‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 6 sur 313 · SUR LE REPROCHE D'IDOLATRIE · texte numérisé non relu

SUR LE REPROCHE D'IDOLATRIE

est manifeste que nous ne le bisons pas, et ne le pouvons pas (aire selon nos principes; ce que Je prouve premièrement dans l'invocation des .saints, pour de là successivement passer ;m\ autres matières. Laeho.se est aisée à faire, puisqu'il n'y a qu'à définir cette invocation pour la justilier.

Qu'on ne chicane point sur le mot. L'invocation dont il s'agit, aux ternies du concile de Trente1, est inviter les saints à prier pour nous,

afin d'obtenir la grâce dé Dieu, par Notre Seigneur Jésus-Christ «. Or est-il que c'est là si peu un honneur divin, qu'au contraire il n'est pas possible de l'attribuer à autre qu'a la créature, n'y ayant visiblement que la créature qui puisse prier, demander, obtenir des grâces, et encore par un autre: c'est-à-dire par Jésus-Christ, comme on vient de voir que font les saints. C'est doue >i peu un honneur divin, que c'est chose dans les propres teimes, absolument répugnante à la nature di\ ine,d'ou se forme ce raisonnement : Tout honneur qui renferme dans sa notion la condition essentielle à la créature, ne peut par sa nature être un honneur divin; or la prière par laquelle on demande aux saints qu'ils nous aident anprèsdeDieUj par leurs prières, pour nous obtenir ses grâces, enferme dans sa notion la condition de la créature, c'est-à-dire sa dépendance ; ce ne peut donc pas être un honneur divin.

III. Cette preuve est si convaincante que pour la détruire, il faut nier que nous nous bornions à demander aux saints le secours de leurs prières. Car, dit-on, l'Eglise les prie non-seulement de prier, mais de donner, mais de faire, mais de protéger, mais de défendre ; donc on les regarde non-seulement comme Intercesseurs, mais comme auteurs de la grâce. Mais cela visiblement est moins que rien.

Car celui qui prie et qui obtient, protège, défend, assiste, donne et l'ait à sa manière. Lorsqu'on attribue aux saints des effets qu'on sait très-bien dans le fond qu'il faut attribuer à Dieu, on nefaitqifexprimerparlàl'efficacede la prière; qu'elle peut tout, qu'elle pénètre le ciel, qu'elle y va forcer Dieu jusques dans son trône; il ne lui peut résister, elle emporte tout sur sa bonté ; o il fait la volonté de ceux qui le craignent* ; il « obéilàlavoixderhomme\» Pressé et comme forcé par Moïse, il lui dit : a Laissez-moi, que je punisse ce peuple ;» maisMoïse l'emporte contre lui et lui arrache, pour ainsi dire, des mains la grâce qu'il lui demande * ; en un mot, « la foi a peut tout, jusqu'à transporter les monta-

' Dccr. de iioioc. sonetoram, etc., seis. 23. — * Psal. cxliv, 19. —

'Jos., a, 14. — * Exod., IXXU, 9 et scq.

« gnes • ; » et si cela est vrai de la prière qui se tait parmi les ténèbres de la foi, combien plus le seia-t-il de celle qui est formée au milieu îles lumières des saints, et qui, partant de la sainte ardeur de la charité consommée, porte en ellemême Le caractère de Dieu dont elle jouit. Ainsi les saints peuvent tout : « assis sur le trône de Jésus-Christ3, » scion sa promesse, revêtus de sa puissance par l'union où ils sont avee lui ; comme lui, a ils gouvernent les gentils, et les brisent « avec un sceptre de 1er 3. » En un mot, il n'y a iieo qu'Us ne puissent, et l'Ecriture n'hésite point à leur attribuer en ce sens ce qu'ailleurs elle attribue à Jésus-Christ même.

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