de la sagesse divine, en respectent la créance. Ainsi, tout se réduisant, comme je l'ai déjà dit, à la visibilité, M. Claude ne veut que me faire perdre le temps et me jeter à l'écart, quand il veut que l'on traite ici autre chose, pour faire connaître cette Eglise catholique, qui est confessée dans le Symbole.

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