XLVIII
achever l'ouvrage, et ne pas croire à demi, il faut croire encore que Jésus-Christ, en ensei»
gnant, enseigne tout, et confesse dans son Eglise une infaillibilité absolue.
Ainsi il ne tant pas dire avec les ministres et leur troupeau Incrédule : Ce ministère ecclésiastique, c'est des hommes sujets à faillir, on peut douter après eux . car cela c'est succomber à la tentation, et ne plus croire à la promesse. 11 laid dire : C'esl des hommes avec qui Jésus- Christ promet d'être et d'enseigner toujours: Blon malgré la faiblesse humaine, et tous les efforts de renier, on croit contre l'espérance en
espérance ' qu'on trouvera éternellement dans
leur commune prédication, non pas quelques Vérités . OU seulement les vérités principales,
mais l'entière plénitude des ventes chrétiennes.
Quoiqu'on dise, ce n'est pas croire à l'ave, i-le que de croire ainsi . ou c'est croire à l'aveugle, Comme Abraham, sur la parole de Dieu même, et sur la foi de -es promesses.
Combien donc esl insupportable la doctrine de M. Claude, qui, après avoir reconnu tant de magnifiques promesses de Jésus-Christ en faveur de ce ministère sacré, replongé tout d'un coup, je ne sais comment, dans les ténèbres de sa secte, d'où il commençait à sortir, nous montre le ministère si abandonné de Jésus-Christ, qu'il n'y a plus de remède à ses erreurs, qu'en déposant tout d'un coup tous ceux qui sont dans la chaire ! Cmcl rapport de ces promesses si bien reconnues avec une corruption si Universelle ?
M. Claude n'aurait donc qu'à s'écouler un peu lui-même pour venir à nous .aprêsavolr reconnu, en vertu de la promesse divine, l'éternité du ministère ecclésiastique dans CET état slffisv\t qu'il nous représente ; pour y trouver toujours toute Vérité, il n'aurait plus qu'à penser que celle assistance imparfaite, et pour ainsi dire ce demi-secours de .lesiis-Christ envers son
Eglise, n'est digne ni de sa sagesse ni de sa puissance , étant assuré d'ailleurs qu'il n'j a de vraie
Suffisance dans le ministère que par la pleine manifestation de la vérité révélée de Dieu, conformément à celle parole de l'Apôtre : « Nous a nous faisons approuver devant Dieu à toute « bonne conscience par la manifestation de la « vérité1. » D'où il conclut aussitôt après, que si notre Evangile, c'est-à-dire, très-certainement, notre prédication, est couvert encore, ce n'est que pour ceux qui périssent . afin de nous faire entendre que la prédication toujours claire et toujours sincère dans l'Eglise Catholique, n'a d'obscurité que dans les rebelles, dont le démon, le
« Rom., iv. 8. — J II Cor., iv, 2, 3,4.
REFLEXIONS
Dieu de ce siècle, et l'esprit d'orgueil, aveugle les entendements, comme poursuit le même Apôtre : « afin qu'ils ne voient pas la lumière respien- « dissante de la prédication de l'Evangile. »
11 est maintenant aisé de voir que toutes les subtilités de M. Claude ne servent qu'à le confondre. Que lui sert, en reconnaissant la perpétuelle -visibilité de l'Eglise, d'avoir tàcbé d'éluder les suites de celte doctrine en réduisant l'Eglise aux vrais fidèles? Je le veux; que partout où il trouve Eglise, il entende les vrais fidèles; qu'il explique même, s'il veut, ces paroles : Dites-le à l'Eglise », dites-le aux vrais fidèles ; démêlez-les parmi la troupe, et jugez avant le Seigneur : ou parce qu'il s'agit ici trop visiblement, comme lui-môme le reconnaît2, de l'Eglise représentée par ses pasteurs, qu'il dise que ces pasteurs représentent les vrais fidèles qu'on ne connaît pas et agissent en leur nom. Que serviront après tout ces explications, puisque enfin, selon lui, cette vraie Eglise se trouvera toujours visible, et ces vrais fidèles toujours sous un ministère public, Jésus-Christ permettant si peu d'en séparer son Eglise, que même après ces paroles : « Dites-le à l'Eglise, et, s'il n'écoute « l'Eglise, qu'il vous soit comme un gentil ; » pour montrer combien redoutable est le jugement de l'Eglise, il exprime incontinent l'efficace du ministère par ces mots : « Tout ce que vous « lierez sur la terre sera lié dans le ciel 3, » et le reste que tout le monde sait. Ainsi je conclus toujours également que l'Eglise qu'il nous faut montrer sans interruption, soit que ce soit les seuls vrais fidèles, ou, si l'on veut, les seuls élus; soit que ce soit, en un cer.ain sens, les méchants mêlés avec eux, et ceux qui croient pour un temps, selon l'expression de l'Evangile '*, est une Eglise toujours recueillie sous un ministère M-ible, et un corps toujours subsistant de peuple avec des pasteurs, où la vérité soit prèchée, non pas en cachette, mais sur les toits*. Qu'on tourne tant qu'on voudra, c'est une Eglise de cette nature et de celte conslilution qu'il nous faut montrer dans tous les temps, de l'aveu de M. Claude. La faire disparaître un seul moment, c'est l'anéantir tout à fait, et renverser les promesses de l'Evangile dans ce qu'elles ont de plus sensible et de plus éclatant : la faire paraître toujours, c'est établir invinciblement l'Eglise romaine. Ainsi ce que nous explique M. Claude avec tant de soin, outre qu'il est faux, laisse la difficulté tout entière, et sa cause en aussi mauvais état qu'elle était avant ses défenses. Mais afin qu'on ne dise pas que nous
— • ÎJallh, xvm, 17. —2 R'p man., q. 4. — » ilallh., xvm, 18.— 2 « Mallh., xi.., — ■ . ..LU., Z.
nous sommes contenté de le réfuter, disons-lui la vérité en peu de mots.
Le fond de l'Eglise, c'est les vrais fidèles, et ceux-là principalement qui, persévérant jusqu'à la (in, demeurent éternellement en Jésus-Christ, et Jésus-Christ en eux, c'est-à-dire les élus. Les méchants qui les environnent sont compris à leur manière sous le nom d'Eglise, comme les ongles, comme les cheveux, comme un œil crevé et un bras perclus, qui peut-être ne reçoit plus de nourriture, est compris sous le nom du corps. Tout est à ces vrais fidèles. Le ministère sous lequel ils vivent est à eux au sens que saint Paul a dit : « Tout est à vous, soit Paul, « soit Apollo ou Céphas ' » Non que la puissance de leurs pasteurs vienne d'eux, ou qu'ils puissent seuls les établir et les déposer; à Dieu ne plaise! cette puissance pastorale et apostolique vient de celui qui a dit : « Comme mon « Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie 2 . » C'est ce qui fait dire à saint Paul dans le même lieu : « Qu'est-ce qu'Apollo et qu'est-ce que « Paul ? Les ministres de celui à qui vous avez * cru, et chacun selon que Dieu lui a donné3 » à vous d'être fidèles et à nous d'être pasteurs. C'est pourquoi il ajoute encore « Nous sommes « ouvriers, » ou, pour mieux dire, a coopéra- « teurs de Dieu4 . » Ces ministres et ces ouvriers, établis de Dieu, sont aussi ministres des fidèles, et en ce sens sont à eux, parce qu'ils sont leurs serviteurs en Jésus-Christ'0, établis dans la chaire, non pas pour eux-mêmes, car pour eux il leur suffirait d'être de simples fidèles, mais pour édifier les saints. Qui désire d'être dans la communion de ces saints, n'a que faire de se tourmenter à les discerner d'avec les autres . car encore qu'ils ne soient connus et parfaitement discernés que de Dieu seul, on est assuré de les trouver sous le ministère public et dans la profession extérieure de l'Eglise catholique. Il n'y a donc qu'à y demeurer pour être assuré de trouver les saints; parce que cette profession, et la parole des prédicateurs toujours féconde, qui ne manque jamais d'en engendrer, les tient toujours inséparablement unis à la sainte société où ils l'ont reçue. C'est pourquoi quand Jésus- Christ promet d'enseigner toujours avec son Eglise, il comprend tout dans cette parole ; et rendant par la vertu de cette promesse l'Eglise infaillible au dehors dans la manifestation de la vérité, il la rend dans l'intérieur toujours féconde. Si les prédicateurs de la vérité sont, par leur vie corrompue, indignes de leurs ministères, Dieu ne laisse pas de s'en servir pour sancti-
' 1 Cor., m, 22.— » Joan., xx, 21. — 3 /. Cor., m. 4,0. — *Kïd., — 'Il Cor. ,17, 5.
SUR UN ECRIT DE M. CLAUDE. 177
fier ses fidèles; car il est puissant pour vivifier, d'avouer qu'elle no s'est établie qu'on rompant
même par les morts, et nn bits pourri peut avec tout ce qu'il y avait d'églises chrétiennes
détenir agissant entre ses mains. Au reste, ces dans le monde, elle se donne le propre carac-
vrai.s Bdèles, connus de I > î * - 1 1 seul, animent tout tore de foules les fausses Eglises.
v ministère ecclésiastique : on petit nombre de Enfin, elle se condamne elle-même, lorsque,
vs saints caches suffit souvent à rendre efficaces forcée à reconnaître la perpétuelle visibilité de
les prières de tonte une Eglise; la conversion l'Eglise dans Tindéfecobilité du ministère, elle
des pécheurs sera souvent aussitôt l'effet de leurs nC peui .se soutenir sans reconnaître d'ailleurs
gémissements secrets, que le fruit des prédica- dans le ministère une corruption universelle, et
lions les plus éclatantes. C'est pourquoi saint sans autoriser les particuliers contre toute la
Augustin attribue les salutaires effets du niinis- succession de L'ordre apostolique.
1ère à ces bonnes âmes, pour lesquelles et par Une si elle se condamne elle-même en tant de
lesquelles le Saint-Esprit est pleinement dans sortes, qu'il lui serait salutaire de se con-
l'Eglise. Mais que la puissance ecclésiastique damner enfin elle-même, en retournant dans le
pour cola dépende deux, c'est ce que saint Au- soin de fEglise catholique, qui ne cesse de la
gustin, ni aucun des .saints docteurs n'a jamais rappeler à son unité!
pensé; et AI. Claude, qui les cite, ne les entend Que ces messieurs ne nous parlent plus des
pas. On Le verra pleinement quand il publiera abus qui nous font gémir. C'est mal remédier
son écrit; il nous suffit, en attendant, d'avoir aux maux de l'Eglise que d'y ajouter celui du
montré qu'il est de ceux, et DieuTeuille qu'il n'en schisme. Sont-ils si heureux, ou, pour mieux
soit pas jusqu'à la fini qu'il est, dis-je, de ceux due, .si orgueilleux et si aveugles, qu'ils ne
dont parle saint Paul, « qui se condamnent sentent rien à déplorer parmi eux? et Teulent-
« eux-mêmes1. » ils autoriser tant de sectes sorties de leur sein,
C'est en effet, selon cet Apôtre, le vrai earac- qui, en se plaignant de leurs désordres dans ce
1ère do toutes les hérésies; et aucune société n'a même esprit de chagrin superbe avec lequel
jamais porté plus visiblement ce caractère mar- ils ont autrefois tant exagéré les nôtres, font
que par saint Paul, (pie l'Eglise prétendue ré- tous les jours schisme avec eux, connue ils l'ont
formée. fait avec nous? Que n'écoutent-ils plutôt la
Elle se condamne elle-même, lorsque, n'osant charité même, l'unité même, et l'Eglise catho-
assurer qu'elle soit infaillible, elle se voit néan- tique, qui leur dit par la bombe de .saint Cy-
inoins contrainte d'agir connue si elle l'était, et piïen ' : « Ne TOUS persuadez pas, nos chers
de rendre témoignage à l'Eglise catholique en frères et nos chers Entants, que vous puissiez
l'imitant. jamais détendre l'Evangile de Jésus-Christ, en
Elle se condamne elle-même, lorsqu'elle TOUS séparant de son troupeau, de son unité et
élève tous les particuliers qu'elle enseigne au- de sa paix. De bons soldats, qui se plaignent
dessus île son propre jugement; et les forçant, des désordres qu'ils voient dans l'armée, doi-
quelque ignorants qu'ils se sentent, à examiner vent demeurer dans le camp pour y remédier
après elle, sans les rendre capables, elles les d'un commun avis sous l'autorité du capi-
rend seulement indociles et présomptueux. laine, » et non pas en sortir pour exposer l'ar-
Elle se condamne elle-même, puisqu'on van- méo ainsi désunie aux invasions de l'ennemi.
tant les Ecritures, elle ne se sent pesasses d'au- « Puis donc que l'unité ecclésiastique ne doit
lorité pour les faire recevoir à ses sectateurs sur point être déchirée, et que d'ailleurs nous ne
•a parole, et laisse ses propres enfants, a qui elle pouvons pas quitter l'Eglise pour aller à vous,
les présente à lire, dans les incertitudes d'une revenez, revenez plutôt à l'Eglise votre mère
foi humaine. - et à notre fraternité; c'est à quoi nous vous ex-
Ellc se condamne elle-même, lorsque, forcée horions avec tout l'effort d'un amour vraiment
» Ta.iu,ii> fraternel. » Amen, amen.