PREMIERE INSTRUCTION PASTORALE SIR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE
Jérusalem el a la Iodée ; etil l'étend dans la suite mentaire. Ce qu'il dit est grand et inerovable;
à tous les gentils, c'est à-dire jusqu'aux nations qu'une société doive avoir une immuable durée,
les plus éloignées des promesses et de l'alliance: et qu'il y ait sous le soleil quelque chose qui no
Vdbit, qui longe fuistis. change pas ; mais il donne aussi à sa parole cet
Bamarie était cuire deux, la plus pioche du immuable fondement : « Toute puissance m'est
testament après la Judée, puisqu'elle connais- « donnée dans le ciel cl sur la terre: «allez donc
sait Dieu, et qu'elle attendait le Chrisl ; tout sac- sur cette assurance, où je vous envoie aujour-
eomplissait aux yeux des fidèles dans l'ordre d'hui, et portez-y, par l'autorité que je vous en
que Jésus-Christ avait promis; on \il dans donne, le témoignage de mes vérités : vous ne
Jérusalem les heureux commencements de demeurerez pas sans fruit : vous enseignerez,
l'Eglise : les fidèles dispersée en Judée et en Sa- vous baptiserez; vous établirez des églises par
marie*, dans la persécution où saint Etienne tout l'univers. H ne faut pas demander si le nou-
fut lapidé, j annoncèrent l'Evangile, et ce fut veau corps, la nourelle congrégation, c'est-à-dire
le second progrès de l'Eglise, ainsi que Jésus- la nouvelle Eglise que je vous ordonne de for-
Christ l'avait marqué. Le reste des peuples n'é- merde toutes les nations, sera visible, étant,
tait pas des peuples, et la connaissance de Ken connue elle doit l'être, visiblement composée
leur était entièrement étrangère, et toutefois de ceux qui donneront les enseignements, et
l'Evangile y devait être porté, afin que ceux qui de ceux qui les recevront, de ceux qui bap-
étaient les plue éloignée te Vis* ni rapproches par Useront, et de ceux qui seront 'baptisés, et qui,
le sang de Jésus-Christ-. ainsi distingués de tous les peuples du monde
Alors donc forent accomplis aux yeux de tous par la prédiction de mes préceptes, et parla
les fidèles les anciens oracles sur la conversion profession de les écouler, le seront encore plus
des gentils, dont les psaumes et les prophètes sensiblement par le sceau sacré d'un baptême
étaient pleins; et en même temps fut révélé ce particulier, au nom du Père, et du Fils, et du
grand secret, dont le parfait dénoùment était Saint-Esprit.
réservé à la prédication de saint Paul : o que le Cette Eglise, clairement rangée sous le même
«Christ devait souffrir, et que c'était lui qui, gouvernement, c'est-à-dire sous l'autorité des
« le premier de tous les hommes, devait annon- mêmes pasteurs, sous la prédication et sous la
o cer la lumière, non-seulement au peuple, mais profession de la même foi, et sous l'administra-
« encore aux gentils, après être ressuscité des non des mêmes sacrements, reçoit par ces trois
a morts3. » moyens les caractères les plus sensibles dont on
Une conversion si universelle des peuples les la put revêtir. Qu'elle est belle, celte Eglise,
plus éloignés et les plus barbares, après un si avec les trois marques de sa visibilité! Mais',
long oubli de Dieu, au nom et par la vertu de pour en concevoir le dernier trait, voyons com-
Jésus-Clnïslcrucifiéet ressuscité, faisait dire aux ment Jésus-Christ en marquera la durée, el s'il
spectateurs d'un si grand ouvrage, que vraiment ne l'explique pas aussi clairement qu'il a fait
Jésus-Christ élait tout-puissant pour accomplir tout le reste. Il s'agit de l'avenir : mais celte
ce qu'il promettait ; et que si, par un miracle si phrase : Et voilà, le rend présent par la cerli-
visihle, il réunissait si rapidement tous les peu- tude de l'effet, je suis avec vous ; c'est une autre
pies de l'univers pour croire enson nom, il pou- façon de parler consacrée en cent endroits de
vait bien les réunir un jour pour être étemelle- l'Ecriture, pour marquer une protection assurée
ment heureux dans la vision de sa face. et invincible de Dieu.
Mais la seconde partie de la promesse de Je- « Le Seigneur est avec vous, ô le plus coura-
sus-Christ est encore plus remarquable. Rêve- «gcuxde tous les hommes! Si le Seigneur est
nons à ce dernier jour, où, formant son Eglise « avec nous, reprit Cédéon, d'où vient que nous
par la commission qu'il donnait à ses Apôtres « nous voyons accablés de tant de maux ! Allez
avec les paroles qu'on a entendues, il continua « avec ce courage, vous délivrerez Israël de la
ainsi son discours : « Toute puissance m'estdon- « main des Madianiles. Comment le délivrerai-
« née dans le ciel et sur la terre : allez donc : « je, puisque ma famille est la dernière de la
a enseignez les nations, les baptisant au nom du « tribu des Manassès, et que moi-même je suis le
« Père et du Eils, et du Saint-Esprist, leurappre- « dernier de la maison de mon père? Je serai
« nant à garder toutes les choses que je vous ai « avec vous, lui dit le Seigneur, et vous délrui-
« commandées. Et voilà, je suis avec vous tous « rez Madian, comme si ce n'était qu'un seul
«les jours jusqu'à la consommation des siè- «homme1. » Ce mol, je suisaveevous, tient lieu
« clés 4. » Ces paroles n'ont pas besoin de coin- de tout, et n'y a secours ni puissance qu'il ne
%Act., vin, 1.— *Ephes.u, 13.— *Aet ,xxti,23.— < Matth., x\i, 13 • Jadiç., vi, 11, 1J scq.
contienne. « Quand je marcherais, » disait Da- avec une telle multitude, que la nacelle où il vid ', « an milieu de l'ombre de la mort, je ne péchait en était presque submergée1 ; mais sans «craiodraisaucun mal, parce que vous êtes avec empêcher néanmoins qu'elle n'arrivât heureu ■ moi. » Cent passages de cette sorte, dans lou- sèment au rivage. C'est là une des merveilles les les pages de l'Ecriture, nous marquent cette de la durée de l'Eglise, que le grand nombre expression comme la plus claire pour exclure de ceux qui la chargent n'empêchera pas qu'elle tout sujet de crainte. « Quand vous passerez par ne subsiste toujours. Ainsi on verra toujours « les eaux, je serai avec vous, et les fleuves ne des scandales dans le sein même de l'Eglise, et « vous couvriront pas : vous marcherez au mi- le soin de les réprimer fera éternellement une « lieu des feux ardents, sans que leur ardeur partie de son travail ; mais, pour ce qui est des « vous blesse 2 ; » nul complot, nul accablement erreurs et des hérésies, elles en seront exterminulle persécution ne pourra vous nuire ; défiez nées. Jésus-Christ ne parle que de la durée de hardiment tous vos ennemis, dites-leur avec le laprédication et des sacrements. Allez, enseignez, Prophète : « Tenez conseil, et il sera dissipé; ba/ lisez, et je suis toujours avec vous, ensei- « parlez ensemble pour conspirer notre perte, gnants et baptisants, comme ona vu: cependantla « il ne s'en fera rien, parce que le Seigneur est prédication produira son fruit; l'Eglise auratou- « avec nous3. » Mais qu'est-ce encore, avec jours des saints, et la charité n'y mourrajamais. « vous, dans la promesse de Jésus-Christ? avec Au reste, le Eils de Dieu ne borne pas au siècle vous , enseignants et baptisants. Ceux qui veu- présent l'union qu'il veut avoir avec ses apôtres lent être enseignés de Dieu 4 n'auront qu'à vous et leurs successeurs; il leur veut être beaucoup croire, comme ceux qui voudront être baptisés plus uni au siècle futur. Mais s'il s'était contenté n'auront qu'à s'adresser à vous. de dire : Je suis avec vous éternellement, on au- Mais peut-être que cette promesse: Je suis avec rait pu croire qu'il leur promettait seulement vous, souffrira de l'interruption ? Non : Jésus- l'éternité bienheureuse qui suivra le siècle pré- Christ n'oublie rien : « Je suis avec vous tous sent, au lieu que, conduisant l'effet de cette « les jours. » Quelle discontinuation y a-t-il à promesse jusqu'à la consommation du monde, craindre, avec des paroles si claires? Enfin, de sans y parler d'autre chose en cet endroit, on peur qu'on ne croie qu'un secours si présent et voit qu'il ne donne point d'autre terme à son si efficace ne soit promis que pour un temps : Eglise visible ni à la sainte société du peuple de « Je suis, » dit-il, « avec vous tous les jours jus- Dieu en ce monde , sous le régime de ses pasce qu'à la fin des siècles : » ce n'est pas seule- teurs , que celui de l'univers. Cependant la féliment avec ceux à qui je parlais alors, que je dois cité de la vie future ne nous en est pas moins être, c'est-à dire avec mes apôtres. Le cours de assurée, et cette promesse nous en est un gage leur vie est borné ; aussi ma promesse va plus certain, puisque si celui qui est tout-puissant loin, et je les vois dans leurs successeurs. C'est pour accomplir tout ce qu'il promet peut condans leurs successeurs que je leur ai dit : « Je server son Eglise en ce lieu d'instabilité et de « suis avec vous : des enfants naîtront au lieu des tentation, malgré les flots et les tempêtes, à plus « pères, pro patribus nati sunt fûii &. » Ils lais- forte raison saura-t-il la rendre immuablement seront après eux des héritiers : ils ne cesseront heureuse avec ses enfants quand elle sera arrivée de se substituer des successeurs les uns aux au port. * autres, et cette race ne finira jamais. De là suivent ces deux vérités, qui sont deux Mais, dira-t-on. pourquoi vousrestreignez-vous dogmes certains de notre foi: l'une, qu'il ne a dire que les erreurs seront toujours extermi- faut pas craindre que la succession des Apôtres, nées dans l'Eglise, et que n'assurez-vous aussi tant que Jésus-Christ sera avec elle (et il y sera qu'il n'j aura jamais de vices? Jésus-Christ est toujours sans la moindre interruption, comme également puissant pour opérer l'un et l'autre. 0n a vu) enseigne jamais l'erreur, ou perde les Il estirai : mais il faut savoir ce qu'il a promis, sacrements; car il faut juger des autres par le Loin de promettre qu'il n'y aurait que des saints baptême, qui en est l'entrée et le fondement. dans son Eglise, il a prédit au contraire « qu'il La seconde, qu'il n'est permis en aucun instant y aurait des scandales dans son royaume et de de se retirer d'avec cette succession apostolique, l'ivraie dans Bon champ, et môme qu'elle y puisque ce serait se séparer de Jésus-Christ, qui croîtrait mêlée avec le bon grain jusqu'à la n0Us assure qu'il est toujours avec elle. Voilà moisson 6. » On sait les autres paraboles et les deux dogmes et deux fondements très-certains poissons de toutes les sortes pris dans les filets de notre foi, et qu'aussi le Fils de Dieu nous a , „ , . , . . , ,„ . , proposés en termes exprès, et par des paroles
1 Psal., xxil, 4. — * Isa., xun, 2. — 3 Isa., vin, 10. — 4 Joan., l l r * '
Tl, 43. — ' I't'A., xuv, 17. — « Mullh., xm, 20 30, 4L ■ Mat th., xm. 47 ; Luc, v, 3, 7.
SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE. 18i
qui ii«- pointaient être plus claires. 11 est le seul Or, cela arrive en deux façons, qui ont paru
quia construit sur la ferre un édifice immortel, l'un. • cl l'autre dans le dernier schisme: premiè-
contre lequel il promet aussi ailleurs que L'enfer rement, lorsque les évoques, qui succédaient aux
ne prévaudra pas ' ; et en assurant à ses apôtres apôtres, suis quitter leurs sièges, renoncent à
d'être tous Us jours avec leurs successeurs comme la foi de ceux qui les y ont établis, et qui les ont
avec eux-mêmes jusqu'à h /indu monde, il ne consacrés; secondement, etd'une manière encore
laisse à ceux qui seront tentés de sortir de cette plus sensible, lorsque les peuples se font un
suite sacrée aucun endroit où ils puissent trouver nouvel ordre de pasteurs qui viennent d'eux-
un légitime commencement de leur secte, ni mêmes, et qu'en s'ingérant dans le ministère
placer une interruption, quand elle ne sciait sacre, sans pouvoir nommer leurs prédécesseurs,
«pic d'un jour ou d'un moment ils se soient contraints, pour sauver leur entre-
De là est venu aux hérétiques et aux scliisma- prise, de se dire i suscites de Dieu d'une façon
tiques, jusqu'à la fin du monde, ce mauvaise! extraordinaire pour dresser de nouveau l'Eglise
malheureux caractère marqué par saint .lude: qui était en ruine et désolation1.»
a Ce sont ceux qui se séparent eux-mêmes; » Que veulent-ils dire par cette désolation et cette
et afin de réciter le passage entier: « Souvenez- ruine f Quoi? qu'il y avait en généra] île la cor-
« vous, » dit-il 2, « mes bien aimes, de ce qui a ruption et du dérèglement dans les mœurs de
«été prédit par les apôtres de Nôtre-Seigneur ceux qui conduisaient le troupeau? Ce n'est pas
a Jésus-Christ . qui vous disait qu'aux derniers dequoi il s'agil , puisque cette désolation et cette
« temps » (dans le temps de la loi évangélique) ruine , qui obligeait à dresser de nouveau PEglise,
« il y aurait des imposteurs qui suivraient leurs regardait la toi. Onsupposail donc que la loi
■< passions pleines d'impiétés; ce Sont ceux qui n'était plus a\ec ceux qui étaient en place, ni
« se séparent eux-mêmes, gens livrés aux sens, dans le peuple qui leur demeurait attaché, puiscet destitués de l'esprit de Dieu.» Remarque! qu'il se fallait séparer de tout ce corps . ou qu'é-
ici que saint Jude, un des apôtres, Cite à la fois tant encore avec eux, selon sa promesse, on tous les apôtres ses collègues et les compagnons pouvait néanmoins s'en détacher, et se taire de de son ministère, comme établissant tous d'un nouveaux pasteurs, qui dans l'ordre de la succommun accord le caractère de tous les trom- cession ne tinssent rien des apôtres ni des sucpeurs qui devaient paraître jusqu'à la fin des siè- cesseurs des apôtres, ou qu'enfin on pût être des. Ce caractère est de les montrer connue ceux avec, Jésus-Christ . sans être avec ceux avec qui qui se séparent eux-mêmes. Mais de qui se sépa- il a promis d'être toujours. reront-ils, sinon du corps déjà établi, et dont Ceux-là donc manifestement font une plaie a l'unité est inviolable, puisqu'on donne pour l'Eglise et une rupture dans l'unité. C'est ce qu'on marque sensible de leur imposture la hardiesse a vu arriver en Allemagne et en France, au de s'en séparer? Ils seront éternellement connus commencement du siècle passé . dans le schisme parleur désertion, et il est clair, dit saint Jude, de Luther et de Calvin. Mais ceux qui, environ que c'est par ce caractère que tous les apôtres les dans le même temps , ont rompu dans d'autres ont voulu désigner. Comme ils ont ou! tous en- royaumes en demeurant dans les sièges où ils semble Jésus-Christ, qui leur promettait en corn- se trouvaient établis évoques, ne sont pas plus mun d'être tous les jours avec eux jusqu'h la demeurés unis avec la succession apostolique, consommation des sièeles , ils ont aussi jugé tous puisque tout d'un coup il oui renoncé à la docensemhle, que se séparer de cette chaîne, c'était bine de ceux qui les avaient consacrés, et qu'ils se séparer d'avec Jésus-Christ, pendant qu'il ont appris à leurs peuples à désavouer pareilleleur promettait, de son côté, de ne les quitter ment la foi de ceux qui leur avaient donné le jamais, ni eux, ni la suite de leurs successeurs, baptême. Car il faut ici remarquer que la dissen- De là suit, avec la même évidence, un autre sion dont il s'agissait ne regardait pas des choses caractère marqué par saint Paul, de l'homme indifférentes. Les réformateurs prétendus ne hérétique: «c'est qu'il se condamne lui-même reprochaient rien moins à l'Eglise et à leurs « par son propre jugement, » propriojudicio suo coirécraleurs, qu'un culte idolâtre, un sacrifice condemnatus 3: puisque dès lors qu'il parait en profane et sacrilège, un ouhli de la grâce et de tète, comme le premier de sa secte, sans pouvoir la justification chrétienne, et cent autres choses nommer son prédécesseur dans le temps qu'il regardant visiblement les fondements de la commence à s'élever, il se condamne en effet foi et la substance du nom chrétien. Que leur lui-même , comme novateur manifeste , et il porte servait donc de garder leurs sièges , si publiquesa condamnation sur son front. ment et par expresse déclaration ils cessaient de
» Math., xvi, 10. —2 Jud., 17, 18, 19. —3 TU. ni, 10, 11. ' Conf. de/oides prét.rcj
persister dans la foi qu'on y professait immédiatement avant eux, et qu'ils professaient si bien eux-mêmes lorsqu'on lésa installés et consacrés, que leur changement, aux yeux du soleil et par un fait positif, est demeuré pour constant?^ Il n'est pas besoin de remonter plus haut; dès" ce moment la chaîne est rompue ; le caractère de séparation est ineffaçable ; il n'y a qu'à se souvenir en quelle foi on était lorsqu'ils sont entrés dans leurs sièges, et dans quelle foi ils étaient eux-mêmes.
C'est un remède éternel, préparé par Jésus- Christ à son Eglise contre tous les schismes et contre toutes les sectes qui devaient naître en si grand nombre dès sa naissance et dans toute la suite des temps; c'est-là, dis-je, le vrai remède contre ce 11 faut, de saint Paul , qu'on ne lit point sans un profond étonnement. « Il faut, » dit-il1, « qu'il y ait non-senlement des schismes, mais même des hérésies . » Oportet et hœreses (etiam) hœreses esse: sans les schismes, sans les hérésies, il manquerait quelque chose à l'épreuve où Jésus-Christ veut mettre les âmes qui lui sont soumises, pour les rendre dignes de lui. Jésus-Christ paraissait à peine dans le monde , et dès sa première entrée dans son saint temple, tant marquée dans ses prophètes, il y voulut trouver le saint vieillard qui , expliquant à sa bienheureuse mère, et en sa personne à son Eglise la vraie Mère de ses enfants, les desseins de Dieu sur ce cher Fils, lui prédit qu'z/ serait en butte aux contradictions 2 . ce qui paraît nonseulement dans sa vie et dans sa mort, mais encore éternellement dans la prédication de son Evangile; en sorte que c'était là une partie nécessaire des mystères de Jésus-Christ, d'exciter par leur simplicité, par leur majesté , par leur hauteur, la contradiction des sens et delà faible raison humaine.
Qu'on ne s'étonne donc pas de voir sortir du sein de l'Eglise des esprits contentieux, qui sauraient lui faire des procès sur rien; ou des curieux qui, pour paraître plus sages qu'il ne convient à des hommes, voudronttout entendre, tout mesurer à leurs sens, hardis scrutateurs des mystères dont la hauteur les accablera 3; ou des hypocrites qui avec l'extérieur de la piété séduiront les simples, et sous la peau de brebis couvriront des cœurs de loups ravissants4; ou de ces murmurateurs chagrins et plaintifs ou querelleurs; murmuratores querulosi, comme les appelle saint Jude 5, qui , en criant sans mesure contre les abus, pour s'ériger en réformateurs du genre humain, se rendront, dit saint Augus-
1 I Cor., xi, 18, 19. — * Luc, il, 34. — 3 Prov., xxv. — ' Muta., m, 15.— » Jud., 16.
tin, plus insupportables que ceux qu'ils ne voudront pas supporter ; ou enfin des hommes vains, qui inventeront des doctrines étrangères pour se faire un nom dans l'Eglise et emmener des disciples après eux K C'est de tels esprits que se forment les schismes et les hérésies , et il faut qu'il y en ait pour éprouver les vrais fidèles. Mais Jésus-Christ, qui les a prévus et prédits, nous a préparé un moyen universel pour les connaître: c'est qu'ils seront tous du nombre de ceux qui se séparent eux-mêmes , qui se condamnent euxmêmes; de ceux enfin qui ne croiront pas aux promesses de Jésus-Christ à l'Eglise, ni à la parole qu'il lui a donnée d'être toujours sans interruption et sans fin avec ses pasteurs.
Souvent ils sembleront imiter l'Eglise en se multipliant comme elle, et occupant des peuples enliers, ainsi que les ariens pervertirent les Goths, les Vandales, les Hérules, les Bourguignons ; car il faut encore que les fidèles éprouvent la tentation de cette vaine ressemblance : bien plus, en durant longtemps, ils paraîtront imiter aussi la stabilité de l'Eglise, et comme elle pouvoir se promettre une éternelle durée. Mais l'illusion est toujours aisée à reconnaître et à dissiper. 11 n'y a qu'à ramener toutes les sectes séparées à leur origine ; on trouvera toujours aisément et sans aucun doute le temps précis de l'interruption : le point delà rupture demeurera, pour ainsi dire, toujours sanglant ; et ce caractère de nouveauté, que toutes les sectes séparées porteront éternellement sur le front, sans que cette empreinte se puisse effacer, les rendra toujours reconnaissables. Quelques progrès que fasse l'arianisme, on ne cessera de le ramener au temps du prêtre Arius, où l'on comptait par leurs noms le petit nombre de ses sectateurs, c'est-à-dire huit ou neuf diacres, trois ou quatre évêques ; en tout, treize ou quatorze personnes, à qui leur évêque et avec lui cent évêques de Libye dénonçaient un ana thème éternel, qu'ils adressaient à tous les évêques du monde, et de qui il était reçu. C'est à ce temps précis et marqué où l'on ramenait les ariens2 : on les ramenait au temps où l'on reprochait à Eusèbe de Nicomédie qu'il croyait avoir toute l'Eglise en sa personne et en celle des quatre évêques de sa faction, au temps où on lui disait: « Nous ne reconnaissons qu'une seule Eglise catholique et apostolique, qui ne peut être abattue par nul effort de l'univers conjuré contre elle, et devant qui doivent tomber toutes les hérésies 3. » Ce que disait Alexandre, évêque d'Alexandrie , dans ces premiers siècles du christianisme, se dira éter-
' Ad., xx, 30. — J Epist. 1 et 2 Alex., episc. Alex., anle Conc. A'ic. — 3 £pwt. 2, ad omn. ep., ibid.
SUli LES PROMESSES DE L'ÉGLISE. i83
n illement, et tant que l'Eglise sera Eglise, à tou- mêmes, et se dessèchent, comme ils sont venus.
tes les sectes fui se sépareront d'elles-mêmes. La seule Eglise catholique, dont l'état remonte
Que Nestorius, patriarebede Constantinople, se jusqu'à Jésus-Christ, recevra le caractère d'un-
fosse un nom dans l'Orient, et qu'une longue mortalité que lui seul peut lui donner,
étendue de pays sciasse honneur encore aujour- Ce dogme de la succession et de la perpétuité
d'Imi de le porter, on le ramènera toujours au de l'Eglise, si visiblement attesté parles promes-
point de l;i division, où il était seul de son parti SCS expresses de Jésus-Christ, avec les paroles les
avec un autre qu'il faisait prêcher dans Constan- plus nettes et les plus précises, a été jugé si im-
tinople, où personne ne le pouvait souffrir, ni portant, qu'on l'a inséré parmi les douze articles
l'entendre dans sa propre ville; oii un Si ul élfi- du Symbole des apôtres j en ces termes : Je crois que était oppose à six mille cecques l; OÙ la par- V Eglise catholique ou universelle : universelle celle disputait contre le tout; où une branche dans tous les lieux et dans tous les temps, selon rompue combattait contre l'arbre, et contre le les propres paroles de Jésus-Christ1 : «Allez, » tronc d'où elle s'était arrachée. Ainsi le schisme dit-il, « enseignez toutes les nations; et voila, de Dioscore , qu'on voit encore subsister , sera t je suis avec vous tous les jours» (sans discontoujours ramené au concile de Chalcédoinc, et tinuation) ■ jusqu'à la lin des siècles. » Ainsi, au temps où on lui disait avec une vérité mani- en quelque lieu et en quelque temps que le Geste et incontestable, que tout l'Orient et tout Symbole suit lu et récité, l'existence de l'Eglise l'Occident étaient unis contre lui. C'est ainsi que de tous les lieux et de tons les temps y est allesl'on démontrait, quelque durée que le schisme lée : celte loi ne souffre point d'interruption, put avoir, qu'il commence toujours par un si puisqu'à tous moments le Adèle doit toujours petit nombre, qu'il ne mérite pas même d'être dire : Je crois V Eglise catholique. Quand les noregardé à comparaison de celui des orthodoxes. vatem s, quels qu'ils soient, ont commencé leurs Que l'on considère toutes les autres sectes qui se assemblées schisinaliques, l'Eglise était; il fallait sont jamais séparées de l'Eglise : nous mettons le croire, puisqu'on disait: Je crois VEglise*lil en fait qu'on n'en nommera aucune, qui, rame- fallait être avec elle , à peine d'être séparé de néeàson commencement, n'y rencontre ce point Jésus-Christ, qui a dit: Se suisaveevous :enqueltixe etmarquéoù une parcelle combattait contre Q^etempsque,horsdesacommunion, qui est toute tout, se séparait de la tige, changeait la doc- jouis eiiic des Baints, on ose former des congre» trine qu'elle trouvait établie par une possession gâtions illégitimes, on est manifestement du constante et paisible, et dont elle-même faisait nombre de ceux qui se séparent eux-mêmes, qui profession le jour précédent se condamnent eux-mêmes , par leur propre et
Dès là il n'est pas besoin d'aller plus loin : manifeste séparation.
comme le sceau de ,1a vraie Eglise est qu'on ne Quand on dit que ce sont là des formalités, et
peut lui marquer son commencement par aucun qu'il faut en venir au fond, on abuse trop vi-
l'ait positif, qu'en revenant aux apôtres, à saint siblement de la crédulité des simples, comme si
Pierre et à Jésus-Christ, ni faire sur ce sujet au- la foi des promesses sj clairement expliquée par
tre chose que des discours en l'air; ainsi le ca- Jésus-Christ même, et renfermée dans le Syin-
ractère infaillible et ineffaçable de toutes les bole, n'était qu'une formalité; ou que ce fût une
sectes, sans en excepter une seule, depuis (pic chose peu essentielle au christianisme, de croire
l'Eglise est Eglise, c'est qu'on leur marquera que les novateurs, qui se séparent eux-mêmes,
toujours leur commencement et le point d'in- portent dès là leur condamnation et leur nou-
terruption par une date si précise , qu'elles ne veaulé sur le front.
pourront elles-mêmes le désavouer. Ainsi, elles Ce défaut ne peut se couvrir par quelque suite se llatteront en vain d'une durée éternelle ; nulle de temps que ce puisse être. Le schisme de Sasecte, quelle qu'elle soit, n'aura celle perpétuelle marie était si ancien, que l'origine en remontait continuité, ni ne pourra remonter sans inlcr- jusqu'à Roboam, bis de Salomon; jusqu'à la ruption jusqu'à Jésus-Christ. Mais ce qui ne séparation des dix tribus; ainsi que les plus ancommence point par cet endroit ne se peut rien ciens docteurs l'ont remarqué devant nous 2. Le promettre de durable. Les hérésies ne seront salut des Samaritains, séparés depuis si longjamais de ces fleuves continus, dont l'origine temps du peuple de Dieu, en était-il plus assuré féconde et inépuisable leur fournira toujours des par une origine si reculée ? Point du tout ; le peueaux : elles ne sont, dit saint Augustin, que des pie de Dieu les a toujours mis au rang des nalorrcnls qui passent, qui viennent, comme d'eux- lions les plus odieuses. L'Ecclésiastique a nommé
i j„„i n„/m „j ta w n v * . , avec les enfants d'Esaù et de Chanaan, « le peu-
1 Apol. Valm. ad Theod. imper., Conc. Eph., part, n, xnter '
actacath. i Matlh., xxvm, 18, 20.— 2 Terlull., lib. iv, Cont. Marcion.,c. 3Û
m PREMIÈRE INSTRUCTION PASTORALE
aie insensé qui feït sa demeure dans Sicliem i, » pour l'expiation des péchés des morts, et poui c'est h dire les Samaritains. Jésus-Christ a con- d'autres points qui vous sont communs avec eux. firme cette sentence, et les traite en effet comme C'est un fait constant que nulle adresse des proinsensés en leur disant : « Vous adorez ce que testants n'a pu pallier. Je ne crois pas à présent vous ne connaissez pas; pour nous, nous adorons que des gens sensés et de bonne foi puissent ce que nous connaissons 2. » Vous ignorez l'ori- nous objecter sérieusement que nous sommes rine de l'alliance, vous avez renoncé à la suite des idolâtres, après qu'on a montré en tant de du peuple saint, vous réclamez en vain le nom manières que l'honneur des saints, des reliques de Dieu, il n'y a point de salut pour vous : Le sa- et des images laisse à Dieu tout le culte qui est lut vient des Juifs, et les Samaritains mêmes ne dû à la nature incréée; et que loin de l'affaiblir, le doivent tirer que de là. Et remarquez ces pa- elle l'augmente K Mais quoi qu'il en soit, l'Eglise rôles, vous et nous ; dans cette opposition, Jésus- d'Orient l'avait comme nous; et le concile vne, Christ ne dédaigne pas de se mettre du côté des reçu dans les deux Eglises, en est un irrépro- Juifs par ce mot de nous ; parce que c'était la tige chable témoin. Je ne parle pas des autres dogmes sacrée, où se conservaient et se perpétuaient les du même concile, ni de ce qu'il dit si expressépromesses, le culte, le sacerdoce, jusqu'à ce que ment sur la présence réelle, et que l'on ne peut parût Celui qui par sa mort et par sa résurrection éluder que par des chicanes : il nous suffit à devait être l'attente des peuples 'K Quand les dix présent, que l'Eglise grecque se trouve aussi lépreux, dont l'un était Samaritain, se présen- éloignéedes protestants que la latine; il demeure tèrent à Jésus-Christ pour être purifiés 4, le Sau- pour constant qu'ils ont construit leur Eglise préveur les renvoya tous également, et non moins tendue par une formelle et inévitable désunion le Samaritain que les autres, aux prêtres succès- d'avec tout ce qu'il y avait de Chrétiens dans seurs d'Aaron, comme à la source de la religion l'univers.
et des sacrements : Matricem religionis et fontem Aussi se sont-ils vus dès leur origine irrémé-
salutis, comme parlait Tertullien &. Il ne servait diablement désunis entre eux-mêmes : luthé-
donc de rien à ces schismatiques , que leur riens, calvinistes, sociniens, ont été des noms
schisme fut invétéré, et qu'il eût duré près de malheureux, qui ont formé autant de sectes. Les
mille ans sous diverses formes : on ne l'en con- catholiques savent se soumettre et se ranger
damnait pas moins par le seul titre de son ori- sous l'étendard : on en a dans tous les siècles
gine ; on se souvint éternellement de l'auteur de d'illustres exemples. Il n'en est pas de la même
la division , c'est-à-dire de Jéroboam qui avait sorte de ceux qui ont rompu avec l'Eglise. Le
fait pécher Israël6, et qui s'était retiré par un principe d'union une fois perdu, en se séparant
attentat manifeste de la ville choisie de Dieu, c'est- d'avec celle où tout était un auparavant, a tout
à-dire de l'Eglise et du sacerdoce établi depuis mis en division; les schismes se sont multipliés
Aaron et depuis Moïse. et n'ont pas eu de remède; car la maxime qu'on
Le plus ancien schisme parmi les Chrétiens avait posée, d'examiner chacun par soi-même
est celui de Nestorius. On en vient de voir le dé- les articles de la foi, mettait tout en dispute et
faut marqué dans son commencement, et dans rien en paix. Ainsi s'étaient divisées toutes les
le propre nom de son auteur que la secte porte sectes : l'arianisme, le pélagianisme, l'eutychia-
encore; rien ne le peut effacer. Le point de l'in- nisme avaient enfanté des demi-ariens, desdemi-
terruption n'est pas moins marqué dans les au- pélagiens , des demi-eutychiens de plus d'une
1res schismes d'Orient. Il n'est pas ici question sorte, et ainsi les autres. On n'a plus rien de
de parler des Grecs, ce n'est point à l'Eglise de certain, quand on a une fois rejeté le joug salu-
Constantinople, ni aux autres sièges schismati- taire de l'autorité de l'Eglise. Les donatistes, dit
ques d'Orient, que nos réformés ont songé à saint Augustin 2, avaient pris en main le cou-
s'unir en se divisant de l'Eglise romaine avec teau de division, pour se séparer de l'Eglise : le
tant d'éclat et de scandale. Avouez, nos chers couteau de division est demeuré parmi eux, et
Frères, une vérité qui est trop constante pour voyez, dit le même Père, « en combien de mor-
ôtre niée. Rien ne nous accommodait dans tout ceaux se sont divisés ceux qui avaient rompu
l'univers tout le monde sait ce que sont les avec l'Eglise : Qui se ab unitate \wœciderunt, in
Pries de l'Eglise grecque qui ont mis les pre- qUot frusta divisa sunt! » N'en peut-on pas dire
miers de tous au rang des hérétiques un Aërius 7, autant à nos prétendus réformateurs : c'est en
pour avoir cru inutiles les prières et les oblalions vain qu'ils ont voulu reprendre l'autorité atta-
1 Eccli., 1 27 —2 Joan. vi, 22 — i Gen., xux, 10*. — < Luc, xvn » V. au tom. III les Fragments sur diverses matières de controverse
12, 1 1, 1';. — » Tiriu.ll., lib. ly, Conl. Marcien., c. 35.— « ///. Reg.t fragments 1 et 2, et ci-dessus l'Avertissement sur le reproche de l'tfoL
xv, 30 33. — ' Epxph., hier. 65 et ind., lib. m, tom. I. latrie. — *Serm. 4, n. 33, 84, tom. VI.
cbée au nom de l'Eglise, et obliger les paiiicu- des jours éternels au siècle futur, mais encore,
luis à se soumettre aux décisions de leurs syno- dans cette vie, des jours qui seront courts, à la
(1rs. Quand on a une fois détruit l'autorité, on vérité, puisque tout ce qui n'est pas éternel est
n'y peut plus revenir . on aura éternellement court, mais qui dîneront néanmoins jusqu'à la
contre eux le même droit qu'ils ont usurpe eon- lin du inonde '.
tre l'Eglise, lorsqu'ils l'ont quittée. Aussi nulle Le même saint Augustin fait ainsi parler dispute Définit: Dordrect ne peut rien contre l'Eglise avec le même Psalmiste : « Annoncezles arminiens; en se soulevant contre L'Eglise, « moi la brièveté de mes jours; » voyons à quels et réduisant à rien ce nom sacré avec les pro- termes tous ai i voulu les réduire : Paucitatem
messes de Jésus-Christ DOW son éternelle durée, dit'riim meorum tuuiuntia milti. i Mais, » contiles protestants se sont olé toute autorité . tout nue-telle, « pourquoi ceux qui se séparent de ordie, toute soumission . et aujourd'hui, s'ils se mon unité murmurent-ils contre moi? pourront justice, Us reconnaîtront qu'ils n'ont aucun quoi ces hommes perdus disent-ils que je suis moyen de réprimer ou de condamner les erreurs; perdue? Ils osent dire que j'ai été, et que je ne en sorte qu'il ne leur reste aucun remède pour suis plus. Parlez-moi donc, o Seigneur! de la s'unir entre eu\, .pie celui de trouver tout hou, brièveté des jours que vous m'avez destinés et d'introduire parmi eux la contusion de Babel sur la terre. Je ne vous interroge point ici sur et l'indifférence des religions sous le nom de to- ces jours perpétuels de l'autre vie : ils seront lérance. sans lin dans le séjour éternel OÙ je serai; » Ce
Il n'en faut pas davantage aux cœurs simples n'est point de celle durée dont je veux parler :
et de bonne foi. Les promesses dont il s'agit «je parle des jours temporels que j'ai à passer
sont conçues , comme on a vu, en termes sur la terre; annoncez les-moi encore un coup :
simples et très-clairs. On doit donc se delermi- parlez-moi, » non point de l'éternité dont je
lier en très-peu de tempe à v croire; et cette jouirai dans le ciel, mais des jours « passagers
croyance enferme une claire décision de toutes et brefs» que je dois avoir dans ce monde.
les controverses. Car si une fois il est constant « Parlez-en pour l'amour de ceux qui disent:
que la vérité domine toujours dans l'Eglise, tous Elle a été, et elle n'est plus ; elle a apostasie, et
les doutes sont résolus : il n'v a qu'à croire, et l'Eglise est périe dans toutes les nations. Mais
tout est certain* Mais si après cela on veutécou- qu'est-ce que Jésus-Chris! m'annonce sur cela?
ter les anciens docteurs de l'Eglise, et savoir s'ils que me promet-il f Je suis avec vous jusqu'à la
entendent connue nous les promesses de Jésus- consommation des siècles. »
Cluisl dont nous parlons, je feux bien entrer Voilà donc deux vies bien distinctement pro-
encore dans celte matière, et ne craindrai point mises a l'Eglise : l'une dans le ciel, éternelle et
de donner à un sujet si essentiel toute l'étendue vraiment longue, puisqu'il n'y a rien de long
qu'il mérite. que ce qui n'a point de fin ; l'autre temporelle et
Vous douiez du sentiment des anciens doc- courte en effet, puisqu'elle aura une fin, mais à
leurs: il n'y a qu'aies entendre parlera ceux qui Jésus-Christ n'en donne point d'autre que
qui, se séparant visiblement de l'Eglise, de cette celle des siècles.
Eglise qui était visiblement répandue par tout Ailleurs le même Père applique à l'Eglise l'univers, disaient quY//c ' était perdue sur la terre, cette parole du même Psalmiste 2 :« Ilaappuyé C'est ainsi que parlaient les donatistes; mais o la terre sur sa fermeté, elle ne branlera point cette parole n'était écoutée qu'avec horreur , i aux siècles des siècles :» Fundavit terram sucomme on écoute les plus grands blasphèmes, per firmitatem suam, non inelinabitur in sœculum «L'Eglise a péri, dites- vous, elle n'est plus sur sœculi*. « Par la terre, » dit saint Augustin, la terre. » Saint Augustin leur répond » : « Voilà « j'entends l'Eglise; et dans la suite : « Où ce que disent ceux qui n'y sont point; parole sont ceux qui disent que l'Eglise est périe dans le impudente. Elle n'est pas, parce que vous n'êtes monde, elle qui, loin de tomber, ne peut pas pasen elle? C'est, » poursuit-il, « une parole abo- même pencher pour que ce soit, ni jamais être minable, détestable, pleine de présomption et ébranlée4?» Pourquoi? A cause qu'étant apde fausseté, destituée de toute raison, de toute puyée sur le ferme fondement de la promesse de sagesse, vaine, téméraire, insolente, pernicieuse: Jésus-Christ, « elle est prédestinée pour être la Abominabilem, detestabilem, vanam, temeriaram, colonne et le soutien de la vérité : Prœdeslinata prœeipitem,pernieiosam, » etc. Pourquoi tousces est culumna et ftrmamentum verikitis '■>, » qui est, titres à cette erreur? C'est qu'elle dément Jésus- Christ, quiapromisà l'Eglise, non-seulement < Ibid> n 2>t lv 2 Pml XLYlu 9. > Jn Psal. «„ .s, »na.i
1 Aug. in psal. ci, serm. 2, n. 8, t. IT. n. 17. — * Serm.2, n. 5. — > Ibid., n. 17.
iSrt
comme on sait, ime parole de saint Paul *, où l'Apôtre donne ce nom à l'Eglise.
C'est d'une Eglise visible, où il faut « con- « verser avec les hommes, » et édifier le peuple de Dieu, que saint Paul a voulu parler : c'est d'une Eglise visible que saint Augustin entend cette parole, et la chimère de l'Eglise invisible n'était pas connue de ce temps.
De là vient que le même Père enseigne aussi qu'on ne se trompe jamais en suivant l'Eglise. « C'est là, » dit-il 2, « qu'on écoute et qu'on voit : celui qui est hors de l'Eglise n'entend ni ne voit: celui qui est dans l'Eglise n'est ni sourd ni aveugle ; Extra illam qui est, nequevidet neque audit; in Ula qui est, necsurdus nec cœcus est. » Mais de peur qu'on ne s'imagine que l'instruction que donne l'Eglise ne dure qu'un temps, il ajoute avec le Psalmiste : « Dieu l'a fondée éternellement ; » d'où il conclut : « Si Dieu l'a fondée éternellement, craignez- vous que le firmament ne tombe, ou que la fermeté même ne soit ébranlée ? »
Aussi donne-t-il toujours le sentiment de l'Eglise pour une entière conviction de la vérité. C'est ce qui paraît dans un sermon admirable, prononcé k Carthage le jour de la Nativité de saint 'ean-Baptiste. Il s'agissait d'établir, contre la nouvelle hérésie des pélagiens, la vérité du péché originel par le fait constant, positif et universel du baptême des petits enfants: il pose pour fondement, que par la coutume de l'Eglise, « très-ancienne, très-canonique, très-bien « fondée 3, s comme ils ont péché par autrui, c'est aussi par autrui qu'ils croient : sur ce fondement il suppose que les enfants qu'on baptise sont ranges au nombre des fidèles : «Je demande, » dit-il aux novateurs 4, « si Jésus-Christ sert de quelque chose à ces nouveaux baptisés, ou s'il ne leur sert de rien. Il faut qu'ils répondent qu'il leur sert beaucoup ; ils sont accablés par le poids de l'autorité de l'Eglise. Us voudraient peut-être bien ne pas avouer l'utilité du baptême des petits enfants, et leurs raisonnements les conduiraient là; mais l'autorité de l'Eglise les retient, de peur que les peuples chrétiens ne leur crachent au visage. » Remarquez ici le prodigieux effet de l'autorité de l'Eglise, non seulement dans les Catholiques qui ne pouvaient souffrir qu'on en doutât, mais encore dans les novateurs, qui n'osaient la contredire : « Selon cette autorité, » poursuivait-il, « un petit enfant qu'on baptise est rangé au n imbre des fidèles. L'autorité de l'Eglise notre Mère emporte cela ; la règle très-bien fondée de
la vérité fait qu'on n'ose le nier. Qui voudrait s'opposera cette force, et employer desmachines pour abattre cette inébranlable muraille, ne l'abattrait pas, mais se mettrait soi-même en pièces. » Telle est l'autorité de l'Eglise c'est ainsi qu'elle est invincible et inébranlable.
Alors les nouveaux hérétiques n'étaient pas encore condamnés; et ce sermon solennel, prononcé par l'ordre des évêques dans la métropolitaine de toute l'Afrique fut l'avant-côureur de cette juste condamnation. Pendant que l'Eglise les attendait avec une patience vraiment maternelle, saint Augustin les pressait en cette sorte : « C'est-ici, » dit-il « une chose fondée et établie sur un fondement immuable. On supporte .ceux qui disputent, lorsqu'ils errent dans les autres questions qui ne sont pas bien examinées, qui ne sont pas encore établies par la pleine autorité de l'Eglise. C'est alors qu'il faut supporter l'erreur ; mais elle ne doit pas s'emporter jusqu'à vouloir ébranler le fondement de l'Eglise, » c'est-à-dire, comme on voit, la foi des promesses sur lesquelles elle est appuyée. . Puisque nous sommes sur les pélagiens, il est bon de considérer en la personne de ces hérétiques avec quel dédain ces sortes d'esprits parlaient de l'Eglise, et ce que répondaient les orthodoxes. « C'est tout dire, » disait Julien le Pélagien1, «la folie et l'infamie ont prévalu même dans l'Eglise de Jésus-Christ. » On n'en vient à cet excès d'impiété contre l'Eglise, qu'après avoir méprisé les promesses de son éternelle durée. Ailleurs : « la confusion se met partout, le nombre des fous devient le plus grand, et on ôte à l'Eglise le gouvernail de la raison, afin d'introduire un dogme vulgaire2. » Il appelait ainsi par mépris le dogme commun de l'Eglise, et à la manière des grands esprits faux, il affectait de se distinguer par ses superbes singularités. Il dit ailleurs dans le même esprit : « Si la vérité trouve encore quelque place parmi les hommes, et que le monde ne soit pas encore étourdi par le bruit de l'iniquité 3... » C'est le langage ordinaire des novateurs. A les entendre, la vérité n'est plus sur la terre, l'Eglise y est perdue ; ils ne songent plus aux promesses qu'elle a reçues ; et parce que le dogme contraire à celui des hérétiques y prévaut toujours, ces superbes, méprisant le peuple, dont le gros demeure attaché à ses pasteurs, reprochent à l'Eglise, «qu'elle se pare de l'autorité du vulgaire, de la lie du peuple, des femmes, des gens de métier, des gens de néant 4. »
C'est le langage commun de tous les héréti-
» / Tim., m, 15. — * In Psal., ZLVn, n. 7. — • Lib. H, De bapt., * Aug., Op. imp. cont. Jul., lib. i, n. 12, tom. x. — * /*., lib. H.
eap. i, n. 5, tom. il. — * Ibid. n. 2. — * Ibid., lib. i, n. 102. — ' Ibid-, n. 33, etc.
ques; ce fut en particulier celui de Bérenger au trine indépendante de celles qu'ils trouvaient XI' siècle, comme nous I»' dirons bientôt. .Mais sur la terre lorsqu'ils sont venus, ils ont eu ce ■uni Augustin J a\ait déjà répondu par avance, malheureux intérêt de trouver une interruption L'Eglise, disait-il à Julien connue Bill autres, dans la suite de l'Eglise, et d'éluder les piodoit toujours subsister, et il ne tant pu B'éton- messes de son éternelle durée. lier si la vérité y prévint dans la multitude, H n'y a rien de plus grand ni déplus divin puisque c'est cette multitude qui a été promise à dans la personne de Jesus-Christ que d'avoir Abraham1, laquelle par conséquent il ne «faut prédit d'un coté que son Eglise ne cesserait d'être «point mépriser comme mie troupe vulgaire. » attaquée, ou par les persécutions de tout l'uni- Toute • l'Egliseest contre \ousdès son coininen- vcrS) ou par les schismes et les hérésies qui s'é- « cernent : » A suoinitio2, puisque dès son com- lèveront tous les jours, ou par le refroidissement mencement elle a montre, par ses evicisinevet de la charité », qui amènerait le relâchement de parseteouufilations, qu'elle connaissait le péché la discipline; et de l'autre d'avoir promis que, Originel dans les petits eolants. 11 n'y arien malgré toutes ces contradictions, nulle force de plus faible que ces raisonnements, Si la n'empêcherait cette Eglise de vivre toujours ni croyance de l'Eglise n'est pas d'une certitude d'avoir toujours des pasteurs qui se laisseraient infaillible. «Revenez à nous, » disait encore les uns aux autres et de main en main la chaire, saint Augustin à Julien3; « vous n'êtes pas c'est-à-dire 1 autorité de Jésus-Christ et des apône de parents qui crussent la doctrine que très, et avec elle la sainte doctrine et les sacrevous enseignez, vous avez été régénère dans JUents. Aucun auteur de nouvelles sectes, de une Eglise qui croyait le contraire. » Ce dogme, quelque esprit de prophétie qu'il se vantât d'être poursuivait-il, que vous appelez vulgaire ou pu- illuminé, n'a osé dire seulement ce qu'il devienpulaire, à cause qu'il est suivi de tous les peuples drait, ni ce que deviendrait le lendemain la solidèles, est celui de saint C\prien et de saint Ain- ciété qu'il établissait ; Jésus-Christ a été le seul broise. i Mais ce n'est pas saint Ambroise ni qui s'est expliqué à pleine bouche, non-seulesainl C\ prien qui ont fait entrer les peuples dans ment sur les circonstances de sa passion et de sa celle croyance; il les y ont trouvés; votre père mort, mais encore sur les combats et sur les les y a trouvés quand vous avez été baptisé petit victoires de son Eglise : « Je vous ai établis, » enfant ; vous avez vous-même trouvé tels dans dit-il, « afin que vous alliez et que vous fructil'Eglise tous les peuples catholiques4. ■ Qu'on alliez, et que votre fruit demeure2. » Et coinremarque bien cet argument. C'est, comme nous ment deineurera-t-il ? C'est ce qu'il fallait exl'avons vu, l'argument commun de tous les Ca- primer pour laisser aux hommes le témoignage tholiques contre tous ceux qui innovent, et il certain d'une vérité bien connue. Jésus-Christ faut bien que tout novateur trouve l'Eglise dans n'y hésite pas, il énonce dans les termes les plus un sentiment opposé au sien, puisque, selon la précis une durée sans interruption et sans autre promesse de Jesus-Christ, elle seule ne change fin que celle de l'univers. C'est ce qu'il promet jamais. à l'ouvrage des douze pécheurs, et voilà le sceau
En un mot tous les ennemis de l'Eglise lui ont manifeste de la vérité de sa parole. On est affer-
marqué une fin, ou du moins une interruption, mi dans la foi des choses passées en remarquant
et tous les enfants de l'Eglise ont soutenu qu'elle comme il a vu clair dans un si long avenir,
ne verrait ni l'un ni l'autre. Les païens lui assi- C'est ce qui nous a fait Cluétiens, mais en même
gnaient pour toute durée 365 ans5. Vain dis- temps, c'est ce qui nous fait Catholiques, et on
cours que l'expérience avait réfuté, puisqu'elle voit manifestement que la science de Jésus-
n'avait jamais été plus affermie qu'après ce Christ, si divine et si assurée, n'a pu se tromper
temps écoulé. Il n'y a donc point de fin pour en rien.
elle. Mais elle n'est pas moins à couvert de l'in- Deux choses affermissent notre foi : les mi-
terruption, puisque Jésus-Christ, véritable en tout, racles de Jésus-Christ à la vue de ses apôtres et
l'a également garantie de ces deux accidents. de tout le peuple, avec l'accomplissement visi-
Je ne m'étonne pas des païens qui ne croient ble et perpétuel de ses prédictions et de ses pro-
ni en Jésus-Christ ni en ses promesses. Mais il messes. Les apôtres n'ont vu que la première de
ne faut pas non plus s'étonner des hérétiques, ces deux choses, et nous ne voyons que la se-
quoiqu'ils portent le nom de Chrétiens, puisque, conde. Mais on ne pouvait refuser à celui à qui
sciant engagés à se faire une Eglise et une doc- l'on voyait faire de si grands prodiges, de croire
la vérité de ses prédictions ; comme on ne peut
• Auq-, Op.imp.cont. Jul., lib. vi, n. 3. — 3 Ibid., lib. il, n. 104. ' Ibid., lib^IT. B. 13. — * 76d.,liv. h, n. 2. — 5 Au}., De civil
Dei,~iù. ivui.'VS?, ~&V, tomr vu. i Malt., xxiv, 12. — * Joan., xr, 16.
refuser à celui qui accomplit si visiblement les
merveilles qu'il a promises, de croire qu'il'était naci radiée, qui relient tellement les vrais fi-
capable d'opérer les plus grands miracles. dèles dans son unité, que « ceux qui n'ont point
Ainsi, dit saint Augustin, notre foi est affer- « l'Eglise pour Mère ne peuvent avoir Dieu pour mie des deux côtés. Ni les apôtres ni nous ne « Père : » Habere non potest Deum Patrem qui pouvons douter; ce qu'ils ont vu dans la source Ecclesiam non habet matrem K Cent passages de lésa assurés de toute la suite; ce que nous cette force, qu'il n'est pas besoin de rapporter voyons dans la suite nous assure de ce qu'on a parce qu'ils sont connus de tout le monde, font vu et admiré dans la source ; mais il faut être la matière du livre De l'unité del'Eglise. Et pour Catholique pour entendre ce témoignage. Les faire l'application de ces beaux principes aux hérétiques comme les païens sont contraints de hérésies particulières, le même saint, interrogé le refuser ; puisqu'ils veulent trouver dans l'E- par un de ses collègues dans l'épiscopat, ce qu'il glise, de l'erreur, de l'interruption, un délais- fallait croire de l'hérésie de Novatien, il ne veut sèment du côté de Jésus-Christ, ils ne peuvent pas seulement permettre qu'on s'informe de ce ajouter foi à la promesse de son éternelle assis- qu'il enseigne, dès là qu'il 71'enseigne pas dans tance; et on voit que ce n'est pas inutilement l'Eglise; c'est assez qu'il soit séparé de cette que le Fils a rangé « parmi les païens ceux qui tige, de cette racine de l'unité hors de laquelle « n'écoutent pas l'Eglise *, » puisque faute de la il n'y a point de christianisme; « et, » poursuitvouloir écouter dans les nouveautés qu'ils pro- il, « quel qu'il soit, et quelque autorité qu'il se posent, ils se voient réduits à éluder les pro- donne, il n'est pas Chrétien n'étant pas dans messes de Jésus-Christ et à dire avec les païens l'Eglise de Jésus-Christ : Quisquis ille est, et quaque l'Eglise, comme un ouvrage humain, devait liscumque est, Christianus non est, qui in Christi tomber. Ecclesia non est 2. » Ainsi tout ce qui est hors
Revenons aux anciens docteurs, et après avoir l'Eglise n'est rien parmi les Chrétiens, et l'Eglise
produit saint Augustin, remontons jusqu'à l'ori- seule est tout par rapport à Dieu.
gine du christianisme. Le même Père nous fera II combat tous les novateurs par cet argument
connaître le sentiment de saint Cyprien par ces et il ne cesse de leuropposer le concert, l'accord,
paroles : « Nous-mêmes, » dit -il 2, « nous n'ose- le concours de toute l'Eglise catholique : Eccle-
rions assurer ce que nous avançons » (tou- siœ catholicœ concordiam ubique cohœrentem.
chant la validité du baptême des hérétiques), « Ce n'est pas nous, » dit-il 3, « qui nous som-
« si nous n'étions appuyés de l'autorité de l'Eglise mes séparés d'avec eux, mais c'est eux qui se
universelle , à laquelle saint Cyprien » (qui sou- sont séparés d'avec nous : Non enim nos abillis,
tenait le contraire avec l'ardeur que personne n'i- sed illi a 7iobis recesseiwit; et parce qu'ils sont
gnore) « aurait lui-même cédé si la vérité éclaircie nouveaux, qu'ils ont trouvé l'Eglise en place, et
eût été dès lors confirmée par un concile uni- qu'ils sont tous venus après, et cum hœreses et
versel. » Par où il est plus clair que le jour, schismata postmodum nata sint; leurs assem-
non-seulement que saint Augustin baissait la tête blées, les conventicules qu'ils tiennent à part,
sous l'autorité de l'Eglise, mais encore qu'il la comme il les appelle, ne peuvent jamais se lier
tenait si inviolable, qu'il aurait cru faire injure à la tige de l'unité: Dum conventicula sibi di-
à saint Cyprien, s'il l'eût jugé capable d'y ré- versa constituunt, unitatis caput atque originem
sister. reliquerunt. »
En effet, il ne faut que voir comment ce C'est ainsi que saint Cyprien montrait dans saint martyr a parlé de l'unité de l'Eglise, tant tous les hérétiques, comme nous faisons après en elle-même qu'avec ceux qui nous ont précé- lui, ou plutôt après l'apôtre saint Jude, ce maldés dans la succession de la doctrine et des heureux caractère de se séparer eux-mêmes. chaires. Il va, dit-il3, dans l'Eglise catholique C'est ainsi qu'il leur faisait voir que l'Eglise une tige, une racine, une source, une force qu'ils tâchaient d'établir, étaituneEglisehumaine: pour reproduire sans fin de nouveaux pasteurs Ilumanam conantur Ecclesiam facere^, etnetequi remplissent les mêmes chaires d'une seule nait rien de l'institution ni des promesses de Jéct même doctrine, et dès là un enchaînement sus-Christ.
d'unité et de succession d'où l'on ne peut sortir Pour ce qui est de la vraie Eglise, elle est,
sans se perdre. Cest ce qu'il appelle « la tige et dit-il 5, représentée par saint Pierre ; lorsque
' la racine de l'Eglise catholique: » Ecclesiœ Jésus-Christ ayant demandé à ses disciples : «Ne
catholicœ radicem et matricem : racine te- « voulez-vous point aussi vous retirer? cet apô-
nace et inviolable , comme il la nomme, te- « tre lui répondit au nom de tous : Seigneur, à
' Malth., xviu, 17. — 'Lib. il. De bapl., cap. 4, n. 5, t. ix. — ' Ibid.—-1 Epist. 52, ad Anloniam. — 3 De unit. Eccl. —'Epist.
• De unit. Eccl., epist. 41. ai Anton. — s Epist. 55 ad Cornet.
« qui irions-nous? vous avez dos paroles do vie « éternelle ; nous montrant par cette réponse,» poursuit le saint martyr, que qui que ce soit qui quille Jésus-Christ, i l'Eglise ne le quitte pas, et « que ceux-là sont ('Eglise qui demeurent dans « la maison de Dieu : de sorte que le caractère des novateurs est de la quitter, ainsi que le caractère des vrais fidèles est d'y demeurer toujours.
En remontant un peu plus haut, nous trouverons Tertullieu que saint Cyprien appelait son maître, et qui méritait ce nom tant qu'il est demeuré lui-même dans cette unité de rivalise
qu'il a tant I. née. Tertullieu doue, tant qu'il 1 été Catholique, a reconnu celle chaîne de la
succession qui ne doit jamais èire rompue.
Selon cette règle on connaît d'abord les hérétiques, par la seule date de leur commencement. « lardon et Valentin sont Tenus du temps d'Anlonin 1, » on ne les connaissait pas auparavant; on ne les doit donc pas connaître aujourd'hui. Ce qui n'était pas hier est réputé dans l'Eglise comme ce qui n'a jamais été. Toute Eglise chrétienne remonte à Jésus-Christ
de proche en proche, et sans interruption. La vraie postérité de Jésus Christ va sans discontinuation à l'origine de sa race. Ce qui commence, par quelque date que ce soit, ne l'ait point race, ne l'ait point famille, ne l'ait point lige dans l'Eglise. « Les mareioniles ont des Eglises, mais fausses et dégénérantes comme les guêpes ont des ruches2, » par usurpation et par attentat; on n'est point recevante à dire qu'on a rétabli ou réformé la bonne doctrine de Jésus-Christ, que les temps précédents avaient altérée s ; c'est l'aire injure à Jésus-Christ que de croire qu'il ait souffert quelque interruption dans le cours de sa doctrine ni qu'il en ait attendu le rétablissement ou de Marcion ou de Valentin, ou de quelque autre novateur quoiqu'il soit4. « Il n'a pas envoyé en vain le Saint-Esprit, il est impossible que le Saint-Esprit, ait laissé errer toutes les Eglises, et n'en ait regardé aucune 5. » Montrez-nous-en donc avant vous une seule de votre doctrine : vous disputez par l'Ecriture? vous ne songez pas que l'Ecriture elle-même nous est venue par celte suite : les Evangiles, les Epitres apostoliques et les autres Ecritures n'ont pas formé les Eglises ; mais leur ont été adressées, et se sont fait recevoir avec l'assistance du témoignage de V Eglise : Ejus testimonio assistente6. Ainsi la première chose qu'il faut regarder, c'est à qui elles appar-
« Tert , P'tesc, n. 30.— ' Adv. Marcion., lib. iv, n. 5. — ' Adv. Marcion., lib. i, n. 20. — * Ibid., Prœsc, n. 20. — * Prœsc, n. 28. • Ad». Marc, lib. iv, n. 2, 3.
tiennent : cujus sint Smpturœ ». L'Eglise les a précédées, les a reçues, les a transmises à la postérité avec leur véritable sens"*. La donc où est la soune de la joie, c'est-à-dire la succession de l'Eglise, « là est la vérité dos Ecritures, des interprétations ou expositions, et de toutes les traditions chrétiennes 3. » Ainsi, sans avoir besoin do disputer par les Ecritures, nous confondons tous les hérétiques, « en leur montrant, sans les Ecritures, qu'elles ne leur appartiennent pas, et qu'ils n'ont pas droit de s'en servir *. »
Cet argument ost égal contre toutes les hérésies, elles] sont toutes également convaincues : RevickB hœreses omnes ». On confond Praxéas, comme on avait confondu Marcion et Valentin. Vous êtes nouveau, novcllus; vous êtes venu après, pottenu; VOUS êtes venu hier, hestemus 6, et avant hier on ne vous connaissait pas. Vous n'êtes rien aux Chrétiens ni à Jésus-Christ, «qui « était hier et aujourd'hui, cl qui ost de tous les siècles7;» on vousdira comme aux autres : Pourquoi me venez-vous troubler? « je suis en pos- « session, je possède le premier, j'ai mes origines c certaines 8, » je viens en droite ligne et de main en main de ceux à qui appartenait la chose, on savait bien que vous viendriez ; nous avons été avertis qu'il s'élèverait des hérésies, et même qu'il le fallait : mais en même temps on nous a déclart' qui vous étiez : des gens sortis hors de la ligne, hors de la chaîne de la succession, hors de la tige de l'unité. Une marque de ma possession incontestable, c'est que vous-mêmes vous avez cru premièrement comme moi : Constat in Cotholicœ primo doctrinam credidisse 9, et vous avez innové, non-seulement sur moi, mais encore sur vous-mêmes. C'est l'argument que saint Alexandre, évèque d'Alexandrie, faisait tout à l'heure aux ariens; c'est celui que saintAugustin faisait aux pélagiens ; c'est celui que Tertullieu fait à Valentin et à Marcion ; nous l'entendrons faire aux disciples de Bérenger, et nous l'avons déjà fait à toutes les hérésies.
Mais ces arguments, et les autres qu'on vient d'entendre, ne seraient qu'une illusion sans le fondement des promesses de Jésus-Christ, en vertu desquelles l'Eglise devait subsister tous les jours sans interruption et jusqu'à la fin des siècles dans les apôtres et leurs successeurs. C'est ù la doctrine de ce corps apostolique qu'il a plu à Jésus-Christ de nous appeler; mais afin que notre foi ne lut pas pour cela fondée sur des hommes, il a promis à ceux-ci d'être toujours avec eux.
' Prœsc, n. 19. — ■ Ib., n. 20. — ' Ibid., n. 19. — 'Ibid, n. 37. — ■ Ibid., n. 35. — • Ad. Prax., n. 2 — ' Uebr , xiii, 8. — ' Prœsc, n. 37. — » Ibid., n. 30.
Je pourrais citer saint Iréncc, je pourrais citer Origène : pour éviter la longueur, je citerai seulement saint Clément d'Alexandrie, maître d'Origène, qui touchait au temps des apôtres, et qui était le théologien de l'Eglise d'Alexandrie, la plus savante qui peut-être fût dans le monde. C'est lui qui nous montrera la voie royale contre toutes les hérésies1, c'est-à-dire le «rand chemin battu par nos pères; il nous marquera Y ancienne Eglise qui précède toutes les sectes, et les a toutes vues se séparer d'elle. De cette sorte elle est la seule qui mérite le nom de l'Eglise; les autres sectes sont des écoles"1, où l'on dispute ; celle-ci-est YEg lise où l'on croit; celui donc qui se soulève contre les traditions de l'Eglise, c'est-à-dire contre la suite et la succession, a cessé d'être fidèle, et a quitté la source. C'est pourquoi tous les novateurs se contredisent eux-mêmes; leur doctrine est inconstante et variable, parce que, dit-il, par une curiosité pernicieuse, par une superbe singularité, « ils méprisent les choses ordinaires, et, tâchant de s'élever au-dessus de ce que la foi rendait commun, ils sortent du sentier de la vérité. La gloire les aveugle; ils veulent faire une secte et une hérésie, et surpasser ceux qui nous ont précédés dans la foi 3. » On sait leur date; leurs auteurs, dont ils portent encore les noms, sont connus partout ; on sait sous quels empereurs ils ont commencé, les lieux et les temps de leur naissance, et il est « constant que l'Eglise catholique les a tous devancés, elle est une comme Dieu est un, elle est ancienne, elle est Catholique; tous ceux qui l'abandonnent l'ont trouvée dans l'éminence de l'autorité et rien ne l'égala jamais. » La quitter, c'était quitter les apôtres et Jésus-Christ même ; et c'est ce qu'on appelait abandonner la tradition, c'est-à-dire la suite toujours manifeste de la doctrine laissée et continuée dans l'Eglise, le principe de la vérité, et la source qui coulait toujours dans la succession.
Cette doctrine manifestement venait de l'Apôtre, lorsqu'il disait à Timolhée : « Ce que vous « avez ouï de moi en présence de plusieurs té- « moins, laissez-le à des hommes fidèles qui « soient capables d'en instruire d'autres 4. » C'est la règle apostolique, c'est par cette supposition que la doctrine doit aller de main en main : les apôtres l'ont déposée entre les mains de leurs successeurs, en présence de plusieurs témoins; devant toute l'Eglise catholique, comme l'explique Vincent de Lérins, après saint Ckrysostome 5, pour éviter la surprise, on ne
1 8tnm.,Vb. vu.—2 Ilnd — ' Sirom., lib. vu. — '// Tim., n, 2. __< Clirytosl., in cum loe.
dit rien en secret, mais ce qui est dit devant tout le monde, passe à tout le monde de main en main; c'est, disait saint Chrysostome 1, le trésor royal qui doit être déposé en lieu public; de pasteur à pasteur, d' évoque à évoque on se donne les uns aux autres la saine doctrine, il n'y a point d'interruption; et tout cela originairement vient de Jésus-Christ, qui disait aux apôtres et à leurs successeurs : Je suis toujours avec vous. Dans cette succession la doctrine est toujours la même. C'est pourquoi la fausse doctrine, dans le style de l'Ecriture, s'appelle une autre doctrine : « 0 Timolhée, » dit saint Paul 2, « dénoncez à certaines gens qu'ils n'en- « seignent point d'autre doctrine. L'Evangile <c n'est jamais autre » que ce qu'il était auparavant 3. Ainsi, quel que soit le temps où dans la foi on dise autre chose que ce qu'on disait le jour d'auparavant, c'est toujours Y hétérodoxie, c'est-à-dire une autre doctrine qu'on oppose à Y orthodoxie; et toute fausse doctrine se fera connaître d'abord, sans peine et sans discussion, en quelque moment que ce soit, par la seule innovation, puisque ce sera toujours quelque chose qui n'aura point été perpétuellement connu. C'est par ce témoignage que la foi se rend sensible aux plus ignorants, pourvu qu'ils soient humbles ; et tous les jours sont égaux pour y trouver la vérité en possession, puisque Jésus-Christ ne dit pas qu'il sera avec les apôtres et leurs successeurs à de certains jours, mais tous les jours.
Par là s'entend clairement la vraie origine de Catholique et d'hérétique. L'hérétique est celui qui a une opinion, et c'est ce que le mot même signifie. Qu'est-ce à dire, avoir une opinion? C'est suivre sa propre pensée et son sentiment particulier. Mais le Catholique est catholique, c'est-à-dire qu'il est universel, et sans avoir de sentiment particulier, il suit sans hésiter celui de l'Eglise.
De là vient qu'un des caractères des novateurs dans la foi, est de s'aimer eux-mêmes . Erunt homines seipsos amantes : Il y aura des hommes qui s'aimeront eux-mêmes i, ou, comme parle saint Jude, digne d'être si souvent cité dans une lettre si courte, des hommes qui se repaissent eux-mêmes, seipsos pascentes 5 ; qui se repaissent de leurs inventions, jaloux de leur sentiment, amoureux de leurs opinions. Le Catholique est bien éloigné de cette disposition, et sans craindre l'inconvénient d'être jaloux de ses propres pensées, il y a une sainte jalousie, un saint zèle pour les sentiments communs
i jhi,l. — 5 / Tira., I, 3. — 3 Calai., \, 7. — * II Tim., m, 2. — i lud., 12.
de toute l'Eglise; ce qui l'ait qu'il n'invente rien, tholique n'était pins, et que, si elle n'était plus, et qu'il n'a jamais envie d'innover. elle n'avait jamais été L » Comme donc, en Pour répondre aux autorités des saints, que toute occasion et en tout temps, les hérétiques nous avons alléguées, on dira que cet argu- tenaient le même langage, l'Eglise y opposait ment, qu'on tire de la succession, était bon au toujours les mémos promesses; l'argument, loin commencement, où, tout près de Jésus-Christ de s'affaiblir, se fortifiait; et bien loin qu'il fût et dos apôtres, on voyait comme d'un coup plus clair au commencement de l'Eglise, au du il l'origine do l'Eglise. Illusion manifeste] contraire plus elle allait en avant, plus parais- Si dans la promesse de Jésus-Christ sur la durée sait la merveille de son éternelle subsistance, de son Eglise nous regardions autre chose que et plus on voyait clairement la vérité de cette la puissance divine qu'il y donne pour fonde- sentence: « Le ciel et la terre passeront, mais ment: « Toute-puissance, » dit-il !, « m'est « mes paroles ne passeront pas 2. » t donnée dans le ciel et sur la terre, » rien ne Cent ans après Bérenger, saint Bernard aliénons pourrait assurer contre l'altération de la guait toujours la même preuve, et toujours, s'il doctrine; un ouvrage humain pourrait tomber se pouvait, avec une nouvelle assurance. «Je après cent ans, comme après mille ans, et les t TOUS ai tenu. » disait l'Epouse 3, « et joue vous Pères du nf, ur, îv* et v* siècle, dont nous € quitterai point. » Ce Père expliquait ces paroavons allégué l'autorité se pourraient tromper les, parcelles de la promesse 4 : « Voilà, je suis comme nous dans la succession de l'Eglise et avec vous tous les joursjusqu'è la fin des siècles: de ses pasteurs. Mais parce que Jésus-Christ et elle tient Jésus-Cbrist, parce qu'elle en est tenue: sa parole toute-puissante sont le fondement de comment donc peut-elle tomber? 1 II explique notre foi, l'argument est de tous les siècles, la fin des siècles par le retour des Juifs à l'Eglise: Saint Cyprien ne le faisait pas avec moins d'as- il faut qu'elle dure jusque-là; c'est pourquoi, surance que saint Augustin, et avant lui Ter- poursuivait le saint :>, «la race des Chrétiens n'a milieu, et avant lui Clément d'Alexandrie. On pas dû cesser un moment, ni la foi sur la terre, le fit à Bérenger, avec la mémo force, après ni la charité dans l'Eglise. Les fleuves se sont mille ans. Dès qu'il innova sur la présence débordés, les vents ont soufflé, » et sont venus réelle, on lui objecta d'abord, comme je l'ai fondre sur elle: mais elle n'est point tombée. démontré ailleurs *, ce fait constant, qu'il n'y « parce qu'elle était fondée sur la pierre, qui est avaitpasnne Eglise sur la terre, pas une ville, Jésus-Cbrist. et sur la promesse inviolable: ainsi pas un village, de son sentiment ; que les Grecs, elle n'a pu être séparée d'avec Jésus-Christ, ni que les Arméniens, et en un mot tous les Chré- par les vains discours des philosophes, ni par les liens d'Orient avaient la même foi que l'Occi- suppositions des hérétiques, ni par l'épée des dent; de sorte qu'il n'y avait rien de plus ridi- persécuteurs. » Fondé sur celte promesse, il opcule «que de traiter d'incroyable ce qui était cru pose aux novateurs de son temps, comme on par le monde entier. Lui-même il l'avait cru avait toujours lait, V autorité de l'Eglise catholicomme les autres : il avait été élevé dans cette que, et les Pères qui ont toujours enseigné la foi; après l'avoir changée, il y était revenu par vérité, et les Papes et les conciles toujours attadeux fois, et, sans oser nier le fait constant de chés à la suivre 6. Cette suite ne peut être inlerl'universalité de la croyance contraire à la rompue.
sienne, il se contentait de répliquer, à l'exem- Au surplus, sans disputer davantage, il ne fa t pie des autres hérétiques, dont nous avons vu qu'un peu debonsenset de bonne foi pouravouer les réponses, que « les sages ne doivent pas que l'Eglise chrétienne, dès son origine, a eu «livre les^sentiments ou plutôt les folies du vul- pour une marque de son unité sa communion *aire '. » Mais Lanfranc, ce saint religieux, ce avec la chaire de saint Pierre, dans laquelle savant archevêque de Cantorbéry, et les autres, « tous les autres sièges ont gardé l'unité » , in ui faisaientvoir que cequ'il appelait le vulgaire*, qua sola unitas ab omnibus servaretur, comme c'était tout le clergé et tout le peuple de l'uni- parlent les saints Pères 1, en sorte qu'en y devers; et après »m fait si positif, sur lequel on ne mourant, comme nous faisons, sans que rien ail craignait pas d'être démenti, on concluait que été capable de nous en distraire, nous sommes si la doctrine de Bérenger était véritable, « l'hé- lecorps qui a vu tomber adroite et à gauche tous ritage promis à Jésus-Christ était péri, et ses ceux qui se sont séparés eux-mêmes ; et on ne promesses anéanties; enfin que l'Eglise ca- peut nous montrer par un fait positif et constant,
» Matlh., xxviii, 20— » Hug. L\ngon., Abelm. Brix., Ascol., Ep, . „
ab Bereng.; Cum., liv. m ; Lan/., De corp.et sang.Dom., c.2, 4.L2, • Ibid., c.22.-' Matlh., xxiv, 86.- » Cant., III. *— «*"»• ™
etc. BUt. des Var., lib. xv, tom. Mil.-' Hug., Linfion., etc., ibid. in CamL, n. 5, tom .1. - » 1W*., n, A. - - Serm., bJ, n. /. a.
— * Ibid c. i. ' °1>L> CunL Purm- lib- "•
192 PREMIÈRE INSTRUCTION PASTGRALE *
comme il le faudrait pour ne point discourir en l'Eglise a des coutumes établies qui sont autant
l'air, que nous ayons jamais changé d'état, ainsi de démonstrations de la vérité, et qu'il faut comp-
que nous le montrons à tous les autres. ter parmi ces coutumes ce qu'elle a accoutumé
Dans cet inviolable attachement à la chaire de de croire, saint Pierre, nous sommes guidés par la pro- Loin que la saine doctrine soit capable d'être messe de Jésus-Christ. Quand il a dit à ses Apô- affaiblie par les nouveautés, au contraire la contins : «Je suis avec vous, » saint Pierre jetait tradiction des novateurs la fortifie et l'épure, avec les autres ; mais il y était avec sa préroga- Ecoutons saint Augustin 1 : « Plusieurs choses tive, comme le premier des dispensateurs, Pri- étaient cachées dans les Ecritures: les hérétiques musPetrus ' : il y élait avec le nom mystérieux de séparés de l'Eglise l'ont agitée par des questions: Pierre, que Jésus-Christ lui avait donné 2, pour ce qui élait caché s'est découvert, et on a mieux marquer la solidité et la force de son ministère ; entendu la vérité de Dieu. ..Ceux qui pouvaient il vêlait enfin comme celui qui devait le premier le mieux expliquer les Ecritures, ne donnaient annoncer la foi au nom de ses frères les apôtres, les point de résolution aux questions difficiles, penyconfirmer,etparlàdevenirlapierresurlaquelle dant qu'il ne s'élevait aucun calomniateur qui serait fondé un édifice immortel. Jésus-Christ a les pressât. On n'a point traité parfaitement de parlé à ses successeurs comme il a parlé à ceux la Trinité avant les clameurs des ariens; ni de la des autres apôtres, et le ministère de Pierre est pénitence, avant que les novatiens s'élevassent devenu ordinaire, principal et fondamental dans contre; ni de l'efficace du baptême, avant nos toute l'Eglise. Si les Grecs se sont avisés dans rebaptisateurs. On n'a pas même traité avec la les derniers siècles de contester celte vérité, après dernière exactitude les choses qui se disaient de l'avoir confessée cent fois, et l'avoir reconnue l'unité du corps de Jésus-Christ, avant que la séavec nous, non point seulement en spéculation, paration qui mettait les faibles en péril obligeât mais encore en pratique dans les conciles que ceux qui savaient ces vérités à les traiter plus nous avons tenus ensemble durant sept cents ans; à fond, et à éclaircir entièrement toutes les s'ils n'ont plus voulu dire, comme ils faisaient : obscurités de l'Ecriture. Ainsi, dit saint Augus- « Pierre a parlé par Léon; Pierre a parlé par tin, loin que les erreurs aient nui à l'Eglise catho- Agathon ; Léon nous présidait comme le chef lique, les hérétiques l'ont affermie, et ceux qui préside à ses membres; les saints canons et les pensaient mal ont fait connaître ceux qui penlettres de noire Père Célestin nous ont forcés à saient bien. On a entendu ce qu'on croyait avec prononcer cette sentence, » et cent autres choses piété.» et la vérité s'est déclarée de plus en semblables ; les actes de ces conciles, qui ne sont plus.
rien moins que les registres publics de l'Eglise II se Taut donc bien garder de croire que les
catholique, nous restent encore en témoignage erreurs quelles qu'elles soient puissent détruire
contre eux, et l'on y verra éternellement l'état l'Eglise et en interrompre la suite : elles y vien-
où nous étions en commun dans la tige et dans nent pour la réveiller, et faire qu'elle entende
l'origine de la religion. mieux ce qu'elle croyait.
Ce sera donc toujours aux Catholiques à con- Par cette sainte doctrine, toute question dans
fondre ceux qui se séparent, et en les prenant l'Eglise se réduit toujours, contre tous les héréti-
dans le moment funesle pour eux de leur sépa- ques, à un fait précis et notoire : Que croyait-on
ration, nous serons en droit de leur dire avec quand vous êtes venus? Il n'yeutjamaisd'hérésie
saint Paul : « Est-ce de vous qu'est partie la pa- qui n'ait trouvé d'Eglise actuellement en posses-
« rôle de Dieu, ou bien êtes- vous les seuls à qui sionde la doctrine contraire. C'est un fait cons-
« elle est parvenue 3 ? Est-ce de vous qu'elle est tant, public, universel et sans exception.
« partie? » montrez-nous sa continuité : «n'est-elle Ainsi, la décision a été aisée ; il n'y a qu'à voir
« venue qu'à vous? » montrez-nous son uni- en quelle foi on était quand les hérétiques ont
versalité. Est-ce de vous qu'elle est partie ? de- paru, en quelle foi ils avaient été élevés eux-
vait-elle avoir de vous son commencement ; mêmes dans l'Eglise, et à prononcer leur con-
et ne faut-il pas qu'il paraisse de qui vous la te- damnation sur ce fait, qui ne pouvait être caché
nez, et comment elle vousest venue de proche en ni douteux. Demandez à Luther lui-même coin-
proche? « N'est-elle venue qu'à vous seul? * ne ment, par exemple, il disait la Messe, avant
devait-elle pas être dans toute la terre, et une qu'il se prétendît plus illuminé. Il vous répondra
parcelle doit-elle l'emporter contre le tout? C'est qu'il la disait comme on la disait, comme on la
par de tels arguments que le doclc Vincent de dit encore dans l'Eglise catholique, et la disait
Lérins démontrait, il y a treize cents ans, que dans la foi commune de toute l'Eglise. Voilà sa
» Mallh., x, 2. — » Marc, m, 17. —3 2 Cor., xiv, 36. »7n Psal. uv, n. 22,tom.iv.
SUK LES PROMISSES l>E L'ÉGLISE.
condamnation prononcée par s.» propre bouche:
s'il s'est cru contraint à changer ce qu'il ■ trouvé établi, c'est là son crime et son attentat, <|n'il a voulu appeler nouvelle lumière. 11 en est de même des autres errants dans tons les autres articles. Ils ont tons voulu, non pas éelaircir ce que ri glise savait, mais savoir antre chose- qu'elle; il n'\ a point à hésiter sur la décision. .Mais pourquoi donc faire tant de livres contre
les hérésies? Saint Augustin vient de vous le dire
si clairement; vous l'avez oui: «Si vous ne « croyei pas, vous n'entendrez pas, » disait le prophète '. selon l'ancienne version des Septante: Niri credideritu, non UUelligetis; d'où saint Augustin tirait cette conséquence évidente par elle-même: « Lé commencement de l'intelligence, c'est la foi; le fruit de la foi, c'est l'intcl- « ligenec : • înitium sapientiœ fides ; fidei fructus intelieetnu. \<>ilà toute l'économie de la doctrine parmi les fidèles. On croit sur la foi de l'Eglise :
on entend par les explications plus particulières
des saints docteurs. VousYoyiez baptiser les petits enfants, et tous croyiez en simplicité qu'ils étaient pécheurs, puisqu'on leur donnait par le baptême la rémisssion des péchés. Une hérésie rient contester cette vérité; alors vous développez plus clairement la doctrine de saint Paul sur
ïesdeux Adam , le premier et le second ; les paraboles de Jésus-Christ sur la renaissance, el toute la suite des mystères. Le baptême donné en égalité au nom du l'ère et du Fils et du Saint- Esprit, faisait adorer un seul Dieu en trois personnes. Jésus-Christ était appelé le 1 ils unique : c'en était assez pour établir la foi. Quand les ariens ont voulu embrouiller celte matière, il a fallu, pour l'expliquer dans toute son étendue, détailler, pour ainsi parler, la théologie de saint Jean; les paroles de Jésus-Christ même, sur son éternelle naissance, et la source de l'unité dans la procession des trois divines personnes. En un mot, vous aviez dans le symbole un abrégé des articles, qui, proposé par l'Eglise, vous ôtait le doute. Les hérésies sont venues pour donner lieu à de plus amples explications; et de la foi simple, on vous a menés à la plus parfaite intelligence qu'on puisse avoir en cette vie. Ainsi, l'Eglise sait toujours toute vérité dans le fond ; elle apprend par les hérésies, comme disait le célèbre Vincent de Léiïns, à l'exposer avec plus d'ordre, avec plus de distinction et de clarté. Mais que sert, direz-vous, cette intelligence à celui qui croit déjà en simplicité? Beaucoup en toute manière Dieu veut que vous remarquiez tous les progrès de la vérité dans votre esprit : on vous conduit par degrés à la parfaite lumière, et vous
,Isa., vu, 9.
B. Toîf. IV.
apprenez que de clarté en clarté, comme dit saint Paul 1, vous devez enfin arriver au plein jour.
Ainsi la décision de l'Eglise est toujours courte et aisée à prononcer dans le fond ; mais il n'en est pas de même des traités des saints docteurs. Pour prononcer une décision, l'on n'a qu'à dire à l'hérétique : Que cro\ ait-on dans l'Eglise, et qn'] aviez-vous appris vous-même? Le fait est constant : on va \<>us le déclarer plus précisément que jamais: on ira même au-devant de toutes vos équivoques. Que disent les Ecritures! Les traités des saints docteurs vous l'expliqueront plus amplement. Nous sommes een\ à qui tout profite, et même les hérésies : elles nous rendent plus attentifs, plus zélés . mieux instruits : la chose n'est pas obscure : Nous avons appris, dil s;iini Augustin '. et c'est là une principale partie* de l'instruction chrétienne; nous avons appris que chaque hérésie a apporté à l'Eglise sa question particulière, contre laquelle on a défendu plus exactement la sainte Ecriture que s'il ne s'était jamais élevé de pareille difficulté; ■ et vous craignes que les hérésies n'obscurcissent ou n'affaiblissent la foi de l'Eglise!
Mais, mes Frères, je parle à vous; à vous, disje. qui faites l'objet de nos plus tendres inquiétudes dans la peine que \ousavezde VOUS réunir avec nous ; je vois ce qui vous arrête. Vous craignes que, s,. us ce beau nom de l'autorité de l'Eglise et de la foi des promesses, on ne vous
poiisst- trop loin, et qu'on ne se mette en droit de VOUS taire croire tout ce qu'on voudra. 0 cœurs pesants et tardifs à croire non ce qui est écrit par les prophètes, mais ce qui a été promis par Jésus-Christ même, commencez par bien peser toutes ces paroles; que veut dire ce voilà je suis, qui rend la chose si présente? que veut dire cet avec vous, ce tous les jours, et jusqu'à la fin du monde, qui ne soutire ni tin ni interruption ? Voulez-vous toujours éluder les paroles de Jésus-Christ les plus claires, et toujours opposer le sens humain à sa puissance? Que craignezvous donc? Quoi! de trop croire à Jésus-Christ; qu'il ne vous pousse trop loin, et qu'à force de croire l'Eglise, à qui il promet son assistance, vous ne tombiez dans l'absurdité? Mais, au contraire, la foi de l'Eglise en est le remède. Lorsqu'on s'astreint à n'inventer rien, et à suivre ce qu'on a trouvé établi, on n'avance ni absurdité ni rien de nouveau. Consultez l'expérience. D'où sont venues les absurdités? de ceux qui ont suivi la ligne de la succession, ou de ceux qui l'ont rompue? Pour ne point ici parler des marcioniles, des manichéens, des donatistes, des autres
1 // Cor., m, 18, —* Ddon persev., c. 20, tom. x
anciens hérétiques, qui sont, dans le siècle pré- populaires : n'est-il pas de pratique parmi vous, cèdent, ceux qui ont outré la puissance et l'opé- que chacun, jusqu'aux plus grossiers et aux plus ration de Dieu, jusqu'à détruire le libre arbitre ignorants, doit savoir former sa foi sur les par lequel nous différons des animaux, intro- Ecritures; croire par conséquent qu'il les enduire une nécessité fatale, et faire Dieu auteur tend assez pour y voir tous les articles de la foi, du péché? Nesont-ce pas les prétendus réforma- ne céder jamais à aucune autorité de l'Eglise, leurs, comme nous l'avons montré ailleurs plus ni à aucun de ses décrets; se croire obligé à les clair que le jour, et de l'aveu de vos ministres I ? examiner tous, et à les soumettre à sa censure ? Mais qui sont ceux qui, en revenant de ce blas- C'est là sans doute ce qu'il faut croire pour être phème, sont tombés dans un excès opposé, et bon protestant. Mais que feront ceux qui, de sont devenus semi-pélagiens ? Ne sont-ce pas bonne foi, demeureront convaincus de leur ignoencore les luthériens, c'est-à-dire de tous les rance, et se sentiront incapables de rien prononhommes ceux qui ont le plus tâché d'obscurcir cer sur des matières si hautes et si disputées? l'autorité de l'Eglise catholique? Mais encore, Que feront-ils, dis-je, sinon à la fin de croire d'où nous est venu ce prodige d'ubiquité? N'est- bonne toute religion, et se sauver dans l'asile de ce pas delà même source? et cette doctrine, qiû l'indifférence, qui est en effet la disposition où selon vous-mêmes,confond les deux natures de l'expérience fait voir que vous mène votre Ré- Jésus-Christ, n'est-elle pas aujourd'hui établie forme?
dans le plus grand nombre des Eglises luthé- Ces choses sont évidentes, et les plus ignoriennes, sans que les autres l'improuvent et s'en rants les peuvent entendre. Mais , ô malheur séparent? C'est ce que personne n'ignore; et il pour lequel nous ne répandrons jamais assez de ne faut pas se montrer vainement savant en larmes! nos frères ne veulent pas nous écouter: prouvant des faits constants. Si vous rejetez de souvent ils sont convaincus; ils sentent bien en bonne foi ces erreurs dans votre religion, pour- leur conscience qu'ils n'ont rien à nous répliquoi présenter votre communion aux luthériens quer. Toute leur défense est de dire : Si nous qui les défendent, et participer par ce moyen à avions nos ministres ils sauraient bien vous rétous leurs excès? Mais vous-mêmes, considérez pondre. Vous réclamez vos ministres, nos chers où vous jette votre doctrine de l'inadmissibilité Frères? Tous les jours nous vous faisons voir à de la justice, et celte certitude infaillible de votre quoi vos ministres vous ont engagés, même dans salut, qu'on vous oblige d'avoir, quelques crimes les décrets de vos synodes : ce sont eux qui, qu'on puisse commettre. On vous cache le plus dans ces décrets, vous ont fait passer la réalité qu'on peut ces absurdités qui rendent votre re- aux luthériens, et non-seulement la réalité qui ligion si visiblement insoutenable. Plût à Dieu nous est commune avec les luthériens, mais enque vous en fussiez bien revenus : mais enfin, core l'ubiquité : et dans une autre matière aussi bien certainement, elles sont reçues parmi vous; importante, leur doctrine semi-pélagienne conon les y a définies de nos jours dans le synode de tre la grâce du Sauveur. Pressés de tels argu- Dordrect, et on n'en a révoqué les décisions par ments, vous laissez là vos ministres et vos synoaucun acte. Vous avez aussi défini dans ce sy- des. Que nous importe? dites-vous, nous nous en node, selon qu'il était porté dans vos catéchis- tenons à la seule parole de Dieu qui nous est mes, et dansla formule d'administrer le baptême, très-claire. Vous lit-on dans l'Evangile les proque les enfants des fidèles naissent tous dans messes de Jésus-Christ, où vous n'avez rien à l'alliance et dans la grâce chrétienne 2. Vous répondre ; vous en appelez à vos ministres que n'y avez pas décidé moins clairement que la VOus veniez de rejeter. Allons plus haut. Quand grâce chrétienne ne se perd jamais : d'où il ré- il a fallu quitter l'Eglise, où vos pères se sont suite que quand cette grâce est une fois entrée sauvés avec nous, vous n'avez pas consulté vos dans une famille, elle n'en sort plus; en sorte anciens pasteurs, quoiqu'ils eussent l'autorité de que ni les pères ni les enfants ne la peuvent la succession apostolique : l'Ecriture alors vous perdre jusqu'à la fin du monde, si cette race paraissait claire : vous y trouviez aisément la rédure autant. Quelle plus grande absurdité pou- solution des plus grandes difficultés : maintevait-on inventer; et à moins que d'être insensi- nant vous ne savez rien : savants pour se laisser hle à la vérité, peut-on demeurer un seul mo- entraîner à l'esprit de division et de schisme, ils nient dans une religion où l'on croit de tels pro- n'en savent pas assez pour en revenir : on leur dîges? a seulement appris, pour toute réponse, à devenons néanmoins encore à des dogmes plus mander la communion sous les deux espèces ,
• BUt. de, Vnr., V„. XIV, - - Cet., din, 5C, Forrn. du baptême; M™™ S* t0Ut6 la ^S}™ el t0lUC ,CUr V™1^
Syn 1. Dard., km. 38, c. i7; Hitt. des Var., il», xiv. due Réiorme aboutissait à ce point.
Mais avant que de disputer sur les deux espè- lie. Voila notre règle, et e'est Jésus-Christ luioa^ ne feudrait-U pas savoir auparavant ce qu'on même qui nous l'a donnée; il l'a lui-même apvuus > donne, si c'est le frai corps el le vrai piiquée à l'administration des saints sacrements, sang en substance, ou bien le corps el le sang « Ailes, enseignes el baptisez : je suis avec vous;» en figure el en vertu : si on vous les donne réel- recevei le baptême que vous donnera l'Eglise lem en t séparés ou réellement unis , el si Jésus- recevej l'Eucbaristie qu'elle vous présenrera : Christ esl entier sous chaque espèce avec t«»u t le sans cela il n\ a point de règle certaine, et parce divin et tout l'humain qui se trouve dans sa per» que tous refuses cette règle, mes Frères, je vous sonne? C'est de quoi on ne \cut plus parler; les le dis, vous n'en ave/ point. Catholiques sont trop forts dans cet endroit, les Nous en avons une autre, dires-vous bien paroles de Jésus-Christ leur y sont trop fovora- plus assurée, bien plus claire; c'est, pour combles. .Mais, parce qu'on croit trouver quelque mencer par l'Eucharistie, d'j (aire ce qu'y a avantage (avantage vain, comme on \a ?oir) fait le Sauveur du inonde, selon qu'il l'a ordans la communion des deux espèces, on ne donné, en disant: Faites ceci. Eh bien ! vous vou-
Veul plUS parler que de cela : celle coinniunion, le/ donc taire tout ce qu'il B lait : être assis au-
qui, selon Luther, an oommencemenl qu'il s*é- tour d'une table en signe de concorde et d'amirigea en réformateur, étail une choee de néant, tié, comme les entants bien-aimés du grand res nihili. est devenue le seul sujet de la dispute. Père de famille; et, quand le nombre en sera « Nous la prendrons.» disait Luther, « si le trop grand, être du moins distribués « par banconcile nous la défend; et nous la refuserons, des et par compagnie, • per contubernia ' : en s'il nous la commande: » tant la matière lui sorte qu'on vous mette ensemble, le plus qu'on semblait légère et indifférente. Maintenant on pourra, cent firent, cinquante àcinquante,COmme veut tout réduire à ce seul point, et c'est là qu'on les cinq nulle que le Sauveur nourrit dans le met toute la religion. désert. Vous voules manger d'un même pain Nous avons expliqué à fond cette matière dans rompu entre vous, comme saint Paul l'insinue*, un traité qui n'est pas long; on n'\ s pu oppo- et comme Jésus-Christ lavait pratiqué, et boire scr que les minuties et les chicanes que tout le tous dansla mémecoupeen témoignaged'union, monde a pu voir dans les écrits des ministres. *t pour accomplir ce qu'a prononcé Jésus-Christ: Noire réponse est toute prèle, il va longtemps; ■ Buvei-en Ions et di\isez-la entre vous, » qui el nous nous sentons en étal nous le disons avec esl "" siuued amitié, d'hospitalité, de lidéle cor-
confiance), quand les sages le jugeront à propos, respondance. Vous voules taire ce divin repas
de pousser la démonstration jusqu'à la dernière sm" 'e son*- a ';i "" du jour, après le soupe A, pour
évidence. Aujourd'hui, pour nous renfermer exprimer que le Fils de Dieu nous préparait son
dans notre sujet, nous nous contenions d'appli- banquet à la fin des siècles et au dernier Age quer à cette matière la foi des promesses el l'an- du monde. Nous vous moquez, direz-vous, de torité de l'Eglise. Allez-, enseignez- et baptisez: nous réduire à ces minuties. Dites donc que le Je suis avec vous K On dira de même: Allez, l1 ils de Dieu a fait tout cela sans dessein, et qu'il enseignez, célébrez l'Eucbaristie, qui doit durer n'y a pas du mystère en tout ce qu'il fait dans à jamais, connue le baptême, puisque, selon la ime at'l'»»n si importante et si solennelle, ou ûoclv'me del'A\)C)[ve, on ydoit annoneerla mortdu que» I)()Ur discerner ce qu'il vent qu'on lasse, Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne ?, par consé- vous avez pour règle, non point sa pratique et qucnt jusqu'à la fin, ainsi qu'il a dit lui-même M parole , mais votre propre raisonnement. du baptême. Il la faut donc trouver sans inter- Est-ce là, mes Frères, la règle que vous prenez ruption égalementdans tous les siècles ; et l'effet Pour assurer votre salut? Venons pourtant à des de la promesse de Jésus-Christ n'a point d'au- cboses que vous croyez plus Importantes; que tre fin que celle du monde. dites-vous de la fraction du pain? N'est-elle pas Vous-mêmes vous donnez pour marque de la essentielle à la sainte Cène, comme le signe savraie Eglise, avec la pureté de la parole, la cré du corps de Jésus-Christ rompu à la croix4? droite administration des sacrements. Il la faut Avouez la vérité; vous le tenez tous, et vous ne donc trouver dans tous les temps, et dans les cessez d'avoir celte parole à la bouche ; mais en derniers comme dans les premiers. Jésus-Christ même temps, pourquoi tolérez-vous les luthéa également sanctifié dans tous Iessiècles, quand riens qui n'ont point celle fraction? pourquoi, il a dit : « Je suis avec vous jusqu'à la fin, » et il dis-je encore un coup, les tolérez- vous, nonne peut y en avoir aucun où l'on ne trouve la seulement en général par votre tolérance univérité du baptême et la vérité de l'Eucharis-
1 Marc, vi. 39, 40. — * / Cor., x, 16, 17. — » Ibid., 11, 25. —
» iiallh., xxviii. 19, 20. —2 / Cor., H, 26. . Traité de la com sûus les deux par[ JI( c> 12i
verselle envers eux, mais encore par un acte ex- sèment dans l'Eucharistie, la coupebénie que nous
près où cotte infraction de la loi de Jésus-Christ bénissons » : le pain sacré n'est pas moins béni
leur est pai donnée ? Le fait est constant et avoué ni moins consacré par la parole. Mais quelle est-
par vos ministres. Où avez-vous trouvé dans elle? Est-il libre, ou de ne rien dire, comme le
l'Evangile qu'une chose si expressément prati- permet votre discipline, ou de dire tout ce qu'on
quée par Jésus-Christ, et encore par une raison veut, sans se conformer à ce que l'Eglise atou-
si essentielle, fût indifférente, ou ne fut point du jours dit par toute la terre? Mais si l'on peut ne
nombre de celles dont il a dit : Faites ceci? Re- rien dire , laissera-t-on un si grand sacrement
connaissez que vos ministres vous abusent, et sans parole, et le calice de la bénédiction, ainsi
qu'ils vous donnent pour règle, en cette occasion, nommé par saint Paul, demeurera- t-il sans être
non point la parole de Jésus-Christ, mais leur béni? Cette bénédiction est-elle quelque chose
politique et leur aveugle complaisance pour les de permanent , comme l'a cru l'ancienne
luthériens. Eglise, ou quelque chose de passager, comme le
Passons outre. Que ferez- vous à ceux que leur croit toute la Réformation prétendue ? Quoi qu'il aversion naturelle et insurmontable pour le vin en soit, qui prononcera celte bénédiction ? seraexclut de cette sainte Cène ? la refuserez-vous ce celui qui représente Jésus-Christ, et qui prétout entière à ces infirmes, parce que vous ne side à l'action, c'est-à-dire le ministre, ou, à son pouvez pas la leurdonner tout entière, ni comme défaut, un prêtre, un ancien ? Un diacre pourravous la croyez établie par Jésus-Christ » ? Ce l-il être le consécrateur, ou en tout cas le disscrait le bon parti, selon vos principes, mais il tributeur du sacrement; surtout un diacre le n'est pas soutenable; et vous leur donnez l'es- sera-t-il de la coupe selon la pratique de l'anpèce du pain toute seule, comme le règle votre cienne Eglise? Tout cela est indifférent, ditesdiscipline après les synodes : mais en ce cas que vous. C'est pourtant Jésus-Christ seul, comme leur donnez-vous ? Ont-ils la grâce entière du celui qui présidait à l'action, qui a béni, qui a sacrement, ou ne l'ont- ils pas? Où Jésus-Christ du: Prenez, mangez et buvez; ceci est mon corps, ne prononce rien, comment prononceriez-vous, ceci est mon sang : et nul autre n'en a fait l'ofsi, comme nous, vous n'avez recours à la tradi- fice et la cérémonie. Si cela est indifférent, il tion et à l'autorité de l'Eglise? Ce qu'ils reçoi- sera donc indifférent de faire ou de ne pas faire vent, est-ce quelque chose qui n'appartienne en ce qu'il a fait, et voire règle, qm se propoaucune sorte au sacrement 2, comme le ditlemi- sait pour modèle ce qu'il a fait, ne subsiste nistreJurieu,ouquelquechose qui y appartienne, plus.
comme le soutient contre lui le ministre de la Mais la nôtre est invariable , nous l'avons
Roque? Déterminez-vous, mes Frères. M. Jurieu apprise dès le baptême; sans nous informer si
se fonde sur ce que le sacrement mutilé n'est l'on nous plongeait dans l'eau, selon l'exemple
pas le sacrement de Jésus-Christ. M. de la Ro- de Jésus-Christ et des Apôtres, selon la pratique
que soutient, au contraire, qu'on ne met point de toute l'Eglise durant treize à quatorze cents
dans l'Eglise une institution humaine à la place ans, selon la force de cette parole : baptisez, qui
du sacrement de Jésus-Christ. Ils ont raison tous constamment veut dire : plongez; selon le mys-
deux selon vos principes, et vous n'avez point de 1ère marqué par l'Apôtre même, qui est d'être
règles pour sortir de cet embarras. ensevelis avec Jésus-Christ2, par cette immersion
Mais il } a quelque chose de plus essentiel en- nous recevons le baptême comme nous le donne core : c'est la parole de consécration et de béné- l'Eglise, persuadés que cette parole : « Allez, endiction où la forme du sacrement est établie 3. « seignezet baptisez: et voilà, je suis avec vous» Appelez-la comme vous voudrez : en général, enseignants et baptisants, a un effet éternel. Nous parmi vous comme parmi nous et parmi tous les ne nous informons pas non plus, si on sépare Chrétiens, le sacrement consiste principalement l'enseignement d'avec le baptême, contre ce qui dans la parole qui est jointe à ce qu'on appelle semblait paraître dans l'institution de Jésusrélément et la matière : Je vous baptise; et le Christ les enseignant et les baptisant. Raptisés re le doit être ajouté à l'eau pour faire le vrai petits enfants , sans témoignage de l'Ecriture, baptême; et la vertu, l'efficace, la vie, pour nous ne sommes point en peine de notre bapaiuiïi parler, du sacrement, est dans la parole, lèine ; nous ne nous embarrassons pas non plus En particulier, dans la Cène, Jésus-Christ a béni, où nous l'avons reçu, dans l'Eglise et hors de il a prié, il a invoqué son Père pour opérer la l'Eglise, par des mains pures et par des mains merveille qu'il préparait dans l'Eucharistie. Il a infectées delà souillure du schisme et de l'erreur; parlé, l'effet a suivi. Saint Paul marque exprès- il nous suffit d'être baptisés, comme nous l'en
1 Trait, de lacom., c. 3. — ' TUid. —"■ Ibd., c.C. » / Cor., x, 16. — '■ Rom., VI, i; Col, n, 12.
De «vile ?» qui Jésus-Christ a dit : « Je mus sacrement est d'y recevoir Jésus-Christ présent,
avec vous. » mais comme une victime immolée; ce qui arrive
Vous répondra : Nous le recevons aussi de la toujours, soit qu'on prenne le sacré corps comme même sorte, et nous ne sommes non plus en épuisé de sang, ouïe sang sacré comme désuni peine de notre baptême que vous. C'est ce qui du corps, ou l'un ou l'autre, quoique inséparables nous surprend : que vous aya la même assu- dans le fond, mystiquement séparés par la conrance sans en avoir le même fondement. Ou sécration, et comme par l'épée de la parole, suivez la parole à la rigueur, ou cessez de vous C'est aussi par cette raison que la communion fier à un baptême que vous n'y trouvez pas. Oue du peuple sous une espèce s'est introduite sans .si nous reconnaissez la foi des promesses et Tau- contradiction et sans répugnance. On n'eut point torité de l'Eglise, reconnaissez-la en tout , et de peine à changer ce qui avait toujours été résuivez-la dans l'Eucharistie , ainsi que dans le puté libre et ce fut à peine trois cents ans après baptême. Pourquoi mesurez- vous à deux mesu- que la coutume eu fut établie dans tout l'Oeciresî pourquoi marchez-vous d'un pas Incertain deui. qu'on s'avisa eu Bohême de s'en plaindre, dans les voies de Dieu? Usquequo claudicatit Enfin, mes Frères, j'oserais vous dire que intt'r ituas vias1 1 pour peu qu'on apportât de bonne toi à celle
lésus-Christ a institué d donné l'Eucharistie dispute, et qu'on en (Mal l'esprit de chicane et de
à ses disciples assemblés; l'Eglise a-t elle eau contention, tant réprouvé par l'Apôtre, il n'j a
pour cela que cette pratique fût de la substance point d'article de nos controverses où nous
du sacrement! l'oint du tout; dès l'origine du soyons mieux tondes sur l'autorité de l'Eglise,
christianisme on a porté l'Eucharistie aux ah- sur sa pratique constante et 3ur la parole de Jésus-
sentsa , on a réservé la communion pour la Christ même, comme il a été démontré dans le
donner aux malades; après la communion re- concile de Trente1.
çue dans les assemblées ecclésiastiques, chacun On ne cherche que des apparences pour vous
a eu droit de l'emporter dans sa maison pour entreienir dans la division : témoin encore ce
communier toute la semaine et tous les jouis en qu'on vous met sans cesse à la houchesur le ser-
parliculier; ces communions se sont laites sons vice en langue vulgaire, qui se lait, dit-on, en
l'espèce du pain , et ces communions sous une langue inconnue, t'ai- ces discours, on pourrait
espèce ont été, sans comparaison, les plus coin- croire que la langue latine n'est pas connue du
munes:dans les assemblées ecclésiastiques, u clergé et d'une très-grande partie du peuple.
était si libre de recevoir une des espèces, ou tou- Mais ceux qui l'entendent vous l'expliquent;
tes les deux, cl on \ prenait si peu garde, qu'on ceux qui sont chargés de votre instruction sont
ne connut les manichéens, qui répugnaient à chargés BUSSÎ par l'Eglise, dans le concile de
celle du vin, qu'après un long temps, par l'allée- Trente2, de tou ■ servir d'interprètes; il ne tient
talion de ne le prendre jamais; et quand, pour qu'à vous, pendant que l'Eglise chante, d'avoir les distinguer des n^èles avec lesquels ils tachaient entre nos mains les Psaumes, les Ecritures , les de se mêler , on crut nécessaire d'obliger lous autres leçons et les autres prières de l'Eglise. les Chrétiens aux deux espèces, on sait qu'il en Qu'avez vous donc à vous plaindre? Ahne-t-on fallut faire une loi expresse pour un motif par- si peu l'unité du christianisme , qu'on rompe ticulier*. Qui ne connaît pas le sacrifice des pré- avec l'Eglise pendant qu'elle l'ait ce qu'elle peut sanctifiés, où l'Orient et l'Occident ne consacrant pour édifier tout le monde? Une ne reconnaissezpas, réservaient l'e\spèce du pain consacrée dans VOUS plutôt l'amour de l'antiquité dans le lanïe sacrifice précédent, pour en communier tout gage dont se sert l'Eglise romaine? Accoutumée le clergé et tout le peuple'4? Le mélange des au style, aux expressions, à l'esprit des anciens deux espèces, universellement pratique depuis Pères qu'elle reconnaît pour ses maîtres, elle en quelques siècles par toute l'Eglise d'Orient, se remplit son office, et sciait, [tour ainsi dire, un trouve-l-il davantage dans l'institution de Jésus- plaisir d'avoir encore à la houche, et de conser- Christ, que la communion sous une espèce? 11 ver en leur eulier les prières, les collectes, les est donc plus clair que le jour , par tous ces liturgies, les Messes, comme ils les ont euxexemples.et par ces diverses manières, pratiquées mêmes appelées, que ces grands Papes, saint sans hésiter et sans scrupule dans l'Eglise, Léon, saint Gelase, saint Grégoire, à qui l'Eglise qu'il n'y a en cette matière que sa pratique et sa est si redevahle, ont préférées à l'autel , il y a tradition qui fassent loi selon l'intention de Je- mille et douze cents ans. Vos ministres affectent sus-Christ, et enfin que la substance de ce divin souvent de vous parler avec une espèce de dé-
1 111 lieg., xvm, i.3. — » Traité de la corn., part. I, ebap. 2. — ' Sess. 21, c. 1; Trait, de la corn., part. il. ch. 9. — - Scss. 22,
» Ibid., c. 5. — ' lbid., c. 6. c. 8.
dain de ces grands Papes, qu'ils trouvent contraires à leurs prétentions. Mais en leur cœur, malgré qu'ils en aient, ils ne peuvent leur refuser Cla vénéra lion qui est due à ceux qu'on a toujours crus aussi éminents par leur piété et par leur savoir, que par la dignité de leur siège. Ainsi nous nous glorifions en Notre-Seigneur de dire encore les Messes comme ils les ont digérées. Le fondement, la substance, l'ordre même, et en un mot, toutes les parties en viennent de plus haut : on les trouve dans saint Ambroise, dans saint Augustin, dans les autres Pères et enfin dès l'origine du christianisme. Car ce qui se trouve ancien et universel, ences premiers temps, ne peut pas avoir une autre source. L'Orient a le même goût pour saint Basile, pour saint Chrysostome et pour les autres anciens Pères, dont il retient le langage dans le service public, quoiqu'il ne subsiste plus que dans cet usage. Toutes les Eglises du monde sont dans la même pratique. N'est-ce pas une consolation pour l'Eglise, de se voir si bien établie depuis tant de siècles, que les langues qu'elles a ouies primitivement, et dès sa première origine, meurent, pour ainsi dire, à ses yeux, pendant quelle demeure toujours la même ? Si elle les conserve autant qu'elle peut, c'est qu'elle aime l'ancienne foi , l'ancien culte, les anciens usages, les anciens rites des Chrétiens. Mais que sera-ce si l'on vous dit que les Juifs mêmes, par révérence pour le texte original des Psaumes de David, les chantaient en hébreu dans Jérusalem et dans le temple, depuis même que cette langue avait cessé d'être vulgaire? C'est ce qu'ils font encore aujourd'hui par toute la terre, de tradition immémoriale. De cette sorte, il sera vrai que Jésus- Christ aura assisté à un tel service, et l'aura honoré de sa présence toutes les fois qu'il sera entré dans les synagogues. Mais laissons les dissertations. N'est-ce pas assez que saint Paul, que vous produisez si souvent contre les langues inconnues , les permette même dans l'Eglise , pourvu qu'on les interprète pour l'édification des fidèles ' ? C'est ce qu'il répète par trois fois dans le chapitre que l'on nous oppose. Nous sommes visiblement de ceux qui avons soin qu'on vous interprète ce qu'il y a de plus mystérieux et de plus caché, curet ut interpretetur. Nous vous avons déjà averti que le concile de Trente a ordonné aux pasteurs d'expliquer dans leurs instrurli tiis pastorales chaque partie du service et des saintes cérémonies de l'Eglise2. Nous-mêmes nous vous avons donné, par le même concile de Trente, une Exposition delà doctrine catholique, qui n'est pas la nôtre; mais, nous l'osons dire,
'/ Cor., xiv. 6, 13, 27 seq. — ' Sess. 22, c. 8.
celle des évêques et du Pape même, qui l'a honorée deux fois d'une approbation authentique. On tâche en vain de vous aigrir contre ce concile. On en trouve la vraie défense comme celle des autres conciles dans ses décrets et dans sa doctrine irrépréhensible. Nous vous avons aussi donné notre Catéchisme, et en particulier celui des fêtes, où tous les mystères sont expliqués, et des Heures, où sont en français les plus communes prières de l'Eglise. Que si ce n'est pas assez, nous sommes prêts à vous donner par écrit et de vive voix, et la lettre et l'esprit de toutes les prières ecclésiastiques, par les explications les plus simples et les plus de mot à mot. Ne voyez-vous pas les saints empressements des évêques en France, dont nous tâchons aujourd'hui d'imiter le zèle, à vous donner dans les premiers sièges les instructions les plus particulières sur les articles où l'on nous impose, et à la fois à vous mettre en main un nombre infini de fidèles versions *■ ? Reconnaissez donc que vos ministres, par leurs vaines plaintes, ne songent qu'à faire à l'Eglise une querelle, pour ainsi parler, de guet-apens , et contre le précepte Ui Sage, ne cherchant qu'une occasion de rompre avec leurs amis et avec leurs frères 2. La paix et la charité n'est pas en eux.
Cessez donc dorénavant de vous glorifier de l'intelligence de l'Ecriture , et ne vous laissez plus flatter d'une chose qui aussi bien ne vous est pas nécessaire. Soyez de ces petits et de ces humbles, que la simplicité de croire met dans une entière sûreté : Quos credendi simplicitas tutissimos facit. Je parle après saint Augustin , et saint Augustin a parlé après Jésus-Christ même. Il a dit : « Ta foi t'a sauvé 3 ; ta foi , » dit Tertullien , « et non pas d'être exercé dans « les Ecritures : » Fides tua te salvum fecit , non exercitatio Scripturarum 4. Le Saint-Esprit a confirmé cette vérité par une sainte expérience , en donnant la foi comme à nous , à des peuples qui n'avaient pas l'Ecriture sainte. Saint Irénée et les autres Pères en ont fait la remarque dès leurs temps, c'est-à-dire dès les premiers temps du christianisme, et on a suivi cet exemple dans tous les siècles. Car aussi la charité ne permettait pas d'attendre à prêcher la foi, jusqu'à ce qu'on sût assez des langues irrégulières, ou barbares, ou trop recherchées, pour
* Bossuet a en vue M. le cardinal de Noailles, archevêque de Paris ; M. Colbert, archevêque de Rouen; M. de Nesmond, évêque de Montauban, et d'autres évêques qui publièrent des Instructions eux des matières de controverse, et qui enrichirent leurs diocèses de plusieurs livres de prières e». de piété. Leurs instructions pastorales leur méritèrent, de la part du ministre Basnage, des attaques fort vives. [Noie de Leroi.)
' Prov., xviit, 1. — * Matth., x, 22; Marc, x, 52. — * De prœsc, n, 14.
j laire une traduction aussi difficile et aussi im- moins à un catholique. Vous errez donc, en portante que celle des livres divins, ou bien croyant qu'il soit aisé de l'ébranler dans les inadVn (aire dépendre le salut des peuples. On leur tièresdefoi: il n'y a rien au contraire de plus diffiportail seulement le sommaire de la foi dans le cile puisqu'il hul pouvoir à la fois ébranler tonte Symbole des apôtres. Ils y apprenaient qu'il v l'Eglise malgréla promesse de Jésus-Christ Ainsi avait une Eglise catholique qui leur envoyait ses quand il s'élève un novateur, de quelque couprédicateurs , et leur annonçait les promesses leur qu'il se pare, et quelque beau tour qu'il dont ils voyaient a leurs jeux l'accomplissement sache donner aux passages qu'il allègue, l'expépar toute la terre comme parmi eux, à la ma- rienec de tous les siècles bit voir qu'il est bientôt nière qu'on a expliquée. Us croyaient , et , reconnu, et ensuite bientôt repoussé, malgré comme les autres Chrétiens, ils étaient justifiés ses spécieux raisonnements, par l'esprit d'unité par la foi en Jésus-Christ , et en ses promesses qui est dans tout le corps, et qui ne cesse jusqu'à sacrées. Au surplus, j'oserai vous due, nos chers la lin de réclamer contre. Frères, qu'il y a plus d'ostentali* i que de vérité Mais vous, qui vous glorifiez de ne croire dans la fréquente allégation de l'Ecriture OÙ VOS qu'avec connaissance, et nous accusez cepenniinistres vous portent. L'expérience fera avouer dantd'une trop légère créance, souffrez qu'on àtous les hommes de bonne foi, que ce qu'on ap- vous représente comment on vous a conduits prend par cette pratique, c'est le plus souvent de depuis le commencement de voire Réforme préparler en l'air, et de dire à la fois ce qu'on en- tendue. Aux premiers cris de Luther, Rome, tend et ce qu'on n'entend pas. Ce n'est [tas l'effet comme une nouvelle Jéricho, devait voir tomber d'une bonne discipline de rendre les ignorants ses murailles. Depuis ce temps, combien vous aprésomptueui , et les femmes mêmes disputeu- t-on prédit la élude de Babyïone? Je ne le dis ses. Vos ministres vous font accroire que ce n'est pas pour vous confondre : mais enfin rappelez rien attribuer de trop au simple peuple, que de vous-mêmes eu votre pensée combien on l vous lui présenter l'Ecriture seulement pour y former a déçus, même de nos jours. Toutes les l'ois que sa foi. Vous ne songez pas que c'est là précisé- quelque grand prince s'est élevé parmi vous, ment la difficulté qu'il lui fallait faire éviter, comme il .s'en élève partout, et même parmi les C'est une ancienne maxime de la religion, que païens et les infidèles, de quelles vaines espénous trouvons dans Tertullien, dès les premiers rames ne vousétes-vous pas laissés Qatter? Quels temps , qutl faut savoir ce qu'on croit, et ce qu'on traités n'allait-on pas faire en votre faveur? doit observer avant que de l'avoir appris ', par un Quelles ligues n'a-t-on pas vues sans pouvoir examen dans les formes. L'autorité de l'Eglise pré- jamais entamer le défenseur de l'Eglise ? Uo'a-tcède toujours, et c'est la seule pratique qui peut il réussi de ces projets tant vantés par vos miassurer notre salut : sans ce guide, on marche à nidres? Ceux qu'on vous faisait regarder comme tâtons dans la profondeur des Ecritures, au ha- vos restaurateurs, ont-ils seulement songé à vous sard de s'égarer à chaque pas. Nous l'avons dé- dans la conclusion de la paix ? Jusqu'à quand montré ailleurs plus amplement pour ceux qui vous laisserez-vous tromper? Encore à présent en voudront savoir davantage*; mais nous en il court parmi vous un Calcul exact*, que nous disons assezici pour convaincre les gens de bonne avons en main, selon lequel Babyïone, votre foi, et qui savent se faire justice sur leur incapa- ennemie, devait tomber sans ressource, tout récité et leur ignorance. Que ceux-là donc cher- cemment et dans le mois de mai dernier. On client leur foi dans les Ecritures, que l'Eglise n'a donne tels délais qu'on veut aux prophéties pas instruits et qui ne la connaissent pas encore, qu'on renouvelle sans lin ; et cent fois trompés, Pour ceux qu'elle a conçus dans son sein, et vous n'en êtes que plus crédules. nourris dans son école, ils ont le bonheur d'\ Je veux bien rapporter ici la réponse de M. trouver leur foi toute formée, et ils n'ont rien à Basnage, dans un ouvrage dont il faudra peutchercher davantage. être vous parler un jour. « On trouve, » dit-il 3, C'est le moyen, dites-vous , d'inspirer aux « un livre entier dans l'Histoire des Variations, hommes un excès de crédulité qui leur fait où l'on rit de la durée de nos maux, et del'illucroire tout ce qu'on veut sur la foi de leur sion de nos peuples, qui ont été fascinés par de curé ou de leur évoque. Vous ne songez pas, fausses espérances. Mais en vérité, M. de Meaux nos chers Frères , que la foi de ce curé et devrait craindre la condamnation que l'Ecriture de cet évèque, est visiblement la foi qu'ensei- prononce contre ceux à qui la prospérité a fait gne en commun toute l'Eglise : il ne faut rien
1 Le ministre Jurieu et les petits prophètes des Cévennes. — 2 Cal. ' De coron., n. 2. — 2 Hitt. des Var., liv. xv, Conférence avec M. ezaçl de la durée de l'emp. papal. Mai 1699 (Il est de Jurieu.) — Claude; Disc, stir l'Hisl. univ, part, u, vers la fin. 3 IJist. eccl., liv. v, eh. 8,11. 9. p HS3.
des entrailles cruelles ; car il faut être barbare pour nous insulter sur les maux que nous souffrons, et que nous n'avons pas mérités. Une longue misère excite la compassion des âmes les plus dures, et on doit se reprocher d'y avoir contribué par ses vœux, par ses désirs et pan les moyens qu'on a employés pour perdre tant de familles, plutôt que d'en faire le sujet d'une raillerie. » Et un peu après, sur le même ton l : « Quand il serait vrai qu'on court avec trop d'ardeur après les objets qui entretiennent l'espérance, etqu'onserepait de quelques idées éblouissantes, d'où l'on sentirait fortement la vanité, 'si l'esprit était dans la tranquillité naturelle, ce ne serait pas un crime qu'on dût noircir par un terme emprunté *de la magie, » c'est-à-dire par celui de îascmation. M. Basnage voudrait nous faire oublier que le sujet de nos reproches n'est pas que les prétendus réformés conçoivent de fausses espérances : c'est une erreur assez ordinaire dans la vie humaine ; mais que leurs pasteurs, que ceux qui leur interprètent l'Ecriture sainte s'en servent pour les tromper ; qu'ils prophétisent de leur cœur, et qu'ils disent : « Le « Seigneur a dit, quand le Seigneur n'a point « parlé 2 : » que l'illusion était si forte que cent fois déçus, par un abus manifeste des oracles du Saint-Esprit et du nom de Dieu, on ne s'en trouve que plus disposé à se livrer à l'erreur : toute l'éloquence de M. Basnage n'empêchera pas que ce ne soit un digne sujet, non pas d'une raillerie, dans une occasion si sérieuse et dans un si grand péril des âmes rachetées du sang de Dieu, mais d'un éternel gémissement pour une fascination si manifeste. Ce terme, que saint Paul emploie envers les Galates ses enfants 3, n'est pas trop fort dans une occasion si déplorable, et nous lâchons de l'employer avec la même charité qui animait le cœur de l'Apôtre de qui nous l'empruntons.
Malgré tous ces inutiles discours , et sans craindre les vains reproches de M. Basnage qui visiblement ne nous touchent pas, je ne cesserai nos chers Frères, de vous représenter que c'est là précisément ce qui vous devait arriver par le juste jugement de Dieu. Vousvous faites un vain honneur de ne pas croire à l'Eglise dont Jésus- Christ vous dit que si vous ne V écoutez, vous serez semblables aux païens et aux publicains 4. Vous ne croyez pas aux promesses qui la tiennent toujours en état jusqu'à la fin des siècles : il est juste que vous croyiez les prophéties imaginaires; semblables à ceux dont il est écrit que, pour s'être rendus insensibles à l'amour de la vé-
i Pag. 14S4. — ■ Kzc, xiii, 7. — ■> Galal., m. 1. — « Mal th., cviir,17.
rite, ils sont livrés à l'opération de l'erreur, en sorte qu'ils ajoutent foi au mensonge !.
Voyons néanmoins encore quel usage de l'Ecriture on vous apprend dans nos controverses. Je n'en veux point d'autre exemple que l'objection que vous ne cessez de nous faire, comme si nous étions de ceux qui disent : Jésus- Christ est ici ou il est là 2. Avouez la vérité, nos chers Frères; aussitôt qu'on traite avec vous de la présence réelle, ce passage vous revient sans cesse à la bouche : vous n'en pesez pas la suite. « Il s'élèvera de faux christs et de « faux prophètes. Si l'on vous dit donc : Il est « dans le désert, ne sortez pas pour le chercher: « il est dans les lieux les plus cachés de la maice son, ne le croyez pas 3 ; » il est plus clair que le jour qu'il parle de ceux qui viendront à la fin des temps, et dans la grande tentation de la fin du monde, s'attribuer le nom de Christ.- La même chose est répétée dans saint Marc4. Saint Luc le déclare encore par ces paroles : « Donnez- « vous garde d'être séduits, car plusieurs vien- « dront en mon nom en disant : C'est moi ; et « le temps est proche ; n'allez donc point après « eux 5 ». Ce sens n'a aucun doute, tant il est exprès. Cependant, s'il vous faut croire, celui « qui dit, c'est moi, et le temps de ma venue « approche, » c'est le Christ que nous croyons dans l'Eucharistie : c'est celui-là qui se veut faire chercher ou dans le désert ou dans les maisons. Je crois bien que vos ministres se moquent euxmêmes dans leur cœur d'une illusion si grossière mais cependant ils vous la mettent dans la bouche, et, pourvu qu'ils vous éblouissent en se jouant du son des paroles saintes, ils ne vous épargnent aucun abus, aucune profanation du texte sacré.
C'est l'effet d'un pareil dessein qui les oblige à vous proposer , contre la durée éternelle promise à l'Eglise, ces paroles de Jésus-Christ: « Lorsque le Fils de l'homme viendra, pensez- « vous trouver de la foi sur la terre 6 ? » Mais s'il faut en toute rigueur « qu'en ce temps-là, où « l'iniquité croîtra, et où la charité se refroi- « dira dans la multitude 7, » celte foi qui opère par la charité soit non point offusquée par les scandales, mais entièrement éteinte, à qui estce que s'adressera cette parole : « Quand ces « choses commenceront, regardez et levez la « tête; parce que votre rédemption approche » ?» Où sera « ce dispensateur fidèle et prudent, que « son maître, quand il viendra, trouvera attentif « et vigilant 9 ? » A quelle Eglise accourront les
i / Thess, il, 10. — 5 Mal.th., xxiv, 23. — 3 Ibid., 24. 2G. — « Marc, xin, 21. — 5 Luc, xxi, 8. — G Luc, xvm. 8. — ' Mallh., xxiv, 12. —*Luc, xxi, 28. — * Luc, Xll,42.
Juifs, si miraculeusement convertis, après que dit-il ', « je cherchais dans les Ecritures ce
la plénitude de la gentitité j sera entrée ! Que qu'on n'j pouvait trouver que lorsqu'on est
si vous dites qu'aussitôt après le monde Be re- humble. Ainsi, je me fermais à moi-même la
plongera dans l'incrédulité, et que l'Eglise sera porte que je croyais m'ouvrir. Que vous êtes
dissipée sans se souvenir d'un événement qu'on heureux, poursuivait-il, peuples catholiques,
verraaccompagné de tant de merveilles, comment tous qui nous tenez petits et humbles dans le
ne songez-vous pas à ce beau passage d'isaie, cité nid où votre loi se doit former et nourrir, au
par saint Paul ', pour le prédire, et dont \<>ui lieu que moi, malheureux, qui croyais voler de
L'heureuse suite: « Le pacte que je ferai avec mes propres ailes, j'ai quitté le nid, et je suis
« vous, c'est que mon esprit qui m ira en TOUS, et tombe avant que de pouvoir prendre mon vol.
« ma parole que je mettrai dans Notre bouehe v Pendant que, jeté à terre, j'allais rire écrasé par
i demeurera, el dans la bouche de vos entants, les passants, la main miséricordieuse de mon
« aujourd'hui et à jamais, dit le Seigneur? » Ce Dieu m'a relevé, et m'a remis dans ce nid, » et
qui se conservera dans la bouche de t»>us les ti- dans le sein de l'Eglise d'où je m'étais échappé.
dèles sera-t-il caché! el ce qui passera de main Une pouves-vous représenter de plus affectueux
eu ni. lin, soulVrira-t-il de l'interruption? el de plus tendre a ceux qui, prévenus contre
Pendant que nous représenterons à nos Hères l'Eglise, craignent l'abri sacre que la loi j trouve
errants ces vérités adorables, joignez-Nous à contrôles tentations el les erreurs?
nous, peuple fidèle: aides l'Eglise votre mère Lorsque nous travaillez avec nous à ramener
à les enfanter en Jésus-Christ: vous le pouves nos Frères, le discours le plus ordinaire (pie
en trois manières, par vos douces invitations, vous entendues est, qu'ils souffrent persécution:
par vos prières et par vos exemples. cette pensée les aigrit et les indispose. La ques-
Coiiccncz avant toutes choses un désir sincère lion sera ici de savoir s'ils souffrent pour la jus-
de leur salut, témoignez-le sans affectation et tice. S'il y a bu des lois injustes contre les Chré-
de plénitude de cœur: tournez-vous en toute tiens, U yen a eu aussi, dit saint Augustin 2, de
sorte de formes pour les gagner. llepi enez les très-justes « contre les païens; il y en a eu
uns, connue dit saint Jude 2, en leur i\ montrant, contre les Juifs, enfin, il y en a eu contre les
mais avec douceur, que ceux qui ne sont pas hérétiques. » Voulait-on que les princesreligieux
dans l'Eglise sont déjà juges. Quand vous leur les laissassent périr en repos, dans leur erreur,
voyez de l'aigreur, « sauvez-les en les arrachant sans les réveiller? Et pourquoi donc ont-ils en
«du milieu du l'eu: ayez pour les autres une main la puissance? L'examen de leur doctrine,
o tendre compassion avec une crainte » de les dit le même Père3, a été l'ait par l'Eglise: « Il
perdre, ou de manquera quelque chose pour * été lait et par le Saint-Siège apostolique, et par
les attirer. /,rt/7f>/é'Mr, dit saint Augustin3, aman- le jugement des évéques: Examen [action est
ter, dolenter, fvuterne, placide : avec amour, avec opml upostolicam Sedetn ; factum est in episcopali
douceur, sans dispute, paisiblement, comme on judiciu: » ils y ont été condamnés en la même
l'ait à son ami, à son voisin, à son frère. Vous forme que toutes les anciennes hérésies. « La
qui avez été de leur religion, racontez-leur, à leur étant condamnée par les évoques, il n'y a
l'exemple de ce même Père revenu du mani- plus d'examen à faire et il ne reste autre chose
chéisme, par quelle trompeuse apparence nous sinon, dit saint Augustin, qu'ils soient réprimés
avez été déçus; par où vous avez commencé à par les puissances chrétiennes : Damnata ergo
vous détromper; par quelle jniséricorde Dieu hœresis ab episcopisnon ad hue examinanda, sed
vous a tirés de l'erreur , et la joie que vous coercenda est a potestatibus Christianis. » Vous
ressentez en vous reposant dans l'Eglise, où vos voyez, selon l'ancien ordre de l'Eglise, ce qui
pères ont servi Dieu et se sont sauvés, d'y trou- reste à ceux qui ont été condamnés par les
ver votre sûreté, comme les petits oiseaux dans évéques. C'est ce que disait ce Père aux pélagiens.
leur nid ou sous l'aile de leur mère. Il le disait, il le répétait au dernier ouvrage sur
C'est dans cet esprit que saint Augustin racon- lequel il a fini ses jours; il le disait donc plus
tait au peuple de Cartilage les erreurs de sa té- que jamais plein d'amour, plein de charité dans
méraire et présomptueuse jeunesse : comme il y le cœur, plein de tendresse pour eux ; car c'est
savait raisonner et disputer, mais non encore lace qu'on veut porter devant le tribunal de
s'humilier; et comme enfin il fat pis dans de Dieu, lorsqu'on y va comparaître. Revètez-vous
spécieux raisonnements, auxquels il abandonnait donc envers nos Frères errants d'entrailles de
son esprit curieux et vain. C'était pourtant sur miséricorde ; tâchez de les faire entrer dans les
l'Ecriture qu'il raisonnait. « Superbe quej'étais,» , St ,,„. Bl) ,, G. , &na 62, „. 18. ■ 0p. **. c0,«. jui.,
• /**. i:\, -1— J Jud, '22, 33.— -1 Strm. 294, n. 20, ton ». lib. H, n. 103, t. x.
sentiments et dans le zèle de notre grand roi : la foi où il les presse de retourner est celle qu'il a trouvée sur le trône depuis Clovis, depuis douze à treize cents ans ; celle que saint Rémi a prèchée aux Français victorieux, celle que saint Denis et les autres hommes apostoliques avaient annoncée aux anciens peuples de la Gaule, où les successeurs de saint Pierre les ont envoyés. Depuis ce temps, a-t-on dressé une nouvelle Eglise et un nouvel ordre de pasteurs ? N'est-on pas toujours demeuré dans l'Eglise qui avait saint Pierre et ses successeurs à sa tête? Les rois et les potentats qui ont innové, qui ont changé la religion qu'ils ont trouvée sur le trône, en peuvent-ils dire autant? Pour nous, nous avons encore les temples et les autels que ces grands rois, saint Louis, Charlemagne et leurs prédécesseurs ont érigés. Nous avons les volumes qui ont été entre leurs mains; nous y lisons les mêmes prières que nous faisons encore aujourd'hui ; et on ne veut pas que leurs successeurs travaillent à ramener leurs sujets égarés, comme leur? enfants, à la religion sous laquelle cette monarchie a mérité de toutes les nations le glorieux titre de très-chrétienne?
Saint Augustin, que j'aime à citer comme celui dont le zèle pour le salut des errants a égalé les lumières qu'il avait reçues pour les combattre, à la veille de cette fameuse conférence de Carthage, où la charité de l'Eglise triompha des donatistes, plus encore que la vérité et la sainteté de sa doctrine, parlait ainsi aux Catholiques > : « Que la douceur règne dans tous vos discours et dans toutes vos actions. Combien sont doux les médecins pour faire prendre à leurs malades les remèdes qui les guérissent ? Dites a nos Frères : Nous avons assez disputé, assez plaidé ; enfants, par le saint baptême, du même Père de famille, finissons enfin nos procès : vous êtes nos Frères ; bons ou mauvais, voulez-le, ne le voulez pas, vous êtes nos Frères. Pourquoi voulez-vous ne le pas être ? il ne s'agit pas de partager l'héritage, il est à vous comme à nous ; possédons-le en commun tous deux ensemble. Pourquoi vouloir demeurer dans le partage? Le tout est à vous. Si cependant ils s'emportent contre l'Eglise et contre vos pasteurs, c'est l'Eglise, ce sont vos pasteurs qui vous le demandent eux-mêmes : ne vous fâchez jamais contre eux ; ne provoquez point de faibles yeux à se troubler eux-mêmes. Ils sont durs, dites-vous, ils ne vous écoutent pas; c'est un effet de la maladie. Combien en voyons-nous tous les jours qui blasphèment contre Dieu même ! Il les souffre, il les attend avec patience;
1 Hcrm. 357, Dtlaud. pac. n. 4.
attendez aussi de meilleurs moments : hâtez ces heureux moments par vos prières. Je ne vous dis point: Ne leur parlez plus; mais quand vous ne pourrez leur parler, parlez à Dieu pour eux, et parlez-lui du fond d'un cœur où la paix
règne. »
Mes chers Frères les Catholiques, continuait saint Augustin, « quand vous nous voyez disputer pour vous, priez pour le succès de nos conférences ; aidez-nous par vos jeûnes et par vos aumônes : donnez des ailes à vos prières, afin qu'elles montent jusqu'aux cieux; parce moyen, vous ferez plus que nous ne pouvons
faire vous agirez plus utilement par vos
prières que nous par nos discours et par nos conférences. » Demandez à Dieu, pour eux, un amour sincère de la vérité : tout dépend de la droite intention : tous s'en vantent, tous s'imaginent l'avoir ; mais combien est subtile la séduction qui nous cache nos intentions à nousmêmes ! Dans l'état où ils se trouvent, disent-ils, tout leur est suspect; et s'ils se sentent portés à nous écouter, ils ne peuvent plus discerner si c'est l'inspiration ou l'intérêt qui les pousse. Mais savent-ils bien si leur fermeté n'est pas un attachement à son sens? Nous rendons ce témoignage à plusieurs d'eux, comme saint Paul le voulait bien rendre aux Israélites qui résistaient à l'Evangile : Ils ont le zèle de Dieu : mais saventils si c'est bien un zèle selon la science l ; si ce n'est pas plutôt un zèle amer, comme l'appelle saint Jacques2 ? Combien en voit-on, qui, par un faux zèle, dont on se fait un fantôme de piété dans le cœur, croient rendre service à Dieu en s'opposant à sa vérité? Venez, venez à l'Eglise, à la promesse, à Jésus-Christ même qui l'a exprimée en termes si clairs ; c'est où je vous appelle dans ce doute. 0 Dieu ! mettez à nos Frères dans le fond du cœur une intention qui plaise à vos yeux, afin qu'ils aiment l'unité, non point en paroles, mais en œuvre et en vérité; leur conversion est à ce prix, et nul de ceux qui vous cherchent avec un cœur droit ne manque de vous trouver.
Quand on tâche de les engager à se faire instruire, on trouve dans quelques-uns un langage de docilité, qui leur fera dire qu'ils sont prêts à tout écouler, et qu'il faut leur donner du temps pour chercher la vérité. On doit louer ce discours, pourvu qu'il soit sincère et de bonne foi. Mais en même temps il faut leur représenter, selon la parole de Jésus-Christ 3, que l'on ne cherche que pour trouver ; l'on ne demande que pour obtenir; l'on ne frappe qu'afin qu'il nous soit ouvert. Au reste, Dieu nous rend facile à trouver la voie
' Rom., x, 2. — 2 Jao, m, 14. — » Malth., vu, 7.
SUR LES PHOMKsSES DE L'ÉGLISE.
qui mène à In vin. car il veut notre salut, et n'expose pas ses enfants à des recherches infinies : autrement on pourrait mourir entre deux . et mourir hors de l'Eglise, dans l'erreur et dans les ténèbres, par où l'on est envoyé, selon la parole de Jésus-Christ, tout ténèbre» extérieures1, 'loin du royaume de Dieu, et de sa lumière éternelle. Pour éviter ce malheur, il fout se hftter de troufer la i"i véritable et prendre pour cela un tcnnc court II est Mai que pour élever l'âme chrétienne, Jésus-Christ lui propose des rérités hautes, qui feraient naître mille questions, si un avait à les discuter les unes après les autres; mais aussi pour nous délivrer de cet embarras, qui jetterait les Ames dans un labyrinthe d'où l'on ne sortirait jamais, ci mettrait
lr salut trop en péril, il a tout réduit eu un seul
point, c'est-à-dire à bien connaître l'Eglise, où l'on trouve tout d'un coup toute vérité autant qu'il est nécessaire pour être Sauvé. Toul consiste à bien concevoir si\ lignes de l'Evangile,où Jésus-Christ a promis, en termes simples, précis et aussi claies que le soleil, d'être « tous les « jouis avec les pasteurs de son Eglise jusqu'à la
« la lin des siècles. » Il n'y a point là d'examen pénible à l'esprit humain : on n'a besoin que d'econter.de peser, dégoûter parole à parole les promesses du Sauveur du inonde. Il tant bien
donner quelque temps à l'infirmité et à l'habitude, quand ouest élevé dans l'erreur; mais il
faut, à la laveur des promesses de l'Eglise, conclure bientôt, et ne pas clic de ceux dont parle
saint Paul, qui, pour leur malheur éternel, « veulent toujours apprendre, et qui n'arrivent «jamais à la connaissance de la vérité1. »
Mais voulez- vous gagner les errants, aidez-les principalement par \os bons exemples. Une la présence de Jésus-Christ sur nos autels fosse dans vos cœurs une impression de respect qui sanctifie votre extérieur. « Que vos taberna- « des sont aimables, ô Seigneur des armée-' « mon cœur J aspire, et est affamé des délices de « votre table sacrée3. » 0 Dieu, que ces scandaleuses irrévérences, qui sont le pins grand obstacle à la conversion de nos frères, soient bannies éternellement de votre maison ! C'est par là que l'iniquité et les faux réformateurs ont prévalu. « La force leur a été donnée contre le sa- « crifice perpétuel » qu'ils ont aboli en tant d'endroits, « à cause des péchés du peuple : la <r vérité est tombée par terre : le sanctuaire a « été foulé aux pieds4. » Des hommes qui s'aimaient eux-mêmes ont rompu le tilet, et se sont fait des sectateurs. Le vain titre de réformation
les Halle encore. Ils ont fait, c'est-à-dire ils ont réussi pour leur malheur. Ri ont abattu des forts, ou qui semblaient l'être : ils ont ébranlé des colonnes, et entraîné des étoiles; mais leur progrès a ses bornes, et ils n'iront pas plus loin que Dieu n'a [tennis, il a puni par un même coup les nations de qui il a relire son saint mystère dont ils abusaient, et ceux dont les artitices en ont dégoûte les peuples ingrats. Humilions-nous sousson juste jugement, et implorons ses miséricordes, afin qu'il rende à sa sainte Eglise celle grande partie de ses entrailles qui
lui a ete ai radiée.
Os^ns de nous étonner qu'il y ait des scliismesetdes hérésies; nous avons vu pourquoi Dieu les souffre : eiqueiques grandes qu'aient été nos iniles, il n'\ a jamais que la paille que le vent emporte. 11 foutqu'ilen soit jeté au dehors; il faut qu'il en demeure au dedans; il faut, dis-je. qu'il y ait de la paille dans l'aire du Seigneur et des meebants dans son Eglise. Si l'amas en est grand, aussi sera-t-il jeté dans un grand feu. Cependant, mes Frères, la paille croîtra toujours avec le bon grain; plantée sur la même terre, attachée à la même lige, échauffée du même soleil, nourrie par la même pluie, jetée en foule dans la même aire, elle ne sera point portée au même grenier: rendons-nous donc le bon grain de Jésus-Christ Que nous servirait d'avoir été dans l'Eglise, et d'en avoir cru les promesses, si nous nous trouvionsà la fin, ce qui à Dieu ne plaise, dans le feu où brûleront les hérétiques et les Impies! Plutôt attirons-les, par nos bons exemples à l'unité, à la vérité, à la paix : et pour ne laisser sur la terre aucun infidèle par notre faute, goûtons véritablement la sainte parole; faisons-en nos chastes et immortelles délices ; qu'elle paraisse dans nos cœurs et dans nos pratiques. Que nos frères ne pensent pas <pie nous les détournions de la lire et de la méditer nuit et jour : au contraire ils la liront plus utilement, et plus agréablement tout ensemble, quand, pour la mieux lire, ils la recevront des mains de l'Eglise catholique, bien entendue et bien expliquée, selon qu'elle l'a toujours été. Ce n'est pas les empêcher de la lire, que de leur apprendre à faire cette lecture avec un esprit docile et soumis, pour s'en servir sans ostentation et dans l'esprit de l'Eglise, pour la réduire en pratique, et prouver par nos bonnes œuvres, comme disait l'Apôue saint Jacques1, que la vraie foi est en nous.
1 Jacq. Il, 18.
' MiU/i.. xjcii, 13. — II. Tim., III. 7. —3 psai Lïxxn, i. Dan., vni, 12.
DEUXIÈME INSTRUCTION
OU RÉPONSE AUX OBJECTIONS D'UN MINISTRE CON- TRE LA PREMIÈRE INSTRUCTION.
Jacques-Bénigne, par la permission divine, évêque de Meaux, au clergé et au peuple de notre diocèse, salut et bénédiction.
« Heureux qui trouve un ami fidèle, et qui « annonce la justice divine à une oreille atten- « tive1! «C'est à cette béatitude quej'aspire dans cette Instruction. J'ai proposé dans la précédente les promesses de Jésus-Christ prêt à retourner au ciel, d'où il était venu pour assurer ses apôtres de la durée éternelle de leur ministère, et j'ai montré que cette promesse, qui rend l'Eglise infaillible, emporte la décision de toutes les controverses qui sont nées, ou qui pourront naître parmi les fidèles. Les ministres demeurent d'accord que si l'interprétation des paroles de Jésus-Christ est telle que ie la propose, ma conséquence est légitime; mais ils soutiennent que je l'ai prise dans mon esprit, et que la promesse de Jésus-Christ n'a pas le sens que nous lui donnons. Il m'est aisé de faire voir le contraire ; et si vous voulez m'écouter, mes chers Frères, j'espère de la divine miséricorde, de vous rendre la chose évidente. Pourrez-vous me refuser l'audience que je vous demande au nom et pour la gloire de Jésus-Christ? Il s'agit de voir si ce divin Maître aura pu mettre en cinq ou six lignes de son Evangile tant de sagesse, tant de lumière, tant de vérité, qu'il y aitdequoi convertir tous les errants, pourvu seulement qu'ils veuillent bien nous prêter une oreille qui écoute, et ne pas fermer volontairement les yeux. Ce discours tend uniquement à la gloire du Sauveur des âmes, et il n'y aura personne qui ne le bénisse, si l'on trouve qu'il ait préparé un remède si efficace aux contestations qui peuvent jamais s'élever parmi ses disciples.
Qu'on ne dise pas que c'est une matière rebattue, et qu'il serait inutile de s'en occuper de nouveau. Point du tout. Un ministre habile vient de publier un livre sous ce titre : Traité des préjugés faux et légitimes, ou Réponses aux Lettres et Instructions pastorales de quatre prélats; MM. de Mouilles, cardinal, archevêque de Paris; Colbert, archevêque de Rouen; Bossuet, évêque de Meaux; etMesmond, évêque de Montauban ; divisé en trois tomes : à Delft, chez Adrien Beman : MDCCI.
On ei ait d'abord effrayé de la longueur de ces trois volumes, d'une impression fort serrée, si on allait se persuader que j'en entreprenne la ré-
• EccU., -\xv, 12.
futalion entière. Non, mes Frères, l'auteur de cette réponse a mis à part ce qui me touche, et c'est à quoi est destiné le livre iv du tome II *.
Dès le commencement de son ouvrage, il en avertit le lecteur par ces paroles 2 : « Enfin l'Instruction pastorale de M. de Meaux, contenant les promesses que Dieu a faites à l'Eglise, a paru lorsque l'édition de cet ouvrage était déjà fort avancée. Elle entrait si naturellement dans notre dessein, que nous n'avons pu nous dispenser d'y répondre. » Et un peu après « M. de Meaux sait effectivement choisir ses matières ; celle de l'Eglise lui a paru susceptible de tous les ornements qu'il a voulu lui donner; et si les années ont diminué le feu de son esprit et la vivacité de son style, elles ne l'ont pas éteint. On a tâché de prévenir les effets que l'éloquence et la subtilité de ce prélat pouvaient faire dans l'esprit des peuples, en faisant dans le ive livre (du tome II) une discussion assez exacte des avantages qu'il donne à l'Eglise et à ses pasteurs. »
Ces avantages, que je donne à l'Eglise et à ses pasteurs, ne sont autres que ceux qui leur sont donnés par Jésus-Christ même, lorsqu'il promet d'être tous les jours avec eux jusqu'à la fin de l'univers. Je m'attache uniquement à ce texte, pour ne point distraire les esprits en diverses considérations. C'est en vain que le ministre insinue que, tout affaibli que je suis par les années, on a encore à se défier de l'éloquence et de la subtilité qu'il m'attribue. Il sait bien, en sa conscience, que cet argument est simple. Il n'y a qu'à considérer avec attention les paroles de Jésus-Christ dans leur tout, et ensuite l'une après l'autre. C'est ce que je ferai dans ce discours, plus uniquement que jamais. Je n'ai ici besoin d'aucuns ornements ni d'aucune subtilité, mais d'une simple déduction des paroles de l'Evangile.
J'avoue que les traités de controverse ont quelque chose de désagréable. S'il ne fallait qu'instruire en simplicité de cœur ceux qui errent apparemment de bonne foi, de tels ouvrages apporteraient une sensible consolation ; mais on est contraint de parler contre les ministres, qu'on voudrait pouvoir épargner comme les autres errants, puisqu'enfin, ce sont des hommes et des chrétiens ; et on serait heureux de ne pas entrer dans les minuties, dans les chicanes, dans les détours artificieux dont ils chargent leurs écrits. Il n'y a point de bon cœur qui ne souffre dans ces disputes, et qui ne plaigne le temps qu'il y faut donner. Mais comment refuser à la charité ces fâcheuses discussions? Puisque donc on ne peut s'en dispenser sans dénier aux errants le
i Tom.n. p. 537. — 2 Tum. I, Avert. n. 3.
secoure dont ils ont besom, éloignons du moins dération d'un passage de l'Evangile, dont le
le ces traités tout esprit d'aigreur; faisons si bien sens est si aisé à entendre, et dont le fruit sera
qu'on ne perde pas. s'il se peut, la piste de l'K- la décision de toutes les controverses, ne serait-
vangile. (l'est à quoi je dois travailler principa- ce pas à la fois vouloir s'opp ser à son salut
lement dans ce discours, <»ù je me propose d'en éternel, à la gloire de Jésus-Christ, à la vérité
expliquer les promesses fondamentales. Elles des promesses qu'il a faites en termes si clairs à
consistent en sept on huit lignes; et afin qu'on son Eglise et à ses pasteurs?
ne puisse pins les perdre de vue, je commence Dès le premier chapitre du livre iv >, le minis-
par les réciter : « Tonte puissance m'est donnée Ire croit révolter contre moi tons les esprits, en
■ dans le ciel et dans la terre. Aile/ donc, et en- disant : « M. de Meaux réduit tout à un seul
■> seignez toutes les nations, les baptisant au nom point de connaissance, qui est l'autorité de UE-
« du Père et «in lils et dn Saint-Esprit, et leur glise. Tout, dit-il, consiste à bien concevoir six
« enseignant à garder tout ce que je vous ai com- lignes de l'Evangile 3, où Jésus-Christ a promis
«mandé: et voilà, je suis tons les joins avec en termes Simples, précis, aussi clairs que le 80-
« nous par cette toute-puissance] jusqu'à la fin leil, d'être tons les jours avec les pasteurs de son
• du monde1.» Si je trouve dans cette promesse Eglise jusqu'à la fin des siècles. » Le ministre
faite BUI apôtres et à leurs successeurs les avan- s'écrie ici : i Dieu a donc grand tort d'avoir l'ait
lagesqui ne leur appartiennent pas, il sera aisé de si gros livres cl de les avoir mis entre les
de le remarquer, puisque l'auteur a pris soin de mains de tout le monde, six lignes : que dis-je,
les ramasser dans nn livre particulier, qui e>l le six lignes? six mois gravés sur une planche à
quatrième de son ouvrage, avec une discussion Rome auraient levé toutes les difficultés, puis-
asst'z exacte. Le soin qu'il prend d'avertir son qu'il devait j avoir à Rome une succession
lecteur, qu'il n'écrit point pour les théologiens d'hommes infaillibles, et qu'il n'y a point de
cl pour les savante, ci que c'est ici « une pièce ciné dans l'Eglise qui puisse changer sa doc-
destinée au peuple *, » nous lait entendre quel- bine, a N'embrouillons point les matières. Il
que chose de ample et de populaire, qui par là ne s'agit ni de Home, ni de l'infaillibilité de
doil être aussi très-intelligible. Dieu soit loué ! ses Papes . dont le ministre sait bien que Si l'on lient parole, nous n'avons point h exa- nous n'avons jamais lait un point tic foi, ni de miner des arguments trop subtils, où le peuple celle que le ministre veut imaginer que nous ne comprend rien, et railleur se \a renfermer donnons aux curés et aux pasteurs en parlicudans les vérités dont tout le monde est capable, lier : il est question de savoir si la sagesse de Jé- Q répète dans le corps du livre •:« Nous n'écri- sus-Christ est assez grande pour renfermer en « vous pas pour les savants, trop versés dans six lignes de quoi trancher tous les doutes par « celle matière pour y recevoir instruction: un principe commun et universel. Qui osera « mais pour un peuple, qui a perdu ses livres et contester à Jésus-Christ cet avantage? a Mais, « l'habitude de parler de ces matières, et d'en dit-on, si toutes! réduit à six lignes. Dieu a donc « entendre parler. » On lui va donc composer grand tort d'avoir faitde si gros livres : «comme un livre, où il retrouve ce qu'A a perdu de plus qui dirait : Si après avoir récité deux préceptes simple, de plus nécessaire, et de plus clair dans de la charité, qui n'ont pas plus de six lignes* les autres. Les savants et les curieux ne sont Jésus-Christ a prononcé qu'en ces deux préceptes, point appelés à cette dispute : c'est aux peuples c'est-à-dire dans ces six lignes, était renfermé qu'on veut montrer la voie du salut, dans les toute la loi et les prophètes* : si saint l'aida avantages que Jésus-Christ a promis à leurs poussé plus loin ce mystérieux abrégé, en disant pasteurs, afin de les diriger sans périls, comme que tout était compris dans ce seul mol, dilisans discussion dans les voies de la vérité et du ces, etc. 4, pourquoi l'aligner le monde à lire ces salut éternel. Comme ma preuve dans ce des- gros livres des Ecritures, et obliger les prophèsein doil être formelle et précise, le peuple le tes à multiplier leurs prophéties? Si, conforméplus ignorant la doit voir sans beaucoup de ment à cette doctrine, saint Augustin a enseigné peine ; mais en même temps si les réponses du que l'Ecriture ne commande que la charité et ne ministre ne sont manifestement que de vains défend que la convoitise, pourquoi mettre lant détours, elles ne feront que montrer à l'œil la de grands \ (dûmes entre les mains des fidèles ? faiblesse de la cause qu'il veut soutenir. Refuser Comme donc Dieu a donné un abrégé de toute une ou deux heures de temps, ou quelque peu la doctrine des mœurs qu'il a comprise en six davantage, si la chose le demandait, à la consi- lignes, ainsi Jésus-Christ en a donné un pour ce
1 MaUh» xxviil, 13, 19, 20. — ' Avcrt., n. 3. — Tom. i, o. 2, ' Tom. n, lib. iv, p. n. 13, p. £53. — 5 Malih... XZJ1Ï, 20. —
k, 4. p l<r>. 3 ilalih., A'jtu, 40. — * Bom-, XIII, 9.
qui regarde la foi, en comprenantdans six lignes toutes les voies qui nous mènent à la vérité et ne demandant autre chose sinon que l'on reçoive les enseignements qui se trouveront perpétués dans la succession des pasteurs, avec qui il sera tous les jours, depuis les apôtres jusqu'à nous et jusqu'à la fin du monde.
Il ne faut donc pas s'étonner que Jésus-Christ ait renfermé en six lignes tant de sagesse, et le remède de tant de maux. Au reste, ce que ce ministre trouve si étrange n'est pas seulement accordé par les Catholiques, mais encore par les protestants. Je n'en connais point parmi eux de plus éclairé que Bullus, prêtre protestant anglais, le défenseur invincible de la divinité du Fils de Dieu et de la foi de Nicée, contre les sociniens à qui il oppose, en ces termes, l'autorité infaillible du concile de Nicée : « Si, » dit-il *, « dans un article principal, on s'imagine que tous les pasteurs de l'Eglise auront pu tomber dans l'erreur et tromper tous les fidèles, comment pourrait-on défendre la parole de Jésus-Christ, qui a promis à ses apôtres, et en leurs personnes à leurs successeurs, d'être toujours avec eux? Promesse, poursuit ce docteur, qui ne serait pas véritable, puisque les apôtres ne doivent pas vivre si longtemps, n'était que leurs successeurs sont ici compris en la personne des apôtres mêmes. » Voilà donc manifestement l'Eglise et son concile infaillible, et son infaillibilité établie sur la promesse de Jésus-Christ entendue selon nos maximes. Si l'on dit que c'est là produire en témoignage un particulier protestant, qui parle contre les principes de sa religion, c'est ce qui fait voir que ce n'est pas nous qui inspirons de tels sentiments, mais qu'on les prend dans le fond commun du christianisme, quand on combat naturellement pour la vérité, comme faisait ce savant auteur contre ses ennemis les plus dangereux.
Mais ce n'est plus un particulier, c'est tout un synode, qui oppose aux remontrants, lorsqu'ils rejetaient l'autorité des synodes qu'on assemblait contre eux : « que Jésus-Christ, qui avait promis à sesapôlres l'Esprit de vérité, avait aussi promis à son Eglise d'être toujours avec elle; » d'où il tire cette conséquence : « Que lorsqu'il s'assemblerait de plusieurs pays, des pasteurs, pour décider, selon la parole de Dieu, ce qu'il faudrait enseigner dans les Eglises, il fallait avec une ferme confiance se persuader que Jésus- Christ serait avec eux selon sa promesse 2. » C'est un synode qui parle ; il n'est que provincial, je l'avoue ; mais il est lu et approuvé par le svnode de Dordrect, où toute la Réforme était
assemblée sans en excepter aucun pays; en sorte qu'on l'appelait le synode comme œcuméniquede Dordrect. Qui leur inspirait ce langage si contraire aux maximes de leur religion ? D'où leur venait cette ferme confiance : confiance selon la promesse, et par conséquent, selon l'expression de saint Paul *, confiance selon la foi, plus inébranlable que les fondements de la terre, quoique soutenue du doigt de Dieu ? C'est que les hommes se trouvent souvent imprimés de certaines vérités fortes qu'ils ne suivent pas. Ils posent le principe; ils ne peuvent soutenir la conséquence. Les philosophes connaissent le pouvoir immense de Dieu : ils n'ont pas la force de l'adorer, et se perdent dans leurs pensées. Le Juif croit Michée, qui lui annonce la venue du Chiistdans Bethléem 2 ; il n'a pas le courage de s'élever à sa naissance éternelle avec le même prophète. Noire ministre demeure d'accord qu'il « ne faut jamais quitter l'église de Dieu. Où est, » dit-il 3, « l'homme assez fou pour contester qu'on ne doive toujours demeurer dans l'Eglise de Dieu?Il vaudrait autant demander s'il estpermis de se damner. » Voilà de belles paroles, mais qui s'en vont en fumée et se réduisent à rien, si l'on ne fait qu'éluder toutes les expressions des promesses faites à l'Eglise, pour en venir à conclure qu'on se peut sauver dans le schisme 4, loin de vouloir demeurer dans l'Eglise de Dieu, comme la suite le fera paraître.
Mais il faut considérer d'abord comme le ministre incidente sur chaque parole des promesses de Jésus-Christ. Répétons-les donc encore une fois , et n'oublions pas, sur toutes choses, qu'elles commencent par ces termes, qui sont l'âme et le soutien de tout le discours : « Toute puissance « m'est donnée dans le ciel et dans la terre ; » ce qu'il continue en cette sorte : « Allez donc » avec la foi et la certitude que doit inspirer un tel secours ; « allez, enseignez les nations, et les « baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint- « Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je « vous ai commandé : et voilà je suis avec vous, » par cette toute-puissance à laquelle rien n'est impossible, « je suis, » dis-je, « avec vous, j'y « suis tous les jours jusqu'à la fin du monde 5. » Osez tout, entreprenez tout, allez par toute la terre y attaquer toutes les erreurs ; ne donnez de bornes à votre entreprise ni dans les lieux, ni dans les temps : votre parole ne sera jamais sans effet : « je suis avec vous » le monde ne pourra vous abattre; le temps, ce grand destructeur de tous les ouvrages des hommes, ne vous anéantira pas; je suis avec vous, » moi le
1 Bu'.!., dej. fid. Nie-, proœm., n. 1. — * Syn. Delph., Ml.
i Rom., iv, 13, 16, 19 seq. — : Mich., T>; 2. — 3 Acer! , r.. S. m * Ci-dessous. — * Maltk., xxvui. 18 seq.
Tout-Puissant, dès aujourd'hui, « tous les jouis, « et jusqu'à la fin du monde. »
Ces paroles portenl la lumière jusque dans les cœurs les plus ignorants: embrouillons-lesdone, disent tos ministres. C'est ce que va entreprendre, avec plus d'adresse que jamais, colin qui m'attaque; et voici par ou il commence. «M. de
.Meaux, qui soutient que ces deux mots, Je suit avec vous, sont simples, précis, clairs comme le soleil, et qu'ils n'ont besoin d'aucun commentaire, est oblige d'y en faire un, dans lequel il insère ses préjugés, et fait dire à Jésus-Christ ce qui lui plaît '. » Voyons, lisons, examinons, s'il y a un seul mot du mien dans ce qu'il appelle mon commentaire. « Il y trouve (M. de Meaux) une Eglise toujours visible, comme une chose qui est sortie avec emphase de la bouche de Jésiis-ciuist. d Laissons l'emphase qu'il ajoute, et voyons Si j'explique bien les paroles du Pus de Dieu : « Il ne faut pas demander, c'est ainsi, » dit-il, « que M. de Meaux fait parler ce divin Maître, si le nouveau corps, la nouvelle congrégation, c'est-à-dire la nouvelle Eglise que je vous ordonne de former, sera visible, étant, comme elle le doit être, composée de ceux qui donnent les sacrements et de ceux qui les reçoivent. Cependant, » poursuit le ministre, « Jésus-Christ n'a rien dit de semblable. » Il n'a rien dit de semblable, mes Frères? L'a-t-on pu penser: que la distinction expresse de ceux qui enseignent et de ceux qui sont enseignés, de ceux qui baptisent et de ceux qui sont baptisés, n'eût rien de semblable à une Eglise visible ? A quoi donc estelle semblable? A une Eglise invisible? La fausseté saule aux yeux. La prédication de la parole est comprise, en termes formels, sous cette expression enseignez: l'administration des sacrements n'est pas moins évidemment contenue sous le baptême qui en est la porte : ce sont là les caractères propres et essentiels qui rendent l'Eglise visible ; tous les Cbrétiens, sans en excepter les prolestants, l'entendent ainsi. C'est donc ici une chose qui non-seulement est semblable à l'Eglise visible, mais qui est l'Eglise visible ellemême.
Passons, et écoutons le ministre. « M. de Meaux trouve encore ici l'Eglise composée de toutes les nations, jusqu'à la fin des siècles 2. » Eli ! de quoi sera donc formée, d'où sera tirée, de qui sera composée cette Eglise, dont les pasteurs ont reçu cet ordre : « Allez par tout le inonde, prè- « chez l'Evangile à toute créature 3 » ; et encore : « Allez, enseignez toutes les nations '« ? » Mais, direz-vous, il n'exprime pas que l'Eglise, qu'il a
' Tom. a, liv. "iv, c. 2, n. 3, p. 5b9.— • Tom. n, liv. nc,c. 2,n, 3. n. 559, — 3 Marc, xiv, 13. — * Mat. I, xvlll, 19.
désignée par ces paroles, sera jusqu'à la fin composée de toutes les nations. Non, sans doute: il ne dit pas, non plus que moi, que toutes les nations y seront toujours actuellement rassemblées: mais les Apôtres et leurs successeurs ne cesseront de prêcher et d'annoncer l'Evangile à tonds les nations, au sens que saint Paul disait après le Psalmiste : « Le bruit que lait leur prédication (celle des Apôtres) retentit par toute « la terre, et la voix s'en fait entendre par tout « l'univers • ; » et encore : a Votre foi est an- « Doneée par tout le monde*; » et encore: « L'Evangile est parvenu jusqu'à vous, comme « il est dans tout l'univers, et y fructifie et y a croit, comme parmi VOUS*. » Il ne dit pas (pie tout le monde doive croire a la fois: « Cet Evangile doit être prêché ou sera prêché successi- « veinent par toute la terre, en témoignage à tou- « tes les nations; el après viendra la fin 4. » C'est Jésus-Christ même qui parle, et il donne à son Eglise le terme de la fin de l'univers, [tour portera toute la terre la lumière de l'Evangile.
Mais tous croiront-ils ? Non , répond saint Paul 5 : « Tous n'obéissent pas à l'Evangile, selon ' (pie dit Isaie : Seigneur, qid croira les choses « que nous avons ouïes ? Mais je dirai : N'ont-ils « pas oui ? puisqu'il est écrit: Le bruit s'en est ■ fait entendre par toute la terre. » S'il y a des particuliers qui ne croient pas à l'Evangile, qui doute qu'il n'y ait aussi des nations, puisqu'on en trouve même « à qui l'Esprit de Jésus ne per- « met pas de prêcher 6, » durant de certains moments? Allez donc chicaner saint Paul, et Jésus-Christ même, et alléguez-leur la Chine, comme vous faites sans cesse, et, si vous voulez, les terres australes, pour leur disputer la prédication écoutée par toute la terre. Tout le inonde, malgré vous, entendra toujours ce langage populaire qui explique par toute la terre, le inonde connu, et dans ce inonde connu une partie éclatante et considérable de ce grand tout; en sorte qu'il sera toujours véritable que ce sera dece monde que l'Eglise demeurera toujours composée, et que la fin du monde la trouvera enseignant et baptisant les nations, et recueillant de chaque contrée ceux que Dieu lui voudra donner.
Voilà ce commentaire chimérique qu'on m'accuse de faire à ma fantaisie des promesses de Jésus-Christ; quand je n'allègue que saint Paul et Jésus-Cbrist lui-même, pour les expliquer. Mais voici encore une autre partie de ce commentaire des promesses de l'Evangile : « M. de
■ nom., x, 18. * Rom., 1, 8. — » Col., i, 6. — 4 Matth., xxw, IL— » Rom., x,16. — « 4.ct., xvi-6, 7.
Meaux y trouve une Eglise qui subsistera rangée sous un même gouvernement, c'est-à-dire sous L'autorité des mêmes pasteurs ; » à quoi le ministre ajoute, en insultant : « Le simple ne voyait point cela dans le texte de saint Matthieu*; » comme qui dirait : Le simple n'y vojait pas que le troupeau serait gouverné par les enseignements des Apôtres à qui il est dit : « Allez, ente soignez, leur apprenant à garder tout ce que « je vous ai commandé. » Le simple ne voyait pas que c'est là le gouvernement ecclésiastique : le simple ne voyait pas que toute l'autorité des pasteurs devait consister à donner les sacrements, ou bien à les refuser aux indignes, selon qu'ils écouteraient ou qu'ils n'écouteraient pas la prédication de leurs pasteurs ; ce que ce même ministre conclut enfin par cette amère raillerie : « Le peuple ne voyait pas toutes ces choses; il avait besoin d'un autre soleil, c'est-à-dire de M. de Meaux, pour l'éclairer, et pour lui découvrir ce qui est plus clair que le soleil 2. » Il fallait un nouveau soleil, pour apprendre au peuple que partout où il y a prédication, sacrement, gouvernement ecclésiastique, il y a une Eglise visible à qui appartiennent les promesses, puisque c'est à elle en termes formels, qu'elles sont adressées par le Sauveur du monde.
Mais écoutons encore où le ministre se réduit : « Pesons, » dit-il 3, « toutes les paroles de Jésus- Christ comme M. de Meaux les a pesées, et par ce moyen nous en découvrirons le sens et la vérité. » C'est là, mes Frères, ce que je prétends; et puisque votre ministre le prétend aussi, c'est pour lui que je vous demande une audience particulière.
« Premièrement, M. de Meaux borne cette promesse aux pasteurs de son Eglise, quoiqu'elle soit commune à tous les fidèles, avec lesquels Jésus-Christ sera jusqu'à la consommation des siècles. » Il produit saint Hilaire et saint Chrysostome, et se donne la peine de prouver ce que personne ne contesta jamais. Quand j'ai dit que la promesse de Jésus-Christ s'adressait directement aux pasteurs, j'ai pour garant Jésus- Christ, qui leur dit lui-même : enseignez et baptisez. Il parle donc directement à ceux qu'il a préposés à la prédication et à l'administration des sacrements. Mais tout cela est fait pour le peuple : « tout està\ous, »*dit saintPaul 4, « soit « Paul, soit Céphas, soit Apollon. » Nous ne sommes que les ministres de votre salut, dont la dispensation nous est commise. Jesus-Christ est avec les Apôtres pour le profit des fidèles, les fidèles -ont donc compris dans la promesse : « Je
» Ton:, n, p. BOT. — 5Tom, n, p. 660. — * Tom. n, n. 4, p
» T f,~ vl ir OO
* / Cor., xni, 22
cco
vous prie, » dit-il J, «mon Père, non-seulement pour ceux-ci, » c'est-à-dire pour mes Apôtres, « mais encore pour tous ceux qui croiront en « moi par leur parole. » On voit qu'il prie pour les fidèles en les attachant aux Apôtres. On n'a pas besoin d'alléguer saint Hilaire ni saint Chrysostome; la chose parle d'elle-même; et le profit des fidèles sous le ministère marque clairement la part qu'ils ont à la promesse, encore qu'elle se trouve directement adressée à leurs pasteurs, comme il fallait, pour établir l'autorité, aussi bien que l'éternité de leur ministère.
Ecoutez donc les paroles, et prenez l'esprit et l'intention des promesses de Jésus-Christ : Je suis avec vous, qui enseignez, qui administrez les sacrements, et qui gouvernez par ce moyen le peuple fidèle : Je suis avec vous, et votre ministère subsistera : Je suis avec vous, et je bénirai ce ministère ; il sera saint et fructueux, et ne cessera jamais de l'être, parce que je promets, moi qui peux tout, et ma présence immuable sera tout ensemble l'objet et le soutien de la foi.
Ne croyez donc pas qu'il ne promette que l'extérieur du ministère : c'est bien ce qu'il exprime nommément dans sa promesse; mais l'effet intérieur, les grâces intérieures y sont attachées et renfermées, parce que Jésus-Christ est toujours présent pour donner efficace à sa parole et à ses sacrements, comme il sera plus amplement expliqué en son lieu.
Le ministre poursuit en cette sorte : « Jésus- Christ, le meilleur de tous les interprètes, a fait la même promesse aux laïques (qu'aux pasteurs), en leur disant qu'ils demeureront en lui, et lui en eux. L'union est intime, réciproque, et marque une durée éternelle. Cependant, quoique Jésus-Christ ait promis aux fidèlesune union éternelle, M. de Meaux ne voudrait pas soutenir que les laïques auront toujours une lumière éclatante, et une connaissance pure de la vérité : et lui qui nous fait un si grand crime de la justice inamissibleetdela persévérance dessaints, devrait avoir conclu que si Dieu, malgré sa promesse de demeurer dans les saints, les laisse tomber dans le crime, et du crime sous la puissance du démon, il peut aussi laisser son Eglise dans l'erreur et le vice, malgré cette parole : Je suis avec vous *. »
Il ne faudrait point mêler tant de choses, si l'on voulait éclaircir plutôt qu'embrouiller la question. Surtout il ne faudrait point confondre ensemble la doctrine de Yùiamissibilité de la justice avec celle de la persévérance des saints, ni avancer, ce qui n'est pas, que je fais un crime
1 Joan., xvn, 20. — 2 Tom. tt, n. 11, p. 560.
de l'une comme de l'antre. La doctrine delà qu'il vient de dire : Vous ê tes encore pure; pour persévérance n'a jamais été révoquée en doute; insinuer qu'ils cesseraient bientôt de l'être, leur Celle deriiKidmissihililé delà justice est parti- chef en le reniant, et tous en tombant dans l'in- CUlièreaui eahinisles, et par le peu qu'en dit crédulité [tendant le scandale de la croix. Il notre ministre, on doit sentir qu'elle est impie, poursuit: « Qui demeure en moi et moi en « L'union, >. dit-il l, « que Jésus-Christ promet «lui, portera beaucoup de fruit li» qui en doute! aux laïques est intime, réciproque, et d'une éter- Mais voulait-il dire que pendant le temps de nelle durée; néanmoins, malgré sa promesse leur incrédulité Us dussent demeurer en lui et lui de demeurer dans les saints, il les laisse tomber en eux, et porter des fruits de vie éternelle, dans le crime et sons la puissance du démon; pendant qu'au contraire ils ne produisaient que ainsi le talque en qui Jésus Christ demeure, avec des fruits d'incrédulité et de mort ? Le disciple qui son union est intime, réciproque, et d'une bien-aimé prononce : « Dieu est amour : » et éternelle durée, » est en même temps dans le ainsi « quiconque demeure dans l'amour, decrime, et sous la puissance de l'enter. En l'an- « meure en Dieu et Dieu en lui 2. • Qui ne le sait (Irait-il davantage pour quitter une religion OÙ pas? On] demeure en effet tant qu'on aime d'un l'on enseigne des absurdités, disons des impie- vrai amour. Est-ce à dire <\u'ondemeure tuujoursen tés si manifestes? Dfaisansaucune interruption, même en reniant,
L'application de L'auteur aux promesses faites en maudissant, et en jurant qu'on ne connaît pas
à l'Eglise n'est pas moins étrange, et il faudra Jésus-Christ? Qui osera prononcer un tel blas-
dire que par la même raison qu'un particulier pbème? Reconnaissez donc, encore un coup,
peut être, dans le même temps, uni intimement que les passages qu'on vous allègue n'ont rien
à Jésus-Christ et sous la puissance du démon, de commun avec celui dont il s'agit, où Dieu
par cette même raison la société des pasteurs se promet, sans réserve ni restriction, à son
trouvera par l'erreur, par la corruption, et en- Eglise visible, à la communion des pasteurs
fin en toutes manières, sous la puissance des té- et des troupeaux, d'être avec elle tous les jours,
nèbres; pendant que « tous les jours, sans inter- et que le monde périra avant qu'il les aban-
« ruption, Jésus-Christ sera avec elle. Quelle donne.
« convention y aura-t-il donc avec Jésus-Christ Et remarques, mes chers Frères, que je ne
« et Bélial 2 ? » et la Réforme est-elle venue pour vous jette ni dans des discours inutiles ou d'une
les concilier ensemble? grande recherche, ni dans des questions ou
Ouvrez les yeux, mes chers Irères, et voyez subtiles ou étrangères : seulement je pèse avec
que l'on vous amuse, non-seulement en vous vous, parole à parole, les promesses de Jésus-
proposant des questions hors de propos, mais Christ, sans qu'il faille ouvrir d'autres livres
encore en sauvant une erreur par une autre, au que l'Evangile, ou que jusqu'ici il s'y trouve la
lieu de les condamner toutes deux. Dieu n'a moindre difficulté. Voyons si votre ministre en
promis à aucun des saints qu' « il ne perdrait use de même.
« jamais la justice ni l'union intime avec lui, » « M. de Meaux, » poursuit-il3, «applique la comme l'ont perdue, du moins pour un temps, promesse de Jésus-Christ uniquement aux pasun David, un Salomon, un saint Pierre. Dieu teurs et aux évoques latins. » On vous amuse, n'a promis à aucun des saints, comme il a fait mes Frères ; je ne distingue dans la promesse ni à l'Eglise entière, d 'être avec lui tous les jours, Latins, ni Grecs, et j'y comprends également c'est-à-dire sans la moindre interruption, et tous les pasteurs grecs, latins, scythes et barjusqu'à la fin des siècles : le terme de la fin des bares, qui succéderont aux apôtres sans intersiecles, qu'il donne à son assistance, dénote ruption, et sans avoir changé leur doctrine par l'Eglise telle qu'elle est en ce monde, visible aucun fait positif. Ainsi, ce qu'on dit des Grecs par toute la terre, à qui il donne pour carac- jusqu'ici demeure inutile : il faudra seulement tère de sa visibilité la prédication et les sacre- nous souvenir d'examiner en son lieu la foi des ments, et lui promet de la conserver tous les Grecs, et s'il est vrai qu'ils n'aient jamais abanjours en cet état, tant que l'univers subsistera, donné la succession ; ce qui ne regarde ni l'exa- A-t-il dit quelque chose de semblable de son men, ni l'intelligence de la promesse dont il s'aunion avec aucun saint particulier? Ecoutons : git, considérée en elle-même. « Vous êtes purs encore, » dit le Sauveur 3, Laissons donc en surséance, pour un peu de « demeurez en moi et moi en vous; » tant que temps, ce qui regarde l'application de la proyous serez en moi, je serai en vous : est-ce à messe ou aux Latins, ou aux Grecs, ou aux autres dire vous y serez toujours? Point du tout, puis- peuples particuliers, puisqu'il n'en est rien dit
• tom. u. n. 4. p. 560. — » // Cor., vi, 15. — » Joan., xv, 3, 4. ' Ibid., 6. — a / Joan, iv, 16. — » Tom. il, n. 6, p. 561.
JJ. Ton. IV. 14
dans cette promesse, et continuons à peser les pourraient tomber dans l'idôlatrie ; il n'a osé
propres paroles qu'elle contient.
« C'est assez parler des personnes, » continue votre ministre1, « venons au fond. Jésus-Christ promet à l'Eglise qu'il sera toujours avec elle : ce terme, avec elle;* dit M. de Meaux, «marque une protection assurée et invincible de Dieu : » ce qu'il avoue en disant : « Il a raison jusquelà. » Si j'ai raison jusque-là, je tire deux conséquences : l'une, que l'Eglise visible sera toujours; l'autre qu'elle sera attachée aux pasteurs qui prendront la place des apôtres, et que l'erreur y sera toujours exterminée. C'est ici que votre ministre cite ces paroles de mon Instruction : « Ceux qui voudront être enseignés de Dieu n'auront qu'à vous croire, comme ceux qui voudront être baptisés n'auront qu'à s'adres-
le conclure que des principaux. Il devait encore conclure que toute l'Eglise devait être obscure par l 'idolâtrie : il a évité ce blasphème, qui ferait horreur, et n'ose livrer à l'idolâtrie que certains lieux ; ce qui n'empêcherait pas la pureté du culte dans le gros. Il a donc senti lui-même la défectuosité manifeste de son principe, qu'il n'a osé pousser à bout. Mais, quoiqu'il en soit, ses deux réponses vont tomber sans ressources par un seul mot.
Cette parole : Je suis avec vous, n'emporte de garde assurée et de protection invincible, que dans l'effet pour lequel Dieu l'a prononcée, et pour lequel il a promis d'être avec nous. C'était à l'effet de défaire les Madianites, et d'en délivrer Israël, que Dieu était avec Gédéon : aussi
ser à vous 2. » A cela, quelle réponse ? Le mi- cet effet n'a-t-il pas été manqué^ et les Madia nistre avoue que Dieu « peut suppléer à tous nos besoins par sa présence quand il veut 3 ; mais, » ajoute-t-il « il ne le fait pas toujours. Où est donc cette protection assurée et invincible, que j'ai raison de reconnaître dans ces
nites ont été taillés en pièces par ce capitaine. C'était aussi à l'effet d'enseigner la vérité et d'administrer les sacrements, que Jésus-Christ devait être tous les jours et jusqu'à la fin du monde avec ses apôtres et leurs successeurs : ceteffet est donc
paroles : Je suis avec vous ? » et comment est-elle celui qui n'a pu manquer ; autrement il ne sert
assurée, si Dieu pouvant la donner, il ne le veut pas ?
Pour montrer que ces paroles : Je suis avec vous, emportent une protection assurée autant qu'invincible, j'allègue ce qui fut dit par l'ange à Gédéon : « Vous sauverez Israël, parce que je « suis avec vous; » et je produis en même temps plusieurs passages où celte parole : Je suis avec vous, marque un effet toujours certain 4. Le ministre n'a pu le nier, comme on a vu ; mais sur l'exemple de Gédéon, il répond deux choses 5 ; la première : « Comme tous ceux avec qui Dieu est, n'ont pas la force de Gédéon pour tuer miraculeusement six vingt mille hommes dans une bataille; ainsi, quoique Dieu soit avec les successeurs des apôtres, il ne s'ensuit pas qu'ils doivent étendre comme eux l'Eglise jusqu'au bout du monde, ni avoir !a même autorité qu'eux. » C'est la première réponse; voici la seconde : «Comme la présence de Dieu, qui était avec Gédéon, ne l'empêcha pas de faire un éphod, après lequel Israël idolâtra, ce qui fut un lacet à sa maison6; ainsi la présence de Dieu dans l'Eglise n'empêche pas que ses principaux chefs n'introduisent en certains lieux l'erreur, et ne rendent l'Eglise très-obscure par leur idolâtrie. » Vous le voyez, mes chers Frères, il n'a pas osé pousser à bout sa conséquence. Pour la tirer tout
de rien d'avoir avec soi le Tout-Puissant, si l'on peut perdre l'effet pour lequel il assure qu'il y est, et qu'il sera toujours. Appliquons la même chose à l'éphod érigé par Gédéon ; l'effet de cette promesse: Je suis avec vous, était accompli par la défaite des Madianites, pour laquelle elle était donnée : l'éphod qui vient si longtemps après n'appartient pas à cette promesse, et le ministre, qui nous le produit, abuse trop visiblement de votre créance.
« M. de Meaux, poursuit le ministre *, devait remarquer que Dieu avait promis à l'Eglise judaïque d'être éternellement avec elle, d'y mettre son nom à jamais, et néanmoins que cette présence n'a pas empêché ni sa ruine, ni que, pendant qu'elle a duré, il n'y ait eu des abominations et des idolâtries jusque dans le temple, et que les prêtres et les sacrificateurs ne se soient corrompus. »
Pour procéder nettement, je distingue ici deux difficultés : l'une qu'on tire de la ruine de l'Eglise judaïque, et l'autorité qu'on tire de sa corruption pendant qu'elle subsistait.
Pour la ruine, il est vrai que Dieu avait dit, qu' « il mettrait à jamais son nom dans le tem- « pie de Salomon ; et, » ce qu'il y a de plus fort, « qu'il y aurait tous les jours ses yeux et son « cœur : » promesse qui ne paraît pas de moin-
entière, il devait conclure que tous les pasteurs dre étendue que celle de Jésus-Christ dont nous
parlons. Voilà du moins l'argument de votre mi-
• Tom. 11, liv. iv, c. 3, n. 1, p. 666.— 2 Prem. Jnsl- pasi. —
» Tom. n, p- 667.—* Prem. insl. past. — s Tom. n. p. 667, 668
Judic. vi.
nistre dans toute sa force. Remarquez pourtant,
•Tom. il, p. 667,671.
mes ehera frères, qu'il n'a osé citer ce passage entier, de peurd*] trouver n confusion, Lisonsle donc i**l qu'il est ' : « Je mettrai mon nom à
» jamais dans eelte maison, et j'y aurai tons les 'joins mes yeux et mon cœur. Si tu marches « dans nies voies, comme a fait ton père David, «j'établirai ton trône ««jamais. Si au contraire
vous et \os enfants cesses de me suivre, el adores des dieux étrangers, j'arracherai Israël de « la terre que je leur ai donnée, et je rejetterai « de devant ma face le temple que j'ai consacre « à mon nom ; en sorte qu'Israël sera la risée e ■ la fable de tout l'univers, et que ce temple sera « un exemple à tous les peuplesdu monde. » On vous a lu, meschers Frères, la condition expressément apposée à la promesse de la Sj oagogue : et vous ne voulez pas voir la différence entre cette promesse absolue : « Et voilà, je suis avec « vous tous les jours, » et celle-ci : « J'y serai, si « vous faites bien. »
Votre ministre objecte souvent : Quoi donc 1 ne faudra-t-il point quitter l'Eglise, si elle tombe dans t'idolAtrie et dans l'erreur? autre illusion, puisque c'est là précisément ce qui est exclu comme impossible par cette promesse absolue : Je suis avec vous tous les jours : étant eboses visiblement incompatibles et que Jésus-Christ soit avec elle tous les jours, et qu'elle soit quelque jour livrée à l'idolâtrie et à l'erreur, avec lesquelles Jésus-Christ ne demeure pas.
Et pour parler plus à fond, sans nous jetter néanmoins dans des discussions embarrassantes, est il possible, mes Frères, que vous ne vouliez pas voir dans l'Eglise judaïque ou la Synagogue par sa condition devait tomber ; au lieu qu'au contraire l'Eglise de Jésus-Christ par sa condition devait subsister à jamais, malgré les efforts de l'enfer? La chose ne reçoit pas de difliculté. « Dieu promet un Nouveau Testament : donc le « premier doit vieillir et être aboli, » conclut saint Paul 2. « Dieu promet en Jésus-Christ un « nouveau sacerdoce selon l'ordre de Melchi.sc- « dech : » donc il promet en même temps l'abolition de la loi , puisque, selon le même saint Paul, « la loi doit passer en même temps que le « sacerdoce 3. » Jésus-Christ a lui-même prononcé, selon la prophétie de David, que « la « pierre qui devait faire la tète du coin, devait « être auparavant rejelée par les Juifs4 : d'où il devait arriver qu'il serait contraint de leur ôter la vigne, et de la donner à d'autres ouvriers 5. Jésus- Christ a vu aussi dans Daniel Y a abomination a de la désolation dans le lieu saint; et, » dit-il, o que celui qui lit, entende*,» afin qu'on soit
»;// Jteg., IX. 3 et seq.; /// Par., vil, 15, 16. — ' Hebr., vu, », 9 et seq. — ' Hebr., vu, 12. — * ilatth., XXt, 42. — * Jbid., 40, 41. — • Matih., xxiv, 15.
attentifàce grand mystère. Dansce mystère était compris le meurtre du Christ par les Juifs; et après cemeurtre,r oentière dissipation de tout oce peuple, avec l'abomination et la désolation a jusqu'à la fin *. » Y a-t-il donc un aveuglement pareil à celui de régler les promesses faites à l'Eglise par celles de la Synagogue, et de ne voloir jamais reconnaître, ni mettre de différence entre celle dont Dieu se retire, et celle à qui il proteste qu'il est toujours avec elle: entre celle à qui il dit : a Je suis avec vous « jusqu'à la fin, » et celle dont il est écrit : a La « désolation jusqu'à la fin demeure sur elle ? »
Voilà une claire résolution de l'argument que l'on tire de la ruine de la Synagogue. Mais on a objecté, >'n second lieu, que du moins Dieu était présent dans l'Eglise judaïque tant qu'elle devait subsister, et néanmoins que «celle présence n'a pas empêche que. pendant le temps qu'elle a duré, il n'y ait eu des idolâtries et des abominations jusque dans le temple, et que les prêtres et les sacrificateurs ne se soientcorrompus2.»Voilà sans doute votre argument le plus spécieux : mais ouvrez les yeux, meschers Frères, el voyez avec quelle précision nous y répondons par celte seule demande.
Veut-on que l'Eglise judaïque ait été dans ces obscurcissements tellement abandonnée, que Dieu ne lui laissât aucune visibilité, en sorte qu'on la perdit de vue, etquele fidèle ne sût plus à quoi se prendre dans sa communion ? C'est ce qu'il faudrait prouver, et c'est, en effet, la prétention des ministres. Mais elle est directement opposée à la parole de Dieu. Il n'y a qu'à l'écouter dans Jérémie, où il dit : « Depuis le temps « que je vous ai tirésde l'Egypte jusqu'à ce jour, « je n'ai cessé d'avertir vos pères par un témoi- « gnage public, en me levant pendant la nuit, « et dès le matin, et leur envoyant mes service teurs les prophètes, et ils n'ont pas écouté 3. » Dieu se compare à un maître vigilant, ou, si vous voulez, à cette femme des Proverbes « qui « se relève la nuit sans laisser éteindre sa lam- « pe 4, » pour mettre à la main d'un chacun de ses domestiques en particulier, et par un soin manifeste, « la nourriture convenable. » Il répète sept ou huit fois cette parole pour l'inculquer davantage, et il prend son peuple à témoin qu'il ne leur a jamais manqué, pas même à l'extérieur : et vous voulez qu'à l'extérieur le fidèle, qui cherche l'Eglise, ne sache, durant certains temps, à quoi se prendre, non plus qu'un pilote dérouté pour qui ne luit plus l'astre qui doit conduire sa navigation I
1 Dan., ix, 26, 27. — ' Tora. il, p. 6P* 668. — ' Jerem , vu, 13, 16, etc. — * Ptov., xxxi, 15, 18.
Ne voyez-vous pas que Dieu, non content de leur avoir une fois donné sa loi, se lève encore la nuit, tous les jours, et dès le matin, pour leur envoyer ses prophètes? Et ne dites pas que ce ministère des prophètes était extraordinaire, ou qu'il n'était pas continu parmi les Juifs. Car c'est démentir l'Ecriture et Dieu même qui les assure que « depuis îe temps qu'il les a retirés de l'E- « gypte jusqu'à ce jour l, » il n'a cessé de les envoyer, ni de parler à son peuple publiquement, nuit et jour; en sorte que rien n'a manqué à leur instruction : et vous voulez qu'il soit moins soigneux de l'Eglise chrétienne, après qu'il l'a assemblée par le sang de son Fils et qu'il l'a affermie par ses promesses ! Remarquez encore que ce ministèredes prophètes, bien qu'extraordinaire, était ordinaire en ce temps, et jusqu'après le retour de la captivité ; puisqu'on voit partout la congrégation, le corps, la société, les habitations des prophètes et de leurs enfants, et que ceux qui les voulaient contrefaire, s'ingérant par eux-mêmes dans le ministère, prophétique, éta'ent confondus sur l'heure par les vrais prophètes du Seigneur, comme Ananias par Jérémie 2.
Pour comble de conviction, il faut ajouter qu'à ce ministère extraordinaire, quoique continu, des prophètes, Dieu n'a jamais cessé de joindre le ministère ordinaire du sacerdoce établi par Moïse ; et on ne peut le nier sans démentir Ezéchiel, qui a prononcé ces paroles : « Les sacrifi- « cateurs et les lévites enfants de Sadoc, qui ont « gardé les cérémonies de mon sanctuaire pen- « dant l'erreur des enfants d'Israël, seront tou- « jours devant ma face 3. » Pesez ces mots, « qui ont gardé » et mis en pratique « les cérémonies de mon sanctuaire, » et ce qu'on appelle le droit lévi tique et sacerdotal : et encore : « Le sanc- « tuaire sera dans la possession des enfants de « Sadoc, qui ont gardé mes cérémonies durant « l'erreur des autres lévites et des enfants d'Is-. « racl 4 : » et vous voulez que durant ce temps le culte fût aboli!
Remarquez que le sacerdoce d'Aaron était éternel et ne devait jamais discontinuer jusqu'à ce que fût venu le temps destiné à sa translation marquée par saint Paul, comme on a vu. Outre cette promesse générale, Dieu avait dit en particulier à Phi nées, fils d'Eléazar, fds d'Aaron : « Je fais avec lui, et avec sa race, le pacte d'un « sacerdoce éternel 5 » On voit bien qu'il faut toujours sous-entendre une éternité telle qu'elle pouvait convenir à une loi qui, par sa constitution, devait tomber comme la loi l'exprime elle-
même. Dieu avait encore promis, du temp3 d'Héli et de ses enfants : « Je susciterai un sa- « crificateur, et je lui édifierai une maison fidèle; « et il marchera tous les jours devant mon « Christ * : » pour marquer que le sacerdoce ne souffrirait point d'interruption dans tous les temps pour lesquels il était établi.
L'effet suivit la promesse : et non-seulement la race d'Aaron, où le sacerdoce était attaché, ne défaillit pas ; mais le Saint-Esprit nous assure que l'observance du culte public demeura dans les plus illustres des pontifes et dans la race de Sadoc, qui servait dès le temps de David et sous Salomon : et vous dites indéfiniment que les sacrificateurs étaient corrompus.
On ne lit, en aucun endroit, que la circoncision, qui mettait les Juifs et leurs enfants sous le joug de la loi, ni les autres cérémonies du temple aient cessé. Les prophètes ne s'en plaignent pas, ni que rien leur eût manqué dans les sacrements de l'ancien peuple.
C'est dans les temps du plus grand obscurcissement et sous Achaz même, qu'Isaïe a prophétisé, comme le porte l'intitulation de sa prophétie 2. C'est dans un autre pareil obscurcissement que Jérémie et Ezéchiel prophétisaient, unis aux prêtres, étant prêtres eux-mêmes. Le ministère ordinaire subsistait toujours. Les prophètes n'ont jamais fait de séparation, et au contraire, ils ralliaient tous les gens de bien dans l'observance du culte public et extérieur,
Où veut-on que se prononçassent ces jugements solennels contre les rois impies, comme un Achaz, un Manassès et les autres, où l'on condamnait leur mémoire en les privant de la sépulture royale, et Manassès même, malgré sa pénitence, à cause du scandale horrible qu'il avait causé? qui, dis-je, prononçait ces jugements si soigneusement marqués dans l'Ecriture 2, s'il n'y avait pas, dans l'Eglise, un tribunal révéré de toute la nation, où la religion prévalait après les règnes les plus impies?
Voilà des faits, et des faits illustres, et des faits plus éclatants que le soleil, qui font voir qu'au milieu de la défection qui semblait comme universelle, et au milieu de la violence de quelques rois, qui empêchaient, autant qu'ils pouvaient, le culte de Dieu, il subsistait malgré eux, et que la vérité se faisait sentir dans le ministère public. Ne dites donc pas, avec votre ministre 3, que « l'Eglise était réduite à un petit nombre de fidèles qu'on pouvait à peine distinguer de la génération tortue et perverse. » Car quel veut-on qu'ait été « ce sang innocent, que Manassès fit
•fer., vu, xi, xxiv, xxv, xxvi, mxv. - Ver., xxvm, 15, lfi, 17. • 1 Beg., n, 35. - " Isa., r, 1. — ' // Par., xxvm 27 • xxxm
— 'Ezech., xuv, 15— kEzech., xlv;ii,11.— ' Num., xxv, 11,12, 13. 20. — * Tom. n, p. 568. ' '
« regorger dans Jérusalem i?»Cesang innocent, mède perpétuel contre tous les schismes: que la
était-ce un sang idolâtre, était ce le sang de ceui corruption des particuliers laisse en son entier
qui se laissaient corrompre parles Béductionsde l'autorité de la chaire.
ce prince, ou le sang de ceux qui résistaient à Quoique la sentence de mort qu'on prononça
SOS volontés, et combattaient jusqu'à la mort contre lui lût le dernier coup de la réprobation
pour la religion et pour le vrai culte, du nombre de la Synagogue, il voulut que cette sentence
desquels on tient que fut (sale ? Et, quoi qu'il en eùl quelque chose de plus prophétique, à cause
soit pour œ dernier fût, n'est-il pas constant que qu' < elle fut prononcée par le pontife de cette
dans le temps du plus grand obscurcissement, « année, » comme le remarque saint Jean l; et
c'est-à-dire sous Mariasses, ce n'était pas le sang au moment même que la sentence fut pronon-
d* « un petit nombre de Qdèles» que ce prince cée, il l'ut fidèle à répondre au pontiûce qui
impie répandit, puisqu'il est écril expressément l'interrogeait juridiquement, « s'il était le Fils
qu'« il en remplit Jérusalem et qu'elle en avait (le Dieu': » tant il fut soigneux de garder, toute
i jusqu'à la gorge * : »el on tous dit qu'on ne bienséance et toute justice, et de conserver, au-
sivait plus où était l'Eglise et qu'on l'avait per- tant qu'il se put, à la chaire qui tombait tous
due de vue! les caractères de sa viabilité.
Voici pourtant votre dernier retranchement : 11 est vrai qu'il avait pourvu à l'éternité de son
c'est d'en appeler au temps de Jésus-Christ, i OÙ culte, et qu'il avait commencé la nouvelle Eglise
l'Eglise se voyait réduite à un petit nombre de visible qui devait durer à jamais, à laquelle
fidèles qu'on ne pouvait plus distinguer qu'avec il dit aussi bientôt après: ■ Voilà, je suis avec
peine au milieu de la génération tortue et per- « vous 3, »
verse. Cela,» dit-il3, «arriva du temps de Jésus- Votre ministre continue à éluder ces paroles,
Christ. » Ce sont lespropresparolcs de votre mi- en disant i que le sort de l'Eglise peut changer
nistre. Mais l'Evangile le dénient en termes for- comme celui des royaumes de la terre , et qu'il
mels ; et quoique le moment fût venu où l'Eglise suffit que Dieu, dont la présence est intérieure
judaïque allait être réprouvée, Jésus-Christ, par et spirituelle, donne aux persécutés des conso-
l'autorité «pie lui donnaient tant de miracles qui lations et des sentiments de son amour qui les
ne laissaient aucune excuse aux incrédules, lui soutiennent dans les afflictions, parce qu'il
conserva, jusqu'au bout, le caractère de sa visi- suffit, pour accomplir la proincssede Dieu, que
bilité : en sorte qu'elle ne fut Jamais plus recon- son Eglise subsiste jusqu'à la fin des siècles, et
naissable. cette Eglise subsiste dans le petit troupeau comme
En effet, il reconnut, dans Jérusalem, le siège dans la multitude k. »
de la religion, en l'appelant « la ville du grand Encore un coup, mes chers Frères, on élude
o Roi 4. » Le zèle qu'il eut pour le temple, dont la promesse, on abuse des consolations inté-
il chassa les profanateurs5, démontra la sainteté Heures et spirituelles, pour exclure la nécessité'
de cette maison, jusqu'à la veille de sa ruine, et des soutiens extérieurs de la foi , sans laquelle il
de l'abomination qu'il reconnaissait devoir être n'y a point de consolation ni d'intérieur. Or, il
bientôt dans le lieu saint. • a plu à Jésus-Christ d'attacher la foi à la prédi-
11 reconnut la vérité du sacerdoce dans la Sy- cation et à la perpétuité du ministère visible. En
nggngne, lorsqu'il y envoya les lépreux qu'il avait l'étant, on vante inutilement les consolations
guéris: « Allez, » dit-il 6, «montrez-vous aux intérieures, puisqu'on les éteint dans leur source.
« prêtres. » Ainsi il est inutile d'alléguer le petit troupeau,
Il fit porter honneur, jusqu'à la lin, à la chaire et l'on ne prouve rien, si l'on ne montre qu'il
de Moïse; et deux jours devant la sentence qui n'a pas besoin de tenir à la suite perpétuelle du
le condamnait à mort, il disait encore: «Les saint ministère: mais, au contraire, qu'il doit
«docteurs de la loi et les pharisiens sont assis agir comme en étant détaché, ce qui n'est pas
« sur la chaire de Moïse » (à cause qu'ils compo- expliquer, mais abolir la promesse.
saient le conseil ordinaire de la nation) ; « laites Le ministre tâche d'établir qu'il n'y a nulle
« donc ce qu'ils disent, mais ne faites pas ce qu'ils conséquence à tirer des apôtres à leurs succes-
« font 7 : » où il fait deux choses: l'une, de dé- seurs, en marquant trois dons dans les premiers
clarcr cette chaire pure jusqu'alors des erreurs qui ne sont point dans les autres, à savoir, le
courantes parmi les docteurs, qu'elle n'avait don des miracles, le don d'infaillibilité, et le
point passées en dogme; l'autre, d'établir la don de sainteté. 11 commence par les miracles,
maxime sur laquelle roule la religion, et le re- en parlant ainsi: « M. de Meaux veut que l'Eglise
* IV Beg., xxi, 16. — 'Ibid. — 'Tom. n, p. 568. — ' Afatth., v, ■ Joan., xi, 49, 50, 51 ; xvm, U. — ' Matth ., xxvi, 63, 61. —
3h.— 'Matth., xxi, 12; Joan., v, 15, 16.— 'Matth., vu, t.— 1 Ibid. ' Ma!th., xxvih, 20. — 'Tom. IX, p. 569.
jouisse jusqu'à la fin des siècles, précisément des mêmes effets de la présence de Dieu, et des mêmes privilèges que les apôtres ; » cequ'il réfute en cette sorte : « Dieu était avec les apôtres par une présence miraculeuse ; je veux dire qu'il leur donnait la vertu de guérir les malades et de ressusciter les morts K » C'est là qu'il allègue ces paroles : « Ils chasseront les démons , ils guériront les malades, » et le reste qu'on peut lire dans saint Marc 2.
Il n'y a qu'un mot à répondre. Ces paroles et celles-ci de même sens: « Guérissez les mala- « des, ressuscitez les morts, » etc. 3, appartiennent aux grâces extraordinaires, qui constamment et de l'aveu du ministre même doivent cesser. On les compare avec celles-ci : « Enseignez et baptisez, » qui sont du ministère ordinaire de tous les jours et inséparables de l'Eglise, auquel aussi Jésus-Christ attache, en termes formels , la perpétuelle durée ; n'est-ce pas vouloir tout confondre , et peut-on montrer un plus visible dessein de trouver de l'embarras où il n'y en a point?
Il n'y a pas moins d'illusion dans ces paroles : « L'onction intérieure donnée à chacun des apôtres, qui leur enseignait toute vérité et les rendait tous infaillibles, était le second effet de la présence de Dieu. » Ainsi, pour vérifier la promesse, « il faut que tous les évêques, du moins ceux de l'Eglise latine, qui ont vécu, ou qui vivront jusqu'à la fin du monde, soient purs dans la foi et infaillibles dans la doctrine. » Aussi nousattribue-t-il, en cent endroits de son livre4, l'erreur de faire infaillibles comme les apôtres tous les évêques et tous les curés. Mais la réponse est aisée; car qui ne voit que pour accomplir la promesse faite à un corps , on n'est pas astreint à le vérifier dans chaque particulier? C'est assez que le corps subsiste , et que la vérité prévale toujours contre un Arius, contre un Pelage, contre un Nestorius , contre tous les autres errants. Il n'est pas besoin pour cela que tous les évêques soient infaillibles.
Quand Dieu tant de fois a envoyé au [combat le camp d'Israël, avec la promesse d'une victoire assurée, il ne s'ensuit pas pour cela qu'il ne dût jamais périr aucun des combattants ou des chefs ; et quoiqu'il en tombât à droite et à gauche , l'armée était invincible. Il en est ainsi de l'armée que Jésus-Christ a mise en bataille cdntre les erreurs. Il ne faut pas s'imaginer que la défection de quelques-uns, quels qu'ils soient, rende la victoire douteuse; autrement les décisions des conciles les plus universels et les plus
* Tom. H, p 568 et 570. — ' Marc, xvi, 17. — ' Matth., x, 8. — i Tom. U. p. 571 et pag. 533, £.56, etc.
saints seraient inutiles par la résistance d'un seul. Cinq ou six évêques l'emporteraient à Nicée contre trois cent dix-huit évêques, avec qui tous les évêques du monde seraient constamment ei publiquement en communion. C'est donc aux ministres une témérité inouïe , de venir déclarer à Jésus-Christ, que s'il ne rend infaillible chaque pasteur, ils ne croient pas qu'il leur ait rien promis. Dieu ne rend pas impeccables tous ceux qu'il préserve du péché ; et de même , sans rendre infaillibles tous ceux qu'il conserve dans la profession ouverte de la vérité, c'est assez qu'il sache les moyens de les garantir actuellement de l'erreur. Mais le ministre a trouvé beau d'attribuer cette absurdité, parlons simplement, de donner ce ridicule aux Catholiques, et leur faire dire que, pour accomplir la promesse: « Je suis « toujours avec vous, » il faut croire que tous les évêques et tous les curés sont infaillibles. C'est ce qu'il répète à chaque page du livre dont je vous expose les illusions; et ainsi plus de la moitié de ce livre tombe, dès qu'il est certain que , bien éloigné de rendre infaillibles tous les pasteurs, à quoi nous n'avons jamais seulement pensé, il n'est pas même nécessaire qu'aucun particulier le soit ; puisqu'on peut justifier sans tout cela la vérité de la promesse : « Je suis avec vous; » et qu'il suffit pour produire un si grand effet, que Dieu sache tellement se saisir des cœurs, que la saine doctrine prévale toujours dans la communion visible et perpétuelle des successeurs des apôtres.
Mais voici une troisième absurdité où le ministre voudrait nous pousser, en soutenant que, pour vérifier la promesse au sens que nous l'entendons, il faudrait que les successeurs des apôtres succédassent tous à leur sainteté comme à leur doctrine. « La pureté des mœurs, dit-il1, « était un troisième fruit de la présence de Dieu dans les apôtres. Ces saints nommes et leurs successeurs entraînaient les peuples par la lumière de leurs bonnes œuvres... Cet endroit embarrasse M. de Meaux... M. de Meaux abandonne cette promesse claire comme le soleil , à l'égard de la sainteté des mœurs, si nécessaire à l'Eglise pour la rendre visible ; puisque les vices déshonorent l'Eglise de Dieu, et la rendent souverainement obscure et même odieuse aux infidèles. » Voilà le discours de votre ministre. Mais il m'impose manifestement. Cet embarras où il veut me mettre est imaginaire . et quatre articles de notre doctrine , exposés en peu de mots , le vont démontrer.
1. L'Eglise enseigne toujours hautement et visiblement la bonne doctrine sur la sainteté des
• Ton. «. n. 7,8, 9, p. 572, 673, 664.
Sl'K LES PROMESSES DE L'ÉGLISE.
iiM'iirs: elle est envoyée pour cria par ces paroles de la promesse dont il s'agit: ■ Enseignes-
« leur à garder tout ce que je vous ai connnant dé ', » ce qui comprend tonte sainteté. Elleest toujours assistée pour accomplir ce commandement; et ces paroles: « Je suis avec vous, » (enseignants et baptisants) en sont la preuve.
2. La doctrine de la sainteté des mœurs n'est jamais sans fruit. C'est ce qui suit des mômes paroles; et si Jésus-Christ est toujours avec ceux qui prêchent, leur prédication ne sera jamais destituée de son effet.
3. Si donc il y a dans l'Eglise des désobéissants et des rebelles, il y aura aussi des saints et des gens de bien, tant que la prédication de i'Evangile subsistera, c'est-à-dire sans interruption et sans fin.
4. Encore que le bon exemple des pasteurs soit un excellent véhicule pour insinuer l'Evangile, Dieu n'a pas voulu attacher la mai (pic précise de la vraie foi, à la sainteté de leurs mœurs, puisqu'on ne la peut connaître, et que tel qui parait saint n'est qu'un hypocrite; et au contraire il l'a attachée à la profession de la doctrine, qui est publique, certaine, et ne trompe pas. « Je suis, » dit-il , « avec vous » (enseignants) ; et encore plus expressément: a Ils sont assis sur la chaire: » ils ont la succession manifeste et légitime, ainsi qu'il a été dit: « Faites « donc ce qu'ils vous disent, et ne laites pas ce « qu'ils font 2. »
Où est ici l'embarras que l'on m'attribue ? Comment peut-on dire que j'abandonne la sainteté des mœurs, moi qui, sur l'expresse promesse de Jésus-Christ, fais voir l'Eglise enseignant toujours une saine et sainte doctrine, une doctrine toujours féconde par la parole de l'Evangile, qui ne cessera jamais d'être en sa bouche ; une doctrine, par conséquent, qui produit continuellement des saints, et qui renferme tous les saints dans son unité ? Telle est la doctrine de l'Eglise catholique. Quel embarras peuton feindre dans une doctrine si clairement décidée par Jésus-Christ ? Vos ministres veulent-ils dire qu'on puisse prescrire contre la règle par les mauvais exemples, ou qu'ils l'empêchent de subsister dans toute sa force ? C'est une erreur manifeste, et qui tend à la subversion totale de l'Eglise. Ainsi, quelque grande que soit ou puisse être la corruption qu'on imagine dans les mœurs, on ne peut pas dire qu'elle prévale, puisque la règle de la vérité subsistera toujours en son entier.
« M. de Meaux, » dit-on 3, « se fait l'objection, et se parle ainsi à lui-même : Pourquoi
iMatlh., xx\w, 20. — ' Matih., xxm. 2, 3. — 3 Ton». H, p. 672.
vous restreignez-vous à dire que les erreurs seront toujours exterminées dans l'Eglise, et que n'assurez-vous, aussi qu'il n'y aura jamais de vices ? » 11 est vrai ; je reconnais mes paroles : mais quel embarras contiennent-elles? Le voici selon le ministre » : « Que répond à cela M. l'évèquc ? 11 reconnaît la puissance de Dieu; mais il ne laisse pas de la borner: parce qu'il faut savoir ce que Jésus-Christ a promis; et que, loin de promettre qu'il n'y aurait que des saints dans son Eglise, il nous apprend au contraire* qu'il y aurait des scandales. » Qu'y a-t-il là je vous prie qui me cause le moindre embarras? N'est-il pas vrai que Jésus-Christ a prédit dans son Eglise les scandales que j'ai marqués ? Ne voit-on pas dans ces paraboles les filets remplis des poissons de toutes les sortes, bons et mauvais 2 ? « Je borne, » dit-on, « la puissance de « Dieu. » Est-ce la borner, que de montrer par l'Evangile, en termes formels, à quoi elle se restreint elle-même f Le ministre le nic-l-il? Il ne le fait, ni ne l'ose. Est-ce là une doctrine douteuse et embarrassante? En vérité, mes chers Frères, on vous en impose trop grossièrement, quand on imagine de tels embarras.
On demande si Jésus-Christ n'a donc promis que l'extérieur, et s'il ne promet pas en même temps les grâces intérieures et la sainteté dans son Eglise. La réponse est prompte par le discours précédent. Jésus-Christ iullue et au dedans et au dehors : il inspire la sainte parole, et il lui donne son efficace. Quand donc il dit: « Je « suis avec vous, » il promet également l'un et l'autre; mais il n'a besoin de parler que du ministère extérieur: parce que c'est à ce ministère qu'il a voulu que la grâce intérieure fût attachée ainsi qu'il a daigné l'expliquer lui-même Il y aura donc des scandales dans le royaume de Jésus-Christ, puisqu'il l'a prédit : ces scandales n'empêcheront pas qu'il ne soit avec son Eglise, et que la vérité, qu'on y prêchera toujours, n'ait son efficace, puisqu'il l'a ainsi promis. La simplicité de cette doctrine ne laisse aucun lieu aux subtilités du ministre.
Mais voici son grand argument3: « Si Dieu a menacé son Eglise qu'il y aurait des scandales, le même Dieu lui impose la triste nécessilé d'y voir des hérésies : // faut qu'il y ait des hérésies entre vous, dit saint Paul. » Je réponds: Achevez du moins le passage. Mes chers Frères, « il faut « qu'il y ait des hérésies , afin que ceux qui « sont à l'épreuve parmi vous, soient manifes- « tés 4. » C'est une épreuve qui opère la manifestation des fidèles, loin de les cacher et de les
'Tora. n, p. 673. — ' 31allh.,xill, 47. b'iô, 576. — 4 I Cor., XI, 19.