IV. Quand OU attribue à la prière les effets de
la toute-puissance de Dieu, ce n'est pas là seulement un langage humain; c'est le langage du Saint-Esprit et de l'Ecriture. « Racontec-moi les i miracles qu'a faits Elisée, (disait un roid'Israél
à cie/.i '•. Un protestant lui dirait ici : Vous parles mal. Ce n'est pas lui qui les a faits, c'e^t Dieu par lui et à sa prière.
Mais le texte sacré poursuit : « et Ciezi lui rat conta comment il avait ressuscité un mort. » Dites toujours : ce n'était pas lui, c'était Dieu; mais le Saint-Esprit continue : « et comme Ciezi « racontait ces choses, la femme dont il avait res- « suscite le (ils, vint tout à coup devant le roi, et « Ciezi s'écria : Seigneur, voilà la lemme, et voilà « le filfl qu'Elisée a ressuscité. * Tout le peuple de Dieu parlait ainsi. et l'un appelait cette femme,
la femme « dont Elisée avait fait vivre le fils5. » 11 ne l'avait pourtant fait (pie par ses prières, et je ne crois pas qu'il fût plus puissant que le Fils de Dieu, qui voulant ressusciter Lazare : a Mon a Père, dit-il6, je vous rends grâces de ce que vous « m'avez exaucé. »
Il y a donc toujours une prièresecrète dans tous les miracles, et quoiqu'elle ne soit pas toujours exprimée, il la faut sous-cnlendre, même dans tous ceux qui se font par une espèce de commandement ; puisque c'est toujours la foi et l'invocation du nom de Dieu qui fait tout. C'est pourquoi le roi de Syrie écrivait au roi d'Israël : « Je vous c ai envoyé Naaman, afin que vous le guérissiez « de sa lèpre 7 ; » il voulait dire qu'il le lit guérir par Elisée. Us entendaient pourtant bien qu'il ne le ferait que par sa prière, puisque Naaman dit ces paroles : « Je pensais qu'il viendrait à moi, « et que, s'approchant, il invoquerait le nom de « son Dieu, et me toucherait de sa main, et me o guérirait8.» Ainsi l'effet est attribué à celui qui prie et qui obtient ; et si l'on n'exprime pas tou-
' V Cor., m, 2. — 'Apoc, m, 26; n, 21. — 'Apoc.,xxix, 15.— * Joram. 1 V 11. ,/., vai, 4 et seq. — ' / V Reg., vin, 1. — ' Joan., xi, 41. — ' IV Reg , v, 6. — • Ibid., v, 11.
46 ECLAIRCISSEMENT
jours 1? prière, c'est que la chose est si claire, « Guérissez les malades, purifiez les lépreux,
qu'on la regarde comme toujours sous-entendue. « ressuscitez les morts, chassez les démons ; tous
L'Eglise dit tant de fois, dans ses oraisons, que « avez reçu gratuitement, donnez de même1. »
ce qu'elle espère des saints, elle l'espère par leur V. C'est en cette confiance que saint Augustin,
intercession et par leurs prières, qu'elle sait un si sublime docteur, un théologien si exact,
qu'il n'est pas possible qu'on l'entende jamais au- loue la prière d'une mère qui disait à saint
trement, ni qu'on attende autre chose du secours Etienne : « Saint martyr, rendez-moi mon fils,
des saints, qu'une puissante intercession auprès vous savez pourquoi je le pleure, et vous voyez
de Dieu, par Jésus-Christ. Il n'est pas toujours qu'il ne'me reste aucune consolation2. «C'est qu'il
nécessaire d'exprimer dans les prières ce qu'on était mort sans baptême. Saint Augustin ne s'a-
sait déjà. « Je vous prie, disait Elisée au pro- visa pas de chicaner cette femme sur ce qu'elle
« phète Elie i, que votre double esprit soit en disait au martyr : « Rendez-moi mon fils. » Il
« moi, ou que votre esprit soit en moi avec savait bien qu'elle n'ignorait pas à qui c'était à le
« abondance ; » et Elie lui répondit : « Vous rendre, et à donner l'efficacité aux prières du
« demandez un chose difficile ; toutefois si vous saint martyr. Saint Basile, demandant les prières
« me voyez lorsque je serai élevé, cela sera; » et des saints quarante martyrs, les appelle « notre
il avait dit auparavant à Elisée : « Que voulez- « défense et notre refuge, les protecteurs et les
« vous que je vous fasse ? » comme tout étant en « gardiens de tout le genre humain 3.» Saint Gré-
sa main, parce qu'il est en celle de Dieu, qui ne goire, évêque de Nysse, son frère, prie saint
refuse rien à ses amis. Ils ne parlent de Dieu ni Théodore « de regarder d'en haut la fête qui se
l'un ni l'autre. En savaient-ils moins que c'était célébrait en son honneur4. Nous croyons, » lui
Dieu seul qui pouvait donner son Esprit ? A Dieu disait-il, « vous devoir le repos dont nous jouis-
ne plaise ! il ne faut point abuser de ces façons sons à présent ; mais nous demandons la tran-
de parler ; mais aussi ne faut-il pas tomber dans quillité de l'avenir. » Saint Astère, évêque d'A-
la petitesse de croire qu'on déplaise à Dieu en sous- masse, contemporain et digne disciple de saint
entendant une chose claire, comme s'il ne voyait Chrysostome, introduit dans son discours un
pas les intentions, ou qu'à l'exemple des minis- fidèle qui prie ainsi saint Phocas : « Vous qui
très, il fût toujours attentif à épiloguer sur les avez souffert pour Jésus-Christ, priez pour nos
paroles. L'Eglise ne manque point de bien ins- souffrances et nos maladies; vous avez vous-
truire le peuple que la puissance des saints est même prié les martyrs avant que de l'être, alors
dans leurs prières. Ecoutez le concile 2: « Il faut vous avez trouvé en cherchant; maintenant que
enseigner avec soin que les saints prient, qu'il vous possédez, donnez-nous5. » Saint Grégoire
est bon de les appeler à son secours, pour de Nazianze a prié saint Cyprien et saint Atha-
nous obtenir les grâces de Dieu par Jésus-Christ; nase « de le regarder d'en haut, de gouverner
qu'il est bon d'avoir recours à leurs prières, qu'il ses discours et sa vie, de paître avec lui son trou-
ne faut point assurer qu'ils ne prient pas pour peau, de lui donner une [connaissance plus par-
nous, ni que ce soit une idolâtrie de leur deman- faite de la Trinité, et enfin de le tirer où ils
der qu'ils prient en particulier pour chacun de étaient, de le mettre avec eux et avec leurs sem-
nous. » Voilà leur prière répétée cinq ou six fois blables 6.» Les autres Pères ont parlé de même,
en dix lignes, afin que nous entendions que les Si ces grands saints ignoraient que Dieu donnait
saints, encore un coup, ne sont puissants qu'en toutes choses, et croyaient les recevoir des saintes
priant pour nous. âmes autrement que par leurs prières, ils ne
Il n'y a aucun de nos catéchismes où il ne soit sont pas seulement, comme le veut le ministre,
exprimé soigneusement que Dieu donne, et que des A ntechrists commencés, mais des Antechrists
les saints demandent. Si nous leur attribuons du consommés, ou quelque chose de pire,
pouvoir auprès de Dieu, c'est que Dieu qui leur VI. Revenons donc et disons : Idolâtrer est
inspire tout ce qu'ils demandent, ne leur peut rendre à la créature les honneurs divins. Or prier
rien refuser. Nous imputer une autre pensée et les saints de prier, c'est si peu un honneur divin,
nous chicaner sur les mots, c'est faire le procès que c'est chose qu'il n'est pas possible d'attribuer
à l'Ecriture, où il est écrit tant de fois : « Que l'au- à d'autres qu'à la créature ; ce n'est donc pas un
« mône éteint le péché 3 ; que la prière de la foi honneur divin, ni enfin rien au-dessus de la
* sauve le malade 4, » et cent autres choses sem- créature, puisqu'au contraire son apanage na-
blables, et reprocher à Jésus-Christ même qu'il turel est qu'on lui demande de prier, n'a pas parlé correctement, quand il a dit :
1 Mnttli., x, 8. — * Aug., serm. 321, in nat. mwt., alias 33, De
' IV Jieg., a, 9.-2 Decr. de invoc. SS., sess. 5)5. — 3 Toi., divers., tow. v. — ' Orat. in 40 mari. — * (Jiat. in Theod. —
XO, 9. — ♦ /oc., V. 16. * Hotn. in Phoc. — ' Orat. 18, etc.