Tom. il, p
rendre invisibles. Il faut qu'il naisse des hérésies « menceront, parce que votre rédemption ap. dans l'Eglise ; mais il famt aussi qu'elles y soient « proche * ? » Est-ce à des invisibles, à des incondamnées par ceux qui succéderont aux connus, que Dieu laissera sans Eglise , sans apôtres pour enseigner et pour baptiser ; autre- société, sans sacrements, sans pasteurs ? Il n'y ment Jésus-Christ n'est plus avec eux. aura plus de prédication, plus de baptême, plus
On a beau vous répéter cent et cent fois : d'Eucharistie ; et ce mystère, où selon saint
« Quand le Fils de l'homme viendra, il ne trou- Paul, « on annoncera la mort du Fils de Dieu
« vera plus de foi sur la terre. » Car, première- « jusqu'à ce qu'il vienne 2, » aura cessé avant
ment, Jésus-Christ n'a point parlé de cette sorte: sa venue? Où l'Antéchrist trouvera-t-il ceux
il a parlé en interrogeant : « Pensez-vous que le qu'il tâchera de séduire, et qu'il persécutera
t Fils de l'homme trouve de la foi?» où il in- par toute la terre à toute outrance, si l'on ne
terroge les hommes plutôt sur ce qu'ils peuvent sait où ils sont ? Ne pourra-t-on plus pratiquer
penser, que sur ce qui sera en effet. Et, pour ce commandement de Jésus-Christ : « Dites-le
m'expliquer davantage, c'est de votre cru que « à l'Eglise 3, » ou bien faudra-t-il le dire à une
vous dites : « Il ne parle point des scandales qui inconnue ? Ne faudra-t-il plus apprendre alors,
naissent de la corruption des mœurs, il nous selon saint Paul , à « édifier par sa bonne vie
menace positivement que la foi s'éteindra et «l'Eglise, qui est la colonne et l'appui de la
qu'il n'y en aura plus sur la terre *. ■ « vérité *, » ou bien cherchera-t-on à édifier
Il s'adoucit pourtant ailleurs 2 ; mais toujours une Eglise qu'on ne verra point? ou si c'est,
en supposant sans raison, qu'il s'agit de la foi comme personne n'en peut douter, l'Eglise vi-
catholique : « S'il n'y a, dit-il 3, « presque plus sible qu'on tâchera d'édifier, et de s*e rendre,
de foi, il faut que les hérésies aient gagné le avec le même Apôtre, « la bonne odeur de
dessus. » Quelle erreur! Car qui vous a dit qu'il « Jésus-Christ en tout lieu5, « la colonne sera-
ne parle point de cette foi qui transporte les t-elle tombée ? le soutien de la vérité sera-t-ilà
montagnes; de cette foi dont il est écrit: Ta bas? Mais que deviendra l'ordonnance du grand
foi t'a sauvé, qui se montre par les œuvres ; Père de famille, qui veut « qu'on laisse croî-
de cette foi qui rend le cœur pur, et qui jus- « tre jusqu'à la moisson l'ivraie avec le bon
tifie le pécheur; de cette foi, en un mot, qui « grain 6? » Remarquez bien, jusqu'à la mois-
opèrepar la charité, selon qu'il est dit en un autre son : partout où sera ce bon grain, partout aussi
endroit qui regarde comme celui-ci la fin du l'ivraie y sera mêlée ; et toujours , jusqu'à la
monde : « Parce que l'iniquité abonde, la cha- moisson que Jésus-Christ explique lui-même
« rite sera refroidie dans la multitude4 ?» On « la fin du monde7, » ils croîtront ensemble:
ne peut nier que ce ne soit là l'exposition des ou il faut démentir la parabole. Vraiment vous
saints Pères5, et on n'a aucune raison à leur errez grossièrement : et vous nous faites un tissu
opposer. Tirez maintenant votre conséquence : de trop de mensonges. Avouez donc à la fin que
s'il y a peu de cette foi qui opère par la notre doctrine n'a nul embarras. L'Eglise aura
charité, si alors elle devient rare à compa- toujours des saints, parce que toujours et partout
raison de l'iniquité qui abondera, « il faut que on y prêchera la doctrine sainte. La marque
les hérésies aient gagné le dessus, et que la vé- pour connaître cette Eglise, c'est la succession
rite ait été longtemps opprimée et ensevelie des pasteurs sans interruption en remontant
sous les triomphes de l'erreur6. » Vous y ajou- jusqu'aux apôtres ; les vices y abonderont ,
tez, le longtemps; vous y ajoutez, la vérité oppri- comme Jésus-Christ l'a prédit : et, quoi que vous
mée et ensevelie; vous y ajoutez, les triomphes puissiez dire, la merveille sera toujours, qu'ils
de l'erreur : vous changez tout; mais prouvez ne la pourront éteindre ni cacher, puisque tou-
du moins qu'il y ait un mot dans l'Evangile qui jours elle enseignera, et que Jésus-Christ sera
marque l'extinction delà sainte doctrine et la toujours avec elle.
victoire de l'erreur. Répondez du moins à C'est ce que le ministre ne veut pas entendre* quelle Eglise reviendront les Juifs, si l'Eglise « M. de Meaux trouve une merveille de la Provide Jésus-Christ est ensevelie. Comment est-ce dence dans la durée de l'Eglise, qui subsiste malque « la trompette ramassera les élus des quatre gré les vices». » Cette doctrine paraît étrange à « vents 7, » s'ils ne sont pas répandus par toute mon adversaire, et il la tourne en ridicule par ces la terre ? ou si le nombre en est si petit, à qui paroles : « C'est, en effet, quelque chose d'étondit-on : « Levez la tète quand ces choses corn- nanlque Dieu aime le vice, et qu'il le tolère, et
- Afa.th xx.v, U Aug epI8t. 93, ad V,nc., n. 33, ton». ,i; •/ Tim., u, 15. - ' I Cor., u, 14, 15. - • Aug., epist, 93, ad Vint.
Ilxeron., Di.l.adv. LUafer.,c. 6.->Pig. V5.-' Alatth., xxiv,3l. - ' Matth., va, 38. - • Tom. h, p. 575
que ce ne $oit plus un Obstacle qui I etarde les réduit Jésus-Christ h Être présent par les conso-
effets de sa grâce et la connaissance infaillible de lotions intérieures du Saint-Esprit, que tout le
la vérité. « Ecoutez bien, mes chers Frères, ce monde et les faux prophètes, connue les véri-
qœ nous dit votre ministre, et comme il mêle le tahles, peinent tous également promettre, sans
Mai et le Taux pour vous embrouiller l'esprit:' craindre d'èlre démentis par un l'ait cons-
« Dieu, » dit-il, «aime le vice et le tolère. » Il tant. Mais Jésus-Ghrist ne parle pas en l'air,
est certain qu'il le tolère, il est faux qu'il l'aime; à Dieu ne plaise ; il adresse manifestement sa
et on confond ces deux choses. Comment l'aime- parole à ceux qui enseignent et qui administrent
t-il, si son Eglise, où il I • tolère , ne cesse de le les sacrements. Il leur promet donc une présence
condamner publiquement ? Est-ce aimer le vice proportionnée à cet état extérieur et sensible , et
que de l'empêcher de nuire à la vérité! Vous il ne donne pas à garant sa toute-puissance, pour
nous faites dire que « le vice n'est pas un obsta- ne rien faire qui paraisse aux yeux de ses fidèles,
cle « qui retarde les effets de la grâce;» c'est puisqu'il y en veut affermir la foi par un mani-
nous imputer une doctrine que personne n'en- feste et sensible accomplissement de ses dhines
s. i- nera jamais : mais vous ajoutez : « le vice ne promesses. Il en a fait pour l'intérieur, que clia-
« retarde pas la connaissance infaillible de la cun dans l'occasion peut reconnaître en soi-
« vérité. » Si vous disiez, ne V empêche pas dans même ; il en a lait pour l'extérieur, et celle que
funiversalité de l'Eglise, vous auriez raison, et il nous traitons est de ce nomhre. Les grâces inlé-
n'y aurait rien dans ce discours que de glorieux rieurcs s'y trouvent aussi, puisqu'ainsi qu'il a
à Dieu et à Jésus-Christ. Il ne faut ni ajouter, ni été dit ', elles ne manquent jamais d'accompa-
ôter à la promesse; et , soit que les opiniâtres gnef la saine doctrine , mais en même temps il
contradictions, que les passions déréglées des faut chercher dans cette promesse, comme font
hommes peuvent exciter dans l'Eglise, retardent aussi les Catholiques, un fait palpable, constant
ou non la déclaration solennelle delà \érité, et précis, qui fasse voir Jésus-Christ toujours vé-
Jésus-Christ n'a pas prononcé que l'enfer ne ritable, et nous assure de l'avenir comme du
combattra pas, mais qu'Une prévaudra pas contre passé; c'est ce qu'il fallait pour sa gloire, et afin
l'Eglise1 : ainsi, vous necherches qu'à nousim- de manifester sa sagesse au monde,
poser, qu'à tout confondre ; et le faux saute aux Quelques évidentes que soient nos raisons et
yeux dans tout votre discours. nos réponses, la victoire de la vérité sera plus
Reprenons donc vos trois arguments : On ne sensible, si après avoir exposé plus amplement prouve rien, dites-vous, contre les Eglises pro- les vains incidents des ministres sur la promesse testantes par ces paroles : Je suis avec vous, etc., de Jésus-Christ, nous comparons en peu de pasi l'on ne prouve que Jésus-Christ laisse aux suc- rôles notre interprétation avec la leur, cesscurs des apôtres le même don des miracles, Il n'y a rien de plus simple que notre manière ne les fait tous infaillibles, ne les fait tous saints d'entendre cet endroit de l'Evangile. Il contient comme les apôtres l'étaient: or, cela n'est pas : un commandement et une promesse, avec le donc cette promesse ne prouve rien contre les digne fondement de l'un et de l'autre. « Toute Eglises protestantes. Tel est leur raisonnement , « puissance m'est donnée dans le ciel et dans la comme on vient de voir. Mais j'ai démontré, au terre2. » Qui peut commencer par un tel discontraire, que sans avoir besoin que les pasteurs cours peut commander tout ce qu'il y a de plus qui ont succédé aux apôtres soient doués comme difficile, peut promettre tout ce qu'il y a de plus eux du don des miracles, comme eux soient tous excellent. Tel est donc le commandement: infaillibles, comme eux soient tous saints, on «Allez, enseignez et baptisez; » non les Juifs, prouve très-bien que la vérité prévaudra tou- comme Jean-Baptiste, mais toutes les nations, jours dans le ministère ecclésiastique, et, par que je veux toutes soumettre à votre parole. La conséquent, que ceux-là sont très-condanma- promesse de même force suit incontinent, etvoilà, blés, qui enseignent que ce ministère peut ces- l'effet est aussi prompt qu'assuré , je suis avec ser, ou qu'il peut cesser d'enseigner la vérité, ou vous, dans ces fonctions sacrées que je vous orqu'il la faut chercher en d'autres bouches qu'en donne. Ainsi, vous enseigneiez, vous baptiserez celles des ministres qu'on trouve établis, qui est et vous administrerez les sacrements , dont je ce que j'avais à prouver. suis l'instituteur : je bénirai votre ministère; il
Ainsi l'idée du ministre ne fait qu'éluder la subsistera toujours il aura toujours son effet, qui
promesse de Jésus-Christ , en réduisant sa pré- aussi n'est autre que celui pour lequel je suis
sence à un fait vague et incertain, sur lequel on avec vous. On n'y verra jamais d'interruption,
ne peut jamais être convaincu de faux. Car on pas même celle d'un jour; le monde finira plus
*Matth., m, 18. i Ci-dessus, pag, 426, 433. — 5 Mattk., jncvin, 18.
2ig DEUXIÈME INSTRUCTION PASTORALE
tôt que vos fonctions saintes et mon secours tout- Mais le ministre prétend qu'il fallait traduire, puissant: « le ciel et la terre passeront, mais mes jusqu'à la fin du siècle, comme porte l'original, t paroles ne passeront pas l ; » tout coule natu- toû at'wvoç. Sur ce fondement il assure que l'asrellement. Quels termes pouvait-on choisir au- sistance promise en ce lieu par Jésus-Christ ne très que ceux-ci pour exprimer notre sentiment? passe pas le siècle où les apôtres ont vécu : tout Ce n'est pas ici une explication, c'est la chose ira bien, durant environ soixante ou quatremème : on voit qu'une parole attire l'autre, c'est vingts ans, si l'on veut, qu'il restera en vie quella nue proposition de la suite et du tissu de tout qu'un des apôtres, comme si on ne devait plus le discours, et la chose par elle-même n'aurait ni enseigner, ni baptiser après eux, ou que Jésusbesoin, pour être entendue, que de ce peu de Christ n'ait eu dans sa promesse aucun égard à paroles. ces fonctions qui sont les seules qu'il exprime !
Si donc il a fallu nous étendre, ce sont les Que vous dirai-je, mes Frères? Un ministre, et vains incidents qu'on a affectés, pour embrouil- un ministre savant, ne songe pas que la fin du 1er la malière, qui en sont la cause. Je suis avec siècle est dans l'Evangile, et surtout dans celui vous, dit le ministre, ne veut pas dire une assis- de saint Matthieu, d'où est tirée la promesse que tance infaillible pour l'effet marqué; cette assu- nous traitons, une phrase consacrée pour exprirance n'empêche pas que le ministère ne tombe mer la fin du monde : « la moisson est la fin du dans l'idolâtrie avec Gédéon; et ceux avec qui monde: » consummatio sœculi, atWoç; » coup Jésus-Christ sera toujours, n'en seront pas moins sur COup , au verset d'après : « il en sera ainsi à idolâtres ; les promesses de l'Eglise chrétienne , « ja fin du monde » ; » et encore un peu après, qui est née pour subsister sur la terre jusqu'à la les mêmes mots. En est-ce assez, ou lirai-je enfin du monde, ne seront pas moins sujettes à la Core au chapitre xxiv du même Evangile : défaillance que celles de la Synagogue, à qui « Maître, quel sera le signe de votre avènement Dieu avait marqué le jour de sa chute; Jésus- « et de la fin du monde5?» Et Jésus-Christ et Christ ne promet à un ministère extérieur que ses disciples parlaient ainsi avec tout le peuple. des consolations intérieures ; pour participer à Ainsi on trouve dans le même Evangile : « Je la promesse d'être aidé efficacement dans les « suis avec vous jusqu'à la fin du monde3. » fonctions ordinaires et perpétuelles du ministère Toutes les Bibles traduisent de même, et les sacré, il ne suffit pasde succéder aux apôtres dans vôtres comme les nôtres indifféremment; et ces fonctions, quoique ce soit les seules que Jésus- votre ministre a voulu me contredire, en oubliant Christ marque ; il faut encore avoir tous les au- la version qu'il avait en main toutes les fois très dons desquels ce divin Maître ne dit mot : qu'il est monté en chaire : tant il est dur aux comme eux faire des miracles, être saints, être ministres de faire durer la promesse de Jésusinfaillibles comme eux chacun en particulier ; Christ jusqu'à la fin de l'univers, autrement on ne pourra point s'assurer d'être Le même ministre, que je nommerais volondu nombre de leurs successeurs , ou distribuer tiers, s'il n'était plus régulier de lui laisser ce aucune des grâces du ministère : et Jésus-Christ soin à lui-même, quand il lui plaira, a inventé ou ne pouvait ou ne voulait pas conserver, sans une nouvelle interprétation de ces paroles : « Les tous ces dons conférés à chaque particulier, les « portes d'enfer ne prévaudront point contre l'Efonctions ordinaires et perpétuelles de ce minis- « glise. » Les portes d'enfer, dit-il, sont, dans tère apostolique, quoiqu'il ait dit : « Je suis avec ]e cantique d'Ezéchias *, ce qu'on appelle autre- « vous; » et encore : « Faites ce qu'ils disent, ment les portes de la mort; d'où il conclut que « mais ne faites pas ce qu'ils font. » C'est en Jésus-Christ n'a d'autre dessein que de rassurer abrégé ce qu'a dit votre ministre. Après cela, son Eglise contre la mort par la foi de la résurmes chers Frères, peut-on ne pas voir la sim- rection, comme si la mort était la seule ennemie plicité d'un côté et l'embrouillement de l'autre; que Jésus-Christ dût abattre aux pieds de l'Eglise, la suite, la précision et la netteté de la doctrine Mais le ministre savait le contraire; l'ennemi que des Catholiques ; l'affectation, la contradiction, l'Eglise avait à combattre, était celui que l'Eglise l'esprit de contention dans celle de vos docteurs? appelle le prince du monde ; il voulait affermir
Je vous raconterai en simplicité ce qu'a dit un l'Eglise « contre les principautés et les puissan-
autre ministre, dans une lettre manuscrite qui ces» dont saint Paul le fait «triompher à la
vient de tomber entre mes mains. Il me reprend croix 5. » Jésus-Christ nous donne partout l'idée
d'avoir traduit: «Je suis avec vous jusqu'à la d'un empire opposé au sien, mais qui ne peut rien
a fin des siècles, » quoique j'ai traduit indiffe- contre lui. Il ne faut qu'ouvrir l'Ecriture, pour remment en d'autres endroits, la fin du monde. . ,, ,,. , ,« .n Àa , „ „. , , „ „,
t • ' Matih., xin, 39, 40, 49. — ■ Mallh., xxiv. 3. — 3 MaUh.,xxvm,
i filuuh., xxu, 38. J». — « Isa., xxxviii, 10. — » Col., u, 15.
trouver partout que la puissance publique paraissait au v portes des \ill<\s où M tenaient les conseils et se prononçaient les jugements. Ainsi les portes d'enfer signifient naturellement toute la puissance des démons. Tout le monde l'entend ainsi, Catholiques et protestants indifféremment. Il De fallait donc pas seulement affermir l'Eglise contre la mort, mais encore contre toute sorte de violence et toute sorte de séduction. C'est même principalement contre l'erreur que Jésus-Christ voulait munir son Eglise. Saint Pierre avait confessé sa divinité, tant en son nom qu'au nom de tous les apôtres I ; et Jésus-Christ lui promet que l'enfer ne pourrait rien contre celte foi si hautement manifestée; pour cela il établit un corps où elle sera toujours annoncée aussi clairement que saint Pierre venait de le faire. Ce corps, c'est ce qu'il appelle son Eglise: Eglise toujours lisible par la prédication de cette foi, à qui aussi il donne aussitôt après un ministère visible et extérieur : «Tout ce que tu lieras sur la terre sera, » dit-il à saint Pierre, « liédans leciel, » et le reste que tout le inonde sait. Si l'enfer prévaulcontre l'Eglise, la puissance de lier et de délier tombera d'un môme coup; si au contraire il n'y a aucun moment où l'Eglise qui prêche la foi succombe aux efforts de l'enfer, Pierre confessera toujours, Pierre exercera jusqu'à la fin la puissance de lier et de délier qui lui est donnée. « Jésus-Christ sera « donc toujours avec son Eglise jusqu'à la fin « du monde. » Les promesses de l'Evangile se prêtent la main les unes aux autres. C'est ainsi que l'Eglise catholique les exalte et les considère dans toute leur connexion; c'est ainsi que la nouvelle réforme les détourne et les affaiblit. Je n'en dis pas davantage, et je laisse le reste à la réflexion de nos Frères.
Celte doctrine des Catholiques est un remède assuré contre tous les schismes et contre toutes les hérésies futures : elle prouve invinciblement que toute secte qui ne naît pas dans la suite de la succession des apôtres, qui ne montre pas devant elle, ainsi que nous avons dit, une Eglise toujours subsistante dans la même profession de foi, sort de la chaîne, interrompt la succession, et se range au nombre de ceux dont saint Jude a dit qu' « ils se séparent eux-mêmes 2 ; » ce qui emporte leur condamnation par leur propre bouche, comme je l'ai démontré dans la première Instruction pastorale 3. Ainsi, la promesse dont nous parlons, pourvu qu'on y apporte un œil simple et un cœur droit, est la lin des hérésies et des schismes. C'était un effet digne de cette préface : « Toute puissance m'est « donnée dans le ciel et sur la terre ; » et ma
« Matth.txn, 16, 18. — ' Jud., 19, —>Prem- Jnsl. pasl. p. 395.
preuve demeure invincible, sans avoir encore ouvert un seul livre que l'Evangile, ni supposé d'autres faits que des faits constants et sensibles.
Après une exposition si simple et si claire de la promesse du Tout-Puissant, chaque protestant n'a qu'à penser en soi-même : Que dirais-je ? Le sens est clair, les paroles de Jésus-Christ sont expresses ; on n'a pu les éluder que par des gloses contraires manifestement au texte et à la doctrine des Ecritures : il faut donc que cette promesse ait son entière exécution. Lorsqu'on nous allègue des faits qui semblent s'y opposer, on dispute contre Jésus-Christ : c'est à nous à examiner si nous pouvons nous persuader à nous-mêmes, de bonne foi, que nous avions des pasteurs de notre créance et de notre communion, quand nous nous sommes séparés. Mais le fait même dénient celle prétention. Car, s'il y avait alors des pasteurs de notre créance, pourquoi a-t-il fallu en élever d'aulrcs, ou renoncer à la foi de ceux qui nous avaient baptisés? Osonsnous prétendre seulement que dans tous les siècles passés, à remonter sans interruption jusqu'aux apôtres, nous puissions nommer nos pasteurs? Mais où les trouverons-nous? Nous alléguons des témoins dispersés par-ci par-là Mais Jésus-Christ promettait une suite, une suc. cession, un tous les jours, un jusqu'à la fin des sitrles, etc. Pour corps d'Eglise, nous alléguons les vaudois et les albigeois. Mais en laissant à part tous les faits qu'établissent les Catholiques sur cette matière, c'en est un constant qu'ils avaient tous le même embarras, et ne pouvaient, non plus que nous, nommer leurs prédécesseurs. Ainsi vint un Arius, ainsi un Pelage, ainsi un Nestorius, ainsi tous les autres qui ont voulu s'établir en renonçant à la foi des siècles immédiatement précédents. Vous êtes, mes Frères, dans le même cas, et la date de votre rupture, comme de la leur, est manifeste et ineffaçable.
On a osé vous dire, mes chers Frères, que Jésus-Christ était venu de la même sorte. Quand j'ai parlé des schismatiques et des hérétiques, qui s'étaient formés en se séparant à la fois et de leurs prédécesseurs, et de tout le reste de l'Eglise, j'avais remarqué que « pour les convaincre de schisme, il n'y avait qu'à les ramener à leur origine : que le point de la rupture demeurerait, pour ainsi dire, toujours sanglant; et que ce caractère de nouveauté que toutes les sectes séparées porteront éternellement sur le front, sans que cette empreinte se puisse effacer, les rendrait toujours reconnaissables l. » Chose étrange ? on ose attribuer à Jésus-Christ même toutes ces notes flétrissantes ; et si l'on en croit
» Prem. Intl. past, p. 396.
le ministre *, « le Fils de Dieu n'avait aucun de séparée elle-même, on veut donner jusqu'au
« ces trois caractères qu'on donne aujourd'hui à Fils de Dieu le caractère de novateur et de sé-
« l'Eglise, » c'est-à-dire, comme il l'avait définie paré de l'Eglise.
dès le commencement, « l'ancienneté, la durée Votre ministre ne s'en cache pas. Selon lui,
et l'étendue 2. » Jésus-Christ était seul, comme Calvin le fut au
Pour la durée, sans doute il ne l'avait pas dès commencement de son innovation : « Je n'aime
le premier jour ; mais une éternelle durée était pas, » dit-il « , « à mettre Calvin en parallèle
due à l'ouvrage qu'il commençait. On ne doit avec Jésus Christ, et ce n'est pas ma pensée. »
pas lui reprocher que l'étendue lui manquait Que veut donc dire cette suite : « Mais puisque
dans le temps qu' « il n'était encore envoyé qu'aux l'Eglise réformée est la même que Jésus-Christ a
«brebis perdues de la maison d'Israël'. » II établie, il nous doit être permis de dire que la
fallait d'ailleurs que ce petit grain de froment se réduction d'une société à un seul homme n'est
multipliât par sa mort4. Quand on conclut après pas sans exemple; puisque l'Eglise chrétienne
cela que « l'Eglise n'a point d'autres caractères commence nécessairement par là ? » Ainsi on
que son Chef5, » et ainsi qu'il ne faut lui attri- veut réduire l'Eglise dans toute sa suite à l'état
buer ni durée, ni étendue, ni ancienneté, on où elle devait être au commencement, par un
combat directement le dessein de Dieu, qui vou- dessein déterminé de Dieu. Mais en cela on se
lait donner à ce Chef des membres par toute la trompe encore, lorsqu'on lui conteste l'antiquité
terre. C'est vouloir empêcher l'arbre de croître, sous ce prétexte. Jésus-Christ avait pour lui tous
à cause qu'il est petit dans sa racine. Tout cela les temps qui précédaient sa venue, puisqu'il y
est d'une visible absurdité ; et l'impiété mani- était attendu sans l'interruption d'un seul jour,
feste, c'est de dire que l'ancienneté manque à et que même, quand il parut, tout le monde sa-
Jésus-Christ. C'est par où commence le ministre, vait où il devait naître 2. Je ne parle point des au-
et se sentant accablé par l'autorité des patriar- très endroits où il est parlé de lui-même comme
ches et des prophètes qui attendaient sa venue, de l'objet de l'espérance publique. On veut ce-
il y répond en cette sorte : « Les prédictions des pendant le regarder comme un séparé de l'E-
prophètes sur la venue du Messie, ne changent glise, lorsque tous ceux qui attendaient le royaume
point l'état de la question ; car les prophètes de Dieu étaient unis avec lui.
n'avaient point prédit que le Messie romprait On veut effacer d'un seul trait ce qu'a fait Jé-
a\ec les sacrificateurs et avec l'Eglise judaïque sus-Christ jusqu'à la fin de sa vie pour honorer
pour former une nouvelle communion 6. » Si l'Eglise judaïque et la chaire de Moïse. Bien éloi
l'on veut dire- que Jésus-Christ ait rompu avec gné de se séparer d'avec elle, ou d'en séparer ses
les prêtres de la Loi, on est démenti par son disciples, il leur a déclaré qu' « il les envoyait
Evangile; mais si l'on prétend que la réprobation « pour moissonner » ce qui avait été semé par
de la Synagogue par Jésus-Christ ne soit point les prophètes3 : « d'autres, » dit-il 4, « ont tra-
annoncée par les prophètes, que veulent donc « vaille, et vous êtes entrés dans leur travail : »
dire tant de passages où tout ce qui est arrivé à remarquez ces mots; c'est le même ouvrage, la
la Synagogue, c'est-à-dire sa réprobation, celle même foi, la même Eglise, dont on ne s'est se
de son temple, de ses sacrifices, de son sacer- paré qu'après que, justement réprouvée poui
doce et de toutes ses cérémonies, est raconté et son infidélité, elle a effectivement perdu ce titre
circonstancié avec une telle évidence, que l'E- ■ Pendant que l'on conteste à Jésus-Christ son
vangile n'a rien eu à y ajouter ? Cependant on ancienneté, contre la foi des Ecritures et la doc
ose vous dire que les prophètes n'en ont rien trine commune de tous les Chrétiens, on l'ac
prédit : ils n'ont rien prédit de la nouvelle société corde à une Eglise chinoise qu'on a érigée, de'
où tous les gentils doivent entrer, à l'exclusion le commencement du livre, sous ce litre exprès
des Juifs ; le ministre sait le contraire, et ce n'est l'Eglise des Chinois est ancienne*. Etrange sorte
point ici une vérité qu'on doive prouver aux d'Eglise, sans foi, sans promesse, sans alliance,
Chrétiens. Pourquoi donc a-t-on avancé un si sans sacrements, sans la moindre marque de té
visible mensonge, si ce n'est qu'on veut oublier moignage divin, où l'on ne sait ce que l'on adore
l'antiquité attribuée à Jésus-Christ par ces paro- et à qui l'on sacrifie, si c'est au ciel ou à la terre,
les : « Il était hier et aujourd'hui et il est aux ou à leurs génies, comme à celui des montagnes
« siècles des siècles ? ? « C'est qu'à quelque prix et des rivières, et qui n'est après tout qu'un amas
que ce soit, pour excuser la Réforme qui s'est confus d'athéisme, de politique et d'irréligion,
d'idolâtrie, de magie, de divination et de sorti-
1 Tom. h, c. ix, n. 1 et 2. p. 675. — » Tom. n, c. I, n. 2, 3, etc.,
p. 5i«. — « Motth., x, 6 ; xv, H. - • Joan., xu, 21. — ' Tom. n, • Tom. n, p. 711. — » Matth., n, 5. - • Joan. iv 38 — » Ibid
p. 675. — • Ibid. — ' Heb., un, 18. » Tom. n, c. I, n. 6, P. 540, 5U.
e : et on prend le ton le plus grave pour établir l'antiquité comme la durée et l'étendue de eette Eglise chinoise, et môme pour l'opposer à la dignité de l'Eglise chrétienne et catholique; cl vous n'ouvrires jamais les yeux, pour voir du moins qu'on vous amuse, et qu'on ne travaille qu'à vous embrouiller, ce qui est clair?
C'est par la suite du même dessein qu'on l'ait semblant d'ignorer en quoi nous mettons la succession de la visibilité que Jésus-Christ a promise à son Eglise. On a voulu imaginer que nous la mettions dans la splendeur extérieure, et c'est à quoi nous n'avons jamais pensé, Prenez-y garde, mes Frères, ce point est très-essentiel. Votre ministre ne cesse de dire que l'Eglise et sa succession ne peut pas être visible, ■ quand ses pasteurs avec les talques fuient d'une ville à une autre; et se dérobent à la vue de leurs per- Béeuteurs ; quand elle mit dans les montagnes, qu'elle se retire, cl qu'au lieu de se montrer à tout l'univers, elle se cache dans le sein de la terre, dans îles grottes, dans des ea\ ernes ', » où, comme le ministre le répèle souvent, « on ne la peut découvrir qu'à la lueur des llanunes où on la brûle 2 : le ministère, poursuit-il 3. n'était pas \isihle, dans certaines occasions où il s'exerçait par des hommes déguisés en soldats qui allaient à cheval créer de nouveaux pasteurs, » etc. De cette sorte, selon lui, pour la visibilité du ministère, il fallait èlrc habillé à l'ordinaire, et sans cela on osera dire que la succession des pasteurs avait cessé, pendant même que l'on confesse qu'on en créait de nouveaux à la place de ceux qu'on avait perdus. Etrange imagination de croire tellement éblouir le monde par quatre ou cinq belles phrases, qu'on ne laisse plus de place à la vérité ! Néanmoins c'est un l'ait constant et avéré, que l'Eglise persécutée était toujours visible : elle n'en comptait pas moins ses pasteurs, dont elle savait la suite : on n'avait jamais de peine à les trouver, quand on demandait l'instruction et le baptême : jamais elle n'a été sans Eucharistie. Aussi avons-nous déjà remarqué que, par la célébration de ce sacrement, « on « annoncera la mort du Seigneur jusqu'à ce « qu'il vienne 4. » Pesez ces mots : jusqu'à ce qu'il vienne, qui excluent jusqu'au dernier jour toute interruption dans la célébration de ce saint m\ stère, et induisent par conséquent la perpétuelle succession de ses ministres légitimes. On les trouvait dans ces grottes où l'on veutles imaginer toujours enfermés. Quand ils fuyaient d'une ville à l'autre, c'était ordinairement une occasion de prêcher la sainte parole et d'étendre l'Evan-
•Tom. il, p. 602, 603. — ' Tom. H, p. 503, 692, 703, etc. — * Tom. il, p. 663. — ' / Cor., XI. 2, 6.
gile, comme il paraît dans les Actes, et dans la persécution où saint Etienne fut lapidé * : quand les prédicateurs de l'Evangile étaient traînés devant les tribunaux, et qu'ils y portaient aux rois et aux empereurs le témoignage de Jésus-Christ, quelle imagination de croire alors l'Eglise caché»1 et destituée de sa visibilité, pendant que « dans « les liens » elle annonçait la foi « devant tous a les prétoires 2, » et y continuait le « bon té- « moignage (pic Jésus Christ avait rendu sous « Ponce-l'ilale 3. »
Il y a enfin un certain éclat, une certaine Splendeur que l'Eglise conserve toujours par la prédication de l'Evangile, qui n'est autre chose que l'illumination marquée par saint Paul, de la science et de la gloire de Dieu sur la face de Jésus -Christ '• ; et on voudra s'imaginer que l'Elise, qui, par sa nature, est revêtue d'un si grand éclat, puisse être cachée !
Le ministre oppose divers passages de l'Evangile 3, dont les uns montrent l'Eglise comme une ville bâtie sur une montagne éclatante et remarquable par sa spacieuse enceinte; et les autres nous la font voir un petit troupeau sans nombre et sans étendue, qui est aussi resserré dans la voie étroite où peu depersounes entrent, ainsi que le Eils de Dieu le prononce. Ces passages semblent au ministre d'une manifeste contrariété, si on ne les concilie en reconnaissant le différent sort de l'Eglise, tantôt éclatante et spacieuse, tantôt petite et cachée.
Voilà donc celte grande contrariété tant répétée par le ministre ; mais elle n'a pas la moindre apparence. « Il y a beaucoup d'appelés et peu « d'élus 6. » Ceux qui entrent en foule dans l'Eglise, par la prédication et les sacrements, ne sont pas tous des élus, et beaucoup d'eux demeurent dans le nombre des appelés : par conséquent les appelés qui sont beaucoup, et les élus qui sont peu, composent la même Eglise, visible et étendue dans ceux qui se soumettent à la parole et aux sacrements ; peu nombreuse et cachée dans des élus sur lesquels le sceau de Dieu est posé. Tout s'accorde parfaitement par ce moyen, et il ne faut plus nous objecter ni la voie étroite, ni le petit troupeau : le petit troupeau est partout, et partout il fait partie de la grande Eglise où David a vu en esprit tous les gentils ramassés 7. Comme les élus, qui sont peu, font partie de ces appelés qui sont en grand nombre, la voie étroite des commandements et de la sévère vertu est aussi partout; et quoique peu fréquentée par la malice des hommes, elle leur est
' Act., vin, 1. - ' / hiUpp., I, 13. — • / Tim , vi, 12, 13. — 4 // Cor., iv, 6. — ■ Tom. il, p. 9. (i02. 60% 6S0, 681, f83, 704. — ■ Mattk., xx, 16; xxr, H. — ' Psol. xxi, i6 et «eq.
montrée dans toute la terre. Le petit nombre de ceux qui entrent, quoique grand en soi plus ou moins, et petit seulement à comparaison de ceux qui périssent, écoute le même Evangile que les appelés : unis avec eux par la communion extérieure, ils ne font point de rupture, et ne se. séparent que de la corruption des mœurs.
Ne songeons donc pas tellement à la voie étroite, que nous oubliions le grand chemin, les voies publiques où Jérémie nous rappelle l, où aboutissent les anciens sentiers que nos pères ont fréquentés, et où aussi on nous commande de les suivre. Cette voie n'est jamais cachée, et l'Eglise la montre par tout l'univers à ceux qui la veulent voir.
C'est par où tombe manifestement cette doctrine de votre ministre, où après avoir présupposé avec nous que l'Eglise doit toujours durer en vertu de la promesse de Jésus-Christ, et contre nous que cette durée ne peut pas être attachée à Y infaillibilité du corps des pasteurs 2, avec lequel Jésus-Christ a promis d'être tous les jours, il croit sortir de tout embarras de cette sorte : « Le réformé marque une voie plus naturelle, plus simple et plus facile pour la conservation de l'Eglise. Il soutient que Dieu l'empêche de périr par le moyen des élus qu'il conserve dans le monde 3 : » comme si la difficulté ne lui restait pas tout entière, et qu'il ne lui fallût pas encore expliquer comment et par quels moyens ordinaires et extérieurs ces élus sont eux-mêmes conservés.
Les élus, comme élus, ne se connaissent pas les uns les autres : ils ne se connaissent que dans le nombre des appelés; c'est pourquoi nous venons de voir que ces élus, qui sont cachés et en petit nombre, font toujours partie de ces appelés qui sont connus et nombreux. S'il faut qu'ils soient appelés, par quelle prédication le serontils? par quel ministère? sous quelle administration des sacrements? « Comment croiront-ils, « s'ils n'ont pas ouï? ou comment écouteront-ils, « si on ne les prêche ? ou qui les prêchera, sans «être envoyé4? » Ils ne tomberont pas certainement tout formés du ciel, ils ne viendront point tout d'un coup comme des gens inspirés d'euxmêmes : il faut donc qu'il y ait toujours un corps subsistant, qui, jusqu'à la fin du monde, les enfante par la parole de vie ; et c'est avec ce corps immortel que Jésus-Christ a promis d'être tous les jours.
Saint Paul a décidé la question par ce beau passage de YEpitre aux Ephésiens 5 : « Jésus- « Christ nous a donné les uns pour être apôtres,
1 Jet., y. 1C— : Tora. :i. p. 630, tic— » Pag. 631, 632, C38, 659. — ' l:rm.,x, IL — » Efkit,. iv. 11.
« les autres pour être prophètes, les autres pour « être évangélisles, les autres pour être pasteurs « et docteurs; pour laperfection des saints, pour « les fonctions du ministère à l'édification » (et formation) « du corps de Jésus-Christ, jusqu'à « ce que nous parvenions tous à l'unité de la « foi et à celle de la connaissance du Fils de Dieu, « à l'état d'un homme parfait, à la mesure de « l'âge complet de Jésus-Christ, afin que nous ne « soyons plus des enfants emportés à tout venl « par la doctrine trompeuse et artificieuse des « hommes. » Le ministre veut faire durer le mi nistère ecclésiastique et apostolique parles élus; et saint Paul au contraire attache la formation et la perfection des élus au ministère ecclésiastique et apostolique.
Le ministre s'entend-il lui-même, lorsqu'il dit que « la promesse pour la durée de l'Eglise par les élus est plus positive que celle de la succession des évêques, dont Jésus-Christ n'a pas parlé? » Que voulaient donc dire ces mots : Allez, enseignez et baptisez ? Sont-ils adressés à d'autres qu'aux apôtres mêmes, et quels autres que leurs successeurs sont désignés dans la suite? Mais quel mot y a-t-il là des élus ? Au lieu donc de dire qu'il est ici parlé des élus et non des pasteurs, c'est précisément le contraire qu'il fallait penser, et il est plus clair que le jour que, pour expliquer la promesse de Jésus-Christ, le ministre a commencé par en perdre de vue les propres paroles.
Il a peu connu la prérogative des élus. Ils ne sont pas tant le moyen pour faire durer le ministère extérieur de l'Eglise, que la chose même pour laquelle il est établi. C'est l'amour éternel que Dieu a pour eux qui fait subsister l'Eglise ; il n'en est pas moins véritable qu'elle les prévient toujours par son ministère : il n'est que pour les élus, quand ils seront recueillis, il cessera sur la terre; mais aussi comme Dieu ne cesse de les recueillir jusqu'à la fin des siècles, il a déclaré que la suite continuelle du saint ministère ne finira pas plus tôt.
Toute la ressource du ministre, « c'est que la même puissance infinie de Dieu qui, selon M. de Meaux, entretient la succession des apôtres au milieu des vices les plus affreux,... peut conserver les élus dans les sociétés errantes comme il les conserve dans le monde corrompu i. »
Ainsi, toute religion est indifférente; et l'on trouve également les élus dans une communion, soit qu'elle erre dans la foi jusqu'à tomber dans l'idolâtrie, car c'est ce qu'on nous oppose, soit qu'elle fasse profession de la vérité.
' Tom. u, p. 659.
Venons aux objections : voici la plus apparente. « On ne gagne rien, dit le ministre », par l'infaillibilité ( du corps de l'Eglise) , puisque la foi sans la satisfaction ne fait point voir Dieu, et n'empêche pas la ruine de l'Eglise. » Nous avons déjà répondu que la prédication de la vérité, étant toujours accompagnée de l'efficace du Saint-Esprit, est toujours féconde pour sanctifier le nombre des auditeurs et des pasteurs mêmes connu de Dieu 2. La réponse ne pouvait pas être plus courte, ni plus certaine, ni plus décisive. i Ma parole qui sort de ma bouche, » dit le Seigneur3, « ne reviendra pas à moi sans fruit; i mais elle aura tout l'effet pour lequel elle est « envoyée. » Dire donc qu'on ne gagne rien « pour la sanctification par l'infaillibilité de la foi, » c'est une ignorance grossière et une erreur pitoyable, contraire au fondement du christianisme.
Mais c'est là, répond le ministre, un miracle trop continu qu'on ne doit pas admettre. C'est ce qu'il répète à toutes les pages4, et c'est là un de ses grands arguments. Mais qu'il est faible ! Le miracle que le ministre refuse de croire, c'est celui que Jésus-Christ a reconnu en disant : «Faitesce qu'ils disent, mais ne faites pas ce qu'ils font5. » Le ministre change la sentence, et il veut quelesélusseconserventsousunministèredontil faudra dire : Ni ne croyez ce qu'ils disent, ni ne pratiquez ce qu'ils font. Lequel est le plus naturel, ou de dire que pour convertir les cœurs des élus, Dieu conserve dans le ministère la vérité de la parole qui les sanctifie, malgré les mauvaises mœurs de ceux qui l'annoncent; ou de dire qu'en laissant éteindre à la fois dans la succession des pasteurs et la vérité et les bonnes mœurs, il ne continue pas moins à conserver les élus? Le premier plan est celui des Catholiques, le second est celui des protestants. Parlons mieux : le premier est en termes formels celui de Jésus- Christ, et le second est celui que les hommes ont imaginé; le premier, dis-je, est celui que Jésus- Christ a reconnu jusqu'à la fin dans l'Eglise judaïque, en disant : « Faites ce qu'ils « disent, » etc.; elle second est celui que les protestants envient à l'Eglise chrétienne. Où est ici le miracle le plus incroyable, ou celui qui attache la conversion des enfants de Dieu à un certain ordre commun de la prédication de la vérité, ou celui qui, supprimant la vérité dans la prédication des pasteurs, établit, contre l'Apôtre et contre Jésus- Christ même, qu'elle sera entendue sans être prèchée ? Souffrirez vous, mes chers Frères , qu'on vous annonce des absurdités si manifestes ?
• Pag. C32. — ' Ci-dessus, p.425,433.— » Ita.,uv, 11. — « Pag.630, C21' etc. — s Matt., xxui, 1.
Après tout, j'avouerai bien a votre ministre que la conversion des pécheurs, soit qu'elle se fasse par des saints, soit qu'elle se fasse par le ministère même des pasteurs ou corrompus ou scandaleux, est un miracle continuel; mais c'est un miracle qu'il faut bien admettre, si l'on ne veut être manifestement pélagien, et qu'aussi votre ministre n'oserait nier. C'est un miracle qui présuppose l'ordre naturel, et qu'on soit du moins bien enseigné; mais que l'on conserve les élus, en leur ôtant la vérité dans la prédication de leurs pasteurs, c'est un miracle que nous laissons aux protestants.
Ne laissez donc point soustraire à vos yeux la lumière toujours présente et toujours visible de Il vérité dans la prédication successive et perpétuelle des prêtres ou des pasteurs, soit de ceux qui sont venus après Moïse, soit de ceux qui ont enseigné après les apôtres, puisque c'est le seul moyen ordinaire établi de Dieu par toutes les Ecritures de l'Ancien et du Nouveau Testament pour la santilication des élus. Lorsqu'on tâche de vous faire perdre de vue la suite continuelle de l'Eglise de Jésus-Christ dans les successeurs des apôtres, on ne cherche qu'à vous tirer du grand chemin battu par nos pères, pour vous jeter dans les voies obliques et détournées de la séparation et du schisme. Ce n'est pas ici une conséquence que je tire de la doctrine des ministres ; c'est leur thèse, c'est leur sentiment exprès. Oui, mes Frères, le schisme est un crime dont on ne veut pas connaître le venin parmi vous, et on ne lâche au contraire qu'à vous ôter la juste horreur qu'en ont tous les Chrétiens. Il faut donc encore vous faire voir que votre ministre s'emporte jusqu'à dire que le schisme, même celui où la foi et la religion sont intéressées, n'empêche pas le salut; et, ce qui jusqu'ici était inouï, qu'on peut être ensemble et saint et schismatique. Vous serez trop ennemis de vousmêmes, si vous refusez un peu d'attention à une vérité que je vais rendre aussi claire qu'elle est importante.
REMARQUES
SUR LE TRAITÉ DU MINISTRE, ET PREMIÈREMENT SUR CE QU'IL AUTORISE LE SCHISME.
J'ai consommé mon ouvrage : la promesse de Jésus-Christ est entendue, et on a vu qu'on ne lui oppose que de manifestes chicaneries. Il est temps de passer plus avant, et de découvrir dans l'écrit du ministre d'insupportables erreurs.
Je commence par ce qu'il enseigne sur le schisme, et je distingue avant toutes choses le
schisme où la foi est intéressée d'avec les schis- ble dans les deux premiers siècles de l'Eglise. »
mes où l'on tombe innocemment sur de purs Le ministre parle à peu près dans le même sens
faits comme quand on voit par une élection par- en d'autres endroits1, mais je mécontente de
laeée deux eveques dans la même Eglise, sans ce seul passage que j'ai rapporté exprès tout en-
qu'on puisse discerner lequel des deux est bien tier, à la réserve de ce qui pourrait regarder
ordonné : c'est là une erreur de simple fait, où d'autres questions que celles où nous sommes de
la foi n'est point souvent engagée, ni souvent l'union des Eglises.
même la charité. Quand l'esprit de dissension S'il ne fallait que de beaux discours et des ne s'y trouve pas, et qu'on est trompé seulement tours ingénieux pour établir la vérité, j'aurais par i'ignorance d'un fait, ce n'est pas un vrai ici tout à craindre. Mais pour un peu qu'on schisme qui désunisse les cœurs , puisqu'on y veuille pénétrer le fond, il n'y a personne qui ne voit comme dit saint Paul i, « un seul Christ, trouve étrange cette impossibilité de l'union exce une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu térieure des Eglises, et le peu d'attention qu'on « et Père de tous, avec un seul corps » (de l'Egli- donne aux apôtres pour assembler leurs disci- « se) « et un seul esprit,» et on n'est point schis- pies dans une même communion, malique. Mais ce que je veux remarquer dans Le ministre n'ose pousser cette prétendue imles écrits de votre ministre, c'est qu'il enseigne possibilité plus avant que les deux premiers sièpositivement qu'on est ensemble et fidèle et clés, et dès là on doit tenir pour certain que, schismatique même dans la foi. s'il nous abandonne les siècles suivants, c'est Pour parvenir à cette fin, voici par où l'on qu'il y a trouvé l'union si clairement établie, vous mène, et Ton jette de loin ces faux princi- qu'il n'a pas vu de jour à la nier. pes2 : « L'unité de l'Eglise tant vantée ne fut Confessons donc avant toutes choses, du conpoint le! premier objet des soins et des travaux sentement du ministre, que l'union intérieure des apôtres. Us ne travaillèrent point à la former et extérieure des Eglises chrétiennes a un titre par des lois et des règlements qui dussent être assez authentique, puisqu'il a quinze cents ans observés par l'Eglise universelle jusqu'à la fin d'antiquité, et qu'il a été arrosé du sang des mardes siècles. Chaque apôtre allant de lieu en lieu, tyrs durant le IIIe siècle. C'est cependant cette selon que le Saint-Esprit le poussait, ou que la antiquité qu'on vous apprend à mépriser, au Providence lui en fournissait les moyens, ensei- lieu que la raison seule vous doit apprendre nongnait la vérité évangélique, et formait un trou- seulement qu'une telle antiquité est digne de peau... Chaque Eglise particulière que les apô- toute créance, mais encore que ce qu'on trouve tresfondaient, vivaitsous la conduite de son pas- si solidement et si universellement établi dans teur et s'assemblait secrètement dans une cham- un siècle si voisin des apôtres, ne peut manquer bre. Elle formait sa discipline selon ses besoins de venir de plus haut.
et selon la circonstance des lieux et des temps. C'est donc en vain qu'on nous veut cacher
Il n'y avait point alors de Symbole commun, cette union des Eglises dans le IIe siècle. Car en-
c'est une chimère de s'imaginer que les apôtres core qu'il nous reste à peine cinq ou six écrits,
en aient dressé un, ou l'aient envoyé à toutes il y en aurait pourtant assez dans ce petit nom-
les Eglises On savait en Orient que l'Occi- bre pour convaincre le ministre ; et si je n'avais
dent avait reçu le christianisme un peu plus tard voulu dans cette Instruction me renfermer pré- ( qu'en Orient) ; mais l'union de ces Eglises, la cisément dans l'Evangile, la preuve en serait aiplupart inconnues et cachées les unes aux autres, sée. Mais pour aller à la source, comment a-t-on ne pouvait être ni générale ni publique, ni sen- pu penser que l'union des Eglises n'était pas du sible. Toutes ces Eglises particulières ne pou- premier dessein du Fils de Dieu: puisque c'est vaient être unies que par l'union intérieure, lui-même qui, formant le plan de son Eglise, a parce qu'elles avaient la même foi et la même donné à ses apôtres, comme la marque à laquelle espérance, et que Jésus-Christ était le chef inté- « on reconnaîtrait ses disciples, de s'aimer les rieur et commun à tous les Chrétiens... Les a uns les autres?» Et encore: « Mon Père, qu'ils Eglises naissantes étaient précisément dans le « soient un en nous, afin que le monde croie même état que celles de la Réforme, à qui les « que vous m'avez envoyé 2. » Ainsi, l'union, vaudois, dispersés en divers lieux, et cachés dans même extérieure, et qui se ferait sentir à tout le leurs montagnes, n'étaient pas connus. Con- monde, devait être une des marques du chriscluons de là que l'union extérieure de toutes les tianisme.
Eglises les unes avec les autres, ou avec le chef Mais peut-être que Jésus-Christ ne voulait pas
résidant à Rome, n'était ni nécessaire ni possi- dire que cette union s'entretint d'Eglise à Eglise,
• Lpliet. iv, 3 seq. — J Tom. i, liv. c, 4,n. 4, p. 34,35. i Tom. H, p. 651.— 5 Joan., xm, 25; xvii, 21.
et ne la voulait établir que de particulière parti- monts, conformément à cette parole : « Si guelculior, dans chaque Eglise chrétienne. A Dieu qu'un vient à vous, » de quelque côté qu'il y arne plaise : au contraire, il paraît que, de toutes rive, « cl n'y apporte pas la saine doctrine, ne les Eglises, il en a voulu taire une seule Eglise, « le recevez pas dans votre maison, et ne lui diune seule épouse : qu'il a voulu à la vérité sanc- « les pas bonjour » : » ne lui donnez pas le salut. lifier au dedans par lafoi qu'elle a dans le cœur, La première Epilre de saint Jean, selon I'anmais qu'il a voulu «en même temps purifier à tienne tradition, se trouve adressée aux Parthcs; « l'extérieur par le baptême de l'eau et par la et de l'Asie .Mineure, où il demeurait, cet apôtre « parole de la prédication. » C'est ainsi que parte enseignait les peuples si éloignés des pays dont saint Paid '. C'est celle Eglise que dès l'origine il prenait soin et de l'empire romain. Les apôon appela catholique : ce terme fut mis d'abord très n'écrivaient pas seulement à des Eglises pardans le Symbole commun des Chrétiens; et, sans ticulières, mais en nom commun « à toutes les enln , .,,( (• le ministre dans la question inutile, « tribus dispersées ~, et à tous ceux qui se consi les apôtres ont arrangé ce sacré Symbole «servaient en Dieu et en Jésus-Christ '.» Tout comme nous l'ayons, il suffit qu'on ne nie pas, l'univers savait la « foi, l'obéissance des Hoet qu'on ne puisse nier que la substance et le fond « mains4 : ■ et réciproquement on savait à n'en bissent de ces hommes divins, puisque tout Rome « ce que c'était toute l'Eglise des Gentils » l'univers l'a reçu comme de leur main et sous (en nom collectif et en nombre singulier) «et qui leur nom. On a donc toujours eu une loi com- « étaient ceux à qui clic était redevable r>. » mime, une commune profession de la même Qu'importe donc qu'on s'assemblât on dans une foi, une seule et même Eglise universelle, chambre ou ailleurs, puisque l'on se communicomposée en unité parfaite de toutes les quait même desprisons, d'où l'Evangile courait, Eglises particulières, où aussi on établissait la comme dit saint Paul c, sans pouvoir être communion tant intérieure qu'extérieure des lié?
saints, qu'on nous donne maintenant comme Au surplus, si on eût tenu pour indifférent
impossible. d'être uni ou ne l'être pas dans la doctrine une
« Les apôtres, » dit le ministre 2, « n'ont point fois reçue, saint Paul n'aurait pas donné aux Ro-
travaillé à former la discipline par des lois qui mains ce précepte essentiel : « Prenez garde à
dussent être perpétuelles et universelles. » Mais « ceux qui causent des dissensions et des scan-
sous prétexte qu'ils laissaient une sainte liberté « dalcs parmi vous contre la doctrine que vous
dans les cérémonies indifférentes, la vouloir « avez reçue, retirez-vous de leur compagnie 7. »
pousser plus avant, ou dire que ces saints liom- Est-ce peut-être qu'on observait ceux qui cau-
mes ne s'étudiaient pas à rendre commune saient des divisions contrôla doctrine reçue dans
la profession de la foi, le fond de la discipline et les Eglises particulières, et qu'on laissait impu-
la substance des sacrements, c'est ignorer les ni le scandale qu'auraient pu causer les Eglises
faits les plus avérés, et vouloir ôter au christia- mêmes? Ce serait une absurdité trop insuppor-
nisme la gloire de cette sainte uniformité que le table, monde même y admirait. Mais si l'autorité de l'Eglise nommée en com-
Ce n'est pas une moindre erreur de dire que mun était de si peu de poids sur chaque Eglise « les Eglises étaient pour la plupart inconnues particulière, d'où vient que saint Paul prenait « les unes aux autres, » et s'assemblaient dans tant de soin de faire remarquer aux Corinthiens une chambre, sans se soucier de leur mutuelle ce qu'il enseignait à tout l'univers; «leur encommunication. Car, au contraire, dès l'origine, « voyant exprès Timothée,pour les instruire des les Eglises ont toutes tendu à s'unir, et à se taire « "voies qu'il tenait partout et en toute l'Eglise 8,» mutuellement connaître. Tout est plein, dans les et encore : « c'est ce que j'enseigne dans toutes écrits des apôtres, du salut réciproque qu'elles « les Eglises 9; » sur ce fondement, « Dieu n'est se donnaient en la charité du Seigneur : l'Eglise « pas un Dieu de dissension , mais de paix ? », de Babylone, quelle qu'elle fût, constamment comme s'il eût dit qu'il unissait non-seulement bien éloignée, saluait celle de Bithynie etdu Pont les particuliers, mais encore toutes les Eglises d'Asie, de Cappadoce et de Galatie3. La gravité entre elles; ce qui lui faisait ajouter, contre les des Eglises ne permet pas de prendre ce salut, auteurs des divisions et des scandales : « Est-ce qu'on trouve en tant de lettres des apôtres, pour « de vous qu'est sortie la parole de Dieu, ou bien un simple compliment ; c'était la marque sen- « ètes-vous les seuls à qui elle est parvenue 10? » sible de la sainte confédération et commimion des Eglises dans la créance et dans les sacre- ' n •/oa"-.io.-J/ac.,i, 1. -3 /«*., 1. — *s<m., i.s, m. ».
5 Rom.l, 4. — « II T/iess., lll,l; II Tim., Il, 9.— ' Rom., XVI.
« Sph«.,V,M, 2G.— = Tom. I, p. 33, 36.—^ I Relr., t, 1; r, 13. 17- — 8 / Cor., iv, 17. — • / Cor., x:v,33. — '° JhnL, 3fi.
B. Tom IV.
23Q DEUXME INSTRUCTION PASTORALE
leur montrant, par cette doctrine, combien ils « les sept mille réservés de Dieu» dans le royau-
devaient déférer au commun sentiment des Egli- me d'Israël, qui « n'avaient point courbé le ge-
ses, et surtout de celle d'où la parole de Dieu « nou devant Baal, » étaient schismatiques, sé-
leu'r était venue. Voilà ces Eglises « qui ne se parés de l'Eglise primitive de Jérusalem, damnés
« connaissaient pas, pour la plupart, » et qui par conséquent, dit votre ministre l, « au juge-
avaient si peu d'égard pour la doctrine et les « ment de messieurs les prélats ; et cependant, y
sentiments les unes des autres. * continue-t-il, « Dieu les absout. »
Quand le ministre veut imaginer que les Egli- Ces sept mille, ajoute-t-il 2, « étaient l'Eglise
ses chrétiennes ressemblaient à la « Réforme de Dieu, quoiqu'ils n'eussent ni étendue, ni vi-
« qui, lorsqu'elle vint, ne connaissait pas les sibililé, ni union avec l'Eglise de Jérusalem, ni
« vaudois, » il devait donc faire voir par quelque la succession des prêtres. Ils ne périssaient donc
exemple de l'Ecriture, ou du moinsde l'antiquité point. »
ecclésiastique, qu'il s'était formé des Eglises, Un abîme en appelle un autre. « Dieu avait là
comme la Réforme, qui ne tinssent rien de celles « (dans le schisme d'Israël) une suite de pro-
qui étaient auparavant, et même n'en connus- « phètes nés et vivants dans le schisme, » c'est-
sent aucune de leur créance. C'est ce qu'il ne à-dire, comme il vient de l'expliquer, « séparés
montrera jamais; toutes les Eglises naissantes « de la succession des prêtres et de l'Eglise pri-
venaient de la tige commune des apôtres, ou de « mitive de Jérusalem 3. » Les prophètes, dont
ceux que les apôtres avaient envoyés, et en ti- il veut parler, sont ceux qui prophétisaient en
raient leurs pasteurs avec la doctrine. Israël avec Elie et Elisée : donc Elie et Elisée
Le ministre n'aurait pas fait agir les pasteurs avec tous les saints prophètes qui leur étaient
si fort indépendamment les uns des autres, et unis, selon le ministre, étaient schismatiques; et
sans aucun mutuel concert, s'il avait songé que cependant, poursuit-il, ces prophètes schismati-
saint Paul même ne dédaigna pas de « venir à ques, Elie, Elisée et les autres, « étaient-ils dam-
« Jérusalem exprès pour visiter Pierre, de de- « nés à cause d« leur séparation, à cause que la
« meurer avec lui quinze jours ;» et encore qua- «succession leur manquait? » Point du tout,
torze ans après, de « consacrer avec les princi- dit-il : cela n'est rien, selon les ministres ; le
« paux apôtres sur l'Evangile, qu'il prêchait aux titre de schismatique devient beau dans leur
« Gentils, pour ne point perdre le fruit de sa bouche et la nouvelle Réforme le donne aux
« prédication *. » Ces hommes inspirés de Dieu prophètes les plus saints,
n'avaient pas besoin de ce secours; mais Dieu Tout cela est avancé pour sauver le schisme,
même leur révélait cette conduite comme saint La Réforme prend soin de le défendre. « 11 y a
Paul le marque expressément 2, afin de donner du plaisir, «dit le ministre 4 «à entendre là-des-
l'exemple à leurs successeurs, et les avertir de sus M. de Meaux qui, entêté de l'unité de son
prendre garde, dans la fondation des Eglises, à Eglise et de la succession des pasteurs, rejette
poser toujours « comme de sages architectes, le les Samaritains comme autant de schismatiques
a même fondement qui est Jésus-Christ, et à perdus, parce qu'ils n'étaient pas unis à la source
« observer en même temps ce qu'ils bâtissaient de la religion, et que la succession d'Aaron leur
« dessus 3. y> manquait. »
Cependant, à la faveur de ces beaux récits, et Ainsi ce n'était pas Dieu qui avait commandé du tour ingénieux qu'on y donne à l'état des à tout son peuple, et aux dix tribus comme aux deux premiers siècles, on insinue le schisme, on autres, de demeurer unis et soumis aux seuls dégoûte insensiblement les fidèles du lien de la prêtres de la famille d'Aaron : ce n'était pas communion des Eglises. Elle n'était pas, dit-on, Dieu qui avait prescrit au même peuple par la du premier dessein, et c'est une invention du bouche de Moïse de « reconnaître le lieu que le IIIe siècle : quelque établie qu'on la voie depuis « Seigneur choisirait , avec expresse défense ce temps, c'est assez qu'elle ne soit pas de Fin- « d'offrir en tous lieux qui se pourraient présenstitution primitive; et l'on veut désaccoutumer « ter à la vue5 : » le temple de Jérusalem n'éles Eglises de faire leur règle de la foi commune, tait pas ce lieu expressément désigné de Dieu, Après avoir ainsi préparé de loin la voie à ne sous David et sous Salomon, et unanimement replus craindre le schisme même dans la foi, et à connu par toutes les douze tribus ; malgré des tenir toute communion pour indifférente, on en commandements si précis de Dieu et de la Loi, vient à dire tout ouvertement, que le schisme il n'y avait aucune obligation de s'unir à la sucdont nous parlons n'empêche pas ie salut. cession du sacerdoce d'Aaron ni à l'Eglise pri- Le sentiment du ministre n'est pas obscur : ,„ „ an B„ T1T „ 2r> „ Cfi„
1 » Tom.n,c7, n. 30, p. 661; III. Iicg.,xix, xx.— 2 Pag. 663. —
» Calai., y, 18, H, 2. — 3 Itrid 3 / Cor. m, 10. 3pag. e63. — * Pag. 661, 662. — * Deul, XII, 5 seq.
mstftM de Jérusalem. Ce sont là des entêtements dr M. de Meaux, el non pas des témoignages exprès de la Loi de Dieu.
.Mais ce qui m'étonne le plus, c'est le peu d'at-
t< uiion qu'on l'ait parmi vous à l'expresse condamnation du schisme de Samarie, prononcée par lésas-Christ même, lorsqu'il dit aux Samaritains ' : « Vous adores ce que TOUS ne connais « sez pas; nous, nous adorons ce que nouscon- « naissons, parce que le salut vient des Juifs. » Il lc> sépare manifestement de sa compagnie, lorsqu'il dit vous cl mais ; il les sépare oonséqueunnent du salut, qui ne peut être qu'avec lui; et il ne reste plus qu'à examiner s'il les condamne pour l'idolâtrie, ou seulement pour le schisme.
Le ministre abuse manifestement de cette parole de Jésus-Christ : ■ Vous adorez ce que vous « ne connaisse/ pas : » a ce qui fait voir, nous dit-il ">-, « que les Samaritains étaient condamnés à cause de leur ignorance. OU des dieux inconnus qu'ils adoraient j et non pas à cause du schisme, OU parce que la succession du sacerdoce d'Âaron leur manquait. » C'est ainsi qu'il combat toujours en faveur du schisme, et ne veut pas que Jésus-Christ l'ait pu condamner. Mais il se trompe manifestement, quand il rejette la condamnation sur l'idolâtrie des Samaritains. C'est un fait constant el avoué, qu'il y avait plusieurs siècles que les Samaritains n'avaient plus d'idoles, et qu'attachés uniquement, comme ils le sont encore, à l'adoration du vrai Dieu, toute leur question avec les Juifs ne regardait que le lieu où il fallait adorer. Sans avoir besoin d'ouvrir les histoires pour voir celle vérité, le seul Evangile nous suffit, puisque la Samaritaine y parle du Sauveur en ces termes3: « Nos pères ont adoré sur cette montagne, et « vous dites que c'est à Jérusalem qu'il faulado- « rer.»Nos pères, c'est-à-dire Jacob el les patriarches, n'adoraient point les idoles : ce n'était donc point les idoles que la Samaritaine voulait adorer, et la dispute ne regardait pas l'objet, mais le seul lieu de l'adoration; en un mot, toute la question entre les Juifs et les Samaritains était a savoir si Dieu voulait qu'on le servît ou dans le temple de Jérusalem avec la Judée, ou dans celui de Gazirim avec Samarie. Cela posé, il est manifeste que la condamnation de Jésus-Christ tombe précisément sur le schisme, et s'il reproche aux Samaritains de ne pas connaître Dieu, c'est, comme je l'avais expliqué 4, au sens où l'on dit que l'on ne connaît pas Dieu quand on méprise ses commandements,
' Joan., IV, -J.2. —2 Tom. U, p. tio4. — * Joan.,\\, 20. — * Prem. ÎIUJ..393.
ses promesses, la source de l'unité, le fondement de l'alliance, et le reste de même nature que Samarie avait rejeté.
Si, comme le ministre l'insinue trop ouvertement, c'était une chose indifférente de reconnaître ou de ne reconnaître pas les prêtres , successeurs d'Aaron , el (pie les Samaritains fussentexcusables den'j avoir pas recours, selon L'ordonnance expresse de la Loi, Jésus-Christ n'y aurait pas renvoyé avec les autres lépreux celui qui était Samaritain '. J'ai rapporté ce pas-
ge dans ma première Instruction pastorale. Le ministre y devait répondre, ou convenir , après Tertullien, que Jésus-Christ apprenait par là aux Samaritains à reconnaître le temple elles prêtres enfants d'Aaron, comme la tige du sacerdoce et la source de la religion et des sacrements.
Après cela, quand on attribue non-seulement aux vrais fidèles, mais encore aux saints prophètes du Seigneur , le schisme des dix tribus, et que l'on compte pour rien de les désunir de la suite du sacerdoce el celle du peuple de Dieu, c'est vouloir induire sur eux le péché de «■ Jéro- « boam qui pécha et qui fit pécher Israël. * » C'est le caractère perpétuel qui est donné à ce roi impie dans tout le livre des Rois >. Mais il faut en même temps se souvenir que c était une partie principale du péché tant reproché à Jéroboam, d'avoir établi des «prêtres qui n'étaient « point entants de Lévi, ni du sang d'Aaron *, » et d'avoir rejeté ceux que Dieu avait institués dans ces races consacrées. L'érection des veaux d'or de Jéroboam ce fut la suite de cette ordonnance schismatique : « Ne montez plus en « Jérusalem [ni au lieu que le Seigneur a choisi): « voilà tes dieux, Israël, qui t'ont tiré de la terre « d'Egypte 5. » Ainsi la source du crime dans Jéroboam, c'est « d'avoir séparé Israël d'avec le « Seigneur, » comme porte expressément le livre des rois •, et son plus mauvais caractère est celui de séparateur. Ce fut en haine de l'ordonnance qui séparait le peuple de Dieu de sa tige, que non-seulement les lévites, mais encore tous ceux d'Israël « qui avaient mis leur cœur à « chercher Dieu 7 » abandonnèrent le schisme auquel on veut maintenant faire adhérer les prophètes.
Il est vrai qu'en mémoire d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, Dieu voulut laisser dans les dix tribus un grand nombre de saints prophètes qui attachèrent une partie considérable du peuple au culte du Dieu de leurs pères. Mais, après
' Lue.,xm, 13-13. — /// Reg.; xiv, 16 scq. — > IV Reg., x, 31 se | — • III Reg., xu. 31 ; // Par., xm, 5.—' /// Reg-, xn. 23. • IV Reg., xv;i,21. — ' II Tar., xi, 13,16.
tout, ce fut à la fin pour le péché de Jéroboam qu'il livra les Israélites à leurs ennemis * : la source de tous les malheurs, marquée au livre des Rois, est toujours cette première séparation, où Jéroboam divisa le peuple et le sépara du Seigneur 2. Aussi Dieu avait-il maudit l'autel schismatique dès son origine, en lui faisant annoncer sa future extermination, sous le saint roi Josias, par les prophètes envoyés exprès 3. Si cependant par violence et par voies de fait les vrais Israélites avec leurs prophètes étaient empêchés de monter effectivement en Jérusalem, et d'y reconnaître le seul sacerdoce légitime qui fût alors, ils n'en pouvaient jamais être désunis de cœur; et sans manquer de fidélité aux rois d'Israël que Dieu avait dans la suite rendus légitimes, Elisée sut bien reconnaître la prérogative que Dieu avait conservée aux rois de Juda, par rapporta la religion, 'lorsqu'il parla ainsi à Achab roi d'Israël, qui l'interrogeait sur les volontés du Seigneur : « Qu'y a-t-il entre vous et moi, roi « d'Israël? allez aux prophètes de votre père et « de votre mère. Vive le Seigneur ! si je n'avais « respecté la présence de Josaphat, roi de Juda, « je ne vous aurais pas seulement regardé 4. » Josaphat, de son côté, au seul nom d'Elieet d'Elisée, reconnut d'abord qu'ils étaient de véritables prophètes, et tout le monde savait que tous les saints du royaume d'Israël étaient de même religion, et dansle cœur, autant qu'ils pouvaient, de même culte que ceux de Juda.
C'était pour établir cette vérité, qu'Elie, dans ce mémorable sacrifice, où le feu du ciel descendit à sa prière pour consumer l'holocauste, en présence de dix tribus assemblées, redressa un des autels du Seigneur, et, pour le construire, « prit douze pierres, selon le nombre des douze « tribus des enfants de Jacob, à qui le Seigneur « avait dit : Israël sera ton nom 5 : » par où il voulait montrer qu'Israël dans son origine n'était pas un nom de séparation, comme il l'était devenu depuis; mais qu'au contraire, c'était en matière de religion et de sacrifice un nom de communion, et que les douze tribus étaient faites pour adorer au même autel le Dieu de leurs pères.
Aussi le même prophète l'invoqua-t-il en cette occasion à haute voix, « sous le nom de Dieu « d'Abraham, d'Isaac et d'Israël 6,»cn lui disant: « Montrez , Seigneur , que vous êtes le Dieu « d'Israël, » et que les douze tribus « dont vous « voulez aujourd'hui de nouveau convertir les « cœurs, » ne sont qu'un seul peuple à votre au-
— ' /// Reg., xiv; 16. — : IV Reg., xvn, 21. — s /// Reg., xiii, 1, 2, —• IV. licrj., m, 13, 14. — » III Rrj. nviii, 30, 32. — lb,d., 36,37.
tel. Telle était l'union qu'Elie reconnaissait entre tous les vrais Israélites dans ce sacrifice commun.
Jonas, qui prophétisait parmi les tribus séparées dont il était, ainsi qu'on le trouve au livre des Rois l, ne s'était point pour cela séparé du temple de Jérusalem, puisque, jusque dans le ventre de la baleine qui l'avait englouti, il se consolait en criant : « Seigneur, quoique rejeté « de devant vos yeux, je reverrai votre saint « temple 2 ; » par où il marquait tout ensemble, et qu'il avait accoutumé de le visiter, et qu'il espérait encore d'y rendre à Dieu ses adorations.
Un autre prophète d'Israël, ce fut Osée, en prédisant aux dix tribus séparées leur heureux retour, leur annonce qu' « ils reviendraient au « Seigneur leur Dieu et à David leur roi 3, » pour les ramener par ses paroles au temps qui avait précédé le schisme de Jéroboam, et leur rappeler le souvenir de cette parole du roi Abiam : « Ecoutez, Jéroboam, et tout Israël : « ignorez-vous que le Seigneur a donné à David « le règne sur tout Israël pour jamais 4 ? »
Ainsi tout vrai fidèle est frappé d'horreur, quandil entend dire que les sept mille que Dieu réservait, et que les prophètes du Seigneur, qui enseignaient les dix tribus, étaient schismatiques, jusqu'à celui que son zèle ardent fit enlever dans le ciel dans un chariot de feu.
Et il ne faut pas s'imaginer que la partie de l'Eglise qui se conservait dans le royaume d'Israël demeurât sans culte. Car ce n'était pas en vain que Dieu leur envoyait '.ant de saints prophètes avec tant de miracles éclatants pour les empêcher d'oublier la foi de Moïse. Ils en gardaient ce qu'ils pouvaient, en s'assemblant « avec « les prophètes au premier jour du mois et tous « les jours du Sabbat 5, » c'est-à-dire aux jours ordinaires marqués par la loi, comme il est écrit expressément au livre des Rois. Il y avait même parmi eux des autels de Dieu; et s'ils en eussent été privés, Elie n'aurait pas dit au même temps que les sept mille lui furent montrés en esprit : « Seigneur, les enfants d'Israël ont abandonné « votre alliance : ils ont abattu vos autels et mas- « sacré vos prophètes 6. » Ils persistaient donc dans l'alliance, et en avaient pour marques sensibles les prophètes, sous la conduite desquels ils servaient Dieu, et les autels qu'ils élevaient au nom du Seigneur. Ce pouvaient être des autels semblables à celui qu'érigèrent ceux de Ruben et de Gad avec la demi-tribu de Manassès 7 non point pour se séparer de l'autel du-
> IV Rcg., xiv, 25. — 2 Joan., il, 5. — 3 Osée, III, 4, 5. — ( // Par., xill, 5. — S IV. Rcj., iv, 23. — « III Reg., xix. 24.— ' jos> XXII, 27.
su; LES PROMESSES DE L'EGUS .
Bigneur, mais au contraire comme on mémorial de la pari qu'ils se réservaient am saa ifii communs. Mais enfin quels que fussent ces autels, et quel qu'ait été le oulte que Dieu y établissait, selon la condition de ces temps, parle ministère extraonlinaire et miraculeux des prophètes, toujours esi-il bien certain que ce n é lait pas l'autel de Béthe) ni les autres de J6roboam que Dieu a\;ùt en horreur, comme on
a TU.
Par conséquenl cette Eglise, que Dieu réserfail en Israël, 8e rendait visible autant qu'elle le pouvait dans une si cruelle persécution ; et quand elle lut réduite a secacher tellement dans
le royaume des dix tribus Béparées, qu*Elie ne l'y voyait plus, deux raisons empêchent que cela
ne nuise à tout le corps de l'Eglise : l'une, que cet état ne durera pas, comme le reste de l'histoire d'Elic el toute celle d'Elisée le bit paraître; el l'autre, qui est l'essentielle, que c'est un l'ait avéré dans le même temps, que l'Eglise et la religion éclataient en Judée sous Josaphat el les autres rois.
Ainsi on ne fait ici que vous amuser; on vous fait prendre le change, et on met la difficulté où elle n'est pas. Cette dispute sur les sept mille, qui est votre unique refuge, ne sert de rien à la question, et ne nuit en aucune sorte à la doctrine que j'ai établie touchant la promesse de l'Evangile. Les Catholiques ne prétendent pas que la foi ne puisse jamais être cachée en des endroits particuliers, puisque même nous confessons qu'elle y pourrait être tout à l'ait éteinte. Le fondement que nous posons, c'est que la succession des pasteurs qui remontent jusqu'aux apôtres, ins que la descendance en puisse être interrompue ni niée, es! incontestable; que ceux qui chercheront Dieu, verront toujours une Eglise où on le pourra trouver, une Eglise qui soit toujours « le soutien et la colonne de la vérité l ; » une Eglise a qui l'on dira jusqu'à latin de l'univers : Dites-le à l'Eglise; et, s'il n'écoute pas « l'Eglise, qu'il vous soit comme un gentil et un « publicain 2; » une Eglise enfin plus immuable que le roc, dont la foi toujours connue et victorieuse verra toutesles erreurs tomber a ses pieds : et contre laquelle l'enfer ne prévaudra pas. Que cette Eglise ait quelque part des membres cachés, qu'elle s'obscurcisse,qu'elle périsse même quelque part, sa perpétuelle universalité ne laissera pas de subsister : la promesse ne sera pas anéantie pour cela ; et une marque que les objections qu'on vient d'entendre n'appartiennent seulement pas à la question que nous traitons, c'est qu'on peut vous accorder tout ce que vous
« 1 Tim., m, 13. __: .Valth. xvrn,i7.
dites sur les fidèles cachés, sans que notre doctrine ait reçu la moindre atteinte.
Les sept mille vous servent si peu, que même vous ne sauriez tous mettre à leur place. Si la Messe, ou toide autre chose que vous voudrez imaginer, est le Baal, devant lequel les sept
ille n'avaient pas fléchi le genou, quand Luther, ou Zwingle, ouOËcolampade, ouBucer, ou Calvin oui éclaté, les sept mille, qui croyaient comme eu\ secrètement, ont du venir leur déclarer cette secrète créance, et leur dire : Nous étions déjà dans ces sentiments; vous n'avez fait que nous rallier, cl nous donner la hardiesse de nous découvrir. Mais, loin d'en trouver sept mille qui leur tinssent ce langage, nous avons pn ministres d'en nommer un seul. J'en
ai moi-même interpellé M. Claude, et il a dit: ■ M. de Meaux croit-il que tout soit écrit? » Je l'ai demandé à M. Jurieu, et il a répondu : «Une nous importe?» J'ai mis ce fait sous les yeux de tous leslecteursde mon troisième Avertissement contre M. Jurieu'. Sans vous obliger à recourir à ce livre, et pour renfermer dans ce seul écrit toute la force de ma preuve, interrogezvous vous-mêmes, si jamais on vous a nommé, non pas sept mille hommes et un nombre considérable, mais deux ou trois hommes, mais un
l homme qui ait déclaré aux réformateurs qu'il n'avait jamais été d'une autre créance que de celle qu'ils leur annonçaient. Dressez de nouveau vos ministres les plus curieux, les plus savants, les plus sincères, de vous éclaircir d'un fait si essentiel à la décision (|c cette cause : si vous ne voyez clairement leur embarras; si loin de vous montrer un seul homme qui, avant Luther ou OEcolampade, ait cru comme Luther clOEcolampade, ils ne sont à la fin contraints de vous avouer de bonne foi, que Luther même et OEcolampade, Bucer et Zwingle, s'étaient faits prêtres ou même religieux de bonne foi, et qu'ils avaient innové non-seulement sur les pasteurs précédents, mais encore sur eux-mêmes, je ne veux plus mériter de vous aucune créance, ils n'avaient donc pour eux ni les visibles, ni les invisibles, ni les connus, ni les inconnus ; et il faut que vous confessiez qu'en cela, semblables à tous les hérésiarques qui furent jamais, vos auteurs, quand ils ont paru, n'ont rien trouvé sur la terre qui pensât comme eux.
Dès. là donc, pour justifier le schisme qu'ils avaient fait avec tous leurs prédécesseurs et avec tous les vivants, il a fallu s'intéresser pour le schisme même, et en adoucir l'horreur; par ce moyen les sept mille sont devenus schismatiques sans péril de leur salut : les saints prophètes
1 3e Aval.,n. 31, 32.
étaient séparés de la suite du sacerdoce et de l'Eglise, sans scrupule et sans aucune diminution de leur sainteté : il a fallu taire voir qu'il n'y avait nulle nécessité que les Eglises lussent si unies : chaque Eglise se doit former par elle-même; des Eglises on en viendraaux particuliers: nul ne doit régler safoi sur son prochain non plusque surles Eglises, pas même sur celle où l'on est. Chacun n'a à consulter que son cœur et sa conscience. Vous voyez par expérience où l'on va par ce chemin, et si la suite inévitable n'en est pas toujours la religion arbitraire ou l'indifférence des religions, sans en excepter le socianisme ni le déisme.
REMARQUES
SUR LE FAIT DE PASCHASE RADBERT, OU LE MINISTRE TACHE DE MARQUER UNE INNOVATION POSITIVE.
Pour détourner vos oreilles d'une doctrine si simple, on vous accable de faits inutiles. Mais il n'y a que deux faits qui servent à votre salut, et ils sont constants : l'un est que vos prétendus réformateurs ont établi vos Eglises en se séparant de la communion, de ceux qui les avaient baptisés et ordonnés, et en rejetant, à l'exemple de toutes les hérésies, la doctrine de tous les pasteurs qui étaient en place lorsqu'ils ontparu1 ; l'autre, que l'Eglise catholique n'a jamais rien fait de semblable. Il fallait donc écarter tous les autres faits qui ne servent qu'à détourner la question, et ensuite n'étourdir le monde ni des Chinois, ni des Grecs, ni de Claude de Turin, ni de la morale sévère, ni de la morale relâchée, ni des maximes du clergé de France, ni des jansénistes, ni desquiétistes, ni du cardinal Si'ondrate et de ses nouveautés sur le péché originel , ou sur les autres matières semblables; ni même des albigeois, ni des vaudois, que la Réforme contesse elle-même comme on ■vient de voir, qu'elle ne connaissait pas quand elle est venue, et qui d'ailleurs ne se trouvaient pas moins embarrassés que vous à nommer leurs prédécesseurs. Il fallait donc, ou nommer la suite des vôtres sans interruption : ce que vous n'entreprenez seulement pas ; ou, pour convaincre par un fait certain l'Eglise romaine de rupture avec ses auteurs, y inarquer dans sa suite un point fixe et déterminé où l'on se soit vu contraint, pour soutenir sa doctrine, de renoncer à la leur. Voila, dis-je, précisément ce qu'il fallait avoir prouvé: sinon l'on dispute en l'air; et l'Eglise subsiste toujours, sans pouvoir être troublée dans son état.
Voire ministre a senti ce qui manquait à sa preuve ; et je vous prie, mes chers frères, de
1 I rem. but-, p. -205.
bien entendre ses paroles, qui vous mettront dans la voie de votre salut, si vous les voulez comprendre ; les voici de mot à mot :
« M. de Meaux soutient mal à propos qu'on ne peut marquer à la vraie Eglise, c'est-à-dire à l'Eglise romaine, son commencement par aucun fait positif, qu'en remontant aux apôtres, à saint Pierre et à Jésus-Christ; et si cela était vrai, il aurait raison1. » Pesez bien, encore une fois, que s'il y a une Eglise à laquelle on ne puisse montrer son innovation par aucun fait positif, ce sera la véritable Eglise. Le ministre en est convenu, et il ne se sauve qu'en niant que cet avantagé appartienne à l'Eglise catholique ; il se sent donc obligé à donner des dates précises de chaque dogme de l'Eglise. « Oui, » poursuit-il, « on marque précisément les innovations, le commencement et le progrès des erreurs, des faux cultes, et de l'idolâtrie par laquelle l'Eglise romaine se distingue de la Réforme. » Si c'était assez de le dire, il serait trop aisé de gagner sa cause : mais ouvrez son livre, lisez la page citée, oà il promet d'établir ces dates, considérez 'le texte et la marge : ni dans le texte ni dans la marge vous ne trouverez aucune preuve, je ne dis pas établie, mais indiquée. Il confond le vrai, le faux, le douteux, ce qui est de foi et de discipline, c'est-à-dire ce qui peut changer et ce qui est invariable; et au lieu de montrer la rupture qu'il pose en fait, sans raisonner il suppose que nous avons tort. Est-ce ainsi qu'on établit les faits comme constants, comme positifs, comme avérés ? Il sent donc qu'il n'a rien à dire, puisque, entreprenant de marquer ces faits, il demeure court dans la preuve. Lisez vous-mêmes, etjugez.
Le fait qu'il articule le plus nettement c'est la prétendue innovation de Paschase Radbert. « On montre, » dit-il2, « le point fixe où une parcelle se séparait de la lige sur l'Eucharistie, lorsque Paschase était presque le seul, au IXe siècle, qui enseignait la présence réelle. •> S'il voulait montrer ce point fixe de séparation, il devait donc dire de qui Paschase s'était séparé, qui lui avait dit anathème, qui avait fait alors un corps à part: il n'en dit mot, parce qu'il sait bien en sa conscience qu'il n'y eut rien de semblable, et qu'au contraire, Paschase avançait positivement à la face de toute l'Eglise, sans être repris par qui que ce soit, « qu'encore que quelques-uns (remarquez ce mot) errassent par ignorance sur cette matière de la présence réelle, néanmoins il ne s'était encore trouvé personne qui osât ouvertement contredire ce qui était cru et confessé par tout l'univers3. » Voilà ce qu'écrit Paschase,
' Tom. il, 1. iv, c. 4, n. 15, p. 598. — ' Tom. n; p. 593. — 3 Episl. aUFrucl., p, 1631.
sans craindre d'être démenti; et en effet, il resta probation, quand elle serait véritable, fût un
si bien dans la communion de toute L'Eglise, que acte authentique de l'Eglise. Quoi qu'il en soit,
ni sa doctrine, ni ses livres, ni sa mémoire n'ont le ministre n'en a pas su davantage. C'est en
jamais élé notés d'aucune censure. Au lieu de vain que j'entrerais dans un fait avancé en l'air
trouver Paschase d'un côté, et, comme le mi- et dans les autres jetés «à la traverse. Il fautabré-
nistre l'avait promis, presque tout le monde de ger les voies du salut, et ne pas l'aire dépendre
l'autre, il trouve Paschase avec tout le monde; et votre instruction d'unecritiqueinutile, où quand
(lfl'aiitre,gM^/i/f.s-»//,s,.Voilàcepointti\i,(l(M'|)a- j'aurais l'avantage qui suit toujours la bonne
ration, où le ministre avait mis son espérance. cause, je n'aurais lait que perdre le temps. Il
Il y revient encore une lois, et encore une suffit qu'il soit véritable que si l'on avait une
fois il ne dit rien. « Avant Paschase, s dit-il > , fois trouvé dans le fait ce moment d'interruption,
« la transsubstantiation était inconnue. » Si elle la mémoire ne s'en serait jamais effacée parmi
eût été inconnue, tout le monde se serait donc les hommes; et l'Eglise catholique ou, si l'on
élevé contre, connue on a fait contre toutes les veut, l'Eglise romaine, porterait empreinte sur le
autres nouveautés; on nommerait OU le Pape front la date de sa nouveauté et de son schisme,
ou le concile qui aurait condamné le novateur, au lieu qu'elle y porte le témoignage immé-
Mais non, on ne dit rien de tout cela . cl l'on n'y morial de sa perpétuelle et invariable succes-
songe môme pas. 11 est vrai que le ministre dit sion.
bien qu'on cria. Paschase, au IXe siècle, « parut RFMVROI1FS avec son dogme de la présence réelle, et alors on
cria fort contre la nouveauté de ^a doctrine2. » SUR LE FA1T DES GRECS.
Il le dit, niais du moins rapportera-t-il quelque Lamémeraisonm'empôche d'entrer plusavant
acte authentique, comme il fallait faire pour dans ce qui regarde les Grecs. J'en ai dit assez
marquer ce « point fixe de la séparation » qu'il sur ce sujet dans la précédente Instruction pas-
avait promis? Non, et voici tout ce qu'il en sait: t»rale , et je veux seulement vous faire observer
L'Eglise gallicane, » poursuit-il, « avait ton- que votre ministre n'a pu ni osé le contredire.
jours été dans une créance très-différente de lia cité l'endroit de celte Instruction i où je
l'Eucharistie. > On attendait sur celte matière reproche justement aux Grecs de n'avoir « plus
quelque décret authentique d'une Eglise si éclai- « voulu dire comme ils faisaient » dans lescon-
rée; mais le ministre tourne tout court pour cilcs généraui qu'ils ont tenus avec nous:
nous dire en l'air: « Tout ce qu'il y avait de « Pierre a parlé par Léon2, Pierre a parlé par
grands hommes en ce temps-là , quoique divisés « Agalhon ; Léon nous présidait à Chalcédoine,
sur la grâce, se réunirent | mr défendre l'an- «comme le chef préside à ses membres; les
cienne doctrine sur l'Eucharistie. » Mais que «saints canons et les lettres de N. S. P. et con-
lirent-ils? Tout se va réduire au seul livre île « serviteur Céleslin nous ont forcés à prononcer
Ratramne, qu'on n'ose nommer, parce que son « celte sentence3. » C'est celle où Ncslorius fut
autorité n'est pas assez grande (tour montrer un déposé à Ephèse, dans le troisième concile œcu-
consentemenl décisif, et que d'ailleurs on n'est ménique, et dans l'action principale pour laquelle
pas d'accord de son sentiment, ni du sujet du il était assemblé.
livre ambigu qu'il fit par ordre de Charles le Le ministre a vu toutes ces paroles, même
Chauve. Le ministre n'ignore pas les disputes celles où le concile d'Ephèse a prononcé qu'il
entre les savants sur le sujet de ce livre, et dit « était contraint à (déposer l'hérétique) parles
seulement : « Charles le Chauve entra dans cette « saints canons et par les lettres » éman< es ca-
dispute: ce fut par son ordre qu'on écrivit, et noniquement de la Chaire de saint Pierre. Que
ceux qu'il avait chargés de cette commission demandons-nous davantage aux Grecs, et de
combattirent la présence réelle contre Pascha- quoi les accusons-nous, sinon d'avoir renoncé
se 3. » C'est la question que l'auteur suppose, au sentiment où nous étions tous dans les pre-
sans preuve décidée en sa laveur. « Ce qui miersconciles généraux, que constamment nous
achève,» conclut-il, « de faire voir que c'é'ait avons tenus ensemble ?
là le parti le plus autorisé et le plus nombreux. » Voila ce que je disais, ce que votre ministre a
C'est tout ce qu'il a pu dire de ce point fixe de vu et cité. Ecoutez ce qu'il y répond. Lisez seu-
séparation qu'on lui demandait , et qu'il entre- lement le titre qui est à la marge, vous y trou-
prenait de montrer; comme si un ordre donné verez ces mots: « Primauté de saint Pierre re-
par un empereur, sur une matière de foi, était « connue; » et dansle corps du discours: «Les
une approbation de ce prince , ou que cette ap-
» Prem. inst. pasl., n. 32; Rép., t. H, li*. IV, c. n, n. 6, etc. —
• Tom. n, p. 635. — * Ib.. p. 641. — »Tom. n, p. 631 et 642. « Epist. Conc, Chalc. ad Léon. — ■ Conc. Ephes., act. 1
qo5 DEUXIEME INSTRUCTION PASTORALE