‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 55 sur 313 · ZO*J · texte numérisé non relu

ZO*J

« Grecs reconnaissent la primauté de saint un concile général pour condamner l'hérésie de «. Pierre l, » Nestorius, il y avait, dis-je, dans les lettres du Mais peut-être qu'en reconnaissant la primauté Pape, quelque chose qui, joint aux canons, de saint Pierre, qui ne peut venir que de Jésus- contraint lesesprils, c'est-à-dire , manifestement Christ, ils ne reconnaissaient pas également quelque chose qui a force et autorité dans les qu'elle eût passé à ses successeurs, évèques de jugements de la foi que rendent les plus grands Home. Lisez encore dans le livre de votre* mi- conciles, et il ne reste plus de ressources à votre nistre à la marge : sentiment des Grecs; et dans ministre qu'en disant que cette contrainte canole corps ces paroles: « Que M. de Meaux n'allé- nique n'imposait ni déférence ni soumission à gue pas les acclamations des Grecs au concile de ceux qui la reconnaissaient. Chalcédoine, en faveur de saint Pierre et de Mais le ministre produit encore les « sépara- Léon-le-Grand : les Grecs ne contestaient pas à tions fréquentes des deux patriarches (d'Orient saint Pierre sa primaiie , ni à l'évêque de Rome et d'Occident) , pour prouver que les Grecs ne le premier rang dans les conciles où il était pré- croyaient pas que la primauté de saint Pierre et sent 2. » Ne nous arrêtons pas à ce qu'il voudrait de sa chaire fut si nécessaire qu'on y doive cominsinuer sur la présence du Pape. Il n'était pré- munier pour être l'Eglise *; de sorte qu'il fausent, que par ses légats, ni à Ephèse ni à Chai- drait croire, si l'on ajoutait foi à son discours, cédoine, où le concile disait qu'il présidait que les Grecs ne voulaient pas croire qu'il fallût, comme chef aux évêquesqui étaient sesmembres, pour être l'Eglise, demeurer dans un étatqu'euxct qu'il était contraint par ses lettres à prononcer mêmes ils reconnaissaient établi par Jésusla sentence. Mais enfin il est donc certain, de Christ, et qu'on pouvait renoncer à ses institul'aveu de votre ministre, que les Grecs recon- tions; absurdité si visible qu'elle tombe parellenaissaient dans le Pape une primauté venue de même en la récitant.

saint Pierre, et par conséquent d'institution Il ne faut donc pas tirer avantage des séparadivine. Si donc ils ont changé de ton et n'ont tions des Grecs, puisque, s'ils se sont quelqueplus voulu la reconnaître dans la suite, j'ai eu fois séparés, ils sont aussi retournés à leur raison de leur reprocher que c'est eux qui ont devoir, et ne se sont jamais rendus plus éviinnové et qui ont laissé tomber une institution demment condamnables que lorsqu'ils ont semqu'ils reconnaissaient auparavant, non-seule- blé vouloir oublier à jamais l'état où ils étaient ment comme ecclésiastique , mais encore comme avec nous, et changer, par un fait certain et podivine et venue de Jésus-Christ même. sitif, la doctrine perpétuelle dans laquelle leurs Mais allons encore plus avant, etvoyonsàquoi pères avaient été élevés jusqu'au jour de leur le ministre veut réduire la foi des Grecs. C'est rupture.

qu'en leur faisant avouer la primauté divine de Voilà où votre ministre a réduit les Grecs, et saint Pierre et de ses successeurs, ils nient seu- c'est sur ce fondement qu'il leur accorde sans lement « qu'on doive leur être soumis ou com- peine « la succession apostolique et la présence munier avec les évoques romains pour être l'E- miraculeuse de Jésus-Christ, si elle est promise glise 3 ; » et un peu après : « Ils ont toujours aux pasteurs qui ont pris la place des Apôtres 2. » soutenu (les Grecs) que cette primauté de saint A la bonne heure; ils ont donc pris la place des Pierre n'emporte ni soumission de la part des Apôtres, et n'en ont point interrompu la succes- Apôtres à saint Pierre, ni obéissance de la part sion : votre ministre le veut lui-même ainsi, des évêques au Pape; et les actes des conciles, Commencez donc par avouer que cette succesles registres publics de l'Eglise (ce sont ici mes sion leur était nécessaire, et laissez là vos Églises paroles qu'il rapporte) en font foi *. » Il devait à qui elle manque si visiblement, donc réfuter, ou nier du moins ce que j'ai tiré Quand donc, en expliquant la promesse : Je de ces registres et de la propre sentence que le suiz avec vous, j'ai dit que saint Pierre y était concile d'Ephèse a prononcée contre Nestorius: compris avec la prérogative de sa primauté 3, le « contraint par les saints canons et par les let- ministre ne devait pas dire que « cette lumière « très de saint Célestin. » Il n'a pu ni osé nier ne sort pas de l'oracle ni de la promesse de Jésusque ces paroles ne se lisent effectivement dans Christ, mais de l'esprit subtil de M. de Meaux *; » ces registres authentiques de l'Eglise, que les puisqu'il fait lui-même convenir les Grecs de la Grecs ont dressés conjointement avec nous. primauté divine de saint Pierre passée à ses sue- Il y avait donc, de l'aveu commun de l'Orient cesseurs, et si certaine d'ailleurs, que ses plus et de l'Occident, unis alors et assemblés dans grands adversaires ne peuvent la désavouer.

1 Tom. il, n. G, pag. 562.— ■ Tom. U, . 7, p. 663. —3 Tom il, n.6, ' Num. 7, p. 561. 2 Tom. », n. 7, pag. 563. — •• Prem. insl. past

— < Num. 7, p. 663. n. ZJ. — ' Tom. u, c. 2, n. 5, p. 561.

Jf n';ii donc rien pris dans mon esprit, et je n'ai lait qu'expliquer l'Evangile par l'Evangile, el une vérité par une aulre qui n'est pas moins

assurée; et si vous le permettez, j'ajouterai, mes chars Frères, ee seul mot : que des deux causes principales que les Grecs allèguent pour sauver leur rupture avec Rome, la première étant la procession du Saint-Esprit, et la seconde, la primauté de saint Pierre passée à ses successeurs ; dans la première, vous êtes des nôtres par votre propre Confession de foi, puisqu'elle porte en tenues formels que « le Saint-Esprit procède « éternellement du Père et du Fils ; et pour la seconde, qui regarde la primauté de saint Pierre,

votre ministre vous vient d'avouer, non-seulement qu'on la trouve dans les registres publics des conciles u'cuiuéniques, mais encore que les Grecs en étaient d'accord. Il sait bien, en sa conscience, que je pourrais soutenir cet aveu des Grecs par cent actes aussi positifs que ceux qu'on a rapportés; mais je me suis renfermé exprès dans ceux qui sont avoués par votre ministre. Pourquoi donc en appelée sans cesse aux Grecs, si ce n'est pourvous détourner du vrai état delà question, par des bits où il se trouve, après tout, sans consulter autre chose que t'Evangileet l'a- \ eu de votre ministre, que la vérité est poumons?

REMARQUES

sur l'histoire de l'arianismi :.

J'ai réservé, à la fin de celle Instruction, le grand argument du ministre, qu'il a répandu dans tout son livre : c'est celui qu'il tire de l'oppression de l'Eglise, sous les règnes de Constance et de Valons : « On marquait, » dit-il , « alors le point fixe où une parcelle combattait contre le tout; » à quoi il ajoute : « Ce point fixe était l'année de la mort de Constance. L'Eglise étendue et visible changea la doctrine dont elle faisait profession le jour précédent. » C'est-à-dire, selon le ministre, que d'arienne qu'elle était hier sous ce prince, dès le lendemain, sans plus tarder, elle redevint catholique; et il ne veut pas seulement songer qu'un changement si subit ne sert qu'à faire sentir qu'il ne se fit rien dans les formes ni par raison, sous ce prince, mais que l'injustice et la force ouverte y régnaient toujours.

Il est fâcheux, je vous l'avoue, d'avoir à repasser sur des faits si souvent éclaircis par nos docteurs; mais la charité nous y force, puisque l'aveu du ministre, et les tours qu'il donne à ces faits, vont mettre la vérité dans un si grand jour, qu'il n'y aura qu'à ouvrir les yeux pour l'apercevoir.

D'abord donc, lorsqu'il joint la persécution de

Valens avec celle de Constance, il veut grossir les objets. L'Eglise fut tourmentée d'une cruelle manière sous l'empereur Valens, arien, qui régnait en Orient, mais sans aucun péril pour la succession , puisque dans le même temps tout était paisible en Occident, sous Valentinien, son frère aîné. Et même du côté de l'Orient, les grands évéques de cet empire, un Athanase, un Rasile, les Grégoire de Nazianze el de N'jsse, un Eusèbe de Samosale, el tant d'autres qui sont connus, illustraient la foi par leur doctrine et parleurs souffrances. Les évèques catholiques, chassés de leurs Eglises, ne faisaient que porter la foi du lieu de leur résidence à celui de leur exil. Le ministre dit quelquefois que l'Eglise perdait alors de son étendue et de sa visibilité i : Ce n'est rien dire. On sait ce qu'opérait la persécution; le sang des fidèles, que versaient les empereurs chrétiens, n'était pas moins fécond que celui des autres martyrs ; et quoi qu'il en soit, il ne s'agit pas de savoir si l'Eglise peut devenir ou plus ou moins étendue, ni éclater davantage en un temps qu'en un autre; mais si elle peut cesser d'èlre étendue et visible, malgré la protection de celui qui a promis d'être tous les jours avec elle.

Laissant donc les temps de Valens, arrêtonsnous à Constance, sous qui la confusion parut plus grande ; et, puisqu'il faut ici établir des faits, faisons si bien que nous ne posions que ceux qui seront constants, et même avoués Italie ministre.

La déduction en sera courte, puisque je les réduis à deux seulement, mais qui seront décisifs. Le premier esl ainsi posé dans ma première Instruction pastorale : « Que quelque progrès qu'ait pu faire l'arianisme, on ne cessait de le ramener au temps du prêtre Arius, où l'on comptait par leur nom le petit nombre de ses sectateurs, c'est-à-dire huit ou neuf diacres, trois ou quatre évéques, en tout treize ou quatorze personnes qui s'élevèrent contre la doctrine qu'ils avaient apprise et professée dans l'Eglise, sous leur évèque Alexandre, qui, joint avec cent évéques de Libye, leur dénonçait un anathème éternel adressé à tous les évéques du monde, de qui il était reçu. » C'est donc à ce temps précis et marqué qu'on ramenait les ariens; et il suffit pour les mettre au rang de ceux qui, contre le précepte de saint Jude et de saint Paul, se séparent et se condamnent eux-mêmes 2, en condamnant la doctrine qu'ils avaient reçue à leur baptême et à leur sacre.

Voilà le lait précis et constant de la rupture d'Arius, à quoi il faut attacher un fait de même

1 Tom. il, p. 560, C91, etc. — ■ Prem. in$ir.-U. M.

nature, et aussi certain qu'est celui du concile donc qu'à comparer l'un avec l'autre ces deux

de Nicée, qui sept ans après opposa à cinq ou faits toujours constants, l'un de la rupture pré-

six évèques seulement de la faction d'Arius, la cise et de l'innovaUon dans les hérésies, et l'au-

condamnation de trois cent dix-huit évèques, tre de la consignée et succession perpétuelle

avec qui tout l'univers communiquait dans la de l'Eglise, pour voir sans discussion et sans

foi, et qui aussi était reconnu par toute la. terre embarras, d'un côté la vérité catholique et um-

pour universel ; en sorte qu'il n'y avait rien de verselle, et de l'autre la partialité et le schisme,

plus constant que le point de la séparation d'A- Le fait de la rupture, posé de la manière

rius et des ariens. qu'on vient d'entendre dans la précédente Lettre

C'est ce point qu'on ne perdit jamais de vue; pastorale, a été vu et avoué par mon adversaire;

et pour montrer que l'Eglise, malgré la perse- mais voici ce qu'il y répond : « Renvoyer les

cution de Constance et le concile de Rimini, où artisans, les laboureurs, les soldats et les fem-

le ministre prétend que la succession fut inter- mes, chercher dans les archives de l'Eglise d'A-

rompue, était demeurée en état, je pose ce se- lexandrie, si Arius n'avait que treize ou qua-

cond fait également incontestable ; que deux ou torze sectateurs, c'était jeter les simples dans

trois ans après ce concile et la mort de cet empe- les embarras d'un examen plus difficile que

reur, saint Athanase écrivait encore à Tempe- celui de la vérité par l'Ecriture K » C'est toute

reurJovien : « C'est cette foi (de Nicée que nous la réponse du ministre, où l'on voit qu'il avoue

confessons^ qui a été de tout temps, et c'est pour- le fait, que personne aussi ne peut nier, et se

quoi, continue-t-il, toutes les Eglises la suivent contente de dire qu'il ne peut être connu des

(en commençant par les plus éloignées), celles simples.

d'Espagne, de la Grande-Bretagne, de la Gaule, Je vous plains, en vérité, mes chers Frères, si de l'Italie,' de la Dalmatie, Dacie, Mysie, iMacé- ceux qui se chargent de votre instruction sont doine ; celles de toute la Grèce, de toute l'Afri- assez aveugles pour croire ce qu'ils vous disent; que, des îles de Sardaigne, de Chypre, de Crète; et je vous plains encore davantage, si, ne poula Painphilie, la Lycie, l'Isaurie, l'Egypte, la vant croire des faussetés si visibles, ils osent Libye, le Pont, la Cappadoce; les Eglises voi- vous les proposer sérieusement. Je vous desines ont la même foi ; et toutes celles d'Orient mande, est-ce à présent un embarras de savoir (c'est-à-dire de la Syrie, et les autres du patriar- qu'avant Luther, avant Zwingle, avant Calvin, cat d'Antioche) , à la réserve d'un très-petit il n'y avait point de Confession d'Augsbourg, ni nombre; les peuples les plus éloignés pensent d'Eglise protestante ; et les Catholiques ont-ils de même ' , » c'est-à-dire non-seulement tout jamais été obligés à prouver ce fait? Point du l'empire romain, mais encore tout l'univers jus- tout : il a passé pour constant, et jusqu'ici je ne qu'aux peuples le plus barbares. Voilà l'état où dirai pas que personne ne s'est avisé de le nier, était l'Eglise, sous l'empereur Jovien, treis ans mais je dirai que personne ne s'est avisé de dire après la mort de Constance et le concile de Ri- qu'il n'en savait rien. Si ce fait demeure pour mini. Ainsi, ni ce concile, ni les longues et constant deux cents ans après, et le sera étercruelles persécutions de l'empereur, ni le sup- nellement sans pouvoir être nié, à plus forte port violent qu'il donna pendant vingt-cinq ans raison, du temps d'Arius et du concile de Nicée, aux ariens, ne purent leur faire perdre le carac- le fait dont il s'agit fut connu et avoué par toute tère de la parcelle séparée du tout. « Tout l'uni- la terre. Il ne fallait pas aller feuilleter les revers poursuit saint Athanase, embrasse la foi gistres de l'Eglise d'Alexandrie: les lettres d'Acatholique, et il n'y a qu'un très-petit nombre lexandre, évèque d'Alexandrie, et les décrets qui la comhatte. » de Nicée étaient entre les mains de tout le

Cela veut dire, qu'après la rupture, qui mon- monde; mais ces faits, une fois posés, ne se peu- Ire à l'hérésie son innovation contre les prédé- vent jamais effacer. lien est de même de toute cesseurs immédiats, et les met visiblement au les autres hérésies : on les sait dans le temps, rang de ceux qui se séparent eux-mêmes, Dieu c'est l'affaire d'un jour, qu'on apprend à coup permet bien des tentations, des ébranlements sûr du premier venu. Ainsi, comme je l'ai dit, et même des chutes affreuses dans les colonnes le point de la rupture est toujours marqué et de l'Eglise, qui causent durant un temps quel- sanglant : chaque secte porte sur le front le que sorte d'obscurité; mais, comme j'ai déjà caractère de son innovation; le nom même dit, on ne perd jamais le point de vue qui met des hérésies ne le laisse pas ignorer, et c'est toujours manifestement les hérétiques au rang trop vouloir abuser le monde que de proposer de ceux qui se séparent eux-mêmes. Il n'y a une discussion où il n'y a qu'à ouvrir les jeux,

' Bpisl. A(han. adJov. imp. ' Tom. n, p. 617, 618.

et où jamais on ne trouvera la moindre dis- et voiri ce qu'on objectait à Libérius :« Je sou-

l,l,[( • « haite, » c'est Constance qui lui parle ainsi,

Le fut de la rupture d'Arias étant ainsi avéré, «que vous rejetiez la communion de l'impie

du consentement du ministre, et la conséquence ■ Athanase, puisque tout l'univers, après le

étant assurée par la faiblesse visible de sa ré- « concile » (deTyr), i le croit condamnable *, »

ponse, il faudrait peut-être voir encore ce qu'il et un peu après : « tout l'univers a prononcé

dit sur l'état de l'Eglise après la mort de l'em- « celle sentence, » et ainsi du reste. 11 s'a°it

pereur Constance. Mais nous l'avons déjà vu donc simplement du fait de saint Athanase;et

«la ns ces paroles » : «On marquait alors (après encore que ce lût en un certain sens attaquer

la mort du persécuteur) le point fixe OÙ la par- la foi que d'en condamner le grand défenseur ,

celle combattait contre le tout; ce temps lixe à ce seul titre il y a une dislance infinie entre

était l'année de la mort de Constance : l'Eglise cette affaire et la tranquille possession des dog-

étendueet visible (qu'il suppose avoir été arienne mes de l'arianisme.

sous ce prince) changea la doctrine, dont elle- Mais était-il vrai, du moins, que tout l'unimême taisait profession le jour précédent: » il vers eût condamné saint Athanase ? Point du ne fallut ni effort, ni violence. Toute l'Eglise, tout. Constance, abusant des termes, et tirant par elle-même, se trouva catholique, c*est-à- tout à son avantage, veut appeler tout le monde dire qu'elle se trouva dans son naturel ; et ce- tout ce qui cédait à ses violences; il veut comppendant ce ministre veut imaginer qu'elle avait ter pour tout l'univers le seul concile de Tyr, perdu sa succession. où il avait ramassé les ennemis déclarés de

Mais, dit-il 2, « les ariens avaient vanté la saint Albanasc. Mais Libérius, au contraire, lui

constante et paisible possession de leurs dog- demande un jugement légitime où Athanase

mes, criant à Libérius : Vous êtes le seul; pour- soit ouï avec ses accusateurs; et, bien éloigné

quoi ne communiez-vous pas avec toute la de croire que tout le inonde l'ait condamné, il

terre?» se promet la victoire dans ce jugement. Il n'y

Encore un coup, mes chers Frères, on vous a donc rien de plus captieux, ni visiblement de

doit plaindre, si vous êtes capables de croire plus faux, que cette tranquille possession du

qu'au temps que les ariens parlaient ainsi à Li- dogme arien.

bérius, ils pussent se vanter de la constante et Mais que dirons-nous de la chute de Libérius paisible possession de leurs dogmes. C'était en et delà prévarication du concile de Himini? l'an 355, que ce Pape eut avec l'empereur l'en- L'Eglise conserva-t-elle sa succession, lorsqu'un trelien célèbre où votre ministre leur fait tenir Pape rejeta la communion d' Athanase, commuée discours : il n'y avait pas encore trente ans nia avec les ariens, et souscrivit à une Confesque le concile de Nicée avait été célèbre; car il sion de foi, quelle qu'elle soit, où la foi de Nicée le fut, comme on lésait, en 325; la foi de Nicée était supprimée?

vivait par toute l'Eglise; il n'y avait pas douze Pouvez-vous croire, mes Frères, que la sucans que le grand concile de Sardique, comme cession de l'Eglise soit interrompue par la chute l'appelait saint Albanasc, en avait renouvelé les d'un seul Pape, quelque affreuse qu'elle soit, décrets : ce concile était vénérable pour avoir quand il est certain dans le fait, que lui-même rassemblé trente-cinq provinces d'Orient et il u'a cédé qu'à la force ouverte, et que de luid'Occident, le Pape à la tète, par ses légats, avec même aussi il est retourné à son devoir? Voilà 1rs saints confesseurs qui avaient déjà été l'or- deux faits importants qu'il nefautpasdissimuler, nement du concile de Nicée. Le scandale de puisqu'ils lèvent entièrement la difficulté. Le Rimini, où les ministres veulent croire que ministre répond sur le premier, que la violence tout fut perdu, et que l'Eglise visible futense- qu'il soumit fut légère; et tout ce qu'il en revelie, n'élait pas encore arrivé, et ce concile ne marque, c'est qu'il ne put supporter la privafut tenu que douze ans après, l'an 339, et l'an- lion des honneurs et des délices de Rome 2. Il née qui précéda la mort de Constance. Cepen- fait un semblable reproche aux évèques de Ridant on voudrait vous faire accroire que les mini 3. Mais fallait-il taire les rigueurs d'un emariens se glorifiaient dès lors d'une constante et pereur cruel et dont les menaces traînaient après tranquille possession de leurs dogmes, peu- e'les non-seulement des exils, mais encore des dantque la résistance des orthodoxes, sous la tourments et des morts? On sait, par le témoiconduite de saint Athanase et des autres, était la gnaoe constant de saint Athanase 4 et de tous plus vive. les auteurs du temps jue Constance répandit

Mais ils ne portaient pas si loin leur témérité; .. . „. • , , 1T1 m„

r r ' ' Theod., Hisl. eccl. lib. u, c. 16.— 2 Tom. Il, p. 696. — 1 Tag C93.

Tom. 11, p. 503. —1 Md. __« Apol. ad Const., etc.

o3G DEUXIÈME INSTRUCTION PASTORALE

tête de cette hérésie. Je ne le dis pas pour comme les autres créatures1. Les évêques que excuser Libérius; mais afin qu'on sache que l'on pressait avec violence, à la réserve d'un petit tout acte qui est extorqué par la force ouverte, nombre, ne furent pas attentifs au venin caché est nul de tout droit, et réclame contre lui- sous ces paroles , dont la malignité semblait même. effacée par le dogme précédent. Le ministre dé- Mais si le ministre déguise le fait de la cruauté guise ce fait, et semble ne vouloir pas le recevoir; de Constance, il se tait entièrement du retour mais il est constant, et nous verrons ailleurs ce de Libérius à' son devoir. Il est certain que ce qu'il en dit. Ce qu'il fallait le moins oublier, Pape, après un égarement de quelques mois, c'est que les évêques retournèrent dans leurs rentra dans ses premiers sentiments, et acheva sièges, où, réveillés par le triomphe des hérétison pontificat qui fut long, lié de communion ques, qui se vantaient par toute la terre d'avoir avec les plus saints évêques de l'Eglise, avec enfin rangé le Fils de Dieu au nombre des créatuun saint Athanase, avec un saint Basile, et les res, en lui laissant seulement une faible distincautres de pareil mérite et de même réputation, tion, ils gémirent d'avoir donné lieu par surprise On sait qu'il est loué par saint Epiphane i, et par et sans y penser, à ce triomphe de l'arianisme ; saint Ambroise, qui l'appelle par deux fois le et c'est ce que saint Jérôme voulait exprimer pape Libérius de sainte mémoire 2, et insère dans par cette parole célèbre, que « le inonde avait un de ses livres avec cet éloge un sermon entier « gémi d'être arien , » c'était-à-dire que tout de ce Pape, où il célèbre hautement l'éternité, s'était fait par surprise et non de dessein. Quoi la toute-puissance, en un mot, la divinité du qu'il en soit, ils revinrent tous à la profession de Fils de Dieu et sa parfaite égalité avec son Père, la foi catholique qu'ils avaient déclarée d'abord, L'empereur savait si bien qu'il était rentré dans et qu'ils portaient dans le cœur. Ce changement, la profession publique de la foi de Nicée, qu'il qui est appelé par saint Ambroise leur seconde ne voulut pas l'appeler au concile de Rimini, et correction 2, fut aussi prompt qu'il était heureux; craignit de pousser deux fois un personnage de et ce Père dit expressément qu'ils révoquèrent celte autorité, et qu'il n'avait pu abattre qu'avec aussitôt ce qu'ils avaient fait contre l'ordre, salant d'efforts. fr'm3 : ce fait n'est pas contesté. Votre ministre Le ministre n'altère pas moins le concile de avoue bien que les évêques revinrent manifes- Rimini. Il convient qu'il n'a été composé que tement et bientôt4; mais il passe trop légèredes évêques d'Occident s. C'est donc d'abord un ment sur les circonstances : il ne devait pas taire fait avoué, qu'il n'était pas œcuménique; mais que ce fût alors une question dans l'Eglise, non il ne (allait pas oublier qu'il ne fut pas même de pas si ces évêques étaient ariens, car tout le l'Occident tout entier, puisque l'on convient que monde savait qu'ils ne l'étaient pas, mais si on le Pape qui en est le chef particulier, pour ne les laisserait dans l'épiscopat; ou si en les dépoint parler des autres évêques, n'y fut pas même gradant, on les mettrait au rang des pénitents 5. appelé4. Le second fait avoué, c'est que le pre- Mais les peuples ne voulurent point souffrir mier décret de ce concile fut un renouvellement qu'on leur ôtât leurs évêques, dont ils connaisdu concile de Nicée et de la condamnation des saient la foi opposée à l'arianisme, il firent penariens. Le ministre passe en un mot sur un fait cher l'Eglise au sentiment le plus doux. Le seul si essentiel, mais enfin il en convient 5. Il ne fal- Lucifer, évèque de Cagliari en Sardaigne, se sélait pas oublier la vive exhortation que le concile para de l'Eglise par un zèle outré, à cause qu'elle fait à l'empereur, de ne plus troubler la foi de conservait dans leurs sièges les évêques qui se i'Eglise, ni affaiblir le concile de Nicée qui avait repentaient de s'être laissé surprendre, et on été assemblé par le grand Constantin son père, l'accusait d'avoir renfermé toute l'Eglise dans Le ministre semble avoir peine à faire voir la son île. C'est tout ce que lui reprochèrent les sainte disposition du concile, tant qu'il agit na- orthodoxes par la bouche de saint Jérôme s. turellement et en liberté. Après vinrent les me- Mais qu'eût nui ce reproche à Lucifer, s'il était naces et les fraudes. A la faveur des proclama- vrai que l'Eglise pût perdre sa visibilité et son tions, où l'on déclarait la « génération éternelle étendue? On présuppose le contraire dans toute « du Fils de Dieu, non pas du néant, mais de son l'Eglise, lorsqu'on y condamna le schisme des

tEpiph., lnrr. 73; Bain-, cpist. 74. — 2 Amb., De virg., lib. m, c- ' Hier., Diccl. adv. Lucif., c. 7. — 2 Amb., liv. i, De Frid., c. 13,

1, h. 2, 3. — > Tom. n, p. C37. —1 £oz., liv.iv, c. 17, 13; Thcod.> n. 122. — 3 Id. Epist., lib. i ; cp.xxi, n. 15. — * Tom. il, p. 0J7'

iiv. U, c. 22. —- Pa .•.698, hic. —"> Hier., Adv. La •/, c. 7.— « Ibid., c.7

lucifériens, et il n> ml de rupture que par oei « foi à celle de leur evêque. l » C'est nous im-

endroit. Jusqu'ici le lait est constant : el encore poser. On ne doit rien à des évoques intrus, à

que le ministre en ait tu OU dissimule* les plus des évêques mis par la \iolence en chassant les

avantageuses circonstances, il n'en B pu nier le légitimes pasteurs, à des évêques dont la succès-

fond, qui consiste en ces quatre mots : D'abord sion n'est pas constante, ou qui s'arrachent de

naturellement les Pères de Rimini soutinrent la l'unité par une rupture. « Il y eut, dit-il \ des

toi deNicée; ils l'affaiblirent par force et par évacués où plusieurs prélats se succédèrent l'un

surprise; ilss'j réunirent d'eux-mêmes peu de à L'autre également hérétiques.» Que veut-il

temps après, et l'Eglise se retrouva comme au- conclure delà, puisque leur succession n'est

paravant avec la même étendue que saint. \lha- qu'une continuation de la violence? Le banisse-

nase a représentée. Est-ce là ce qu'on appelle ment d'un Athanaae, d'un Hilaire, d'une Eusèbe

une interruption de la foioude la succession deVerceiletdeSamosate, d'un Paulin do Trêves,

apostolique! d'un Lucius de Mayence et de tant d'autres illus-

Qu'a donc enfin prouvé le ministre par tout très exilés, ne leur ôtait pas leurs sièges, et no

son discours et par tant de faits inutiles, qu'il a donnait punit d'autorité à ceux qui les usur-

encore altérés en tant de manières? qu'a-t-il, paient. Le peuple tenait par la foi à ses légitimes

dis-je, prouvé par tous ces laits? Quoil qu'il y pasteurs, î quelque extrémité du monde qu'ils

a eu de grands scandales? Celait là un fait inu- fussent chassés. Ainsi la succession subsistait tou-

tile; nous n'en doutons pas: nous ne prétendons jours, et même d'une manière très-éclatante.

affranchir l'Eglise «pie <U'>, maux dont Jésus- Quelle difficulté y peut-on trouver? On objecte

Chrisl a promis de la garantir ; et loin de garan- h sdix provinces d'Asie qui étaient pleines, disait

tir des scandales, il a prédit au contraire que saint Hilaire, de blasphémateurs •. Sans doute

jusqu'à la fin il en paraîtrait dans ton royaume1, elles étaient pleines de ces blasphémateurs que

Ce qu'il a promis d'empêcher, c'est l'interrup- Constance avait établis par la force, et dont le

tion dans la succession des pasteurs, puisqu'il a titre emportait leur condamnation. Que nuit à

promis, malgré les scandales, qu'il sera tou- la succession une pareille violence?

jours avec eux. Riais puisque, en celte occasion, Au reste, il ne faut point chicaner sur la vio-

il ne s'agit en façon quelconque de la succès- Iciicc, ni insinuer qu'on ne voit pas dans les

sion, et que toute l'Eglise catholique, à la cœurs , pour discerner ceux qui dissimulent

réserve des seuls lucifériens. jugi i que les é\è- d'avec ceux qui croient de bonne foi. La violence

quesde Rimini, trop visiblement surpris et vio- l';,,aît ass,v quand on ne change que par la

lentes, après la déclaration de leur foi, denieu- lorceet qu'on revient à son naturel aussitôt qu'on

rcraient dans leurs places, il faut avouer que « -I on sa liberté. C'est ce qui arriva du temps

tant de longues dissertations sur ce concile ne de Constance. Le ministre en est d'accord, il

touchent pas seulement la question que nous répète par deux fois qu'on changea d'un mo-

traitons. ment à l'autre par la seule mort de l'empereur4.

En un mot. nous avouons les scandales, et On ne peut donc pas douter de l'état violent où

nous en attendons de plus grands encore en ce t°ul l'tail.

dernier temps, où nous savons qu'il doit arriver On ne veut pas croire la surprise. « L'arianis-

« que les élus mêmes, s'il était possible, soient me, » dit-on &, « était trop connu pour s'y laisser

« déçus 2. » Mais nous nions que tous les scan- « tromper. » Cependant le fait est constant,

dales qui pourront jamais arriver soient capa- Dans le temps que les donatistes objectaient ;

blés de donner atteinte à la succession des l'Eglise l'obscurcissement qui arriva sous Cons-

iiinistres dos sacrements et de la parole , avec tance, « qui ne sait, leur répondit saint Augus-

qui Jésus-Christ promet d'être tous les jours; et tin«, qu'en ce temps plusieurs hommes de pe-

aussi ne voyons-nous pas , dans ces faits tant tit sens furent trompés par des paroles obscures,

exagérés sur Ubériuset sur le concile de Rimini, en sorte qu'ils croyaient que les ariens (qui affec-

qu'il y ait l'ombre seulement d'une interruption taient de parler comme eux) étaient aussi de

semblable. même créance ? »

Les autres faits sont bien moins relevants ; et Saint Hilaire explique plus amplement ce

le ministre en a rempli le récit de faussetés ma- mystère d'iniquité , et il disait aux ariens :

nilestes. Il prouve que tous les peuples dont les « Pourquoi imposez-vous à l'empereur, aux com-

évèques étaient hérétiques, devaient être ariens tes (et aux officiers de l'empire), et pourquoi cir-

sur ce principe général qu'il nous attribue, que convenez-vous l'Eglise de Dieu par les artifices de

«les peuples sont obligés de soumettre leur , Tom n> p 616/618.2Tûm. „,p.61G., Pag. sis, m.673.

I :<li!t/i.,xm, 41. — ■ Ibid , xxiv, 24. — ' Pag. 59P,599. — =Pag.G99. — ,; Epist. 94, ad Vinc,n.31, tom.il.

Satan? Que ne parlez-vous franchement? Ou auparavant, et tant qu'ils furent en liberté, ils avouez ouvertement ce que vous voulez avouer, avaient si bien enseigné la loi de Nicée, à laquelle ou niez ouvertement ce que vous voulez nier1. » aussi ils revinrent aussitôt après, que les peu- En général, tout novateur est artificieux; et pies savaient à quoi s'en tenir, et que la foi de pour ôter au peuple l'idée de son innovation leurs évêques leur était connue. Je pourrais, en odieuse, il lâche de faire passer ses dogmes sous confirmation, vous alléguer d'autres faits aussi la figure et l'expression des dogmes anciens, constants ; et je suis certain que personne n'o- C'est la pratique ordinaire de tous les hérétiques, sera soutenir que je raconte autre chose que ce qui savent si bien se cacher, que les plus fins y qu'on trouve dans saint Athanase, dans saint Hisont pris; et dans les innovations du XVIe siècle, laire, dans saint Jérôme, dans saint Augustin et les équivoques de Bucer sur la présence réelle dans tous les autres auteurs du temps, sans en en pourraient être un exemple. Quoi qu'il en excepter un seul.

soit, c'est ainsi que furent déçus les évêques de Mais voici le dernier effort des objections du

Rimini. Il ne faut pas dire que l'arianisme était ministre. La maxime (que l'Eglise ne peut jamais

trop connu ; les ariens, et, encore les autres, Ur- perdre sa visibilité ni son étendue) est de saint

saceet Valens, qui avaientfaitplusd'une fois une Augustin; ce sont ses paroles, et de son aveu,

feinte abjuration de l'arianisme, et dont le der- nous avons déjà pour nous un si grand homme,

nier la renouvela solennellement dans le con- mais, ajoute-t-il, elle est évidemment fausse, à

cile de Rimini, étaient de si subtils dissimula- cause qu'elle est contraire à saint Grégoire de

teurs et si féconds en expressions trompeuses, Nazianze , ce qu'il appuie en ces termes : « Que

que les évêques trop simples, «hérétiques sans « messieurs les prélats se déterminent entre ces

le savoir, sine conscientia hœretici, tombèrent, « deux Pères, ils seront assez embarrassés. » Il

dit saint Jérôme 2, dans leurs nouveaux pièges, nomme dans la même cause saint Hilaire et

Ariminensibus dolis irretiti ; » et ce Père, après saint Athanase l.

avoir raconté « qu'ils appelaient à témoin le Vous le voyez, mes chers Frères» toute l'acorps du Seigneur et tout ce qu'il y a de saint dresse de vos ministres n'est qu'à mettre aux dans l'Eglise, » qu'ils n'avaient rien soupçonné mains les saints docteurs les uns contre les auqui lût douteux dans la foide ceux qui les avaient 1res sur des articles capitaux. Ils ne veulent trouengagés à souscrire, les fait parler en cette sorte : ver dans leurs doctrines que doutes et incertitu- « Nous pensions que leur sens s'accordait avec des, notamment sur les promesses de Jésusleurs paroles : nous n'avons pu croire que dans Christ. C'est aussi ce que doivent faire ceux qui l'Eglise de Dieu, où règne la bonne foi et la n'y croient pas, et qui veulent en éluder l'évipure confession de la vérité, on cachât dans le dence. Mais il n'y a là aucun embarras, car que cœur autre chose que ce qu'on avait dans la dit saint Augustin, et que disent ces autres Pèbouche; nous avons été trompés par la trop res? Saint Augustin dit que, si la visibilité et bonne opinion que nous avons eue des méchants, l'étendue de l'Eglise étaient éteintes par toute la decepit nos bona de malis existimatio : nous n'a- terre avant saint Cyprien et Donal, il n'y aurait vons pu croire que des ministres de Jésus-Christ plus eu d'Eglise qui eût pu enfanter saint Cyprien, s'élevassent contre lui-même. » Voilà dans le et de qui Donat eût pu naître : Donatus unde fait ce que disaient ces évêques ; et si j'ajoute ortus est ? Cyprianum quœ peperit ? et encore, un seul mot à leurs discours , le ministre pour faire voir que la succession n'a pu manpeut me convaincre à l'ouverture du livre ; ce quer, « il y avait, » dit-il, « sans doute, une que j'ose bien assurer qu'il n'entreprendra pas. « Eglise qui pût enfanter saint Cyprien : Erat Mais, dit-il, pourquoi alléguer la violence, si « Ecclesia quœ pareret Cyprianum^ » et ainsi du c'est une affaire de surprise ? comme si l'on reste. Si cette doctrine est douteuse, ce n'est pas n'eût pas pu mêler ensemble ces deux injustes au seul saint Augustin qu'il s'en faut prendre . moyens, et faire servir les menaces à rendre les Saint Jérôme disait comme lui aux lucifériens esprits moins attentifs à l'ariifice. Quoi qu'il en avec tous les autres orthodoxes : « Si l'Eglise «oit, le fait est positif, et il n'est pas permis d'y n'est plus qu'en Sardaigne, d'où espérez-vous opposer de si vaines conjectures. comme un nouveau Deucalion retirer le monde Mais encore, poursuit le ministre, « desévê- abîmé3?» Tous les Pères grecs et latins ont ques si aisés à surprendre étaient-ils fort pro- raisonné de la même sorte; et on a pu voir dans près à assurer la foi des peuples ? » Sans doute l'Instruction précédente 4, leur doctrine que le dans ce moment ils manquèrent à leur devoir ministre laisse en son entier, sans même songer d'une manière déplorable ; mais peu de temps

1 l * ' Tom. il, p. 667, 663, 671, 672.— 2 Epist.93, ad Vinc, n. 37, etc.

» EpUi. ad Aux. —■ Hier., Adc. Lucif.fi. 1. 3 Hier., ado. Lucif., cap. 1.— < Prem. insi. a. 14.

à y répondre. Voyons si saint Athanase, si saint Grégoire de Madame, si saint Hilaireont dit on pu dire que la succession ait manqué de leur temps.Mais au contraire dous venons d'ouïr saint Athanase, qui, troisans après l'affaire de Rimini, nous tait voir L'Eglise étendue par tonte la terre, et les ariens toujours réduits au petit nombre.

Mais il a blâmé les ariens, qui se vantaient de la multitude de leurs peuples, de leur évèques et de leurs temples. Oui, dans quelques endroits de l'Orient il a vu des peuples entièrement oppressés, des évèques intrus, des temples et des Eglises arrachés par force aux catholiques, dont les fondateurs témoignaient ta foi dos ancêtres. 11 ne veut point qu'on se vante de tels temples; des trous, des ravei nés leur sont préférables, et il vaut mieux être seul, connue un Noé, comme un Lot, que d'être avec une telle multitude. C'est et' que dit saint Athanase : c'e t ce que dit saint Ililaire; c'est ce que dit saint Grégoire de Nazianzc. Veulent-ils dire par là, qu'en effet on demeure seul, et qu'on a tout cela de contraire à la doctrine de saint Augustin sur la perpétuité et l'étendue de l'Eglise?

Il ne faut pas croire pour cela que les saints évèques abandonnassent les Eglises, ni qu'ils en tinssent la possession pour Indifférente ; au contraire, ils la regardaient comme des titres de l'antiquité de la foi. On sait les combats de saint Ambroise, pour ne point livrer les Eglises catholiques que les ariens voulaient lui ùler par l'autorité de l'impératrice Justine. « Qu'on nous les enlève par force, » répondait-il •, « je ne résisterai pas; mais je ne les livrerai jamais; je ne livrerai pas l'héritage de Jésus-Christ;... je ne livrerai pas l'héritage de nos pères ; l'héritage de Denis qui est mort en exil pour la cause de la foi ; l'héritage d'Eustorge le confesseur ; l'héritage de Myroclès et des autres évoques fidèles, mes prédécesseurs. » Ils conservaient donc autant qu'ils pouvaient les temples sacrés que leurs prédécesseurs avaient bâtis; et comme nous ilsprouvaientparcesmonuments l'antiquité de la foi catholique. Quand ils leur étaient ravis par force, ils se contentaient de garder la foi, qui ne laissait pas néanmoins de demeurer établie par ces temples mêmes, quoique entre les mains des hérétiques , parce que tout le monde savait qu'ils n'avaient point été dressés pour eux. C'est ce que nous disons encore, et nous employons ces témoignages dans le même esprit que les Pères.

J'ai donc achevé l'ouvrage que la charité m'imposait pour le salut de nos frères réunis, et il ne me reste qu'à prier Dieu, comme j'ai fait au

1 Ambr.,Eptil.,\\X>. I, epist 28, n. 18.

commencement, qu'il leur donne des yeux qui voient, et des oreilles qui écoutent. Pour peu qu'ils les ouvrent et qu'ils se rendent attentifs à la vérité, elle ne leur sera pas longtemps cachée. Les promesses de l'Evangile, que je les prie de considérer, sont courtes, claires, précises, on a vu qu'elles ne demandent aucun examen pénible, et si j'ai voulu entrer dans quelques faits qui dépendent de l'histoire ecclésiastique, comme ils sont connus, incontestables, et dans le fond avoués par le ministre, ils ne peuvent plus causer aucun embarras.

En effet, considérons encore une fois devant Dieu, et en éloignant l'esprit dedispute, ce qu'on a prouvé par tant de faits, tirés par exemple de l'histoire de l'arianisme. Quoi? qu'il y aura eu des tentations, des scandales, des chutes affreules; de longues persécutions, sous prétexte de piété, et par de faux frères soutenus de l'autorité de quelques rois chrétiens? Nous le savons; nous avons été avertis que nous avions tout à craindre, même de nos pères, de nos mères, de nos frères, et des domestiques de la foi l. C'est pourquoi, s'il s'est trouvé parmi les persécuteurs, des Néron, des Domilicn ouvertement infidèles; s'il s'y est trouvé des apostats et des déserteurs de la foi i il s'y est aussi trouvé, et bientôt après, des Constance, des Valens, des Anastase, qui ont affligé l'Eglise sous l'apparence d'un christianisme trompeur ; et nous avons déjà remarqué <pie nous attendions encore à la fin des siècles quelque chose de plus séduisant. Mais que l'on puisse perdre pour cela la trace de la succession apostolique , loin de nous l'avoir prédit, Jésus-Christ nous a promis le contraire, et l'expérience du temps passé aide encore à nous confirmer pour l'avenir.

Ainsi l'on n'est pas même obligé à savoir ces faits, qu'on exagère si fort; les promesses fondamentales de l'Evangile sur la durée de l'Eglise, étant, comme on a vu, très-intelligibles par elles-mêmes, il ne faut pour toute réponse à ceux qui cherchent des difficultés dans leur accomplissement, que l'exemple d'Abraham, qui, comme disait saint Paul l, « n'a point vacillé « dans la foi, mais au contraire s'y est affermi, « donnant gloire à Dieu, et demeurant pleinea ment persuadé qu'il était assez puissant pour « accomplir » (à la lettre) « tout ce qu'il avait « promis. »

Si donc on a peine à croire, qu'au milieu de tant de traverses, et des changements qui arrivent sous le soleil, Dieu conserve sans interruption la succession des apôtres et la suite du ministère ecclésiastique, en sorte que toute rupture

1 Alalth., x, 35, 36.

t toute innovation soit une conviction d'erreur et de schisme, sans môme avoir besoin de remonter plus haut ; si, dis-je, on a peine à croire que cela se puisse exécuter, et qu'on y cherche des difficultés ou des embarras, il n'y a qu'à se souvenir que Jésus-Christ nous a donné sa toutepuissance pour garant d'une promesse si merveilleuse, et conclure avec Abraham, selon saint Paul, qu'fï est puissant pour accomplir ce qu'il a promis.

Pour éluder un raisonnement si pressant, votre ministre propose cette trompeuse maxime : « l'événement est interprète de la promesse. i » On voit bien où ces messieurs en veulent venir. C'est à éluder le fait évident et le sens certain de la promesse de Jésus-Christ, en alléguant des interruptions telles qu'on voudra, en inventant des innovations sur la doctrine, et en attribuant à l'Eglise des idolâtries qu'elle n'eut jamais. Mais si l'on veut, par exemple, lui imputer à l'idolâtrie l'honneur qu'elle rend aux saints, àleurs reliques, à leurs images, il faudra comprendre non-seulement l'Eglise romaine, mais encore l'Eglise grecque, dans cette accusation; puisque c'est elle qui a célébré avec Rome même, et qui compte encore aujourd'hui parmi ses conciles le concile de Nicée, où tout cela était contenu. Qu'était-donc devenue alors la promesse de Jésus-Christ? Pour soutenir ces idolâtries prétendues universelles dans l'Eglise, il faudrait dire de deux choses l'une, ou que Jésus-Christ avait été tous les jours avec une Eglise idolâtre, ou que ce mot, tous les jours, n'exclut pas toute interruption, et que Jésus-Christ, ce qu'à Dieu ne plaise, a jeté en l'air de grands mots qui n'ont point de sens.

On me fait accroire que j'entreprends de donner des bornes à la promesse de Jésus-Christ par rapport aux Grecs, et on croit avoir droit, à mon exemple, de lui en donner par rapport aux Latins. Mais c'est là une pure chicanerie, et j'ai déjà dit que la promesse de Jésus-Christ n'est astreinte par elle-même, ni aux Grecs, ni aux Latins, ni à aucune nation particulière; mais qu'il suffit, pour la vérifier, que la succession des apôtres subsiste toujours par toute la terre, en quelque peuple que ce soit. Si on prétend que l'événementdémente cette promesse, on argumente contre Jésus-Christ, et on change le sens naturel de ses paroles.

Laissons-donc là ce commentaire par l'événement. J'avouerai peut-être que l'événement pourra, en second, servir d'interprète h des prophéties obscures et paraboliques. Mais pour la promesse fondamentale de l'Evangile, qui est

« Tom,ii,p. GQ'J,CC3.

conçue en termes si clairs, elle s'interprète ellemême; et pour toute interprétation, il n'y a qu'à dire : Jésus-Christ est assez puissant pour faire tout ce qu'il a promis: et la resteindre par l'événement, c'est la démentir.

La promesse de Dieu à Abraham : « Je mul- « tiplierai ta postérité, » était absolue ; et Dieu avait déterminé que « cette postérité lui serait « donnée par Isaac l ; » le cas arriva qu'Abraham allait l'immoler par ordre de Dieu ; mais ce terrible événement ne fit chercher à Abraham aucune restriction à la promesse : il n'en crut pas moins que « sa race lui serait comptée dans cet Isaac » qu'il était près d'égorger ; à cause qu'ïZ crut, dit saint Paul 2, « que Dieu le pouvait « ressusciter. » C'est-à-dire qu'il faut croire tout ce qu'il y a de plus incroyable, plutôt que d'affaiblir des promesses claires , contre leur sens manifeste. Toute jmissance m'est donnée : allez donc avec assurance ; et sans vous jeter dans la recherche des faits particuliers, croyez d'une ferme foi que votre ouvrage n'aura ni fin, ni interruption, puisque c'est moi qui le dis.

Contre la simplicité, la précision, la clarté de ces paroles, on n'allègue que chicanerie, illusion, dissimulation ; on appelle au secours la Synagogue , avec laquelle en ce point l'Eglise chrétienne n'a rien de commun ; on critique chaque parole, et visiblement on ne dit rien ; et il est si clair, par la promesse de Jésus-Christ, que tout ce qui rompt la chaîne , tout ce qui s'écarte de la ligne de la succession, est schismatique ; qu'il a fallu en venir enfin à défendre ouvertement le schisme, à le trouver digne des saints et des prophètes, à séparer ces grands hommes de la société du peuple de Dieu, et du sacerdoce institué par Moïse. Jugez maintenant, mes Frères, qui sont les vrais défenseurs de la promesse de Jésus-Christ, ou ceux qui la prennent comme nous dans toute son étendue, ou ceux qui, contraints d'en déguiser ou violenter toutes les paroles, après y avoir cherché toute sorte d'inconvénients, à la fin se laissent forcer à trouver la sainteté dans les schismatiques.

Au contraire, la gloire de l'Eglise ne lui peut être ôtée. Luther et les autres novateurs du XVIe siècle savent bien, en leur conscience, qu'ils l'ont trouvée en pleine possession lorsqu'ils s'en sont séparés, et que d'abord ils avaient été nourris dans son sein. J'en dis autant des wiclétiles, des bohémiens, des vaudois, des albigeois, de Bérenger et des autres. Si nous remontons aux Grecs, le ministre n'a pu nier que nous n'ayons vécu ensemble, et reconnu d'un commun accord la Chaire de saint Pierre. Ils se

* Gen., xxï, 12; Rom., ix, 7. — • Ilebr., xr, 19.

•ont donc hits, m la «initiant, novateurs comme Mais vous dites qu'on n'a pas besoin de cher

les autres, el leur détection est notée. Nous som- cher sa foi dans les Ecritures? Le Catholique

mes a couver! de tels reproches ; et l'Eglise ca- répond : Il est vrai, je n'ai pas besoin de la cher*

tholique s,, peul glorifier d'être la seule société cher, parce qu'elle est d'abord toute trouvée

sur la lerre, à qui, parmi tant de sectes, on ne J'ai dit mon Credo avant qued'ouvrir l'Ecriture'

peut jamais montrer en quelque point que ce faut-il mieux en commencer la lecture dans un

soit, par aucun lait positif, qu'elle ss soit déta- esprit de vacillation et d'incertitude, que dans

chéedes pasteurs qui étaient en place, ou du la plénitude de la foi? corps du christianisme qu'elle a trouvé établi. Mais, poursuit-on, l'Ecriture est donc inutile

Elle est donc la seule qui n'est point sortie de la si on a déjà la foi sans elle? N'est-ce donc rien

suite promise par Jésus-Christ, et qui par la de la confirmer, de l'animer, de la rendre agis-

succession écoute encore dans les derniers temps saute par l'amour; d'en peser toutes lespromes-

ceux qui ont oui les apôtres et Jésus-Christ ses, tous les préceptes» tous les conseils ; de s'en

même. Quelle plus belle distinction peut-on serrir pour mieux entendre ce qu'on croit déjà

trouver dans le monde? quelle plus grande autorité ? Mais les errants la craignent, parce qu'elk est trop contraignante pour leurs esprits

licencieux.

et dans l'occasion, pour convaincre l'hérétique et l'opiniâtre qui ne veut pas croire à l'Eglise ï Mon instruction précédente a reconnu ces utilités dans l'Ecriture ; et vous nous laites accroire que nous croyons inutile ce qui produit de si grands fruits.

La calomnie est bien plus étrange, de nous faire dire que nous la trouvons dangereuse. Mais qui jamais parmi nous a proféré ce blasphème ? Sous prétexte qu'il est dangereux de vouloir in-

RÊPONSES

A DIVERSES CALOMNIES QU'ON NOUS FAIT SUR L*É- CRITURE ET SUR D'AUTBn POINTS.

Après de si grands éclaircissements sur la promesse de Jésus-Christ, vous otl'enserai-je, mes Frères, si je vous conjure de vous \ rendre attentifs? Donne/ encore deux heures de temps à relire notre première instruction pastorale ; vous aurez honte des chicanes dont on s'est servi pour v répondre, et des minuties où l'on a réduit le mystère du salut. Surtout, vous y trouverez en quatre ou cinq pages la résolution manifeste de la difficulté où votre ministre vous jette d'abord '. 11 vous fait craindre, mes Frères,

de prendre à la lettre et dans toute son étendue Lmsqu ,ds''ec,»uLuënV\m^r,co»i la promesse de lésus-Chnst ; et il lâche de vous Yir()Cl;t(lit> ot ,m-,7 était l)ieu , j faire accroire que nous ne la proposons que dans le dessein de jeter \e% hommes dans l'ignorance, et de leur rendre l'Ecriture sainte nonseulement inutile, mais encore dangereuse > ; il conclut, sur ce fondement, que nous inspirons le mépris de l'Ecriture 3; et ce n'est pas là poursuit-il, une illusion11, une conséquence qu'on nous attribue : M. de Meaux renseigne précisément et nettement. A cela que répondrai-je? me plaindrai-je de la calomnie? en demanderai-je réparation? Cela serait juste; mais le salut de mes Frères m'inspire quelque chosede meilleur. Je demande, en un mot, par quel endroit prétendent-ils que nous voulons introduire l'ignorance? Est-ce à cause que nous disions que la science du salut ne s'éteint jamais dans l'Eglise ? Est-ce induire à mépriser cette science, que de montrer où elle est toujours ?

• Prrm. inst. past. — 5 Tom. n, liv. iv, ch. 1. n. 10, p.544, ete — »rag.546. — » Pag. 518.

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